René Char représente en France, un paradoxe.
Sinon hermétique, du moins "difficile", il est néanmoins l'un des poètes modernes, sinon le poète, le plus célèbre et le plus fréquenté par les lecteurs. Surréaliste
puis éloigné peu à peu du mouvement surréaliste, Résistant de première heure (Capitaine Alexandre), puis retrait de la politique, sinon pour défendre chaque fois qu'elle était en jeu la liberté,
donc farouchement opposé au stalinisme, ayant toujours lié poésie et peinture, dans des manuscrits enluminés comme par les lithographies, dessins, peintures dont il enrichissait ses
plaquettes,
Char est sur tous les fronts de la culture, de l'indépendance de la poésie, de, comme disait
Maurice Blanchot, "la poésie de la poésie". Du commentaire inspiré, ligne à ligne, de ses poèmes par Paul Veyne, aux oeuvres des
peintres amis, jusqu'à la parole de Heidegger aux "Séminaires du
Thor", par la narration philosophique qu'en fait Jean Beaufret, voici quelques allures d'un des grands voyants de notre
temps..
(Extrait du magazine littéraire n°340 de février 1996)
Albert Camus a écrit:"Je tiens René Char pour
notre plus grand poète vivant et "Fureur et Mystère" pour ce que la poèsie française nous a donné de plus surprenant depuis Les Illuminations et Alcools (Apollinaire) "
Maurice Blanchot dans "L'Entretien
Infini": "...Les phrases de René Char, îles de sens, sont, plutôt que coordonnées, posées les unes sur les autres, d'une puissante stabilité, comme les grandes pierres des temples égyptiens qui
tiennent debout sans lien, d'une compacité extrême et toutefois capables d'une dérive infinie, délivrant une possibilité fugace, destinant le plus lourd au plus léger, le plus abrupt au plus
tendre, comme le plus abstrait au plus vivace"
C'était un écrivain, qui, très tôt
conscient que la barbarie nazie menaçait la civilisation, troqua sa plume contre les armes.
C'était un chef du maquis qui fit voeu de
silence pendant quatre années.
C'était une force de la nature, un géant
magnétique, né sous le signe du feu.
C'était un apôtre de la révolution par
l'art qui adorait jouer du poing au côté des surréalistes.
C'était surtout un poète qui célébra à
coup de fulgurances sensuelles sa terre, le désir, les femmes, la Résistance, et transforma sa retraite de l'Isle-sur-la-Sorgue en creuset artistique<
LA SORGUE
Rivière trop tôt partie d'une traite, sans
compagnon
Donne aux enfants de mon pays le visage de
ta passion
Rivière où l'éclair finit et où commence
ma maison
Qui roule aux marches d'oubli la rocaille
de ma maison
Rivière, en toi terre et frisson, soleil
anxiété
Que chaque pauvre dans sa nuit fasse son
pain de la moisson
Rivière souvent punie, rivière à
l'abandon
Rivière des apprentis à la calleuse
condition
Il n'est vent qui ne fléchisse à la crête
de tes sillons
Rivière de l'âme vide, de la guenille et
du soupçon
Du vieux malheur qui se dévide, de
l'ormeau de la compassion
Rivière des farfelus, des fiévreux, des
équarisseurs
Du soleil lâchant sa charrue pour
s'acoquiner au menteur
Rivière des meilleurs que soi, rivière des
brouillards éclos
De la lampe qui désaltère l'angoisse
autour de son chapeau
Rivière des égards au songe, rivière qui
rouille le fer
Où les étoiles ont cette ombre qu'elles
refusent à la mer
Rivière des pouvoirs transmis et du cri
embouquant les eaux
De l'ouragan qui mord la vigne et annonce
le vin nouveau
Rivière au coeur jamais détruit dans ce
monde fou de prison
Garde-nous violent et ami des abeilles de
l'horizon
(René Char. Extrait de Fureur et
mystère, 1948).
"J'avais dix ans, la Sorgue
m'enchâssait "
Je suis allé
souvent à l'Ise-sur-Sorgue, fasciné par les Roues à Aubes.
Une aquarelle de René Char enluminant son
manuscrit "Déclarer son nom".
