.Extraits de mon journal
"Je crois plus à la Nature qu'à l'Homme.. L'Homme vient de la Nature et il la cochonne. Il pense pouvoir se passer de ses RACINES. Mais la nature revient toujours et elle repousse là où l'homme ne pousse plus, là où il cesse d'envahir avec ses idées prométhéennes à la con, ses idées de transformation du monde, de constructeur du bonheur des autres. Vaste gâchis. La Nature, elle, repousse au bord des tombes, là où l'homme ferme enfin sa gueule. Allongé et rongé par les vers, il abandonne ses sécateurs et laisse pousser librement la végétation autour de son Mausolée. La nature prend sa revanche , tôt ou tard. les liserons enlisent l'homme cadavérique qui, de son vivant, n'a pas arrêté de sectionner.
Ce mardi 26 juin, je déplace le premier barrage. Deux heures dans l'eau jusu'à mi-cuisse. Transi de froid, dans l'eau, toujours dans l'eau, seul antidote à mes petites morts...l'eau de la naissance . Devenir ou redevenir un AXOLOTL comme le raconte Cortazar. Très loin du "Désert de Macaire Le Copte" où la pluie quand elle tombe, est sèche avant même d'atteindre le sable. Très peu pour moi. Bien que j'aimerais tâter une fois du DESERT, par simple goût des extêmes, comme l'ont fait Lawrence d'Arabie, René Guénon et le Père de Foucauld, entre autres
Je suis occupé à faire des plantations dans mes étangs, les premières. je parcours rivières et étangs de la région, ai toujours un bac en plastique dans le coffre de ma voiture , que je remplis lorsque je descends inspecter des agences du Sud de la Province où il fait plus chaud et où la végétation aquatique est beaucoup plus dense que sur les plateaux de haute ardenne. Au départ je récolte des iris d'eau, des Massettes (Des Joncs) et des nympheas. Ce matin du 29 juillet je suis allé cueillir dans l'Ourthe, de la grenouillette (Renoncule aquatique aussi dénommée "chevelure de Neptune). Ensuite je l'ai repiquée dans la mare que j'ai encore approfondie et dans laquelle j'avais injecté une assez grosse truite vendredi soir. Après je me suis attaqué à la pioche, à la face Nord argileuse du grand étang afin de l'approfondir de 10 à 15 cms..Là je creuse avec les ongles.
Ensuite avec Céline, nous avons sorti de l'atelier, le dernier totem, le plus grand, 5 mètres de haut. Je l'ai plaçé au Nord de l'Erang, en retrait. Ensuite je me suis mis à creuser à la main l'amont du ruisseau afin de renforcer encore les rives à ce niveau. J'ai attrapé deux lamproies que j'ai jetées dans la mare. Les lamproies fluviatiles sont de petites anguilles. J'ai aussi éclairci l'entrée du futur marais, qui sera situé à l'Ouest du Grand étang
Hier, j'ai cueilli les fleurs de juillet. Au nord de l'étang, il y a un gros bouquet de camomille romaine. J'ai aussi cueilli du Lotier corniculé, de la Vesce des Haies, de la Stellaire graminée, de la Véronique Petit-Chêne, de l'Achillée Millefeuille.
Dans le deuxième étang, j'ai pu répertorier, du Potamot Nageant, du Jonc épars et de la Massette, aussi de l'Iris "Faux-Acore ou Flambe d'Eau", le tout ramené des étangs de Freux l'an dernier. Poussent aussi les premiers Nympheas ramenés d'Anseremme (encore la Meuse). Au Sud du petit étang, les deux Angéliques ramenées de Chantemelle ont repris aussi.
