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LE BLOG TOTEMS DE CHRISTIAN VANCAU


 


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Site traduit en Allemand :

http://fp.reverso.net/christianvancautotems/3733/de/index.html

 

Site traduit en Anglais :

http://fp.reverso.net/christianvancautotems/3733/en/index.html


Sur cette photo, Christian Vancau dans son jardin avec quelques uns de ses totems et sa guitare à la main


Présentation

  • : le blog totems par : Christian VANCAU
  • : Il s'agit de la réflexion d'un peintre de 78 ans, au départ d'un territoire peint et sculpté par lui, au coeur de l'Ardenne et dans lequel il vit en solitaire, tout en y accueillant de nombreux visiteurs!
  • Contact

Profil

  • Christian VANCAU
  • Journal quotidien d'un peintre de 81 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.
  • Journal quotidien d'un peintre de 81 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.

Carte mondiale des Blogueurs

J'habite dans le Sud de la Belgique, à 10 Kms au Nord de Libramont, 50 Kms au Nord  de Sedan et 75 Kms au Nord de Longwy. Sur cette carte, la Belgique au Nord de la France et au Sud, une flèche noire indiquant mon village, situé au Nord de LibramontUne autre perspective. Moircy encadré, Bastogne 30 Kms Nord-Est, Luxembourg- ville au Sud-Est, Carte-Prov.Lux2-jpgSedan et Carte-Prov.Lux-jpgCharleville au Sud-Ouest

Recherche

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Mon adresse-mail est la suivante:  christian.vancau@base.be


" C'est d'abord un combat contre les parents et ensuite un combat contre les maîtres qu'il faut mener et gagner, et mener et gagner avec la brutalité la plus impitoyable, si le jeune être humain ne veut pas être contraint à l'abandon par les parents et par les maîtres, et par là, être détruit et anéanti "
( Thomas Bernhard, écrivain autrichien décédé en 1989 )

Ma biographie c'est ce combat et rien d'autre




Je suis un homme de 74 ans retiré dans un tout petit village des ardennes belges,  un endroit magnifique au bord de la forêt. J'y vis seul . J'ai une fille de 46 ans et deux petit-fils de 21 et 6 ans, qui vivent tous les trois à 10 Kms de chez moi.. Je suis donc un homme d'avant-guerre (1937), né à Gand en Flandre, de père gantois et de mère liégeoise (Gand et Liège sont les deux villes rebelles de Belgique ). Je suis arrivé à Liège en 1940 avec ma mère et ma soeur, alors que mon père s'était embarqué pour l'Angleterre, dans l'armée belge et y exerçait son métier de chirurgien orthopédiste. Je n'ai donc réellement rencontré mon père qu'à l'âge de 8 ans, après la guerre, en 1945. Mis à part 2 années à Bruxelles et une année en Suisse à Saint-Moritz, j'ai vécu à Liège et y ai fait toutes mes études, humanités gréco-latines chez les Jésuites et Droit à l'Université de Liège. Je me suis marié en 1962, ai eu une petite fille Valérie et ai cherché une situation, muni de mon diplôme de Docteur en Droit. J'ai trouvé un emploi dans la banque. Je n'aimais ni le Droit ni la banque, je ne me savais pas encore artiste, je voulais être journaliste. Ma famille bourgeoise m'avait dit "Fais d'abord ton droit" !  En 1966, j'ai commencé une psychanalyse qui a duré 5 anset demi. En 1967, j'ai commencé à peindre. En 1971, ma Banque m'a envoyé créer un réseau d'agences dans le Sud de la Belgique, ce que j'avais déjà fait dans la province de Liège. Je me suis donc retrouvé en permanence sur les routes explorant village après village, formant les agents recrutés et les faisant "produire". Il ne m'aurait jamais été possible d'être un banquier enfermé. Je ne tiens pas en place. Pendant 8 ans j'ai vécu au-dessus de ma banque à Libramont, créant mon réseau. En 1975, j'ai été nommé Directeur et Fondé de Pouvoirs. En 1978 j'ai acheté une maison en ruines à Moircy, mon territoire actuel. Je l'ai restaurée et y suis entré en 1979. En 1980, ma banque a été absorbée par une banque plus puissante et l'enfer a commencé. En 1983, mon bureau a été fermé. Je suis devenu Inspecteur, puis Audit en 1985 avec un réseau de 140 agences couvrant tout le Sud et l'Est de la Belgique. Dans le même temps je transformais mon territoire, creusais des étangs, installais plantations et totems et peignais abondamment. En 1989, j'étais "liquidé" par ma Banque avec beaucoup d'autres, pour des raisons économiques. Ma femme est partie.Je me suis retrouvé libre avec 28 mois de préavis et puis ensuite chômeur. Mais j'ai  intenté un procés à ma Banque. Ca a duré 4 ans et j'ai gagné. Quelle jouissance de pouvoir écraser une banque (à suivre)
.

Archives

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J'ai commençé à exposer en 1976 et celà a duré jusqu'en 1995, le temps de réaliser que le monde de l'Art  n'était pas plus reluisant que celui de la Banque. Je n'avais en outre, nul besoin de vendre et encore moins d'être célèbre. A chercher l'argent et la gloire, on est sûrs de perdre son âme, tôt ou tard (et de toutes façons, la réputation monte quand le cercueil descend ). J'ai donc quitté les mileux de l'art. J'ai encore peint jusqu'en 2002. Celà aura tout de même fait 35 ans. Je n'ai plus besoin de la peinture. Elle m'a permis de survivre psychologiquement et de me chercher. Pour moi l'Art est ce qui doit rendre la Vie plus belle que l'Art
Je suis un HOMME LIBRE, un sauvage, proche de la nature et des animaux, misanthrope, profondément rebelle, tout d'une pièce, physique, violent contrôlé à savoir positif dans ma violence, agnostique. Je ne crois absolument pas à l'avenir de l'Humanité. L'Homme est indécrottable. Il est UN LOUP pour l'Homme. Aucune leçon de l'Histoire ne lui a servi
Je ne crois pas à la politique. J'ai le coeur à gauche, instinctivement du côté des défavorisés, contre toute exploitation et abus de pouvoir, contre tout racisme, mais je ne suis pas de gauche, ça ne veut plus rien dire ! Et encore moins de droite, celà va de soi !
Je pense que si l'homme n'arrive pas à créer le bonheur dans sa vie personnelle intérieure, il est incapable de le créer pour les autres. La meilleure chose que l'on puisse faire pour les autres est d'être heureux soi-même !
Je préfère nettement les femmes aux hommes. Je me sens de leur sensibilité, je m'efforce de faire fleurir les mêmes valeurs qu'elles
Je pense que réussir sa vie, c'est réussir l'amour. Toutes les autres formes de "réussite", sont des ersatz qui ne "comblent "pas
Je suis né un 1er Novembre, suis donc Scorpion, Ascendant Gemeaux, Milieu du Ciel en Verseau, Mercure en Scorpion comme le Soleil, Mars et Jupiter en Capricorne, Saturne en Poissons, Uranus en Taureau, Neptune en Vierge, Pluton en Lion, Vénus en Balance, ainsi que la Lune, j'ai mes Noeuds lunaires ( sens de ma vie, mon destin ici bas ) et Lilith (la lune noire) en Sagittaire. Du Scorpion, j'ai l'agressivité, le côté piquant, le côté rebelle. Du Gemeaux, j'ai le goût des langues , de l'écriture, des voyages, et l'incapacité à rentrer dans des hiérarchies ou dans des groupes,
quels qu'ils soient, et à me soumettre à une autorité
Dans mes jeunes années j'ai pratiqué beaucoup de sports: tennis, natation, cyclisme, ping-pong, ski, boxe et karaté. Aujourd'hui toute mon activité physique est concentrée sur les travaux d'entretien de mon territoire. Je suis jardinier 6 mois par an.
En dehors de la peinture, je pratique d'autres activités: 1) Lecture (romans, polars compris, poésie, théâtre, ouvrages de philosophie et de psychologie, mythologies etc..) 2) Ecriture (Un journal quotidien depuis 1980, comptant à ce jour 45.000 pages ), 3) Musique (Guitare et piano). Toutes les musiques m'intéressent, blues, jazz, rock, chanson française, musique classique et contemporaine. 4) Photo et Video. 5)Jardinage et rapport constant avec le monde animal. 6)Et enfin l'informatique, activité nouvelle que je pratique depuis3 ans et qui a abouti à la création de ce blog

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Jetez un oeil dans mes LIENS sur Richard OLIVIER, BIG MEMORY, mon ami Richard, Cinéaste belge, étant sur un gigantesque projet: Filmer tous les CINEASTES BELGES, morts ou vifs. Enfin, un artiste qui s'intéresse à ses pairs !http://www.bigmemory.be

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Je suis sur les blogs pro-tibétains:

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VENEZ M'Y REJOINDRE !

Christian VANCAU

25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 10:10

 

Je n'ai pas connu Borgès. Il est mort en 1986 (à 87 ans). Il avait progressivement perdu la vue et sur la fin de sa vie, les mots étaient devenus son unique lien avec le monde. Le voici à l'hôtel Villa Igica, à Palerme en 1984 . "Tu deviendras aveugle, écrit-il prophétiquement dans l'Autre. Mais ne crains rien, c'est comme  la longue fin d'un très beau soir d'été".

Il ne pouvait plus lire, lui qui avait dirigé la Bibliothèque de Buenos Aires, lui dont les livres constituaient la seule passion. Il avait heureusment mémorisé ses auteurs préférés-Schopenhauer, Bloy, de Quincey, Kipling, qu'il convoquait dans sa tête pour de longs colloques à  bouche fermée.
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Souvent j'imagine Borges à la nuit tombante, étendu sur une chaise longue, une couverture sur les genoux. Puis il ferme doucement les yeux. Son esprit est déjà ailleurs, dans un monde où les mots priment sur le réel et où les hommes sont des marionnettes aux mains des littérateursBORGESv

 

Jorge Luis Borges, selon l'état civil Jorge Francisco Isidoro Luis Borges Acevedo est né à Buenos Aires le 24 août 1899 et mort à Genève le 14 juin 1986, est un écrivain argentin de prose et de poésie. Ses travaux dans les champs de l'essai et de la nouvelle sont considérés comme des classiques de la littérature du XXe siècle.