BIOGRAPHIE "NE TE COURBE QUE PAR AMOUR"
René Char est né en 1907, le 14 juin dans
la propriété de Névons à l'Isle-sue-la-Sorgue.
Le grand-père paternel, abandonné à l'assistance publique dès sa naissance en 1826, avait troqué le nom de
Charles Magne en Magne Char.
Le père du poète, Joseph-Emile Char, est né en 1863. Il deviendra administrateur des Plâtrières du Vaucluse et sera à partir de 1905, le maire de
l'Isle-sur-la-Sorgue. Veuf de Julia Rouget, qui mourut à vingt ans, en 1886, un an après son mariage, il épousa sa belle-soeur, Marie-Thérèse Rouget, en 1888. Ils eurent quatre enfants
dont René Char, le petit dernier. Le père mourra en 1918.
1925 Etudie à Marseille dans une école de
commerce.
1927 Fait son service militaire à
Nîmes
1928 Publication des Cloches sur le
Coeur (Ed.Le Rouge et le Noir)
1929 Se rend à Paris où il rencontre Breton,
Aragon, Crevel. Il adhère au groupe surréaliste et collabore au n°12 de La Révolution Surréaliste.
Voici Char et ses compagnons du Surréalisme, dans
" L'Echiquier surréaliste" 1934 De haut en bas et de gauche à droite:1.
Breton, Ernst, Dali, Arp 2. Tanguy, Char, Crevel, E luard 3.Chirico. Giacometti, Tzara, Picasso 4.Magritte, Brauner, Peret, Rosey 5.Miro, Mesens, Hugnet, Man Ray
1930 Le Tombeau des Secrets est dédié à
Gala et Paul Eluard, accompagné d'un collage de Breton et d'Eluard. Voici Breton, Eluard et Char en 1930. Lit Rimbaud, Lautréamont, les Présocratiques, les traités d'alchimie. Publication de
Ralentir Travaux, qui a été écrit en commun par Breton, Eluard et René Char, au cours de promenades à Avignon et dans le Vaucluse. Les voici...A Montparnasse, lors du
saccage par les surréalistes du bar malencontreusement appelé Maldoror, René Char est blessé d'un coup de couteau à
l'aine.
Fonde avec Eluard, Breton et Aragon, Le surréalisme au service de la Révolution où il publie "Le jour et la
nuit de la liberté"
1931. Promenades à Gordes, Saumane, Lacoste,
lieux chers à Sade avec Eluard, Jean et Valentine Hugo.
Voyage en Espagne avec Nush et Paul Eluard, escale à
Cadaquès où se trouvent Gala et Salvador Dali.1932 "L'Affaire Aragon". Le poète est poursuivi pour incitation au meurtre
Char épouse Georgette
Goldstein, à qui sera dédié "Le Marteau sans Maître"
1933 Réside à Saumane où il compose
"Abondance viendra".
1934 Participe aux manifestations
anti-fascistes.
Kandinsky illustre d'une pointe sèche les exemplaires du "Marteau sans Maître"
Char découvre l'oeuvre de Georges de la Tour et
particulièrement "Le Prisonnier" sur lequel il écrira "Sa maigreur d'ortie sèche, je ne vois pas un souvenir pour la faire frissonner. L'écuelle est une ruine. Mais la robe gonflée emplit
soudain tout le cachot. Le verbe de la femme donne naissance à l'inespéré mieux que n'importe quelle aurore "1935. Voyage en Suisse où il retrouve à Davos, Eluard et Crevel. Crevel se suicidera le 19 juin et Char écrira "C'est l'homme parmi ceux que
j'ai connus, qui donnait le mieux et le plus vite l'or de sa nature. Il ne partageait pas, il donnait".
1936. Il est nommé administrateur de la S.A des
Plâtrières du Vaucluse.
Immobilisé par une septicémie diagnostiquée tardivement
"Dépendance de l'adieu" chez Guy Levis Mano avec un dessin de Pablo Picasso.
"Moulin premier" chez Guy Levis Mano.
1937. Convalescence au Canet. Rejoint par Paul et
Nush Eluard;
Abandonne ses fonctions d'administrateur.
