1983 commence très mal pour moi. J'apprends pas des bruits de couloir que mon bureau va être fermé, alors même qu'au vu de mes résultats, la Banque IPPA-Anvers, cherche un immeuble plus grand et mieux situé à Libramont, depuis plusieurs mois. Je me rue sur le téléphone et prends rendez-vous avec mon supérieur direct à Liège, un certain Hollange. Quand j'entre dans son bureau, je ne puis y croire. Eh bien si c'est exact !!! Ma secrétaire va partir à Namur et moi on n'a aucune idée...peut-être me reclasser dans les bureaux à Liège???on ne sait pas.
Donc après m'avoir retiré mon réseau d'agents en 1981, m'avoir fait prospecter de la clientèle nouvelle à Libramont, m'avoir féléicité de mes résultats, m'avoir fait suivre des cours bancaires à Liège, que j'ai réussi avec la plus grande distinction, la Direction décide de fermer le bureau de Libramont; Une vraie bande de salopards et de fourbes, les gens d'Anvers et de LIège. Une place d'Inspecteur est ouverte pour le Sud de la Province du Luxembourg, donc mon ancien secteur, et on ne veut pas me la rendre. Ja vais batailler pour l'obtenir, pendant des mois. J'y reviendrai car cela va se jouer en avril, mai et juin
En attendant janvier est tout blanc et un ruisseau d'hiver s'est mis à couler, alimenté par une souce surgissant de la pâture voisine, mais qui s'assèche en été 
Dès le mois de mars, j'installe les totems au bord de l'étang, construis une muraille constituée des pierres piochées en le creusant, pierres que je vais commencer à peindre à l'huile avec mon pouce, et je je commence à creuser un deuxième étang au Sud de mon ruisseau


Le 3 mars 1983 c'est le suicide d'Arthur Koestler et de sa femme Cynthia, dans la chambre de leur maison à Londres, même tragédie que les époux Zweig en Argentine. Arthur Koestler a beaucoup compté dans ma formation intellectuelle et éthique. C'est un tout grand bonhomme
Aussi la mort de Maurice Ronet. Surtout l'Homme de Feu Follet de Malle, où il incarne un héro typique de Drieu la Rochelle. Et puis les "Chabrol" bien entendu. Il allait avoir 56 ans
Ce qui ne m'empêche pas de continuer à aggrandir mon deuxième étang dès le mois d'avril et de porter sa surface à 40 m2 (8 sur 5)
Et dans l'atelier, je continue mon travail sur mes pierres peintes
Je reçois aussi des nouvelles de mon ami Henri POUSSEUR, un grand compositeur belge, qui annonce sa visite prochaine, une très belle carte, avec 8 poèmes de Po Chü-i, 12e siècle
Une carte aussi de Jean-Pierre Verheggen que je vais bientôt revoir à Bruxelles. Verheggen est un écrivain belge important (Le degré Zorro de l'Ecriture-Ninitzsche peau de chien, Madame Mao etc....)
Autre anecdote. Un jour en rentrant à Moircy, je vois quatre gaillards qui sont en train de hisser un piano à queue dans mon atelier, via le hall d'entrée. Qu'est-ce???. Céline ma femme me dit qu'elle a acheté d'occasion un piano, à des amis (250 Euros), pour apprendre à en jouer. C'est un quart-queue et il prend une place énorme???. Elle aurait peut-être pu m'en parler???Je ne suis pas content du tout mais c'est trop tard le piano est hissé. Céline prendra des cours et abandonnera très vite. Et à ce moment je commencerai à m'intéresser à ce piano qui ne sert à rien et me remettre à jouer (J'ai pris un an et demi de cours en 1949 et suis arrivé direct en 3e année, mais ne suis pas allé plus loin )
C'est un Förster 1903, tchécoslovaque, cadre métallique, double carburateur et tout et tout. Nous le ferons restaurer pour 150 Euros. Quatre-cents euros pour un quart- queue, qui dit mieux?
Au début il me bouscule ce piano, planté au milieu de mes totems. puis peu à peu il m'apprivoise. Mieux au niveau ésthétique, il compose avec le rouge de mes bois, une merveilleuse symphonie stendhalienne 
Et moi avec tous ces amis passionnants qui m'entourent et parallèlement qui suis en train de me colleter avec une bande de cons incultes, ceux de la Banque flamingante IPPA, Plus flamingant que les anversois, tu meurs. C'est aussi le fief du Vlaamse Blok. Car c'est déjà du Bart de Waever que je suis en train de vivre, à titre personnel.
