En mai 1974 nos deux chattes siamoises. Mistinguett et Chélidoine, font chacune, deux jeunes siamois si bien que nous nous retrouvons avec 9 chats, 8 siamois et Figaro le Noir. C'est la maison aux yeux bleus comme le dira notre amie française, Agnès Michon (Car les maîtres des chats et Valérie ont eux aussi les yeux bleus.Ca fait donc en tout 22 yeux bleus dans la maison et c'est un spectacle hallucinant ! ) Nous parviendrons heureusement à caser les quatre petits chez des amis, quelques mois plus tard. Nos amis bourguignons les Michon reviendront d'ailleurs nous voir pour la deuxième fois, au mois de juillet.
Nous ferons aussi un petit périple à Charleville, chez Rimbaud (Voir la rubrique Rimbaud) et un autre à Trèves
chez Karl Marx
Ces deux villes, française et allemande, sont à une soixantaine de kilomètres de chez nous (Libramont). Nous avons donc 3 pays étrangers proches en comptant le Grand Duché
Je signale que la photo ci-jointe a été prise par www.all-free-photos.com
Il s'agit de la fameuse "Porta Nigra" à Trêves. En-dessous, la non moins célèbre Place Ducale à Charleville, à l'époque de Rimbaud
Mais 1974 c'est aussi une rencontre étonnante avec précisément, un sosie de Rimbaud, un jeune-homme de vingt ans, Michel DP, rencontre qui va me projeter une nouvelle fois dans le monde du Théâtre. Un notaire me demande d'aller voir une dame, qui a besoin d'un prêt. J'y vais et j'apprends que son prêt est destiné à son fils mineur d'âge, pour l'aider à lancer un théâtre qui aurait son siège initial dans la grange de leur maison à Ambly. A la signature du prêt, je rencontre ce garçon tout jeune, assez fermé et pudique, mais un contact s'établit entre nous, pour des raisons culturelles très probablement, ce Michel ayant une culture étonnante pour son âge et disons-le pour sa Province, Michel de Paepe étant un ardennais de pure souche. Le prêt est accordé et le théâtre est inauguré avec, excusez du peu, le montage dans ce grenier de l'Atelier d'Ambly, du "Van Gogh" d'Artaud ou plus exactement "Van Gogh ou
le Suicidé de la Société" Voici le personnage photographié 5 ans plus tard, alors que comme moi, mais deux ans après, il s'engage en politique du côté du Rassemblement Wallon. (Expérience politique aussi brève que la mienne).Ce sont les seules photos que j'aie de lui. Il lance son atelier avec un jeune metteur en scène Etienne Collard, fils d'un juge de Neufchâteau. Après le spectacle qui est magnifique nous parlons longuement avec ces deux lascars qui ne manquent pas d'audace et m'amènent un bol d'air frais. Ce spectacle va rapidement faire son chemin. Un malheur à Montpellier, au Festival de Dieulefit, au Puy, à Rodez, et au Fourneau St Michel dans notre région, pour commencer. Le spectacle passe à la 3e chaine de l'ORTF, lors d'une émission sur Artaud, avec une interview de Michel. Une deuxième version va s'élaborer et sera jouée à Bruxelles, Grenoble, Montpellier, Aix-en-Provence et enfin en 1975 à Paris, à la Cité Universitaire (J'y serai)
Dans le même temps ce théâtre naissant a trouvé un lieu à sa mesure "Le Fourneau Saint-Michel", en pleine forêt de Saint-Hubert, dans une grange du Musée du Fer, à 20 Kms de chez moi. Un Festival d'Eté " Le Festival du Fourneau Saint-Michel" y sera organisé pendant plusieurs années
Michel vient à la maison à Libramont, pour la première fois, le 29 septembre 1974. On parlera de Roger Nimier, d'Ernst Jünger, de Maeterlinck ( il me dit que Breton a copié Maeterlinck ) d'Henri Miller, du Sud de Berger, du "Fils de la Servante" de Strindberg. Intelligent et cultivé, ce De Paepe, pourquoi ne pas le citer? Il n'a pas 21 ans et il m'intrigue. Une maturité intellectuelle précoce. Il me prête "L'arrière-pays" d'Yves Bonnefoy, des écrits de Frank Venaille et un livre sur Monory.