Retour à Paris et voyage en Hollande.
1938. "Dehors la nuit est
gouvernée"
1939. Le 3 septembre: déclaration de guerre. Il
est mobilisé dans un régiment d'artillerie lourde, en Alsace.
1940.Participe à la défense du pont de Gien pour
permettre aux civils de passer la Loire.
Démobilisé le 26 juillet.
Est dénoncé comme mlilitant d'extrême-gauche; perquisition à la maison des Niévons. Char est averti par un policier que pèse sur lui une menace d'arrestation. Il quitte l'Isle-sur-la-Sorgue pour
Céreste..Voici Céreste où je suis allé plusieurs fois. (Voir mon article sur Céreste, sur mon Blog)
Voici" la Maison de René Char" à l'Isle-sur-la Sorgue,
devenue Musée Campredon
1941. Noue ses premiers liens avec la
Résistance.
Revoit à Marseille André Breton, Pierre Mabille et Wilfredo Lam en attente de départ pour
l'Amérique.
1942.Participe à la Résistance sous le nom
d'Alexandre et est responsable du secteur de l'armée secrète Durance-Sud1943. Institution du STO.
Chute de Mussolini remplacé par Badoglio, favorable aux alliés.
Avec d'autres résistants et résistantes, Francis Curel est arrêté au petit jour dans sa maison à l'Isle-sur-Sorgue, et
déporté à Linz
René Char sous le nom de Capitaine Alexandre est
adjoint au chef régional du réseau Action. Accueille les réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO), aménage des terrains de parachutage, constitue des dépôts d'armes. Voici
la maison de Char que j'ai photographiée à Céreste
Prend des notes sur un carnet. une partie en sera publiée sous le nom
de "Feuillets d'Hypnos".
1944. Perd au combat ses amis Emile Cavagni,
Roger Chaudron et Roger Bernard , fusillé devant ses yeux par les SS
sur la Nationale 100, le 22 juin. Il avait 23 ans. Char dit à ses hommes (ils sont sur la colline) de ne pas tirer pour éviter que le village ne subisse de terribles représailles. Voici l'endroit
exact de l'assassinat. Tout le monde y passe quant on roule de Cavaillon vers Forcalquier. Roger Bernard, ami de Jean Giono, était éditeur et poète. Il avait déjà publié chez Seghers"Ma Faim noire dejà". Il avait laissé un cahier de poèmes à Char qui le fit publier après la Libération.
"S'il est possible
Je m'agenouille devant la taciturne
Quête de la nuit
Et je regarde avec l'oeil de l'oiseau
S'il est possible de mourir
Le front ceint
De l'insigne aux sept couleurs du rayon décomposé "
Sa veuve Lucienne Bernard et son fils Alain
furent par la suite, protégés par René Char. Comme Lucienne était jolie, Char l'adrese au peintre Matisse qui la prend pour modèle.
Il ne cessera de l'aider, elle et son fils. Leurs échanges épistolaires ne cesseront qu'avec la mort de Lucienne qui avait rendu ses lettres à René pour qu'il les publie
Et Voici le Bastidon. Dans cette grange de Céreste se réfugiaient des réfractaires au STOLa ferme du Bontemps, sur les hauteurs de Céreste (Promenades de Char avec Claude Lapeyre. "A Claude Lapeyre qui m'a aidé à bâtir sur le givre
sept petites maisons pour y recevoir cet hiver-là, mon errance endurcie")
Char fait une grave chute sur le dos alors qu'il allait retirer des armes dans une cache; il est blessé à la tête
et à la colonne vertébrale et a une fracture du bras.
Est appelé à l'Etat major à Alger pour la préparation du débarquement en Provence.
Fin août 1944, après la libération de Paris, il revient en France.Le voici au milieu des habitants de Céreste. Le
village en effet rejoue pour le journal des Actualités françaises, ses heures héroiques. Mais le film ne sortira
jamais
1945. Amitié pour Georges Braque et Albert Camus.
"On ne sait plus précisément combien il mesurait. Ses papiers militaires assurent que sa taille était de 1,92
mètre. D'autres papiers indiquent 1,96 . Qu'importe, sa carcasse faisait vibrer l'air et il ressemblait, à un gladiateur taciturne ou à un bucheron déterminé, prêt à empoigner sa cognée"
.