Voilà on me donne une chance de décrocher la place d'Inspecteur Sud-Belgique. Partir en stage à Anvers et à Bruxelles du 19 avril au 6 mai, puis du 16 au 18 mai, puis tournée dans mon nouveau secteur qui comprend en plus les pays de langue allemande (cantons rédimés) avec un Inspecteur de Malmédy, un certain Krings, imbuvable personnage et enfin passer des examens à Anvers les 1er et 2 juin.
Je signale que je pratique ce métier depuis 1966 et que j'ai créée seul deux réseaux d'agences. Et Ippa va m'apprendre mon métier.
Le Crédit Foncier de Belgique est une société belge et non "flamande" de crédits Hypothécaires, créée en 1835 et située Place du Petit Sablon à Bruxelles. J'y suis engagé en 1966, lors de la création d'un Département Caisse d'Epargne pour constituer dans la Province de Liège, un réseau d'agents indépendants, les former et leur faire ouvrir des livrets d'épargne dans leur entourage. En 1971, un réseau de 60 agents est formé, c'est une réussite.
On m'envoie donc recommencer dans un territoire totalement vierge où je ne connais personne, la Province de Luxembourg, et on crée un bureau à Libramont. Je repars à Zéro et le réseau est formé dès 1976 et tourne bien. Je suis donc nommé Directeur Provincial et mieux encore "Fondé de Pouvoirs" (Pouvoir d'engager la société dans certains actes juridiques). Sur la photo ci-dessous, le Crédit Foncier est l'immeuble foncé dans le fond à droite. Nous sommes au Petit Sablon, la Place des antiquaires. Dans le fond l'Eglise du Grand Sablon, de l'autre côté de la rue de la Régence.
Autre élément qui joue en ma défaveur. Quand je sollicite un prêt en 1978 pour acheter ma maison à Moircy, j'ai un entretien téléphonique avec le Directeur Général, Monsieur Tyteca, frère du célèbre psychiatre. Il me dit "Comment Van Cauwenberghe, vous voulez acheter dans les Ardennes, mais nous avons d'autres ambitions pour vous. Vous êtes docteur en Droit, vous êtes "bien né" (je n'oublierai jamais cette expression ridicule), vous avez fait vos preuves sur le terrain, nous avons d'autres projets pour vous au sein de notre siège social etc..". Et moi de répondre: " Non Monsieur Tyteca je veux rester ici, je ne veux pas retourner en ville, traduisez: "je n'ai aucune ambition au niveau professionnel". Ceci figurera évidemment dans le dossier, le mien que le Crédit Foncier transmettra à Ippa en 1980 "Pas d'ambition". Ceci dit mon patron a été correct et j'ai eu le prêt
Le 18 avril, je me présente à Anvers et me retrouve enfermé dans des bureaux pour la première fois de ma vie. Avantage je suis libre à 16h30, logé à l'hôtel et j'ai la possibilité d'approfondir ces deux gandes villes, Bruxelles et Anvers dans lesquelles je vais séjourner pendant plusieurs semaines. Voici d'abord mon hôtel, l'EUROTEL. Situé derrière la gare centrale et à côté du Zoo (Mes patrons ont sans doute voulu que je ne sois pas trop dépaysé). Je suis au 6e étage à gauche, ma fenêtre est ouverte, sur les vapeurs des trains mêlées à celles des crottes de chimpanzés, chimpanzés que je vais retrouver dans les bureaux. Un monde... les bureaux, avec des enfermés qui s'ennuient, des chefs et sous-chefs de service qui s'y croient, le café à 10 heures et à 14 heures, histoire de tuer le temps. Les bureaux sont des cimetières peuplés d'individus pré-enterrés.