Michel est un poète, il écrit, me montre ses textes dans le plus grand secret. Il trouve que ce n'est pas bon. C'est bon mais ça sent trop Rimbaud. Il semble qu'il y ait une blessure de ce côté-là. Aussi un père découvert dans sa grange quand il a quinze ans, pendu ! Michel s'intéresse fort (déjà) à l'édition. Il collabore avec une maison d'Edition française qui s'appelle "La Fenêtre Ardente" dirigée par Gaston Puël (voir illustrations ci-dessous)
Cet été-là nous assisterons au Fourneau à la représentation, remarquablement mise en scène, de" l'Ile des Morts" de Strindberg ainsi que "Le Paria". On donnera aussi "Intérieur" de Maeterlinck
Nous voici donc fin 1974. Je continue à apprendre l'Espagnol et mon travail sur la Forêt s'amplifie. J'achète un télé-objectif de 400mm pour photographier les animaux de loin. Je fais des photos de forêt en noir et blanc que je colorie au feutre. Il faut dire que la photo-couleurs à cette époque est assez catastrophique, les diapos mises à part.
Et quand j'ai le temps je travaille pour ma banque. Si, si, mon réseau s'étoffe et on est content de moi !
Les gens qui disent "Je n'ai pas le temps" m'ont toujours fait rire !
Pour aider Michel dans son entreprise, je l'introduis auprès de quelques personnalités économiques de la région de Libramont et notamment auprès du Directeur d'ILA Fernand Lanotte et de celui de l'Oreal Belgique, Victor Billon qui se montrent tous deux favorables au projet d'un théâtre contemporain luxembourgeois. C'est ainsi que sera créé le Centre Dramatique Ardennais ou CDA. Les conservateurs du Fourneau Saint-Michel, les époux Lassence, mettent une de leurs granges à notre disposition pour notre Festival d'Eté, en pleine forêt de Saint-Hubert, dans un cadre idyllique



Il y aura encore cette année-là, un séjourà Gand dans ma ville natalele située en Flandre orientale. "Ja, ik ben te Gent geboren".
Là vivent encore la soeur de mon père, Geneviève Van Cauwenberghe et son mari Lucien Brunin, Juge et parrain de ma fille Valérie. Ils habitent un superbe hôtel particulier au centre ville près de Saint-Bavon où j'ai été baptisé. C'est au n°4 de la rue d'Angleterre (Ingelandgat). Et dans la campagne gantoise vivent leurs deux enfants, mes cousins germains, Didier, avocat maritime, à St Denis-Westrem et Régine qui va bientôt emménager à Lo Christi. La voici ma ville gothique flamboyante, avec son port, son marché aux grains et dans le fond la cathédrale Saint Bavon, où j'ai été baptisé en novembre 1937. C'est là-dedans que je suis né, rue Neuve du Casino.C'est mon grand-père André Van Cauwenberghe, gynécologue qui m'a mis au monde dans notre maison.
Et puis, il y avait la maison de mon oncle,

immense, un vrai musée, j'y suis allé souvent pendant et après la guerre, jouer avec mon cousin Didier qui avait quatre ans de plus que moi. Dans une de ses oubliettes vivait un petit juif, caché par mon oncle et ma tante, Nathanaël dit Nathy. Après la guerre il est allé vivre en Israël et a épousé la fille d'Isaac Shamir. Il est dans les affaires comme on dit. Je l'ai revu, lui et sa femme, à plusieurs reprises à Anseremme, la maison de campagne familiale, en bord de Meuse
La maison était d'un luxe inouî et remplie de poteries et tapis orientaux sans compter les paravents et meubles chinois. Mon Oncle Lucien ayant eu la chance à 18 ans d'être engagé comme secrétaite d'un diplomate qui faisait le tour du monde. Bref j'ai vécu dans un décor d'antiquaire, à dominance orientale. En outre mon oncle, qui était un cousin de Maurice Maeterlinck avait une bibliothèque colossale. Je logeais à l'étage et la maison était tellement grande et labyrinthique, qu'en me levant, je me perdais dans les couloirs, en essayant en vain de rejoindre la salle à manger, que voici d'ailleurs. Jugez du décor. Sur le mur des peintures-fresques du 18e siècle, remises à jour. Mon épouse découvrait cette magnificence qu'elle ne connaissait que par ouï-dire
Ensuite nous sommes allés à Laethem St Martin, le fameux village des peintres, l'ecole de Laethem, dont la grande époque collective s'est étalée de 1898 à 1913, avec deux groupes successifs représentatifs du symbolisme pour le premier (Georges Minne, Valérius De Saedeleer et Karel van de Woestijn) et un deuxième groupe à tendance expresionniste (Constant Permeke, Gustave de Smet, Fritz Van den Berghe et t'Servaes, un moine laïc dont voici la maison d'ailleurs
Voici la Lys qui traverse le village, campagne flamande toujours plate, mais avec des "ciels" étonnants et une lumière étonnante qui est déjà celle de la Mer du Nord. Et ci-dessous d'autres maisons de peintres, beaucoup ayant été transformées en galeries, Laethem étant devenu un grand marché de l'art et puis pour fermer la marche, le celèbre restaurant "La Marmite"