Francis Curel, déporté à Linz, est
rapatrié.
Avocat parisien, Maxime Fischer se réfugie
dans le Vaucluse dès le début de l'Occupation. Il entre dans le réseau Combat et dirige le Maquis du Ventoux avec le colonel Beyne. Après une brève rencontre avec René Char pendant la guerre, ils
se retrouvent à la Libération en Avignon, où Max Fischer est nommé par Raymond Aubrac "sous-préfet délégué à l'épuration". A la fin de la guerre, il regagnera Paris. Il resta un proche de René
Char
Voici Char et Camus à l'Isle-sur-la-Sorgue, en
1946 . Leur première rencontre eut lieu autour d'un manuscrit, " Feuillets d'Hypnose", que Camus admira tant qu'il le publia dans la collection "Espoir" qu'il dirigeait depuis peu chez Gallimard (avril
1946).
Char fait découvrir à Camus le Luberon et le Ventoux. Après un long séjour dans la maison familiale, René Char
rejoindra ses amis Zervos sur la côte méditerranéenne. Il y rencontrera Henri Matisse
Dès 1946, René Char s'intéresse au cinema. Il écrit plusieurs scénarios de films qui ne pourront être réalisés malgré l'appui d'Yvonne Zervos. Seul le texte intitulé "Sur les
Hauteurs", paru en 1949, sera tourné en cort métrage à AULAN la même année. Char écrit à Jacques Dupin, acteur et ami, en 1948: "Nous allons tourner à Aulan, dans le Mont Ventoux, un film de court-métrage dont j'ai écrit le scénario
et assurerai avec Fossard, l'opérateur des Visiteurs du Soir, la mise en scène. Equipe minimium. Je désire vivement que tu joues un rôle et que tu m'aides..."
Voici le château d'Aulan...
1947. Représentation de "La Conjuration" au
théâtre des Champs Elysées. Un ballet. Rideau de scène et costume de Georges Braque.
En mai, aux Editions Fontaine, publication du Poème pulvérisé. Les 65 exemplaires de tête comportent une gravure originale d'Henri
Matisse
Ouverture en juin de
l'exposition de peintures et de sculptures contemporaines, organisée au Palais des Papes à Avignon par Yvonne Zervos. Cette exposition qui réunissait tous les grands noms de l'art contemporain, fut l'occasion d'un long séjour de Braque dans le Vaucluse. Elle fut aussi le point de départ de ce qui deviendra le Festival de Théâtre d'Avignon, qu'animera Jean Vilar
Parution de La Peste d'Albert
Camus
1948 . Mort d'Antonin Artaud à Ivry-sur-Seine. Georges Braque et René Char
s'étaient longuement entretenus avec lui à l'hospice d'Ivry quelques jours auparavant. Le professeur Henri Mondor les tenait
informés des progrès de la maladie.
André et Ciska Grillet ont rencontré René Char la première fois pendant la Résistance. A la Libération, André Grillet devint sous-préfet à Briançon.
René Char défendit l'oeuvre picturale de Ciska en organisant une exposition à la Galerie Claude, rue de Seine dès juin 1949. Ciska Grillet sera par la suite très liée aux amis de René Char, et
notamment aux amis de Nicolas de Staël
1949. Nombreuses publications: Les Transparents, L'homme qui marchait dans un rayon de soleil, Sur les Hauteurs, le Soleil des Eaux,
Claire...
En Juillet : Divorce de
Char et de Georgette Goldstein. Ils s'étaient mariés en 1932. Camus loua plusieurs fois, à Palerme, cette vaste maison en dehors de
l'Isle-sur-la-Sorgue d'où l'on peut voir, le Luberon, construite au milieu de prairies et non loin d'une petite colline, "Le Bosquet", sur laquelle vécut pendant des années Toquebiol, l'un des
"transparents" chers au coeur de René Char.