Voici la population aquatique qui se développe dans le ruisseau et les étangs. Les Tritons d'abord, que je vais chercher dans les bois au sein des ornières traçées par les tracteurs et ensuite les Lamproies fluviatiles, que je ramasse à pleines mains, chaque fois que je prends de la boue dans le ruisseau, pour l'éjecter sur les rives. Ce sont de véritables petites anguilles
J'achète "La Nuit Talismanique" de René Char et le N° d'Obliques sur Boris Vian, "La Faculté de l'Inutile" de Dombrowski, "Amours" de Paul Léautaud, "Le Marin de Gibraltar " de Duras, "Ce Paradis trop violent" de Frédérique Gruyer (auteur des "Femmes fontaines")
Seuls certains hommes m'aident à tenir le coup-ceux que je connais à travers leur oeuvre. Je me dis qu'ils ont tout de même tenu le coup, eux, et que l'hostilité des gens ne les a pas empêchés de construire leur oeuvre, bien au contraire. Maintenant qu'ils sont morts on les encense. De leur vivant, ils faisaient peur, on les a donc enterrés vivants. Mon destin est de faire fuir les vivants et de vivre avec les morts ou avec d'autres morts-vivants, tels que Michaux par exemple, en fait avec tous ceux qui construisent leur grand'oeuvre, sans faire appel à l'approbation du public ni à celle des Media
Excursion au Sud de la Province belge de Luxembourg aux frontières de la France. Voici le circuit en question:

Nos commençons par AVIOTH , en France, Basilique construite au 12e siècle, en rase campagne, suite à la découverte d'une Vierge miraculeuse. Cet édifice sera achevé au début du 15e siècle dans un style Gothique pré-flamboyant

Et ce circuit improvisé,, seul Avioth était prémédité,nous a conduit successivement à Virton en Gaume belge, puis en France à Avioth et Mont médy, ensuite àTorgny la ville provençale de la Belgique, où nous avons bu le petit vin blanc des vignes de Torgny(on ne m'y reprendre plus) sur la route du vin, puis à Harnoncourt, usine de fabrication de cellulose au départ du bois et Saint-Remy, pour nous retrouver au Cimetière d'Arlon, je parle de ce fabuleux cimetière, pas marin du tout, de la rue de Diekirch, un des lieux les plus" kitsch" d'Arlon.
Voici donc la ville morte de MONTMEDY (Ville Haute):
"Montmédy fut d'abord la capitale du comté de Chiny et le Comte Arnould III y éleva un château-fort. Rattachée au milieu du 15e siècle, au Duché de Bourgogne, elle passa peu après aux Habsbourg d'Autriche et au 16e siècle à l'Espagne. En 1657, Louis XIV y conduisit son premier siège, assisté du Maréchal de La Ferté. La ville ayant été attribuée à la France en 1659, ses fortifications furent transformées par Vauban. En 1984, Montmédy compte 2308 habitants


Très étrange athmosphère en tout cas que celle de cette ville haute, abandonnée avec ses maisons en ruine, autour d'un château, abandonné lui aussi, et d'une Eglise de style mexicain. Il y aurait un film à tourner là-haut.
Nous remonterons vers la Belgique en passant par Thonne-la-Long- et son fortin recouvert de verdure, ça sent vachement la guerre, celle des tranchées, où les cadavres humains grouillent comme des vers....solidaires
puis Harnoncourt, là ou se trouve "La Cellulose des Ardennes" qui transforme le bois en papier et qui répand dans toute la région depuis des lustres, une nauséabonde odeur de choux. Et comme le disait Céline: "Un chou-fleur vaut dix cabinets même s'ils débordent". Là nous sommes de retour en Belgique.
Et nous arrivons à TORGNY, la Provence gaumaise, le village le plus chaud de Belgique, au Sud de Virton où nous dégustons un petit vin blanc (une fois mais pas deux), dans l'unique relais de la Route du Vin
Et enfin ARLON et son cimetière de la rue de Diekirch, fascinant cimetière, pas marin du tout, avec toutes ces stèles qui s'obliquent comme si les morts les faisaient s'ébranler en remuant sous leurs terres: LES CROIX S'OBLIQUENT QUAND LES MORTS SE BRANLENT.
L'Homme et toutes ses petites vanités, n'y sont plus que pourritures...mais chaque printemps libère la nature qui s'enroule autour des tombes-sauf lorsque quelques héritiers, pénétrés du culte des morts ("Tant va l'homme au cimetière qu'à la fin, il y reste " Marcel Marïen, Poète et peintre belge de Theux)-à savoir culpabilisés souvent par la mort de leurs proches, viennent entretenir leurs petits parterres débiles, avec leurs géraniums, chrysanthèmes et autres fleurs artificielles aux couleurs de dragées au poivre..
Le véritable art vivant c'est dans les cimetières qu'on le trouve...
La nature d'une part, les mythologies personnelles des humains, d'autre part.
"Les conseils du ciel immense
Le Lys pur
Le nid doré
N'ôtent rien à la démence du coeur de l'homme effaré
Et cela pour des altesses qui,
Vous, à peine enterrés,
Se feront des politesses
Pendant que vous pourrirez " (Victor HUGO Extrait))
Une lettre du Japon de Jean CLAREBOUDT, plasticien français
" Je suis arrivé ici complètement surmené, mon travail personnel et mon travail au journal (France Soir), étant souvent inconciliables...mais alimentairement nécessaire. Rien n'est facile à ce que je vois pour vous non plus. Nous espérons que votre situation est plus stable maintenant et que Christian peu travailler d'une façon plus sereine. Il faudra enfin que nous allions vous voir...".