Me voici donc à Anvers à l'EUROTEL. Je suis dans la partie de gauche au 6e étage, ma fenêtre est ouverte
Extraits de mon journal:
Ce lundi 18 avril à Anvers. Eurotel, à côté du jardin zoologique (Dierentuin) et derrière la gare centrale. Il est 22 heures. Je suis dans ma chambre 606 au 6e étage, sur mon lit, seul, devant la télé-couleurs. Grand Echiquier de Jacques Chancel avec Patrick Segal. Il fait chaud. Plein de juifs en tenue dans la ville, près de l'hôtel à la Pelikaanstraat, la rue des diamantaires qui longe le chemin de fer. Ici c'est le super-luxe-style Sheraton--avec piscine, centre de fitness, téléphone, radio et tv dans toutes les chambres, 60 euros la nuit. J'en profite à mort. Vive Ippa. Demain départ pour Bruxelles
Extrait de mon journal: " mais ils sont cinglés tous ces juifs avec leur coiffure à la Culture Club-Boyd George-, cette espèce de tresse phallique qui jaillit de leurs chapeaux noirs...tous ces jeunes mecs à la peau blafarde et froqués de noir, des pieds à la tête. Je les voyais tout à l'heure dans la Pelikaanstraat, en partant vers le Middelheim, avec derrière eux, les enseignes diamantaires "Schwarz-Rosenthal-Blumentahl...et tous ces flics de faction sur les trottoirs"
La vue de ma fenêtre celle de la 606. Hideux. Le centre ville c'est tout droit. Le zoo est à gauche
Je suis donc sur la droite du plan ci-dessous. Au milieu il y a deux buildings IPPA, au Meir et à la LangeNieuwestraat. A droite le centre de la vieille ville avec le Grote Markt et la Groenplaats. C'est de ce côté que je passerai mes soirées, tout près aussi du Steen (Le Port). Sous ce plan d'abord le Meir et le building Ippa en jaune à gauche, une horreur, au Monopoly belge le Meir est la rue la plus chère, ensuite la Gare Centrale et le Quartier de China Town, et enfin la Groenplaats avec la statue de Rubens et le Steen(le port)

Hmmm....ça sent la MOUETTE
Dès le 19 avril, je me retrouve à Bruxelles et suis logé à l'Hôtel Windsor, à la Place Rouppe, hideuse elle aussi, dont la seule éclaircie est le celèbre restaurant bruxellois, le "Comme chez Soi", situé au fond de la Place, devant ma fenêtre. Nous sommes dans le quartier de la gare du Midi.
Extrait de mon journal: "Ce mercredi 20 avril. Mal dormi pour la troisième nuit consécutive. Je vais partir pour le Petit Sablon (Crédit Foncier-ma Banque) avec ma serviette et mon sac photos. Je gare ma voiture dans la cour de la Caserne Prince Albert (rue d'Egmont). Hier soir après avoir vu le film "La Balance", de Bob Swaim, avec Nathalie Baye, Richard Berry et Philippe Leotard, je suis revenu de la Grand'Place à pied, en 7 minutes.
Voici la Place Rouppe vue de ma chambre. Au fond, à gauche de la rue du Midi, au coin de la place le "Comme chez Soi" (sauf que c'est nettement plus cher)
Et voici le plan de quelques quartiers dans lesquels je vais errer pendant 3 semaines (Plan extrait de mon journal)
Le jeudi 21 avril, je vais à la Chaussée de Charleroi où une ex-"amie", peintre que je n'ai plus vue depuis 13 ans, expose dans la, très en vogue, Galerie Jucien BILINELLI. je me retrouve seul avec le patron, qui est devenu son compagnon et galeriste, et un certain feeling s'installe entre nous. Il semble s'intéresser à mon travail (J'ai toujours des photos avec moi au cas où ) Arrive la belle, super fringuée. Retrouvailles assez guindées, on l'imagine. Est-il au courant?? Vers 21h00 en fermant la galerie, ils me proposent de me reconduire à mon hôtel. Stupéfaction, on me fait monter dans une jaguar super- luxe. Je m'assieds à l'arrière. Imaginez, j'ai connu D.dans une misère totale à Liège, allant jusqu'à lui faire acheter deux peintures par des amis, afin qu'elle puisse manger à sa faim jusqu'à la fin du mois, dans les années soixante (nous nous connaissons depuis 1962). J'apprendrai que son compagnon est richissime. il vient de Milan et fait dans le vêtement(Oh le sale...). Il possède plusieurs boutiques prospères et comme galeriste est en train de faire fortune avec l'avangardia italiana.