 

Biographie

Enfance

Jorge Luis Borges est le fils de Jorge Guillermo Borges, avocat et professeur de psychologie féru de littérature et de Leonor Acevedo Suárez, à qui son époux a appris l'anglais et qui travaille comme traductrice. La famille de son père était pour partie espagnole, portugaise et anglaise ; celle de sa mère espagnole et vraisemblablement portugaise aussi. Chez lui on parle aussi bien l'espagnol que l'anglais et depuis sa plus tendre enfance, Borges est donc bilingue, même s'il dira toute sa vie qu'il ne maîtrise pas parfaitement l'anglais.

Débuts littéraires

Pendant la Première Guerre mondiale, la famille Borges habite durant trois années à Lugano puis à Genève où le jeune Jorge étudie au Collège Calvin. Puis après la guerre la famille déménage de nouveau à Barcelone, Majorque puis Séville et enfin Madrid. En Espagne, Borges devient membre d'un mouvement littéraire d'avant-garde ultraïste. Son premier poème, Hymne à la mer, écrit dans le style de Walt Whitman, est publié dans le magazine Grecia.

Il retourne à Buenos Aires en 1921 et s'engage dans de multiples activités culturelles : il fonde des revues, traduit notamment Kafka et Faulkner, publie des poèmes et des essais.Borges 1921

À la fin des années 1930, il commence à écrire des contes et des nouvelles et publie l'Histoire universelle de l'infamie, qui le fait connaître en tant que prosateur.

Principalement connu pour ses nouvelles, il écrit aussi des poèmes et publie une quantité considérable de critiques littéraires. Il est également l'un des auteurs des récits policiers parodiques signés Bustos Domecq, écrits en collaboration avec son ami Adolfo Bioy Casares, et de chansons sur des musiques d'Astor Piazzolla.

En 1938 il obtient un emploi dans une bibliothèque municipale de Buenos Aires. C'est à cette époque qu'il écrit Pierre Ménard, auteur du Quichotte, son premier conte fantastique.614px-JorgeLuisBorges Il perd cet emploi en 1946 en raison de ses positions contre la politique péroniste et devient inspecteur des lapins et volailles sur les marchés publics. En 1955, le gouvernement « révolutionnaire » militaire qui chasse Juan Perón du pouvoir, nomme Borges directeur de la bibliothèque nationale. Il devient également professeur à la faculté de Lettres de Buenos Aires. Comme son père avant lui, il souffre d'une grave maladie qui entraîne une cécité progressive, laquelle deviendra définitive en 1955.

Reconnaissance internationaleJorge Luis Borges 1951, by Grete Stern

C'est seulement dans les années 1950 que Borges est découvert par la critique internationale. L'écrivain Roger Caillois, qui avait proposé des nouvelles de lui dans la revue Lettres Françaises en octobre 1944 (numéro 14) à Buenos Aires, offre dans la collection "La Croix du Sud", chez Gallimard, Fictions en 1951. C'est une découverte pour le public français et européen. Après Drieu La Rochelle et l'importante action de Roger Caillois -reconnue par J.L Borges lui-même qui fait de lui son "inventeur"- c'est la revue Planète qui le fait connaître du grand public.

La reconnaissance internationale de Borges commence au début des années 1960. En 1961, il reçoit le Prix international des éditeurs, qu'il partage avec Samuel Beckett. Alors que Beckett est bien connu et respecté dans le monde anglophone, Borges est inconnu et non traduit — ce qui ne manque pas de susciter la curiosité des locuteurs anglophones. Le gouvernement italien le nomma Commendatore et l'Université du Texas à Austin le recrute pour un an. La première traduction de son œuvre en anglais date de 1962, avec des lectures en Europe et dans la région des Andes les années suivantes.Jorge Luis Borges Hotel Paris 1969 Borgès à Paris en 1969

 

Borges reçoit de nombreuses distinctions, telles que le Prix Cervantes en 1979, le Prix Balzan en 1980 (pour la philologie, linguistique et critique littéraire) ou la Légion d'honneur en 1983. Il est même nommé plusieurs fois pour le prix Nobel de littérature mais ne l'obtiendra jamais, pour des raisons inconnues qui ont donné lieu à de nombreuses spéculations.Borgesygroupies 1976

Après la mort de sa mère (en 1975), Borges se met à voyager partout à travers le monde et ce jusqu'à la fin de sa vie.800px-Plaque Jorge Luis Borges, 13 rue des Beaux-Arts, Pari624px-Borges 001

Borges se marie deux fois. En 1967, il épouse une vieille amie, Elsa Astete Millán, veuve depuis peu. Le mariage dure trois ans. Après le divorce, il retourne chez sa mère. Pendant ses dernières années, Borges vit avec son assistante, María Kodama, avec qui il étudie l'anglo-saxon pendant plusieurs années. En 1984, ils publient des extraits de leur journal, sous le nom d'Atlas, avec des textes de Borges et des photographies de Kodama. Ils se marient en 1986, quelques mois avant sa mort.

Borges meurt d'un cancer à Genève en 1986 ; il avait choisi, à la fin de sa vie, de retourner dans la ville où il a étudié. Il est incinéré et ses cendres reposent au cimetière des Rois.401px-Tumba-de-Jorge-Luis-Borges-7430 10 Genève

450px-Homenaje a Borges en Santiago de Chile450px-Borges Lisboa 1450px-Maria KodamaOpinions politiques

Politiquement, il se définit volontiers comme un conservateur, ce qui est pour lui une manière d'être sceptique (cf. préface au Rapport de Brodie). Quand Juan Perón revient d'exil et est réélu président en 1973, Borges renonce à son poste de directeur de la bibliothèque nationale. Opposé à « l’abominable dictature du général Perón »3, il reste silencieux face aux crimes de la junte militaire au pouvoir en Argentine dans les années 1970 pendant la période qualifiée de « guerre sale », ce qui lui sera reproché.

Plusieurs nouvelles de Fictions peuvent être lues comme des dénonciations du totalitarisme. Par exemple La Loterie à Babylone ou encore Tlön, Uqbar, Orbis Tertius, dont la spécialiste Annick Louis affirme dans le Magazine Littéraire qu'elle peut être lue « comme une réflexion sur un des paradigmes dominants de l'époque - celui qui postule le réel comme une forme de chaos régi par une vérité occulte »6.

Œuvre

Borges en 1963,
photo de Alicia D'Amico

 

Borges privilégie l'aspect fantastique du texte poétique, rejetant une écriture rationnelle qu'il juge insuffisante et limitée. Certains considèrent Borges comme l'une des influences majeures du réalisme magique latino-américain. D'autres y voient au contraire un écrivain universel dans lequel peut se reconnaître toute l'humanité.

Son travail est érudit, et à l'occasion délibérément trompeur (Tlön, Uqbar, Orbis Tertius). Il traite souvent de la nature de l'infini (La Bibliothèque de Babel, Le Livre de sable), de miroirs, de labyrinthes et de dérive (Le Jardin aux sentiers qui bifurquent), de la réalité, de l'identité ou encore de l'ubiquité des choses (La Loterie à Babylone).

 

« Jorge Luis Borges est l'un des dix, peut être des cinq, auteurs modernes qu'il est essentiel d'avoir lus. Après l'avoir approché, nous ne sommes plus les mêmes. Notre vision des êtres et des choses a changé. Nous sommes plus intelligents. » a dit à son propos Claude Mauriac.

 

Des ouvrages comme Fictions ou L'Aleph contiennent des textes souvent courts et particulièrement révélateurs du talent de Borges pour l'évocation d'univers ou de situations étranges qui lui sont propres. Dans Le Miracle secret, un écrivain, face au peloton d'exécution, dans la seconde qui précède sa fin, se voit accorder la grâce de terminer l'œuvre de sa vie. Le temps se ralentit infiniment. Il peaufine mentalement son texte. Il retouche inlassablement certains détails… Il fait évoluer le caractère d'un personnage suite à l'observation d'un des soldats qui lui font face… Dans un autre récit, "histoire d'Emma Zunz" (Fuera de Emma Zunz), une jeune fille trouve un moyen inattendu, cruel et infaillible de venger son honneur et celui de sa famille…FictionsALEPH

Homère surgit peu à peu d’un autre texte, L’immortel, après un extraordinaire voyage dans l'espace et le temps. Dans Pierre Ménard, auteur du Quichotte, Borges nous dévoile son goût pour l'imposture, et un certain humour littéraire souvent rare, mais qui dans l'ouvrage Chroniques de Bustos Domecq, écrit en collaboration avec Adolfo Bioy Casares, s'épanouira dans l'évocation d'une étonnante galerie de personnages artistes dérisoires et imposteurs.Jorge Luis Borges Color

La concision, les paradoxes, les associations fulgurantes de mots comme « perplexes couloirs » sont typiques de son style unique.

Borges est devenu aveugle assez jeune mais de façon progressive, ce qui eut une forte influence sur ses écrits. Dans une de ses nouvelles, L’Autre, il se rencontre lui-même plus jeune, sur un banc, et se livre à quelques prédictions : « Tu deviendras aveugle. Mais ne crains rien, c'est comme la longue fin d'un très beau soir d'été ». À ce sujet, il raconte dans l’Essai autobiographique que cette cécité était probablement d'origine héréditaire et que certains de ses ascendants avaient connu la même infirmité. N'ayant jamais appris le braille, il dut compter sur sa mère pour l'aider, puis sur son assistante Maria Kodama. Il se faisait lire journaux et livres et dictait ses textes.Borges y Sabato - 1Avec son ami Sabato

 

Outre les fictions, son œuvre comprend poèmes, essais, critiques de films et de livres. On y trouve une sorte de réhabilitation du roman policier, plus digne héritier de la littérature classique à ses yeux, que le nouveau roman. Ce genre littéraire demeure seul, selon lui, à préserver le plan de la construction littéraire classique, avec une introduction, une intrigue et une conclusion.Jorge Luis Borges

On trouve également parmi ses écrits de courtes biographies et de plus longues réflexions philosophiques sur des sujets tels que la nature du dialogue, du langage, de la pensée, ainsi que de leurs relations. Il explore aussi empiriquement ou rationnellement nombre des thèmes que l'on trouve dans ses fictions, par exemple l'identité du peuple argentin. Dans des articles tels que L’histoire du Tango et Les traducteurs des Mille et Une Nuits, il écrit avec lucidité sur des éléments qui eurent sûrement une place importante dans sa vie.

Il existe de même un livre qui réunit sept conférences dans diverses universités, qu'on peut considérer comme sept essais, clairs, ordonnés, d'une simplicité dérivant de leur caractère oratoire. Dans ce petit recueil de savoir, Les Sept Nuits (Siete Noches), on trouve un texte sur les cauchemars, sur les Mille et une nuits, sur la Divine Comédie de Dante, sur le bouddhisme et d'autres thèmes que Borges exploite et nous fait partager avec l'autorité didactique et la simplicité pédagogique d'un véritable professeur, érudit de la littérature.

