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LE BLOG TOTEMS DE CHRISTIAN VANCAU


 


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Site traduit en Allemand :

http://fp.reverso.net/christianvancautotems/3733/de/index.html

 

Site traduit en Anglais :

http://fp.reverso.net/christianvancautotems/3733/en/index.html


Sur cette photo, Christian Vancau dans son jardin avec quelques uns de ses totems et sa guitare à la main


Présentation

  • : le blog totems par : Christian VANCAU
  • : Il s'agit de la réflexion d'un peintre de 78 ans, au départ d'un territoire peint et sculpté par lui, au coeur de l'Ardenne et dans lequel il vit en solitaire, tout en y accueillant de nombreux visiteurs!
  • Contact

Profil

  • Christian VANCAU
  • Journal quotidien d'un peintre de 81 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.
  • Journal quotidien d'un peintre de 81 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.

Carte mondiale des Blogueurs

J'habite dans le Sud de la Belgique, à 10 Kms au Nord de Libramont, 50 Kms au Nord  de Sedan et 75 Kms au Nord de Longwy. Sur cette carte, la Belgique au Nord de la France et au Sud, une flèche noire indiquant mon village, situé au Nord de LibramontUne autre perspective. Moircy encadré, Bastogne 30 Kms Nord-Est, Luxembourg- ville au Sud-Est, Carte-Prov.Lux2-jpgSedan et Carte-Prov.Lux-jpgCharleville au Sud-Ouest

Recherche

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Mon adresse-mail est la suivante:  christian.vancau@base.be


" C'est d'abord un combat contre les parents et ensuite un combat contre les maîtres qu'il faut mener et gagner, et mener et gagner avec la brutalité la plus impitoyable, si le jeune être humain ne veut pas être contraint à l'abandon par les parents et par les maîtres, et par là, être détruit et anéanti "
( Thomas Bernhard, écrivain autrichien décédé en 1989 )

Ma biographie c'est ce combat et rien d'autre




Je suis un homme de 74 ans retiré dans un tout petit village des ardennes belges,  un endroit magnifique au bord de la forêt. J'y vis seul . J'ai une fille de 46 ans et deux petit-fils de 21 et 6 ans, qui vivent tous les trois à 10 Kms de chez moi.. Je suis donc un homme d'avant-guerre (1937), né à Gand en Flandre, de père gantois et de mère liégeoise (Gand et Liège sont les deux villes rebelles de Belgique ). Je suis arrivé à Liège en 1940 avec ma mère et ma soeur, alors que mon père s'était embarqué pour l'Angleterre, dans l'armée belge et y exerçait son métier de chirurgien orthopédiste. Je n'ai donc réellement rencontré mon père qu'à l'âge de 8 ans, après la guerre, en 1945. Mis à part 2 années à Bruxelles et une année en Suisse à Saint-Moritz, j'ai vécu à Liège et y ai fait toutes mes études, humanités gréco-latines chez les Jésuites et Droit à l'Université de Liège. Je me suis marié en 1962, ai eu une petite fille Valérie et ai cherché une situation, muni de mon diplôme de Docteur en Droit. J'ai trouvé un emploi dans la banque. Je n'aimais ni le Droit ni la banque, je ne me savais pas encore artiste, je voulais être journaliste. Ma famille bourgeoise m'avait dit "Fais d'abord ton droit" !  En 1966, j'ai commencé une psychanalyse qui a duré 5 anset demi. En 1967, j'ai commencé à peindre. En 1971, ma Banque m'a envoyé créer un réseau d'agences dans le Sud de la Belgique, ce que j'avais déjà fait dans la province de Liège. Je me suis donc retrouvé en permanence sur les routes explorant village après village, formant les agents recrutés et les faisant "produire". Il ne m'aurait jamais été possible d'être un banquier enfermé. Je ne tiens pas en place. Pendant 8 ans j'ai vécu au-dessus de ma banque à Libramont, créant mon réseau. En 1975, j'ai été nommé Directeur et Fondé de Pouvoirs. En 1978 j'ai acheté une maison en ruines à Moircy, mon territoire actuel. Je l'ai restaurée et y suis entré en 1979. En 1980, ma banque a été absorbée par une banque plus puissante et l'enfer a commencé. En 1983, mon bureau a été fermé. Je suis devenu Inspecteur, puis Audit en 1985 avec un réseau de 140 agences couvrant tout le Sud et l'Est de la Belgique. Dans le même temps je transformais mon territoire, creusais des étangs, installais plantations et totems et peignais abondamment. En 1989, j'étais "liquidé" par ma Banque avec beaucoup d'autres, pour des raisons économiques. Ma femme est partie.Je me suis retrouvé libre avec 28 mois de préavis et puis ensuite chômeur. Mais j'ai  intenté un procés à ma Banque. Ca a duré 4 ans et j'ai gagné. Quelle jouissance de pouvoir écraser une banque (à suivre)
.

Archives

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J'ai commençé à exposer en 1976 et celà a duré jusqu'en 1995, le temps de réaliser que le monde de l'Art  n'était pas plus reluisant que celui de la Banque. Je n'avais en outre, nul besoin de vendre et encore moins d'être célèbre. A chercher l'argent et la gloire, on est sûrs de perdre son âme, tôt ou tard (et de toutes façons, la réputation monte quand le cercueil descend ). J'ai donc quitté les mileux de l'art. J'ai encore peint jusqu'en 2002. Celà aura tout de même fait 35 ans. Je n'ai plus besoin de la peinture. Elle m'a permis de survivre psychologiquement et de me chercher. Pour moi l'Art est ce qui doit rendre la Vie plus belle que l'Art
Je suis un HOMME LIBRE, un sauvage, proche de la nature et des animaux, misanthrope, profondément rebelle, tout d'une pièce, physique, violent contrôlé à savoir positif dans ma violence, agnostique. Je ne crois absolument pas à l'avenir de l'Humanité. L'Homme est indécrottable. Il est UN LOUP pour l'Homme. Aucune leçon de l'Histoire ne lui a servi
Je ne crois pas à la politique. J'ai le coeur à gauche, instinctivement du côté des défavorisés, contre toute exploitation et abus de pouvoir, contre tout racisme, mais je ne suis pas de gauche, ça ne veut plus rien dire ! Et encore moins de droite, celà va de soi !
Je pense que si l'homme n'arrive pas à créer le bonheur dans sa vie personnelle intérieure, il est incapable de le créer pour les autres. La meilleure chose que l'on puisse faire pour les autres est d'être heureux soi-même !
Je préfère nettement les femmes aux hommes. Je me sens de leur sensibilité, je m'efforce de faire fleurir les mêmes valeurs qu'elles
Je pense que réussir sa vie, c'est réussir l'amour. Toutes les autres formes de "réussite", sont des ersatz qui ne "comblent "pas
Je suis né un 1er Novembre, suis donc Scorpion, Ascendant Gemeaux, Milieu du Ciel en Verseau, Mercure en Scorpion comme le Soleil, Mars et Jupiter en Capricorne, Saturne en Poissons, Uranus en Taureau, Neptune en Vierge, Pluton en Lion, Vénus en Balance, ainsi que la Lune, j'ai mes Noeuds lunaires ( sens de ma vie, mon destin ici bas ) et Lilith (la lune noire) en Sagittaire. Du Scorpion, j'ai l'agressivité, le côté piquant, le côté rebelle. Du Gemeaux, j'ai le goût des langues , de l'écriture, des voyages, et l'incapacité à rentrer dans des hiérarchies ou dans des groupes,
quels qu'ils soient, et à me soumettre à une autorité
Dans mes jeunes années j'ai pratiqué beaucoup de sports: tennis, natation, cyclisme, ping-pong, ski, boxe et karaté. Aujourd'hui toute mon activité physique est concentrée sur les travaux d'entretien de mon territoire. Je suis jardinier 6 mois par an.
En dehors de la peinture, je pratique d'autres activités: 1) Lecture (romans, polars compris, poésie, théâtre, ouvrages de philosophie et de psychologie, mythologies etc..) 2) Ecriture (Un journal quotidien depuis 1980, comptant à ce jour 45.000 pages ), 3) Musique (Guitare et piano). Toutes les musiques m'intéressent, blues, jazz, rock, chanson française, musique classique et contemporaine. 4) Photo et Video. 5)Jardinage et rapport constant avec le monde animal. 6)Et enfin l'informatique, activité nouvelle que je pratique depuis3 ans et qui a abouti à la création de ce blog

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Jetez un oeil dans mes LIENS sur Richard OLIVIER, BIG MEMORY, mon ami Richard, Cinéaste belge, étant sur un gigantesque projet: Filmer tous les CINEASTES BELGES, morts ou vifs. Enfin, un artiste qui s'intéresse à ses pairs !http://www.bigmemory.be

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Je suis sur les blogs pro-tibétains:

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VENEZ M'Y REJOINDRE !

Christian VANCAU

28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 09:17

L'EXIL 18511851800px-Cavalerie rues paris (1851)Cavalerie dans les rues de Paris

1851. Le 11 décembre Hugo quitte Paris pour Bruxelles. S'installe à la grand-Place à la Maison du Pigeon.On a à peine examiné son passeporte, au nom de LANVIN , compositeur d'Imprimerie à livres.LANVINPasseport124

1852. Hugo marche seul dans les ruelles qui entourent la Grand'Place de Bruxelles. Il devine dans la pénombre des venelles, à quelques pas des tavernes d'où s'échappent des rires, des éclats de voix et une odeur grasse, les filles aux poitrines lourdes sous des blouses de couleurs vives, et aux croupes larges sous les jupes plissées.

Il a dit à Charles: " Vie pauvre, exil, mais liberté ! Mal logé, mal couché, mal nourri. Qu'importe que le corps soit à l'étroit, pourvu que l'esprit soit au large".

D'ailleurs dès qu'il ouvre la fenêtre de sa chambre située au premier étage du 27 de la Grand'Place, au-dessus d'un marchand de tabac, il éprouve un sentiment de joie.

Il regarde le beffroi, les façades sculptées et dorées, les pavés qui brillent sous la pluie fine. ll ne se lasse pas de découvrir ces festons, ces maisons médiévales, cette architecture, aussi ouvragée que de la dentelle flamande.

Cependant Adèle accepte mal que Juliette soit à Bruxelles

 401px-Maison du Pigeon à Bruxelles- 01

 

1852. juin, le mobilier de Victor Hugo est vendu aux enchères à Paris. Adèle s'en occupemaison-de-victor-hugo4

Il sent que le gouvernement belge est de plus en plus attentif aux pressions qu'exerce Paris. Il faut prendre les devants, s'installer dans un royaume que Napoléon le Petit ne pourra pas menacer, cette Angleterre que même "le Grand" n'a pu vaincre.

Il pense à Jersey, cette île anglo-normande d'où l'on aperçoit le côtes de la France, où l'on parle français et où de très nombreux proscrits se sont réfugiés, dès 1848.

 

Le 1er août, Hugo et les siens quittent la Belgique pour Jersey. . Lorsqu'il aperçoit le 5 août en fin de matinée, les côtes de Jersey, cette ligne de gros rochers et l'ondulation des collines vertes, il a l'impression qu'enfin il respire librement. Son livre Napoléon le Petit est publié le jour même à Bruxelles.

Ils s'installent à Marine-Terrace, qui domine la mer, après avoir quitté L'Hôtel de la Pomme d'Or. Hugo observe ses deux Adèle, la mère, la fille, Charles et Auguste Vacquerie, le beauf, frère du mari de Léopoldine, Charles Vacquerie, noyé dans un lac avec elle. François-Victor est seul absent, toujours englouti dans cette passion pour Anaïs Liévenne. Mais Napoléon le Petit fait fureur. On le passe en fraude. On se l'arrache. On en réalise des copies;

 

Après les élections du 2 décembre, les exilés sont autorisés au retour et certains retournent en effet:

"Si l'on n 'est plus que mille, eh bien j'en suis! Si même

Ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla

S'il en demeure dix, je serai le dixième

Et s'il n'en reste qu'un je serai celui-là"

 

Hugo rentre à Marine Terrace. François-Victor est enfin arrivé en compagnie de cette Anaïs Liévenne qu'il faut convaince de  repartir. Puis il faur consoler le fils, le retenir pour qu'il ne la suive pas. Il se sent ce 31 décembre, meurtri, las, avec une douleur intense dans la poitrine, au niveau du coeur

 

"L'herbe encore verte est battue

 Je m'en vais serein et vaincu

 Et je sens mon ceur qui me tue

 Je mourrai par où i'ai vécu "

Napoleon le PetitNapoleon III Nadar atelier 001Pendant l'Exil 1938  

 

1853. Ecrits politiques "Oeuvres oratoires".

Hugo se jette dans la vague qui déferle sur la petite grève. Il aime être fouetté par le froid de l'océan. Il nage jusqu'à un rocher qui ferme le crique où il a l'habitude de se baigner, presque chaque jour. Il a pris de l'assurance, si heureux de mesurer sa vigueur et l'énergie qui irradie son corps.
Il a cinquante et un ans , mais il se sent plus jeune que ses fils même. Lorsqu'il chevauche  avec Charles et François-Victor dans la prairie, il les devance. lorsqu'il marche en leur compagnie sur la falaise, son pas est plus vif.

Et lorsqu'il regarde Adèle ou Juliette, il découvre deux vieilles femmes aux cheveux gris, au corps difforme. Il a de la tendresse et de la compassion pour elles. Il les aime. Mais c'est le corps de jeunes bonnes normandes qui l'attire.

Il écrit "La Conscience" qui sera inncorporé à " Châtiments" qu'il terminera le 31 mai.

 

" Lorsqu'avec ses enfants vêtus de peaux de bête,

Echevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,

Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva

Au bas d'une montagne en une grande plaine;

...Il vit un oeil, ouvert dans les ténèbres

Et qui le regardait dans l'ombre fixement.

"Je suis trop près" dit-il avec un tremblement...

On fit donc une fosse, et Caïn dit: C'est bien!"

Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre

Et qu'on eût sur son front fermé le souterrain

L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn"

    

Début des séances de spiritisme à Jersey. Victor Hugo est surpris quand Delphine de Girardin, qui séjourne à Jersey pour quelques jours, lui apprend qu'on peut connaître les secrets de l'Ombre, les intentions de Dieu et les destin des âmes. Elle évoque les "tables parlantes" ou "Les tables mouvantes", ctte fluidomanie dont certains artistes se moquent à Paris. Mais Delphine peut attester qu'elle et entrée en communication avec des esprits...Ils lui ont parlé.

 Le dimanche 11 septembre, Hugo accepte de s'asseoir autour d'une grande table carrée sur laquelle Charles à placé, une petite table ronde à trépied.Mme de Girardin demande: "Qui est-là?"Il voit l'une des peied se la table qui se soulève et ne s'abaisse pas.

"Ya t'il quelquechose qui te gêne? "reprend Mme de Girardin. Si c'est oui, frappe un coup, si c'est non deux coups.

Il entend un coup.

Quoi?

Losange!

Ils sont assis en losange aurour de la grande table. Ils changent de table et de palce. Hugo se sent envahi par l'émotion. Est-ce possible? Les coups se succèdent. "

"Qui es-tu demande Mme de Girardin?"

"Fille!"

 "A qui est-ce que je pense? demande Auguste Vacquetie. "

Morte"

 Hugo sent que sa gorge se serre. Il interroge 

"Qui es-tu?

Ame soror !

 Es-tu heureuse?

Oui!

Où es-tu?

Lumière!

 Que faut-il faire pour aller à toi ?

Aimer.

Il sent la table vibrer sous ses mains. L'émotion l'étouffe.

 Qui t'envoie?

 Bon Dieu !

Parle de toi-même. As-tu quelquechose à nous dire?

Oui !

Quoi? Souffrez pour l'autre monde.

Il est si bouleversé  qu'il ne peut parler. Il veut continuer et chaque jour c'est une surprise, des =ames qui parlent..."

"Nous épions des bruits dans ces vides funèbres;

 Nous écoutons le souffle, errant dans les ténèbres,

 Dont frissonne l'obscurité.

 Et par moments perdus dans les nuits insondables.

 Nous voyons s"éclairer de lueurs formidables

 La vitre de l'éternité".

Par ailleurs Adèle a aussi sa tache puisqu'elle rédige un "Victor Hugo, raconté par un témoin de sa vie" et leur fille Adèle tient son journal. quant à Hugo, il publie Chatiments à BruxellesLe SpiritismeJersey-Guernesey1853 Jersey Rocher des Proscrits

A Jersey, Le rocher des Proscrits.Victor Hugo1853

 

1855 Rocher des Proscrits Jersey1855 . " Lettre à Louis Bonaparte" à propos de son voyage à Londres.

Chassé de Jersey, Victor Hugo s'installe à Guernesey avec les siens le 31 octobre.Cette expulsion de certains proscrits est due à la bonne entente du moment entre la France et l'Angleterre.

1856. Poésie "Les Contemplations".. Publication en France chez Hetzel. Succès foudroyant...Violente critique de Barbey d'Aurevilly

En Mai, Victor Hugo achète la maison "Hauteville-House" dans laquelle il va entreprendre de longs travaux". Il ne pourra plus être expulsé. Il devra chaque année offrir à la reine, deux poules. La maison de Guernesey avec ses trois étages, son toit, son jardin, son perron, sa crypte, sa basse-cour, son look-out et sa plate-forme, sort toute entière des Contemplations. Depuis la première poutre jusqu'à le dernière tuile, les Contemplations paieront tout496px-Hauteville House Victor Hugo in Guernsey

 Mais il y a sa fille Adèle, à laquelle, peut-être, il n'a pas accordé assez d'attention et que la maladie vient de terrasser. Elle est restée des jours prostrée, ne mangeant plus, son regard mort, comme si tout désir de vivre l'avait quittée.

 

1857. Après le déjeûner, Hugo a parfois la tentation d'inviter sa fille à l'accompagner pour une courte promenade. Mais elle a déjà regagné sa chambre et puis il y a Juliette qui attend et dont ces quelques pas sont la joie quotidienne.

 

Adèle son épouse sait ce qui advient chaque nuit au troisème étage, dans la chambre  des 3 bonnes, Constance, Marianne, Sophie. Elle sait qu'il leur donne une pièce après q'elles ont soulevé leurs jupes, laissé caresser leurs seins et enfin écarté leurs cuisses. Rentré dans sa chambre, il éprouve le besoin de noter dans son agenda  ce qu'il a fait, en espagnol.

 

Alexandre Dumas vient lui rendre visite pendant deux jours.

A propos de Châtiments, Lamartine, l'ami, écrit dans ses "Entretiens littéraires" qu'il a éprouvé "une répulsion involontaire pour ces oeuvres de colère, qui stigmatisent en vers terribles des noms vivants".

 

1858.. Le 16 janvier, Les deux Adèle, mère et fille s'embarquent pour Paris.Elles rentreront en juin. Charles et François-Victor sont eux aussi tentés de quitter l'île. "ll serait un tyran", disent-ils. Parfois il a le sentiment que même Juliette rêve d'ailleurs.

Hugo tombe malade. Il suffit de quelques jours pour qu'il ait l'impression d'être attaqué de tous côtés par la maladie. Sa peau gonfle ici et là, et ses furoncles forment des abcès. Cela durera quatre mois jusq'en novembre. et puis peu à peu, il a l'impression de renaître

 

1859. Le 16 août, Hugo refuse l'amnistie de Napoleon III. Beaucoup de proscrits rentrent en France. Publication de La Légende des siècles". La dédicace;

 

"A LA FRANCE,

Livre qu'un vent t'emporet

En France où je suis né!

L'arbre déraciné

Donne sa feuille morte "

"J'eus un rêve

C'était de la chair vive avec du granit brut...

Parfois l'éclair faisait sur la paroi livide

Luire des millions de face tout à coup

Je voyais là ce Rien que nous appelons Tout;

Les rois, les dieux, la gloire et la loi, les passages

Des générations à vau-l'eau dans les âges;

Et devant mon regard se prolongeaient sans fin 

Les fléaux, les douleurs, l'ignorance, la faim 

La superstition, la science, l'histoire,

Comme à perte de vue, une façade noire 

Et ce mur composé de tout ce qui croula

Se dressait escarpé, triste, uniforme. ou celà?

Je ne sais. Dans un lieu quelconque des ténèbres..."

   

  Hugo en 1860

 

1860 Juliette est malade 

Adèle va repartir pour Paris, sans sa fille. Retrouver Sainte-Beuve peut-être ? Elle supporte de plus en plus mal l'exil.

Hugo pense à Alexandre Dumas, qui vient d'affrêter à Gênes une goélette, l'Emma, pour rejoindre Garibaldi . Le "condottiere" italien veint de débarquer en Sicile, afin de rattacher le royaume de Naples à celui d'Italie. Garibaldi conquiert Naples et fait d'Alexandre Dumas le conservateur des musées de la ville.

Il retire d'une malle le manuscrit des "Misérables" abandonné douze ans auparavant en 1848.

Sa fille Adèle refuse avec dédain une demande en mariage d'un jeune-homme. Que veut-elle alors qu'elle a trente ans déjà? Songe t'elle encore à ce Lieutenant Pinson? Un Anglais !

 

1861. Hugo se laisse pousser la barbe et part pour Bruxelles, y faire des conférences. Il est avec Juliette. Le désir de finir vite "les Misérables" le tenaille. Il s'installe à Waterloo, sur le Champ de Bataille. pour deux mois .Il termine le 30 juin. Il se sent libéré. Il peut partir avec Juliette, aller de ville en ville, en Belgique, en Hollande. Mais d'abord il rentre à Guernesey. Il fait imprimer "Les Misérables" à Paris. 

Le 25 décembre, il accueille le lieutenant Pinson qui ne fait aucune demande en mariage. Mais Adèle a décidé de l'épouser et Hugo donne son consentement.

1862

 

"Les Misérables" sont mis en vente le 3 avril. Cest un triomphe. Il peut désormais partir avec Juliette pour un long voyage de plus d'un mois, dans les Ardennes et le long du Rhin.

 

Il y a VIANDEN d'abord au Grand-Duché de Luxembourg. En août 1862, lors d'un voyage à travers les Ardennes il fût enchanté par son paysage grandiose.800px-Vianden overviewIl y retourna en 1863 et reçut une aubade de la société philarmonique de Vianden. A près un bref passage en 1865, il vint chercher asile à Vianden, après avoir été expulsé de Belgique le 30 mai 1871. Tandis que sa suite descendait à l'Hôtel Koch "Hôtel-Restaurant Victor Hugo", Hugo s'installa au  premier étage de la maison voisine qui fait l'encoignure du pont.Vianden-OurVei23VIANDENmvh02 400VIANDENo-vianden-la-maison-que-jhabite-au-coin-du-pont-19e-Ici le poète écrivit une partie de "l'Année terrible".  De sa fenêtre, il contemplait sa silhouette majestueuse du château et il observait le va et vient des Viandenois.800px-Vianden ChateauChâteau d'Hugo3Le 14 juillet 1871, Victor Hugo prit la direction des opérations pour combattre un incendie qui embrasait une dizaine de maisons à toit de chaume dans la ville basse. En l'absence du bourgmestre le poète organisa une chaîne de seaux jusqu'à la rivière et participa lui-même à la chaîne depuis minuit et demi jusqu'à deux heures du matin.

C'est à Vianden que Victor Hugo vécut un nouvel amour avec une jeune-femme de dix-huit ans, Marie Mercier.

C'est à Vianden que Victor Hugo se fit arracher sa première dent le 11 aoùt 1871.

 

IL Y A SPA, en Belgique aussi

 

Hugo, sa famille et ses amis à Spa 

 

Le décor est planté. C'est ce petit monde-là que les Hugo et leurs amis intimes vont fréquenter dans les années 1860.

Le premier à venir à Spa, pendant que Victor Hugo achève Les Misérables à Waterloo en mai 1861, c'est Charles Hugo, le fils aîné. L'exil, la solitude et le sérieux de Guernesey commençaient à peser sur cet épais garçon de 34 ans, assez indolent face au travail, mais plein de verve et bouillonnant de vie dès qu'il est en société. Il avait lu, cinq années auparavant, les deux petits contes spadois que Hetzel avait publiés, Un rêve au bal de la Redoute et Histoire du Prince Z et de la Princesse Floris. Comme Spa n'était pas bien loin de Bruxelles, il avait voulu se rendre compte. Contrairement à son père, Charles Hugo, à la Redoute, se sent tout de suite comme un poisson dans l'eau. Les tables de jeux l'attirent et le retiennent irrésistiblement. Cette première fois, il ne perd que 50 francs: il pourra payer sa note à l'hôtel du Lion Noir. Au mois de septembre suivant, il vient y retrouver sa mère et sa soeur, et il rejoue.

En 1862, il y fixe rendez-vous à son père qui arrive d'Allemagne. Dans les années suivantes, comme il s'est établi définitivement à Bruxelles, Charles prend seul le chemin de Spa plusieurs fois par an.

En 1864 et en 1865, au cours de voyages, il y fait étape avec son père, son frère et Juliette Drouet. ses pertes au jeu sont telles qu'elles mangent toute la pension et plus que la pension que lui octroie Victor Hugo. Marié en 1865 avec Alice Lehaene, qui a vingt ans de moins que lui, bientôt père de Georges et de Jeanne, Charles Hugo continue de jouer avec une frénésie croissante. Les remontrances de son économe de père n'y font rien. En 1868, il trouve en Henri de Rochefort un parfait complice. En juin et juillet 1869, il atteint un paroxysme. Le commissaire de police spadois, Roch Henet, est alors chargé par la Sûreté publique de le surveiller: Charles Hugo, en effet, est depuis quelques mois rédacteur du journal français d'opposition Le Rappel. Roch Henet transmet tous les deux jours, pendant plus d'un mois, des rapports sidérants: au total, Charles Hugo va dépenser cette fois 8000 francs, soit treize fois le traitement annuel du chef des travaux municipaux de la ville. Il a obtenu des prêts d'argent de son hôtelier, d'un riche Bruxellois marchand de cigares (M. Coenaes) et de Davelouis lui-même. En 1870, il passe trois dernières journées à Spa et il doit encore emprunter 1000 francs à un banquier.

Le séjour de trois semaines que Mme Hugo et sa fille Adèle font à Spa au mois de septembre 1861 a d'autres motivations. Au début de l'exil, Adèle avait 22 ans; c'était une belle fille, à la fois romantique et joyeuse, passionnée de piano. A présent, elle s'est empâtée, elle est devenue taciturne et insociable, elle a 32 ans. Elle a refusé déjà six prétendants. Sa mère, qui cherche à la marier et à la distraire de ses idées noires, l'a emmenée, contre le gré de Victor Hugo, à Paris en 1858 pendant plus de quatre mois, pendant plus de cinq mois encore à Londres en 1859. Sur les conseils de Charles, sans aucun doute, elles sont à l'hôtel du Lion Noir à Spa pour les mêmes raisons. Le beau-frère d'Adèle Hugo, Auguste Vacquerie, qui est amoureux d'elle depuis quinze ans et avec qui elle était beaucoup moins froide autrefois, est là aussi. En compagnie d'Emile Allix, Charles Hugo les y rejoint bientôt. Malgré l'absence de témoignages, on peut imaginer que, tous ensemble, ils participent à quelques-unes des festivités spadoises.

Comme l'éditeur Jules Hetzel est à Spa et qu'elles le connaissent bien, les deux femmes vont lui rendre visite au Château de la Terrasse [rue Brixhe]. Adèle a sous le bras une partition de musique dont elle est l'auteur. Hetzel lui avait promis de lui trouver un éditeur, mais cela ne s'est pas arrangé. Il faudra qu'elle la fasse imprimer à ses frais. La conversation se prolonge et s'oriente vers d'autres sujets: Mme Hugo confie que son mari est en pourparlers avec un éditeur belge, un certain Albert Lacroix. Cet éditeur est prêt à acheter les droits des Misérables pour 300.000 francs-or. Hetzel, le fidèle éditeur de Victor Hugo, tombe des nues. Victor Hugo le lâcherait donc ? Hetzel se souvient des dangers courus en 1852 pour éditer clandestinement Napoléon le Petit en Belgique, des risques qu'il a pris en 1853, sous la menace de la loi Faider, en s'occupant des Châtiments —il s'était même réfugié à Spa pour en corriger sereinement les épreuves dans une chambre de l'hôtel Britannique. Et les Contemplations? Celles-là, c'est à l'hôtel Trianon de Spa, en août 1855, qu'il en avait emmené les premières feuilles. Mme Hugo se mord la langue: elle aurait dû se taire. Quelques jours plus tard, le 9 septembre, une lettre de Guernesey parvient à l'hôtel du Lion Noir après avoir transité par Bruxelles. Victor Hugo y confirme ses exigences en ce qui concerne la cession des Misérables pour 12 années. Puisque Charles est à Spa et qu'il ne peut remettre directement ce message dans les mains d'Albert Lacroix, comme Victor Hugo le souhaite, Charles glisse la lettre de son père dans une enveloppe, ajoute un mot d'explication et va déposer le pli à la poste située en face de son hôtel, rue du Marché. Moins d'un mois plus tard, le 4 octobre 1861, à Guernesey, Albert Lacroix signe le contrat littéraire du siècle, au grand dam de Pierre-Jules Hetzel qui dit son amertume à Victor Hugo.

L'année d'après, en 1862, Juliette Drouet et Victor Hugo, venant de Verviers et se rendant à Stavelot, passent une première fois à Spa, le 19 août 1862. Ils tiennent compagnie quelques heures à Charles qui loge à l'hôtel du Lion Noir, puis ils poursuivent leur route.

Le 28 septembre 1864 , retour d'Allemagne avec ses deux fils et Juliette Drouet, Victor Hugo consent à un arrêt plus long. Ils descendent à l'hôtel du Lion Noir, que le poète jugera excellent. Mais le 29, au lieu de rester dans la ville, ils louent une voiture, et, en quatre heures, par la Sauvenière, Malchamps, Francorchamps, Stavelot, ils gagnent la cascade de Coo. Victor Hugo dessinera cette curiosité. Le 30 septembre, ils reprennent la route de Liège sans s'attarder davantage dans la société des villégiateurs.

Le 23 août 1865, même voyage en sens inverse, même hôtel spadois. Dans la voiture, un convive de plus, le journaliste belge Gustave Frédérix qui fera dans L'Indépendance Belge une courte relation de la journée du 24. Victor Hugo cette fois parcourt la ville et l'Allée de Sept-Heures, où il assiste à un concert et où il contemple les jeunes filles et les femmes, qui paradent dans leurs plus beaux atours. Elles sont jolies, mais bien moins naturelles que celles qu'il a rêvées dans les Chansons des Rues et des Bois. Tout à coup, quelqu'un l'interpelle: c'est Adolphe Crémieux, un de ses anciens collègues de l'Assemblée nationale. Il ne l'avait plus vu depuis la veille du coup d'Etat. Et la soirée passe sans que Victor Hugo, qui a «l'horreur des pièges à bourses dits Cursaals», accepte de suivre ses compagnons à la Redoute.

 

Le 30 août 1865, il quitte Spa pour n'y plus revenir jamais, ne gardant sans doute comme image positive du lieu que celle de la nature qui enserre la ville et qu'il préférera retrouver, en 1867, à Chaudfontaine.

 

Un mot encore sur François-Victor Hugo, le second fils de Victor Hugo. Il est très différent de Charles. D'un naturel beaucoup plus sérieux, curieux de tout, laborieux et talentueux (sa traduction en 15 volumes des Oeuvres complètes de Shakespeare en atteste), le jeu ne l'attire pas, mais les femmes le laissent moins insensible. Quelles difficultés ont eues ses parents en 1852 pour l'arracher des bras de l'actrice Anaïs Liévenne qui était en train de jeter par les fenêtres toute la fortune des Hugo. Lui aussi, en 1869 et en 1870, il scandalise le commissaire Roch Henet lorsqu'il vient à Spa en compagnie d'une certaine Berthe Jory, une Française de 23 ans (il en a 40). Non seulement il vit maritalement avec elle mais, en plus de cela, il est encore en société avec Philippine Plateaux, une fille publique de Bruxelles. Des débauchés, les fils de Victor Hugo !

 

Bref, chaque membre de la famille Hugo, comme chacun des exilés que j'ai évoqués plus haut, avait de bonnes raisons de venir à Spa, de s'y sentir bien ou d'en être un peu écoeuré... Je crains que l'écoeurement de Victor Hugo ne se soit encore accru en 1871, lorsque le décès de Charles l'oblige à venir à Bruxelles pour régler la succession, c'est-à-dire essentiellement pour rembourser les énormes dettes de jeu spadoises. Heureusement, Victor Hugo ne l'a pas écrit.

 

Et puis enfin, aujourd'hui, un siècle après la mort du poète, en posant une plaque sur l'hôtel qu'il a habité, en applaudissant Les Misérables et en visitant l'exposition, les Spadois rendent encore hommage à Victor Hugo. 

 

 Spa Hôtel du Lion Noir avec Drouet

 

 

 

 

  1863. Parution du récit d'Adèle Foucher, Madame Victor Hugo "Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie". Du livre de sa femme, Hugo est enchanté.Le Manuscrit d'Adèle 1863

 

Néanmoins, l'unité du clan Hugo devient de jour en jour une façade plus lézardée. Madame Hugo est à Paris depuis le 22 mars. Le 18 juin, jour de la sortie de son livre, on l'entoure, on lui fait la fête. Elle milite contre la candidature de Napoléon III à l'Académie, elle revoit Sainte-Beuve qui est maintenant un professeur éminent. A Guernesey, Hugo travaille. une servante, souvent différente, dort dans la pièce voisine pour veiller officiellement à la santé du maître, mais pourvoit à cette santé par des faveurs intimes, que celui-ci consigne, en termes codés dans ses carnets.

C'est alors qu'Adèle, la jeune Adèle, qui a déjà 33 ans, s'enfuit. De Southampton, elle s'embarque pour le Canada sur les traces d'un homme dont elle est follement éprise, le lieutenant anglais Albert Pinson. Elle l'avait connu à Jersey.. A Noël 1861 , le lieutenant Pinson avait été reçu à Hauteville-House mais il n'avait fait aucune démarche de fiançailles. Puis il était parti au Canada pour le cas de guerre avec l'Amérique. Le 14 juillet 1863, elle expédie de New-York, une lettre annonçant qu'elle est mariée et habite Halifax. En réalité quand Adèle est arrivée à Halifax, elle a trouvé son lieutenant marié et bientôt père de famille. Depuis elle mène une vie recluse. Chaque jour elle se rend à la caserne pour voir sortir son officier, qu'elle regarde fixement sans un mot.

 

 

1864. Essai: William Shakespeare. Mal accueilli.

 

Il a reçu il y a peu une lettre de Nadar, qui a investi tous ses biens dans un engin qu'il nomme l'Hélicoptère. Mais celui-ci s'est écrasé au sol, engloutissant les ressources du photographe.

Il emporte avec lui le manuscrit des "Travailleurs de la mer" lorsque le 15 août, et pour plus de deux mois, il quitte Guernesey avec Juliette, pour leur voyage annuel, dans les mêmes lieux, tant ces rives du Rhin, les villes et les châteaux, les églises médiévales de Bruges à Heidelberg, l'attirent sans jamais épuiser leur beautéAltwies 1871

Altwies.

Un manuscrit d'Hugo: "L'homme qui rit"

Manuscrit de L'Homme qui rit

Il aide Garibaldi  qui effectue un voyage en Angleterre pour la délivrance de l'Italie.

 

1865." Les Chansons des Rues et des Bois".

"...Va chante ce qu'on n'ose écrire,

Ris et qu'on devine, ô chanson,

Derrière le masque du rire

Le visage de la raison.

La chanson est une flamme,

Chante, et te voilà content,

Toutes les ombres de l'âme

Se dissipent en chantant."

 

Le 14 janvier 1865, Emily de Putron qui était fiancèe à François- Victor, meurt de tuberculose. La douleur du jeune-homme est telle qu'il dut l'envoyer sur le continent avant les funérailles.

Le 18 janvier Madame Hugo est à Bruxelles; elle y restera pendant deux ans. Victor rejoint sa famille en juillet, et désormais l'habitude s'instaure de se retrouver ainsi pendant l'été en Belgique.

 

1866. "Les Travailleurs de la mer". On y voit le héros Gilliat, aux prises avec une pieuvre géante

 La Pieuvre

 

1867  Hugo écoute fasciné, Hennett  Kesler. Ce proscrit endetté qu'il a recueilli à Hauteville House depuis quelques jours, parle la voix tremblante. il a entendu, dit-il, toute la nuit des frappements dans la chambre voisine de la sienne.

"Celle de ma fille"...dit Hugo

Kesler paraît troublé, il le rassure. Ces frappements, ces soufflements, ces lumières même se produisent presque chaque nuit.