Ce 7 août 1984. Je lis Michel TOURNIER: "Le Roi des Aulnes:
"Je sais maintenant ce que sera ma fin : elle sera la victoire définitive de l'homme de pierre qui est en moi sur ce qui me reste de chair et de sang. Elle s'accomplira la nuit où mon destin ayant pris totalement possession de moi, mon dernier cri, mon dernier soupir, viendra mourir sur des lèvres de pierre". 
Et en feuilletant "La Nuit Talismanique" de René Char, à propos d'un chapitre du livre, au titre, en moi étrangement résonnant: "FAUTE DE SOMMEIL, L'ECORCE".
"Faute de sommeil, l'écorce date d'un temps où la nuit qui m'avait tant servi, se retira de moi, me laissant les sables de l'insomnie"
REVE: Fin août, je rêve que je suis dans un restaurant. Il y a deux truites qui se sont échapées de l'aquarium ( je regarde toujours avec horreur ces aquariums bourrés de truites, prêts à être consommées, que l'on voit à la vitrine de certains restaurants). Il ya aussi par sur le carrelage une Tortue et un Triton.
Je sors pour aller chercher un seau et y mettre les truites. Et je me retrouve alors dans le jardin de Moircy, et là j'aperçois un énorme poisson (il ressemble à un Thon), que j'avais mis (dans mon rêve) dans le grand étang et qui est passé dans le deuxième étang, on ne sait comment. Il est sur le flanc et manifestement malade. Je parviens à l'attraper et m'aperçois alors qu'il est tout dégonflé, comme vidé de ses tripes et...on s'étreint, et on s'embrasse. En fait je lui redonne vie, il se regonfle et je le remets dans le grand étang...La veille de ce rêve j'avais ramené dans un bassin palcé dans mon coffre, des poissons appartenant à un de mes agents, à Meix-devant Virton, à savoir six Rousses et une Perche (je précise qu'il s'agit bien de poissons) , afin de les mettre dans mes étangs.
La nuit du rêve j'ai une insomnie et vers 4 heures du matin, je lis des lettres de mon père, envoyées d'Angleterre à sa soeur et datées de 1940 à 1945. Dans la plupart des lettres, il y avait un emballage venant du Portugal, avec la mention "'Sardines" et aussi cette phrase " Conserves de poissons à l'huile". (les lettres d'Angleterre passaient peut-être par le Portugal???) Emotion en lisant un extrait de ces lettres de mon père, à mon propos: "Christian pourtant doit toujours avoir la même bonne balle. Malgré tout je ne le retrouverai plus jamais petit bébé. Tu ne peux t'imaginer combien ce petit fait partie de moi-même. Aussi j'ai eu pendant tout ce temps, comme un mal physique d'en être séparé. C'était absolument terrible et j'aime mieux ne pas trop y penser..."
Le lendemain matin (retour à la réalité) je me réveille, assez marqué par ce rêve. Je vais à l'étang, vois une plume de héron dans l'eau, vais chercher un rateau et au moment où je ramène la plume vers moi, j'aperçois une truite de 35 cms (420 grammes),... morte (probablement piquée par le héron qui n'a pu l'emmener dans son bec). La voici à l'échelle d'une boite d'allumettes
Ma chatte des Bois.
Je l'ai trouvée sur une route de forêt en Gaume, pas loin de "La Croix Rouge" - Etalle, trottinant devant ma voiture, me suis arrêté, elle est venue vers moi, deux mois à peine et famélique. J'allais en inspection chez un agent de la région mais avant je suis allé chercher dans un épicerie locale, des tranches de jambon, qu'elle a dévorées sur le siège arrière de ma voiture. J'ai éffectué mon inspection et l'ai ramenée à Moircy. Elle a survécu pendant 2 ans. Je l'avais prénommée PRALINE. Elle s'accordait merveilleusement avec mes pierres et mes bois rouges... la noireaude

Un hérisson ramassé sur la route. Je l'ai mis dans ma veste et lui donne de la salade. Il est couché sur le dos. Il ne survivra pas plus de quelques heures. Vous les connaissez ces salopards qui, les apercevant traverser la route de nuit, accélèrent pour faire une bonne purée????. Moi je m'arrête et essaie de les sauver. Je n'ai jamais écrasé un animal...
Pose de trois drains dans mon jardin fin août.
Les plantes aquatiques se développent. 