Écrits entre 1923 et 1977, ses poèmes retrouvent les thèmes philosophiques sur lesquels repose la pluralité de l'œuvre de Borges. Des poèmes comme El Reloj de Arena (Le Sablier) ou El Ajedrez (Les Échecs) reconstruisent les concepts borgesiens par excellence, comme le temps, instable et inéluctablement destructeur du monde, ou le labyrinthe comme principe de l'existence humaine, mais d'un point de vue poétique, condensé dans des images surprenantes. Ces poèmes sont réunis dans Antologia Poética 1923-1977 (Recueil Poétique).

Sous le pseudonyme de H. Bustos Domecq, il écrit en collaboration avec Adolfo Bioy CasaresSix problèmes pour Don Isidro Parodi, série d'énigmes mi-mondaines mi-policières. Le héros, Don Isidro Parodi, joue les détectives depuis la prison où il est enfermé et dans laquelle il est sollicité par une étrange galerie de personnages. L’isolement forcé semble stimuler sa clairvoyance, car sans quitter sa cellule il résout chaque énigme aussi facilement que les autres détectives de la littérature, tels Auguste Dupin, Sherlock Holmes ou Hercule Poirot.

Publications
Borges en 1969.
  • BIBLIOGRAPHIE
  •  
  • Ferveur de Buenos Aires (Fervor de Buenos Aires) (1923)
  • Lune d'en face (Luna de frente) (1925)
  • Inquisiciones (non traduit) (1925)
  • Cuaderno San Martín (traduit tel quel) (1929)
  • Evaristo Carriego (traduit tel quel) (1930)
  • Discussion (Discusión) (1932)
  • Histoire universelle de l'infamie (Historia universal de la infamia) (1935)
  • Histoire de l'éternité (Historia de la eternidad) (1936)
  • Six problèmes pour Don Isidro Parodi (1942)
  • Fictions (Ficciones) (1944) (recueil contenant « La Bibliothèque de Babel »)Fictions
  • L'Aleph (El Aleph) (1949)31ZFKTJSKZL. SY445
  • Enquêtes puis Autres inquisitions (Otras inquisiciones) (1952)
  • L'Auteur puis L'auteur et autres textes (El hacedor) (1960) (ISBN 2-07024-037-1)
  • L'Autre, le Même (El otro, el mismo) (1964)
  • Pour les six cordes (Para las seis cuerdas) (1965)
  • Le Livre des êtres imaginaires (El libro de los seres imaginarios) (1967) collab. Margarita Guerrero41V1F3HTZEL. SY445 -copie-1 (rééd. augm. du Manuel de zoologie fantastique, 1965, trad. de Manual de zoologiá fantástica, 1957)
  • Éloge de l'ombre (Elogio de la sombra) (1969)
  • Le Rapport de Brodie (El informe de Brodie) (1970)41KBSTT84VL. SY445
  • Essai d'autobiographie (An autobiographical essay) (1970) (traduit en 1980 avec Livre de préfaces)
  • L'Or des tigres (El oro de los tigres) (1972)
  • Livre de préfaces puis Préfaces avec une préface aux préfaces (Prólogos con un prólogo de prólogos) (1975)
  • Le Livre de sable (El libro de arena) (1975)51TZCT65BQL. SY445
  • La Rose profonde (La rosa profunda) (1975)
  • La Monnaie de fer (La moneda de hierro) (1976)
  • Libro de sueños (non traduit) (1976).
  • Qu'est-ce que le bouddhisme? (Qué es el budismo?) (1976) (ISBN 2-07032-703-5)
  • Histoire de la nuit (Historia de la noche) (1977)
  • Sept nuits (Siete noches) (1980)
  • Livre de préfaces, suivi de Essai d'autobiographie (1980) (ISBN 2-07037-794-6)
  • Le Chiffre (La Cifra) (1981)
  • Neuf essais sur Dante (Nueve ensayos dantescos) (1982)
  • Atlas (1984)
  • Les Conjurés (Los conjurados) (1985)Les conjures
  • Le Martin Fierro (1985) trad. Bernard Lesfargues - Éditions Curandera, (ISBN 2-86677-022-1), 1985
  • Conversations à Buenos Aires (Dialogos Jorge Luis Borges Ernesto Sábato) (1996) Jorge Luis Borges - Ernesto Sábato (ISBN 2-26404-042-4)
  • Ultimes dialogues (1996) Jorge Luis Borges - Osvaldo Ferrari (ISBN 2-87678-013-5)
  • La proximité de la mer, anthologie (2010) (ISBN 978-2-07-012842-6)la Proximité de la Mer

Par ailleurs, Borges a publié un grand nombre de chroniques, notamment dans Proa (1924-1926), La Prensa (1926-1929), Sur et El Hogar (1936-1939)Pleïade.

Dans une entrevue, à l'automne 2010, María Kodama7 suggère, à qui veut s'initier à l'œuvre de Borges, de commencer par Le livre de sable (1975), Les Conjurés (1985) et Le rapport de Brodie (1970), avant d'aborder Fictions (1944) et L'Aleph (1949).L'art de Poésie

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22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 14:51

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Louis-Ferdinand Céline

Description de cette image, également commentée ci-après

Louis-Ferdinand Céline. CELINE.Carte d'identité

 

Données clés

Nom de naissance Louis Ferdinand Destouches1
Autres noms Céline
Activités romancier, essayiste, médecin
Naissance 27 mai 1894
Courbevoie, France
Décès 1er juillet 1961   (à 67 ans)
Meudon,  France
Langue d'écriture Français
Genres roman, essai
Distinctions Prix Renaudot 1932
 

 

Louis Ferdinand Destouches, né le 27 mai 1894  à Courbevoie, département de la Seine, et mort le 1er juillet 1961 à Meudon, plus connu sous son nom de plume Louis-Ferdinand Céline (prénom de sa grand-mère et l'un des prénoms de sa mère), généralement abrégé en Céline, est un médecin et écrivain français, le plus traduit et diffusé dans le monde parmi ceux du XXe siècle après Marcel Proust.

Sa pensée pessimiste est teintée de nihilisme. Controversé en raison de ses pamphlets antisémites, c'est un « écrivain engagé »2, d'une proximité coupable avec les collaborationnistes3. Il est cependant, en tant qu'écrivain, considéré comme l'un des plus grands novateurs de la littérature française du XXe siècle, introduisant un style elliptique personnel et très travaillé qui emprunte à l'argot et tend à s'approcher de l'émotion immédiate du langage parlé.Un Rabelais de l'Ere atomique

 

Biographie

Jeunesse en région parisienne

 

Louis Ferdinand Auguste Destouches naît à Courbevoie, au 11, rampe du Pont-de-Neuilly (aujourd'hui chaussée du Président-Paul-Doumer). Il est le fils de Fernand Destouches (Le Havre 1865 - Paris 1932), issu du côté paternel d'une famille de petits commerçants et d'enseignants d'origine normande installés au Havre et bretonne du côté maternel, et de Marguerite Guillou (Paris 1868 - Paris 1945), propriétaire d'un magasin de mode, issue d'une famille bretonne venue s'installer en région parisienne pour travailler comme artisans, et de petits commerçants. Il est baptisé le 28 mai 1894 avant d'être confié à une nourrice. Son père est employé d'assurances et « correspondancier » selon les propres mots de l'écrivain et a des prétentions nobiliaires (parenté revendiquée plus tard par son fils avec le chevalier Destouches, immortalisé par Jules Barbey d'Aurevilly), et sa mère est commerçante en dentelles dans une petite boutique du Passage Choiseul, dont j'ai ramené les images suivantes en 2010.Choiseul10Passage Choiseul OldP1020119

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Le no 64 du passage Choiseul où vécut Louis Destouches enfant.CELINE2

Ses parents déménagent en 1897 et s'installent à Paris, d'abord rue de Babylone puis, un an plus tard, rue Ganneron et enfin, durant l'été 1899, passage Choiseul, dans le quartier de l'Opéra, où Céline passe toute son enfance dans ce qu'il appelle sa « cloche à gaz » en référence à l'éclairage de la galerie par la multitude de becs à gaz au début du XXe siècle.

En 1900, il entre à l'école communale du square Louvois. Après cinq ans, il intègre une école catholique durant une année avant de revenir à un enseignement public. Il reçoit une instruction assez sommaire, malgré deux séjours linguistiques en Allemagne d'abord, à Diepholz pendant un an puis à Karlsruhe, et en Angleterre ensuite. Il occupe de petits emplois durant son adolescence, notamment dans des bijouteries, et s'engage dans l'armée française en 1912, à 18 ans, par devancement d'appel.

Première Guerre mondiale et Afrique

Il rejoint le 12e régiment de cuirassiers à Rambouillet. Il utilisera ses souvenirs d'enfance dans Mort à crédit Mort à Crédit251et ses souvenirs d'incorporation dans Voyage au bout de la nuit ou encore dans Casse-pipe (1949). Il est promu brigadier en 1913, puis maréchal des logis le 5 mai 1914.Le Cuirassier Destouches Quelques semaines avant son vingtième anniversaire, il est ainsi sous-officier.

Trois mois plus tard, son régiment participe aux premiers combats de la Première Guerre mondiale en Flandre-Occidentale. Pour avoir accompli une liaison risquée dans le secteur de Poelkapelle au cours de laquelle il est grièvement blessé à l'épaule droite – et non à la tête, contrairement à une légende tenace qu'il avait lui-même répandue, affirmant avoir été trépané6 –, et dès l'automne 1914 avoir eu le tympan abîmé7, il sera décoré de la Croix de guerre avec étoile d'argent, et de la Médaille militaire, le 24 novembre 1914. Ce fait d'armes sera relaté dans L'Illustré national.

 

Réopéré en janvier 1915, il est déclaré inapte au combat, et est affecté comme auxiliaire au service des visas du consulat français à Londres (dirigé par l'armée en raison de l'état de siège), puis réformé après avoir été déclaré handicapé à 70 % en raison des séquelles de sa blessure. L'expérience de la guerre jouera un rôle décisif dans la formation de son pacifisme et de son pessimisme. Il se marie, à Londres, avec Suzanne Nebout, le 19 janvier 1916, puis contracte un engagement avec une compagnie de traite qui l'envoie au Cameroun, où il part surveiller des plantations. Malade, il rentre en France en 19175.