Malgré ses 65 ans, il ne se sent pas vieux.

On frappe à la porte de Hauteville House. Une jolie femme attend. C'est une française, une femme de lettres, Louise Yung. Il veut la séduire. Elle promet de revenir. Il l'entraînera alors vers ces criques où l'on peut se coucher sur le sable à l'abri des rochers, ou dans l'herbe. Penser au sexe, sans arrêt est pour lui le contrepoids de la mort et de la vieillesse.

Et il suffit qu'il recoive un livre de Judith Gauthier, la fille de Théophile, dont il connaît la beauté et la liberté des moeurs, pour qu'il s'enflamme à nouveau. Judith Gauthier ne lui a t'elle pas dédié son "Livre de Jade", en transcrivant son nom en caractères chinois

Mais pour l'instant, il doit accueillir son épouse qui revient à Hauteville House, deux ans , jour pour jour, après l'avoir quitté. Elle veut rendre visite à Juliette, pour la remercier d'avoir veillé à son mari durant son absence. Il n'ya a plus de jalousie...

Hugo a depuis quelques semaines, un petit-fils Georges, né à Bruxelles, de l'union de Charles et d'Alice. ll se sent comblé, fier.

 

Il peut offrir à Juliette les quelques jours de voyage qui sont les moments les plus heureux de sa vie. Ils parcourent la Zélande, puis rejoignent Chaudfontaine où Adèle lasse se repose. il regarde avec émotion Juliette qui fait la lecture à son épouse, dont les yeux sont de plus en plus éteints et que guette la cécité.

 

Hugo doit terminer "L'Homme qui rit" et se préparer à écrire "Quatre-vingt-treize".

 

Il apprend que Garibaldi, a franchi les frontières des Etats pontificaux, après s'être enfui de l'Île de Caprera. il est indigné quand il lit qu'une division française, a débarqué à Civita Vecchia et qu'elle a défait les Chemises rouges de Garibaldi à Mantana, le 3 novembre. Il commence donc à écrire son pamphlet "La voix de Guernesey". Les coupables de ce crime contre l'Italie, ce sont le Pape Pie IX et l'Empereur.

Ce texte lui vaudra l'annulation de la représentation de Ruy Blas au Théâtre de l'Odeon.

Photo d'Hugo à Bruxelles en 1867Hugo à Bxl en 1867

 

 

1868. Hugo se regarde dans le grand miroir du salon rouge de Hauteville House. C'est donc cela, un homme de soixante-six ans ! Il a fait raccourcir et tailler sa barbe et sa moustache, mais tout est blanc, désormais, comme les cheveux plus rares. Il se recule comme pour tenter d'effacer, en s'éloignant du miroir, les paupières gonflées, les cernes sous les yeux, la peau ridée et blafarde.

 

Mort de Madame Victor Hugo à Bruxelles. le 24 août Adèle fait avec Victor sa dernière promenade en calèche dans Bruxelles. Le 27, tout est fini "Avant-hier attaque, hier agonie; aujourd'hui mort, écrit-il le 27 à Paul Meurice.. C'est une attaque d'apoplexie Elle a demandé d'être portée à Villequier, près de sa fille Léopoldine, près de notre enfant bien-aimé". Il veut qu'on grave sur la tombe:

                                                          ADELE

                                              femme de Victor Hugo

1869. Les fils Hugo fondent le journal "Le Rappel"

 

"L'Homme qui rit" vient d'être publié à Paris. Il a écrit dans la Préface que le vrai titre de ce livre serait l'Aristocrate. Un autre livre qui suivra pourrait être intitulé "La Monarchie". Et ces deux livres en précéderont un autre qui sera intitulé "Quatre-vingt-treize.

Victor apprend qu'à Paris, Napoléon III a violé sa propre Constitution, en reculant au-delà de la date fixée la convocation du Corps législatif.

Charles dans le Rappel, invite tous les républicains à organiser une grande manifestation pacifique, le 26 octobre.

Parution d'un article dans "Le Siècle": "En ce moment écrit  le journaliste Louis Jourdan, deux hommes placés aux pôles extrêmes du monde politique, encourent la plus haute responsabilité que puisse porter une conscience humaine. L'un d'eux est assis sur le trône, c'est Napoléon III, l'autre, c'est Victor Hugo.

Charles pour avoir pris la défense de deux soldats envoyés dans des bataillons disciplinaires, parce qu'ils ont assisté à des réunions éléctorales, se voit poursuivi et condamné.

Naissance de Jeanne, deuxième enfant de Charles et Alice

 

1870. C'est la guerre entre la France et la Prusse. Napoleon rend les armes à Sedan, s'inclinant devant Guillaume Ier, Roi de Prusse. Le 4 septembre, la déchéance de l'empereur est décrétée, la République proclamée et un gouvernement provisoire constitué.Napoleon III sedan von Wilhelm Camphausen

1870 Retour d'Hugo

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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 09:15

    871-1885 Heros National 

1870 

17 août. Hugo à Bruxelles.
5 septembre, retour triomphal à Paris

"Les Châtiments". Première édition française

  

1871. Les prussiens visent les hopitaux, notamment celui du Val-de-Grâce. Des bombes sont tombées sur Gay-Lussac. Hugo se souvient. Il s'était une nouvelle fois rendu aux Feuillantines et il a été enveloppé par le souffle d'une de ces bombes

1870 à Paris

 

"Enfants on vous dira plus tard que le grand-père

Vous adorait; qu'il fit de son mieux sur terre,

Qu'il eût fort peu de joie et beaucoup d'envieux,

Qu'au temps où vous étiez petits, il était vieux

...Que dans l'hiver fameux du grand bombardement

Il traversait Paris tragique et plein d'épées

Pour vous porter des tas de jouets, des poupées,

Et des pantins faisant mille gestes bouffons

Et vous serez pensifs sous les arbres profonds"

 

Le 26 janvier c'est l'armistice signé par Jules Favre et Bismarck. si vite, si aveuglément, que Favre a oublié de prévoir le sort des armées qui continuent de se battre à l'Est

8 février, Hugo élu député à Paris avec 214.169 voix, deuxième député de la capitale, après Louis Blanc et juste avant Garibaldi. Il quitte Paris pour Bordeaux, où va se rassembler l'Assemblée nationale car l'agitation est grande à Paris, le peuple refusant les conditions de la capitulation imposées par les Prussiens au gouvernement provisoire (notamment l'abandon de l'Alsace et de La Lorraine )

 

Le 8 mars, il démissionne de l'Assemblée à Bordeaux.. Et quelques jours plus tard, alors qu'il l'attend au restaurant on lui annonce la mort de son fils Charles. On l'a trouvé, baignant dans son sang sur la banquette d'un fiacre. Apoplexie foudroyante...Il est inhumé au Père Lachaise le 18 mars. Les rues sont coupées par des barricades. L'insurrection de la Commune vient de commencer;

 

Le 16 mai Gustave COURBET, oui le peintre;.... est chargé de procéder à la destruction de la colonne Vendôme, construite avec la fonte des canons d'Austerlitz. Elle setra reconstruite en 1873Colonne Vendôme Courbet 1871

Le peuple a été armé de canons pour combattre les Prussiens. Hugo ne veut pas participer à cette guerre civile et il part pour Bruxelles, une fois de plus. les nouvelles qu'il lit sont chaque jour plus tragiques. Les exécutions par centaines, femmes, enfants, se déroulent à tous les carrefours et même entre les tombes du Père Lachaise. le gouvernement belge lui refuse l'autorisation d'accorder l'asile aux vaincus de la Commune. La nuit du 27 au 28 mai, il est assailli dans sa maison, on tente d'escalader sa façade. On hurle "A mort Victor Hugo, A mort Jean Valjean. A la potence. A mort le brigand"

 

Et quelques jours plus tard, il est expulsé. A Paris son ami Paul Meurice est emprisonné. Hugo décide donc de partir pour VIANDEN , petite ville du Grand- Duché de Luxembourg. Il s'installe dabord à l'Hôtel Koch puis loue deux maisons proche de la rivière OurVIANDENmvh02 400

Et puis soudain une lettre de femme. Marie Mercier, veuve d'un Maurice Garreau, fusillé par les Versaillais pour avoir été directeur de la prison de Mazas, où étaient enfermés les otages détenus puis fusillés par la commune. Il la prend comme servante. Elle lui raconte ce qu'elle a vécu durant la semaine sanglante, ce qu'elle a vu des éxècutions, cette jeune femme fusillée avec son enfant de 6 semaines. "A la petite Roquette, dit-elle, on a fusillé environ deux-mille enfants trouvés dans les barricades et n'ayant plus ni père, ni mère".

 

Il la voit aussi souvent qu'il le  peut, malgré Juliette, malgté Alice. il l'acompagne sur les bords de l'Our, et il la regarde fasciné, cependant qu'elle se déshabille, puis se baigne nue dans la rivière.

 

Parfois, il lui lit les pièces de vers qui prendront place dans" l'Année terrible". Il la voit bouleversée. Elle raconte qu'elle a suivi jusqu'à la fosse, les fourgons remplis de cadavres, parmi lesquels celui de son mari et elle parle encore de ces milliers d'enfants abattus à la mitrailleuse et qui criaient "Ma Mère" pendant qu'on les enterrait.

 

Le 1er octobre, il se rend à Versailles pour rencontrer Thiers et intercéder en faveur de son ami Rochefort, emprisonné, afin de lui éviter la déportation, ce qui sera fait.

 

Hugo s'installe dans un appartement à Paris, au 66 rue de la Rochefoucault. Il veut poser sa candidature à une élection partielle du 7 janvier 1872 et pouvoir ainsi  clamer en faveur de l'amnistie et empêcher que "la sauvage petite rêveuse" Louise MICHEL ne soit condamnée. Elle a crié aux juges du Conseil de Guerre "Si vous n'êtes pas des lâches, tuez-moi". Elle sera condamnée à la déportation dans une enceinte fortifiée, en Nouvelle-Calédonie.

 

Louise MICHEL 1871



.

  1872 

"Nous sommes tous les deux voisins du ciel, madame,

  Puisque vous êtes belle et que je suis vieux." A Judith Gauthier

 

Oui pourquoi beaucoup de ceux qu'il aimait sont-ils morts avant cet âge de soixante-dix ans, auquel il parviendra dans quelques semaines. Pourquoi cette vitalité qu'il sent dans son corps, quand il est assis, au déjeûner, au côté de cette jeune" femme sphinx", aux yeux et aux cheveux noirs, Judith Gauthier, fille de Théophile et épouse du poète Catulle Mendès, à peine âgée de vingt-deux ans mais qu'il désire, ayant la certitude qu'elle éprouve pour lui, la même attirance

 

Elle n'est pas la seule jeune femme, belle, glorieuse, à s'approcher ainsi de lui. Il lit Ruy Blas à la troupe d'acteurs qui va reprendre la pièec le 19 février au Théâtre de l'Odeon. Et Sarah Berhardt, qui va interprêter le rôle de la reine, l'a fixé avec une désinvolture insolente, provocante, croisant haut les jambes. Elle a un corps, de félin, une voix haute et elle murmure qu'il est un "monstre"Bernhardt-1

 

Internement d’Adèle HUGO à Saint-Mandé. C'est d'abord le Docteur Allix qui l'a recueillie chez lui lors de son retour de La Barbade. Hugo s'y rend "Je l'ai revue. Elle m'a reconnu. Je l'ai embrassée. Je lui ai dit tous les mots de tendresse et d'espérance. Elle est très calme et semble, par instants, endormie".

Il sait dès cet instant qu'elle a perdu la raison. Il revoit Adèle  dans le jardin de la maison de santé. Elle paraît calme, elle essaie de le rassurer "Elle entend toujours la voix qui la persécute et l'inquiète. Elle est comme glacée mais sans tristesse "

 Adèle Hugo fille

 

  Adèle Hugo. Elle mourra, enfermée, en 1915 à Suresne. 

 

Poésie "L'année terrible". Hugo retourne à Guernesey pour travailler.

 
Judith Gauthier lui écrit. elle est prête à le rejoindre à Hauteville House.

"   Judith nos deux destins sont plus près l'un de l'autre

   Qu'on ne croirait à voir mon visage et le vôtre

  Tout le divin abîme apparaît dans vos yeux,

   Et moi je sens le gouffre étoilé de mon âme;

   Nous sommes tous les deux voisins du ciel, madame,

   Puisque vous êtes belle et que je suis vieux.

 

Il lui écrit encore de Guernesey:

 

"Soyez charmante autant que vous êtes belle et bonne autant que vous êtes divine et venez voir le solitaire. les astres me rendent parfois visite et leur rayon entre chez moi, faites comme eux"

 

Et puis il y a Blanche, la jeune Lanvin (voir l'épisode du passeport dans V. Hugo- 2e partie), engagée pour s'occuper de la retranscription des manuscrits, qui emplit Hauteville de sa jeunesse et de son corps.

Et le 25 décembre, il n'y tient plus. Il descend. Il voit Blanche. Il la presse. Elle ne peut que l'accueillir. Et elle dit "Je vous aime" lorsqu'il a crié "Je brûle quand je pense à toi"

Mais Blanche partira l'année suivante. C'est Juliette qui la renvoie en France

 

 

 

1873. Le 9 Janvier . Mort de Napoléon III en Angleterre.

Il a succombé à l'opération de la pierre, tentée dans son exil de  Chislehurst pour lui permettre de remonter à cheval et de partir à la reconquête de la France. Hugo n'est pas frappé. on se demande même s'il lui en veut toujours "C'eût été un bonheur il y a trois ans, ce n'est même plus un malheur aujourd'hui"


 779px-Napoleon III after Death - Illustrated London News Ja


 Hugo fin juillet rentre à Paris pour retrouver Blanche. Entretemps Juliette découvre les carnets où il note en espagnol, toutes ses aventures. Le 19 septembre elle lui annonce qu'elle s'en va mais elle revient le 23

 

 26 Décembre 1873, mort de François-Victor Hugo; (Photo prise en 1863). Hugo se rend au 30 rue de Drouot, où loge François-Victor, soigné par Alice, la veuve de Charles. Il lui faut une nouvelle fois voir le corps d'un de ses enfants, le dernier, le visage entouré de fleurs..

 

 Hugo et ses 2 fils. Charles et François-Victot 1863 
" C'est un prolongement sublime que la tombe,

   On y monte étonné d'avoir cru qu'on y tombe".

 

1874

 

"ET MAINTENANT A QUOI SUIS-JE BON ? A  MOURIR ".

Premiers mots incrits dans ses cahiers à l'aube de cette année 1874. Ses deux fils morts, sa fille plus morte encore dans son tombeau de Saint-Mandé, accablé d'ans et de chagrin, Victot Hugo n'a plus goût à rien. Reste la littérature. Quatre-vingt-treize est prêt, attendu comme un évènement par l'Europe entière. L'évènement a lieu le 19 février. On s'en arrache les mille premiers exemplaires

 

NAISSANCE  DE  L'IMPRESSIONNISME1874 Impressionnisme137 


Il apprend que son ami Rochefort a pris le large et recouvré sa liberté. Il allait être déporté en Nouvelle-Calédonie.

 

1875

Hugo prend la défense d'un soldat nommé Blanc, un paysan qui vient d'être condamné à mort pour insulte grave envers son supérieur. Sa peine sera commuée en 5 ans de prison, sans dégradation militaire.
Il doit parler sur la tombe de l'historien-philosphe Edgar Quinet avec qui il avait souvent dialogué et qu'il admirait.

Il continue de voir chaque jour Blanche. Mais aussi Augustine, une servante qu'il rencontre à Guernesey, lors d'un bref séjour d'une semaine, parce qu'il veut ramener tous ses manuscits à Paris;

 

Il doit tenter une nouvelle fois de consoler Juliette. Elle est atteinte d'une néphrite et sa souffrance est intenable.

 

Le soir il reçoit à dîner une dizaine de personnes, comme il le fait plusieurs fois par semaine. Juliette rétablie mais somnolente, préside la longue table autour de laquelle se sont assis Louis Blanc, Jules Simon, Gambetta, Clemenceau, Flaubert, Edmond de Goncourt et Alice, proche d'Edouard Lockroy. Il veut que Georges et Jeanne, ses petits-enfants participent à ces rencontres, même s'ils s'endorment.

 

"Tramway pour la première fois", c'est ce que Victor Hugo inscrit dan ses  cahiers à la date du 12 octore 1875. L'idée en revient à un ingénieur français, Loubat, ins tallé à New-York, où les premiers tramways ont vu le jour en 1832Tramway 1875-76138

1876

Heureusement il ya les rires, les joies de Georges et Jeanne. Avec eux il apprend "L'Art d'être Grand-père". il les conduit au Jardin des Plantes où parfois ila perçoit Marie Mercier, qu'il revoit, et Blanche qui l'attend et vers laquelle il reviendra, après avoir reconduit Georges et Jeanne, rue de Clichy.

 

Il chuchotte à son petit-fils :

 

"Mon doux Georges, viens voir une ménagerie

Quelconque, chez Buffon, au cirque, n'importe où

Sans sortir de Lutèce allons en Assyrie

Et sans quitter Paris partons pour Tombouctou "

 

Hugo est élu Sénateur. Il s'arrête un instant sur le seuil de cette salle de Luxembourg: "Je ne l'avais pas revue depuis le 25 février 1848. J'en suis sorti alors Pair de France. J'y suis rentré aujourd'hui Sénateur"

 

1877

 

" Je suis vieux, mais, ô lauriers roses,

Ô lys, cela n'empêche pas

Toutes sortes de tendres choses

Toute sortes de frais appas...

 

Je suis vieux; mais pourvu que j'aime,

Je n'ai rien à me reprocher;

Et l'abeille ira tout de même

Cajoler la fleur du pêcher...

 

La nature est l'immense alcôve

Et c'est ainsi que tout se perd

Et c'est ainsi que tout se sauve

Cupidon c'est l'enfant expert...

 

On entend des murmures d'âmes;

Toute l'ombre est un grand frisson;

Et je sais encore l'air, mesdames

Si je ne sais plus la chanson...

   

Comment! Il a décidé de maintenir à Alice sa pension annuelle et même de l'augmenter pour l'éducation de ses enfants. Il a béni son union avec Lockroy, alors qu'il a peu de sympathie pour cet homme qu'il trouve hâbleur, prétentieux et parfois hostile. Il a même accepté que le nom de Victor Hugo, avec tout ce qu'il signifie, figure sur le faire-part de mariage et on veut le priver de ses petits-enfants en lui retirant la tutelle ?

Impossible, jamais ! Il refuse !

L'incident est clos. Le mariage aura lieu le 3 avril.

Il continue de travailler sur "L'Art d'être grand-père". Il publie le recueil en mai. Succès imédiat:

"Hier soir, un médecin, le docteur Conan, m'a amené une jeune-fille de 22 ans, atteinte d'une maladie inconnue. Elle n'a pas dormi depuis 5 ans. Pas une heure. Elle passe son temps à lire mes livres, et sait pas coeur tout ce que j'ai écrit. Le docteur croit à mon influence sur elle, et m'a prié de lui ordonner de dormir. Je l'ai fait."

 

Le président de la République, Mac-Mahon, vient de 16 mai de renvoyer Jules Simon. Demi-coup d'Etat, dit Hugo car Mac-Mahon veut dissoudre l'Assemblée des Députés. Et cette Assemblée est effectivement dissoute. Gambetta est condamné à trois mois de prison. Mais aux élections qui s'ensuivent, ce sont les républicains qui émergent, ce qui amènera Mac-Mahon à démissionner.Mac Mahon143Il y a aussi cette salle debout à la reprise d'Hernani. Lors du dîner qui s'ensuit, le 11 décembre, il se tourne vers Sarah Bernhardt:

"Vous vous êtes vous-même couronnée reine, reine deux fois, reine par la beauté, reine par le talent"

 

1878.

Hugo, en ces jours de janvier, a le sentiment qu'il ne supporte plus la solitude. Il éprouve le besoin d'avoir les siens autour de lui. il veut voir Jeanne et Georges. Il se sent rasuré par la présence de ses amis, le soir, lors de ces dîners qui épuisent Juliette, Alice et ses enfants. il tolère même la présence de cet Edouard Locroy, pourtant souvent hostile, bougonnant qu'on ne doit pas, au-delà d'un âge raisonnable, jeter un regard sur les femmes, importuner les servantes, la cuisinière, ou s'en aller tous les après-midi voir on ne sait qui !  

 

LA MARSEILLAISE

La France a une Constitution, des Institutions, un Drapeau, il lui manque  l'Hymne qui retentira partout où l'on célèbrera les progrès de la République. Nul autre chant que la Marseillaise ne saurait être cet hymne national. On en doit les paroles à un oficier du génie de l'armée du Rhin Joseph ROUGET de LISLE, en garnison à Strasbourg. ce chant se propagera et arrivera à Marseille où des groupes entiers de révolutionnaires s'apprêtent à rallier Paris. Pour les Parisiens qui entendent cet hymne pour la première fois, ce chant est celui des Marseillais

Marseillaise 1878-79139

Il reste à combattre l'oppression religieuse, le cléricalisme. Et Hugo décide au printemps de publier "Le Pape", livre dans lequel il a regroupé des poèmes écrits sur ce thème depuis plusieurs années. Il juge que le moment est bien choisi, entre la mort de Pie IX auquel a succédé Leon XIII, en février, et le centenaire de Voltaire qui sera célébré le 30 mai.

 

Il faut rendre hommage au courage de Voltaire, dire que Voltaire seul déclara la guerre à cette coalition de toutes les iniquités sociales, à ce monde énorme et terrible, et il accepta la bataille. Et quelle était son arme ? Celle qui a la légèreté du vent et la puissance de la foudre. Une plume.

 

Le soir du 27 juin, il accueille Louis Blanc et s'emportant au sujet de Voltaire et de Rousseau, fait une crise de congestion cérébrale. Il s'en remet plus ou moins et le 4 juillet il quitte Paris pour Guernesey, avec les siens et Juliette. Juliette qui dit vouloir le protéger contre lui-même. Elle a découvert qu'il gardait dans une sacoche cinq mille francs en pièces d'or. Elle l'a accusé d'utiiser ce trésor pour payer des femmes. Ne s'est-il pas rendu, lui, relevant de maladie, rue des Cornets, la rue des filles publiques, où traînent tous les hommes de Guernesey en mal d'amour ! Lui, Hugo !

Lui refuse de devenir son prisonnier. Si la mort est là, si proche, il faut qu'elle le fauche à Paris et il y arrive le 10 novembre. Paul Meurice lui a loué un petit hôtel particulier au 130 de l'avenue d'Eylau. (devenue l'avenue Victor Hugo) ..avec Juliette. Et là il achève un livre "Toute la Lyre" du moins il essaie de l'achever

 

1879

Il ne s'étonne même plus de cette langueur qui le saisit, qui l'empêche de bondir hors de son lit, en pleine nuit et de commencer à écire. Il cale sa tête contre l'oreiller de crin. Il regarde cette chambre mansardée, tendue de soie rose, dont la fenêtre ouvre sur les marronniers et les tilleuls du vaste jardin de l'avenue d'Eylau

Il reste un long moment prostré quand il apprend le décès de Léonie d'Aunet. Et il a peur pour Juliette que la maladie ronge

Et pourrait-il dire que parfois il va se promener au Bois de Boulogne, qu'il se laisse aborder par ces femmes dont le corps est offert à celui qui les paie, Et que par deux fois, il a dû subir l'humiliation d'être verbalisé par les agents de police ? Atteinte à la pudeur, ont-ils dit.

Juliette a réussi à écarter Blanche. parfois il l'aperçoit-et son coeur est blessé- , qui rôde devant le jardin de la maison de l'avenue d'Eylau. Il est véritablement accablé quand il apprend que Blanche s'est mariée avec un certain Emile Rochereuil.

Est-ce donc celà la vieillesse, subir la loi des autres ?

 

1880 Et il découvre en lisant "Le Figaro", que la haine ou tout au moins l'incompréhension est toujours présente. C'est Emile Zola qui donne les coups violents, suite à la publication de "L'Âne": "Cet incroyable galimatias...Jamais on n'a accouché dune oeuvre plus baroque, ni plus inutile...Mais cet homme n'est pas des nôtres ! Il n'est même pas du siècle, lui qu'on veut nous présenter comme l'homme unique du siècle, l'incarnation du génie moderne ! Il appartient au Moyen-Âge, il n'entend absolument rien à nos croyances et à notre labeur "

 

Hugo par NadarNadar 1880Nadar 1880

 

1881

Debout, appuyé sur la rambarde de la fenêtre du premier étage de la maison de l'avenue d'ylau, il regarde, ce dimanche 27 janvier, s'avancer des dizaines de milliers de personnes, certaines venues de Toulouse ou de NIce, des centaines de délégations avec leurs drapeaux, leurs fanfares, leurs édiles, leurs calicots.

Les écrivains, les francs-maçons du Grand Orient, le gouvernement, le préfet, le conseil municipal de Paris, ils veulent tous célébrer le début de la quatre-vingtième année du poète

80 ans d'Hugo140

Les fleurs s'amoncellent devant la porte de la maison, les pièces sont remplies de couronnes. On crie "Vive Victor Hugo", les fanfares jouent "la Marseillaise".

ll se sent enfermé dans cette statue que l'on dresse et qui l'oppresse. Il lui semble une nouvelle fois apercevoir la silhouette de Blanche, pauvre figure hagarde, dont il apprend qu'elle est malheureuse, peut-être battue par son mari, cet Emile Rochereuil, qui lui a dérobé toutes les lettres qu'elle avait reçues de lui et qui menace de les publier en cette quatre-vingtième année où l'on célèbre la gloire immaculée du vieil amant.


Il rédige son testament le 31 août 1881. Il lègue tous ses manuscrits et tous ses dessins à la Bibliothèque Nationale de Paris "qui sera un jour" la Bibliothèque des Etats-Unis d'Europe" ajoute t'il.

 

1882

Il relit les épreuves de "Torquemada" qui doit être publié au mois de mai.

Il va s'asseoir sur le bord du lit de Juliette. Il lui parle. Il voit son visage exsangue. Elle ne peut plus rien avaler.

 

1883

Le 11 mai mort de Juliette Drouet.   Hugo est à ses côtés

Juliette Drouet à 77 ansJe vais bientôt te rejoindre mon amie, murmure t'il.

Il se sent si indifférent à la parution de "La Légende des Siècles" puis de "L'archipel de la Manche"

 

1884  Il se regarde longuement. Il frotte ses mains décharnées l'une contre lautre.?Cette peau frippée c'est la sienen. Plus rien ne l'étonne dans ce visage de vieillard, ni les bousouflures sous les yeux, ni les rides. Il semble à la fois amaigrie et enflé

 

 

1885. Il demande qu'on lui apporte son carnet. C'est le 19 mai. C'est la dernière phrase qu'il écrit. Et la plume lui paraît si lourde, il est si maladroit.

"AIMER C'EST AGIR" réussit-il enfin à noter.

Il ferme les yeux. Il murmure : " Je vois la lumière noire"

Il meurt le vendrei 22 ami à 13h27Lit de Mort 1885142

 

Les Obsèques nationales le 1er juin. Deux millions de personnes suivent le corbillard des pauvres jusqu'au Panthéon.800px-1er juin 1885 - Enterrement Victor Hugo

ObsèquesObsèques2

1886 à 1902. Publications posthumes dont Choses vues.

Aussi La Fin de Satan, Toute la Lyre, Le Théâtre en liberté, Dieu, Les Années funestes, Dernière Gerbe

Hugo Choses vues 1849-1885Choses vues Hubert JuinV.Hugo-Repères bibliographiquesTout Hugo chez Laffondhugopaper01hugopaper02Victor Hugo 1875

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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 09:14
 
Victor Hugo - Dessins
 
1830- 1885
 
Victor Hugo a réalisé, a partir de 1830, plus de 3500 dessins. Il ne se considérait cependant pas comme un artiste et réalisait ces dessins pour son plaisir personnel. Il possédait cependant un bon niveau, qu'il avait acquis en fréquentant des amis peintres, principalement Boulanger. Malgré la modestie avec laquelle il considérait ses oeuvres, on peut considérer qu'elles étaient largement en avance sur leur temps, puisqu'on y voit de l'abstrait avant la lettre, et qu'il fut à la création sans le savoir du mouvement Romantique.
De plus, malgré le manque de notoriété que ces dessins eurent et ont toujours dans la grand public, ils sont cependant cités en exemple par nombre de peintres du début du 20 ème siècle (notamment Dali), ainsi que par des spécialistes de l'art, comme André Masson qui reconnaît Victor Hugo comme l'homme qui inspirât Dubuffet. Il utilise des techniques, des outils et des médians inhabituels, et mêle dans ses dessins du crayon, de la gouache, du fusain, de l'encre, de la sépia, de la suie, ...Il utilise de la dentelle dans ses dessins, du lavis comme une matière à part entière, et parfois même des collages.
 
La plupart des dessins n'avaient pas de titre, ces derniers sont donc la plupart du temps, purement descriptifs. Paysage (2)
 
 Victor Hugo est aussi un grand peintre.... Victor Hugo Peintre-Dessinateur
   
on le sait aujourd-hui. Totalement en avance sur son époque, on pourrait dire un peintre contemporain du XXe siécle. Pourtant les peintures que je vais montrer ici datent des années 1860-1870. On sait que Hugo avait un côté  "Medium" et qu'il faisait tourner les tables dans son île de Guernesey. Hugo a fabriqué des dessins notamment via une  table à trois pieds pendant les séances spirites. Ces séances de la table aux crayons annoncent non seulement les sommeils expérimentés par René Crevel, Robert Desnos et André Breton mais surtout les "cadavres exquis. Hugo et les siens, sautent en effet par- dessus l'impressionisme et par- dessus le cubisme et comme avec les galets signés et datés-inventent Dada, soixante-quinze ans avant Dada
 
Pour Hugo, tous les moyens lui sont bons, le fond d'une tasse de café versé sur une feuille de vieux papier vergé, le fond d'un encrier versé sur du papier à lettre, étendus avec le doigt, épongés, séchés, repris ensuite avec une grosse ou une fine plume, lavés par dessus avec de la gouache ou du vermillon, rechampis de bleu, rehaussés d'or. Parfois l'encre de la Petite Vertu traverse le papier à lettres: au revers naît un second dessin vague. Son petit-fils George raconte "Il jetait l'encre au hasard en écrasant la plume d'oie qui grinçait et crachait en fusées. Puis il pétrissait, pour ainsi dire, la tache noire qui devenait burg, forêt, lac profond ou ciel d'orage"
On ne saurait mieux dire, il pétrissait la TACHE NOIRE.
 
Comme le dit Giandomenico Romanelli dans sa préface au catalogue de l'exposition Hugo à Venise, Ca'Pesaro en 1993: " Il n'est pas question ici de sacrifier à l'idéologie européocentriste ni de donner dans la croyance selon laquelle l'Histoire serait linéaire-suprême illusion- car polycentrisme, simultanéisme et zigzags permanents ne sont plus à démontrer. Tout de même, il y a des rhizomes transcontinentaux et trans culturels qui méritent d'être tirés au clair.
 
Peu importe si Max Ernst n'avait jamais entendu parler, vers 1920, des frottages et empreintes de Hugo. Peu importe si Jackson Pollock et Franz Kline vers 1950, ne connaissaient pas l'Action Painting et la peinture gestuelle de Hugo. Peu importe si Duchamp ne se référait pas aux galets signés et datés dont il ignorait probablement l'existence. Le fonctionnement rhizomatique n'a rien de linéaire, ni obligatoirement de direct.
La date de naissance  officielle de l'art moderne à, par exemple, été arbitrairement fixée à 1863, l'année du Salon des Refusés. C'est déjà un acte de dénégation caractérisé.
 
Il serait temps que les administrateurs patentés de la Mémoire Historique, réparent l'erreur commise à l'égard de Hugo, car il n'y a pas que le public qui soit, relativement au génie, une horloge qui retarde (Baudelaire), il y a aussi et surtout les historiens. Je dis que le moment est venu de tenir compte du crime contre la culture dominante perpétré en connaissance de cause par Victor Hugo lorsque dès 1854, il a eu méthodiquement recours avec les siens, à la table au crayon. Je dis que sa pratique systématique du pochoir, de la coulure, de la tache, du frottage, du grattage, du collage, de l'objet trouvé et signé, précède et excède ce qui, au Salon des Refusés, fit scandale"
Dessin Hugo125Ruines d'un AqueducHugo2-Ruines-d-un-Aqueduc.jpgAltwies 1871Altwies-1871.jpgLa DurandeLa-Durande-port-e-par-la-Lame.jpgEmpreinte de dentelleEmpreinte-de-dentelle.jpgBarque fuyant sous le ventBarque-fuyant-sous-le-vent.jpgLa Pieuvrepaysage.jpgTache d'encreTache-d-encre-et-eau-001.jpgTache2.jpgPaysageTaches voilures134Dans les ArdennesDans les Ardennescomposition abstraiteTachesComposition avec tachesPaysagePaysage (2)Vision de Notre-DameVision de Notre-DameEt voici que je découvre en écrivant ce dernier article sur Hugo, une de mes peintures, à même le sol, entre tous mes livres sur Hugo, oubliée depuis trente ans, minuscule (16cms sur 7), un morceau de balatum, comment est-elle arrivée là, non elle n'était pas dans les livres que j'ai manipulés, mystère total et cette peinture pourrait être de Victor Hugo. C'est incroyable....Dessin Vancau132
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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 09:13
Où se situe VIANDEN...au Grand-Duché de Luxembourg
Où se situe VIANDEN...au Grand-Duché de Luxembourg

Où se situe VIANDEN...au Grand-Duché de Luxembourg

A 10 Kms de Vianden en venant de Wiltz, le paysage
A 10 Kms de Vianden en venant de Wiltz, le paysage
A 10 Kms de Vianden en venant de Wiltz, le paysage
A 10 Kms de Vianden en venant de Wiltz, le paysage
A 10 Kms de Vianden en venant de Wiltz, le paysage
A 10 Kms de Vianden en venant de Wiltz, le paysage
A 10 Kms de Vianden en venant de Wiltz, le paysage

A 10 Kms de Vianden en venant de Wiltz, le paysage

Avec au passage, le Cloître et l'Eglise des Trinitaires, l'Hôtel de Ville, le Pont de l'Our et l'Eglise Saint-Nicolas de l'autre côté du pont après la traversée de l'Our
Avec au passage, le Cloître et l'Eglise des Trinitaires, l'Hôtel de Ville, le Pont de l'Our et l'Eglise Saint-Nicolas de l'autre côté du pont après la traversée de l'Our
Avec au passage, le Cloître et l'Eglise des Trinitaires, l'Hôtel de Ville, le Pont de l'Our et l'Eglise Saint-Nicolas de l'autre côté du pont après la traversée de l'Our
Avec au passage, le Cloître et l'Eglise des Trinitaires, l'Hôtel de Ville, le Pont de l'Our et l'Eglise Saint-Nicolas de l'autre côté du pont après la traversée de l'Our
Avec au passage, le Cloître et l'Eglise des Trinitaires, l'Hôtel de Ville, le Pont de l'Our et l'Eglise Saint-Nicolas de l'autre côté du pont après la traversée de l'Our
Avec au passage, le Cloître et l'Eglise des Trinitaires, l'Hôtel de Ville, le Pont de l'Our et l'Eglise Saint-Nicolas de l'autre côté du pont après la traversée de l'Our
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Avec au passage, le Cloître et l'Eglise des Trinitaires, l'Hôtel de Ville, le Pont de l'Our et l'Eglise Saint-Nicolas de l'autre côté du pont après la traversée de l'Our
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Avec au passage, le Cloître et l'Eglise des Trinitaires, l'Hôtel de Ville, le Pont de l'Our et l'Eglise Saint-Nicolas de l'autre côté du pont après la traversée de l'Our
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Avec au passage, le Cloître et l'Eglise des Trinitaires, l'Hôtel de Ville, le Pont de l'Our et l'Eglise Saint-Nicolas de l'autre côté du pont après la traversée de l'Our

Avec au passage, le Cloître et l'Eglise des Trinitaires, l'Hôtel de Ville, le Pont de l'Our et l'Eglise Saint-Nicolas de l'autre côté du pont après la traversée de l'Our

Ce jeudi 31 juillet Danielle et moi prenons la route de Vianden, via Bastogne et Wiltz. Distance 80 Kms par des routes très sinueuses. But revisiter le Musée Victor Hugo que j'avais déjà visité dans les années septante mais qui a été complètement rénové en 2002. Nous arrivons sur place à 11h15, après avoir ramassé un PV de 59 Euros pour excès de vitesse à 64 Kms heure, dans les environs de Putscheid ce qui me fait dire avec ironie aux gendarmes "Willkommen im Grand Duché". Il fait un un soleil radieux. Il y a foule

Avant le PV nous avons traversé une vallée splendide avec des nuages bas qui ne nous laissaient nullement présager une journée aussi belle

Après avoir enfin trouvé un parking bien payant, nous descendons le village en direction de l'Our, de son pont et de la Maison Victor Hugo, avec au passage une remontée sur le château. Mais il y a une fête médiévale et c'est la cohue. Nous renonçons à y entrer et allons garer dans la rue qui pique sur le pont. 