Vendredi 21 septembre j'achète à Liège: "Poèmes" de Paul Gadenne, "Les Cerveaux brûlés" de Norge, "Festin Nu "de Burroughes, "Etes-vous fous" de René Crevel et "Sur les Falaises de Marbre" d'Ernst Jünger.
D'Ernst Jünger: "Et sans nous lasser, dans nos rêves enfiévrés de désir, nous reprnons la quête tatonnante, explorant de ce passé chaque détail, chaque pli. Et le sentiment nous vient alors que nous n'avons pas eu notre pleine mesure de vie et d'amour, mais ce que nous laissons échapper, nul repentir ne peut nous le rendre"
Il faut lire "Sur les Falaises de Marbre d'Ernst Jûnger
A propos de l'oeuvre en général et de la mienne en particulier: " 
Chez Duras (qui vient de passer en face à face chez Pivot -Apostrophes-pour L'Amant"), j'ai aussi ressenti une amertume, celle de ne pas avoir été reconnue pendant des années et d'être maintenant portée au pinacle, avec toute cette excessivité qui se déclenche soudain, on ne sait pourquoi, au niveau des media, alors que pendant des années on vous ignore, on vous écarte, on vous exclut- justement au moment où vous auriez besoin que l'on dialogue avec vous- afin de pouvoir tenir le coup dans votre acharnement à vous exprimer- tenir le coup pour ne pas succomber dans la déprime, pour ne pas vous avouer que, si, depuis des années, presque tout le monde vous ignore, c'est parce que peut-être vous êtes médiocre au niveau de votre expression... et dès lors peut-être médiocre tout court...ou du moins qu'ayant fait le choix d'orienter votre vie sur une forme spécifique d'expression, cette forme ne fait qu'éloigner les gens de vous.
Je crois qu'on ne parvient jamais à oublier tous ces gens-là, ces faux amis, qui n'y ont pas cru au moment où on avait besoin qu'ils y croient et qui, aujourd'hui, à cause d'un succès arrivé sur le tard, et qui n'a peut-être rien à voir avec votre valeur profonde, car votre valeur profonde, il y a longtemps que vous l'exprimez sans qu'elle intéresse qui que ce soit et puis subitement, une sorte d'effet de mode vous tombe dessus, quelques rencontres avec des gens ayant un pouvoir médiatique et qui se mettent en tête de parler de votre oeuvre, on ne sait trop pourquoi, car en fait, ils n'y comprennent pas grand'chose, eux non plus. Ils sentent simplement-c'est leur métier-qu'il y a quelquechose qu'ils peuvent faire mousser, ce qui leur permettra de vous engendrer en tant que "créateur", d'avoir été les premiers à parler de vous...de vous avoir "fait", de pouvoir vous "revendiquer", et du coup, vous voyez rappliquer tout ceux qui n'y ont pas cru...et ils arrivent "Trop Tard" avec leurs grimaces. Certains ont même le culot de venir vous dire "Je le savais que tôt ou tard...". Eux qui n'ont voulu prendre aucun risque à l'époque, eux qui ont ri devant votre oeuvre, eux qui ont, tout au plus, dit d'elle "Bien sûr, c'est assez spécial mais ce n'est pas bon, ça manque de maîtrise, un enfant pourrait faire la même chose...".
Ils ignorent qu'André Breton a écrit: "Le Génie c'est l'Enfance retrouvée à volonté..."
Sachez mes faux amis que je vous connais bien, que je vous ai repérés depuis longtemps, que j'ai très bien compris votre mépris par rapport à l'indécence de mon travail, que vous concentrationnez derrière des barbelés, en vous donnant come excuse, mon manque de technique, mon manque d'études, de pratique, mon autodidactisme en définitive"
"L'ART EST UN JEU-TANT PIS POUR CELUI QUI S'EN FAIT UN DEVOIR...."(Max JACOB)"
MON ACCIDENT. Ce vendredi 5 octobre, j'ai regardé ma mort en face
Alors que je suis en inspection dans le Sud, mon épouse me téléphone pour lui dire que sa grand-mère que j'aimais beaucoup, est décédée et qu'elle est dans la masion de ses parents à On. Marie HENROTIN, veuve Henri NASSOGNE. Le soir, revenu du Sud, je monte dans le Nord de la Province (région de Marche-en-Famenne)chez mes beaux-parents, passe la soirée, ne puis loger là-bas car le lendemain je dois être sur pied de guerre à 8 heures
et sur la route du retour, à Forrières, en direction du Fourneau Saint-Michel, en pleine route de forêt, aux alentours de minuit, il pleut à verse, je m'endors avant un virage et me retrouve sur des rails de sécurité, en équlibre au bord d'un ravin menant à une rivière, avec, embouti dans mon radiateur, un poteau soutenant un miroir convexe (et que j'ai dû vexer cette nuit-là), le poteau et les rails m'ayant évité de faire des tonneaux en direction de la rivière. Toujours cette attirance pour l'eau.