Rencontre importante qui complète sa formation intellectuelle : il travaille en 1917-1918 auprès du savant-inventeur-journaliste-conférencier Henry de Graffigny. Embauchés ensemble par la mission Rockefeller, ils parcourent la Bretagne en 1918 pour une campagne de prévention de la tuberculose.

La formation du médecinCELINE à 21 ans (1915)

Après la guerre, Louis-Ferdinand Destouches se fixe à Rennes. Il épouse Édith Follet, la fille du directeur de l'école de médecine de Rennes, le 10 août 1919 à Quintin (Côtes-du-Nord). Celle-ci donne naissance à son unique fille, Colette Destouches, le 15 juin 1920. Il prépare alors le baccalauréat, qu'il obtiendra en 1919, puis poursuit des études de médecine de 1920 à 1924 en bénéficiant des programmes allégés réservés aux anciens combattants. Sa thèse de doctorat de médecine, « La vie et l'œuvre de Philippe Ignace Semmelweis » (soutenue en 1924), sera plus tard considérée comme sa première œuvre littéraire.

 

Il publie La Quinine en thérapeutique (1925). Après son doctorat, il est embauché à Genève par la fondation Rockefeller qui subventionne un poste de l'Institut d'hygiène de la SDN, fondé et dirigé par le Dr Rajchman. Sa famille ne l'accompagne pas. Il effectue plusieurs voyages en Afrique et en Amérique avec des médecins. Cela l'amène notamment à visiter les usines Ford au cours d'un séjour à Détroit qui dure un peu moins de 36 heures, le temps pour lui d'être vivement impressionné par le fordisme et plus largement par l'industrialisation. Contrairement à la légende souvent reprise, il n'a jamais été conseiller médical de la société des automobiles Ford à Détroit.

 

Son contrat à la SDN n'ayant pas été renouvelé, il est engagé, après avoir envisagé d'acheter une clinique en banlieue parisienne et un essai d'exercice libéral de la médecine, par le dispensaire de Bezons (1940-1944) où il effectue quatre vacations de deux heures par semaine pour lesquelles il est payé 2 000 F par mois. Il y rencontre Albert Sérouille et lui fera même une fameuse préface à son livre Bezons à travers les âges. Pour compléter ses revenus, il occupera un poste polyvalent de concepteur de documents publicitaires, de spécialités pharmaceutiques et même de visiteur médical dans trois laboratoires pharmaceutiques.

Elizabeth Craig 

 

En 1926, il rencontre à Genève Elizabeth Craig (1902-1989), une danseuse américaine, qui sera la plus grande passion de sa vie. C'est à elle, qu'il surnommera « l'Impératrice », qu'il dédiera Voyage au bout de la nuit. Elle le suit à Paris, rue Lepic, mais le quitte en 1933, peu après la publication du Voyage. Le VOYAGE 001Il partira à sa recherche en Californie, mais ce sera pour apprendre qu'elle a épousé Ben Tankel qui se trouve être Juif ; après quoi on n'entendra plus parler d'elle jusqu'en 1988, date à laquelle l'universitaire américain Alphonse Juilland la retrouvera, quelques jours avant Jean Monnier, qui était sur sa trace également. Elle affirmera alors dans une interview qu'elle craignait qu'en perdant sa beauté avec l'âge, elle finisse par ne plus rien représenter pour lui.

La formation de l'écrivain]

 

Comme beaucoup d'écrivains, Céline a su habilement bâtir toute une série de mythes sur sa personnalité. En même temps que Voyage au bout de la nuit, Céline écrivait des articles pour une revue médicale (La Presse médicale) qui ne correspondent pas à l'image de libertaire qu'on s'est faite de lui. Dans le premier des deux articles publiés dans cette revue en mai 1928, Céline vante les méthodes de l'industriel américain Henry Ford, méthodes consistant à embaucher de préférence « les ouvriers tarés physiquement et mentalement » et que Céline appelle aussi « les déchus de l'existence ». Cette sorte d'ouvriers, remarque Céline, « dépourvus de sens critique et même de vanité élémentaire », forme « une main-d’œuvre stable et qui se résigne mieux qu'une autre ». Céline déplore qu'il n'existe rien encore de semblable en Europe, « sous des prétextes plus ou moins traditionnels, littéraires, toujours futiles et pratiquement désastreux ».

 

Dans le deuxième article, publié en novembre 1928, Céline propose de créer des médecins-policiers d'entreprise, « vaste police médicale et sanitaire » chargée de convaincre les ouvriers « que la plupart des malades peuvent travailler » et que « l'assuré doit travailler le plus possible avec le moins d'interruption possible pour cause de maladie ». Il s'agit, affirme Céline, d'« une entreprise patiente de correction et de rectification intellectuelle » tout à fait réalisable pourtant car « Le public ne demande pas à comprendre, il demande à croire. » Céline conclut sans équivoque : « L'intérêt populaire ? C'est une substance bien infidèle, impulsive et vague. Nous y renonçons volontiers. Ce qui nous paraît beaucoup plus sérieux, c'est l'intérêt patronal et son intérêt économique, point sentimental. » On peut toutefois s'interroger sur la correspondance entre ces écrits et les réels sentiments de Céline, sur le degré d'ironie de ces commentaires « médicaux » (ou sur une éventuelle évolution) car, quelques années plus tard, plusieurs passages de Voyage au bout de la nuit dénonceront clairement l'inhumanité du système capitaliste en général et fordiste en particulier.

 

C'est toute cette partie de sa vie qu'il relate à travers les aventures de son antihéros Ferdinand Bardamu, dans son roman le plus connu, le premier, Voyage au bout de la nuit (1932), pour lequel il reçoit le prix Renaudot, après avoir manqué de peu le prix Goncourt (ce qui provoquera la démission de Lucien Descaves du jury du Goncourt).

 

Son éditeur esi le belge Robert DENOEL qui sera assassiné après la guerreRobert DENOEL


Robert Denoël commence son activité éditoriale en juillet 1928 en s’associant à l'Américain Bernard Steele pour fonder à Paris les « éditions Denoël et Steele ». Durant les années 1930, il se fait connaître comme un éditeur de grand talent publiant des textes d'Antonin ArtaudRoger VitracLouis AragonElsa TrioletJean GenetNathalie SarrauteCharles BraibantPaul VialarSigmund FreudRené AllendyOtto Rank... et particulièrement Louis-Ferdinand Céline et divers auteurs d'extrême droite comme Lucien RebatetRobert Brasillach ou Adolf Hitler. Il dirige également de 1934 à 1939 la maison d'édition La Bourdonnais qui fera paraître une cinquantaine de titres. À partir de 1937, Steele, qui craint la montée de l'antisémitisme en France, part pour les États-Unis dans sa famille très aisée. Denoël poursuit sous le nom les éditions Denoël.

 Grand admirateur de Céline, il fait l'éloge, dans le cahier jaune, en novembre 1941, de la noblesse de la haine propre à l'auteur de Bagatelle pour un massacre1. Denoël est tué à la Libération, le 2 décembre 1945, dans des conditions troubles. Il est touché par une balle de revolver, au sortir de sa voiture garée à l'angle du boulevard des Invalides et de la rue de Grenelle à Paris. Des papiers importants - tel un dossier établissant le comportement collaborationniste de tous les éditeurs parisiens pendant la guerre, rédigé pour préparer sa défense dans un procès intenté à sa maison d'édition - et une valise contenant des pièces et des lingots d'or disparaissent de sa voiture. Il est accompagné de Jeanne Loviton. Ils vont au théâtre. Un pneu crève. Jeanne va chercher du secours. Quand elle revient, Denoël est mort..... et voyez ci-dessous

 

Zones d'ombre autour de l'assassinat de Robert Denoël

 Sa maison d'édition est devenue la propriété de Jeanne Loviton, qui après avoir été l'épouse de Pierre Frondaie puis la maîtresse de Paul Valéry, était devenue la sienne. Cette dernière, moins d'un an après l'assassinat de Denoël, a revendu 90 % des parts à Gaston Gallimard, l'adversaire acharné de Denoël. Au cours des nombreux procès autour de l'assassinat et la succession de Denoël sont apparus les noms de personnalités entendues comme témoins tels l'avocat Pierre Roland-Lévy, proche du Parti communiste français, alors chef de cabinet du ministre du Travail,Ambroise Croizat, et qui a été promu en 1947 membre du Conseil supérieur de la magistrature ; Guillaume Hanoteau, avocat radié du Barreau de Paris, qui devint ensuite dramaturge puis journaliste à Paris-Match en 1952; Jeanne Loviton, écrivain sous le pseudonyme de Jean Voilier. Celle-ci est morte en 1996. Cécile Denoël, l'épouse est morte dans le Midi de la France en 1980. Son fils, Robert Denoël Jr, épousa Arlette Aubinière qui lui donna deux fils, Patrice et Olivier4.

 

Le 1er octobre 1933, Céline prononce à Médan, sur l'invitation de Lucien Descaves, un discours intitulé « Hommage à Zola » lors de la commémoration annuelle de la mort de l'écrivain, qui demeure la seule allocution publique littéraire de sa carrière. À cette époque, en raison de la publication du Voyage, Céline est particulièrement apprécié des milieux de gauche qui voient en lui un porte-parole des milieux populaires et un militant anti-militariste.

L'époque des pamphlets antisémites

 

À la fin des années 1930, alors qu'il est en contact avec Arthur Pfannstiel, un critique d'art et traducteur travaillant pour le Welt-Dienst (service mondial de propagande nazi anti-maçonnique et antisémite), organe auprès duquel il se renseigne, Céline publie deux pamphlets fortement marqués par un antisémitisme virulent9 : Bagatelles pour un massacre (1937) et L'École des cadavres (1938).Bagatelle pour un massare

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Il présente lui-même ces ouvrages ainsi :

« Je viens de publier un livre abominablement antisémite, je vous l'envoie. Je suis l'ennemi n° 1 des juifs ».

Dès la fin des années 1930, Céline se rapproche des milieux d'extrême droite français pro-nazis, en particulier de l'équipe du journal de Louis Darquier de Pellepoix, La France enchaînée.    