Je suis évidemment estomaqué. Je n'avais plus de nouvelles de D., partie de Liège pour NIce avec son mari coiffeur, qui y tenait salon. Je ne reverrai D. qu'en 1989, après mon licenciement et la séparation d'avec mon épouse. Nous redeviendrons amants, 20 ans après la première fois. Mais ceci est une autre histoire. Il faudra chers lecteurs attendre la fin 1989, si j'y arrive
Au Petit Sablon, dans certains bureaux où j'accomplis mon stage, j'ai une belle vue sur le square, ce parc dans lequel Folon exposera ses sculptures, des années plus tard
A l'hôtel chaque soir j'écris dans mon journal:
Lundi 25 avril: " Sixième jour de stage. Très étrange sensation de me retrouver dans cet hôtel de la Place Rouppe, auquel je commence à m'habituer. J'entre dans la peau d'un voyageur de commerce. un inconnu dans la ville.
Depuis le WE dernier, plutôt décevant, je me sens sans attaches Autant ici qu'ailleurs; Au moins ici, suis-je à l'abri des reproches éternels de mon épouse, continuant à écrire ce journal dont elle n'a jamais daigné lire une seule page.
Et ce piano à queue, ce crapaud apparu dans mon atelier ce WE, à l'initiative de Céline, que va t'elle en faire, que signifie t'il, sur le plan de son inconscient ??? Un horrible week-end de tension . Oui, j'ai même accepté ce dimanche de recevoir des gens qui ne m'étaient rien, de peur de me retrouver seul, face à sa perpétuelle agressivité à mon égard (qui dure tout de même depuis 14 ans)"
A la Grand-Place au moins on respire
Mercredi 27 avril (extrait de mon journal): " Hier soir j'ai vu GHANDIJI, superbe film de Richard Attenborough avec Ben Kingsley, aux Galeries de la Reine. Après, resto à la Petite rue des Bouchers, que voici, dans mon ilôt sacré
Durée du film, trois heures vingt. Je suis rentré à minuit. Avant, je suis passé à la Librairie d'art Post-Scriptum et ai montré des photos de mon travail, au patron Bernard Marcellis. J'achète un livre sur Tapiès.
Ce soir retour à Moircy pour une nuit et demain re-marathon pour une journée à Anvers, puis retour sur Bruxelles le soir pour rencontrer mon ami Verheggen qui donne une conférence avec Eric Clemens, au Palais des Beaux-Arts. En effet ce jeudi 28 avril est une journée marathonienne. Je quitte Moircy à 6 heures, suis à Bruxelles à 8h30 à Anvers à 12h30 dans mon resto habituel de la Groenplaats, que voici ci-dessous, suis dans les bureaux d'Ippa à 13h00 et me retouve à Bruxelles à 17h30 et aux Beaux-Arts aux cotés de Jean-Pierre Verheggen.
Je m'apprête à aller me coucher. Il est 21h00. Je croque des macarons, en guise de diner. Je commence à sentir la fin du stage, la fin de l'enfermement, des horaires, des réveils en sursaut, du microcosme bureaucratique.
Ce midi en regrdant la Place Verte à Anvers, de ma table de resto, je voyais:
Galerie Petri Paulus Rubens
't spinnenwiel
In den Toren
Vlaamse kanten
Kanten-Dentelles-Laces-pitzen

Extrait de mon journal: "Ah Jean-Pierre Verheggen, il a fallu qu'hier soir, tu te mettes à parler de la FOLIE et vois-tu, je n'avais vraiment pas envie de parler en public-de cela. Ma véritable folie, vraie ou fausse, elle éclate dans mon oeuvre de plus en plus et tout ce que je pourrais dire là-dessus, serait bien terne, à côté de mes poteaux tordus de couleurs...alors j'ai préféré fermer ma gueule...
Moi aussi je suis contre le retour du religieux, depuis longtemps et avec acharnement. J'ai été très, très content de te l'entendre dire
A propos d'Eric Clemens (revue TXT) et de Clemens Banda dont il a parlé, nom étonnant du psychiatre qui s'occupa de Nietzsche dès 1895...
Comment s'appelle t'il encore ce membre de Support-Surface à qui Jean-Pierre a montré une photo de mon étang et qui a dit que mes arbres avaient l'air d'éxécuter une sorte de danse autour de l'eau, comme des flammes ou des torches.
Vendredi 29 avril. Ce soir je regagnerai mon territoire, trois jours de liberté. Sensation de jouissance que celle qui consiste à m'éloigner de la ville et de rouler vers la forêt, de m'éloigner du mensonge et de rouler vers la liberté.