Extrait d'une lettre de René
Char à Camus en 1949: "Aimer, ne pas aimer, Quel long vertige...Et on ne peut rester jamais deux ! Les autres, la morale, ce foyer dejà
bâti que rien n'autorise à défaire sinon son propre plaisir"
1951 Char se lie d'amitié avec Nicolas de Staêl. En novembre il publiera "Poèmes"
illustré de quatorze bois du peintre
Décès de sa mère Mme Veuve Emile Char.
Début d'une longue collaboration avec Pierre-André Benoit dit
PAB.
1952 Mort de Paul Eluard.
1953. Lettera
amorosa paraît chez Gallimard.
La collection Poètes d'aujourd'hui de Pierre Seghers, publie en juin un René Char, par
Pierre Berger.
En juillet, Nicolas de Staël se met en quête d'une maison à acheter dans le Vaucluse
et acquiert "Le Castellet", à Ménerbes (voir mon article sur le blog "Ménerbes")
Nicolas de Staël. Colonnes. 1953-1954. Huile sur toile
Mais c'est sans doute avec de Staël,
que la symbiose fut pour Char la plus complète. Cette concentration du langage par laquelle Pierre Boulez définit l'écriture du
poète, c'est celle à laquelle tend Staël dans son progressif retour à une figuration elliptique où se construit par pans de couleurs, une émotion immédiate. Char lui-même n'écrivait-il pas,
associant leurs démarches "Nous nous approchons quelquefois plus près qu'il n'est permis de l'inconnu et de l'empire des
étoiles"
1954. Parution de
"Le Deuil des Névons", avec une pointe sèche de Louis Fernandez. Après la mort de leur mère, le poète et sa soeur Julia
souhaitaient préserver la demeure familiale. mais les deux autres enfants, à savoir Albert et Emilienne, en exigèrent la vente aux enchères, ce qui fut fait. les deux autres revendirent leur
terrain à une sociéte de HLM. Les salauds.....
1955. Février "Poèmes des deux années" avec une eau-forte d'Alberto Giacometti pour les cinquante exemplaires de tête. Mort de Nicolas de Staël à
Antibes. Il se jette dans le vide, par la fenêtre de son atelier. Un drame...de l'amour semble t'il. Une inconnue prénommée Jeanne, qui est mariée, et ne veut que de l'amitié. Pourtant
elle aurait eu une brève liaison avec René Char, qui longtemps refusera de croire a la thèse du suicide de Nicolas. Voici la rue de
Reveli où Nicolas s'est fracassé à Antibes, le rue à gauche, à l'avant-plan sur cette photo. Dans le fond, à droite le Fort Carré
Voici la dernière peinture inachevée de Nicolaï Vladimirovitch Staël von Holstein, emigré russe né à St Petersbourg en 1914, "Le Grand Concert", réalisé après avoir
entendu à Paris un concert dirigé par Boulez, au cours duquel on avait donné du Webern que Staël adorait
Et Voici de Staël dans son atelier. Il avait 41 ans lors de son suicide. Il laisse une fille de
treize ans, Anne qui a publié un livre "Staêl du trait à la
couleur"
"L'espace pictural est un mur mais tous les oiseaux du monde y volent librement à toutes
profondeurs".
Juin 1955. Pierre Boulez met en musique trois poèmes du "Marteau sans Maître". Création à Baden-Baden.
Octobre 1955. Les Névons sont mis en vente publique. La surenchère empêche le poète et
sa soeur Julia de s'en rendre acquéreurs. Ne disposant pas des fonds nécessaires pour payer leur achat, Albert Char et Emilienne
Moustrou, qui se sont donc rendus propriétaires, sont contraints de séparer le parc de la maison. Le parc des Névons est alors acheté par une société qui abat les arbres et construit une
cité HLM. La maison quoiqu'occupée, est quasi à l'abandon. Le Névon, ruisseau qui bordait le parc, est recouvert et devient une route.
Le Deuil des Névons (La Parole en Archipel).
Un pas de jeune-fille
A caressé l'allée
A traversé la grille
Dans le parc des Névons
Les sauterelles dorment
Gelée blanche et grêlons
Introduisent l'automne
C'est le vent qui décide
Si les feuilles seront
A terre avant les nids
Bravo Albert et Emilienne. Vous êtes passés à la postérité....(Note de
l'Auteur).