L'Occupation]

Sous l'Occupation, Céline envoie des lettres aux journaux collaborationnistes, certaines y sont publiées. Il y fait preuve d'un antisémitisme violent. Par exemple, le 4 septembre 1941, le journal collaborateur Notre combat pour la nouvelle France socialiste publie un article intitulé « Céline nous parle des Juifs » : Céline y déclare

« Pleurer, c'est le triomphe des Juifs ! Réussit admirablement ! Le monde à nous par les larmes ! 20 millions de martyrs bien entrainés c'est une force ! Les persécutés surgissent, hâves, blêmis, de la nuit des temps, des siècles de torture... »

Visitant l'exposition « Le Juif et la France », Céline reproche à Sézille d'avoir éliminé de la librairie de l'exposition Bagatelles pour un massacre et L'École des cadavres. Ces ouvrages sont controversés jusque Bagatelle6568412094chez les nazis : si Karl Epting, directeur de l'Institut allemand de Paris décrit Céline comme « un de ces Français qui ont une relation profonde avec les sources de l'esprit européen », Bernard Payr, qui travaille au service de propagande en France occupée se plaint du fait que Céline « gâcherait » son antisémitisme par des « obscénités » et des « cris d'hystérique ».

Durant cette période, Céline exprime ouvertement son soutien à l'Allemagne nazie. Lorsque celle-ci entre en guerre contre l'Union soviétique, en juin 1941, il déclare :

« pour devenir collaborationniste, j’ai pas attendu que la Kommandantur pavoise au Crillon… On n’y pense pas assez à cette protection de la race blanche. C’est maintenant qu’il faut agir, parce que demain il sera trop tard. […] Doriot s’est comporté comme il l’a toujours fait. C’est un homme… il faut travailler, militer avec Doriot. […] Cette légion (la L.V.F.) si calomniée, si critiquée, c'est la preuve de la vie. […] Moi, je vous le dis, la Légion, c'est très bien, c'est tout ce qu'il y a de bien. ».

Il publie alors Les Beaux Draps, son troisième et dernier pamphlet antisémite (Nouvelles éditions françaises, 1941), dans lequel il exprime clairement sa sympathie pour l'occupant :

« C’est la présence des Allemands qu’est insupportable. Ils sont bien polis, bien convenables. Ils se tiennent comme des boys scouts. Pourtant on peut pas les piffer… Pourquoi je vous demande ? Ils ont humilié personne… Ils ont repoussé l’armée française qui ne demandait qu’à foutre le camp. Ah, si c’était une armée juive alors comment on l’adulerait ! »

En 1943 Hans Grimm membre du SD à Rennes fournira à Louis Ferdinand Céline une autorisation pour se rendre en villégiature à Saint-Malo (zone d'accès limité à cette période du conflit). L’auteur lui offrira un exemplaire d'une première édition d'un de ses romans.

L'exil : Sigmaringen, puis le Danemark 

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Après le débarquement du 6 juin 1944, Céline, craignant pour sa vie, quitte la France le 14 juin 1944 et se retrouve d'abord à Baden-Baden, en Allemagne, avant de partir pour Berlin, puis pour Kraenzlin (le Zornhof de Nord), d'où il ne peut rejoindre le Danemark... Apprenant que le gouvernement français se forme à Sigmaringen, Céline propose alors à Fernand de Brinon, le représentant de Vichy pour la France occupée, d'y exercer la médecine ; celui-ci accepte. Céline gagne par le train Sigmaringen, voyage qu'il relate dans Rigodon ; là-bas, il côtoie le dernier carré des pétainistes et des dignitaires du régime de Vichy (D'un château l'autre)

 Ci-dessous le château de Sigmaringen où Céline fut emprisonné dès novembre 1944.Sigmaringen013 C'est seulement après, le 22 mars 1945, qu'il quitte Sigmaringen pour le Danemark, occupé par les Allemands, afin de récupérer son or, qui y est conservé.

Chronologiquement, la « trilogie » allemande commence par D'un château l'autre, se continue par Nord NORD246

et finit par le livre posthume Rigodon. Céline, dans Nord, fait plusieurs allusions à D'un château l'autre. Il atteint enfin le Danemark pour y vivre en captivité : près d'une année et demie de prison, et plus de quatre ans dans une maison au confort rudimentaire près de la mer Baltique.

Il vit dans un taudis qu'il ne peut chauffer, et est boycotté par le monde littéraire. En 1950, dans le cadre de l'Épuration, il est condamné, pour collaboration, à une année d'emprisonnement (qu'il a déjà effectuée au Danemark), à 50 000 francs d'amende, à la confiscation de la moitié de ses biens et à l'indignité nationale. Raoul Nordling, consul général de Suède à Paris, serait intervenu en sa faveur auprès de Gustav Rasmussen, ministre danois des affaires étrangères, pour retarder son extradition et aurait écrit en sa faveur au président de la Cour de justice qui le jugeait par contumace

Retour en France 

 

En avril 1951, Tixier-Vignancour son avocat depuis 1948, obtient l'amnistie de Céline au titre de « grand invalide de guerre » (depuis 1914) en présentant son dossier sous le nom de Louis-Ferdinand Destouches sans qu'aucun magistrat ne fasse le rapprochement. De retour de Copenhague l'été suivant, Céline et son épouse - ils sont mariés depuis 1943- Lucette (née Almanzor, le 20 juillet 1912 à Paris) s'installent chez des amis à Nice en juillet 1951. Son éditeur Robert Denoël ayant été assassiné en 1945, il signe le même mois un contrat de cinq millions de francs avec Gaston Gallimard pour la publication de Féerie pour une autre fois, la réédition de Voyage au bout de la nuit, de Mort à crédit et d'autres ouvrages.

CELINE Meudon 1959CELINE

En octobre de la même année le couple s'installe dans un pavillon vétuste, route des Gardes, à Meudon, dans les Hauts-de-Seine (à l'époque, département de la Seine-et-Oise). Inscrit à l'Ordre des médecins, le Docteur L.-F. Destouches, docteur en médecine de la Faculté de Paris accroche une plaque professionnelle au grillage qui enclot la propriété, ainsi qu'une plaque pour Lucette Almanzor qui annonce les cours de danse classique et de caractère que son épouse donne dans le pavillon.Celine1266CELINE Meudon 1957Celine 2267c Il vit pendant plusieurs années des avances de Gallimard jusqu'à ce qu'il renoue avec le succès, à partir de 1957, grâce à sa « Trilogie allemande », dans laquelle il romance son exil.CELINE 1955CELINE en 1960 (66 ans.Un an avant sa Mort)

  CELINE Meudon 1959
La tombe de Céline au cimetière de Meudon. Il voulait être jeté dans la fosse publique mais sa femme Lucette n'en a pas eu le couragetombe63593472

tombe63593472

Publiés successivement et séparément, D'un château l'autre (1957), Nord (1960) et Rigodon (1969) forment en réalité trois volets d'un seul roman. Céline s'y met personnellement en scène comme personnage et comme narrateur.

 

Louis-Ferdinand Destouches décède à son domicile de Meudon, le 1er juillet 1961, vraisemblablement des suites d'une artériosclérose cérébrale - bien que d'autres pathologies soient parfois évoquées - laissant veuve Lucette Destouches. Il est enterré au cimetière des Longs Réages, à Meudon ; le pavillon qu'il occupait brûlera en mai 1968, détruisant alors ses lettres et manuscrits.

Le style Céline]

 

Le style littéraire de Louis-Ferdinand Céline est souvent décrit comme ayant représenté une « révolution littéraire ». Il renouvelle en son temps le récit romanesque traditionnel, jouant avec les rythmes et les sonorités, dans ce qu'il appelle sa « petite musique ». Le vocabulaire à la fois argotique et scientifique, familier et recherché, est au service d'une terrible lucidité, oscillant entre désespoir et humour, violence et tendresse. Révolution stylistique et réelle révolte (le critique littéraire

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Un témoignage inédit sur l'enterrement de Céline

PAR ROGER GRENIER. C'était il y a exactement cinquante ans. Début juillet 1961, ils étaient une poignée aux obsèques de Céline. Parmi eux se trouvait l'écrivain Roger Grenier, qui se souvient du Bas-Meudon, de Lucien Rebatet, de la pluie fine et du corbillard qui avance dans le petit matin.

Mort le 1er juillet 1961, Louis-Ferdinand Céline fut enterré trois jours plus tard, dans la discrétion, à Meudon. La photographie qui le montre ici chez lui avait été prise l'été précédent, en juillet 1960, par Pierre Duverger. © collection Pierre DUVERGER / Fonds Louis-Ferdinand Celine / IMEC ImagesMort le 1er juillet 1961, Louis-Ferdinand Céline fut enterré trois jours plus tard, dans la discrétion, à Meudon. La photographie qui le montre ici chez lui avait été prise l'été précédent, en juillet 1960, par Pierre Duverger. © collection Pierre DUVERGER / Fonds Louis-Ferdinand Celine / IMEC Images

D'UN ENTERREMENT L'AUTRE

Quand André Gide est mort, en 1951, le seul journaliste disponible à «France-Soir» était un spécialiste du fait divers, d'ailleurs excellent. On l'expédia rue Vaneau. Il ne rappela que le soir:«Aucun intérêt, c'est une mort naturelle.» C'est sans doute pour éviter un tel malentendu que, pour l'enterrement de Céline, comme j'étais catalogué littéraire, c'est moi qui fus envoyé.

Céline est mort le samedi 1er juillet 1961.Ses voisins ne l'ont su que lorsqu'ils ont vu apporter son cercueil. Lucette Almanzor aurait voulu un enterrement le plus intime possible, sans journalistes. Mais il a dû y avoir une fuite. Je pense que Roger Nimier a prévenu Pierre Lazareff. Bref, avec mon ami André Halphen, de «Paris-Presse», nous n'étions que deux reporters.

Je revois le Bas-Meudon, sous une petite pluie, tôt le matin. Sortant de la villa Maïtou, pavillon vieillot, 23 ter route des Gardes, descendant le jardin banlieusard pour rejoindre le corbillard, le cercueil était suivi d'un tout petit nombre de personnes: la fille de Céline, née d'un premier mariage, Roger Nimier, Marcel Aymé, Claude Gallimard, Max Revol, Jean-Roger Caussimon et la comédienne Renée Cosima, qui était la femme de Gwenn-Aël Bolloré. J'ai reconnu aussi Lucien Rebatet. En novembre 1946, j'avais assisté au procès de «Je suis partout» et je l'avais vu condamner à mort.