Ce stage m'aura donné l'impression de recommencer mon service militaire. C'est chez moi un rêve récurrent. Je me retrouve dans une caserne et essaie d'expliquer à mes supérieurs que j'ai déjà fait mon service militaire et n'ai donc pas à le faire une seconde fois, qu'il s'agit d'une erreur monumentale de leurs services administratifs. très Kafkéien comme rêve. En outre le hasard a voulu que chaque fois que j'arrive, je doive garer ma voiture dans la parking d'une caserne se trouvant rue des Petits Carmes, ce qui accentue encore ma sensation d'enfermement. Comme par hasard le monde financier a ses entrées dans une caserne.
Je pense que toute rupture est intéressante. Ce stage est une rupture totale, de jour comme de nuit-environnement complètement différent. Le sauvage a dû mettre son beau costume, répondre à l'appel, claquer les talons...mais dès qu'il sort de la caserne, il se rattrape le sauvage....
JE ME SENS DANS UN BUREAU, COMME DANS UN CIMETIERE, LA POESIE EN MOINS...."
Bruxelles en sortant de la Gare Centrale, Place de l'Albertine, vers le Marché aux Herbes. Ensuite la célèbre Place Royale au style Leopoldiste
Extraits de mon journal : "Ce 2 mai . .Demain je rentre à la caserne. Il me restera 4 jours à m'enfiler. Après ces trois jours de liberté, cela me semble impensable de devoir retourner là-bas...jusqu'au bout j'aurai donc ressenti cette angoisse claustrophobique.
Mardi 3 mai...Terrible nuit où j'ai dû reprendre un somnifère à 3 heures du matin pour me réveiller à 6 heures et rouler vers Bruxelles.
L'après-midi je rencontre Monsieur Barcy, co-directeur du Crédit Foncier. Il me fait des révélations sur les commérages de mon ex-inspecteur subordonné, Pol Hubermont de Marche-en-Famenne. Pauvre type. Grand catholique évidemment, adepte de Judas Iscariote
Le soir je retrouve pour la première fois un ami d'université, avocat, associé de Graindorge, membre de la SDRW, et écrivain. Son nom FOULEK RINGELHEIM. Lui et le ministre Jean Gol ont épousé les soeurs WInkler. C'est le seul type du Droit que j'aie envie de revoir. Grandes retrouvailles après 21 ans de séparation et ceci au Grand Sablon, au Vieux Saint-Martin. Il vient de publier un roman qui fait un certain bruit "Le Juge Goth" et a dirigé un ouvrage collectif:'Les Juifs entre la Mémoire et l'Oubli ".
"Avant d'aller me coucher à 21h45, je lis dans "Ecce Homo", cette phrase de Nietzsche repris de Zarathoustra:
" Vrai Zarathoustra est un vent violent pour les plaines et les creux et tel est son conseil à ses ennemis, à tous ceux qui bavent et crachent: "Gardez-vous de cracher contre le vent".
Jeudi 5 mai
Merveilleuse soirée avec André et Daisy MOYAERTS, avenue des Lucioles. André est avocat et Daisy est professeur d'anglais. Devant leur maison, un cerisier se meurt dans ce quartier fleuri, situé à deux pas de l'Hippodrome."
Encore des extraits mon journal: "Hier à midi, j'ai acheté "Histoire de la Folie" de Foucault et " La Nostalgie" de Jankélévitch, ainis que "Solal' d'Albert Cohen. Tels auront été mes livres de Bruxelles, avec Ecce Homo, Les taramuharas d'Artaud, les Zodiaques chinois du Buffle et de la Chèvre (Je suis Buffle ascendant Coq), Butor "Les Mots dans la Peinture" et Anton Tapiès "La pratique de l'art".