En reprenant conscience, (j'ai attaché ma ceinture), je suis persuadé que je suis mort et je me dis "Ca y est, la voilà ta mort. Tu l'attendais, elle a ce visage-là...". Exactement comme dans ce film russe de Sergeï Bondartchouk,"Le Destin d'un Homme". Le héros, comme moi est au bord d'un fossé et il regarde deux soldats allemands, qui viennent vers lui, mitraillette au poing et il dit "Voilà ma Mort", très calmement. Moi aussi j'étais calme, aucune peur, aucune angoisse et j'ai pensé "ce n'est pas si grave que cela finalement, la Mort"
Pluie battante, noir absolu, je détache ma ceinture, ouvre la portière mais je suis suspendu sur les rails, impossible de mettre pied à terre. A ce moment une voiture arrive, deux jeunes qui ont tendu le crash du café où ils se trouvaient à 1 Km de distance. Ils m'aident à sortir et me ramènent chez mes beaux-parents.
Le lendemain matin, j'appelle la dépanneuse, la voiture est déclassée et avec mon beau-père, je vais voir. Il y a des gens tout autour de ma carcasse (la nuit il n'y avait personne...) et en m'approchant j'entends les commentaires "Mais il doit être mort...où est le corps??" Et je me présente, moi le survivant (J'aurais dû dire mais elle n'existait pas encore, c'est pour l'Emission "Surprise-Surprise"de Marcel Beliveau). Ensuite retour chez moi et au garage avec la dépanneuse, téléphoner à ma banque branle-bas de combat
J'ai compris ce jour-là que la vraie mort était, non la sienne propre mais celle des autres. Le vrai problème cest la mort de ceux qu'on aime, le vide soudain. La mort de ma soeur folle, à 28 ans, dans un asile, la femme déchirée en moi, toutes ces femmes fissurées dont je me sens proche, la femme malade en moi, la femme marginale en tant que femme, minoritaire opprimée à l'instar de toutes les autres minorités, femmes opprimées depuis des siècles par l'homme, et ce sont ces femmes qui se réveillent en même temps que toutes les autres minorités, ces femmes, là que nous devons affronter, nous les hommes d'aujourd'hui, ceux de 1968 et d'après, nous qui ne savons plus grand'chose sur notre identité, hommes nouveaux qui n'avons plus envie de prendre le pouvoir, hommes qui commençons à accepter notre part féminine, notre "anima", mâles culturels ouvrant nos brèches énormes dans lesquelles des femmes en colère, en pleine mue, mal dans leur peau, s'engouffrent en vociférant leur haine enfin défoulée de femmes bafouées.
Tout cela est normal. On n'arrête plus de cracher sa haine les uns contre les autres. Tous les opprimés d'une culture qui se meurt, crient vengeance et s'apprêtent à prendre le pouvoir et à opprimer à leur tour. Là est le véritable problème...sans issue.... La Révolution, les révolutions ne consistent jamais qu'à prendre le pouvoir à son tour "Vous avez eu le Pouvoir, maintenant c'est à nous". Et je te pille, et je te décapite et je te flingue et je te découpe à la machette, et je te gaze, et je t'encule, et je t'empale
L'être humain est-il capable de sortir de cette dialectique??? Je n'y crois guère...JE N'Y CROIS GUERRE....
J'achète le "Dimanche après la guerre" d'Henry Miller édité pour la première fois en 1955, aux Editions du Chêne et aussi "Regards sur Iannis Xenakis", mon ami, publié chez Stock Musique (regards notament de Messiaen et de Kundera).
Ce dimanche 21 octobre, TRUFFAUT est mort. Il avait 52 ans. Quelle tristesse !!