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Né en 1919, écrivain et éditeur chez Gallimard, Roger Grenier a été journaliste à "France-Soir" après avoir fait ses débuts, au côté d'Albert Camus, à "Combat". (DR)

Suivi de quelques voitures, le corbillard entama la montée, à travers les rues de Meudon, vers le cimetière des Longs-Réages. Il continuait à pleuvoir. Le convoi n'est pas passé par l'église, et il n'y a pas eu de discours. A peine au cimetière, le cercueil a été glissé dans la fosse. Quelques fleurs et c'en fut fini à jamais du docteur Destouches, alias Louis-Ferdinand Céline, dont la vie fut si longtemps pleine de bruit et de fureur. Il était à peine 9 heures du matin. Dans mon reportage de «France-Soir», je m'étais permis d'écrire: «Il est toujours triste d'être obligé d'avoir honte d'un grand écrivain.»

L'après-midi de ce mardi 4 juillet, je suis allé interviewer, dans un hôtel parisien, Karen Blixen, qui, dans son grand âge, ressemblait à la momie de Ramsès II.

Céline est mort à Meudon le 1er juillet. Le 2, à Ketchum (Idaho), Ernest Hemingway mettait fin à ses jours. Une semaine après avoir assuré le reportage de l'enterrement de Céline, j'étais à Pampelune en train d'enregistrer pour la radio une messe que le matador Antonio Ordoñez faisait célébrer, dans la chapelle San Fermin de l'église San Lorenzo, à la mémoire de son célèbre afcionado. Orson Welles était là, ainsi que quelques vedettes du cinéma et de la littérature qui semblaient s'être donné le mot pour se retrouver à la Feria de Pampelune, en souvenir d'Ernesto.

Roger Grenier

Dernier livre paru: «le Palais des livres» 

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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 11:28
Jean-Claude Pirotte

Le vin des rêves, tant de bouteilles à la mer

Edité par "L'ESPRIT NOMADE" que je remercie au passage

 

 

 

Pirotte

 

« Les romanciers authentiques ne mentent jamais. Je ne suis pas romancier. Je préfère raconter des histoires, des fables qui me seraient dictées par les nuits, dont la brume lâche enveloppe des terroirs indécis, quand le fleuve reflète, au sortir du bistro, le même néon, répété mille fois, et qui tremble comme mon regard. Des paquets d'ombre se détachent d'un firmament blessé, peut-être est-ce une montagne, peut-être une menace portée par les tombereaux cahotants de l'ivresse. »(Récits incertains)

 

Trempant sa plume dans les contes bleus du vin, dans le sang des jours, Pirotte est notre grand écrivain errant.
Il ne se pose que très rarement, jalonnant sa route étoilée d’auberges et parfois de combes, et il ne laisse traces de passages que par ses aquarelles laissées en
paiement au patron, de plis perdus, de livres abandonnés, de fonds de tiroir ressortis pour vivre un peu de pain aussi.


Il continue sa marche, Namur-Texas, commencée il y a si longtemps, du temps où il était avocat. Sa cause s’est élargie à l’humanité entière.
Non ce n’est pas une fuite, mais une libération, une
fusion.
Sa course d’étoile filante s’est posée quelque temps à Cabardès, avec un logis à Montolieu près de l’église d’où s’échappait haut et fort la musique de Ravel ou d’autres puis un nouveau
départ en triant ses chers livres de ses amis, ses musiques, et cap sur l’Anjou et il vit maintenant en Arbois.
La boussole des vignobles est sa vraie Croix du Sud. Son étoile verte est entre la nuit et les soleils du vin.
Lui qui se décrit comme« un peintre du dimanche et un écrivain du samedi » oscille entre les mots et les aquarelles. Romancier, chroniqueur, peintre, conteur, lecteur, animateur de revues, découvreur de talents, poète toujours, il a écrit plus de trente livres sur la dislocation des gouffres, les
rencontres entrevues et le grelot des chiens perdus. Pirotte est notre grand écrivain actuel de l'errance. Parmi tous ses livres qui, un jour, ont heurté nos vies minuscules, il faut citer: Pluie à Réthel,Un été dans la combe, Sarah, feuille-morte, Récits incertains, L'épreuve du jour, Plis perdus et le déchirant Il est minuit depuis toujours.


Et surtout il émane de lui cette fraternité chaude qui en fait notre plus proche voisin en angoisses et en nuits recourbées :
« Je tempère l'angoisse et la noirceur avec l'humour. Je trouve qu'il est toujours plus facile de parler de son angoisse que de son bonheur ; d'où mon désir de lumière. Grâce aux ombres je parviens à atteindre une lumière. S'il n'y a pas de contraste, il n'y a rien… Et cela aussi bien en littérature qu'en peinture. »

 

 

 

 

Traces de vie, tâches de temps

 

Jean-Claude Pirotte est né belge sous la pluie des jours et des gens . Son adolescence porte tout le ciel bas de la Wallonie, puis de la Hollande avec des détours en Bourgogne. Il essaie une vie sociale et exerce par défaut la profession d'avocat pendant onze ans. Il défendait les exclus, les marginaux, des délinquants, les pauvres, les immigrés. Choisissant la cavale plutôt que la prison, faussement accusé de complicité d’évasion d’un de ses clients, et commence alors une vie de vagabond avec des « étés dans les combes », des clandestinités et surtout des errances dans toute la France profonde. Il aura toujours été du côté des perdants, des revenants.
Quand on sonde sa mémoire oublieuse il répond « qu'il a vécu quelquefois, est mort souvent », mais il récuse sa légende de poivrot errant sous les voûtes du ciel, ou du moins ne veut plus s’en souvenir, tout en la vivant encore au quotidien.
Parfois émergent les traces de son adolescence, les longues virées en Hollande, en Bourgogne à Malaga, à Florence, au Portugal, dans les Ardennes. Tout cela fait une douce mousse de mémoire. Il sait que dans cette vie
impossible rabotée par le temps, il faut comme le commande Baudelaire s’enivrer. Seule la chute au fond des comptoirs des bars ralentit la véritable chute.


« Si j'ai vécu, ce ne peut être que dans les livres, et plus encore dans ceux des autres que dans les miens. À chaque voyage, il faut se reconstruire, tout est à refaire. Une vie, ce n'est pas la somme de vies improbables. »
Pour parler de sa vie improbable, il faut lui laisser la dire. Pour son éditeur Le temps qu’il fait Jean-Claude Pirotte a commis une sorte d’autobiographie que nous nous permettons de reprendre.

Pirotte

 

 

« Aussi bizarre que cela puisse paraître, je n'aime pas tellement parler de moi, bien que je donne l'impression de ne faire que ça. Raconter sa vie n'a pas d'intérêt, ou alors il faut en explorer toutes les profondeurs, en extraire ce qui fait le plus mal, et aussi ramener au jour, au présent, ce que chaque instant ménage d'incomparable à qui sait l'accueillir…
Le Jan Idsega de Fond de Cale, ce n'est pas moi : je ne suis pas né en Hollande mais à Namur dans les Ardennes, le 20 octobre 1939, je n'ai pas tué ma sœur car je suis fils unique, je n'ai pas été professeur de dessin mais avocat (de 1964 à 1975), et ainsi de
suite. Ceci dit, le personnage emprunte sans doute mes traits (mais d'une manière équivoque), lorsqu'il se met à vagabonder, ce que j'ai beaucoup fait, à écrire, ce que je ne cesse de faire, à être malade, ce que je suis aussi, comme un peu tout le monde...
Pour le dessin, la lecture, l'écriture, j'étais un enfant précoce. J'ai publié trop jeune, à quinze ou seize ans, quelques nouvelles,
plus tard des poèmes, j'ai écrit des romans heureusement perdus. Il a fallu que je me débarrasse de cette infecte facilité. Et justement ce n'est pas facile d'étrangler la facilité...
En vérité, j'ai eu beaucoup de chance. D'abord de naître dans un milieu social qui, pour être conformiste, n'en considérait pas moins la musique ou la littérature comme
autre chose que des ornements de la vie bourgeoise.

Je ne m'entendais pas du tout avec mes parents, qui avaient tout de même une autre idée que la mienne de l'existence, au point que j'étais persuadé que ma place n'était pas chez eux, que j'étais une sorte d'enfant trouvé. Ils me regardaient comme un rebelle, mais j'ai très vite conquis la liberté de lire, de dessiner, de peindre, et surtout de vagabonder. Cette liberté s'est illuminée en Hollande, dans cette famille Prins qui m'accueillit, à Ede, où il me semble avoir pris définitivement conscience de ce qui était beau à mes yeux, pas question d'ouvrir ici un quelconque débat esthétique. Pour simplifier, disons que ma sensibilité a trouvé là de quoi s'alimenter, et c'est ainsi que je ne suis pas devenu tout à fait un voyou. J'ai découvert là ce qui désormais me serait nécessaire, l'art et la vie dirais-je un peu pompeusement, l'art indissociable de la vie la plus quotidienne...


Ma condamnation, elle aussi, a été une chance miraculeuse. De nouveau je me suis trouvé dans l'obligation de conquérir et de protéger ma liberté. Ces policiers, ces magistrats qui se sont fourvoyés en me poursuivant et en me condamnant, et qui n'ont même pas réussi à entamer mon idéal de justice, je devrais les bénir. Dans la misère et l'insécurité de ce qu'il faut bien appeler une « cavale », la littérature, la peinture, la musique, et la vigilante tendresse de ma compagne (qui m'apportait, où que je sois, avec sa présence furtive mais éblouissante, des livres et de quoi peindre) m'ont rendu à la vérité. À la paresse. Au vagabondage. Active, la paresse. Productif, le vagabondage...»

 

Vie donc de résistance, vie parfois clandestine, mais naissance à l’écriture, la poésie, la peinture et à jamais refus de l’enfermement. Il a connu son « élargissement », sa fugue idéale :

« Ce qui compte, c'est le loisir merveilleux que me ménagent aujourd'hui ceux qui m'ont condamné, en m'apprenant à leur insu que la lumière éblouissante de l'exil se mérite. »

 

 

 

À la santé de Pirotte

 

Pourquoi parler de Jean-Claude Pirotte encore et encore. D’abord pour souhaiter à cet ami, bonne santé et bonne boisson de la treille et de la vie. Et aussi par amour, bien sûr, de cet étrange écrivain «qui confond et marie les arômes de la vie et de la mort » et,tout simplement, pour vous donner l'envie urgente de ces petits récits incertains qu'il trace au fil du quotidien. Dans les ornières des sentiments où l'amour est une plante morte., Dans cette longue errance qu'est la fuite de notre enfance,il y a un homme posé comme un épouvantail à moineaux dans le champ de blé de notre mémoire, c'est Pirotte. Quelques mots grappillés au hasard de cette âme insoumise donneront un éclairage sur cet écrivain.


