C'était le 24 Février 2009, grand soleil, nous sommes retournés chez René Char , la Sorgue était agitée grâce aux pluies de l'hiver, turbulente, comme à la fontaine de Vaucluse. Il y a du Venise à Sorgues (la venise comtadine à savoir du Comtat Venaissin) avec un côté torrentiel. Des tas de colverts. Les roues à Aubes, superbe sujet photographique. Nous avons mangé à la terrasse du Romantica, face au débarcadère, face aux colverts.

Albert Camus et René Char à l'Isle- sur- la- Sorgue en 1949
René Char relate l'arrivée de Camus, dans sa postface à La Pospérité du soleil "Le repas achevé, nous partîmes d'Avignon sur l'Isle. Je sentis à la vue de ces montagnes: le Luberon, les Alpilles, le Ventoux, qui entourent la plaine de l'Isle-sur-Sorgue, je compris à l'expression des yeux de Camus, à l'exhubérance qui les éclaira, qu'il touchait à une terre et à des êtres aux soliels jumeaux qui prolongiant avec plus de verdure, de coloris la terre d'Algérie à laquelle il était si attaché"
Camus note dans ses carnets:" L'Isle-sur-Sorgue. Grande chambre ouverte sur l'automne. Automnale elle-même avec ses meubles aux arborescences contournées et les feuilles mortes des platanes qui glissent dans la chambre, poussées par le vent sous les fenêtres aux rideaux couverts de fougères brodées "
Texte d'Albert Camus:
"Mais la lumière du Vaucluse, patrie de Char, se compose avec l'eau et le vent. Ce pays n'a pas la splendeur immobile et désséchante des plaines d'Afrique ou d'Espagne. Un vent royal irrigue son cile, faisant retentir les combes du Luberon d'un bruit d'eaux fraiches et tumultueuses. Une étrange et pure rivière, la Sorgue, aux flots verts et glacés, toujours parée de traines fleuries, fait les terres somptueuses. Tout se m^^ele ici dans les forces narurelles et c'est du noeud de cette claire contradiction au point d'appui de la création même, que Char trouve son inspiration la plus mystérieuse, délivrant un à un ces esprits solaires qui brûlent et purifient l'ulcère du monde."
Albert Camus "René Char", préface à l'édition allemande des Poésies de René char, 1959: "On ne rend pas justice en quelques pages à un poète comme René Char, mais on peut au moins le situer. Certaines oeuvres méritent qu'on saisisse tous les prétextes pour témoigner, même sans nuances, de la garitude qu'on leur doit. Et je suis heureux que cette édition allemande de mes poèmes préférés, me donne l'occasion de dire que je tiens René Char pour notre plus grand poète vivant et "Fureur et Mystère" pour ce que la poésie française nous a donné de plus surprenant depuis les Illuminations et Alcools"
Albert Camus dans l'émission radio de 1948 en hommage à Char organisée par Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, avec 4 lecteurs; Camus, Renaud, Barrault et Casarès.
Voici un extrait d'un des textes lus et écrits par Albert Camus:"Que demander d'autre à un poète d'aujourd'hui? Au milieu de nos citadelles démantelées, voici que le pain existe et la femme et la fière liberté. Dans le désert du temps, recueillant ces vraies richesses, la Beauté, enfin, s'élève, dont nous avions une soif désespérée. Elle sort de ces Feuillets d'Hypnos, brûlant comme l'arme des réfractaires, et d'être trempés dans le sang des combats, nous la reconnaissons enfin pour ce qu'elle est. Non pas la beauté anémiée des académies mais celle dont nous pouvons enfin vivre, rouge, ruisselante d'un étrange baptême, couronnée d'éclairs....."
A Camus Char dédicacait son "Lettera amorosa" en 1953: " A Albert Camus avec lui toujours, dans cette citadelle des eaux, sur laquelle il veille, où les mots du coeur gravés dans la pierre ne sont touchés que des courants et par l'Iris, leur fleur sous l'arche douce et folle. A Albert, mon frère et mon ami le plus cher".
Livre acheté à Lourmarin en septembre 2013 
Un mot sur la Famille Mathieu. Elle habitait à Lagnes à l'Ouest de L'île-sur-Sorgue. Re né Char fit leur connaissance après la guerre par l'intermédiaire du docteur Jean Roux et de son épouse Simone qui étaient très proches des Mathieu. Marcelle Mathieu donnait une âme particulière à cette maison des Camphoux où elle reçut par la suite tous les amis de René Char qui sont venus en Vaucluse. Elle leur prêta un cabanon sur une colline qui domine toute la plaine depuis la Durance jusqu'au Rhône. René Char y séjourna pour écrire une grande partie des Matinaux(en 1949). Le 'Rebanqué" accueillit aussi entre autres, Georges Braque, Nicolas de Staël, Albert Camus, Martin Heidegger

Cette bourgade, construite au XIIe siècle sur pilotis, fut longtemps la ville principale du Comtat Venaissin. Ici les gondoles s'appellent nego-chin (littéralement les noie chiens), nom qu'il est toujours bon de replacer dans la conversation quand on évoque les vieilles barques à fond plat
Autrefois 70 roues à aubes donnaient leur force motrice à diverses avtivités artisanales
Cette ville est surtout connue comme la ville des antiquaires et des brocanteurs. En trente ans leur nombre est passé de un à trois-cents
Et comme l'on ne saurait oublier le marché traditionnel du jeudi matin, un des plus vivants de Provence, ainsi que le marché flottant un dimanche matin, début août, sur un bras de la Sorgue, vous comprendrez que l'Isle-sur-la-Sorgue est un lieu à ne pas manquer, tout au long de l'année
Char et Picasso en 1965.
Albert Camus chez René Char.
Un lieu célèbre par ailleurs auprès des intellectuels et des amoureux des mots au sens large, pour être la ville où naquit le poète René CHAR en 1907 dont l'inspiration est souvent imprégnée des lieux qu'il a connus ici...Dommage que personne n'ait songé en temps utile à préserver sa maison natale d'une issue fatale ! Heureusement l'Hôtel Donadeï de Campredon accueille désormais une maison qui porte son nom.
En effet l'année 1955 fut deux fois terrible pour René Char. En mars le suicide de Nicolas de Staël l'a profondément touché; en octobre, les Névons sont vendus aux enchères à la suite d'un désaccord entre les enfants de Madame Char. On peut supposer que cette période, sur laquelle planait le souvenir de Staël (qui avait acheté le Castellet de Ménerbes) et la détresse de voir disparaître ses Névons, l'ait maintenu loin du Vaucluse, dans la vallée de l'Epte. Par ailleurs cet au cours de cet été 1955 que René char rencontre pour la première fois Martin Heidegger.
"NE TE COURBE QUE POUR AIMER" Poème pulvérisé. René Char.
"Dans nos ténèbres, il n'y a pas une place pour la Beauté. Toute la place est pour la beauté" Feuillets d'Hypnos. René Char
La Caisse d'Epargne








Roue à Aubes