Voir les photos ci-dessus

 

Maison Victor Hugo à VIANDEN

 

VICTOR HUGO, I'illustre poète français, vint à Vianden à quatre reprises. En août 1862, lors d'un voyage à travers les Ardennes, il fut enchanté par le paysage grandiose de Vianden.

Il retourna en 1863 et reçut une aubade de la société philharmonique de Vianden. Après un bref passage en 1865, il vint chercher asile à Vianden après avoir été expulsé de Belgique le 30 mai 1871. Tandis que sa suite descendit à l'Hôtel Koch, auberge plutôt qu'hôtel, Victor Hugo s'installa au premier étage de la maison voisine, qui fait l'encoignure du pont. Ici le poète écrivit une partie de «L' Année Terrible", de sa fenêtre il contemplait la silhouette majestueuse du château et il observait le va-et-vient des Viandenois: «Aujourd'hui, dans son paysage splendide que viendra visiter un jour toute l'Europe, Vianden se compose de deux choses également consolantes et magnifiques: L'une sinistre, une ruine, l'autre riante, un peuple."

 

Le 14 juillet 1871 Victor Hugo prit la direction des opérations pour combattre un incendie qui embrasait une dizaine de maisons a toit de chaume dans la ville basse. En I'absence du bourgmestre le poète organisa une chaîne de seaux jusqu'à la rivière et participa lui même à la chaîne depuis minuit et demi jusqu'à deux heures du matin.


C'est à Vianden que Victor Hugo vécut un nouvel amour avec une jeune femme de dix-huit ans, Marie Mercier, qui avait été la compagne du serrurier MAURICE Garreau, directeur de la prison de Mazas sous la Commune.

C'est à Vianden que V. Hugo se fit arracher sa première dent le 11 août 1871.

 

La maison près du pont a été aménagée en 1935 (restaurée en 2002)en Musée Victor Hugo. Dans le musée on peut voir des lettres manuscrites du poète, desmeubles, des documents et des reproductions de dessins de son séjour a Vianden. En face, sur le parapet du pont se trouve un beau buste de Victor Hugo par Rodin, offert par le Sénat Français.



Musée littéraire Victor Hugo
37, rue de la Gare
L-9420 Vianden
Tél.: (+352) 26 87 40 88
Fax: (+352) 26 87 40 99
Email: 
musee@victor-hugo.lu
INTERNETwww.victor-hugo.lu

A propos de Musée Littéraire 'Victor Hugo'

 
 
 
 
 
Maison de Victor Hugo, est le premier musée littéraire du pays, fondé en 1935 pour le cinquantenaire de la mort de Victor Hugo. Une rénovation muséographique complète est achevée en 2002, pour le bicentenaire de la naissance.
En 1862, 1863 et 1865, pendant son exil comme opposant républicain à Napoléon III, Victor Hugo (1802-1885) passe quelques jours comme touriste à Vianden dans le cadre de ses voyages sur le Rhin Allemand.
 
En 1871, devenu réfugié politique après la Commune de Paris, il trouve avec plaisir et charme de la petite ville etl'accueil de ses habitants. Du 8 juin au 22 août, écrivant et dessinant, méditant sur son message humanitaire, il occupe au premier étage de cette maison une chambre avec vue sur l'Our et le château alors en ruine. Son musée littéraire, le premier en date du pays est fondé en 1935 pour le cinquantenaire de sa mort.
 
Le Musée est détruit complètement en 1944 lors du départ des
allemands et sera reconstruit après la guerre (Voir photos ci-dessous)
 
Quand les troupes allemandes, le 13 septembre 1944, quittèrent Vianden pour retourner dans leur Reich millénaire, elles firent sauter le pont après avoir somme les voisins d'évacuer leurs maisons. La maison de victor Hugo fut pareillement évacuée et tellement endommagée par le dynamitage qu'elle s'écroula complètement à la fin de 1945 et dut être rasée intégralement. Soius la direction de l'architecte Pierre Grach, orriginaire de Vianden, la maison fut ensuite reconstruite selon les dimensions originelles
L'inauguration de la maison reconstruite eut lieu le 1er août 1948 en présence de leurs altesses royales la Grande Duchesse charlotte et le Prince Felix, et de robert schuman, ancien président du conseil et minisytre français des Affaires étrangères.
 

Le Musée est Installé dans la demeure reconstituée et habitée par le poète en 1871, Ce musée, fondé en 1935 et complètement restauré en 2002, à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Victor Hugo, présente la vie de l'artiste, son oeuvre littéraire et artistique et son rayonnement dans ses relations avec le Grand-Duché de Luxembourg. Chambre avec mobilier d'époque, mannequin didactique, spectacle holgraphique, manuscrits, dessins et documents originaux, panneaux à feuilleter comme un livre-journal, éditions originales et objets souvenirs authentiques bornes informatiques interactives. 7 salles d'exposition. Bibliothèque scientifique. Boutique spécialisée.

Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944
Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944

Musée et Hôtel Victor Hugo, Dessins et Lavis de Victor Hugo sur Vianden et le Musée détruit en 1944

La maison de Victor Hugo rasée par les allemands en septembre 1944
La maison de Victor Hugo rasée par les allemands en septembre 1944
La maison de Victor Hugo rasée par les allemands en septembre 1944

La maison de Victor Hugo rasée par les allemands en septembre 1944

 

Il y a VIANDEN d'abord au Grand-Duché de Luxembourg. En août 1862, lors d'un voyage à travers les Ardennes il fût enchanté par son paysage grandiose.800px-Vianden overviewIl y retourna en 1863 et reçut une aubade de la société philarmonique de Vianden. A près un bref passage en 1865, il vint chercher asile à Vianden, après avoir été expulsé de Belgique le 30 mai 1871. Tandis que sa suite descendait à l'Hôtel Koch "Hôtel-Restaurant Victor Hugo", Hugo s'installa au  premier étage de la maison voisine qui fait l'encoignure du pont.Vianden-OurVei23VIANDENmvh02 400VIANDENo-vianden-la-maison-que-jhabite-au-coin-du-pont-19e-Ici le poète écrivit une partie de "l'Année terrible".  De sa fenêtre, il contemplait sa silhouette majestueuse du château et il observait le va et vient des Viandenois.800px-Vianden ChateauChâteau d'Hugo3Le 14 juillet 1871, Victor Hugo prit la direction des opérations pour combattre un incendie qui embrasait une dizaine de maisons à toit de chaume dans la ville basse. En l'absence du bourgmestre le poète organisa une chaîne de seaux jusqu'à la rivière et participa lui-même à la chaîne depuis minuit et demi jusqu'à deux heures du matin.

C'est à Vianden que Victor Hugo vécut un nouvel amour avec une jeune-femme de dix-huit ans, Marie Mercier.

C'est à Vianden que Victor Hugo se fit arracher sa première dent le 11 aoùt 1871.

 

 

Les productions artistiques de Victor Hugo à Vianden

Pendant ses passages et séjours, Victor Hugo a fait une soixantaine de dessins, de la rapide esquisse faite sur place à l'épure achevée plus tard, du croquis à la mine de plomb au lavis aquarellé. La plupart de ces oeuvres graphiques sont conservées à la maison de Victor Hugo à Paris et à la Bibliothèque nationale de France ; 4 d'entre elles appartiennent au musée de Vianden, dont la vue de Schengen (conservée au Musée national d'Histoire et d'Art à Luxembourg).

En voyage, le poète prend des notes dans des carnets et des albums de dessins. Cette page propose des fac-similés d'un feuillet de carnet, d'une lettre, d'un manuscrit de roman (en rapport avec le Luxembourg), d'une dédicace de photo : ces autographes à l'écriture nerveuse et singularisée témoignent d'un homme certes pressé, mais soucieux des effets de son discours.

Tous les dessins à motif luxembourgeois et un grand choix de fac-similés sont consultables sur les bornes informatiques de notre musée.


Pendant ses passages et séjours, Victor Hugo a fait une soixantaine de dessins, de la rapide esquisse faite sur place à l'épure achevée plus tard, du croquis à la mine de plomb au lavis aquarellé. La plupart de ces oeuvres graphiques sont conservées à la MAISONde Victor Hugo à Paris et à la Bibliothèque nationale de France ; 4 d'entre elles appartiennent au musée de Vianden, dont la vue de Schengen (conservée au Musée national d'Histoire et d'Art à Luxembourg).

En voyage, le poète prend des notes dans des carnets et des albums de dessins. Cette page propose des fac-similés d'un feuillet de carnet, d'une lettre, d'un manuscrit de roman (en rapport avec le Luxembourg), d'une dédicace de photo : ces autographes à l'écriture nerveuse et singularisée témoignent d'un homme certes pressé, mais soucieux des effets de son discours.

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Pendant ses passages et séjours, Victor Hugo a fait une soixantaine de dessins, de la rapide esquisse faite sur place à l'épure achevée plus tard, du croquis à la mine de plomb au lavis aquarellé. La plupart de ces oeuvres graphiques sont conservées à la MAISONde Victor Hugo à Paris et à la Bibliothèque nationale de France ; 4 d'entre elles appartiennent au musée de Vianden, dont la vue de Schengen (conservée au Musée national d'Histoire et d'Art à Luxembourg).

En voyage, le poète prend des notes dans des carnets et des albums de dessins. Cette page propose des fac-similés d'un feuillet de carnet, d'une lettre, d'un manuscrit de roman (en rapport avec le Luxembourg), d'une dédicace de photo : ces autographes à l'écriture nerveuse et singularisée témoignent d'un homme certes pressé, mais soucieux des effets de son discours.

Tous les dessins à motif luxembourgeois et un grand choix de fac-similés sont consultables sur les bornes informatiques de notre musée.


Pendant ses passages et séjours, Victor Hugo a fait une soixantaine de dessins, de la rapide esquisse faite sur place à l'épure achevée plus tard, du croquis à la mine de plomb au lavis aquarellé. La plupart de ces oeuvres graphiques sont conservées à la MAISONde Victor Hugo à Paris et à la Bibliothèque nationale de France ; 4 d'entre elles appartiennent au musée de Vianden, dont la vue de Schengen (conservée au Musée national d'Histoire et d'Art à Luxembourg).

En voyage, le poète prend des notes dans des carnets et des albums de dessins. Cette page propose des fac-similés d'un feuillet de carnet, d'une lettre, d'un manuscrit de roman (en rapport avec le Luxembourg), d'une dédicace de photo : ces autographes à l'écriture nerveuse et singularisée témoignent d'un homme certes pressé, mais soucieux des effets de son discours.

Tous les dessins à motif luxembourgeois et un grand choix de fac-similés sont consultables sur les bornes informatiques de notre musée.


Pendant ses passages et séjours, Victor Hugo a fait une soixantaine de dessins, de la rapide esquisse faite sur place à l'épure achevée plus tard, du croquis à la mine de plomb au lavis aquarellé. La plupart de ces oeuvres graphiques sont conservées à la MAISONde Victor Hugo à Paris et à la Bibliothèque nationale de France ; 4 d'entre elles appartiennent au musée de Vianden, dont la vue de Schengen (conservée au Musée national d'Histoire et d'Art à Luxembourg).

En voyage, le poète prend des notes dans des carnets et des albums de dessins. Cette page propose des fac-similés d'un feuillet de carnet, d'une lettre, d'un manuscrit de roman (en rapport avec le Luxembourg), d'une dédicace de photo : ces autographes à l'écriture nerveuse et singularisée témoignent d'un homme certes pressé, mais soucieux des effets de son discours.

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Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden

Le Château de Vianden fut construit pendant la période du 11e au 14e siècle sur les assises d'un castel romain et d'un refuge carolingien. château-palais portant la marque des Hohenstaufen, il est l' une des plus grandes et plus belles résidences féodales des époques romane et gothique en Europe.

Jusqu'au début du 15e siècle, il fut la demeure des puissants comtes de Vianden qui se vantaient de leurs relations avec  la cour impériale et dont le plus glorieux, Henri Ier (1220 -1250) avait même pour épouse une parente par les liens du sang des Capétiens, rois de France. En 1417, le comté et le château furent légués par héritage à la branche cadette de la maison allemande de Nassau, qui, en 1530, recueillit également la principauté française d'Orange. La chapelle, le petit palais et le grand palais, les pièces les plus remarquables du château, ont été réalisés vers la fin du 12e et dans la première moitié du 13e siècle.

Le quartier de Juliers à l'ouest du grand palais, aujourd'hui disparu, date du début du 14e siècle, le quartier de Nassau ne fut érigé qu'au début du 17e siècle. En 1820, sous le règne du roi Guillaume Ier, prince d'Orange-Nassau, comte de Vianden, la vente du château et la décomposition en ses éléments aboutissait à l'état de ruine.

Le château échut en 1890 au grand-duc Adolphe de la branche aînée de Nassau et resta la propriété de la famille grand-ducale jusqu'en 1977 quand il devint Domaine de l'État. Restauré depuis cette année dans le respect des formes historiques, le château est aujourd'hui un monument de rang européen.

 

 

 

Visite guidée de la ville et du château de Vianden: 3 heures

Guides Touristiques des Ardennes Luxembourgeoises

1A, rue du VieuxMarché

B.P. 41

L-9419 Vianden

Tel.: (+352) 84 93 25 27

guides.ardennes@ortal.lu

Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden
Le Château de Vianden

Le Château de Vianden

LA MAISON de Victor HUGO à Vianden, visitée ce 31 juillet 2014. Extraits du gatalogue

La demeure habitée en 1871 pat l'hôte le plus illustre de Vianden est une des plus anciennes de la "ville nouvelle", le quartier situé sur la rive gauche de l'Our. La vieille ville, au pied du burg, commence au-delà du pont avec sa haute toiture, ses deux étages, sa terrasse couverte côté rivière, ladite maison figure déjà sur l'aquarelle de Jean-Baptiste Fresez que le roi grand-duc Guillaume 1er, se vit offrir lors de sa viste en 1841. La future maison de Victor Hugo est située à droite  de l'Aquarelle, collée auPont

En 1871, laMaison était occupée par Caroline Scheidweiler. Selon  Caroline, Victor Hugo se levait régulièrement à 6h00 du matin. Son petit-déjeûner, tous les iours, une oeut à la coque, des tartines et du café au lait. Il travaillait ensuite dans sa chambre jusque cers 11 heures et rejoignait alors ses proches à l'Auberge KOCH (actuel hôtel Victor Hugo)

La chambre de Victor Hugo au premier étage avait trois fenêtres dont deux, sur la rue donnajent sur le cours d'eau et sur la ruine castrale. Une notice manuscite de Juliette Drouet, datée du 9 juillet 1871 et exposée au Musée confirme que Victor Hugo habitait une seule chambre dans la maison, elle-même étant logée avec les autres membres de la famille à l'auberge d'en face

Victor Hugo avait déjà séjourné à Vianden au Grand Duché et à Vianden en 1862-1863-1864 et 1865

En 1871, il fit son séjour le plus long dans le pays : du 1er juin au 23 septembre

L'Aquarelle de Fresez-Le Catalogue. Vues du Pont, à gauche l'Auberge Koch devenue Hôtel Victor Hu go et à droite la maison Victir Hugo, devenue Musée Victor Hugo. Enfin Victor Hugo dans son bureau au 1er étage en 1871  avec ses 3 fenêtres
L'Aquarelle de Fresez-Le Catalogue. Vues du Pont, à gauche l'Auberge Koch devenue Hôtel Victor Hu go et à droite la maison Victir Hugo, devenue Musée Victor Hugo. Enfin Victor Hugo dans son bureau au 1er étage en 1871  avec ses 3 fenêtres
L'Aquarelle de Fresez-Le Catalogue. Vues du Pont, à gauche l'Auberge Koch devenue Hôtel Victor Hu go et à droite la maison Victir Hugo, devenue Musée Victor Hugo. Enfin Victor Hugo dans son bureau au 1er étage en 1871  avec ses 3 fenêtres
L'Aquarelle de Fresez-Le Catalogue. Vues du Pont, à gauche l'Auberge Koch devenue Hôtel Victor Hu go et à droite la maison Victir Hugo, devenue Musée Victor Hugo. Enfin Victor Hugo dans son bureau au 1er étage en 1871  avec ses 3 fenêtres
L'Aquarelle de Fresez-Le Catalogue. Vues du Pont, à gauche l'Auberge Koch devenue Hôtel Victor Hu go et à droite la maison Victir Hugo, devenue Musée Victor Hugo. Enfin Victor Hugo dans son bureau au 1er étage en 1871  avec ses 3 fenêtres
L'Aquarelle de Fresez-Le Catalogue. Vues du Pont, à gauche l'Auberge Koch devenue Hôtel Victor Hu go et à droite la maison Victir Hugo, devenue Musée Victor Hugo. Enfin Victor Hugo dans son bureau au 1er étage en 1871  avec ses 3 fenêtres
L'Aquarelle de Fresez-Le Catalogue. Vues du Pont, à gauche l'Auberge Koch devenue Hôtel Victor Hu go et à droite la maison Victir Hugo, devenue Musée Victor Hugo. Enfin Victor Hugo dans son bureau au 1er étage en 1871  avec ses 3 fenêtres
L'Aquarelle de Fresez-Le Catalogue. Vues du Pont, à gauche l'Auberge Koch devenue Hôtel Victor Hu go et à droite la maison Victir Hugo, devenue Musée Victor Hugo. Enfin Victor Hugo dans son bureau au 1er étage en 1871  avec ses 3 fenêtres
L'Aquarelle de Fresez-Le Catalogue. Vues du Pont, à gauche l'Auberge Koch devenue Hôtel Victor Hu go et à droite la maison Victir Hugo, devenue Musée Victor Hugo. Enfin Victor Hugo dans son bureau au 1er étage en 1871  avec ses 3 fenêtres
L'Aquarelle de Fresez-Le Catalogue. Vues du Pont, à gauche l'Auberge Koch devenue Hôtel Victor Hu go et à droite la maison Victir Hugo, devenue Musée Victor Hugo. Enfin Victor Hugo dans son bureau au 1er étage en 1871  avec ses 3 fenêtres
L'Aquarelle de Fresez-Le Catalogue. Vues du Pont, à gauche l'Auberge Koch devenue Hôtel Victor Hu go et à droite la maison Victir Hugo, devenue Musée Victor Hugo. Enfin Victor Hugo dans son bureau au 1er étage en 1871  avec ses 3 fenêtres
L'Aquarelle de Fresez-Le Catalogue. Vues du Pont, à gauche l'Auberge Koch devenue Hôtel Victor Hu go et à droite la maison Victir Hugo, devenue Musée Victor Hugo. Enfin Victor Hugo dans son bureau au 1er étage en 1871  avec ses 3 fenêtres
L'Aquarelle de Fresez-Le Catalogue. Vues du Pont, à gauche l'Auberge Koch devenue Hôtel Victor Hu go et à droite la maison Victir Hugo, devenue Musée Victor Hugo. Enfin Victor Hugo dans son bureau au 1er étage en 1871  avec ses 3 fenêtres
L'Aquarelle de Fresez-Le Catalogue. Vues du Pont, à gauche l'Auberge Koch devenue Hôtel Victor Hu go et à droite la maison Victir Hugo, devenue Musée Victor Hugo. Enfin Victor Hugo dans son bureau au 1er étage en 1871  avec ses 3 fenêtres

L'Aquarelle de Fresez-Le Catalogue. Vues du Pont, à gauche l'Auberge Koch devenue Hôtel Victor Hu go et à droite la maison Victir Hugo, devenue Musée Victor Hugo. Enfin Victor Hugo dans son bureau au 1er étage en 1871 avec ses 3 fenêtres

Extraits du Catalogue du Musée Victor Hugo

Fin mai 1871, le Gouvernement ultra-conservateur présidé par Thiers avait exercé une terrible répression contre les communards parisiens, dont le républicain Hugo approuvait certes les objectifs politiques mais dont il réprouvait le recours à la violence. Le décès inopiné de son fils Charles l'obligea à se rendre à Bruxelles, pour y régler la succession du disparu. Dans la capitale belge, il publia un artivle dans L'indépendance belge, où il offrit l'asile politique chez lui aux partisans de la Commune. Cela ne manqua pas de dresser contre lui la droite, qui attaqua son domicile. Le 30 mai 1871, le Gouvernement belge l'expulsa. Comme il n'osait pas retourner immédiatement dans sa patrie, où il risquait l'emprionnement, il se rendit le 1er juin à Luxembourg en tant que réfugié politique. Concernant sa propre personne, l'opinion politique était mitigée mais le Gouvernement grand-ducal lui permit de faire un bref séjour non sans lui interdire toute initiative politique. Après avoir passé une semaine dans la capitale, il arriva le 8 juin à Vianden dont il avait gardé un excellent souvenir. Il y connaissait très bien Adolphe Pauly, devenu entretemps député-maire de sa ville natale

C'est à l'auberge de Marie Koch à Vianden, l'actuel Hôtel Victor Hugo qu'il installa sa compagne Juliette Drouet, sa belle-fille Alice, veuve de Charles et ses enfants Petit Georges (trois ans) et Petite Jeanne'2 ans) ainsi que son fils cadet François-Victor et trois servantes. Lui-même loua une chambre au premier étage de la maison d'en face, jouxtant le pont. Ses fenêtres donnaient sur L'Our et la silhouette du château qui était alors en ruine et dont il suivait la restauration avec des yeux d'expert;

Danielle et moi avons mangé le long de l'Our, à la terrasse de l'Hôtel Victor Hugo, près du Pont avec vue sur la colline en face et le Château

Repas au bord de l'Our avec Danielle en terrasse de l'Hôtel Victor Hugo; Aussi un portrait d'adolphe Pauly, député-maire de Vianden et ami d'Hugo, photo offerte par Hugo en 1871
Repas au bord de l'Our avec Danielle en terrasse de l'Hôtel Victor Hugo; Aussi un portrait d'adolphe Pauly, député-maire de Vianden et ami d'Hugo, photo offerte par Hugo en 1871
Repas au bord de l'Our avec Danielle en terrasse de l'Hôtel Victor Hugo; Aussi un portrait d'adolphe Pauly, député-maire de Vianden et ami d'Hugo, photo offerte par Hugo en 1871
Repas au bord de l'Our avec Danielle en terrasse de l'Hôtel Victor Hugo; Aussi un portrait d'adolphe Pauly, député-maire de Vianden et ami d'Hugo, photo offerte par Hugo en 1871
Repas au bord de l'Our avec Danielle en terrasse de l'Hôtel Victor Hugo; Aussi un portrait d'adolphe Pauly, député-maire de Vianden et ami d'Hugo, photo offerte par Hugo en 1871
Repas au bord de l'Our avec Danielle en terrasse de l'Hôtel Victor Hugo; Aussi un portrait d'adolphe Pauly, député-maire de Vianden et ami d'Hugo, photo offerte par Hugo en 1871
Repas au bord de l'Our avec Danielle en terrasse de l'Hôtel Victor Hugo; Aussi un portrait d'adolphe Pauly, député-maire de Vianden et ami d'Hugo, photo offerte par Hugo en 1871
Repas au bord de l'Our avec Danielle en terrasse de l'Hôtel Victor Hugo; Aussi un portrait d'adolphe Pauly, député-maire de Vianden et ami d'Hugo, photo offerte par Hugo en 1871
Repas au bord de l'Our avec Danielle en terrasse de l'Hôtel Victor Hugo; Aussi un portrait d'adolphe Pauly, député-maire de Vianden et ami d'Hugo, photo offerte par Hugo en 1871
Repas au bord de l'Our avec Danielle en terrasse de l'Hôtel Victor Hugo; Aussi un portrait d'adolphe Pauly, député-maire de Vianden et ami d'Hugo, photo offerte par Hugo en 1871
Repas au bord de l'Our avec Danielle en terrasse de l'Hôtel Victor Hugo; Aussi un portrait d'adolphe Pauly, député-maire de Vianden et ami d'Hugo, photo offerte par Hugo en 1871
Repas au bord de l'Our avec Danielle en terrasse de l'Hôtel Victor Hugo; Aussi un portrait d'adolphe Pauly, député-maire de Vianden et ami d'Hugo, photo offerte par Hugo en 1871

Repas au bord de l'Our avec Danielle en terrasse de l'Hôtel Victor Hugo; Aussi un portrait d'adolphe Pauly, député-maire de Vianden et ami d'Hugo, photo offerte par Hugo en 1871

A Vianden, Victor Hugo travaillait selon ses habitudes de lève-tôt solitaire. Le matin il écivait des lettres et des poèmes, prenait des notes, lisait des journaux. Les après-midi étaient réservés à des excursions avec ses proches, pendant lesquelles il visitait des burgs en ruines et des sites romantiques. Les soirées étaient bien meublées avec des jeux de société et des dîners. Il invitait jusqu'à 20 personnes à sa table de l'Auberge Koch. Il était reçu par les libéraux luxembourgeois, rencontrait des sympathisants français témoins de la guerre civile qui s'était terminée par l'exécution des militants de la Commune par les troupes de l'Assemblée nationale.

Parmi ses visiteurs il y avait une jeune femme qui le renseignait et lui offrit l'occasion d'une flambée d'érotisme. Marie MERCIER, compagne d'un communard fusillé. Le poète avait d'excellents contacts avec le petit peuple de Vianden qui le lui rendait bien

Le 14 juillet, fête nationale française, Vianden est le théâtre d'un incendie : "Je m"éveille, je vois une grande clarté. Il semblait qu'il fît soleil dans ma chambre. Il était minuit. Je vais à la fenêtre. Lueur immense sur la ville, sur la montagne et sur la ruine "

Après deux mois et demi de séjour, il quitta Vianden et se rendit avec les siens à Diekirch où il passa les jours du 22 au 25 août et où il fit une déposition de témoin devant un tribunal luxembourgeois au sujet de l'attaque de son domaine bruxellois. Ensuite les Hugo suivirent une cure thermale à Mondorf, d'où ils retournèrent à Paris

En Luxembourg, Victor Hugo a rédigé une cinquantaine de poésies. Elles ont été publiées dans "Les Chansons des rues et des bois" (1865). Il cite Diekirch dans son roman "L'Homme qui rit" (1869) et Vianden dans son roman "Quatre-vingt-treize (1874). Une soixantaine de dessins et de lavis sur un total d'environ 3500, ont des motifs luxembourgeois et sont nés lors de ses passages et séjours, certains ayant été coloriés dans sa maison à Vianden. Cinq de ses oeuvres graphiques appartiennent au musée

Voici ce que nous avons pu inventorier à l'intérieur de Musée sur un rez-de-chaussée, deux étages et un grenier sans oublier la terrasse littéraire au bord de l'Our

Vous excuserez la qualité des photos due à l'existence de nombreuses vitrines et de leurs reflets

Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
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Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
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Victor Hugo à Vianden
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Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
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Voici la Terrasse littéraire de la maison de Victor Hugo et les quais qui la jouxtent le long de l'Our ou qui lui font face de l'autre côté du pont

Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
Victor Hugo à Vianden
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Et puis sur le pont il y a aussi le buste de Victor Hugo, sculpté par Auguste Rodin, offert à la ville par le gouvernement français en 1935 et caché par les habitants pendant l'occupation allemande

Victor Hugo à Vianden
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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 16:02
Jacques Laurent-Cécil Saint-Laurent
Jacques Laurent-Cécil Saint-Laurent
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Jacques Laurent-Cécil Saint-Laurent
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Jacques Laurent-Cécil Saint-Laurent
Jacques Laurent-Cécil Saint-Laurent
Jacques Laurent-Cécil Saint-Laurent
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Jacques Laurent (patronyme complet : Laurent-Cély), né le 5 janvier 1919 à Paris, mort le 29 décembre 2000 à Paris, est un journaliste, romancier, et essayiste français, ayant publié sous divers pseudonymes dont celui de Cecil Saint-Laurent, et élu à l'Académie française en 1986. Militant royaliste dans sa jeunesse, il devient ensuite anarchiste de droite ; son nom reste associé au mouvement littéraire dit des Hussards.

Biographie

Jeunesse

Petit-fils du président du Conseil général de la Seine, fils d'un avocat inscrit au barreau de Paris, combattant de la Grande guerre et militant de Solidarité française de François Coty, Jacques Laurent-Cély était par sa mère neveu d'Eugène Deloncle.

Ayant suivi des études au lycée Condorcet, il entreprend une licence de philosophie à la Sorbonne, et s'engage rapidement à l'Action française de Charles Maurras, en écrivant au journal L'Étudiant français. Il présentera plus tard son engagement ainsi : « C'est parce que je rencontrais l'Action française que j'échappais au fascisme ».

En 1939, il doit interrompre ses études, à cause de la mobilisation. Il ne joua qu'un rôle limité sous l'Occupation, avec un modeste poste au « Bureau d'études » du Secrétariat général à l'Information du régime de Vichy sous l'autorité de Paul Marion, où il fit la connaissance d'Angelo Tasca mais aussi de François Mitterrand, et contribua à Idées, « revue de la Révolution nationale » fondée en 1941 . En août 1944, il est chargé d'établir un contact entre le maréchal Pétain et une unité auvergnate des Forces françaises de l'intérieur que dirige Henry Ingrand, Pétain envisageant alors un accord avec la Résistance pour rejoindre le maquis. Ce projet n'aura pas de suite, à cause du départ du maréchal à Sigmaringen, tandis que Jacques Laurent-Cély rejoindra à la fin du mois un bataillon des FFI devant opérer une jonction avec l'armée du général de Lattre de Tassigny. Remonté à Paris sous l'épuration, il est brièvement incarcéré mais finalement relâché.

L'écrivain « Hussard »

Après la Guerre, il entreprend une carrière d'écrivain : ayant écrit sous divers pseudonymes « pour vivre » des chroniques théâtrales (Jean Paquin), quelques petits romans sentimentaux (Dupont de Ména, Roland de Jarnèze) ou policiers (Roland de Jarneze, Alain de Sudy, Gilles Bargy, Laurent Labattu, J.C Laurent), puis en 1948 une étude historique plus connue, Quand la France occupait l'Europe, sous le nom d'Albéric Varenne.

 

Dans l'après-guerre il publie des romans dont le plus célèbre reste Les Corps tranquilles, paru en 1948 (auquel Le Petit Canard, paru en 1954, constituera un post-scriptum), mais se fait véritablement connaître du grand public en tant que Cecil Saint-Laurent grâce à la série populaire Caroline Chérie, lancée en 1947. Elle fera l'objet de douze traductions et de deux adaptations cinématographiques (en 1951, puis en 1968).

 

L'année 1951 voit la parution de son premier essai, Paul et Jean-Paul, dans lequel il met ironiquement en parallèle Paul Bourget et Jean-Paul Sartre, attaque Les Temps modernes et l'existentialisme. Dans le même temps, il fonde en 1953 la revue littéraire La Parisienne (qui accueillit la plume de Jean Cocteau, Jean-François Deniau, Henry de Montherlant, Jacques Perret ou encore Marcel Aymé), dans laquelle il écorna André Malraux, lui reprochant de « vivre tranquillement en pelotant des chefs-d'œuvre plastiques après avoir envoyé tant de jeunes gens au casse-pipe», puis dirige l'hebdomadaire Arts de 1954 à 1959. Son nom est alors associé au mouvement littéraire des Hussards, auxquels se rattachent aussi Antoine Blondin, Michel Déon et Roger Nimier, incarnant alors la droite littéraire. À cette qualification, Bernard Frank préférera toutefois celle, plus ironique, de « fasciste ».

Un auteur engagé

C'est par la guerre d'Algérie qu'il reprend son engagement politique : offusqué par la « trahison » du général de Gaulle par son projet d'autodétermination en 1959, il lance la revue L'Esprit public, qu'on présentera souvent comme « l'organe officieux de l'OAS ». Il la quitte toutefois en 1963, en désaccord avec les idées européistes et révolutionnaires de Jean Mabire.

En 1964, il attaque violemment le général de Gaulle par son pamphlet Mauriac sous de Gaulle, qui lui vaudra une condamnation pour « offense au chef de l'État ». Lors de ce procès, il déclara : « La situation de l'histoire des affaires est unique. Vingt ans après la Terreur, n'importe quel historien pouvait dire ce qu'il pensait de la Terreur ; vingt ans après le 18 brumaire, n'importe quel historien pouvait dire ce qu'il pensait du 18 brumaire ; vingt ans après la Terreur blanche, n'importe quel historien pouvait s'exprimer librement sur la Terreur blanche ; vingt ans après le 2 décembre, on pouvait parler du 2 décembre selon sa conviction ; vingt ans même, pour prendre un événement plus rapproché, après l'arrestation de Caillaux sous Clemenceau, on pouvait défendre Caillaux si on le voulait, ou en tout cas écrire un livre d'histoire absolument libre sur ce qui s'était passé entre 1914 et 1918. Mais vingt-cinq ans après le 18 juin, j'apprends par le réquisitoire qu'il est interdit de le commenter ». Il publie peu après avec Gabriel Jeantet (ancien membre de La Cagoule puis résistant) Année 40, où il conteste l'importance de de Gaulle, le « planqué », dans l'organisation de la Résistance.

Retour au roman

Délaissant la politique (il y reviendra cependant par son autobiographie Histoire égoïste en 1976), Jacques Laurent refait surface dans le monde littéraire, par la publication de son roman Les Bêtises, qui obtiendra le prix Goncourt en 1971, puis avec Les Sous-Ensembles flous en 1981. L'ensemble de son œuvre sera couronné la même année par le Grand prix de littérature de l'Académie française et, deux ans plus tard, par le Prix littéraire Prince-Pierre-de-Monaco.

Fait chevalier de la Légion d'honneur, il est élu à l'Académie française le 26 juin 1986, au fauteuil 15, succédant à Fernand Braudel, et publia en 1988 un dernier essai remarqué sur Le Français en cage, dans lequel il s'en prend au « zèle excessif que déploient les policiers du langage dès que l'occasion leur est donnée de condamner ».

Jacques Laurent se suicide le 29 décembre 2000. Après sa disparition, il est remplacé à l'Académie par Frédéric Vitoux le 13 décembre 2001.

Sa mort

En septembre 2011, Christophe Mercier, ami de Jacques Laurent, révèle que l'écrivain s'est donné la mort par tristesse, suite au décès de son épouse quelques mois plus tôt, et pour ne pas connaître la déchéance physique de la vieillesse. Article de Pierre Assouline sur son Blog La République des Lettres" : Jacques Laurent a choisi sa mort

Œuvres

Sous le nom de Jacques Laurent
  • 1979 : Le Nu vêtu et dévêtu, essai (Gallimard)
  • 1980 : Roman du roman, essai (Gallimard)
  • 1981 : Les Sous-Ensembles flous, roman (Grasset)
  • 1982 : Les Dimanches de Mademoiselle Beaunon, roman (Grasset)
  • 1984 : Stendhal comme Stendhal, essai (Grasset)
  • 1986 : Le Dormeur debout, roman (Gallimard)
  • 1988 : Le Français en cage, essai, (Grasset)
  • 1990 : Le Miroir aux tiroirs (Grasset)
  • 1994 : Du mensonge, essai (Plon)
  • 1994 : L'Inconnu du temps qui passe (Grasset)
  • 1997 : Moments particuliers (Grasset)
  • 1999 : L'Esprit des lettres (Éditions de Fallois)
  • 2000 : Ja et la Fin de tout (Grasset)
Sous le nom de J.C Laurent
  • 1950 : "Ne touchez pas à la hache !", roman policier (S.C.E.L / Éditions "Je sers" no 1 de la Collection Œdipe)
Sous le nom de Cecil Saint-Laurent
  • 1958 : L'Algérie quand on y est
  • 1961 : Les Agités d'Alger
  • 1961 : Les Passagers pour Alger
  • 1963-1967 : Hortense 1914-18
  • 1969 : Les Petites Filles et les Guerriers
  • 1970 : La Communarde
  • 1972 : Lola Montes
  • 1975 : La Bourgeoise
  • 1978 : La Mutante
  • 1986 : L'Erreur
Sous le nom d'Albéric Varenne
  • 1948 : Quand la France occupait l'Europe (éditions le Portulan)
Autres pseudonymes 
Laurent Labattut, Gilles Bargy, Dupont de Mena, Luc d’Ébreuil, Roland de Jarnèze, Alain Nazelle, Jean Parquin, Gonzague de Pont-Royal, Marc de Saint-Palais, Alain de Sudy, Edgar Vuymont19.