Et nous lui devons tant à celui qui nous a révélé ses compagnons d’âme et de lecture (Thomas bien sûr, Robin, Dhôtel, Follain, Frénaud, Pierre-Jean Jouve, Tardieu, Leon-Paul Fargue…)
Recevoir ses livres est déjà grand bonheur, recevoir ses lettres parsemées de dessins est plus grande joie encore. On sait alors qu’il est en chemin vers vous, soit pour une lecture de ses écrivains fétiches, soit pour ses textes (Pirotte est un merveilleux lecteur !), et de sa voix râpeuse et grave il va dénouer devant nous, pour nous, ses mots. Parfois il vous parle aussi avec flamme de ses dernières illuminations musicales.
Il affranchit ses mots au trébuchet du cœur, et pour lui toute amitié perdure contre le gel du temps. Il connaît les ornières des sentiments, la fuite de l’enfance, les amours comme chiendent.


Pudique dans sa vie, merveilleusement impudique dans ses écrits, il laisse affleurer les rencontres des écrivains qui lui auront donné le pain des rêves et la force d’écrire : Henri Thomas, Georges Perros, Jacques Chardonne, André Dhôtel, Marcel Arland, des peintres également, des fantômes plus vivants que nous.
Il aura donné les plus beaux carnets de
route écrits depuis Nicolas Bouvier, dans une géographie intérieure, où les paysages ne comptent que comme anecdotes, là où se dressent les balises de mots de Pirotte.
Son écriture est un fleuve sensoriel, qui revient souvent sur ses pas, à ses sources et repart.

L'écriture de Pirotte est une pluie lente, une halte parmi quelques vagabonds de rencontres. «Je ne cesserai pas de jardiner ma misère, ni de tirer modestement gloire des voix célestes de la pluie ». Un livre-image, Lettres de Sainte-Croix du Mont, visualise ses paysages intérieurs.

Pirotte


Digressions comme autant de buissons ardents, citations comme bornes le long des routes, lire Pirotte c’est accepter de voyager, de se perdre surtout.
Voyage de couleurs (Pirotte est un grand peintre !) et d’odeurs.
Des odeurs du Portugal, à celles des bars ou des fossés qui l’auront tant accueilli, et surtout de celles des femmes qui montent comme signaux de fumée sur l’horizon des jours, ses livres sont des compagnons de
route. Un guide non pas du routard mais des papiers semés en guirlande au bord du chemin, pour témoigner du monde amer, du monde doux, du monde ordinaire.

Des sons montent aussi de ses livres, celui des chiens au lointain des villages, celui de Mozart ou Ravel, celui des rencontres entrevues dans les petits matins gonflés d’oiseaux et de légendes.
Les mots de Pirotte vous tombent dessus comme une pluie
lente mais obstinée.

 

 

 

 

Le chemin d’une âme insoumise

 

Que de bouteilles vidées et jetées à la mer des sentiments autour de son ombre qui titube !

 

Pirotte

La solitude est en laisse et Pirotte avance. Dans le champ de blé à midi de tous nos jours il y a un épouvantail dressé contre le soleil pour faire fuir les corbeaux du malheur. Pirotte voltige au bord de la folie, dans les lourds et poisseux lendemains de la picole, dans les rencontres et le mélange des gens.

Pirotte est en fuite permanente et sa lucidité tendre nous ouvre tous les chemins de traverse des jours.

Avec sa solitude en laisse, des reflets de ciel éclatés, des bouteilles vides et lézardées autour de son ombre, Pirotte promène sa merveilleuse oisiveté dans la langue française, dans les matins qui titubent de rosée, mais aussi dans la boue des villages et le gouffre amer de la terre.


Il nous protège des minuits de toujours, c’est l’ami Pirotte, veilleur de vent et de fraternité.
Je tiens des livres comme
Pluie à Rethel, Sarah feuille morte, Il est minuit depuis toujours, Récits incertains, Un été dans la combe, comme la prose la plus entêtante, la plus forte et bouleversante de la littérature contemporaine.


Que de superbes livres, que de fonds de tiroir aussi car il faut bien faire chauffer la marmite. Et ses fonds de tiroir à lui feraient tout l’ameublement de tant d’autres !
Autobiographies vraies ou fausses, regain coupé entre légende et mémoire, ses livres sont bien un miroir qui marche le long des routes.
Sa belle voix profonde de prodigieux conteur, il l’offre au service des autres, peintre entrevu, écrivain venant vers lui.

Ses remparts de pudeur laissent passer les caravanes du partage.
Je suis toujours touché par sa ferveur à citer ceux qui ont tissé son ciel de lit, plein d’étoiles en allée et de feu de camp de l’amitié.


« Il y a des choses, chaque jour, qu’il faut toucher du doigt, faute de quoi c’est l’enfer » (Paul de Roux), cité par Pirotte.
Les livres de Pirotte font partie de ces choses.

Livres de naufrageurs que sont Il est minuit depuis toujours et Plis perdus.

Il existe un autre versant à son écriture nomade,des livres coupants, violents, loin des brumes, des aubes froides.

Ainsi Absent de Bagdad, Cavale, son odyssée portugaise dans Un voyage en automne révèlent un écrivain de résistance, à jamais insoumis
Pirotte est un immense écrivain, celui du quotidien
triste, de la cavale permanente, de l'ordinaire le plus gris au bonheur aigre-doux d'être seul.
Souvent, les mots de Pirotte pleuvent obstinément comme pour une attente sur les berges de la misère.

 

« J'ai froid,j'ai peur et je sais que l'amour qui n'est peut-être que littérature, ne sauve rien,ne sauve de rien, ni des autres, ni de soi ».


Ainsi parle Jean-Claude Pirotte. Lui toujours en lutte contre « les naufrageurs du vin », contre la bêtise, les empêcheurs de rêver en rond ; les « pisse-vinaigre », le reste du monde en fait.


« Le vin, la littérature, la peinture, la musique, la philosophie même ne sont pas des ornements de la vie. Ils sont la vie même, qui n'est tissée que de confidences. Nous n'existons que dans l'à-peu-près, l'instable, le précaire et l'insoupçonnable. Nous ne pouvons compter que sur une planche de salut, où cependant nous redoutons de nous aventurer, car elle apparaît plus menacée, plus risquée encore, que nos certitudes mesquines et le sentiment taraudant de notre dépossession. »

Ne parlons surtout pas de Pirotte, lisons-le comme au coin d'un bar, sur une banquette de métro, au milieu des vignes, et toujours laissons-lui la parole:

«J'ai retrouvé la nuit, mais je ne retrouverai pas l'enfance».


Son vin des rêves est notre réalité.

 

Gil Pressnitzer

 

Suite et fin:

 

«Ma propre disparition a eu lieu plusieurs fois.» écrivait récemment Jean-Claude Pirotte, elle a bien eu lieu dans la nuit de vendredi à samedi, en Belgique. Cette Belgique qu'il avait finit de rejoindre, lui «le fuyard céleste» a posé son sac, ses bouteilles et son cancer qui depuis si longtemps l'accompagnait, compagnon clandestin dans tous ses chemins vicinaux oubliés que fut sa vie errante. Entre la fumée des cigarettes et des jours, la tendre caresse du vin, celle des femmes de passage, la joie de pouvoir encore voir s'envoler un oiseau, il avait dit toute sa mémoire et son oubli dans son dernier livre, Brouillard:

 

« C’est que j’avais encore envie de vivre, et de voir passer les nuages, et d’écrire ceci, ou autre chose. Il arrive que la douleur soit en voie d’excéder mes forces. Mais je m’obstine, je tiens la fenêtre ouverte, au moins je respire et un chien aboie. »

 

Homme libre, merveilleux lecteur de sa voix profonde, plein des rochers de la vie errante, découvreur de ses frères en poésie, homme libre attentif à la simple condition humaine, la toute petite vie humaine, Jean-Claude Pirotte, le mélancolique clochard céleste, nous laisse les fragments de « sa vie perdue» comme autant de douces bruines de tendresse.

« l’heure vient d’échanger contre un corps volatil / cet encombrant fardeau d’os d’humeur et de chair ».

Le brouillard des jours incertains s'est dissipé, et Jean-Claude Pirotte demeure parmi nous, timide, rieur, libre, au petit matin du monde:

 

«C'est le seul moment du jour où je m'éprouve en vie avec une sorte de ravissement enfantin. La cigarette, le café fumant, le dessin gris bleuté des branches nues dans les jardinets. Le silence aérien. Il fait frisquet dans la cuisine et cela ne me gêne pas, moi qui ai toujours froid.
Une fumée blanche s'échappe d'un coin de la maison et s'évade entre deux sapins à la tête blanchie pour se mêler au ciel pâle. un chien noir
traverse une pelouse.»
(Brouillard)

 

le corps s’il est privé
de pitance il se meurt
et se meurt l’âme aussi
abandonnée des heures

de l’âge et de l’enfance
qui toujours la
visite
trop tard quand il est l’heure
de se quitter encore

après s’être quitté
si souvent que le corps
n’en peut plus d’être vif.
(Pirotte)

pirotte

Jean-Claude Pirotte, écrivain belge et Insoumis
Jean-Claude Pirotte, écrivain belge et Insoumis
Jean-Claude Pirotte, écrivain belge et Insoumis
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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 12:15

. Beck 1

Samuel Barclay Beckett (Foxrock, Dublin, 13 avril 1906 - Paris, 22 décembre 1989) est un écrivain, poète et dramaturge irlandais d'expression française et anglaise, prix Nobel de littérature.