Ce 23 octobre, mort d'Henri MICHAUX. Il avait 85 ans...Michaux a commencé à peindre à 36 ans (en 1935). Il était fasciné par les tableaux et les dessins des aliénés. Michaux voyait dans cette peinture sauvage "une détresse de fin du monde, un incessant écroulement" qui lui rappelaient da condition d'exilé en lui-même, qu'il était de naissance et lui l'isolé exemplaire, se sentait le compagnon de déroute de ces " oiseaux à une seule aile". Il écrira même dans "Coups d'arrêt": "LE SOLITAIRE SERA ECLABOUSSE PAR TOUS"
Ce 25 octobre je vais voir au Cinéma de Libramont "BENVENUTA" du belge André DELVAUX avec Fanny Ardant, Vittorio Gassman et Françoise Fabian. Voici ce que j'écris le lendemain dans mon journal:"Livio, les lettres brûlées, les ruines de Pompéï, les amants de lave, les maisons gantoises de mon enfance, sombbres...si sombres, et puis surtout cette dernière image du balayeur fou en marmonnade chantante...et ce paquet de lettres brûlant dans le brasero, et les flammes à l'avnt-plan et Fanny Ardant s'éloignant dans les vapeurs tremblottantes.
André Delvaux, grand cinéaste
Jeudi 1er Novembre 1984, j'ai 47 ans et n'en reviens pas d'être toujours là (à l'heure où j'écris, j'en ai quasi 74, inversion des chiffres : 47).
Dans mon atelier je contemple mes pierres sahariennes peintes en rouge et jaune. Et pourtant je ne suis jamais allé en Afrique du Nord pas plus que le facteur Cheval n'est jamais allé à Angkor...
Ah que j'aimerais avoir, à Moircy, un facteur nommé CHEVAL qui m'apporterait le courrier de ma banque débile.
Quand je pense que cette année je n'ai cessé de remblayer les rives de mon ruisseau pour en faire de "Hautes Rives"
Je suis POUR un SACRé SANS DIEU(X)
Je lis dans "Regards sur Iannis XENAKIS, cette phrase essentielle: "En fait si universellement célèbre qu'il soit, Xenakis est toujours un marginal, un qui dérange par sa farouche indépendance et par le cri de vérité qui monte de ses oeuvres, un subversif, donc. Il n'a pas eu de vrais disciples, il n'a pas fait école et la société contemporaine attentive à se protéger, se contente de l'accepter comme un mal nécessaire mais sans lui apporter l'aide qu'il lui faudrait et qu'elle dispense si généreusement à d'autres qui ont le mérite de moins la troubler"
Je lis ensuite dans le Dimanche après la guerre d'Henri Miller:
"L'anarchie de tous les aspects de l'art contemporain n'a jamais provoqué en moi, ni angoisse, ni antagonisme; au contraire j'ai toujours accueilli avec joie les influences dissolvantes. Dans un âge marqué par la dissolution, toute liquidation m'apparaît comme une vertu, mieux encore, un impératif moral. Non seulement je n'ai jamais éprouvé le moindre désir de conserver, étager ou renforcer quoi que ce soit, mais je puis dire que j'ai toujours considéré la putréfaction comme une expression de la vie, aussi riche, aussi merveilleuse que la croissance..."
Et je reprends aussi à mon compte, cet autre passage de Miller, tiré du même livre:
"Ecrire n'était pas pour moi une évasion, un moyen d'échapper à la réalité quotidienne; cela signifiait au contraire, m'enfoncer plus profondément dans le marais saumâtre, plonger jusqu'à la source où les eaux se renouvellent sans cesse, où règnent une agitation et un mouvement perpétuels. Quand je songe à ma vie passée, je me vois comme un homme capable d'affronter n'importe quelle tâche, n'importe quelle carrière. C'était la monotonie, la stérilité des autres isues qui m'avient conduit au désespoir. Je réclamais un royaume où j'aurais pu être tout ensemble maître et esclave. Ce royaume c'était le monde de l'art" .
"C'est avec un écheveau de mensonges que l'art tisse la vérité...Ne faites jamais confiance à l'artiste...Faites confiance à l'oeuvre" (D.H Lawrence)
Claire Brétecher je l'aime beaucoup depuis longtemps...