Filmographie

Jacques Laurent-Cécil Saint-Laurent
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Comment Jacques Laurent a choisi sa mort

Quand fut annoncée la nouvelle de la mort de Jacques Laurent le 29 décembre 2000, il fut peu question des causes de sa disparition. Sa réputation non usurpée d’écrivain alcoolo-tabagique lui constituait un alibi suffisant. Mais ses fidèles lecteurs devinaient qu’il aurait du mal à rester dans le monde sous la lune après le départ de sa femme, emportée par la maladie trois mois avant ; sa déchirante Lettre d’amour à l’aimée disparue, publiée par Le Figaro (19 octobre 2000) ne s’achevait-elle pas par ces mots : « Je ne sais si je parviendrai à te survivre dans un monde que ton absence a transformé en cauchemar ». C’est peu dire que son départ l’avait plongé dans une profonde mélancolie. Son premier cercle d’intimes savait qu’il choisirait la mort volontaire. Ce n’était qu’une question de mois, puis de semaines, de jours enfin. Le mot ne fut pourtant guère imprimé lorsque les journaux annoncèrent sa mort, et si discrètement évoqué quelques temps plus tard à l’occasion de son éloge par Frédéric Vitoux qui lui succédait à son fauteuil à l’Académie française. Comme si le suicide, à l'égard du sida, était trop honteux pour être précisé. Avait-il laissé une lettre expliquant son geste, comme Roger Stéphane quelques années avant, jamais remis de la mort de son compagnon, las de vivre et de courir après l’argent ?

Lakis Proguidis consacre tout un dossier de sa revue L’Atelier du roman (No 67, septembre 2011, 237 pages, 15 euros, Flammarion) à « Jacques Laurent ou le roman en liberté ». On y trouve notamment un émouvant témoignage de l’un de ses proches, l’essayiste et romancier Christophe Mercier, sur leurs conversations dans les derniers temps de l’écrivain, son obsession du suicide et de la maîtrise de son destin, son peu d’entrain à pénétrer dans le troisième millénaire et à sa détermination à refuser l’usage de l’euro, sa fascination pour la mise en scène de sa propre mort par Montherlant (la revue publie également un intéressant entretien avec Jacques Laurent sur son œuvre et sa personne, texte demeuré inédit), ses confidences compulsives auprès de son entourage sur sa volonté d’en finir une fois pour toutes avant d’être dégradé physiquement et intellectuellement. Intelligence ironique armée d'une vaste culture (aussi historique que littéraire, son éloge de Fernand Braudel n'en renvoie qu'un écho assourdi), le fameux bretteur sartrophobe de Paul et Jean-Paul, le passionné hussard stendhalien, le prolifique auteur de romans historiques (Caroline chérie, Clotilde, Hortense 14-18), l’implacable polémiste de Mauriac sous De Gaulle, le vif animateur de la revue La Parisienne (Michel Déon y consacre un article vibrant dans ce numéro d’hommage), le bouleversant épistolier du Petit Canard, le si aigu mémorialiste d’Histoire égoïste,  le percutant essayiste de Roman du roman, avaient tous perdu le goût d’en découdre et, partant, de vivre. Christophe Mercier dit en avoir eu la confirmation sans appel à un signe : ils se promenaient un soir sur le boulevard Saint-Germain, après leur vrai dernier verre chez Lipp, lorsque Jacques Laurent lui demanda d’aller jusqu’à La Hune pour y acheter Le Vicomte de Bragelonne afin d’y affronter ce que ce passionné d’Alexandre Dumas refusait de lire depuis toujours : le récit de la mort de Porthos dans la grotte de Locmaria. Il la lût enfin et décida alors de prendre congé de ce monde. Pour les moyens, il s’en remit à son ami ; mais Christophe Mercier refusa de demander les médicaments idoines aux médecins de sa famille, comme il refusa de lui procurer un exemplaire de l’introuvable Suicide, mode d’emploi. Un armurier ayant refusé de lui vendre une arme à feu, l’auteur des Corps tranquilles demanda alors lui-même à un aérostier de l’emmener en montgolfière dans le but de se jeter, mais là encore, il essuya un refus : l’infinie tristesse reflétée par son masque ne laissait aucun doute sur les intentions du petit homme dévasté par la perte. « Jacques voulait qu’on sache qu’il n’était pas mort dans son lit comme un Académicien cacochyme. Il voulait qu’on sache qu’il avait choisi de mourir, et quand. Je m’étais toujours promis de mettre un jour sur le papier le synopsis de cet ultime roman qu’il a vécu, et n’a pu écrire. Voilà qui est fait » conclut Christophe Mercier en publiant ses quatre brefs derniers textes dans cette belle livraison de L’Atelier du roman, son propre éditeur, Grasset, ayant refusé de les faire paraître en plaquette malgré leur caractère testamentaire. Dans les quatre, la mort est là qui rôde, dès le titre. Le dernier s’intitule « Ma mort ». Il n’est pas de plus bel hommage à l’homme qu’il fut, que de le donner à lire :

« La décision de me suicider a été spontanée ; c’est l’exécution qui m’a posé des problèmes. Le plus atroce c’est cette saloperie d’instinct de survie. La Fontaine, qui fut le plus grand psychologue de son siècle, l’a résumé en quelques vers :

 Qu’on me rende impotent/ Cul de jatte, goûteux, manchot, pourvu qu’en somme/ Je vive, c’est assez, je suis plus que content/ Ne viens jamais, ô Mort.

  Alors que j’ai toutes les raisons d’en finir, que je n’en ai aucune de m’accrocher, je ne peux dissiper le halo de peur et de tristesse qui m’assiègent au moment d’accomplir l’acte décisif qui me soulagera de la mémoire d’Elisabeth. Cet acte ne devrait pas être redoutable puisque avant de naître, quand je n’existais pas je ne souffrais pas, et que je ne souffrirai pas davantage après ma mort quand je n’existerai plus. En face de moi je vois, quand je lève les yeux, une verdure, une tapisserie du XVIIème ou du XVIIIème siècle ; elle est peuplée de grands arbres dont les frondaisons s’étagent, s’embrassent au-dessus de buissons touffus qui servent d’écrin à un ruisseau languide au bord duquel joue un écureuil. Un complot a été organisé contre nous. A l’instinct de survie s’additionne le goût d’un certain nombre de choses qui vont d’une tapisserie à l’entrecuisse d’une femme, aux bords de la Loire, au coucher du soleil, à un raisonnement d’Aristote. » 

Ce furent ses derniers mots écrits. Mais par pudeur, ou par discrétion, à moins que ce ne soit par respect de la parole donnée, Christophe Mercier ne nous révèle pas, bien que les moyens du suicide soient toujours lourds de sens, comment Jacques Laurent s’est donné la mort, « ses tout derniers instants, qui resteront à jamais son ultime secret ».

("Jacques Laurent" photo D.R., Dessin Elsa Suarez Girard)

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1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 08:47
Alphonse Allais
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Alphonse Allais est un journaliste, écrivain et humoriste français né le 20 octobre 1854 à Honfleur (Calvados) et mort le 28 octobre 1905 à Paris.

 

Célèbre à la Belle Époque, reconnu pour sa plume acerbe et son humour absurde, il est notamment renommé pour ses calembours et ses vers holorimes. Il est parfois considéré comme l'un des plus grands conteurs français.

 

 

 

 

Biographie

 
Sa maison natale à Honfleur.

 

Alphonse Allais est fils d'un pharmacien de Honfleur et cadet d'une fratrie de cinq enfants. Jusqu'à l'âge de trois ans, il ne prononce pas un mot, sa famille le croyait muet3. À l'école, Alphonse semble plutôt se destiner à une carrière scientifique : il passe à seize ans son baccalauréat en sciences. Recalé à cause des oraux d'histoire et de géographie, il est finalement reçu l'année suivante. Il devient alors stagiaire dans la pharmacie paternelle, mais ses expériences et ses faux médicaments ne sont pas du goût de son père, qui l'envoie étudier à Paris. En fait d'études, Alphonse préfère passer son temps aux terrasses des cafés ou dans le jardin du Luxembourg, et ne se présente pas à l'un des examens de l'école de pharmacie. Son père, s'apercevant que les fréquentations extra-estudiantines de son fils ont pris le pas sur ses études, décide de lui couper les vivres. Pour subsister, il s'essaye d'abord à la photographie, sur les traces de son ami Charles Cros, mais ne connaît pas le succès. Il décide alors de s'essayer au métier de journaliste, publiant des chroniques loufoques dans diverses revues parisiennes. Avec ses amis du Quartier latin, il fait aussi partie de plusieurs groupes fantaisistes comme Les Fumistes, Les Hydropathes ou Les Hirsutes.

 

En 1880, après avoir terminé sans succès ses études de pharmacie, il devient collaborateur du journal Le Chat noir, dans lequel il signe pour la première fois en 1883. C'est grâce à ses écrits humoristiques et à ses nouvelles écrites au jour le jour qu'il connaît le succès. En 1886, il devient directeur du Chat noir et continue à publier chaque jour des contes et d'autres œuvres courtes dans des journaux tels que le Gil Blas ou, à partir de 1892, Le Journal.

 

C'est à cette période qu'il sort ses premiers recueils : À se tordre (1891) et Vive la vie ! (1892). Au cœur de la Belle Époque, il devient célèbre et populaire grâce à son écriture légère et à son humour déplacé, ses calembours et ses vers holorimes.

 
Alphonse Allais vers 1899.

 

En 1895, il se marie avec une jeune femme de vingt-six ans, Marguerite Marie Gouzée, fille d'un brasseur d'Anvers. En 1899, il devient rédacteur en chef d'un journal humoristique, Le Sourire, créé en 1897 (?) par Maurice Méry, pour rivaliser avec Le Rire. Il continue aussi à publier des recueils : Ne nous frappons pas sort en 1900 et Le Captain Cap, personnage qui incarne le goût de l'absurde caractéristique d'Alphonse Allais, paraît en 1902. Mais derrière son écriture légère et son style narquois, on sent dans les écrits d'Allais une sorte de déception ; ses critiques des militaires, des politiques et des curés sont toujours empreintes d'un certain pessimisme.

 

Il meurt frappé d'une embolie pulmonaire, consécutive à une phlébite pour laquelle son médecin lui ordonne de rester au lit pendant six mois. Négligeant cette recommandation, il va au café, comme tous les jours et, à un ami qui le raccompagne à son domicile, 24 rue d'Amsterdam, où il habitait en l'absence de sa femme, il fait sa dernière plaisanterie :

« Demain je serai mort ! Vous trouvez ça drôle, mais moi je ne ris pas. Demain, je serai mort ! »

Comme il l'avait annoncé, il meurt le lendemain. Il est enterré au cimetière parisien de Saint-Ouen. À la fin de la Seconde Guerre mondiale (en 1944), une bombe de la Royal Air Force a totalement pulvérisé sa tombe… Ses cendres « virtuelles » ont été transférées à Montmartre en 2005.

 

Il reste de lui l'image d'un homme à l'humour acide et un spécialiste de la théorie de l'absurde, mais il est aussi l'auteur, moins connu, de travaux scientifiques : recherches sur la photographie couleur, dépôt d'un brevet pour le café lyophilisé, travaux très poussés sur la synthèse du caoutchouc. C'est en effet Alphonse Allais, qui a découvert, dès 1881, le café soluble lyophilisé dont il a déposé le brevet le 7 mars 1881 sous le numéro n°1415207 bien avant donc que Nestlé, grâce à son chimiste alimentaire Max Morgenthaler (de), le reprenne en 1935 et lance le Nescafé.

L'univers d'Alphonse Allais

 
Affiche de la campagne électorale pour l'élection législative du 20 août 1893 d'Albert Caperon dit « Captain Cap ». Alphonse Allais faisait partie de la liste électorale.
L'écrivain

Poète autant qu'humoriste, Alphonse Allais a cultivé entre autres le poème holorime, c'est-à-dire constitué de vers entièrement homophones. Exemples :

« Par les bois du djinn où s'entasse de l'effroi,
Parle et bois du gin, ou cent tasses de lait froid. »

ou encore :

« Alphonse Allais de l'âme erre et se f… à l'eau.
Ah ! l'fond salé de la mer ! Hé ! Ce fou ! Hallo. »

Il sait à l'occasion pratiquer des effets déceptifs, tel celui du vers suivant :

« Ah ! Vois au pont du Loing : de là vogue en mer Dante.
Hâve oiseau pondu loin de la vogue ennuyeuse. »

suivi du commentaire de bas de page :

« La rime n'est pas très riche, mais j'aime mieux cela que de sombrer dans la trivialité. »

L'effet déceptif peut s'étendre à la dimension d'une nouvelle entière, comme l'a montré Umberto Eco dans son étude Lector in fabula, qui analyse la nouvelle d'Allais intitulée Un drame bien parisien.

Son art de « tirer à la ligne » était proverbial. Il est vrai qu'il faisait même cela avec esprit : « … On étouffe ici ! Permettez que j’ouvre une parenthèse. »

Quelques personnages reviennent de façon récurrente dans le monde d'Alphonse Allais. Le Captain Cap, de son vrai nom Albert Caperon, est un personnage qui a son franc-parler et affirme : « La bureaucratie, c'est comme les microbes : on ne parlemente pas avec les microbes. On les tue ! ». Son apparition est prétexte à fournir des recettes de cocktails.

 

Francisque Sarcey, critique théâtral du journal le Temps et personnification du « gros bon sens » bourgeois, est souvent cité dans les contextes les plus loufoques. La « victime » ne s'en formalisait pas, et se réjouissait même d'être imitée — Allais signait volontiers de son nom, ou de celui de Sarcisque Francey — par un écrivain aussi spirituel. Un autre auteur lui ayant emprunté le procédé, Allais tint à mettre les choses au point : « Deux personnes seulement à Paris ont le droit de signer Francisque Sarcey : moi-même d'abord, et Francisque Sarcey ensuite. »

 

Dans plusieurs nouvelles, Alphonse Allais ridiculise, sous couvert de les louer, les thèses de l'économiste Paul Leroy-Beaulieu, adepte du protectionnisme.

 

Il ne se prive pas de mettre en scène François Coppée, Loïe Fuller, Liane de Pougy, Cléo de Mérode, Paul Déroulède et d'autres gloires de la Belle Époque.

Autres formes d'art
 
Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige, 1883.
Fichier audio
Marche funèbre composée pour les funérailles d'un grand homme sourd (info)
Une page de composition vierge, parce que « les grandes douleurs sont muettes.
Marche funèbre composée pour les funérailles d'un grand homme sourd - Alphonse Allais.jpeg
 
 
 
 

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  • Alphonse Allais est l'auteur de certaines des premières peintures monochromes : inspiré par le tableau entièrement noir de son ami Paul Bilhaud, intitulé Combat de nègres dans un tunnel, présenté en 1882 au salon des Arts Incohérents (qu'il reproduira avec un titre légèrement différent), il présente aux éditions suivantes de ce salon ses monochromes, dont par exemple Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques au bord de la mer Rouge (1884), ou encore Première communion de jeunes filles chlorotiques par temps de neige (1883), qui précèdent d'une génération le Carré blanc sur fond blanc de Kasimir Malevitch.
  • Il est aussi, bien avant John Cage ou Erwin Schulhoff, mais sans jamais se prendre au sérieux, l'auteur de la première composition musicale minimaliste : sa Marche funèbre composée pour les funérailles d'un grand homme sourd, est une page de composition vierge, parce que « les grandes douleurs sont muettes ».

Publications

Principaux ouvrages
  • À se tordre. Paris, Ollendorff, 1891
  • Vive la vie ! Paris, Flammarion, 1892
  • Pas de bile! Paris, Flammarion, 1893
  • Le Parapluie de l´escouade. Paris, Ollendorff, 1893
  • Rose et Vert Pomme. Paris, Ollendorff, 1894
  • Deux et deux font cinq. Paris, Ollendorff, 1895
  • On n'est pas des bœufs. Paris, Ollendorff, 1896
  • Le Bec en l'air. Paris, Ollendorff, 1897
  • Amours, délices et orgues. Paris, Ollendorff, 1898
  • Pour cause de fin de bail. Paris, Ed. de la revue blanche, 1899
  • L'Affaire Blaireau, 1899
  • Ne nous frappons pas. Paris, Ed. de la revue blanche, 1900
  • Le Captain Cap. Paris, Juven, 1902
  • À l'œil, ( œuvre posthume ) 1921
  • Les Templiers, ( œuvre posthume ) 1952
  • La Vie drôle. La Table Ronde, coll. Petite Vermillon, 1994

Il nomme un de ses ouvrages Le Parapluie de l'escouade pour deux raisons : « 1° Il n'[y] est sujet de parapluie d'aucune espèce ; 2° La question si importante de l'escouade, considérée comme unité de combat, n'y est même pas effleurée ». (Boris Vian retiendra l'idée pour son titre L'Automne à Pékin). Quelques lecteurs grincheux ayant protesté, Allais intitula son volume Pour cause de fin de bail en justifiant l'opportunité du titre par le fait que « son bailleur lui signifiait son congé à la fin du mois. »

Postérité

Académie Alphonse Allais

À l’occasion du centenaire de la naissance d’Alphonse Allais10, l’ Académie Alphonse-Allais est créé en 1954 à Honfleur à l’initiative d’Henri Jeanson. Elle remet, chaque année, le Prix Alphonse-Allais, un prix littéraire.

Références à Allais
  • Allais proposa en 1905 de remplacer les fortifications entourant alors Paris par une grande plage de sable, un projet qu'il nomma… « Paris-Plage »12.
Musée
Chaque samedi après-midi, des visites gratuites du Petit Musée d'Alphonse (laboratoire des potards Allais) ont lieu dans l'arrière-boutique de la pharmacie du Passocéan de Honfleur, lieu de naissance d'Alphonse Allais. C'est le plus petit musée du monde, dont le conservateur-guide officiel-homme d'entretien (CGHE) est Jean-Yves Loriot.

 

L'Association des amis d'Alphonse Allais (AAAA) est une organisation regroupant des personnes qui apprécient l'humour d'Alphonse Allais. Elle a son siège social au restaurant La Crémaillère 1900, place du Tertre, à Montmartre. Les académiciens Alphonse Allais (AAA) se sont réunis chaque premier dimanche du mois en 2010 et 2011 au théâtre du Petit Hébertot à Paris où ils tinrent en public leurs séances dites « du dictionnaire ». Ce Dictionnaire ouvert jusqu'à 22 heures a donc pour auteur un collectif de l'Académie Alphonse Allais. Il a été publié en novembre 2011 aux éditions Le Cherche midi, et réédité en 2013 dans la collection Points des Éditions du Seuil.

 

Alphonse Allais
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CITATIONS D'ALPHONSE ALLAIS
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« Impossible de vous dire mon âge, il change tout le temps. »
 

Extrait de Le Chat noir - 11 Janvier 1890

 

Sur sa Tombe ;

CI-GÎT ALLAIS
SANS RETOUR...

 

 
  •  
 

 

 

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 10:07
Laure de Salambier, mère de Balzac

Laure de Salambier, mère de Balzac

Liaisons féminines
Profil d'une tête d'homme regardant vers sa gauche
  Tête de Balzac par Pierre-Jean David d'Angers (1843).

Mal aimé par sa mère, qui lui préférait son jeune frère Henry, Balzac « a toujours cherché l'amour fou, la femme à la fois ange et courtisane, maternelle et soumise, dominatrice et dominée, grande dame et complice ». De petite taille et doté d'une tendance à l'embonpoint, il n'était pas spécialement séduisant, mais il avait un regard d'une force extraordinaire, qui impressionnait, comme le confirment de nombreux témoignages, notamment celui de Théophile Gautier :

« Quant aux yeux, il n'en exista jamais de pareils. Ils avaient une vie, une lumière, un magnétisme inconcevables. Malgré les veilles de chaque nuit, la sclérotique en était pure, limpide, bleuâtre, comme celle d'un enfant ou d'une vierge, et enchâssait deux diamants noirs qu'éclairaient par instants de riches reflets d'or : c'étaient des yeux à faire baisser la prunelle aux aigles, à lire à travers les murs et les poitrines, à foudroyer une bête fauve furieuse, des yeux de souverain, de voyant, de dompteur. »

Si Balzac attire les femmes, c'est d'abord parce qu'il les décrit dans ses romans avec une grande finesse psychologique. Comme le note un de ses contemporains : « Le grand, l'immense succès de Balzac lui est venu par les femmes : elles ont adoré en lui l'homme qui a su avec éloquence, par de l'ingéniosité encore plus que par la vérité, prolonger indéfiniment chez elles l'âge d'aimer et surtout celui d'être aimées. » Une caricature le montre porté en triomphe par des femmes de trente ans.

En dépit de son inimitié viscérale pour le romancier, Sainte-Beuve confirme le succès que celui-ci rencotre auprès du public féminin et en explique l'origine : « M. de Balzac sait beaucoup de choses des femmes, leurs secrets sensibles ou sensuels ; il leur pose, en ses récits, des questions hardies, familières, équivalentes à des privautés. C'est comme un docteur encore jeune qui a une entrée dans la ruelle et dans l'alcôve (...). »

Dans son Avant-propos, Balzac reproche à Walter Scott l'absence de diversité dans ses portraits de femmes et attribue cette faiblesse à son éthique protestante : « Dans le protestantisme, il n’y a plus rien de possible pour la femme après la faute ; tandis que dans l’Église catholique l’espoir du pardon la rend sublime. Aussi n’existe-t-il qu’une seule femme pour l’écrivain protestant, tandis que l’écrivain catholique trouve une femme nouvelle dans chaque nouvelle situation. »

Ce sont souvent les femmes qui ont fait le premier pas vers le romancier, en lui écrivant une lettre ou en lui lançant une invitation. C'est le cas, notamment, de Caroline Landrière des Bordes, baronne Deurbroucq, riche veuve qu'il rencontre au château de Méré, chez le banquier Goüin, et qu'il eut brièvement le projet d'épouser en 1832. Dans le cas de Louise, qui se présente anonymement comme « une des femmes les plus élégantes de la société actuelle », le contact qu'elle a pris en 1836 est resté purement épistolaire et s'est arrêté après un an sans que son identité lui ait jamais été révélée. Une autre admiratrice, Hélène Marie-Félicité de Valette, qui se présente comme « bretonne et célibataire », mais qui en fait était veuve et avait un amant, lui écrit après avoir lu Beatrix en feuilleton, et l'accompagnera dans un voyage en Bretagne, en avril 1841.

Laure de Berny

En 1821, alors qu'il est de retour chez ses parents à Villeparisis, Balzac entre en relation avec Mme de Berny. Quoique son prénom usuel soit Antoinette, Balzac l'appellera toujours par son deuxième prénom, Laure, qui est aussi celui de sa sœur, ou la désigne comme la Dilecta (la bien-aimée). Celle-ci, qui est alors âgée de 45 ans, a neuf enfants, parmi lesquels quatre filles, dont Julie, issue d'une liaison avec André Campi, ayant duré seize ans, de 1799 à 1815. Encore belle, dotée d'une grande sensibilité et d'une expérience du monde, elle éblouit le jeune homme, qui en devient l’amant en 1822, préférant la mère à sa fille Julie qu'elle lui proposait d'épouser. Laure lui tient lieu d'amante et de mère et forme l'écrivain. Elle l’encourage, le conseille, lui prodigue sa tendresse et lui fait apprécier le goût et les mœurs de l’Ancien Régime. Elle lui apporte aussi une aide financière substantielle lorsqu'il a des problèmes d'argent et qu'il est poursuivi par les huissiers. Il lui gardera une reconnaissance durable. À sa mort, en 1836, Balzac écrit :« Mme de Berny a été comme un Dieu pour moi. Elle a été une mère, une amie, une famille, un ami, un conseil ; elle a fait l'écrivain ». Leur correspondance ayant presque entièrement été détruite, seules quelques rares lettres témoignent aujourd'hui de la jalousie qu'elle éprouva lors des liaisons subséquentes de son amant, mais sans jamais lui en tenir rigueur.

Balzac s'en inspire pour créer le personnage de Madame de Mortsauf, héroïne du Lys dans la vallée, et lui dédie d'ailleurs l'ouvrage. Elle a aussi des points en commun avec le personnage de Flavie Colleville des Petits Bourgeois. Stefan Zweig la reconnaît aussi dans la description de l'héroïne de Madame Firmiani : « Sa raillerie caresse et sa critique ne blesse point... elle ne vous fatigue jamais, et vous laisse satisfait d’elle et de vous. Chez elle, tout flatte la vue, et vous y respirez comme l’air d’une patrie... Cette femme est naturelle. Franche, elle sait n’offenser aucun amour-propre ; elle accepte les hommes comme Dieu les a faits... À la fois tendre et gaie, elle oblige avant de consoler. »

Zulma Carraud
Tableau représentant une femme vêtue d'une robe grise qui porte dans ses bras un bébé à demi-nu
 
Portrait de Zulma Carraud et de son fils Ivan âgé de six mois, par Édouard Viénot.

Zulma Carraud était une amie d'enfance de sa sœur Laure. Cette « femme de haute valeur morale, stoïcienne virile » vivait à Issoudun, était mariée et avait des enfants. Balzac la connaît depuis 1818, mais leur amitié ne se noue que lors de l'installation de sa sœur à Versailles, en 1824. Leur correspondance aurait commencé dès cette date, mais les premières années en ont été perdues Dans ses lettres, Zulma se révèle une des amies les plus intimes et les plus constantes de l'écrivain. C'est chez elle qu'il se réfugie quand il est malade, découragé, surmené ou poursuivi par ses créanciers. Elle lui rappelle l'idéal républicain et l'invite à plus d'empathie pour les souffrances du peuple. Quoique n'étant pas elle-même très riche, elle vole sans relâche à son secours. Elle est parmi les femmes qui ont joué un grand rôle dans sa vie.

La duchesse d'Abrantèsx

En 1825, il commence une autre liaison avec la duchesse d'Abrantès. Cette femme, qui a 15 ans de plus que lui, le fascine par ses relations et son expérience du monde. Veuve du général Junot, qui avait été élevé au rang de duc par Napoléon, elle a connu les fastes de l'Empire avant de fréquenter les milieux royalistes. Elle a été l'amante du comte de Metternich. Ruinée et forcée de vendre ses bijoux et son mobilier, elle s'installe modestement àVersailles. C'est par une amie de sa sœur, qui vivait aussi à Versailles, que Balzac fait sa connaissance. Il est séduit, mais elle ne lui offre d'abord que son amitié, qui se transforme peu après en amour partagé.

Quoiqu'elle se prénomme Laure, Balzac ne l'appellera jamais que Marie. Elle lui donne des renseignements sur la vie dans les châteaux et les personnalités qu'elle a côtoyées. De son côté, il lui conseille d'écrire ses mémoires et lui tient lieu de conseiller et de correcteur littéraire.

La duchesse d'Abrantès a servi de modèle à la fois à la Vicomtesse de Beauséant dans la Femme abandonnée, ouvrage qui lui est dédié, et à la duchesse de Carigliano dans la Maison du chat-qui-pelote, ainsi qu'à certains traits de Félicité des Touches. Balzac rédige La Maison àMaffliers, près de L'Isle-Adam en 1829, alors que la duchesse d’Abrantès séjourne chez les Talleyrand-Périgord non loin de là.

 
Aurore Dudevant / George Sand
Portrait peint d'une femme cousant, elle porte une robe noire
 
George Sand cousant, par Delacroix (1838). Détail.

En 1831, Balzac fait la connaissance d'Aurore Dudevant venue tenter sa chance à Paris et fuir son mari. Il lui fait lire La Peau de chagrin et cet ouvrage suscite son enthousiasme.

En février 1838, il va retrouver « le camarade George Sand » dans son château de Nohant. Au cours des six jours qu'il y est resté, ils passent les nuits à bavarder, de « 5 heures du soir après le dîner jusqu'à 5 heures du matin ». Elle lui fait fumer « un houka et du lataki ». Rendant compte de cette expérience, il espère que le tabac lui permettra de « quitter le café et de varier les excitants dont j'ai besoin pour le travail ».

Par la suite, il continue à la rencontrer dans le salon qu'elle tient à Paris, où elle vit en couple avec Chopin. Ils échangent sur des questions de structure romanesque ou de psychologie des personnages et elle lui donne parfois des suggestions d'intrigues qu'elle ne pouvait pas traiter elle-même, notamment Les Galériens et Béatrix ou les Amours forcés. Il est aussi arrivé qu'elle signe un récit de Balzac que ce dernier ne pouvait pas faire accepter par son éditeur parce qu'il y en avait déjà trop de sa plume dans un même recueil. Balzac lui dédie lesMémoires de deux jeunes mariées.

De l'aveu même de l'auteur, elle a servi de modèle, dans Béatrix, au portrait de Félicité des Touches, un des rares portraits de femme qu'il ait faits conformes à la réalité. Dans une lettre à Mme Hańska, il nie toutefois qu'il y ait eu autre chose que de l'amitié dans sa relation avec l'écrivaine.

 
Olympe Pélissier
Portrait peint : buste d'une femme nue sur fond jaune uniforme, tournée vers sa droite et regardant vers sa gauche, dont un sein est caché par son bras replié, et l'autre apparent, cheveux bruns longs mais remontés en chignon négligé ; signature en noir en bas à gauche : Rome 1830 H Vernet
 
Étude d’Olympe Pélissierpar Horace Vernet pour son tableau Judith et Holopherne.

Dès 1831, Balzac fréquente le salon d'Olympe Pélissier, « belle courtisane intelligente » qui fut la maîtresse d’Eugène Sue avant d’épouserRossini en 1847. Il a avec elle une brève liaison.

Les personnages de demi-mondaines qui traversent La Comédie humaine, telles Florine et Tullia, lui doivent beaucoup. La scène de chambre deLa Peau de chagrin aurait été jouée par Balzac lui-même chez Olympe, mais celle-ci ne ressemble en rien à Fœdora, et elle aura toujours avec lui des rapports amicaux et bienveillants. Ce dernier continuera à fréquenter son salon. Quant à la Fœdora de la nouvelle, Balzac précise dans une lettre : « J'ai fait Fœdora de deux femmes que j'ai connues sans être entré dans leur intimité. L'observation m'a suffi outre quelques confidences. »

 
La duchesse de Castries

Au début de l'année 1832, parmi les nombreuses lettres qui lui viennent de ses admiratrices, Balzac en reçoit une de la duchesse de Castries, belle rousse au front élevé, qui tient un salon littéraire et dont l'oncle est le chef du parti légitimiste. Immédiatement intéressé, Balzac va lui rendre visite et lui offre des feuillets manuscrits de La Femme de trente ans, dont elle est en fait le modèle, au physique et au moral. En amoureux transi, il se rend à son château d'Aix-les-Bains, où il passe plusieurs jours à écrire, tout en faisant la connaissance du baron James de Rothschild, avec qui il noue une relation durable. Il l'accompagne ensuite à Genève en octobre de la même année, mais rentre dépité de ne pas voir ses sentiments partagés, et va se faire réconforter auprès de la dilecta.

Il témoigne de cette déception amoureuse dans La Duchesse de Langeais : « elle avait reçu de la nature les qualités nécessaires pour jouer les rôles de coquette... Elle faisait voir qu'il y avait en elle une noble courtisane... Elle paraissait devoir être la plus délicieuse des maîtresses en déposant son corset. » On l'a également reconnue dans le personnage de Diane de MaufrigneuseMme de Castries, qui avait du sang britannique, inspirera aussi en partie le personnage de lady Arabelle Dudley du Lys dans la vallée. Balzac lui dédie L'Illustre Gaudissart, une pochade qu’elle juge indigne de son rang, alors qu'elle est « un des plus anciens blasons du faubourg Saint-Germain ». Il continue toutefois à la voir de façon sporadique et c'est sans doute grâce à elle qu'il peut avoir une entrevue avec Metternich.

Marie du Fresnay
 
Marie-Caroline du Fresnay, fille de Maria du Fresnay et d'Honoré de Balzac, par Henriette Girouard-Lucquin (1865)

En 1833, il noue une intrigue secrète avec « une gentille personne, la plus naïve créature qui soit tombée comme une fleur du ciel ; qui vient chez moi, en cachette, n'exige ni correspondance ni soins et qui dit : « Aime-moi un an ! Je t'aimerai toute ma vie. »

Marie du Fresnay, surnommée Maria, avait alors 24 ans et attendait une fille de Balzac, Marie-Caroline du Fresnay. Balzac lui dédiera en 1839 le roman Eugénie Grandet, qu'il était alors en train d'écrire et dont l'héroïne est inspirée de la jeune femme. Il citera également sa fille dans son testament.

La comtesse Guidoboni-Visconti

En avril 1835, Balzac a le coup de foudre pour la comtesse Guidoboni-Visconti, née Frances-Sarah Lovell, issue de la plus ancienne gentryanglaise. Il la décrira plus tard comme « une des plus aimables femmes, et d'une infinie, d'une exquise bonté, d'une beauté fine, élégante (...) douce et pleine de fermeté ». Une jeune amie de la Contessa décrit ainsi les affinités entre ces deux personnalités :

« Tu me demandes qu'est-ce que c'est que cette (...) passion de M. de Balzac pour Madame Visconti ? Ce n'est autre chose que, comme Madame Visconti est remplie d'esprit, d'imagination, et d'idées fraîches et neuves, M. de Balzac qui est aussi un homme supérieur, goûte la conversation de Madame Visconti, et comme il a beaucoup écrit et écrit encore, il lui emprunte souvent de ces idées originales qui sont si fréquentes chez elle, et leur conversation est toujours excessivement intéressante et amusante. »

 

Ils se verront très fréquemment durant cinq ans. Balzac l'accompagne dans sa loge à l'opéra et, selon certaines sources, elle aurait eu un enfant de lui. D'une grande indépendance d'esprit, elle ne cherche pas à accaparer l'écrivain comme le fait Mme Hańska, à qui celui-ci continue à écrire des lettres l'assurant d'un amour exclusif et niant qu'il y ait autre chose qu'une relation platonique avec la Contessa. En 1836, celle-ci et son mari confieront à Balzac une mission en Italie, au cours de laquelle l'écrivain se fait accompagner de Caroline Marbouty, jeune femme un peu fantasque, à qui il demande de se travestir en « page » et qu'il appelle Marcel, dans l'espoir d'éviter les commérages. À son retour, il apprend la mort de Mme de Berny.

 

Les Guidoboni-Visconti l'aideront financièrement à plusieurs reprises, le faisant échapper à la prison pour dette, lui donnant asile pendant plusieurs semaines en 1838 et dissimulant ses objets précieux lorsqu'il est poursuivi par les huissiers. Cette relation devient tendue lorsque, en 1840, le comte lui-même est attaqué en justice pour avoir aidé Balzac à échapper à ses créanciers, mais il signera encore une prolongation de prêt à l'écrivain en 1848.

 

La comtesse a inspiré le personnage de Lady Dudley du Lys dans la vallée, du moins au plan physique, car si elle avait le feu et la passion du personnage, elle était plus généreuse et n'en avait pas la perversité.

Mme Hańska
Portrait peint en couleurs d'une femme, teint pâle, cheveux noir avec des anglaises sur les côtés, portant un voile léger de couleur claire ; signature en noir en bas à droite : Sowgen 1825
 
Ewelina Hańska peinte par Holz Sowgen en octobre 1825.
Tableau d'une femme semi-assise, vêtue d'une robe jaune et d'une chemise blanche ayant ses pieds un chien blanc à tâches rousses, dans un paysage lointain de montagnes, avec un temple à colonnes de style grec, et un rosier en pot sur un muret.
 
La comtesse Hańska et son chien par Ferdinand Georg Waldmüller, en 1835.

Balzac voue sa passion la plus durable à la comtesse Hańska, une admiratrice polonaise mariée à un maréchal résidant en Ukraine. Sans doute en guise de jeu, celle-ci lui adresse une première lettre, qui lui arrive le28 février 1832. Signant L'Étrangère, elle demandait de lui en accuser réception dans le journal La Gazette de France. Elle avait alors trente-et-un ans, mais en avouait vingt-cinq, et avait eu plusieurs enfants, dont seule Anna avait survécu.

Balzac fait paraître sa réponse le 2 avril 1832 et lui envoie un court billet en mai 1832, mais n'entame leur correspondance directe qu'en janvier 1833, en utilisant comme intermédiaire la gouvernante de la petite Anna. Dès la troisième lettre, il lui déclare un amour indéfectible, alors même qu'il ne l'a jamais vue, ne sait pas son âge et ne connaît rien d'elle ; selon Stefan Zweig, l'écrivain voulait ainsi se donner une passion romantique comparable à celles des écrivains et artistes qui défrayaient alors la chronique. Ils se voient pour la première fois en septembre 1833 au bord du lac de Neuchâtel, puis en décembre à Genève. Il reçoit enfin les gages de son amour le 26 janvier 1834, lors d'une promenade à la Villa Diodati de Cologny, un endroit d'autant plus mythique dans son imaginaire que lord Byron y avait vécu et que Mme de Castries s'y était autrefois refusée à lui.