La revue "Cahiers d'Art" publie sept merci pour Vieira da
Silva.
Voici "la Bibliothèque en feu" de Vieira, inspirée par un message codé de René Char pour la BBC
Durant l'été 1955, première rencontre et premier entretien à Paris chez le philosophe Jean
Beaufret, de René Char et de Martin Heidegger, sous le marronnier de Ménilmontand. Char a senti chez Heidegger une "présence
fraternelle".
1956."La Chute d'Albert Camus".
1957. Création à Cologne du "Visage nuptial", poèmes de René Char mis en musique par Pierre
Boulez.
1959. Nombreuses publications dont "Cinq poésies en hommage à Georges Braque" avec une
lithographie de couverture, de Braque
1960. Mort d'Albert Camus dans un accident de voiture (Voir mon blog sur Camus)Deux jours
avant le départ de Camus de Lourmarin, René Char vint, en compagnie de Tina Jolas, passer une journée avec lui(donc le 2
janvier 1960).
Au moment de se quitter, Camus lui dit, en parlant de la
"Postérité du soleil""René quoiqu'il arrive, faites que notre livre existe
(Il va mourir dans 48 heures).
Biographie d'Henriette
GRINDAT
Atteinte jeune de la poliomyélite, elle effectue son gymnase de 1941 à 1944 à Lausanne, puis obtient un diplôme de photographe (Lausanne et Vevey, 1945-1948) chez Gertrude Fehr.
En 1948, Henriette Grindat monte son atelier de photographie personnel à Lausanne et publie son
travail dans plusieurs magazines et quotidiens suisses. Henriette Grindat s'installe à Paris en 1949 ; elle travaille pour différents journaux et diverses maisons d'édition (Bordas, Arthaud, Seuil). S'efforçant de perpétuer la magie de Lautréamont, Henriette Grindat expose dans la capitale française où ses œuvres séduisent, entre autres, André Breton, Man Ray, René
Char et Albert Camus. Ces deux derniers lui proposent
d'éditer un livre en trio. Achevé en 1952, La postérité du soleil ne paraît qu'en 1965, soit cinq ans après la mort de Camus. Photographiant au
Rolleiflex, Henriette Grindat développa aussi un travail plus personnel
proche des surréalistes, puis de la photographie
humaniste.
Henriette Grindat expose en Italie (Florence, Milan), aux États-Unis (Chicago) et à plusieurs reprises en Suisse, notamment à Lausanne. Elle obtient le Prix fédéral des arts appliqués en 1952, 1953 et 1954.
Quelques jours après le décès de son compagnon, le graveur Albert
Yersin, Henriette Grindat se suicide, le 25 février 1986. Ses travaux font l'objet de grandes rétrospectives au Kunsthaus de Zurich (1984) et au Musée de l'Élysée à
Lausanne
(1995).Le 17 janvier 1960, après la mort d'Albert, Char écrit à Siska Grillet "Tu penses que je
t'oublie n'est-ce pas? Combien non ! Mais écrire à ceux que l'on chérit se fait (me fait) mal. Ils vous habitent et alors on leur parle. Comment est-ce que je vis par ailleurs? Je n'en sais rien.
Je suis venu ici-après avoir passé une journée avec lui- ensevelir Camus. Présence absence. Royaume de l'éclair et du chagrin. Prenez bien garde à vous, Ded et toi. Je vous en
prie
"
Mort de Pierre Reverdy
Mort de Boris Pasternak.
1961. Parution de "L'inclémence lointaine" choix de poèmes, illustré de vingt-cinq burins de
Vieira da Silva.
1962. "La Parole en archipel".
L'effacement du peuplier 1962-Les Busclats
Mort de Georges Bataille. Il avait
été l'ami et voisin de René Char, lorsqu'il occupait de 1949 à 1951, le poste de conservateur à la bibliothèque de Carpentras. Les
deux hommes se voyaient souvent et s'estimaient.
1963. Lettera amorosa avec
vingt-sept lithographies de Georges Braque.
Mort de Georges Braque.
En été la revue "L'ARC" publie un numéro consacré à Char.