Elle et Reiser
Je lis "Les Cerveaux brûlés" de NORGE
"Un tournant de la vie, un tournant de la vie, eh bien, ma vie a moi elle n'a que des tournants. Ca forme une grande spirale qui monte et qui descend comme un ressort de lit et s'il n'y avait pas tous ces tournants, s'il y avait tout à coup, une horrible ligne droite, c'est ça qui me ferait un vilain tournant"
"Se méfier des idées trop chaudes, ça ne se voit pas tout de suite. Vous en prenez une, vous ne faites pas attention et ça y est: vous êtes un cerveau brûlé. On continue à vivre, mais il y a des voisins qui ne supportent pas cette odeur de roussi"
Je lis L'AMANT de DURAS. Enfin un style, une respiration qui n'appartient qu'à elle:
"Il lui avait dit que c'était comme avant, qu'il l'aimait encore, qu'il ne pourrait jamais cesser de l'aimer, qu'il l'aimerait jusqu'à sa mort"
"Ce qu'il y a de plus beau de toutes les choses données par Dieu, c'est ce corps d'Hélène Lagonelle, incomparable, cet équilibre entre la stature et la façon dont le corps porte les seins, en dehors de lui, comme des choses séparées. Rien n'est plus extraordinaire que cette rotondité extérieure des seins portés, cette extériorité tendue vers les mains"
Nuit du 23 au 24 novembre, pour la deuxième nuit consécutive, tempête d'une grande violence. Il est 9h50 et nous sommes privés d'électricité depuis hier à 20h30. Plus de lumière, plus de chauffage, Frigo et Surgélateur en panne, plus de radio. Nous ne savons pas ce qu'il se passe...coupés du monde. Des centaines d'arbres déracinés sur les routes qui entourent notre village entouré de forêts
UN AGENT TUEUR.
Ce jeudi 29 novembre je viens faire une inspection chez un agent du coin. Il vient de tuer un lapin mais le lapin l'a griffé, l'a mordu, lui a fait une main toute bleue, avant de disparaître. Alors pendant une heure, je lui fais sa comptabilité bancaire. Sa femme arrive en peignoir de nylon matelassé, elle est malade-prise du coeur- une femme charmante qui regarde boire son mari (il est 11 heures). J'ai fini et je me lève. J'aperçois alors un énorme lapin, dans une caisse en carton, encore vivant celui-là, complètement apeuré et...je comprends...celui-là aussi, il va le tuer. Je grimace, leur dis à lui et à elle que j'ai horreur de cela-elle me dit, un peu coupable "il faut bien que ça se fasse, M'sieur l'Inspecteur " (Attends connasse, bientôt c'est toi qui va y passer, crochet, dépiautage et toute la gomme). Lui, il rit, il est tout rouge. Il va faire un second massacre avec sa main violette et bandée. "Encore une goutte , M'fi (en wallon "mon fils")?" "NON"dis-je séchement. (M'fi n'a bu ni goutte, ni bière). M'fi est parti illico, comme un, voleur. Il aurait voulu, M'fi, partir avec ce lapin dans ses bras-avec cette vie toute frémissante. Non décidément M'fi, il ne comprend rien au monde des hommes. Il n'y comprendra jamais rien.
LES PRODUCTEURS DE L'ART NE SONT QUE DES ART-MATEURS...
Ce que devient mon atelier en décembre. Le nombre actuel de mes peintures sur bois, bois dressés , souches etc... est de 150 environ. On peut voir aussi, ci-dessous, à l'avant-plan à gauche, le début de mon travail sur les cashes de Polaroïds, série que j'intitule:" Les Aquachtoniques"(Eau et Terre glaise)
LE ROUGE C'EST AUSSI LE SANG ET LE SANG C'EST LA VIE QUAND IL COULE AU-DEDANS ET C'EST LA MORT QUAND IL COULE AU-DEHORS.
Hier soir à Apostrophes, j'ai retrouve Rimbaud...en Abyssinie...avec Amain Borer (Seuil) "Un Sieur Rimbaud se disant Négociant". Ensuite j'ai acheté le livre d'Alain Borer. Passionnant. L'autodestruction d'un poète prodige, l'amenant à devenir marchand d'armes, puis amputé et rapatrié à Marseille
Finalement on reparle beaucoup ces temps-ci de cette ordure de Paul Claudel, à propos de sa soeur Camille. dans l'émission télévisée sur Philippe Soupault et le Surréalisme, dans le dernier Magasine Littéraire sur la Surréalisme. Paul Claudel c'est exactement mon contexte bourgeois familial (et Camille c'est ma soeur Danièle). C'est un artiste catholico-bourgeois, converti comme mon père, avec tout ce que cela comporte de récupération de pouvoirs, d'art au service d'une certain prosélythisme. Un homme toujours prêt à excommunier la marginalité. Les Ex-Communicateurs, à savoir ceux qui ne savent plus communiquer avec ceux qui incarnent des parties d'eux-mêmes qu'ils rejettent, dont ils ont peur. Ces bourgeois "claudéliens" existent toujours. Ils ont encore beaucoup de pouvoir sur la culture. La culture bien-pensante n'est pas morte...Celle qui dicte aux gens ce qu'il convient d'apprécier et de rejeter. De quoi je me mêle ???