Épouser cette comtesse, qu'il appelle son « étoile polaire » devient dès lors son grand rêve et son ultime ambition, car cela consacrerait son intégration à la haute société de l'époque. Il va la courtiser pendant dix-sept ans au moyen d'une abondante correspondance, dans laquelle l'écrivain lui assure qu'il mène une vie monacale et ne pense qu'à la revoir, conformément aux exigences très strictes qu'elle lui avait imposées. Une deuxième rencontrte a lieu en mai 1835 lors d'un séjour à Vienne, où elle lui fait rencontrer la haute société polono-russe et dont il revient plus amoureux que jamais.

Lorsqu'elle devient veuve en novembre 1841, il espère à nouveau pouvoir réaliser son rêve et lui écrit une lettre enflammée, mais la comtesse répond froidement en lui reprochant de ne pas être allé la voir depuis sept ans et de l'avoir trompée avec d'autres femmes. Consterné de voir lui échapper la possibilité d'un mariage qui le renflouerait et lui permettrait une vie princière, Balzac multiplie les lettres dans lesquelles il se met à ses pieds en lui professant une totale dévotion, si bien qu'il finit par obtenir qu'elle lui laisse de nouveau espérer le mariage. Il obtient enfin de la revoir à l'été 1843 à Saint-Pétersbourg.

En mai 1843, il apprend qu'Éveline, alors âgée de 42 ans, est enceinte. Il s'imagine que ce sera un garçon et décide de l'appeler Victor-Honoré. Malheureusement, Éveline lui annonce en novembre qu'il faut renoncer à cet espoir en raison d'une fausse couche. Très affecté par cette nouvelle, il a pleuré « trois heures, comme un enfant ». Il ressentira cette mort comme un échec symbolique de son activité de création.

En 1845 et 1846, Balzac fait de nombreux voyages à travers l'Europe avec Mme Hańska, sa fille Anna et son gendre, Georges Mniszech. Mme Hańska vient vivre chez lui à Paris durant les mois de février et mars 1847, et sa présence stimulera la puissance créatrice de Balzac, qui publie trois romans durant ce temps. En septembre 1847, il peut enfin aller la rejoindre dans son château de Wierzchownia, en Ukraine, à 60 km de toute ville habitée. La châtelaine règne sur une propriété de 21 000 hectares, avec plus de 1 000 serfs et son château compte plus de 300 domestiques. Il échafaude un projet d'exploitation des forêts de chêne du domaine afin de fournir des traverses aux chemins de fer européens, mais ce projet n'aura pas de suite. En janvier 1848, il décide de rentrer à Paris203.

Le mariage ne se fera finalement qu'en 1850.

Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Les demeures

Les demeures de Balzac font partie intégrante de La Comédie humaine. Obligé de quitter un appartement pour échapper à ses créanciers, il possède parfois deux logements en même temps.

Les fastes de la rue Cassini

En 1826, Balzac s'installe chez Henri de Latouche, rue des Marais-Saint-Germain (aujourd’hui rue Visconti). Son ami lui aménage une garçonnière au premier étage, où l’écrivain peut recevoir Madame de Berny. Surtout, cette demeure offre au rez-de-chaussée un espace assez vaste pour installer l'imprimerie dont il a fait l'acquisition. Très vite, cependant, cette entreprise commerciale échoue. Alexandre Deberny, sixième des neuf enfants de Laure de Berny, prend la direction de l’affaire. Il sauve du désastre la fonderie de caractères qui deviendra la célèbre fonderie Deberny & Peignot, qui ne fermera que le 31 décembre 1972.

Photographie en couleurs d'un bâtiment à deux niveaux vu d'un parc arboré, à droite, il est surmonté par une coupole
  Observatoire de Paris, côté sud.

 

En 1828, assailli par ses créanciers, Balzac se réfugie au no 1 de la rue Cassini, logement que son beau-frère Surville a loué pour luidans le quartier de l’observatoire de Paris, considéré à l’époque comme « le bout du monde » et qui inspirera sans doute l’environnement géographique de l'Histoire des Treize. Latouche, qui a en commun avec Balzac le goût du mobilier, Participe activement à la décoration des lieux, choisissant, comme pour la garçonnière de la rue Visconti, de couvrir les murs d’un tissu bleu à l’aspect soyeux. Balzac se lance dans un aménagement fastueux, avec des tapis, une pendule à piédestal en marbre jaune, une bibliothèque d’acajou remplie d’éditions précieuses. Son cabinet de bain en stuc blanc est éclairé par une fenêtre en verre dépoli de couleur rouge qui inonde les lieux de rayons roses  Le train de vie de Balzac est à l’avenant : costumes d’une élégance recherchée, objets précieux, dont une canne à pommeau d’or ciselée avec ébullitions de turquoises et de pierres précieuses, qui deviendra légendaire.

Le fidèle Latouche s’endette pour aider son ami à réaliser sa vision du « luxe oriental » en agrandissant par achats successifs le logement qui deviendra un charmant pavillon. C’est dans ce lieu que naîtront nombre de ses romans, notamment Les Chouans, la Physiologie du mariageLa Peau de chagrinLa Femme de trente ansLe Curé de ToursHistoire des Treize et La Duchesse de Langeais, qui est inspiré en partie par le couvent desCarmélites, proche de la rue Cassini. Balzac jettera pendant ces années-là les premières bases de La Comédie humaine.

Mais son train de vie luxueux dépasse de loin ses revenus et, après quelques années, il croule sous des dettes énormes, malgré l’argent que lui rapporte son énorme production littéraire et en dépit du fait qu'il est l'écrivain le plus lu de l'époque. En mars 1835, il va se cacher provisoirement dans un autre appartement, rue des Batailles, tout en gardant le logement de la rue Cassini. Pourchassé par la Garde nationale, il est finalement arrêté, dans son logement de la rue Cassini, le 27 avril 1836 et incarcéré jusqu'au 4 mai. Rapidement libéré, il doit cependant encore échapper à ses créanciers.

Rue des Batailles
Photographie en couleur d'une place ornée d'une statue de cavalier, à gauche un immeuble en rotonde, à droite une avenue
 
La place d’Iéna et l’avenue d'Iénadans le prolongement.

En mars 1835, pour fuir les créanciers qui le harcèlent, il se réfugie dans un second logement, au 13, rue des Batailles (aujourd'huiavenue d'Iéna), dans le village de Chaillot, qu'il loue sous le nom de veuve Durand. On n’y entre qu’en donnant un mot de passe, il faut traverser des pièces vides, puis un corridor pour accéder au cabinet de travail de l’écrivain. La pièce est richement meublée, avec des murs matelassés. Elle ressemble étrangement au logis secret de La Fille aux yeux d'or. Là, Balzac travaille jour et nuit à l’achèvement de son roman Le Lys dans la vallée, dont il a rédigé l’essentiel au château de Saché. En même temps, il écrit Séraphîta qui lui donne beaucoup de mal : « (...) depuis vingt jours, j’ai travaillé constamment douze heures à Séraphîta. Le monde ignore ces immenses travaux ; il ne voit et ne doit voir que le résultat. Mais il a fallu dévorer tout le mysticisme pour le formuler. Séraphîta est une œuvre dévorante pour ceux qui croient. »

Le château de Saché
 

Balzac a fait plusieurs séjours au château de Saché en Touraine de 1830 à 1837, chez son ami Jean de Margonne, auquel la rumeur prête une liaison avec la mère de l'écrivain, dont serait né un enfant. Mais on n’a aucune preuve sur ce point. C'est là qu'il a travaillé à l'écriture du Père Goriot, d'Illusions perdues et de La Recherche de l'absolu. Mais il y a surtout trouvé l'inspiration pour Le Lys dans la vallée. La vallée de l’Indre, ses châteaux et sa campagne ont servi de cadre au roman. Le château de Saché est d'ailleurs surnommé le « château du Lys » ; il est devenu dans le roman le château de Frapesle, demeure de Laure de Berny. Depuis 1951, le château abrite un musée consacré à la vie de Balzac. Il expose de nombreux documents d'époque dont quelques portraits de l'écrivain (le plus précieux étant dû à Louis Boulanger), et conserve en l’état au deuxième étage la petite chambre où il se retirait pour écrire. Une pièce de théâtre de Pierrette DupoyetBal chez Balzac, prend pour cadre le château de Saché en 1848.

La maison des Jardies
 
Photographie couleurs d'une maison à deux niveaux à volets rouges.
 
Façade extérieure de la Maison des Jardies.

Balzac achète la maison des Jardies à Sèvres en 1837, dans l'espoir d'y finir ses jours en paix Cette maison située non loin de la voie de chemin de fer qui vient d’être créée entre Paris et Versailles lui permet de s'éloigner de l'enfer de la capitale. Il entrevoit aussi la possibilité de spéculer sur les terrains environnants en vendant aux habitants de la capitale des parcelles à lotir. Il élargit sa propriété par des achats successifs et loue une de ses maisons pour trois ans au comte Guidoboni-Visconti.

Léon Gozlan et Théophile Gautier ont été témoins de la folie des grandeurs de Balzac qui a d’abord voulu transformer la maison en palais avec des matériaux précieux, et qui a vaguement fait allusion à des plantations d’ananas. Mais cette anecdote reste une légende déformée et amplifiée, car Balzac rêvait d’arbres et de fruits tropicaux. Il y travaille à une pièce, L'École des ménages, qu'il ne parviendra pas à faire jouer, et se met à la deuxième partie d'Illusions perdues.

En 1840, recherché pour dettes par la garde nationale et par les huissiers, il met la propriété en vente et va se cacher à Passy. La seule trace qu’il ait laissée de son passage est un buffet rustique.

La maison de PassyPortrait peint d'un homme moustachu, les bras croisés portant une robe de chambre blanche
 
Balzac dans sa célèbre robe de chambre (aussi désignée comme une robe debure), par Maxime Dastugue, d’après Louis Boulanger.
 

En octobre 1840, sous le nom de « Madame de Breugnol », Balzac s’installe rue Basse à Passy (actuellement rue Raynouard) dans un logement à deux issues où l’on n'est autorisé à pénétrer qu’en donnant un mot de passe. Madame de Breugnol, de son vrai nom Louise Breugniol, née en 1804, existe réellement. Elle tient lieu de « gouvernante » à l’écrivain — ce qui provoquera des crises de jalousie chez Mme Hańska lorsque celle-ci soupçonnera la nature exacte de leurs rapports, au point qu'elle finira par exiger son renvoi, en 1845. Elle filtre les visiteurs et n'introduit que les personnes « sûres » comme le directeur du journal L’Époque auquel Balzac doit livrer un feuilleton. L’écrivain vivra sept ans dans un appartement de cinq pièces situé en rez-de-jardin du bâtiment. L’emplacement est très commode pour rejoindre le centre de Paris en passant par la barrière de Passy via la rue Berton, en contrebas. Balzac apprécie le calme du lieu et le jardin fleuri. C’est ici que sa production littéraire est la plus abondante. Dans le petit cabinet de travail, Balzac écrit, vêtu de sa légendaire robe de chambre blanche, avec pour tout matériel une petite table, sa cafetière et sa plume.

 

Dans la maison de Passy, il produit entre autreLa RabouilleuseSplendeurs et misères des courtisanesLa Cousine BetteLe Cousin Pons, et remanie l’ensemble de La Comédie humaine. Cette maison, devenue aujourd’hui la maison de Balzac, a été transformée en musée, en hommage à ce géant de la littérature. On y trouve ses documents, manuscrits, lettres autographes, éditions rares, et quelques traces de ses excentricités comme la fameuse canne à turquoises, et sa cafetière avec les initiales « HB ». Outre l’appartement de Balzac, le musée occupe trois niveaux et s’étend sur plusieurs pièces et dépendances autrefois occupées par d’autres locataires. Une Généalogie des personnages de La Comédie humaine est présentée sous la forme d’un tableau long de 14,50 m où sont référencés 1 000 personnages sur les quelque 2 500 que compte La Comédie humaine.

André Maurois considère qu’il y a, à cette époque-là, deux êtres en Balzac : « L’un est un gros homme qui vit dans le monde humain ; [...] qui a des dettes et craint les huissiers. L’autre est le créateur d’un monde ; éprouve et comprend les sentiments les plus délicats ; et mène, sans s'occuper des misérables questions d'argent, une existence fastueuse. Le Balzac humain subit les petits bourgeois de sa famille ; le Balzac prométhéen fréquente les illustres familles qu’il a lui-même inventées. »

La Folie Beaujon ou le dernier palais
Peinture représentant un immeuble sur trois niveaux vu de la rue
 
Maison de Balzac, rue Fortunée.

Balzac a une idée fixe : épouser la comtesse Hańska et aménager pour sa future femme un palais digne d’elle. Pour cela, le28 septembre 1846, il achète, avec l’argent de la comtesse, la Chartreuse Beaujon, une dépendance de la Folie Beaujon, située rue Fortunée (aujourd’hui rue Balzac). Il la décore selon ses habitudes avec une splendeur qui enchante son ami Théophile Gautie, accumulant meubles anciens, tapis précieux et tableaux de maîtres, mais ce travail de collectionneur lui prend tout le temps qu’il devrait consacrer à l’écriture. D’ailleurs, Balzac n’a plus le goût d’écrire. Il lui faudra aller à Verkhovnia, en Ukraine, pour retrouver son élan et produire le deuxième épisode de L'Envers de l'histoire contemporaineLa Femme auteur. Mais, de retour à Paris, c’est un Balzac à bout de force qui entame, dès 1848Les Paysans et Le Député d'Arcis, romans restés inachevés à sa mort. C’est d’ailleurs ce « palais » de la rue Fortunée qui aurait dû être le musée Balzac si le bâtiment n’avait été détruit et les collections dispersées.

Fondation de la Société des gens de lettres
Photographie couleur sépia : un immeuble à deux niveaux sur une parcelle séparée de la rue par un muret muni de grille métallique, nombreuses fenêtres presque toutes obturées par des volets à persiennes, chiens assis dépassant du toit
 
Hôtel Thiroux de Montsauge, hôtel de Massa, siège de la Société des gens de lettres, photographie d’Eugène Atget (1906).

Balzac a beaucoup milité pour le respect des écrivains. Dès 1834, dans une « Lettre adressée aux écrivains français du xixe siècle », il les exhorte à régner sur l’Europe par la pensée plutôt que par les armes, leur rappelant que le fruit de leurs écrits rapporte des sommes énormes dont ils ne bénéficient pas : « La loi protège la terre ; elle protège la maison du prolétaire qui a sué ; elle confisque l’ouvrage du poète qui a pensé (…). » Il agit comme témoin lors d'un procès en contrefaçon et veut aller en Russie pour obtenir une loi de réciprocité sur la propriété littéraire.

 

S'il n'a pas participé à la séance de fondation de la Société des gens de lettres, en 1838, il y adhère toutefois dès la fin de cette année et devient membre du Comité le printemps suivant. La Société se définit comme une association d’auteurs destinée à défendre le droit moral, les intérêts patrimoniaux et juridiques des auteurs de l’écrit. Il en devient le président le 16 août 1839 et président honoraire en 1841. En tant que président, il plaide au nom de la Société contre le Mémorial de Rouen, afin de gagner un procès en contrefaçon. En 1840, il rédige un Code littéraire comptant 62 articles répartis en six sections, encadrant les contrats de cession des droits de l'écrivain, exigeant le respect de l'intégrité des œuvres de l'esprit et établissant le droit de paternité. En mars 1841, il soumet l'essentiel de ce code à la Chambre des députés sous la forme de Notes sur la propriété littéraire, mais son intervention reste sans succès. Les principales propositions de Balzac ne seront reconnues par le législateur que bien plus tard.

 

L'action de Balzac, raillée par Sainte-Beuve qui ridiculisait « ce compagnonnage ouvrier et ces maréchaux de France de la littérature qui offrent à l’exploitation une certaine surface commerciale », a contribué au rapprochement des écrivains autour d'une identité commune et a servi la condition littéraire. Elle aura par la suite un soutien important en Émile Zola, qui poursuivra la tâche.

Les voyages

Balzac a beaucoup voyagé : UkraineRussiePrusseAutricheItalie. Le 13 octobre 1846, il assiste au mariage d'Anna Hańska, fille d'Ewelina Hańska, à Wiesbaden. Mais bien peu de lieux, en dehors de Paris et de la province française, seront une source d’inspiration pour lui. Seule l’Italie lui inspire une passion qu’il exprime dans de nombreux écrits, notamment les contes et nouvelles philosophiques. En Russie, c’est plutôt Balzac qui laissera ses traces en iinspirant Dostoïevski

L'ITALIE

Photographie couleurs d'une porte fortifiée ornée de lions, à droite une tour à horloge

En 1836, il se rend en Italie en qualité de mandataire de ses amis Guidoboni-Visconti afin de régler à Turin une obscure affaire de succession. Il est accompagné par Caroline Marbouty, déguisée en jeune homme. Le voyage est assez bref.

 

En février 1837, les Guidoboni-Visconti lui confient une autre mission, cette fois à Milan, pour régler une autre affaire de succession, tout en lui permettant ainsi d'échapper aux poursuites des huissiers. Sa réputation l'ayant précédé, il est fêté par l'aristocratie. Il fréquente assidument le salon de Clara Maffei et partage à La Scala la loge du prince Porcia et de sa sœur, la comtesse Sanseverino-Vimercati. Sa rencontre avec le poète Manzoni, la gloire littéraire de Milan, est décevante pour ses hôtes, car Balzac ne l'a pas lu et ne parle que de lui. L'écrivain se rend ensuite à Venise, où il passe neuf jours à visiter musées, églises, théâtres et palais. Il laissera une lumineuse description littéraire de cette ville dans Massimilla Doni. Sa mission ayant été un succès, tout comme la précédente, il fait ensuite un séjour à Florence, passe par Bologne pour saluer Rossini et rentre en France le 10 mai. À la suite de ce voyage, il peindra la femme italienne comme un modèle de fidélité amoureuse.

 

Il retourne en Italie en mars 1838, via la Corse, afin de lancer une entreprise de récupération du minerai d'argent contenu dans les scories des anciennes mines de Sardaigne. Malheureusement, il a été pris de vitesse par un Génois à qui il avait parlé de son projet lors de sa visite précédente. Il se lie avec le marquis Gian Carlo di Negro et le marquis Damaso Pareto.

 

Il aime l’Italie, cette « mère de tous les arts », pour sa beauté naturelle, pour la générosité de ses habitants, pour la simplicité et l’élégance de son aristocratie, qu’il considère comme « la première d’Europe », et ne tarit pas d’éloges sur ses splendeurs. Il exalte la beauté de ses opéras, auxquels il consacre deux nouvelles jumelles : Gambara, qui évoque Le Barbier de Séville, et Massimilla Doni, dans laquelle il donne une magistrale interprétation du Mosé. Il est également fasciné par la richesse de sa peinture. Il met en scène la sculpture et la ville de Rome dans Sarrasine.

La Russie

C’est au contraire avec un peu de méfiance qu’on le voit arriver à Saint-Pétersbourg en 1843 pour aider Mme Hańska dans une affaire de succession. Sa réputation d’endetté perpétuel est notoire et l’a précédé. À Paris déjà, lorsqu’il demande un visa, le secrétaire d’ambassade Victor de Balabine suppose qu’il va en Russie parce qu’il n’a pas le sou, et le chargé d’affaires russe à Paris propose à son gouvernement « d’aller au-devant des besoins d’argent de Monsieur de Balzac et de mettre à profit la plume de cet auteur, qui garde encore une certaine popularité ici… pour écrire une réfutation du livre calomniateur de Monsieur de Custine. » Ce en quoi il se trompe, car Balzac ne réfutera pas cet ouvrage, pas plus qu’il ne cherchera des subsides à Saint-Pétersbourg : il n’est venu que pour voir madame Hańska. Il est déjà très aimé et très lu en Russie où il est considéré comme l’écrivain qui a « le mieux compris les sentiments des femmes ».

 

Il prend le bateau à Dunkerque et arrive à Saint-Pétersbourg le 29 juillet 1843. Invité à se joindre aux personnalités qui assistent à la grande revue annuelle des troupes, il côtoie divers princes et généraux russes. Les amants se verront, discrètement, durant deux mois. Le 7 octobre, il regagne la France par voie de terre, tout en faisant un court séjour à Berlin et une visite des champs de bataille napoléoniens de Leipzig et Dresde en vue d'un futur ouvrage.

Les dernières années et la mort
Dessin de Balzac en pied, où la tête est grossie.
 
Balzac vu par Nadar en 1850 (source : « Gallica »).

Dès 1845, le rythme de la production ralentit et Balzac se lamente dans ses lettres de ne pas pouvoir écrire. En 1847, il avoue sentir se désagréger ses forces créatrices. Comme le héros de son premier grand livre, La Peau de chagrin, il semble avoir eu très jeune le pressentiment d'un écroulement prématuré.

 

En août 1848, il obtient finalement du pouvoir russe un nouveau passeport pour se rendre en Ukraine. Il y arrive le 2 octobre. Il apprend sans surprise que l'Académie française a écarté une nouvelle fois sa candidature. Il espère toujours épouser la comtesse Hańska, mais la situation des amants est compliquée par la loi russe qui prévoit que la femme d'un étranger perd automatiquement ses biens fonciers, sauf oukaseexceptionnel signé par le tsar. Or, ce dernier refuse sèchement. Le séjour en Ukraine ne réussit guère à l'écrivain épuisé et sa santé se détériore. Il attrape un gros rhume, qui évolue en bronchite, et son souffle se fait court. Trop faible pour voyager, il doit rester au repos de nombreux mois. Comme les relations deviennent tendues avec Mme Hańska, en raison des folles dépenses faites pour aménager la Chartreuse Beaujon, il écrit à sa mère de renvoyer la bonne afin de réaliser des économies.

 

Le mariage peut enfin avoir lieu le 14 mars 1850, à sept heures du matin, dans l'église Sainte-Barbe de Berdytchiv. Sa vanité est comblée, mais sa santé continue à se dégrader ; il est malade du cœur et les crises d'étouffement sont de plus en plus fréquentes. Les époux décident toutefois de rentrer à leur demeure de la rue Fortunée à Paris. Ils quittent Kiev le 25 avril, mais le voyage est éprouvant, leur voiture s'enfonçant parfois dans la boue jusqu'aux portières. Ils arrivent finalement à Paris le 21 mai 1850. Le docteur Nacquart, qui soigne l’écrivain avec trois confrères pour un œdème généralisé, ne parvient pas à éviter une péritonite, suivie de gangrène. Le romancier était épuisé par les efforts prodigieux déployés au cours de sa vie et le régime de forçat qu'il s'était imposé. La rumeur voudrait qu’il eût appelé à son chevet d’agonisant Horace Bianchon, le grand médecin de La Comédie humaine : il avait ressenti si intensément les histoires qu’il forgeait que la réalité se confondait avec la fiction. Il entre en agonie le dimanche 18 août dans la matinée et meurt à 23 heures 30. Victor Hugo, qui fut son ultime visiteur, a rendu un témoignage émouvant et précis sur ses derniers moments.

 

Lors des funérailles, le 21 août, au cimetière du Père-Lachaise (division 48), la foule était imposante et comptait notamment de nombreux ouvriers typographes. Alexandre Dumaset le ministre de l'Intérieur étaient auprès du cercueil, avec Victor Hugo, qui prononça l’oraison funèbre :

« Tous ses livres ne forment qu'un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l'on voit aller et venir, et marcher et se mouvoir, avec je ne sais quoi d'effaré et de terrible mêlé au réel, toute notre civilisation contemporaine, livre merveilleux que le poète a intitulé Comédie et qu'il aurait pu intituler Histoire (...) À son insu, qu'il le veuille ou non, qu'il y consente ou non, l'auteur de cette œuvre immense et étrange est de la forte race des écrivains révolutionnaires. »

Il laissait à sa veuve une dette de 100 000 francs. Celle-ci accepta toutefois la succession et continua de verser à la mère de Balzac une rente viagère, conformément au testament qu'il avait laissé. Elle prend soin aussi de son œuvre et demande à Champfleury de terminer les romans que Balzac avait laissés inachevés. Comme celui-ci refuse, elle confie à Charles Rabou le soin de compléter Le Député d'Arcis (écrit en 1847 et inachevé) et Les Petits Bourgeois (inachevé), mais « Rabou aura la main lourde en ajoutant de longs développements de son cru aux manuscrits laissés sans plan par Balzac »Le Député d'Arcis paraîtra en 1854 et Les Petits Bourgeois en 1856. En 1855Mme Ève de Balzac fait publier Les Paysans (écrit en 1844 et inachevé).

 

Octave Mirbeau, écrivain et journaliste français, inséra dans son récit de voyage  trois chapitres sur La Mort de Balzac, qui firent scandale en raison du comportement prêté à Ewelina Hańska pendant l'agonie de Balzac, selon des confidences que lui avait faites le peintre Jean Gigouxn

Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie

 

Opinions politiques et sociales

Il n'est pas facile de synthétiser la pensée du romancier. Comme le signale un spécialiste, « Ce serait une faute de systématiser à outrance les idées de Balzac : il n'a pas cherché à le faire lui-même. Ses divers personnages représentent des moments de son intelligence, reflètent l'activité de son esprit, l'effort de ses recherches. Il en résulte des tâtonnements, des nuances, des oppositions, sinon des contradictions, qui ne se fondent pas sans heurt. »

 

Dérangeant les élites de son temps, Balzac est devenu en 1840 un paria du monde politique. Un parlementaire l'accuse en Assemblée d'ébranler la société en la corrompant, de pervertir le peuple au lieu de l'éduquer et de saper les valeurs traditionnelles. Il est méprisé par le roi Louis-Philippe, qui fera interdire sa pièce Vautrin, mais lui donnera quand même la légion d'honneur en 1845 —récompense dérisoire en comparaison du statut dont jouissaient des écrivains comme Victor Hugo et Alexandre Dumas. Écarté de la société aristocratique du faubourg Saint-Germain, qui ne veut pas se reconnaître dans l'image qu'il en donne, il n'est admis que dans les salons de seconde classe. Il inquiète les bien-pensants, qui le voient comme une réincarnation de Satan et un danger public en raison de ses idées révolutionnaires. Il est rejeté par la droite aussi bien que par la gauche.

Régime politique
Portrait de Talleyrand, en buste, chevelure bouclée, foulard blanc noué autour du cou
 
Balzac admirait Talleyrand qu'il réussit à rencontrer en 1836265.
Portrait de Fouché en pied, la tête tournée vers la droite, la main appuyée sur une balustrade. Il est vêtu d'un habit somptueux, rouge et or.
 
Il était fasciné par Fouché, évoqué dans Une ténébreuse affaire

 

Les opinions politiques de Balzac ont été variables et beaucoup commentées. Critique des royalistes égarés dans Les Chouans (1829), il est d'abord libéral sous la Restauration. Aux élections de 1831, désireux de se faire élire député, il présente sa candidature à Tours, à Fougères et à Cambrai, mais sans succès. Son échec est alors attribué à l’ambiguïté de ses opinions, ni libérales ni légitimistes. Sous l’influence de la duchesse de Castries, il affiche ensuite des opinions légitimistes et brigue les suffrages des électeurs sous cette bannière à Chinon en 1832, mais c'est un nouvel échec. Ayant développé ces opinions monarchistes et catholiques dans le journal légitimiste Le Rénovateur, son royalisme n'est dès lors plus douteux. Il fait reposer sa doctrine sociale sur l’autorité politique et religieuse, en contradiction totale avec ses opinions d’origine, forgées avec son amie Zulma Carraud, une ardente républicaine, qui l'admoneste dans une lettre : « Vous vous jetez dans la politique, m’a-t-on dit. Oh ! Prenez garde, prenez bien garde ! Mon amitié s’effraye (…) ne salissez pas votre juste célébrité de pareille solidarité (…). Cher, bien cher, respectez-vous (…). » L'écrivain lui répond en exposant ses convictions politiques :

« Jamais je ne me vendrai. Je serai toujours, dans ma ligne, noble et généreux. La destruction de toute noblesse hors la Chambre des Pairs ; la séparation du clergé d'avec Rome ; les limites naturelles de la France ; l'égalité parfaite de la classe moyenne ; la reconnaissance des supériorités réelles ; l'économie des dépenses, l'augmentation des recettes par une meilleure entente de l'impôt, l'instruction pour tous, voilà les principaux points de ma politique, auxquels vous me trouverez fidèle. [...] Je veux le pouvoir fort. »

 

Le Médecin de campagne, publié en 1833, expose des opinions très conservatrices sur le suffrage électoral (« le droit d’élection ne doit être exercé que par les hommes qui possèdent la fortune, le pouvoir ou l’intelligence »), le droit d'aînesse, les classes sociales, le régime patriarcal et la religion (« seule force qui puisse relier les Espèces sociales et leur donner une forme durable ») —à tel point que cet ouvrage a été qualifié de propagande électorale. En même temps, ce roman critique les classes oisives et met en scène un personnage de médecin qui se dévoue entièrement au service des malades et qui a prévu laisser par héritage un fonds de réserve qui permettrait à la commune « de payer plusieurs bourses à des enfants qui donneraient de l’espérance pour les arts ou pour les sciences ». Tout en reconnaissant l'existence des pauvres, et la nécessité de cette classe pour la prospérité d'un pays, il insiste sur la nécessité de la justice sociale :

 

« Une seule iniquité se multiplie par le nombre de ceux qui se sentent frappés en elle. Ce levain fermente. Ce n’est rien encore. Il en résulte un plus grand mal. Ces injustices entretiennent chez le peuple une sourde haine envers les supériorités sociales. Le bourgeois devient et reste l’ennemi du pauvre, qui le met hors la loi, le trompe et le vole. Pour le pauvre, le vol n’est plus ni un délit, ni un crime, mais une vengeance. Si, quand il s’agit de rendre justice aux petits, un administrateur les maltraite et filoute leurs droits acquis, comment pouvons-nous exiger de malheureux sans pain résignation à leurs peines et respect aux propriétés ? »

 

Le meilleur régime politique est, selon lui, celui qui produit la plus grande énergie, qui s'obtient en concentrant l'autorité de l'État. Se disant en faveur d'un pouvoir absolu, il dénonce la permanente instabilité d'une démocratie représentative : « Ce qu'on nomme un gouvernement représentatif est une tempête perpétuelle [...] Or, le propre d'un gouvernement est la fixité. » Il craint les dangers du populisme :

« Sans être l’ennemi de l’Élection, principe excellent pour constituer la loi, je repousse l’Élection prise comme unique moyen social, et surtout aussi mal organisée qu’elle l’est aujourd’hui, car elle ne représente pas d’imposantes minorités aux idées, aux intérêts desquelles songerait un gouvernement monarchique. L’Élection, étendue à tout, nous donne le gouvernement par les masses, le seul qui ne soit point responsable, et où la tyrannie est sans bornes, car elle s’appelle la lo. »

 

Il se fait volontiers l'avocat d'un régime où un petit groupe d'hommes de talent exercerait une dictature collective, comme dans Ferragus. Cette même idée qu'il suffit de rassembler quelques volontés fortes pour faire un coup d'État par la ruse et sans violence revient dans Le Contrat de mariage. Ailleurs, il fait l'éloge de Talleyrand et de Fouché, experts en manipulation et gestion du secret. Grand admirateur de Napoléon et des êtres exceptionnels, Balzac ne croit pas à une égalité naturelle : « L'égalité sera peut-être un droit mais aucune puissance humaine ne saurait le convertir en fait ». Il s'oppose au système des concours, convaincu que « jamais aucun effort administratif ou scolaire ne remplacera les miracles du hasard auquel on doit les grands hommes » et caricature les défenseurs de l'égalité en les présentant comme des ennemis du génie.

Programme économique
Dessin du buste d'un homme regardant vers sa gauche, cheveux noirs, visage aux traits fins, nez allongé
 
Les positions socio-économiques de Balzac s'inspirent des théories de Claude Henri de Saint-Simon.

 

Au plan économique, il ne met pas en cause le principe de la propriété privée, mais en ébauche les limites. Il défend la liberté du travail, la liberté d'entreprendre et la liberté de la presse, rejoignant en cela les théories de Saint-Simon, qui associent de façon cohérente progrès social et progrès économique. Tout comme ce dernier, Balzac veut réorganiser la société en prenant pour base le travail : il fustige les oisifs et dénonce l'exploitation de l'homme par l'homme. Il insiste sur l'importance de l'économie et le développement du commerce : « La vraie politique d’un pays doit tendre à l’affranchir de tout tribut envers l’étranger, mais sans le secours honteux des douanes et des prohibitions. L’industrie ne peut être sauvée que par elle-même, la concurrence est sa vie. Protégée, elle s’endort ; elle meurt par le monopole comme sous le tarif. Le pays qui rendra tous les autres ses tributaires sera celui qui proclamera la liberté commerciale, il se sentira la puissance manufacturière de tenir ses produits à des prix inférieurs à ceux de ses concurrents. »

 

Cette importance qu'il attache à l'économie, plus qu'à la politique, le rapproche de Marx. Le critique marxiste Georg Lukács voit dans Illusions perdues « l'épopée tragi-comique de la capitalisation de l'esprit, la transformation en marchandise de la littérature ». Dans un article de 1840, intitulé Sur les ouvriers, Balzac va jusqu'à montrer des sympathies pour les idées de Fourier, et il proposera même, en 1843, de publier un feuilleton intitulé Peines de cœur d'un vieux millionnaire dans le journal socialiste La Démocratie pacifique.

 

Toutefois, Fourier est vivement critiqué et présenté comme fou dans Les Comédiens sans le savoir (1846). Dans ce même ouvrage, un pédicure révolutionnaire du nom de Publicola Masson énonce un programme d'égalitarisme total —absolument opposé aux idées de Balzac— dans lequel on pressent déjà l'essentiel du Manifeste du Parti communiste : « On fabriquera pour le compte de l’État, nous serons tous usufruitiers de la France… On y aura sa ration comme sur un vaisseau, et tout le monde y travaillera selon ses capacités. » Les protagonistes de ce récit rejettent le programme de Masson comme un tragique remake de 1793.

Positions sociales
 
Dessin de deux paysans dans Le Médecin de campagne

 

Balzac expose ses convictions politiques et sociales dans l'Avant-propos à La Comédie humaine, rédigé en 1842. Après les émeutes de 1840, il rappelle que le pouvoir en place n'existe que par et pour le peuple et que l'intérêt général doit l'emporter sur l'intérêt particulier : « Le pouvoir doit (...) protéger et défendre les déshérités, ne pas laisser une classe de la société dominer le gouvernement. » Il revient sur cette question en 1848 : « Un État où les bons et sages ouvriers, en travaillant tant qu'ils veulent, tant qu'ils peuvent, ne trouvent pas l'aisance pour leur famille, cet État est mal ordonné. » Toutefois, les ouvriers sont absents de son univers, comme s'il en avait peur, et les paysans sont présentés comme des êtres brutaux, cupides et égoïstes. En revanche, « un pays est fort quand il se compose de familles riches, dont tous les membres sont intéressés à la défense du trésor commun. » Fasciné par la noblesse, il la montre inéluctablement absorbée par la bourgeoisie et incapable de s'adapter aux réalités nouvelles ; il n'est pas plus tendre envers la bourgeoisie et dit vouloir peindre, dans Les Petits Bourgeois de Paris, le « Tartuffe-démocrate-philanthrope » de la bourgeoisie de 1830. Il pressent, selon certains, « la victoire des masses qui absorberont un jour la bourgeoisie comme la bourgeoisie a absorbé la noblesse ».

 

Dans ses romans, les forces sociales et les institutions ne sont jamais présentées comme des abstractions, mais sont incarnées dans des personnages qui ont chacun une histoire, des intérêts particuliers, engagés dans des intrigues. Les tribunaux sont composés de juges dont Balzac « décrit précisément l'origine sociale et les perspectives de carrière », de sorte qu'on peut voir ces institutions comme liées objectivement à des intérêts de classe.

 

Si, à certains égards, Balzac est assez éloigné des idées politiques de Victor Hugo et de Flaubert, son message est plus complexe qu'il n'y paraît à première vue. Selon Alain, « il soutient le trône et l'autel sans croire ni à l'un ni à l'autre ». Engels, qui avait lu Balzac sur la recommandation de Marx, disait qu’il avait plus appris sur la société du XIXe siècle dans La Comédie humaine que dans tous les livres des historiens, économistes et statisticiens professionnels. Même constat de la part de Zola : « Balzac est à nous, Balzac, le royaliste, le catholique a travaillé pour la république, pour les sociétés et les religions libres de l’avenir. » De fait, dans La Comédie humaine, les républicains sont toujours des personnages austères, probes et intransigeants.