En 1963 disparaissent aussi
Tristan Tzara, le poète américain William Carlos Williams, fidèle ami de René Char et le peintre Jacques
Villon.
1964. Flux de l'aimant, un texte sur le peintre Joan Miro, repris par la suite dans "Recherche de la base et du
sommet".
1965. Mort de Julia Delfau, sa soeur
Mort de Francis Curel, "le cher Elagueur".
Picasso en visite chez Char "Le pompier et l'Indien".
Une plaquette: "La Provence point oméga", porte témoignage de la campagne de protestation
organisée à la suite de l'implantation en Haute Provence, d'une base de lancement de fusées atomiques.(Plateau d'Albion) Une affiche est dessinée par Pablo
Picasso.
Voici René char militant à la Fontaine de Vaucluse1966. Mort d'Alberto Giacometti et de Victor Brauner, amis et illustrateurs de René Char depuis les années trente. Ici
Brauner..
Pendant l'été, et répondant à l'invitation de René Char, premier séjour de Martin
Heidegger au THOR, proche de l'Isle-sur-Sorgue. C'est en effet à l'initiative de René Char que Heidegger vint séjourner à trois
reprises au Thor, dans le Vaucluse, à 5 Kms de l'Isle-sur-Sorgue: en 1966, 1968 et en 1969, année de son 80e anniversaire. Ces séminaires ont commencé de la manière suivante: c'était tout simple,
quelques invités rassemblés en 1966 autour de Heidegger avaient imaginé de lui poser des questions, et c'est l'ensemble de ces questions et des réponses qui ont abouti à ce que l'on a appelé les
"Séminaires de Thor".
Cette soirée où Heidegger et René Char firent connaissance eût lieu au domicile parisien de
Jean Beaufret dans le XXe arrondissement, passage Stendhal. C'est aussi ce soir-là que René Char et Jean Beaufret se virent pour la première fois et que se nouèrent leurs relations. Char (qui
habitait Paris à l'époque) prenait goût à revenir de temps à autre au passage Stendhal au cours des années suivantes. une exquise sympathie naquit entre eux et Heidegger resta évidemment au
centre de leurs conversations. Char ne sachant pas l'allemand, les lettres que lui adressait Heidegger transitaient souvent par le passage Stendhal où Beaufret tenait lieu d'Hermès, rôle
qui lui convenait à merveille come le montre la fameuse lettre écrite par Heidegger à René Char, après la mort de Georges Braque dont la traduction française est bien d'un Beaufret au sommet de
son art
Au Centre de gauche à droite, Char, Beaufret et Heidegger, à la Pétanque
Mort d'André Breton.
1967.Publication des "Transparents" avec 4 gravures de Pablo Picasso
1968. Peu avant les évènements de mai 68, Char tombe gravement malade.
Deuxième séjour de Martin Heidegger au Thor.
1969. Le Chien de coeur avec une lithographie originale de Joan Miro
Dent prompte, illustré de onze lithographies en couleur de Max
Ernst.
Dernier des trois séjours de Martin Heidegger au Thor.
1970. Yvonne Zervos meurt en janvier à Paris
De mai à octobre se tient au Palais des Papes à Avignon, l'exposition Picasso qu'elle avait conçue et mise au
point.
Décembre: Mort de Christian Zervos. Depuis 1926, la revue "Cahiers d'Art" qu'il avait fondée et la galerie du même nom que dirigeait Yvonne, étaient les plus clairvoyants et attentifs soutiens de l'art
contemporain et de ses maîtres.
1971. La revue l'Herne consacre un des numéros de ses cahiers à René Char.
1972." La Nuit talismanique" paraît aux Editions Skira.
1973. Mort de Pablo Picasso
et du peintre Louis Fernandez.
1976. "Le Marteau sans
Maître", illustré de 23 eaux-fortes de Miro, paraît aux Editions "Au Vent
d'Arles".
Mort de Martin Heidegger;
Mort du poète Pierre Jean Jouve
à Paris.