J'en conclus donc et plus que jamais que toute RECHERCHE ne peut être que SOLITAIRE. Tous les discours sont à rejeter. Toute peinture, création alimentaire devient fausse. Elle se strangule, elle s'auto-strangule. J'en ai marre d'entendre de soi-disant artistes, dire sans arrêt qu'ils doivent manger avec leur art. Ils n'ont qu'à manger avec autre chose, je le fais bien, moi !!! C'est donc que c'est possible ou alors qu'ils bouffent leurs oeuvres. Encore faudrait-il qu'elles soeint comestibles, ce qui est rarement le cas. Qu'ils bouffent leur merde au lieu de la plaquer sur les murs, au risque de devenir sourds-"murets" car chacun sait que les murs ont des oreilles. Leur seule issue est donc de faire la sourde oreille chaque fois qu'un galeriste les troue et les cloue sur son mur, pour y suspendre leur petite merde de Cacartiste.
Salvador DALI disait "Une bonne peinture c'est une peinture comestible"
Aucun doute, dans l'art actuel, ça BOUSE. Alors bouser pour blouser, autant bouser ostensiblement comme Manzoni ou Jacques Lizène mon copain peintre liégeois qui ose peindre avec sa merde, tandis que les galeristes essaient de mettre sa bouse dans le vent. Mais ses toiles ont été censurées. une peinture, paraît-il, c'est, par essence inodore, ça doit être clinique, aseptisé. Oui à la limite, une peinture, ça doit être incolore. La couleur c'est juste bon pour la télévision.
"La peinture c'est comme la merde, ça se sent, ça ne se discute pas" (Toulouse-Lautrec)
En cette fin d'année 1984, je lis Milan KUNDERA: "L'Insoutenable légèreté de l'Etre". Une merveille. En voici quelques extraits notés dans mon journal:
"Oui le droit de tuer un cerf ou une vache, c'est la seule chose sur laquelle l'humanité toute entière soit fraternellement d'accord"
"L'homme attelé à un charroi par un Martien, éventuellement grillé à la broche par un habitant de la Voie lactée, se rappellera peut-être alors la côtelette de veau qu'il avait coutume de découper sur son assiette et présentera (trop tard) ses excuses à la vache"
"La vraie bonté de l'homme ne peut se manifester en toute liberté, qu'à l'égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test de l'humanité, ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci: les animaux. Et c'est ici que s'est produite la plus grande faillite de l'homme, débâcle fondamentale dont toutes les autres découlent
" Nietzsche sort d'un hôtel de Turin. Il aperçoit devant lui un cheval et un cocher qui le frappe à coups de cravache. Nietzsche s'approche du cheval, il lui prend l'encolure entre les bras et sous les yeux du cocher et il éclate en sanglots..."
"Et c'est ce Nietzsche-là que j'aime, de même que j'aime Tereza, qui caresse sur ses genoux la tête d'un chien mortellement malade. Je les vois tous deux côte à côte: ils s'écartent tous deux de la route où l'humanité "maître et possesseur de la nature" poursuit sa marche en avant"
En fin d'année, je réalise, à mes moments perdus....une centaine de gouaches sur papier pelure, en format A4. Ce travail préfigure celui sur les écolines réalisé lors des années suivantes. Le thème de ces gouaches est " l'Etang dans tous ses états "

Je suis arrivé à la 1000 ème page de mon journal (qui en 2011 en compte plus de cinquante mille)
Le 25 décembre, Marie-Henriette, ma belle-soeur, m'offre "Les lettres à Gala" de Paul Eluard (NRF Gallimard) Gala a quitté Eluard pour Salvador Dali
Je recommence à avoir des problèmes avec mon oeil droit, atteint en 1981 de "Réthinopathie séreuse centrale ou Corroïdite "





































































































































































































































Et voici les écrivains de cette soirée à Lausanne chez Geneviève Roulin (malheureusement décédée); Son père était Maire de Lutry, petit village sur le Lac Léman



















