 

« À la honte des hommes, quand j’ai voulu donner une poignée de main à la vertu, je l’ai trouvée grelottant dans un grenier, poursuivie de calomnies, vivotant avec quinze cents francs de rente ou d’appointements, et passant pour une folle, pour une originale ou une bête. »

L'Interdiction

 

Alors que le sociologue et le politique sont du côté de la droite et du conservatisme, l'écrivain pose un constat dévastateur sur la société qu'il dépeint et le capitalisme conquérant : « Chacun sait que ce gros homme entendait faire une œuvre de défense et illustration des valeurs de défense sociale, voire de l'ordre moral, et qu'il a dressé, en fait, le plus formidable acte d'accusation qui ait jamais été lancé contre une civilisation. » Cette condamnation, qui ne porte pas seulement sur la société qu'il a sous les yeux mais sur tout ordre social, est une invitation à l'anarchisme et à la révolte. Mais cet anarchisme peut facilement céder la place à un autoritarisme à tendances totalitaires :

 

« Qu’est-ce que la France de 1840 ? un pays exclusivement occupé d’intérêts matériels, sans patriotisme, sans conscience, où le pouvoir est sans force, où l’Élection, fruit du libre arbitre et de la liberté politique, n’élève que les médiocrités, où la force brutale est devenue nécessaire contre les violences populaires, et où la discussion, étendue aux moindres choses, étouffe toute action du corps politique ; où l’argent domine toutes les questions, et où l’individualisme, produit horrible de la division à l’infini des héritages qui supprime la famille, dévorera tout, même la nation, que l’égoïsme livrera quelque jour à l’invasion. »

Mariage et condition féminine
Un homme s'adresse à une jeune femme en train d'écrire à sa table sur une terrasse qui domine un parc.
 

 

Le mariage et la condition féminine sont chez Balzac des thèmes dominants, qu'il analyse sous diverses formes. Estimant que « La femme porte le désordre dans la société par la passion », il consacre de nombreux romans à mettre en scène les configurations que peut prendre ce « désordre ». En cela, il est conscient de faire œuvre nouvelle et d'explorer des territoires jusque-là laissés dans l'ombre : « Il se jouait en effet à La Baudraye une de ces longues et monotones tragédies conjugales qui demeureraient éternellement inconnues, si l’avide scalpel du Dix-Neuvième Siècle n’allait pas, conduit par la nécessité de trouver du nouveau, fouiller les coins les plus obscurs du cœur, ou, si vous voulez, ceux que la pudeur des siècles précédents avait respectés. »

 

Étant donné que la famille constitue le véritable élément social et non l'individu, la maternité est présentée comme l'accomplissement ultime de la femme : « une femme qui n'est pas mère est un être incomplet et manqué. » Un mariage réussi doit donc reposer sur la raison et l'intérêt partagé plutôt que sur l'amour ou, pire, la passion : « le mariage ne saurait avoir pour base la passion, ni même l'amour. » Défenseur de l'institution du mariage, vu essentiellement comme un arrangement financier, le romancier s'oppose au divorce : « rien ne prouve mieux la nécessité d’un mariage indissoluble que l’instabilité de la passion. Les deux sexes doivent être enchaînés comme des bêtes féroces qu’ils sont, dans des lois fatales sourdes et muettes » Il rejette donc le féminisme saint-simonien qui vise à l'émancipation de la femme : « le féminisme balzacien est féminisme du mariage — la femme doit trouver sa liberté en assumant son esclavage. » Dans Mémoires de deux jeunes mariées, cette conception du mariage est illustrée par les destins contrastés des deux protagonistes et de nombreuses déclarations explicites : « Oui, la femme est un être faible qui doit, en se mariant, faire un entier sacrifice de sa volonté à l’homme, qui lui doit en retour le sacrifice de son égoïsme. »

 

Enfin, le législateur devrait tout mettre en œuvre pour maintenir la famille au lieu d'encourager l'individualisme par les lois napoléoniennes sur les successions, qui ont aboli le droit d'aînesse : « En proclamant l’égalité des droits à la succession paternelle, ils ont tué l’esprit de famille, ils ont créé le fisc ! Mais ils ont préparé la faiblesse des supériorités et la force aveugle de la masse, l’extinction des arts, le règne de l’intérêt personnel et frayé les chemins à la Conquête. »

 

En même temps, le romancier maintient sa foi dans un idéal d'amour partagé, même si celui-ci se brise constamment contre la réalité. À partir de 1836, on note chez lui un pessimisme grandissant et un « féminisme tragique ». Demandant à la femme « un amour qui se renonce, il a trop profond le sentiment de la souffrance pour la juger. » Il met en scène des amours coupables et de nombreux personnages de femme mal mariée, humiliée, adultère. Cela lui vaudra un lectorat féminin enthousiaste, comme en témoigne un récit de Sainte-Beuve, selon lequel une épouse arrêtée par la police alors qu'elle s'enfuyait avec son amant aurait, pour se défendre, débité au juge des pages de Balzac.

La religion
Femme à genoux dans un salon, encadrée par deux prêtres alors qu'une autre femme, sur le côté, a le visage caché dans un mouchoir.
 
Confession publique de Mme Graslin dans Le Curé de village, p. 717

 

Dans ses premiers essais et romans de jeunesse, Balzac est extrêmement critique à l'égard de la religion et multiplie les attaques contre le clergé, présentant dans Le Vicaire des Ardennes des abbés et prélats incroyants, mondains et dissolus. Il critique aussi le culte catholique et s'en prend volontiers aux « séductions de la cupidité sacerdotale. » À partir de 1829, toutefois, on note le début d'un changement d'attitude et une évolution vers le catholicisme. Dans des articles de journaux publiés en 1830 et signés d'un pseudonyme, il personnifie l'Église sous les traits d'une vieille édentée, écroulée dans le ruisseau et qui ne remue plus que faiblement. Toutefois, quelques mois plus tard, il est choqué en voyant la foule mettre à sac l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois en février 1831 et se range du côté de la religion, qui lui « apparaît comme un instrument de force et de puissance. » Cette évolution coïncide avec le début de ses relations avec la duchesse de Castries, qui renforce « la conception étriquée et égoïste d'un catholicisme défenseur de l'ordre social. » Il traduit son adhésion au catholicisme dans une série de récits où éclate l'ardeur du néophyte : Jésus-Christ en Flandre (1831), Melmoth réconcilié (1835) et La Messe de l'athée (1836). Il s'agit cependant d'une adhésion de la sensibilité plutôt que d'une démarche intellectuelle : « Mais, d'ailleurs, sur quoi se fondent les croyances religieuses ? Sur le sentiment de l'infini qui est en nous, qui nous prouve une autre nature, qui nous mène par une déduction sévère à la religion, à l'espoir. »

 

À la religion, il assigne pour rôle essentiel de sauvegarder la paix sociale : « Le christianisme, et surtout le catholicisme, étant (...) un système complet de répression des tendances dépravées de l’homme, est le plus grand élément d’Ordre Social. » Il pousse le cynisme jusqu'à faire dire à un de ses personnages : « La religion, Armand, est, vous le voyez, le lien des principes conservateurs qui permettent aux riches de vivre tranquilles. » Il fait toutefois une distinction entre l'aspect politique de sa croyance et sa conviction intime : « Politiquement, je suis de la religion catholique, je suis du côté de Bossuet et de Bonald, et ne dévierai jamais. Devant Dieu, je suis de la religion de saint Jean, de l'Église mystique, la seule qui ait conservé la vraie doctrine. Ceci est le fond de mon cœur. »

 

Dans ses romans, la figure du prêtre est surtout développée dans Le Médecin de campagne, Le Curé de village, Les Paysans, Ursule Mirouët et L'Envers de l'histoire contemporaine. La vie monastique est évoquée de biais, chez des personnages qui se détournent des plaisirs du monde afin de poursuivre leur mission, tels Raphaël (Louis Lambert), Bénassis (Le Médecin de campagne) et Félix de Vandenesse (Le Lys dans la vallée). Quant à la charité, elle est incarnée, dans L'Envers de l'histoire contemporaine, par la Confrérie de la consolation, dont l'inspiratrice est Madame de La Chanterie, un personnage d'un héroïsme et d'une abnégation surhumaine, dont le détachement absolu traduirait de la part de Balzac une « compréhension totale du sens catholique. » L'Église se rachète donc par ses œuvres de charité et son action de bienfaisance sociale, que Balzac exalte souvent à l'encontre de « la peste philanthropique ».

 
Lucas van Leyden, La Tireuse de cartes, 1508. Balzac met en scène dans plusieurs romans une séance de cartomancie chez Mme Fontaine.

 

Le catholicisme de Balzac est toutefois suspect aux yeux des catholiques, car il fait de Jésus un homme comme un autre, qui n'a rien de divin, et dont les guérisons miraculeuses sont expliquées par des phénomènes d'ordre magnétique et nature7. Ainsi que l'auteur l'expose dans Séraphîta, Jésus est un homme qui a pu s'élever jusqu'à l'angélisation totale au terme de trois stades d'élévation spirituelle. Comme l'écrit Louis Lambert : « Jésus était Spécialiste, il voyait le fait dans ses racines et dans ses productions, dans le passé qui l’avait engendré, dans le présent où il se manifestait, dans l’avenir où il se développait ; sa vue pénétrait l’entendement d’autrui. »

 

Adepte de l'occultisme et du magnétisme, Balzac essaie d'expliquer le phénomène religieux par ces faits « scientifiques ». L'illuminisme est sa religion personnelle. Il expose sa croyance aux sciences occultes dans ses derniers romans, Les Comédiens sans le savoir et Le Cousin Pons, où il relate une séance de divination chez une tireuse de cartes. Il est donc resté toute sa vie un disciple de Swedenborg et de Louis-Claude de Saint-Martin, fidèle à une tradition mystique qui passe par sainte Thérèse et Jakob Böhme. Son dessein le plus profond et le plus constant a été, selon Philippe Bertault, de « recommencer pour le mysticisme du prophète nordique ce que saint Pierre fit jadis pour la religion du prophète galiléen [et de] parfaire l'œuvre napoléonienne en établissant par sa propre pensée une sorte de gouvernement intellectuel sur l'Europe. »

 

L’Église catholique prend très tôt ses distances à l'égard de Balzac et, en 1842, met son œuvre à l'Index en raison de son « immoralité ».

Chronologie des œuvres

Après ses œuvres de jeunesse, l'écrivain a bâti l'édifice auquel il songeait depuis 1833 et qu'il avait annoncé en fanfare à sa famille « saluez-moi car je suis un génie ». Il venait de trouver le plan des trois parties de La Comédie humaine.

La Comédie humaine

 

Les romans et nouvelles qui composent La Comédie humaine sont regroupés en trois grands ensembles : les Études de mœurs, les Études philosophiques et les Études analytiques. L'ensemble des Études de mœurs est lui-même divisé en Scènes de la vie privée, Scènes de la vie de province, Scènes de la vie parisienne, Scènes de la vie politique, Scènes de la vie militaire et Scènes de la vie de campagne.

 

Nombre d'ouvrages ont été refondus à plusieurs reprises pour mieux s'insérer dans ce vaste plan d'ensemble, qui est allé en se précisant et au moyen duquel Balzac voulait peindre une vaste fresque de la société de son époque. Plusieurs œuvres sont parues dans des journaux en prépublication, mais l'auteur a sans cesse remanié ses textes, comme on peut le voir notamment avec La Femme de trente ans.

 

Le tableau ci-dessous regroupe les composantes en ordre chronologique, selon la première date de publication, même dans le cas d'une parution en revue ou lorsque l'œuvre est ensuite remaniée. Les titres définitifs sont donnés au tome XII de la Bibliothèque de la Pléiade.

1829 Les Chouans, Physiologie du mariage
1830 La Maison du chat-qui-pelote, El Verdugo, La Vendetta, Le Bal de Sceaux, Étude de femme, Une double famille, Gobseck, La Paix du ménage, Une passion dans le désert, Adieu !, Petites misères de la vie conjugale, (Traité de la vie élégante), Les Deux Rêves
1831 La Peau de chagrin, La Grande Bretèche (Autre étude de femme), Sarrasine, Le Chef-d'œuvre inconnu, Les Proscrits, Le Réquisitionnaire, L’Auberge rouge, L'Élixir de longue vie, Jésus-Christ en Flandre, L'Enfant maudit
1832 Madame Firmiani, Le Curé de Tours, Louis Lambert, Maître Cornélius, La Bourse
1833 La Femme abandonnée, La Grenadière, Le Message, Eugénie Grandet, L'Illustre Gaudissart, Le Médecin de campagne, (Théorie de la démarche)
1834 La Femme de trente ans, Ferragus, La Duchesse de Langeais, La Recherche de l'absolu, Les Marana, Un drame au bord de la mer, Séraphîta
1835 Le Contrat de mariage, Le Père Goriot, La Fille aux yeux d'or, Le Colonel Chabert, Melmoth réconcilié
1836 Le Lys dans la vallée, La Vieille Fille, L'Interdiction
1837 Illusions perdues 1 (Les Deux Poètes), La Messe de l'athée, Facino Cane, César Birotteau, La Confidence des Ruggieri, Gambara
1838 Une fille d'Ève, La Maison Nucingen, Les Employés ou la Femme supérieure, Le Cabinet des Antiques
1839 Autre étude de femme, Béatrix, Illusions perdues 2 (Un grand homme de province à Paris), Massimilla Doni, Pierre Grassou, Les Secrets de la princesse de Cadignan, Pathologie de la vie sociale (Traité des excitants modernes)
1840 Pierrette, Un prince de la bohème, Z. Marcas
1841 Mémoires de deux jeunes mariées, Ursule Mirouët, Une ténébreuse affaire, Le Curé de village
1842 La Fausse Maîtresse, Albert Savarus, La Rabouilleuse (Un ménage de garçon), Un épisode sous la Terreur, (Avant-propos à La Comédie humaine)
1843 Honorine, Illusions perdues 3 (Ève et David ou Les Souffrances de l'inventeur), La Muse du département
1844 Modeste Mignon, Un début dans la vie, Gaudissart II, Sur Catherine de Médicis (Le martyr calviniste), Un homme d'affaires
1846 Les Comédiens sans le savoir, La Cousine Bette
1847 Le Cousin Pons
1838-1847 Splendeurs et misères des courtisanes (1 Comment aiment les filles, 2 À combien l'amour revient aux vieillards, 3 Où mènent les mauvais chemins, 4 La Dernière Incarnation de Vautrin)
1848 L'Envers de l'histoire contemporaine (1 Madame de la Chanterie, 2 L'Initié)

À ces 88 titres publiés de son vivant s'ajoutent Les Paysans, resté inachevé et publié en 1855 par Évelyne de Balzac, ainsi que Le Député d'Arcis et Les Petits Bourgeois de Paris, tous deux terminés par Charles Rabou, selon la promesse qu’il avait faite à Balzac peu avant sa mort, et publiés respectivement en 1854 et en 1856

Honoré (de) Balzac 2e partie
Honoré (de) Balzac 2e partie
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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 08:06

cavanna03"Etre con est tout à fait supportable tant qu'on l'est suffisamment pour ne pas savoir qu'on l'est."

ADIEU L'AMI !!!! Ce 30 Janvier 2014....

 

Il a 88 ans. Un personnage. Mine de rien, une cinquantaine de livres dont son autobiographie "Les Ritals"n32439704199 1026236 6757Cavanna Coeur d'artichaudn32439704199 1026238 7213Cavanna51SC12R658L SS500Cavanna Coeur d'artichaudn32439704199 1026238 7213Cavanna le Voyagen32439704199 1026237 6944129792420 amazoncom-le-savier-vous-le-petit-cavanna-illustr1408 372843Cavanna-Francois-Mignonne-Allons-Voir-Si-La-Rose-Livre-2395imageshhdexcvNé le 22/2/1923 à Nogent-sur-Marne, de père italien (Maçon) et e mère française. Fonde le journal HARA-KIRI en 1960 avec Georges Bernier (Professeur Choron) un mensuel qui deviendra un hebdomadaire en 1969 "Hara-Kiri Hebdo" puis CHARLIE-HEBDO.

Souffre de la maladie de Parkinson "La Salope infâme" depuis 2011. Proche de Brassens.

Desproges a dit de lui:"Seule la virulence de mon hétérosexualité m'a empêché à ce jour de demander Cavanna en mariage.cavanna02-copie-1

 

Voici un texte qu'il a écrit dans un Charlie-Hebdo de 1998. A prendre au second degré, de grâce....

 

 

"PAUVRES !!!


Vous n'avez rien à foutre sur cette planète.

Elle est à nous-à nous les RICHES, les puissants, les décideurs

...à nous qui décidons des guerres, nous enrichissons sur les hécatombes, rasons les forêts, perçons les montagnes, éliminons les espèces vivantes, transformons les fleuves en égoûts et les oceans en cloaques...

Vous exigez d'être traités en êtres humains??? Pauvres larves !!!

Un être humain ça fait trembler Hong-Kong, Singapour et Wall Street, rien qu'en s'approchant d'un téléphone.Pourriez-vous faire trembler Wall Street du fond de votre boite à cartons???

Vous vous raccrochez à l'illusion que vous avez encore une utilité, celle d'être des réserves d'organes en bon état, pour remplacer les nôtres quand ils sont usés par les abus de champagne, de cigares et de foie gras.

Quittez donc vite cette chimère car nous savons désormais fabriquer des clones humains, tout à fait en bonne santé. Nos savants, aux ordres, les feront naître sans assez de cervelle dans la boite crânienne, pour être doués de pensée, si bien que nos papes pourront les décréter privés d'âme et donc crétaures non-humaines, par conséquent assimilables aux animaux donnés à l'Homme par Dieu afin qu'il en user à son bon plaisir..."

CAVANNAcavanna01

François Cavanna est un écrivain et dessinateur humoristique français né le 22 février 1923 à Paris d’un père italien et d’une mère française.


Biographie

La famille Cavanna

Son père, Luigi (1880-1954), était venu de Bettola, village du Val de Nure (province de Plaisance en Émilie-Romagne). Sa mère, Marguerite, née Charvin (1890-1976), est originaire du village de Sauvigny-les-Bois dans la Nièvre. Luigi Cavanna travaille comme maçon, la plupart du temps pour l’entreprise Taravella et Cavanna. À la suite des menaces de renvoi en Italie pendant les années 1930, il demande la naturalisation qu’il obtient le 25 octobre 1939. François Cavanna est leur fils unique.

Les études

Durant son enfance, il fait preuve d’un goût exceptionnel pour la lecture et réussit très bien à l’école, malgré une attitude très dissipée. Il passe le certificat d’études primaires à 12 ans, suit les cours de l’école primaire supérieure (EPS) de Nogent et obtient le brevet en 1939. Mais il n’a pas envie de poursuivre des études et entre à la poste en septembre 19397.xcc

Le début de la Seconde Guerre mondiale

 

Il est affectécomme « manipulant auxiliaire » dans un bureau de poste parisien. En juin 1940, il reçoit, comme les autres employés, l'ordre de partir pour Bordeaux. Il quitte Paris à vélo au milieu des colonnes de réfugiés de l'exode et, par Melun, Fontainebleau et Nemours, atteint Gien où il voit pour la première fois des soldats allemands. Un peu plus loin, près de Saint-Amand-Montrond, il est bloqué par un poste de contrôle allemand et est obligé de rentrer à Paris.

Il perd son emploi à la poste (compressions de personnel) ; il est d'abord commis d'un marchand de fruits et légumes, puis travaille dans plusieurs entreprises du bâtiment. Fin 1942, il est recruté comme maçon par le service d'entretien d'une firme nogentaise, mais presque aussitôt se trouve requis pour le STO (début 1943).

Le service du travail obligatoirecavanna-sto

Après un assez éprouvant voyage en train, son groupe de requis arrive dans la banlieue sud-est de Berlin, au camp de Baumschulenweg, dans le district de Treptow (actuellement : Köpenick-Treptow). Ils sont affectés à l’entreprise de munitions Graetz A.G. François Cavanna, ne parvenant pas à obtenir le rendement exigé pour la production d’obus, se retrouve très vite dans un commando disciplinaire chargé du déblaiement des gravats après les bombardements alliés. À l’usine Graetz, conduisant sa machine, il était assisté par deux requises soviétiques, dont Maria Tatartchenko, avec laquelle il va rester lié pendant les deux années suivantes.

Début 1945, à l’approche de l’armée soviétique, les requis de Baumschulenweg sont transférés près de Stettin pour creuser des tranchées antichars. Le 4 avril, l’ordre de repli est donné ; François Cavanna et Maria quittent la colonne des réfugiés et entrent en contact avec l’armée soviétique dans un village du Mecklembourg. Il est alors séparé de Maria, dont il perd la trace ; pendant un mois et demi, il essaie de la retrouver, puis renonce. Il est amené de Schwerin à Lübeck, en zone américaine, et rapatrié fin mai 1945.

L’après-guerrex

Il reprend d'abord son emploi d’avant le STO, puis est employé par l’Association des déportés du travail, fournissant aussi une bande dessinée au journal Le Déporté du travail. De nouveau victime d'une compression de personnel, il se lance pour une première période comme dessinateur à plein temps, en particulier pour un journal pour enfants, Kim (série Micou et son chien Tomate). Il reprend un travail salarié en 1948-1949, puis redevient dessinateur de presse, activité dont il parvient à tirer un revenu qu'il juge convenable. Il adopte alors le pseudonyme de Sépia, qu'il utilise jusque dans les années 1960.

De Zéro à Charlie-Hebdo

En janvier 1954, il devient collaborateur d’une publication toute nouvelle, le magazine Zéro, créé par Jean Novi, dont il va devenir rédacteur en chef. Il s'agit d'un « journal de colportage » : parmi les colporteurs apparaît bientôt un ex-engagé en Indochine, Georges Bernier, que son efficacité comme vendeur mène au rang de directeur des ventes. Cavanna abandonne l'activité de dessinateur pour se consacrer à l'écriture, tout en se formant aux aspects techniques du journalisme (mise en page…). Mais il se sent à l'étroit sous la direction de Jean Novi, qui impose des limites au contenu du magazine, d'ailleurs rebaptisé Cordées, nom jugé moins provocant que Zéro.

 

Après la mort de Jean Novi (en 1959 ou 1960), Cavanna s'associe avec Georges Bernier et quelques autres pour fonder en 1960 le magazine Hara-Kiri (mensuel), puis en 1969 Hara-Kiri Hebdo qui deviendra ensuite Charlie Hebdo.

Harakiri196

En mai 1968, François Cavanna est brièvement hospitalisé pour une crise hémorroïdaire. Il ne peut donc pas, à son grand regret, participer aux événements. Cet épisode est raconté avec humour dans son ouvrage Les yeux plus grands que le ventre.

 

Durant les années 1970, un épisode important de l'histoire de Charlie Hebdo a été le départ de Delfeil de Ton. Cavanna et lui se sont gravement brouillés au début des années 1970. L'un comme l'autre, ainsi que leur ami Gébé, ont laissé ce qu'il fallait comme clés pour que l'on puisse comprendre à demi-mot pourquoi : il s'agit clairement d'une affaire non pas politique, ni littéraire, mais personnelle. Cavanna se montrera navré de la décision de DDT de quitter Charlie Hebdo, ce qui affecte quelque temps sa production littéraire dans l'hebdomadaire. Il le défendra contre des attaques de Jacques Martin, insistera sur le fait que « Delfeil a sa place ici à Charlie Hebdo et peut revenir quand il le voudra », peine perdue : la rupture est consommée.Cavanna et Bernier

 

En 1982 il fait une apparition dans le film Y a-t-il un Français dans la salle ? de Jean-Pierre Mocky.

Maladie de Parkinson

 

En janvier 2011, le site Web BibliObs publie les bonnes feuilles du dernier ouvrage de François Cavanna, Lune de miel (Gallimard), dans lequel celui-ci révèle publiquement être atteint de la maladie de Parkinson, qu'il qualifie de « salope infâme ».

Les prises de position de Cavanna

 

Créateur d'un style de narration très particulier et vivant, toujours complice du lecteur, il s'est positionné comme un grand défenseur des valeurs républicaines et de la langue française. Sa prise de position virulente (en compagnie de Delfeil de Ton et d'autres écrivains) et argumentée contre une réforme de l'orthographe par l'Académie française fut très remarquée.

Au nom de ces valeurs, Cavanna a sa vie durant mené un combat contre tout ce qu'il considérait comme irrationnel ou injuste, entre autres l'usage de la souffrance des animaux comme agent de distraction des humains.

Stop-crève (1976)

Cavanna se montre quelque temps obsédé par les questions d'immortalité physique de l'homme. Ses amis de Charlie Hebdo y font souvent référence de façon mi-admirative, mi-ironique (Wolinski dans quelques dessins, Delfeil de Ton par quelques allusions mordantes, Gébé en rêvant de façon poétique sur la question dans quelques-uns de ses articles).

Son avis sur Choron dernièrecavanna bernier

En janvier 2009 sort sur les écrans Choron dernière, un documentaire des réalisateurs Pierre Carles et Éric Martin consacré à Georges Bernier, alias Professeur Choron, qui fut dans les années 1960 le complice de Cavanna et un membre éminent de l'équipe de Hara-Kiri, Hara-Kiri Hebdo et Charlie Hebdo première mouture. Le film accuse la direction du Charlie Hebdo actuel — celui relancé en 1992 — d'avoir délibérément fait l'impasse sur l'héritage du Professeur Choron en cherchant à occulter sa mémoire et sa contribution à la création du journal. En retour, Philippe Val  (directeur de la publication et de la rédaction de Charlie Hebdo), Cabu (directeur artistique) et Jean-Baptiste Thoret (critique cinéma) critiquent sévèrement le film et dénoncent un parti pris abusif. Cabu, notamment, accuse Georges Bernier d'être directement responsable de la faillite financière de Hara-Kiri, Charlie mensuel et Charlie Hebdo première version. Cavanna, pour sa part, défend un point de vue moins tranché dans cette polémique qui oppose Carles et Martin à la direction du journal actuel. Il estime que « ceux qui, aujourd’hui, divinisent Choron ne le font que pour mieux démolir ce qu’est Charlie Hebdo aujourd’hui », mais reconnaît, face à Cabu, les mérites de Choron (qu'il décrit comme « une intelligence — non, pas “fulgurante”, mais fort vive —, un esprit déroutant, alerte, s’adaptant très vite, d’une audace saisissante, d’une agilité souvent imprévisible ») et rappelle que, sans lui, « il n’y aurait pas eu d’aventure Hara-Kiri, ni, conséquemment, de Charlie Hebdo ».

En 2998800px-CavannaCavanna en 2008

Hommages à Cavanna

 

Georges Brassens, qui partage beaucoup des points de vue de Cavanna, demande sa participation et celle de l'équipe de Charlie Hebdo pour un clip de sa chanson Le roi.

Cavanna fut considéré par Pierre Desproges comme l'un des derniers grands écrivains vivants. « Seule la virulence de mon hétérosexualité m'a empêché à ce jour de demander Cavanna en mariage. » Desproges, qui collabora à Charlie Hebdo (première mouture) pendant la dernière année (1981-1982), admirait le talent de Cavanna qu'il comparait à un Rabelais moderne. Selon lui, Cavanna était un des derniers honnêtes hommes de ce siècle pourri (le XXe) et l'inventeur d'une nouvelle presse.

Dans le film La sociologie est un sport de combat (2001), une militante déclare que, selon elle, Cavanna et Pierre Bourdieu sont deux « mythes vivants » de notre temps.

François Cavanna, mort d'un « rital »

Le Monde.fr | 30.01.2014 à 09h46 • Mis à jour le 30.01.2014 à 18h03 | Par Macha Séry

   

François Cavanna, en 2008. François Cavanna, en 2008. | AFP/FRANCOIS GUILLOT

L'écrivain et journaliste François Cavanna est mort à l'hôpital de Créteil (Val-de-Marne), mercredi 29 janvier, à l'âge de 90 ans. Auteur d'une cinquantaine de livres, dont Les Russkoffs et Les Ritals, il fut le cofondateur, avec Georges Bernier dit Choron, du journal satirique Hara-Kiri qui révolutionna la presse française et ouvrit la voie à Mai 68.

Drôle de parcours suivi par cet autodidacte dont la prose figure aujourd'hui dans les manuels scolaires. Né en 1923, François Cavanna, fils d'un terrassier italien et d'une femme de ménage originaire de la Nièvre, a grandi à Nogent-sur-Marne où il a subi le racisme réservé aux rejetons d'immigrés. Dans Les Ritals, il racontera cette enfance en marge du Front populaire, le ghetto familial, les fugues à vélo et sa passion viscérale pour la littérature. Cet ardent défenseur de la langue française ne cessera de rendre hommage à l'école républicaine et aux maîtres qui lui avaient inculqué le désir d'apprendre.

DÉMOLITION DE L'HYPOCRISIE

Postier en 1939, maçon trois ans plus tard, il fut, le jour de ses 20 ans, enrôlé dans le Service du travail obligatoire (STO) puis expédié dans une usine d'armement à Berlin. Il y connut la faim, la souffrance et les humiliations de ceux qui ne furent «  ni des héros ni des traîtres  ». Cet épisode, il le relatera dans Les Russkoffs (prix Interallié 1979), Avec Maria, Cavanna achèvera sa trilogie autobiographique. Maria était cette jolie et chantante Ukrainienne qui avait égayé les noires années de la guerre et dont il était tombé éperdument amoureux. Séparés par les événements en 1945, il traîna, à son retour en France, un « cafard poisseux  » sur les quais de Seine. Il passa des années à essayer de la retrouver, ignorant tout de son sort, ce qui est l'objet précis de Maria.

Imaginatif, il trouva un emploi de dessinateur à Zéro , un journal vendu à la criée. Parmi les colporteurs, un démerdard à la langue bien pendue, un ancien para, fils d'un garde-barrière répond au nom de Georges Bernier. Durant six ans, ces deux anars végètent à Zéro en rêvant de créer leur propre journal. En 1960, les conditions sont favorables. Le premier numéro paraît le 9 septembre. Hara-Kiri, «  journal bête et méchant  ». La rencontre d'un ancien maçon et d'un ex-plâtrier alliés dans une vaste entreprise de démolition de l'hypocrisie et de la pudibonderie. Pourquoi ce titre ? Parce que se faire hara-kiri est pour Cavanna «  le sommet de la connerie  ». Il est le rédacteur en chef cependant que Choron, s'occupe des ventes et des finances.

RÉVOLUTION DANS LES MÉDIAS

Une révolution dans les médias que ce mauvais esprit héritier des dadaïstes, cet humour vachard, très noir qui apparait à l'aube d'une décennie encore marquée par la censure télévisuelle et les lois sur la protection des mineurs. Il a l'œil et le flair, Cavanna, pour rassembler des talents, aimanter autour de lui des fils de prolos, bourrés de talent. Topor, Gébé, Cabu, Reiser, Wolinski : une génération comparable à celle qui donna naissance à la comédie italienne. Orphelin de père, Reiser, surtout, est le fils spirituel de Cavanna. Les cadets admirent cet ainé charismatique, capable de raconter pendant deux heures la guerre de Cent Ans et d'expliquer les hauts faits derrière les noms de chaque station de métro. Dans cette compagnie de noceurs, de trublions provocateurs qu'il laisse entièrement libres de leurs mots et leurs dessins, ce fin lettré, passionné d'histoire, ne boit ni ne fume. Mais il n'est jamais le dernier à s'indigner.

Après dix mois, jugé «  dangereux pour la jeunesse  », Hara-Kiri est frappé d'une première interdiction de courte durée. Une deuxième prononcée en juillet 1966, après le 65e numéro, manque de donner un coup fatal à l'entreprise. Décennie de vaches maigres et de mépris. Tant pis, ils forment une bande de copains liés à la vie, à la mort et jugent mal, de leur côté, les journaux traditionnels. Ces libertaires vomissent le militarisme et la société de consommation. Du reste, il y aura beaucoup de vomi à la «  une  » d'Hara-Kiri, ainsi que des affreux, sales et méchants. Du cul et du culte. Du scato et du rigolo. Du pipi-caca pour s'oxygéner et de toniques coups de gueule.

François Cavanna à son bureau à Paris en décembre 2008. François Cavanna à son bureau à Paris en décembre 2008. | AFP/FRANÇOIS GUILLOT

COMBLE DE L'IRRESPECT

Parallèlement au mensuel, Hara-Kiri Hebdo, créé en février 1969, se frotte à l'actualité politique. Et force le respect d'une intelligentsia qui, jusque-là, se pinçait le nez. En novembre 1970, alors que le général de Gaulle vient de mourir, Hara-Kiri Hebdo titre : «  Bal tragique à Colombey : 1 mort  ». Comble de l'irrespect, ce titre est une référence aux manchettes de la presse populaire quelques jours plus tôt, après l'incendie du « 5-7 », une discothèque de Saint-Laurent-du-Pont (Isère), qui avait fait 146 victimes. Scandale, interdiction et poursuite de l'aventure sous le nouveau titre Charlie-Hebdo.

Les procès s'accumulent ? Ils persistent et signent. Chef d'orchestre, cheville ouvrière, mentor, Cavanna est tout cela. Il tient que l'humour est «un coup de poing dans la gueule», un uppercut donné à la bêtise, un camouflet à l'arrogance. L'arrivée de la gauche au pouvoir marque le début du déclin de l'hebdomadaire. Il disparaît le 23 décembre 1981. Le mensuel, lui, paraîtra jusqu'en 1986. L'aventure aura duré vingt-cinq ans. « On admire aujourd'hui Hara-Kiri comme une glorieuse réussite, confiait Cavanna au Monde en 2010. Or, même au temps de sa grande diffusion, il était haï à l'unanimité, par la presse et les artistes. On était un journal vulgaire. On nous reprochait notre mauvais goût. On était une réunion de bandits, d'individus à la marge, de révoltés. » Pourtant il n'éprouvait pas les aigreurs de la nostalgie. Il collaborera d'ailleurs à Charlie Hebdo lorsque le titre fut relancé par Philippe Val.

François Cavanna à son bureau de Charlie Hebdo en octobre 1978. François Cavanna à son bureau de Charlie Hebdo en octobre 1978. | AFP/-

GÉANT AUX PIEDS D'ARGILE

Parallèlement au journalisme, Cavanna s'adonnait à l'écriture. Son premier livre, Les Ritals, grand succès populaire adapté à la télévision, l'avait imposé comme un écrivain de premier ordre. Cavanna possédait, en effet, un style magnifique, singulier, mélange d'oralité et de lyrisme sec. Un Rabelais moderne, estimait Pierre Desproges. Défenseur des animaux, militant anti-corrida, écologiste de la première heure, Cavanna se proclamait « à gauche de la gauche ». La vie ne l'épargna pas. Derrière ses airs bourrus, ses bacchantes de Gaulois et ses coups de gueule, c'était un tendre, Cavanna, un géant aux pieds d'argile, un féministe qui aimait les femmes et ne savait pas toujours choisir. Tiraillé à en crever entre son épouse et sa maîtresse (Les Yeux plus grands que le ventre, 1983), il fut sauvé de justesse d'un suicide par pendaison.

Après le décès par overdose de sa petite-fille à l'âge de 18 ans, François Cavanna partit en guerre contre la drogue, appelant à une réglementation mondiale pour endiguer ce fléau. Vers la fin de sa vie, il habitait un petit studio rue des Trois-Portes non loin de la place Maubert à Paris, à l'endroit même où jadis se tenaient les fiévreuses réunions de rédaction. Dans Lune de miel, paru en 2010, il témoigna de son combat contre la maladie de Parkinson, des efforts qu'il déployait pour continuer à écrire, ces pattes de mouche qu'il arrachait aux tremblements. N'empêche, il se voyait rivé à son écritoire jusqu'à 100 ans. Une vieille monomanie hantait cet utopiste : supprimer la mort, remédier aux causes biologiques du vieillissement, ce qu'il estimait possible pour peu qu'on accordât aux chercheurs le budget de l'armée. C'était oublier que malgré son grand âge et ses cheveux de neige, cet écrivain de talent, perpétuellement insurgé, était demeuré un jeune homme.

  • Macha Séry
    Journaliste au Monde

 

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 20:57
CHARLIE-HEBDO assassiné
CHARLIE-HEBDO assassiné
CHARLIE-HEBDO assassiné
CHARLIE-HEBDO assassiné
Ce qu'il s'est passé dans l'immeuble de "Charlie Hebdo"
L' Obs

En quelques minutes, deux terroristes assassinent 12 personnes à la rédaction de l'hebdomadaire satyrique. Charb, Cabu, Wolinski, Tignous et Bernard Maris comptent parmi les victimes.