1978. Au printemps, René Char
quitte son domicile parisien de la rue de Chanaleilles où il vécut plus de vingt ans. Dès cette époque, le poète vit dans sa maison des
Busclats sur le coteau de l'Isle-sur-Sorgue, sans cesser de parcourir les lieux alentours; les Monts du Vaucluse, les dentelles de
Montmirail, le Ventoux et jusqu'à la veille de sa disparition. Saint-Remy et le prieuré de Saint-Paul-de-Mausole, dans les
Alpilles.
Début août, un grave accident cardiaque immobilise le
poète
1980 Photo de René Char. Il a 73 ans...
1982. Mort du philosophe Jean
Beaufret.
1983. Publication des oeuvres complètes dans la Bibliothèque de la
Pléiade.
1985. "Les Voisinages de Van Gogh" Deuxième accident cardiaque.
1987. Char épouse à Blauvac (Vaucluse), face au mont Ventoux, Marie-Claude de Saint-Seine, dont il avait fait la connaissance onze
ans plus tôt à Paris.
1988. 19 février, mort de René Char d'une crise cardiaque. Vingt-huit ans après Albert
Camus
Photo de René Char en octobre 1986 à sa table de travail aux BusclatsEt toujours aux Busclats en 1986
avec le peintre Alexandre Galpérine, l'enlumineur des derniers ouvrages de René Char 'Le Gisant mis en
lumière".
Alexandre Galpérine se rendait régulièrement dans la maison de Char, Les Busclats, où le
poète s'était retiré pour y poursuivre avec plus d'assiduité qu'il ne pouvait le faire à Paris, celle qui fut l'amour de sa vie: la poésie. Les dimanches ils dinaient ensemble. Galpérine se
souvient:
"Parfois lorsqu'il avait un peu de vague à l'âme loin de
cette vie parisienne dont il avait aimé l'effervescence créatrice, je lui parlais de Montparnasse, de la rue de Chanaleilles où il avait vécu, des jardins du Luxembourg et des rues de la ville où
il aimait marcher, de tous ces lieux que j'avais fréquentés après lui dans son sillage. Et je le voyais sourire, s'illuminer à ces évocations"
Voici les oeuvres de René Char que je possède:
Terre , devenir de mon abîme, tu es ma baignoire à réflexion.
Mains obscures mains si terribles
Filles d'excommuniés
Faites saigner les têtes chaudes.
Tu ouvres les yeux sur la carrière d'ocre inexploitable
Tu bois dans un épieu l'eau souterraine
Tu es pour la feuille hypnotisée dans l'espace
A l'approche de l'invisible serpent
O ma diaphane digitale
Comment me vint l'écriture? Comme
un duvet d'oiseau sur ma vitre, en iver. Aussitôt s'éleva dans l'âtre une bataille de tisons qui n'a pas, encore à présent, pris fin.
Beauté, ma toute- droite, par des routes si ladres
A l'étape des lampes et du courage clos
Que je me glace et que tu sois ma femme de décembre
Ma vie future, c'est ton visage quand tu dors
Tel le chant du ramier, quand l'averse est proclamée...l'air se poudre de pluie,
de soleil revenant...je m'éveille lavé, je fonds en m'élevant; je vendange le ciel novice
Allongé contre toi, je meus ta liberté. Je suis un bloc de terre qui réclame sa
fleur.
Est-il gorge menuisée plus radieuse que la tienne?
Demander c'est mourir !
L'aile de ton soupir met un duvet aus feuilles. Le trait de mon amour ferme ton
fruit, le boit.
Je suis dans la grâce de ton visage que mes ténèbres couvrent de
joie.
Comme il est beau ton cri qui me donne ton silence !
S'endormir dans la vie, s'éveiller par la vie, savoir la mort, nous laissent
indigent, l'esprit rongé, les flancs meurtris.
Voici le temps venu des grottes d'acier, de l'invisibilité démente. Perdue
est la Sirène devant laquelle autrefois les fougères s'exprimaient, goutte après goutte.
J'ai le souvenir de Buisson, de Visan, aussi de
Richerenches,
où les odeurs de soupe s'enfermaient dans les
chambres
Silencieuses comme les semelles d'un maçon vieilli sans
paradis
J'ai le souvenir d'horizons sans sommeil autour de ces villages; la première
neige les montrait droits tels des accusés qu'effraie leur innocence