Ce jeudi soir une charmante jeune femme vient me rejoindre... Nous fûmes amants et nous le redevenons. Témoin ma chambre d'hôtel avant et après..Ce matin-là en m'éveillant, sur la Place Rouppe, un chat noir, sur la capot d'une voiture rouge (Stendhal à nouveau), faisait des bonds en essayant d'attraper les oiseaux... Ensemble nous irons manger à la Ferme de l'Ilôt Sacré. C'est à ce moment seulement que je fais le rapport entre l'Ilôt Sacré et mon territoire de Moircy. De là sans doute mon attirance pour cet Ilôt de Bruxelles, cerné par Le Marché aux Herbes, la Petite rue des Bouchers, la Galerie Saint-Hubert (ma région à nouveau, à 9 kms de Moircy), et la Galerie de la Reine
Une dernière razzia avec mon amie m'a conduit à Post Scriptum pour acheter le disque de Burroughs avec John Giorno et Laurie Anderson, un 33 tours à 3 plages. J'achète aussi "Artiste et Métèque à Paris "de Lise Bloch-Morange (Un chapitre sur Xenakis)"
Retour à Moircy ce vendredi 6 mai Et ce vendredi matin, le ciel est bleu sur la Place Rouppe. Je termine mon stage en beauté
Extraits de mon journal.
Le 10 mai la Radio Télévison Belge (Christian Bussy) me téléphone. Ils viendront filmer mon territoire le 20 ami. Je ne les attendais plus et ça me laisse indifférent. Très curieux-rattaché à ce détachement que je sens en moi, de plus en plus. Tout un après-midi pour deux minutes d'antenne, ce n'est pas sérieux, c'est une heure d'antenne au minimum qu'il me faudrait pour dire ce que j'ai à dire ou à montrer. Ce genre de flash TV n'a d'utilité que promotionnelle, tout en surface, rien en profondeur. Ce que j'aimerais, c'est que quelqu'un fasse un film-reportage de longue durée, quelqu'un qui serait en affinité avec moi et me ferait cracher tout ce que j'ai à cracher...Qui aime bien, crache bien. Rejeter les corps étrangers pour laisser place aux corps non-étrangers
Il y a dans la langue américaine un rythme physique, profondément physique dont je me ens proche
Souvent les livres que je lis se remplissent de cendres, celles de ma pipe
C'est peut-être à cause de ma pipe que j'ai fini par en attraper la tête..."Ceci n'est pas une tête"
Ce stage m'aura confirmé que je ne puis m'entendre avec des hommes en groupe, qu'à la seule condition que je m'abaisse à leur niveau...à leur niveau d'hommes en groupe, habitués à jouer leurs jeux de groupes. Pendant trois semaines, je me suis déguisé en homme moyen, en homme "sans histoires", en homme rassurant.
Le vendredi 13 mai, Jean-Pierre et Giséle Verheggen viennent manger à Moircy. L'homme de Support-Surface qui a commenté la photo de mes totems, c'est Philippe Boutibonnes. On parle aussi d'Eugène Savitskaya, jeune écrivain.
Et c'est le Concours Reine Elisabeth et le 28 mai, son vainqueur Alain Volondat, un génie précoce du piano. Brillant
" VOLONDAT pianiste autistique...Images fascinantes de la proclamation le dimanche matin 29 mai à 2h15. Pierre-Alain avançant sur scène comme un somnambule, serrant à n'en plus finir, la main du président du Jury, saluant la foule en levant les bras, la gueule ouverte, le regard fou, sans l'ombre d'un sourire...ou encore assis au milieu de ses compagnons pianistes, avant la proclamation, complètement absent, ne disant bonjour à personne, Vodonitcharov à sa gauche plaisantant avec David Buechner à sa droite et Volondat tout raide, regardant fixement devant lui.
Voici donc un garçon de 21 ans, extérieurement complètement bizarre et débile, ayant de perpéruelles ruptures dans son langage, à peine compréhensible lors des interviews, mythomane, et en même temps, au niveau de son art, faisant preuve de folie contenue, maîtrisée, d'une maturité incroyable, d'une énergie entièrement contrôlée, ses mains prequ'immobiles sur le clavier, en en tirant une sonorité incroyable avec ses mains frêles bougeant à peine. un jeune-homme laid, presque repoussant, effrayant tout le monde. Le public applaudit, sidéré;..regarde ce garçon au regard d'ailleurs. Les gens sont inquiets...je revois..le Dictateur de Chaplin...oui il a une petite moustache comme Hitler et a les mêmes gestes que lui, saccadés, avec les deux bras qui s'élèvent brutalement au milieu des clameurs, des bras tout raides, comme des membres d'automate...oui nous sommes à Nüremberg.
Il aime RImbaud, il aime Cendrars et en musique le premier nom cité par lui est... XENAKIS...
Son professeur de piano est une certaine Vera MOORE " 
Du 24 au 27 mai je pars en tournée d'inspection dans les pays rédimés (cantons allemands de l'Est de la Belgique), avec un Inspecteur Ippa de Malmédy. Quatre jours infernaux.