Les attaquants de Charlie Hebdo face à des policiers, le 7 janvier 2015.  (AFP PHOTO / ANNE GELBARD) Les attaquants de Charlie Hebdo face à des policiers, le 7 janvier 2015. (AFP PHOTO / ANNE GELBARD)
 
"C'est où Charlie Hebdo ?"

• Peu avant 11h30, une Citroën C3 noire conduite par un troisième homme dépose les deux attaquants devant le 6 rue Nicolas Appert, dans le 11e arrondissement de Paris. Ils s'aperçoivent qu'il ne s'agit pas de la rédaction de "Charlie Hebdo". Ils demandent autour d'eux où se trouve "Charlie Hebdo", puis se dirigent alors devant le siège de l'hebdomadaire,  au numéro 10 de la rue. 

• La dessinatrice Coco vient d'aller chercher sa fille à la garderie. Comme elle le raconte dans son témoignage à "L'Humanité", elle est devant la porte du journal quand les deux hommes cagoulés et armés la contraignent sous la menace à taper le code de l'immeuble : "Ils voulaient entrer, monter. J’ai tapé le code. Ils ont tiré sur WolinskiCabu."

• Armés d'une kalachnikov et d'un lance-roquette, les deux hommes pénètrent dans le bâtiment et tirent en criant toujours qu'ils cherchent "Charlie Hebdo". Ils tirent sur les deux hommes en charge de l'accueil et tuent l'un d'eux.

• Une quinzaine de personnes assistent à la conférence de rédaction de l'hebdomadaire à ce moment précis. Les tireurs font irruption dans la salle et demandent leurs noms aux journalistes avant d'ouvrir le feu : ils disent chercher particulièrement Charb.

"Appelle la police, c'est un carnage"

• Dans son témoignage, Coco explique que, pendant ce temps, elle se réfugie sous un bureau et entend les deux hommes qui "parlaient parfaitement le français". Ils se revendiquent d'Al-Qaïda, toujours selon Coco qui raconte que les coups de feu durent au moins cinq minutes.

• Laurent Léger, journaliste de "Charlie Hebdo" se trouve dans la salle au moment de l'attaque. A 11h40, il parvient à prévenir un ami proche :

Appelle la police. C'est un carnage. Tout le monde est mort."

Puis la communication est coupée.

• Charb, l'un des deux policiers chargés de sa protection, Wolinski, Cabu, Tignous, l'économiste Bernard Maris, actionnaire de l'hebdomadaire, Michel Renaud, fondateur du festival Rendez-vous du carnet de Voyage, ainsi que trois autres personnes sont tuées (On ignore encore leurs identités).

Gérard Biard, le rédacteur en chef de "Charlie Hebdo", est en vie.

• La journaliste Catherine Meurisse arrive en retard à la conférence de rédaction. Dans la rue, elle voit surgir deux hommes encagoulés de l'immeuble de "Charlie Hebdo" qui prennent la fuite.

"On a vengé le prophète Mohamed"

• A la sortie de l'immeuble, une série de trois fusillades éclate avec des policiers :

> Une première a lieu dans un axe perpendiculaire à la rue Nicolas Appert, sans faire de blessé.

> La seconde avec une brigade policière en VTT, sans que personne ne soit touché.

> Enfin, avant de s'enfuir en voiture, les deux attaquants tirent sur une voiture de police. Ils descendent alors de voiture et exécutent l'un des agents étendu au sol, blessé, à bout portant, d'une balle dans la tête. Ils repartent en criant : "On a vengé le prophète Mohamed", témoigne une passante.

• Commence alors la traque à travers Paris.

En fin d'après-midi mercredi, les deux meurtriers n'avaient pas encore été arrêtés.Il s'agit des Frères KOURACHI

Un numéro vert (08.05.02.17.17) a "été mis à disposition" et "activé" afin de recueillir tout témoignage sur cet attentat.

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EN DIRECT. Attentat à "Charlie Hebdo" : les frères Kouachi recherchés, 7 personnes en garde à vue
L' Obs

Saïd et Chérif Kouachi, sont activement recherchés alors qu'un troisième homme s'est rendu à la police à Charleville-Mézières. Jeudi a été "déclaré jour de deuil national". Suivez l'évolution de la situation en direct.

Deux frères de 34 et 32 ans, Saïd et Chérif Kouachi, sont toujours recherchés dans l'enquête sur l'attaque contre "Charlie Hebdo" qui a fait 12 morts, mercredi. (FRENCH POLICE / AFP) Deux frères de 34 et 32 ans, Saïd et Chérif Kouachi, sont toujours recherchés dans l'enquête sur l'attaque contre "Charlie Hebdo" qui a fait 12 morts, mercredi. (FRENCH POLICE / AFP)
 

Charlie Hebdo est un journal hebdomadaire satirique français. Largement illustré, il est fait de multiples chroniques et pratique de temps en temps le journalisme d'investigation en publiant des reportages à l'étranger ou sur des domaines comme les sectes, l'extrême droite, le catholicisme, l'islamisme, le judaïsme, la politique, la culture, etc. Selon Charb, directeur de la publication jusqu'en 2015, la rédaction du magazine reflète « toutes les composantes de la gauche plurielle, et même des abstentionnistes ».

 

 

Histoire

 

Prémices
Articles connexes : Hara-Kiri (journal) et Charlie Mensuel.

 

L'histoire de Charlie Hebdo trouve principalement ses racines dans celle d'un autre journal, Hara-Kiri. S'étant connus en collaborant au journal Zéro destiné à donner leur première chance aux jeunes talents, Georges Bernier alias le Professeur Choron, et François Cavanna lancent en 1960 le mensuel Hara-Kiri, « journal bête et méchant ». Choron (dont le pseudonyme dérive du nom de la rue du 9e arrondissement de Paris où était installé le siège du journal) est le directeur de publication. Cavanna, rédacteur en chef, rassemble progressivement une équipe qui comprend Francis Blanche, Topor, Fred, Reiser, Wolinski, Gébé, Cabu. Interdit de publication dès 1961, il reparaît pour être de nouveau interdit en 1966. L'interdiction est levée six mois plus tard. Lorsqu'il reparaît, certains collaborateurs ne reviennent pas, tels Gébé, Cabu, Topor, Fred. On remarque les nouveaux : Delfeil de Ton, Fournier, qui signe alors Jean Nayrien Nafoutre de Sayquonlat et Willem.

 

En 1969, Cavanna, Choron et Delfeil de Ton lancent le mensuel Charlie3. Ce journal de bande dessinées était initialement la version française du mensuel italien Linus (du nom d'un personnage des Peanuts), qui publiait des séries américaines classiques et des BD contemporaines, à la fois françaises, italiennes et américaines4. La plupart des séries anglo-saxonnes étaient traduites par Cavanna à partir des traductions italiennes de Linus. Comme Linus, Charlie doit son nom à un des personnages des Peanuts, en l'occurrence Charlie Brown. Delfeil de Ton est pendant un an le rédacteur en chef de ce Charlie Mensuel et y publie, les introduisant ainsi aux adultes en France, les Peanuts de Charles M. Schulz (que le magazine Spirou avait déjà présentés en mini-récit à ses lecteurs, mais ceux-ci étaient des enfants).

1969-1981
 
François Cavanna, l'un des fondateurs de Charlie Hebdo

 

En 1969, l'équipe de Hara-Kiri, rassemblée par Cavanna qui, tout en continuant le mensuel, décide de créer un hebdomadaire. Gébé et Cabu reviennent. En février 1969, Hara-kiri-hebdo est lancé. En mai 1969 il est renommé L'hebdo hara-kiri.

 

En novembre 1970, le général de Gaulle meurt, alors que dix jours auparavant un incendie dans une discothèque à Saint-Laurent-du-Pont avait fait 146 morts. L'hebdo titre en couverture, de façon sobre, sans aucun dessin, « Bal tragique à Colombey - un mort ». L'hebdo hara-kiri est interdit de paraître par le ministre de l'Intérieur, Raymond Marcellin. Faisant fi de l'interdiction, l'équipe décide que le journal doit continuer à paraître et trouve la parade en changeant son titre : il devient Charlie Hebdo, en référence au mensuel Charlie. Le nouveau titre constitue également une allusion à de Gaulle. Charlie Hebdo continuera ensuite à paraître sous ce titre et ne reprendra pas l'une de ses appellations initiales L'Hebdo Hara-Kiri.

 

Comme à l'époque de Hara-Kiri, le professeur Choron est directeur de publication, tandis que Cavanna est rédacteur en chef. Lors des dernières années de parution c'est « toute l'équipe » qui assure la rédaction en chef et Cavanna est nommé « ange tutélaire ». Vers 1977, le journal publia une chronique sur l'extrême droite de l'époque (le Groupe Action Jeunesse, le Groupe Union et Défense, les Groupes Nationalistes Révolutionnaires de base de François Duprat, appelés "greuneubeu", les Groupes de Base du Mouvement de Yves Bataille...) qui témoignait d'une objectivité et d'une connaissance surprenantes[réf. souhaitée].

 

Le 23 décembre 1981, faute de lecteurs réguliers en nombre suffisant, la parution s'arrête au numéro 580. Un numéro 581 paraîtra un an plus tard en décembre 1982 pour commenter les incidents provoqués par les anciens membres du journal, dont le Professeur Choron, lors de l'émission Droit de réponse consacrée à la mort de l'hebdomadaire. Ce journal n'avait pas de revenus publicitaires, mais surtout pas assez d'abonnés Avant de disparaître, il lance un dernier gag, le quotidien Charlie Matin… qui ne paraît que trois jours de suite.

Depuis 1992

L'acte de naissance du nouveau Charlie Hebdo correspond à la démission de Philippe Val et Cabu de La Grosse Bertha à la suite d'un différend avec le directeur de publication Jean-Cyrille Godefroy et à leur désir d'avoir leur propre hebdomadaire. Au cours d'une réunion-repas, à la recherche d'un titre, Wolinski lança « et pourquoi pas Charlie Hebdo, le titre est libre ! » La proposition fut immédiatement acceptée8. Philippe Val, Gébé, Cabu et Renaud apportèrent le capital pour financer le premier numéro. Une société par actions fut créée, Les Éditions Kalachnikof. Ils en détiennent environ 80 % ce qui les rend quasiment propriétaires du journal et assure son indépendance. Renaud vendra ses parts à son départ du journal, et la veuve de Gébé les revendra pour 300 000 euros à la société.

 

C'est ainsi que Charlie Hebdo nouvelle mouture est né en juillet 1992. Il bénéficia pour son lancement de la prestigieuse notoriété du Charlie Hebdo historique, d'autant plus qu'on y retrouvait les signatures vedettes des années 1970 : Cavanna, Delfeil de Ton, Siné, Gébé, Willem, Wolinski, Cabu et une maquette identique. Sont également présents Charb, Oncle Bernard, Renaud, Luz et Tignous. Il fut présenté et accueilli non comme un nouvel hebdomadaire mais comme la suite, la reparution de l'ancien. Le premier numéro s'est vendu à 120 000 exemplaires. Sur la page de une, la légende titre URBA, Chômage, Hémophiles, Superphénix, on voit en dessous François Mitterrand dire « Et Charlie Hebdo qui revient ! ».

 

Le professeur Choron, à qui on n'avait pas proposé de poste par lui jugé acceptable, tenta pour sa part de relancer simultanément un Hara-Kiri hebdomadaire, où travaillait aussi Philippe Vuillemin, mais sa parution fut brève. Par la suite, il lancera La Mouise, vendu par des personnes à faible revenu (étudiants, SDF…) et leur assurant quelques revenus (initiative saluée d'ailleurs par Cavanna). Dans ce nouveau Charlie Hebdo, Philippe Val, Gébé et Cabu détiennent toutes les responsabilités. Philippe Val est directeur de rédaction, Gébé responsable artistique. Sous la direction de Philippe Val, le journal mène des combats rappelant la lignée contestataire d'extrême gauche. En cela, il se différencie de l'ancien Charlie Hebdo sans réelle ligne ni appartenance politique particulière, ce que le talent individuel reconnu de ses collaborateurs, rédacteurs et dessinateurs - humour corrosif, contestation efficace - et la stabilité de l'équipe renforçaient encore. Cette continuité et cette stabilité seront finalement malmenées. Plusieurs collaborateurs quitteront le journal ou en seront renvoyés. Les méthodes du nouveau directeur de rédaction du journal seront contestées au sein même de la rédaction, mises au jour parfois par plusieurs cas d'opposition ou de démission (Philippe Corcuff, Olivier Cyran, Lefred-Thouron ou François Camé, ainsi que des collaborateurs extérieurs réguliers…), voire de licenciements (par exemple le critique de cinéma Michel Boujut et l'actuelle collaboratrice du Monde diplomatique, Mona Chollet) à la fin des années 1990 et au début des années 200012.

 

Une large diversité d'opinions s'y exprime cependant, montrant que n'y existe pas de ligne éditoriale de prêt-à-penser. Comme Hara Kiri (aujourd'hui disparu), Charlie Hebdo est associé à une rare liberté de ton, et ce en son sein même, Charb ne se privant pas par exemple d'éreinter le fumeur Siné, et ce dernier incitant à voter « non » au référendum de 2005 sur la constitution européenne alors que Philippe Val milite fortement pour le « oui ». Le journal est édité tous les mercredis et publie également un certain nombre de hors-séries à périodicité variable.

2002-2004

En novembre 2002, le chroniqueur philosophe Robert Misrahi publie une tribune sur l'ouvrage d'Oriana Fallaci La Rage et l'orgueil intitulée « Courage intellectuel » dans laquelle il fait un éloge de l'ouvrage. Il écrit notamment : « Oriana Fallaci fait preuve de courage intellectuel. […] Elle ne proteste pas seulement contre l'islamisme assassin. […] Elle proteste aussi contre la dénégation qui a cours dans l'opinion européenne, qu'elle soit italienne ou française par exemple. On ne veut pas voir ni condamner clairement le fait que c’est l’Islam qui part en croisade contre l'Occident et non pas l'inverse. »

 

Cet article crée une polémique auprès de plusieurs associations qui estiment que l'ouvrage contient des propos racistes et le soutien de Misrahi à l'auteur italienne est vivement critiqué dans des publications comme Acrimed. La semaine suivant la publication de l'article, plusieurs lettres de lecteurs choqués sont publiées dans Charlie Hebdo et une réponse de l'hebdomadaire à ces courriers désavoue le chroniqueur. Après les attentats du 11 septembre 2001, Charlie Hebdo se désolidarise de certains courants d'extrême gauche qui, par antiaméricanisme, n'ont pas condamné les islamistes. Ces positions lui vaudront des relations conflictuelles avec cette gauche tiers-mondiste, en particulier, lorsqu'il dénonce la présence de Tariq Ramadan au FSE en 2003. Dans son éditorial du 15 novembre 2003, Philippe Val dénonce une « rhétorique immuablement semblable à celle qui innerva l’Europe d’avant-guerre » et qui, « a de quoi alarmer tous ceux qui savent comment meurent la paix et la démocratie ». Il affirme que Tariq Ramadan « est un propagandiste antisémite ». Il critique une partie de la gauche à qui il prête des positions antisémites au nom de l'antiracisme, se référant en particulier à la conférence de Durban en 2001 durant laquelle le sionisme fut assimilé à une politique raciste.

 

Après le décès de Gébé, Philippe Val, toujours rédacteur en chef, lui succède comme directeur de la publication. La vente est d'environ 60 000 exemplaires[réf. nécessaire]. En décembre 2004, le sociologue Philippe Corcuff, chroniqueur depuis avril 2001, quitte Charlie Hebdo suite à des désaccords éditoriaux avec la direction et en particulier avec Philippe Val13.

2006
 
Des gendarmes protègent Charlie Hebdo à la suite de la publication des caricatures.

Tandis que le tirage régulier est de 140 000 exemplaires, le 8 février 2006 160 000 sont publiés et vendus. Le journal procède alors à deux réimpressions et 400 000 exemplaires s'écoulent14. Cette semaine-là, Charlie Hebdo publie la série de caricatures de Mahomet du journal Jyllands-Posten. La semaine précédente, ces dessins avaient déclenché des protestations dans des pays à majorité musulmane après que des imams danois y avaient fait campagne contre elles. Certains voient dans cette démarche, une tentative d'augmenter l'autocensure pratiquée par des pays européens à propos de l'islam. Des organisations musulmanes françaises comme le Conseil français du culte musulman, ont demandé l'interdiction du numéro, qui contient également des caricatures de Mahomet dessinées par les collaborateurs réguliers du journal. Cette demande n'a pas abouti à cause d'un vice de procédure. Le président de la République, Jacques Chirac condamne par la suite ces « provocations manifestes ». L'affaire des caricatures amène la publication du Manifeste des douze le 1er mars 2006.

Le 15 mars 2006, le ministère de la Culture organise une soirée en l'honneur du dessin de presse pour saluer les dessinateurs et caricaturistes après l'affaire en question. Plantu, Cabu, Wolinski et les plus jeunes Sattouf, Jul, Charb et Luz, tous les dessinateurs de Charlie sont particulièrement salués. Un hommage est adressé aux caricaturistes, occasion, un mois après la polémique suscitée par la publication des caricatures de Mahomet, d'entendre le directeur de cabinet du ministre, Henri Paul, réaffirmer leur statut d'« acteurs de la liberté », et d'apprendre la création d'une « mission pour la conservation et la valorisation du dessin de presse », parrainée par Wolinski. L'association des amis d'Honoré Daumier, avait inspiré l'événement.

Libération publie des réflexions de plusieurs dessinateurs du journal, en réaction à cette affaire :

Charb déclare : « J'ai vu les dessins, c'est énormément de bruit pour pas grand-chose. En France, je parle pour Charlie, on a publié des représentations du prophète qui étaient beaucoup plus choquantes que ce qui a été publié au Danemark. Une fois, une association musulmane très minoritaire et plutôt discrète a intenté un procès à Charlie parce qu'un dessin avait mis en scène le prophète. Ils sont allés en justice, ils ont perdu. À Charlie, avant qu'on soit embêtés par les musulmans intégristes, on a eu affaire à l'extrême droite catholique. Ça s'est terminé normalement devant les tribunaux, ils ont perdu et voilà. Ils attaquent pour tester en espérant gagner et que la législation change. Les juifs, on doit constater qu'ils ne nous font pas chier. Dans Charlie, on traite surtout de l'Église catholique parce qu'elle est encore très majoritaire ». Luz explique « en tant qu'athée, il est évident puisque l'on est dans un pays catholique que l'on va s'attaquer plutôt aux catholiques qu'aux musulmans, et plutôt au clergé, qui est le vrai représentant de cette aliénation, qu'à Dieu. Après, tout dépend du média qui porte le message. Quand c'est Charlie Hebdo, la critique ne porte pas sur les musulmans mais sur l'aliénation dans la foi ». De son côté, Jul explique également « c'est beaucoup plus facile de faire des dessins violents sur les chrétiens que sur les autres religions. Sans doute parce qu'on est dans un pays catholique. On ne peut pas taper sur une religion minoritaire comme on tape sur une religion majoritaire. Si l'hystérie provoquée par ces dessins est aussi forte, c'est aussi parce qu'il y a un racisme anti-arabe et anti-musulman en Europe. Mais je trouve totalement anormal que cette affaire ne se soit pas simplement réglée devant les tribunaux ».

D'autres intellectuels comme le philosophe Michel Smadja dans le même journal, qui loue le travail de Charlie Hebdo, écrit à ce propos : « comment se fait-il que Charlie Hebdo et ses collaborateurs (dont Caroline Fourest) semblent un vivier d'intelligence du monde et d'honnêteté bien plus crédible que certaines unités du CNRS ? Peut-être parce que, dans la rédaction de ce journal satirique, on a conservé l'idée qu'être de gauche n'est pas une simple posture sociale, mais plutôt, avant toute prise de position, l'exigence de la lucidité ».

2007-2009
 
Ancien siège de Charlie Hebdo à Paris.

Charlie Hebdo a été poursuivi par la Grande Mosquée de Paris, l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) et la ligue islamique mondiale pour la publication de deux des caricatures de Mahomet du journal Jyllands-Posten ainsi que la une dessinée par Cabu représentant « Mahomet débordé par les intégristes » déclarant que « c'est dur d'être aimé par des cons » (Le Monde du 08/02/07). Le procès de Charlie Hebdo, qui s’est tenu au Tribunal de grande instance de Paris du 7 au 8 février, a abouti à la relaxe, requise par le procureur de la République, et prononcée le 22 mars. Joann Sfar a publié un compte-rendu du procès dans un de ses carnets. Le CFCM se déclara néanmoins pour sa part satisfait des attendus du jugement. La société éditrice de Charlie Hebdo, les Éditions rotatives, est bénéficiaire de 968 501 euros. Sur cette somme, 85 % ont été reversés aux actionnaires (Philippe Val et Cabu ont touché 330 000 euros, Bernard Maris 110 000 euros et Éric Portheault, responsable financier, 55 000 euros).

 

En juillet 2008 éclate l'« affaire Siné », qui aboutira au licenciement du dessinateur (lire plus bas). En août, Charlie lance sa propre maison d'édition, Les Échappés, dirigée par le dessinateur Riss. Le 10 septembre, l'hebdomadaire lance son site Internet20. Le même jour paraît le premier numéro de son concurrent Siné Hebdo.

 

Le 12 mai 2009, le journal indique dans un communiqué que Philippe Val quitte son poste pour rejoindre Radio France Le dessinateur et chroniqueur Charb devient le nouveau directeur de la publication et le dessinateur Riss occupe désormais les fonctions de directeur de la rédaction avec pour adjointe la journaliste Sylvie Coma. Le départ de Philippe Val, à la tête du journal (d'abord comme rédacteur en chef, puis directeur de la publication et de la rédaction) depuis 17 ans, ouvre une nouvelle ère. Dans l'éditorial du numéro 899 de Charlie Hebdo, Charb annonce un « Charlie 3 ». Riss affirme qu'« il y aura plus de dessins et les textes seront plus courts, mais c’est tout ». Pour Charb, « le principal changement c’est que Charlie ne sera plus associé à [Philippe] Val. (...) On a envie de renouer avec ce qui nous rassemble : le goût de la satire. »22 Enfin, le journal s'ouvre à l'investigation, genre journalistique jusque là peu présent dans les colonnes de l'hebdomadaire satirique, avec les signatures de Guillaume Dasquié et Laurent Léger. En octobre 2009, Charlie Hebdo était vendu à 53 000 exemplaires, dont 13 000 par abonnement24.

2010-2015
 
Nouveau siège du journal rue Serpollet à Paris

Confronté à une diminution des ventes, le journal fait appel, début avril 2010, à un prestataire de service afin d'optimiser sa diffusion et limiter les retours25. Le 9 juin, le prix de l'hebdomadaire, qui n'avait pas augmenté depuis 9 ans, passe à 2,50 euros au lieu de 2 euros. Selon le directeur de la publication Charb, cette augmentation de 25 % est liée à l'augmentation des charges qui pèsent sur le journal (papier, impression, électricité, etc.). Le même réaffirme auprès des lecteurs la volonté d'indépendance de la rédaction de Charlie Hebdo : « En pleine crise de la presse (en pleine crise tout court), nous n’avons pas et nous ne voulons pas d’industriels fortunés comme actionnaires. Pas plus que nous ne voulons dépendre de la publicité. Nous ne touchons donc pas les aides de l’État dont bénéficient les journaux dits « à faibles ressources publicitaires », puisque, de publicité, nous n’en avons pas. L’indépendance, l’indépendance totale, a un prix. La presse gratuite coûte des millions de compromis éditoriaux, la presse libre coûte, elle, 2,50 euros. Et son existence ne repose que sur vous. »

Le 16 février 2011, Charb annonce dans le journal que Philippe Val, son prédécesseur à la tête de l'hebdomadaire, n'est plus actionnaire de Charlie Hebdo. Il cède toutes ses parts pour un euro symbolique. Le capital du journal est désormais partagé entre Charb (600 parts), Riss (599), Éric Portheault (299), Bernard Maris (1) et Cabu (1). Les actions sont estimées à zéro euro, selon Charb27. Le 5 avril, Charb annonce dans Libération que Charlie Hebdo déménage dans des locaux porte de Montreuil, à Paris. Les ventes du journal se situent autour de 48 000 exemplaires hebdomadaires, dont 12 000 abonnés, indique le directeur de la publication28. Dans la nuit du 1er au 2 novembre 2011, les locaux de Charlie Hebdo (situés au 62, boulevard Davout, 20e arrondissement29) sont la cible d'un incendie criminel provoqué par un cocktail molotov30. Le site du journal est piraté, la page d'accueil étant remplacée par une photo de La Mecque et des versets du Coran31. Ces attaques font suite à l'annonce de la sortie du journal daté du 2 novembre, baptisé spécialement Charia Hebdo avec Mahomet comme rédacteur en chef afin de « fêter la victoire » du parti Ennahdha en Tunisie29. À la suite de l'incendie, l'équipe de Charlie Hebdo a été hébergée durant deux mois dans les locaux de Libération, avant de rejoindre de nouveaux locaux dans le 20e arrondissement de Paris32. À ce jour, l'enquête n'a pas démontré de lien entre les deux faits.

En janvier 2012, Charlie Hebdo publie une fausse affiche de la candidate Marine Le Pen, qui portera plainte33.

Le 19 septembre 2012, une vive polémique naît à la suite de la publication de nouvelles caricatures du prophète Mahomet avec de nombreuses condamnations tant de la part de certains dirigeants politiques que d'instances religieuses tels que le Conseil français du culte musulman (CFCM)34 ou encore le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF)35. Rappelant que « la liberté d’expression constitue l’un des principes fondamentaux de la République », le Premier ministre Jean-Marc Ayrault affirme pour sa part « sa désapprobation face à tout excès »36.

François Fillon et Marine Le Pen ont à cette occasion défendu Charlie Hebdo37. Ces caricatures sont par ailleurs perçues comme une provocation alors même que des émeutes secouent le monde musulman quelques jours après la diffusion d'une vidéo qualifiée d'« anti-islam »38. Une plainte a été déposée au parquet de Paris contre Charlie Hebdo pour « provocation à la haine » par l'Association syrienne pour la liberté. Une autre plainte pour « diffamation » et « injure publique » a été déposée à Meaux par l'Association des musulmans de Meaux et de sa région39. Le site web de Charlie Hebdo est, le jour même, piraté et rendu inaccessible40.

Attentat du 7 janvier 2015

Le mercredi 7 janvier 2015 en fin de matinée, trois hommes vêtus de noir et lourdement armés entrent dans le siège du journal Charlie Hebdo à Paris et y ouvrent le feu à la Kalachnikov, tuant douze personnes dont deux policiers, et blessant grièvement au moins quatre personnes selon le parquet de Paris42, ce qui constitue le bilan le plus meurtrier d'un attentat depuis au moins quarante ans en France. Cette attaque est désignée comme un « attentat terroriste » par le président de la République François Hollande.

Parmi les victimes se trouvent les dessinateurs CharbCabu, HonoréTignous, Wolinski, ainsi que l'économiste Bernard Maris

Positionnement

Charlie Hebdo, publication satirique de tradition libertaire, à l'esprit caustique et irrespectueux hérité de Hara-Kiri, a gardé une réputation marquée à gauche. Si l'hebdomadaire fustige plus volontiers les idées et hommes politiques de droite, il n'est guère complaisant avec les partis de gauche, qu'ils soient au gouvernement ou non. Il est fréquent que les différents chroniqueurs soient en désaccord plus ou moins profond, par exemple lors du référendum sur la Constitution européenne.

Polémiques

Dispute avec le Professeur Choron

Le professeur Choron était pour des raisons historiques propriétaire du titre Hara-Kiri et autres titres des éditions du Square. Le titre Charlie Hebdo ne fut jamais déposé légalement. C'est lui qui avait été directeur de toutes les publications hara-kiriennes des éditions du Square et en assurait la gestion financière. Selon Cavanna, sans lui, Hara-Kiri n'aurait jamais pu exister, pas plus que les publications qui en émanèrent, dont Hara-Kiri hebdo nommé Charlie Hebdo pour seule raison d'interdiction du premier. S'il accepta de prendre tous les risques financiers (nombreux procès et mauvaises ventes pour certains titres), il fut, de par sa personnalité même, un très mauvais gestionnaire.

Aucune place ne lui fut réellement proposée dans le nouveau Charlie Hebdo de 1992. Sa réaction immédiate fut de lancer son propre hebdomadaire satirique nommé Hara-Kiri, qui eut peu de succès et finit par disparaître, et d'intenter un procès à Charlie Hebdo tout en laissant la disposition du titre à la nouvelle équipe pendant six mois. Pour des raisons strictement juridiques, les membres de l'équipe historique ne firent pas valoir leur droit à être ensemble les détenteurs du titre. Il y fut plaidé le droit d'auteur. Delfeil de Ton révéla toutefois dans sa chronique du Nouvel Observateur le 14 août 200845 que chaque membre de la nouvelle équipe livra au tribunal un papier signé attestant que Cavanna était l'unique inventeur du titre. Cela pourrait être considéré comme un faux, et du reste, Delfeil de Ton n'a été ni contredit, ni attaqué en diffamation.

Cet élément n'étant alors pas connu, Choron perdit son procès. Par décision de la 3e chambre du tribunal de grande instance de Paris, le 30 janvier 1993, Cavanna est reconnu, de droit, l'auteur du titre. En 2002 il est également reconnu comme propriétaire de la formule « Hara Kiri : journal bête et méchant » qui figure dès lors dans un bandeau sur la quatrième de couverture de l'hebdomadaire regroupant les « couvertures auxquelles vous avez échappé ».

Le professeur Choron s'exprima de façon virulente envers Philippe Val dans son mensuel, Zéro, et lança un autre magazine satirique nommé La Mouise, vendu par et pour des SDF.

Lors de la parution du livre Les années Charlie en 2004, il n'est cité que brièvement dans une préface de Cavanna (il y est fait mention de l'odeur de ses cigarettes dans les locaux du journal). La plus célèbre Une du journal, « Bal tragique à Colombey », dont il est l'auteur46, ne lui est pas créditée non plus.

Direction par Philippe Val

Le journal connaît des polémiques par rapport à sa ligne éditoriale et son fonctionnement interne :

  • Philippe Val décidait seul du dessin sélectionné pour être publié en Une. Alors qu'avant 1981 la décision était prise à l'unanimité47.
  • Philippe Val, membre fondateur d'Attac, fut rayé de la liste des membres fondateurs d'Attac, à sa demande. Il se trouve toutefois qu'il n'avait jamais payé sa cotisation48. Le journal PLPL est critique envers Philippe Val, ce qui lui pose quelques problèmes. Philippe Val est en effet plus proche de la gauche parlementaire que de l'extrême-gauche. Sa position est bien éloignée des positions éternellement ambiguës de Choron. On lui reproche également sa stigmatisation fréquente de l'altermondialisme.
  • Certains anciens collaborateurs de Charlie Hebdo comme Olivier Cyran ont participé et participent encore au journal CQFD. Libération a décrit CQFD comme le journal des déçus de Charlie Hebdo, qui a démenti... mais interdit à cinq de ses dessinateurs de collaborer à CQFD49. Cela dit, Charlie Hebdo n'est pas une chapelle, Wolinski en restait membre même quand il travaillait de front à L'Humanité (sa collaboration à Paris Match fut d'ailleurs presque autant contestée). De même, Charb publie régulièrement dans l'Humanité et Fluide glacial, et Cabu dans le Canard enchaîné.
  • Bien qu'indépendant de toute forme de publicité, Charlie Hebdo a tout de même conclu un accord avec le journal Libération et affiche chaque semaine dans ses pages une publicité (la seule) présentant la Une de ce journal.
  • Philippe Val est particulièrement virulent envers Internet et a longtemps refusé que Charlie Hebdo s'en serve pour communiquer, par le biais d'un site web par exemple. Il a fait fermer le site d'un particulier qui faisait un résumé hebdomadaire des éditions de Charlie Hebdo. En revanche, le fait qu'il ne mette plus systématiquement son courriel en signature comme il le faisait il y a quelques années peut être vu comme une mesure de protection de sa tranquillité : sans doute pour éviter les spams et insultes faciles. Le 10 septembre 2008, cependant, Charlie Hebdo annonce en page 3 le lancement de son site Internet.
  • La direction de Charlie Hebdo par Philippe Val s'achève courant mai 2009, lorsque ce dernier décide de rejoindre Jean-Luc Hees, le nouveau président de Radio France. Cette information a été divulguée par l'hebdomadaire, sans toutefois donner de détails sur le poste qu'occupera Philippe Val à Radio France.
  • Charb, dessinateur et chroniqueur au sein de l'hebdomadaire, lui succède à la direction de la publication et le dessinateur Riss aux fonctions de directeur de la rédaction, avec pour adjointe la journaliste Sylvie Coma. Bernard Maris quitte ses responsabilités à la direction de la rédaction, mais il prend à sa charge l'éditorial. Enfin, Gérard Biard demeure rédacteur en chef du journal.
Licenciement de Siné
Article détaillé : Affaire Siné.
  • Dans le numéro du 2 juillet 2008, Siné, dans sa chronique hebdomadaire « Siné sème sa zone », ironise sur l'ascension de Jean Sarkozy. Il y fait notamment allusion aux fiançailles de celui-ci avec l'héritière, de confession juive, des fondateurs du groupe Darty, et à une possible conversion au judaïsme (rumeur lancée par Patrick Gaubert, président de la LICRA dans Libération du 23 juin 2008). L'entourage de Jean Sarkozy signale50 cette chronique à Claude Askolovitch du Nouvel observateur, qui la déclare « antisémite » sur RTL. Philippe Val, qui affirme l'avoir publiée sans la lire51, reçoit un coup de téléphone50 d'un proche collaborateur de Jean Sarkozy, écrit une lettre d'excuse et demande à Siné de la signer52. Il est également prévu que la rédaction du journal dans son ensemble signe un texte désavouant l'article de Siné. Ce texte ne sera finalement pas publié, une partie de la rédaction — notamment Michel Polac — refusant de s'y associer, mais Siné considère néanmoins cette initiative comme une « pétition contre lui » et refuse alors de présenter des excuses51. Philippe Val annonce dans le numéro du 16 juillet la fin de la collaboration du journal avec Siné. Celui-ci accuse alors Val d'avoir cherché un prétexte pour le licencier en raison de leur désaccord à propos de Denis Robert et Clearstream pour lequel il l'attaquait également dans le même article53, l'avocat de Charlie Hebdo étant aussi avocat de Clearstream.
  • L'éviction de Siné entraîne une vive polémique médiatique. Deux tendances opposées s'affrontent dans les médias français, l'une prenant la défense de Siné, l'autre dénonçant ses propos comme étant antisémites. Philippe Val fait l'objet de nombreuses attaques affirmant que la chronique incriminée n'aurait été qu'un prétexte pour se débarrasser d'un collaborateur historique de Charlie Hebdo avec lequel il avait très peu d'affinités. Des pétitions sont lancées dans les deux camps, et de nombreuses personnalités prennent parti pour l'un ou l'autre.
  • Siné est cité à comparaître le 9 septembre 2008 devant la 6e chambre correctionnelle (presse) du tribunal de grande instance de Lyon par la LICRA pour « incitation à la haine raciale ». L'audience sur le fond a été fixée au 29 janvier 2009. Elle se tient finalement les 27 et 28 janvier 2009.
  • Le 10 septembre 2008, Siné lance son propre hebdomadaire : Siné Hebdo, disparu en 2010, qui a été tiré jusqu'à plus de 100 000 exemplaires chaque semaine.
  • Le 24 février 2009, il est relaxé à Lyon, les juges considérant que Siné avait usé de son droit à la satire.
  • Le 30 novembre 2010, le tribunal de grande instance de Paris condamne la société les Éditions Rotatives, société éditrice du journal Charlie Hebdo, à payer à Siné 40 000 euros de dommages et intérêts pour rupture abusive de leur collaboration.
  • En décembre 2012, la cour d’appel de Paris confirme la condamnation de Charlie Hebdo et augmente le montant des dommages et intérêts à 90 000 euros.

Équipes

Direction

La rédaction de Charlie Hebdo est composée de journalistes et de dessinateurs, qui sont aussi des chroniqueurs. Depuis mai 2009, le directeur de la publication était le dessinateur/chroniqueur Charb (jusqu'à son assassinat le 7 janvier 2015) et le directeur de la rédaction est le dessinateur Riss. Ce dernier a pour adjointe la journaliste Sylvie Coma. La rédaction en chef est assurée par le journaliste Gérard Biard. Enfin, le dessinateur Cabu était, jusqu'à son assassinat le 7 janvier 2015, directeur artistique de l'hebdomadaire satirique, une fonction originale dans le milieu de la presse.