Retour en stage à Bruxelles le 1er Juin et le 2 Juin à Anvers, je passe trois examens de stage, qui vont décider si je suis apte ou non pour le poste d'Inspecteur. A Bruxelles d'abord la matinée du 1er Juin, puis une expo en vitesse aux Beaux-Arts avec notamment mon ami Jacques Charlier. je suis pressé car je dois être à Anvers à 14 heures et en sortant, j'entre en collision avec un homme, un grand blanc-blond, avec une chaussure noire. Nous nous regardons hébétés, sans un mot, nom de Dieu, c'est ANDY WARHOL !!!! J'en suis sûr et je n'ose pas le lui demander. C'est totalement hallucinant.!!! 
Voici une salle de l'expo réunssant Ben Vautier (au-dessus)et Jacques Charlier.
1983. Je me retrouve à Anvers et le soir dans une autre chambre de l'Eurotel, la 328.. Voici mon humeur ce soir du 1er juin:
Extrait de mon journal: "Il est 23 heures, je suis dans ma chambre. Demain je passe un examen décisif pour mon avenir. Et il n'y a personne, pas un coup de fil. Rien, le néant absolu. Et pourtant tout ce que je vomis par tous mes pores, en serrant les dents, depuis 3 ans, aboutit demain. Et je suis seul avec mon trac et mon cafard. Ni amours, ni amis. Ils sont tous manquants aux moments essentiels. Ce sont des choses que j'aurai de la peine à oublier. Les moments les plus éprouvants de votre vie, personne ne s'en préoccupe...Alors que l'on cesse de me parler d'altruisme, d'amour, d'amitié. Foutaises. Quand on crève, il n'y a jamais personne. Je le dis, je souffre de manque d'amour, d'affection, il ne me faut pas grand chose, une présence tendre, allongée et silencieuse, rien de plus..BONSOIR TRISTESSE."
Le 3 Juin, c'est le grand jour. Accompagné de deux collègues de l'ex-Crédit foncier, convoqués comme témoins de l'impartialité d'Ippa à l'égard d'un ancien du Crédit Foncier, je vais être mitraillé de questions, par 4 examinateurs, de 10 à 17 heures, hormis une heure de table au Porto Bello (dans le Meir). En début d'après-midi en effet je me retrouvais dans le bureau d'un certain Schouwaerts, Big Boss du Service "Opérations de paiements" et absent ce jour-là, avec une certaine Madame Verheyen, présente avec nous au Resto Porto Bello où un de mes collègues avait parlé de mes peintures, ce qui semblait intriguer ladite dame à qui j'avais dit alors "Madame, si vous voulez voir mes travaux, regardez la télévision en septembre prochain, l'émission Arts-Hebdo de Christian Bussy " J'avoue avoir ressenti une certaine jouissance; "Comment !!! Cet homme dont nous voulons nous débarrasser serait un peintre connu???"
Je remonte après le déjeuner dans le bureau de cette dame, ou plutôt celui de son collègue Schouwaerts. Elle doit me faire paser un examen, elle aussi. Or j'aperçois au mur de ce bureau, des dessins tantristes tibétains, dessins ramenés par la fille du Big Boss. Et je commence à parler du véhicule de diamant devant cette femme, une redoutable chef de service, 45 ans environ...et cette dame est littéralement fascinée par mon discours. Faire un cours de culture dans une banque, avant de passer devant les jurés de cette banque, c'est une sensation extraordinaire. Si ça continue elle va oublier de m'interroger. Cette femme m'avait accueilli dan son bureau tout un après-midi, quinze jours plus tôt.
Incontestablement une femme de tête (à défaut d'une tête de femme...on ne peut tout avoir), avec une fonction professionnelle importante et qui, sans arrêt m'avait parlé de finances et cette fois je parviens à l'amener sur mon territoire, à parler d'autre chose, à redevenir tout simplement un être humain non préocupé de défendre sa place de femme au sein d'un milieu professionnel phallocratique. -Qu'ont-elles donc ces femmes à vouloir s'imposer dans un milieu que moi, homme, je ne pense qu'à quitter...à tout jamais...???Et que je quitterai...dans 6 ans
Attente. Retour à Anvers au service commercial le 24 juin. Je suis engagé et donc sauvé. 