CHARLIE-HEBDO assassiné
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Georges Wolinski
 

Georges Wolinski

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Georges Wolinski au salon du livre de Paris en mars 2011.

 
Activités Dessinateur de presse
Naissance 28 juin 1934
Tunis (Tunisie)
Décès 7 janvier 2015 (à 80 ans)1
Paris (France)
Langue d'écriture Français

Œuvres principales

  • Elles ne pensent qu'à ça
  • Sales gosses

Georges Wolinski, né le 28 juin 1934 à Tunis et mort assassiné le 7 janvier 2015 lors de la fusillade au siège du journal Charlie Hebdo à Paris2, est un dessinateur de presse français.

Il a collaboré au journal Hara-Kiri (versions mensuelle et hebdomadaire), ainsi qu'à Action, Paris-Presse, Charlie Hebdo, L'Humanité, Le Nouvel Observateur et enfin Paris Match. Il a également été rédacteur en chef de Charlie Mensuel.

 

Débuts

Né d'une mère juive franco-italienne et d'un père juif polonais à la tête d’une entreprise de ferronnerie d’art à Tunis, il est élevé par ses grands-parents maternels pâtissiers, son père étant mort lorsqu'il a 2 ans et sa mère tuberculeuse envoyée en sanatorium en France. Il rejoint à l'âge de 13 ans sa mère remariée. Au lycée de Briançon, il rencontre sa première femme Jacqueline épousée en 1961, avec qui il aura deux filles. Il travaille d'abord dans l’entreprise de tricot de son beau-père à Fontenay-sous-Bois, puis publie ses premiers dessins dans Rustica en 1958. Après avoir envoyé ses dessins à François Cavanna, il entre en 1960 dans l'équipe de Hara-Kiri, puis en 1968 dans Le Journal du dimancheil rencontre sa seconde femme Maryse, il devient rédacteur en chef de Charlie Hebdo de 1970 à 1981.

 

Wolinski oscille au début entre des styles très différents, pour se fixer à terme sur un graphisme évoquant au départ celui de Copi. Rapidement, il acquiert la patte spécifique de l’auteur, qui met l’accent sur l’expressivité de ses personnages là où au contraire Copi les voulait neutres. Les événements de mai 1968 font connaître son travail par l’éphémère revue Action, où il dessine régulièrement. C’est alors la gloire. Les personnages si typiques de Wolinski plaisent et sont sollicités pour des campagnes de publicité d’envergure nationale :

  • Immeuble « Le Broca », près du canal Saint-Martin à Paris.
  • IBM (Wolinski dessine un de ses personnages qui balance ses papiers à l’ordinateur en lui disant : « Tiens, débrouille-toi! »)
  • Mars (barre chocolatée)
  • Rizla+, papier à cigarette (une jeune femme sort d'un paquet en déclarant "je suis dans les petits papiers de Riz la +"; une jeune femme s'habille de petits papiers etc.)7

Ces publicités seront reprochées à Wolinski par les puristes. Il les choisit pourtant au compte-gouttes, n’acceptant que celles qui lui donnent prétexte à faire des choses qui l’inspirent.

Georges Wolinski meurt le 7 janvier 2015, assassiné lors de la fusillade au siège du journal Charlie Hebdo à Paris.

Carrière

Hara-Kiri
L'Enragé

Pendant les événements de Mai 68, Wolinski — qui a commencé par dessiner dans Action — fonde avec Siné le journal L’Enragé, dans lequel ses dessins prennent une coloration politique. Le journal disparaîtra vite, mais le ton du futur Hara-Kiri Hebdo (puis Charlie Hebdo) commence à apparaître.

France Soir

Après la parenthèse d’Action, Wolinski est sollicité pour tenir une page de contestation dans le quotidien France-Soir de Pierre Lazareff, où il prend l’habitude de ne « pas seulement y contester la société, comme tout le monde, mais aussi le directeur du journal », comme il le résume. La collaboration prendra vite fin.

Charlie Hebdo

C’est dans Hara-Kiri hebdo devenu par la suite Charlie Hebdo, que Wolinski prend sa pleine mesure en dessinant de façon pratiquement hebdomadaire deux personnages repris d’Action : un gros sûr de lui et dominateur, et un maigre d’allure timide, qui tiennent des propos de café du commerce, mais toujours présentés de façon humoristique. Commençant imperturbablement par un « Monsieur », qu’on devine prononcé avec emphase, les bandes présenteront ces morceaux de bravoure typiques du style wolinskien :

  • « Monsieur, je suis pour la liberté de la presse à condition que la presse n’en profite pas pour dire n’importe quoi ! »
  • « Monsieur, il y a des moments où je me demande si ça valait la peine de gagner la guerre contre un homme qui nous aurait débarrassés du communisme. »
  • « Le socialisme, c’est comme la marijuana : c’est peut-être inoffensif, mais ça peut conduire à des drogues plus dures comme le communisme. »

La bande hebdomadaire se nomme au début « L’évolution de la situation ». Elle inspirera ensuite plusieurs revues théâtrales de Claude Confortès, toutes nommées « Le roi des cons ».

Ce roi des cons est aussi une trouvaille de Wolinski. Avant lui, l’expression était certes usitée, mais personne n’avait jamais eu l’idée de donner au personnage un visage et moins encore un costume. Le dessinateur lui donnera celui d’un benêt invariablement coiffé d’une couronne et revêtu d’un manteau d’hermine. Ce personnage apparaît pour la première fois lorsque le Shah d’Iran organise des fêtes immenses pour les « 2500 ans de monarchie ininterrompue » à Persépolis (seule la monarchie d’Éthiopie incarnée à l’époque par Haïlé Sélassié fait mieux). Tous les chefs d’État ou presque y sont conviés. Tous hésitent à assister en raison du caractère peu démocratique de ce pays (Pompidou se défaussera et enverra son premier ministre Jacques Chaban-Delmas). Un dessin soulagera d’un seul coup la tension et déclenchera l’hilarité générale. Il est titré : « Le Shah au roi des cons : « Vous avez bien fait de venir » »

L’Humanité

Le directeur du journal L'Humanité, Roland Leroy, qui apprécie l’humour de Wolinski, lui propose de devenir dessinateur officiel du journal, en lui garantissant qu’il pourra « y caracoler en toute liberté ». Au grand désespoir de François Cavanna, Wolinski accepte en donnant comme excuse que « ça l’amuse d’être honnête ». Mais il ne donne plus à ses dessins le caractère militant et parfois agressif qu’ils avaient dans Action, et opte au contraire pour un style bon enfant où il se moque presque de lui-même et où percent parfois des allusions au style du dessinateur du Monde à l’époque, qui se nomme alors Konk. Bien que dénués de ce côté grinçant qui était sa marque de fabrique, ses dessins de l’époque ne perdent rien de leur drôlerie ; et puis la collaboration avec Charlie Hebdo et Hara-Kiri continue pour ce genre de dessins-là.

Prix Gat Perich

En 1998, a reçu le Prix International d'Humour Gat Perich.

Paris-Match

Wolinski franchira une dernière étape de sa carrière en devenant également dessinateur de presse à Paris-Match : son mode de contestation a fini par faire partie du paysage français, et Wolinski, dorénavant, de l’establishement, comme un Sempé.

Bande dessinée

Wolinski a également été auteur de bande dessinée. Il a par exemple été le scénariste de la série des Paulette, dessinée par Georges Pichard.

Légion d’honneur

En janvier 2005, Wolinski a reçu la Légion d'honneur.

Festival d’Angoulême

Lors de l’édition 2005 du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, Wolinski a reçu le Grand prix de la ville d'Angoulême.

Hannukah Harry

Associé avec Pierre Barkats, un avocat américain, Georges Wolinski s'est lancé dans une nouvelle aventure. Un petit personnage universel qui parcourt les époques interpelle le lecteur sur l'état de la planète. C'est lui qui a apporté le feu aux sauvages dans leurs grottes et il se sent un peu coupable quelque part du réchauffement climatique.

Style

 

Le style de Wolinski possède quelques constantes : de fréquents doubles sens, souvent à connotation coquine. Une présentation si convaincante des positions de la droite que ses lecteurs peuvent parfois se demander s’il s’agit de caricaturer des positions ou si Wolinski n’est pas réellement de droite (certains de ses dessins, sous condition qu’on les prenne au premier degré, auraient très bien trouvé leur place dans Le Figaro). Et en fait cette ambiguïté voulue sera elle aussi une caractéristique du travail de Wolinski : au fond, il ne hait pas la droite, il la comprend. Elle l’amuse. Elle n’a plus à ses yeux, ou plus toujours, ce caractère borné qu’il lui trouvait du temps d’Action. Elle fait partie de son paysage comme il fait d’ailleurs partie de la sienne, car les dessins de Wolinski, perçus comme plus gaulois, égrillards, irrévérencieux et frondeurs que proprement politiques sont appréciés maintenant par toute une France qui retrouve un peu d’elle-même dans ses personnages.

 

 

À l’initiative de Jérôme Duhamel, Wolinski collaborera à un livre commun avec le dessinateur du Figaro Jacques Faizant. « C’est mon bon facho », dit Wolinski. « C’est mon bon gaucho », dit Faizant. Et tous deux ajoutent en commun qu’ils n’en pensent pas un mot, mais qu’au cas où il y aurait une épuration, ils préfèrent se faire des relations dans l’autre camp à tout hasard !!

 

Wolinski ne se veut pas dans la vie aussi libertin que ses personnages. Il est l’auteur d’une émouvante Lettre ouverte à ma femme, déclaration d’amour à Maryse Wolinski où il s’émerveille que sur dix ans de vie commune ils n’aient passé que trois nuits séparés. Dans sa réponse quelques années plus tard, Chambre à part, celle-ci précisera qu'ils dormaient dans le même logement, mais pas systématiquement dans le même lit.

 

Invité à ApostrophesBernard Pivot lui demande : « Mais enfin, lorsque vous draguez une minette ? ». Il répond avec le plus grand sérieux : « Je suis marié, monsieur Pivot. Donc je ne drague pas des minettes. Je fais l’amour avec ma femme ». Info, ou intox ? Déclaration en tout cas typique de l’ambiguïté toujours voulue par l’inclassable Wolinski.

CHARLIE-HEBDO assassiné
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CABU

 

Cabu

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Cabu au Salon du livre de Paris, en 2008.

 
Nom de naissance Jean Cabut
Alias
Cabu
Naissance 13 janvier 1938
Châlons-sur-Marne (France)
Décès 7 janvier 2015 (à 76 ans)
Paris (France)
Nationalité Française
Profession
Famille
Mano Solo (fils)

Jean Cabut, dit Cabu, est un caricaturiste, dessinateur de presse et auteur de bande dessinée français, né le 13 janvier 1938 à Châlons-en-Champagne (Marne) et mort assassiné le 7 janvier 2015 lors de la fusillade au siège du journal Charlie Hebdo.

 

Créateur des personnages du Grand Duduche et du Beauf, participant aux équipes de journaux satiriques comme Hara-Kiri, Charlie Hebdo ou Le Canard Enchaîné, il collabore en outre à plusieurs émissions de télévisions aussi bien de débat - avec Droit de réponse - que pour enfants - avec Récré A2 - qu'il illustre en direct.

 

Biographie

Jean Cabut remporte un concours à 12 ans dans Cœurs vaillants, gagne une bicyclette et voit son dessin publié. Il continue donc à dessiner et publie ses premières illustrations en 1954 dans le quotidien régional l'Union de Reims. Il effectue ensuite des études artistiques à Paris (École Estienne). Sa carrière est contrariée par la guerre d'Algérie : il est mobilisé pendant plus de deux ans (27 mois) durant lesquels il met ses compétences au service du journal de l'armée, Le Bled, basé à Constantine, dans lequel signent également Philippe Labro et Francis Veber. Il y publie notamment la série La Fille du colonel. Il garde de cette période un antimilitarisme militant et une vision un peu anarchiste de la société qu'il transpose dans ses dessins. Son personnage de l'adjudant Kronenbourg est inspiré par cette période. Il collabore également au magazine Paris Match pendant son incorporation militaire1.

 

Démobilisé en 1960, il dessine toujours dans différents journaux, dont l’Enragé, publication éphémère ne publiant que des caricatures. Il entre ensuite à Hara-Kiri, créé par François Cavanna et Bernier (le professeur Choron), où il trouve une ambiance qui correspond à ses idées et d'autres dessinateurs de talent : Gébé, Fred, Wolinski, Reiser... Il collabore aussi au magazine Pilote à partir de 1962. C'est là qu'il crée son personnage fétiche Le Grand Duduche, lycéen lymphatique et maladroit inspiré par ses souvenirs de lycéen à Châlons, et celle du « Beauf »3.

 

Il se lance dans le reportage dessiné pour Paris Presse avant de couvrir, en 1966, le procès Ben Barka pour Le Figaro et reçoit en 1969 le Crayon d'or du dessin de presse qui lui est remis par Pierre Dac. La même année, il fait partie du groupe de dessinateurs de Hara-Kiri hebdo6, puis après l'interdiction de celui-ci en 1970, de Charlie Hebdo à raison de deux pages par semaine.

 

Il rencontre un grand succès dans les années 1970/1980 et publie de nombreux albums. Il oriente alors son art vers la caricature politique en dessinant pour le nouveau Charlie Hebdo à partir de 1982, et pour Le Canard enchaîné où il transpose le Beauf qui connaitra une actualisation en 1995.

 

Engagé par Jacqueline Joubert, Cabu apparaît également dans l'émission télévisée Récré A2 : il crée des planches en direct et fait partie de l'équipe d'animateurs aux côtés de Dorothée. En 1982, il travaille pour les trois chaînes de télévision française (FR3, Antenne 2 et TF1 pour Droit de réponse, présenté par Michel Polac). Il publie en 1986 Le Nez de Dorothée, sélection de ses dessins pour Récré A2. Il ne suivra pas Dorothée lors du départ de celle-ci sur TF1 en 1987 et participera à l'ultime saison de Récré A2 matin avec Marie Dauphin et Charlotte Kady. Sa notoriété lui vaut un article biographique dans le Petit Robert des noms propres dès 19857.

 

Cabu a aussi travaillé épisodiquement dans Ici Paris, Jazz Hot, Rallye, Rock & Folk, Candide, Le Journal du dimanche, France-Soir, Paris-Presse, Le Figaro, Le Figaro littéraire, La revue de médecine, Le Nouvel Observateur, Le Monde, Ciné Revue, Action, Jours de France, Pariscope, CFDT syndicalisme, 20 ans, Le Journal de la Maison, Journal des messageries maritimes, La Gueule ouverte, Charlie Mensuel, Politique hebdo, La Grosse Bertha... Il a également participé au journal municipal de Paris sous la mandature de Bertrand Delanoë, en y faisant une pleine page de BD.

 

Il a illustré de nombreux livres, et la pochette du 3e album de Maxime Le Forestier intitulé « Caricatures ». Il a illustré également la série de double CD Cabu chez Nocturne, anthologies consacrées à quelques grands musiciens de jazz : Ellington, Basie, Gillespie, Peterson, Kenton, Bechet... Dès 1982, il participe aux pochettes des albums et 45 tours de Dorothée. Il illustre les pochettes des deux albums Hou ! La menteuse (1982) et Pour faire une chanson (1983). Ensuite, et jusqu'en 1987, il y aura toujours une Dorothée dessinée par Cabu sur les pochettes de disques de la chanteuse (sa dernière participation sera pour le 45 tours Où se cache l'Amour en 1987).

 

De septembre 2006 à janvier 2007, une exposition-hommage, Cabu et Paris, a lieu à l'Hôtel de ville de Paris et d'octobre 2006 à février 2007, la Médiathèque Georges Pompidou de Châlons-en-Champagne, sa ville natale, lui consacre pour la première fois une rétrospective. Un documentaire, Cabu, politiquement incorrect !, écrit par Bernard Fournier et réalisé par Jérôme Lambert et Philippe Picard, a été consacré à Cabu et diffusé sur France 5 en septembre 2006.

Une exposition « Hommage au Grand Duduche » a été organisée du 12 décembre 2008 au 10 janvier 2009 à la Librairie Goscinny.

Il meurt le 7 janvier 2015, assassiné lors de la fusillade au siège du journal Charlie Hebdo à Paris.

Famille

Le dessinateur est le père du chanteur Emmanuel Cabut, dit Mano Solo, mort en 2010.

CHARLIE-HEBDO assassiné
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Hara-Kiri (journal)
 
 
Hara-Kiri
Pays France
Langue Français
Périodicité Mensuel
Genre Presse satirique
Diffusion Jusqu'à 250 000 ex. (1965-1966)
Fondateur Georges Bernier
François Cavanna
Date de fondation Septembre 1960
Date du dernier numéro Décembre 1985
Ville d’édition Paris

Hara-Kiri est un magazine, créé en 1960 à l'initiative de François Cavanna et du professeur Choron, entre autres. Ce journal satirique de tendance cynique, parfois grivoise, bénéficia d'un soutien télévisé discret de la part du réalisateur Jean-Christophe Averty (dont l'émission Les Raisins verts participait du même esprit) et connut un succès relativement important en France, à l'histoire riche en publicités radiophoniques provocantes (« Si vous ne pouvez pas l’acheter, volez-le ») et entrecoupée de quelques interdictions. Le magazine est d'abord vendu par colportage sur les trottoirs pour atterrir dans les kiosques à la fin de la même année.

 

Une lettre irritée arrive un jour au courrier des lecteurs, qui dit en substance : « vous êtes bêtes. Et non seulement vous êtes bêtes, mais vous êtes méchants ». Le sous-titre du magazine est immédiatement adopté : « Hara-Kiri, journal bête et méchant ». Dans chaque numéro, le professeur Choron (le siège est au 4 rue Choron) proposera le jeu bête et méchant du mois.

Historique

Au milieu des années 1950, François Cavanna et George Bernier se rencontrent dans la rédaction du journal Zéro où travaille également Fred1. Diffusé uniquement par colportage, le journal est dirigé par Jean Novi et est renommé Cordées en 1958.

À la fin des années 1950, Jean Novi meurt brutalement d'un infarctus et sa veuve Denise Novi devient la nouvelle directrice. De son côté, Cavanna souhaite se lancer dans la création d'un nouveau magazine plus corrosif et qui s'inspirerait de la revue satirique américaine Mad2. Avec Fred et d'autres dessinateurs de Cordées, il parvient à convaincre Georges Bernier de se rallier à eux. En tant que directeur des ventes, Bernier est en effet essentiel pour s'assurer du soutien des colporteurs de Cordées2.

 

En mai 1960, Bernier fait réunir l'ensemble de ses colporteurs au 4 rue Choron, un local dans le 9e arrondissement de Paris où Bernier possède un bail, et leur propose de travailler pour lui seul et non plus pour la directrice de Cordées2. Suite à ce « putsch », celle-ci perd donc tous ses vendeurs d'un coup et vend son stock de journaux quelques semaines plus tard2.

  •  
  • Septembre 1960 : Création du magazine Hara-Kiri, mensuel. La première de couverture est un dessin de Fred sur fond rouge représentant un samouraï éventré et surlégendé « honni soit qui mal y panse ». Il est initialement tiré à 10000 exemplaires vendus par des colporteurs dans les rues. Il sera interdit deux fois, en 1961 puis en 19663.
  •  
  • Février 1969 : Hara-Kiri crée, sans supprimer le mensuel, un hebdomadaire qu'il nomme alors Hara-Kiri Hebdo. Cavanna y indique dans son éditorial que le but est de mieux coller à l'actualité et que le journal a failli se nommer Vite fait, vite lu ou Hara-Kiri vite fait. Le journal est en vente en kiosque (et parfois même par colportage, boulevard Saint-Michel. Peut-être pour écouler un numéro interdit à la vente en kiosque soit en 1969, soit 1970) pour 1 franc, prix modeste qui contribuera d'ailleurs à son succès. Ce premier numéro montre le déjà célèbre petit bonhomme de Wolinski s'esclaffer en citant divers sujets, dont les « pendus de Bagdad ».
  •  
  • Mai 1969 : Le nom de l'hebdomadaire devient L'hebdo Hara-Kiri, le mensuel continuant toujours à paraître.

Cavanna raconte l’histoire du journal dans toute la deuxième partie de son livre Bête et méchant.

Interdiction de l’hebdo

Dans son no 94, daté du lundi 16 novembre 1970, la couverture de l'hebdomadaire titre : « Bal tragique à Colombey : 1 mort »4 suite au décès du général de Gaulle dans sa propriété de La Boisserie à Colombey-les-Deux-Églises, le 9 novembre 1970.

 

Ce choix de titre faisait référence à un fait divers qui avait défrayé la chronique le 1er novembre précédent : l’incendie d'un dancing, le « Cinq-Sept », à Saint-Laurent-du-Pont (Isère) où 146 personnes avaient trouvé la mort5. Durant la semaine suivante, ce drame avait été rebattu par une presse plus préoccupée de spectacle que d’information, et employait unanimement le terme de « bal tragique », pour évoquer le sinistre. En signe de désapprobation, ce titre fut repris de façon parodique par Hara-Kiri.

 

Une rumeur veut que le ministre de l’Intérieur de l’époque, Raymond Marcellin, ait alors interdit la parution du journal le 17 novembre. Une autre, plus sceptique sur les délais de réaction réels des ministères, veut que la procédure d’interdiction, déjà en cours, ait simplement abouti par coïncidence cette semaine-là6.

La relève immédiate

Une semaine plus tard est lancé Charlie Hebdo. Le prénom Charlie dans le titre serait une référence à Charles de Gaulle selon Georges Wolinski (cf L’Écho des savanes no 239). En fait, les Éditions du Square éditaient alors un mensuel de bandes dessinées nommé Charlie et dont le rédacteur en chef était Wolinski. Or on remarque que :

  • Les premiers numéros de Charlie Hebdo contiennent des bandes dessinées (et justement Charlie Brown dans les Peanuts) sur une page à fond de couleur, comme pour signaler en somme qu’elles sont surajoutées au journal.

Le journal tire un parti comique de la situation :

  • « Comme l’avait signalé notre malheureux confrère L’hebdo Hara-Kiri, dont nous déplorons la disparition »
  • « L’Hebdo Hara-Kiri est mort. Lisez Charlie Hebdo, le journal qui profite du malheur des autres »

 

Les rubriques sont rebaptisées de façon à rester parfaitement identifiables. Ainsi « Je ne l’ai pas lu, je ne l’ai pas vu, mais j’en ai entendu causer » devient « Si ce n’est pas vrai, je suis un menteur ». Certaines ne le sont même pas comme « Les lundis de Delfeil de Ton » ou « le petit coin de la culture » du même.

L’humour de Charlie Hebdo ne sera pas du goût de tout le monde. Lors de la visite surprise du président égyptien Anouar el-Sadate à Tel-Aviv, sa couverture mentionne la rencontre en termes argotiques qui lui vaudront un procès intenté par la LICRA. Les positions antiracistes bien connues et largement affichées de Charlie Hebdo, ainsi que quelques témoignages prestigieux, feront débouter la demande. Les couvertures de Charlie Hebdo sont alors si grinçantes que le journal publie en prime toutes celles qui ont été envisagées, toujours irrévérencieuses, souvent très drôles[réf. nécessaire], dans le journal, en petit format.

 

L’arrivée au pouvoir de la gauche en 1981 semble avoir été fatale à Charlie Hebdo première manière, qui disparaît en 1982 pour cause d’irrégularité des ventes. Ironie du sort : les premiers numéros du journal disaient : « Vous pouvez vous abonner, mais on aimerait mieux pas parce que ça nous oblige à vous l’envoyer ».

 

Charlie Hebdo reparaît en 1992, sous la direction de Philippe Val.

Un baroud d’honneur aura pourtant été réalisé au préalable : « Charlie matin », quotidien qui dès le départ avait été conçu pour ne durer que trois numéros... et provoquer un battage médiatique à sa création comme à son arrêt de parution.

Hara-Kiri mensuel

Le mensuel continue à paraître jusqu'en 1986. On y retrouve tous les collaborateurs de l'hebdomadaire (y compris Delfeil de Ton qui avait quitté l'hebdomadaire en 1975). Avant gardiste, Hara-Kiri ouvre ses pages régulièrement à des auteurs ou dessinateurs non conformistes, à l'humour absurde, noir ou outrancier, souvent rejetés par les autres publications ou tout simplement impubliables à l'époque7. Les détournements salaces de publicités ou de tableaux de maître feront la gloire du journal, lequel multipliait des images et photos à caractère pornographique mais sous couvert de dérision, à l'instar de L'Écho des savanes.

 

Le journal fut innovant et osé, profitant de l'espace de liberté que la troupe avait toujours rêvé de trouver. On peut voir le premier journal avec le cadeau gadget, les premiers détournements photos.

 

Le titre était la propriété de Georges Bernier (le professeur Choron). Après l'échec du mensuel pour enfants Grodada, interdit au début des années 1990, Le Professeur Choron se sentant trahi par la création du Charlie-Hebdo nouvelle manière — qui ne lui proposa pas de poste à sa convenance —, et suivi par Vuillemin, tenta sa propre aventure en 1993 avec un Hara-Kiri hebdomadaire qui ne durera que quelques semaines. La nouvelle équipe incluait Schlingo, Bruno Blum, Patrick Eudeline, Cécile (Legros), Nat (avec les aventures de Pifo), les couvertures étaient dessinées par Vuillemin, dessinateur vedette de L’Écho des savanes. Il vend en fin de compte le titre Hara-Kiri à des acheteurs extérieurs qui conduiront rapidement le magazine à la faillite. Le Professeur Choron continue de son côté le magazine La Mouise, qui contient principalement des dessins de Vuillemin et est vendu par des colporteurs volontaires, comme l'était Hara-Kiri à ses débuts.

 

Le journal Hara-Kiri reparaît en mars 2000, sous la direction d'André Bercoff qui avait racheté le titre en 1998, contre l'avis de François Cavanna mais avec le soutien de Choron. Cependant le journal sera arrêté au bout de 4 numéros sans donner d'explication.

 

En mai 2002, la justice reconnaît la paternité des titres Charlie Hebdo et Hara-Kiri à François Cavanna, au détriment de Choron.

Le lieu de l'Attentat à savoir les locaux de CHARLIE HEBDO, dans le XIe arrondissement, 10 rue Nicolas Appert

Le lieu de l'Attentat à savoir les locaux de CHARLIE HEBDO, dans le XIe arrondissement, 10 rue Nicolas Appert

Charlie Hebdo: Charb, Cabu, Wolinski et Tignous décédés dans l'attaque

 

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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 17:46
Emile Verhaeren, immense poète belge
Emile Verhaeren, immense poète belge
Émile Verhaeren
 
Page d'aide sur l'homonymie

Émile Verhaeren

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Portrait, c 1910-1916N 1

 
Nom de naissance Émile Adolphus Gustavus Verhaeren
Activités Poète, dramaturge
Naissance 21 mai 1855
Saint-Amand, Province d’Anvers Drapeau de la Belgique Belgique
Décès 27 novembre 1916 (à 61 ans)
Rouen
Mouvement Symbolisme

Émile Adolphe Gustave Verhaeren, né à Saint-Amand dans la province d'Anvers, Belgique, le 21 mai 1855 et mort à Rouen le 27 novembre 1916, est un poète belge flamand, d'expression française. Dans ses poèmes influencés par le symbolisme, où il pratique le vers libre, sa conscience sociale lui fait évoquer les grandes villes dont il parle avec lyrisme sur un ton d'une grande musicalité. Il a su traduire dans son œuvre la beauté de l'effort humain.

 

 

Biographie

Verhaeren est né à Saint-Amand (en néerlandais : Sint-Amands) en Belgique, au bord de l'Escaut, dans une famille aisée où on parlait le français, tandis qu'au village et à l'école régnait le flamand. Il fréquenta d'abord l'internat francophone Sainte-Barbe, tenu par des jésuites à Gand, puis il étudia le droit dans la vieille université de Louvain. C'est là qu'il rencontra le cercle des écrivains qui animaient La Jeune Belgique et il publia en 1879 les premiers articles de son cru dans des revues d'étudiants.

 
La Lecture (1903) par Théo van Rysselberghe. Verhaeren est représenté en veston rouge.

 

Chaque semaine, l'écrivain socialiste Edmond Picard tenait à Bruxelles un salon où le jeune Verhaeren put rencontrer des écrivains et des artistes d'avant-garde. C'est alors qu'il décida de renoncer à une carrière juridique et de devenir écrivain. Il publiait des poèmes et des articles critiques dans les revues belges et étrangères, entre autres L'Art moderne et La Jeune Belgique. Comme critique d'art, il soutint de jeunes artistes tels que James Ensor.

 

En 1883, il publia son premier recueil de poèmes réalistes-naturalistes, Les Flamandes, consacré à son pays natal. Accueilli avec enthousiasme par l'avant-garde, l'ouvrage fit scandale au pays natal. Ses parents essayèrent même avec l'aide du curé du village d'acheter la totalité du tirage et de le détruire. Le scandale avait été un but inavoué du poète, afin de devenir connu plus rapidement. Il n'en continua pas moins par la suite à publier d'autres livres de poésies. Des poèmes symbolistes au ton lugubre caractérisent ces recueils, Les Moines, Les Soirs, Les Débâcles et Les Flambeaux noirs.

 

En 1891, il épousa Marthe Massin, peintre connue pour ses aquarelles, dont il avait fait la connaissance deux ans plus tôt, et s'installa à Bruxelles. Son amour pour elle s'exprime dans trois recueils de poèmes d'amour : Les Heures claires, Les Heures d'après-midi et Les Heures du soir.

 

Dans les années 1890, Verhaeren s'intéressa aux questions sociales et aux théories anarchistes et travailla à rendre dans ses poèmes l'atmosphère de la grande ville et son opposé, la vie à la campagne. Il exprima ses visions d'un temps nouveau dans des recueils comme Les Campagnes hallucinées, Les Villes tentaculaires, Les Villages illusoires et dans sa pièce de théâtre Les Aubes. Ces poèmes le rendirent célèbre, et son œuvre fut traduite et commentée dans le monde entier. Il voyagea pour faire des lectures et des conférences dans une grande partie de l'Europe. Beaucoup d'artistes, de poètes et d'écrivains comme Georges Seurat, Paul Signac, Auguste Rodin, Edgar Degas, August Vermeylen, Henry van de Velde, Maurice Maeterlinck, Stéphane Mallarmé, André Gide, Rainer Maria Rilke, Gostan Zarian et Stefan Zweig l'admiraient, correspondaient avec lui, cherchaient à le fréquenter et le traduisaient. Les artistes liés au futurisme subissaient son influence. Émile Verhaeren était aussi un ami personnel du roi Albert et de la reine Élisabeth ; il fréquentait régulièrement toutes les demeures de la famille royale.

 
Transfert des restes d'Émile Verhaeren en Belgique, 1927.

 

Quand en 1914 la Première Guerre mondiale éclata et que, malgré sa neutralité, la Belgique fut occupée par les troupes allemandes, Verhaeren se réfugia en Angleterre. Il écrivit des poèmes pacifistes et lutta contre la folie de la guerre dans les anthologies lyriques : La Belgique sanglante, Parmi les Cendres et Les Ailes rouges de la Guerre. Sa foi en un avenir meilleur se teinta pendant le conflit d'une résignation croissante. Il n'en publia pas moins dans des revues de propagande anti-allemandes et tenta dans ses conférences de renforcer l'amitié entre la France, la Belgique et le Royaume-Uni. Le 27 novembre 1916, il alla visiter les ruines de l'abbaye de Jumièges. Le soir, après avoir donné une nouvelle conférence à Rouen, il mourut accidentellement, ayant été poussé par la foule, nombreuse, sous les roues d'un train qui partait.

 

Le gouvernement français voulut l'honorer en l'ensevelissant au Panthéon, mais la famille refusa et le fit enterrer au cimetière militaire d'Adinkerke. En raison du danger que représentait l'avancée des troupes, ses restes furent encore transférés pendant la guerre à Wulveringem avant d'être en 1927 définitivement enterrés dans son village natal de Saint-Amand où depuis 1955 un musée, le musée provincial Émile Verhaeren, rappelle son souvenir.

Dans un champ d'orge

 
Portrait par Théo van Rysselberghe

Poème autographe paru dans La Plume en février 1904.

Emile Verhaeren - Dans un champ d'orge.jpg

 

Œuvres

Principaux recueils
 
Portrait d'Émile Verhaeren
par Félix Valloton
paru dans Le Livre des masques
de Remy de Gourmont (1898).
Œuvre critique
  • James Ensor
  • Rembrandt
  • Monet
  • Impressions (3 volumes) recueils de textes et d'articles critiques sur des écrivains.
Théâtre
  • Le cloître (drame en quatre actes).
  • Philippe II
  • Hélène de Sparte
  • Les Aubes
Prose

Correspondance

Reconnaissance, honneurs

Le roi Albert Ier de Belgique a donné le titre honorifique de Poète national à Émile Verhaeren en 1899.

Emile Verhaeren, immense poète belge
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LES HEURES D'APRÈS-MIDI (1905)

À celle qui vit à mes côtés

I.

Ô la splendeur de notre joie
Tissée en or dans l'air de soie!

Voici la maison douce et son pignon léger;
Et le jardin et le verger.

Voici le banc, sous les pommiers
D'où s'effeuille le printemps blanc,
À pétales frôlants et lents.

Voici des vols de lumineux ramiers
Planant, ainsi que des présages,
Dans un ciel clair du paysage.

Voici, pareils à des baisers tombés sur terre
De la bouche du frêle azur,
Deux bleus étangs simples et purs,
Bordés naïvement de fleurs involontaires.

Ô la splendeur de notre joie et de nous-mêmes,
En ce jardin où nous vivons de nos emblèmes.

Émile Verhaeren, Les Heures d'Après-Midi,
Paris, Mercure de France,
XXVI, rue de Condé

    Emile Verhaeren  (1855-1916)
 

 

Sa vie

Son oeuvre


Lire Verhaeren

 

 

 

 

 

   

Poète belge. Après des études à Gand et à l'Université de Louvain, Verhaeren se voue aux lettres; s'il s'installe comme avocat stagiaire à Bruxelles, il fréquente aussi Rodenbach, le peintre Théo van Rysselberghe et James Ensor et débute déjà dans la critique d'art.

C'est vers le naturalisme qu'il paraît s'orienter d'abord, dans ses premières poésies, Les Flamandes (1884). Mais aussitôt après avoir ainsi restitué la Belgique sensuelle, Verhaeren se retourne vers la Belgique mystique avec Les Moines (1886) après un séjour à la trappe de Notre-Dame de Chimay.
Cependant Verhaeren traverse bientôt une grave crise spirituelle et donne des recueils d'une morbidité exaspérée et fiévreuse, véritable «trilogie de la neurasthénie», ce seront Les Soirs (1887), Les Débâcles (1888) et Les Flambeaux noirs (1889). Il a voyagé en Espagne et en Allemagne et séjourné à Londres.

L'année de son mariage, Les Apparus dans mes chemins (1891) sont publiés; malgré le pessimisme qui l'habite on y reconnaît aussi les premiers signes de la guérison. Verhaeren se tourne résolument vers les problèmes contemporains et publiera Les Villes tentaculaires (1895), Les Visages de la vie (1899), Les Forces tumultueuses (1902), La Multiple Splendeur (1906) et Les Rythmes souverains (1910). Verhaeren découvre déjà les promesses d'un avenir meilleur et il exprime sa foi toute profane en l'Homme.

   

 

Sa renommée s'étend. Le «Mercure de France» réédite ses premières oeuvres. Il écrit aussi Les Heures claires (1896-1905-1911), qui diront le charme du foyer et l'amour pour Marthe Massin, qui a rendu à Verhaeren le goût de vivre après la grande crise morale de sa jeunesse. Jamais la mélancolie, même à l'approche de la mort, ne pourra atteindre cette joie profonde de la vie secrète.

Dans les cinq recueils de Toute la Flandre (1904-1911), Verhaeren exprime son amour pour le pays natal et ses éléments : la plaine, le vent, les digues, le calme des petites villes flamandes...

Et en 1916 Verhaeren voulut encore lier son destin à celui, douloureux, de sa patrie. Venu à Rouen pour y faire une conférence, il allait connaître une mort tragique en roulant sous un train.
Outre les oeuvres déjà mentionnées, Verhaeren a également écrit Les Contes de minuit (1885), Les Bords de la route (1895), Petites légendes (1900), Le Cloître (1909), Les Blés mouvants (1912) et Quelques chansons de village (posthume, 1924).

 

 

 

 

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