Je me suis souvent promené au Middelheim (Parc de sculptures contemporaines)
Extrait de mon journal:
Le Parc-Musée du MIDDELHEIM. Parc superbe mais truffé de sculptures n'ayant aucun rapport l'une avec l'autre ni avec leur environnement naturel. Ca pue l'artificiel. Il y a vraiment quelquechose de mort, de faux, de non-vécu. On met toutes sortes de belles sculptures célèbres dans un beau parc et tout cela n'a aucun sens. Ce qu'il aurait fallu faire, c'est d'amener des artistes à travailler sur place en fonction de ce milieu naturel qui les aurait inspirés en vertu de leur cheminement inconscient. Tous ces PARCS D'ART OU L'ON PARQUE L'ART, C'EST DU BIDON...
Je pars en tournée d'agences de mon futur secteur, Sud-Luxembourg. je suis rattaché au Siège de Liège d'Ippa
J'ai pèché 30 truites en juin et agrandi mon deuxième étang
Autres extraits de mon journal au mois de juin 1983, à mon retour de stage:
"Il y a des moments d'attente qui sont extraordinaires et que l'on voudrait prolonger indéfiniment. L'attente serait-elle plus importante que l'être ou la chose attendue???"
A propos de Nietzsche dans lequel je suis plongé. Je le cite: "Ce que j'attends exactement de la musique? Qu'elle soit gaie et profonde comme un après-midi d'octobre"; Et encore "Je ne connais pas d'autre manière d'être occupé à une grande tâche que le jeu...la moindre contrainte, une mine renfrognée, un accent rauque dans la voix, autant d'arguments qui parlent contre un homme, et à plus forte raison contre son oeuvre
Curieux ce séjour de Nietzsche à Saint-Moritz et les échos qu'il éveille en moi qui ai vécu là-bas pendant un an (1952-53). Des noms sonores des villages et montagnes avoisinantes: Vallée de l'Engadine- Silvaplana- Surlei- Sils-Maria- Pontresina- Campfer- Muotas Muragle- La Diavolezza (le Glacier)-Le Pic Maloya.....
A propos de mes chats morts-enterrés dans le jardin, c'est comme des morceaux de ma chair qui auraient disparu. Je suis amputé de mes chats. Et parmi eux c'est Figaro, ma panthère noire qui me manque le plus. Hier encore, je l'ai cherché, désiré, en pleurant. J'espérais qu'il surgisse de derrière un fourré, rescapé miraculeusement de la mort, ayant creusé une galerie pour sortir de sa tombe, ressuscité comme il le fut, il y a 3 ans, porté disparu depuis 10 jours et réapparaissant soudain...
LE JOUR OU LES BANQUIERS PARLERONT DE LEUR MERDE, LES MILITAIRES BOURRERONT LEURS CANONS ET LEURS BOMBES... AVEC DE LA BOUSE DE VACHE
Quand je vois les petits veaux gambader dans la prairie, je pense à du RYTHM and BOUSE.
De Mary Marquet, la peintre française à un homme qui l'accoste dans une gare en lui disant "Vous permettez que je vous accompagne???" Et elle de répondre "Pourquoi, vous avez peur??"
Pour rester macho, il faut traîter les soubrettes comme des duchesses et les duchesses comme des soubrettes (Entendu à Radio Plume, l'émission de la RTB Namur par mes amis Jean-Pierre Verheggen et Anne Magermans)
Dans la pâture encadrée par ma fenêtre, deux magnifique petits veaux blancs, presqu'irréels, à la "Piero di Cosimo". Pourquoi, mon dieu, faut-il qu'une telle beauté se transforme en boucherie
Je demande à mes partenaires de tout poils même quand ils n'en ont pas, de l'intensité, un échange de vitalité intense et la majorité des gens me déçoit à ce niveau-là. ils ne vivent pas assez, ne voient pas assez, ne réagissent pas assez, ont mal à l'estomac ou à la tête, ou alors ne boivent ou ne fument plts...Jusqu'à la prochaine fois...Quelle tristesse
Quand je regarde mes totems phalliques au lever du soliel, je me dis que L'AUBE EST PINE...
Me revoici vivant fin juin 1983 redevenu sauvage et libre, dans mon atelier, tel un jaguar (et non une...) prêt à bondir




