  S'il est l'auteur de romans, tels que Molloy, Malone meurt et l'Innommable et de textes brefs en prose, son nom reste surtout associé au théâtre de l'absurde, dont sa pièce En attendant Godot (1952) est l'une des plus célèbres illustrations. Son œuvre est austère et minimaliste, ce qui est généralement interprété comme l'expression d'un profond pessimisme face à la condition humaine. Opposer ce pessimisme à l'humour omniprésent chez lui n'aurait guère de sens : il faut plutôt les voir comme étant au service l'un de l'autre, pris dans le cadre plus large d'une immense entreprise de dérision. Avec le temps, il traite ces thèmes dans un style de plus en plus lapidaire, tendant à rendre sa langue de plus en plus concise et sèche. En 1969, il reçoit le prix Nobel de littérature pour « son œuvre, qui à travers un renouvellement des formes du roman et du théâtre, prend toute son élévation dans la destitution de l'homme moderne »

Biographieimages

Samuel Barclay Beckett est né le 13 avril 1906  dans une famille bourgeoise irlandaise protestante : l'événement fut signalé dans la rubrique mondaine d'un journal irlandais (The Irish Times) daté du 16 avril. La demeure familiale, Cooldrinagh, située dans une banlieue aisée de Dublin, Foxrock, était une grande maison. La maison, le jardin, la campagne environnante où Samuel grandit, le champ de courses voisin de Leopardstown, la gare de Foxrock sont autant d'éléments qui participent du cadre de nombre de ses romans et pièces de théâtre. Il est le deuxième fils de William Frank Beckett, métreur et May Barclay Roe, infirmière. Beckett et son frère aîné Franck sont d'abord élèves à la Earlsford House School, dans le centre de Dublin, avant d'entrer à la Portora Royal School d'Enniskillen, dans le comté de Fermanagh – lycée qui avait auparavant été fréquenté par Oscar Wilde .ds

 

Beckett étudie ensuite le français, l'italien et l'anglais au Trinity College de Dublin, entre 1923 et 1927. Il suit notamment les cours de A. A. Luce, professeur de philosophie et spécialiste de Berkeley. Il obtient son Bachelor of Arts et, après avoir enseigné quelque temps au Campbell College de Belfast, est nommé au poste de lecteur d'anglais à l'École normale supérieure de Paris sur les recommandations de son professeur de lettres françaises et mentor Thomas Rudmose-Brown . C'est là qu'il est présenté à James Joyce par le poète Thomas MacGreevy, un de ses plus proches amis, qui y travaillait aussi depuis 1926 mais avait décidé de quitter son poste pour se consacrer entièrement à la littérature. Cette rencontre devait avoir une profonde influence sur Beckett, qui devint garçon de courses puis « secrétaire » de James Joyce qui souffrait des yeux, l'aidant notamment dans ses recherches pendant la rédaction de Finnegans Wake .

 

C'est en 1929 que Beckett publie son premier ouvrage, un essai critique intitulé Dante... Bruno. Vico.. Joyce., dans lequel il défend la méthode et l'œuvre de Joyce dont certains critiquent le style obscur. Les liens étroits entre les deux hommes se relâchèrent cependant lorsque Samuel repoussa les avances de Lucia, la fille de Joyce, dont il s'est rendu compte qu'elle était atteinte de schizophrénie, maladie que refusait de voir son père . C'est aussi au cours de cette période que la première nouvelle de Beckett, Assumption, fut publiée par l'influente revue littéraire parisienne d'Eugène Jolas, Transition. L'année suivante, il est le lauréat d'un petit prix littéraire pour son poème Whoroscope, composé à la hâte en 1929, et inspiré par une biographie de Descartes que Beckett lisait alors .

 

En 1930, il revient au Trinity College en tant que lecteur et écrit en 1931 un deuxième essai en anglais intitulé Proust. En 1932, pour la revue "This Quarter", il traduit un poème d'André Breton, Le Grand secours meurtrier, paru en France dans le recueil Le Revolver à cheveux blanc et ayant pour thèmes les convulsionnaires de Saint-Médard et Lautréamont . Il se lasse assez vite de la vie universitaire, et exprime ses désillusions d'une manière originale : il mystifie la Modern Language Society de Dublin en y portant un article érudit au sujet d'un auteur toulousain nommé Jean du Chas, fondateur d'un mouvement littéraire appelé concentrisme ; ni du Chas ni le concentrisme n'ont jamais existé, sinon dans l'imagination de Beckett, mais cela lui permet de se moquer du pédantisme littéraire. Pour marquer ce tournant important de sa vie, inspiré par la lecture des Années d'apprentissage de Wilhelm Meister, de Goethe, il écrit le poème Gnome, que publie le Dublin Magazine en 1934.

 

Après plusieurs voyages en Europe, notamment en Allemagne, il se fixe en janvier 1938 définitivement à Paris, rue des Favorites, dans le 15e arrondissement, peu avant la Seconde Guerre mondiale. Son premier roman, Murphy, fit l'objet de trente-six refus avant d'être finalement publié par Bordas en 1947.Murphy

 

Le 7 janvier 1938, Beckett est poignardé dans la poitrine par un proxénète  notoire dont il a refusé les sollicitations. Gravement blessé, il est transporté d'urgence à l''hôpital Broussais. La publicité entourant l'agression attire l'attention de Suzanne Dechevaux-Dumesnil  femme curieuse de théâtre et de littérature qui a rencontré Sam au cours d'une partie de tennis quelques mois auparavant. Il entame une liaison avec celle qui deviendra son épouse.

 

Lors de la déclaration de la guerre, il se trouve en Irlande. Il regagne alors précipitamment la France, préférant « la France en guerre à l'Irlande en paix ». Il participe activement à la résistance contre l'occupation nazie. Il est recruté au sein du réseau Gloria SMH par son ami, le normalien Alfred Péron. Quand le réseau est dénoncé, Samuel Beckett, prévenu par la femme de son ami Péron, échappe de peu à la police allemande. Il se réfugie d'abord dans la capitale chez l'écrivain Nathalie Sarraute, puis de 1942 à avril 1945 à Roussillon, dans le midi de la France. Beckett apprend en 1945 que Péron est mort après la libération du camp de Mauthausen. Le 30 mars 1945, il se voit décerner la Croix de Guerre avec étoile d'or.Selon son biographe James Knowlson, l'œuvre de l'écrivain est profondément marquée par les récits de déportation des camarades de Péron et par la guerre.Tombe de-Samuel Beckett Tombe-001

 
magnify-clip.png Tombe de Samuel Beckett au Cimetière du Montparnasse, à Paris.

 

Se consacrant entièrement à la littérature depuis les années 1930, il entre dans une période de créativité intense de 1945 à 1950, période qu'un critique a appelé « le siège dans la chambre » .

Au début des années 1950, Jérôme Lindon, directeur des Éditions de Minuit, publie la première trilogie beckettienne de romans à clef : Molloy, Malone meurt, L'Innommable.molloy couv508beckettl-innommable-46432-250-400

 

Les années 1960 représentent une période de profonds changements pour Beckett, dans sa vie personnelle comme dans sa vie d'écrivain. En 1961, au cours d'une cérémonie civile discrète en Angleterre, il épouse sa compagne Suzanne Déchevaux-Dumesnil, principalement pour des raisons liées aux lois successorales françaises. Le triomphe que rencontrent ses pièces l'amène à voyager dans le monde entier pour assister à de nombreuses représentations, mais aussi participer dans une large mesure à leur mise en scène. En 1956, la BBC lui propose de diffuser une pièce radiophonique : ce sera All That Fall (« Tous ceux qui tombent »).cvt Tous-ceux-qui-tombent 5142 Il continue à écrire de temps à autre pour la radio, mais aussi pour le cinéma (Film, avec Buster Keaton) et la télévision. Il recommence à écrire en anglais, sans abandonner pour autant le français.

 

Le prix Nobel de littérature lui est attribué en 1969 : il considère cela comme une « catastrophe »  ; en fait, il rejette par là une certaine industrie beckettienne, au sens où cette récompense accroît considérablement l'intérêt de la recherche universitaire pour son œuvre . D'autres écrivains s'intéressent à lui, et un flot constant de romanciers et de dramaturges, de critiques littéraires et de professeurs passent par Paris pour le rencontrer. Son désarroi de recevoir le prix Nobel s'explique aussi par son dégoût des mondanités et des devoirs qui y sont liés ; son éditeur Jérôme Lindon ira tout de même chercher le prix

Cioran, ami et admirateur de Beckett, écrira dans ses Cahiers : « Samuel Beckett. Prix Nobel. Quelle humiliation pour un homme si orgueilleux ! La tristesse d'être compris ! » .

 

Les années 1980 sont marquées par sa seconde trilogie : Compagnie (en), Mal vu mal dit, Cap au pire .cvt Cap-au-pire 5942

Suzanne Beckett, son épouse, décède le 17 juillet 1989. Beckett, atteint d'emphysème et de la maladie de Parkinson, part dans une modeste maison de retraite où il meurt le 22 décembre de la même année. Il est enterré le 26 décembre au cimetière du Montparnasse .

Analyse de l'œuvre 

 

Toute l'œuvre de Beckett est traversée par une appréhension aiguë de la tragédie qu'est la naissance : « Vous êtes sur terre, c'est sans remède ! » dit Hamm, le protagoniste principal de Fin de partie. Cette vie doit tout de même être vécue. Car, ainsi qu'il est écrit à la fin de L'Innommable, « il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer ».

 

L'œuvre est un témoignage sur la fin d'un monde. Témoin perspicace de son époque, Samuel Beckett a annoncé la fin de l'art (En attendant Godot) et la fin d'une époque marquée par la prééminence, en Europe, de la culture française (Fin de partie), bien avant que ces thèmes ne deviennent à la mode. L'art ne peut plus chercher à embellir le monde comme dans le passé. Une certaine idée de l'art arrive à sa fin. Beckett souligne cette hypocrisie dans Oh les beaux jours. Winnie s'enchante d'un monde qui connaît chaque jour un « enrichissement du savoir », tandis que, dans sa main, son compagnon Willie tient une carte postale pornographique.

 

On peut grosso modo diviser la vie d'écrivain de Beckett en trois parties : la première, les premières œuvres, jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale ; la deuxième, de 1945 à 1960, au cours de laquelle il écrit ses pièces les plus connues ; et enfin, de 1960 à sa mort, période qui voit la fréquence de ses publications diminuer, et son style devenir de plus en plus minimaliste.

Premières œuvres 

 

Elles traduisent notamment l'influence capitale qu'à cette époque James Joyce a sur Beckett. Très érudites, elles relèvent en grande partie d'une volonté d'exhiber des connaissances et un savoir-faire d'auteur déjà indéniable. Cela les rend souvent difficilement accessibles. On peut citer, à titre d'exemple de son style d'alors, les premières lignes de More Pricks than Kicks (1934) :

« It was morning and Belacqua was stuck in the first of the canti in the moon. He was so bogged that he could move neither backward nor forward. Blissful Beatrice was there, Dante also, and she explained the spots on the moon to him. She shewed him in the first place where he was at fault, then she put up her own explanation. She had it from God, therefore he could rely on its being accurate in every particular »

— More Pricks than Kicks,51ugyggqqnL BO2,204,203,200 PIsitb-sticker-arrow-click,Top

   

Le passage fait abondamment référence à la Divine Comédie de Dante, ce qui déstabilise tout lecteur qui n'en aurait pas une connaissance approfondie. Cependant, on peut déjà y voir l'annonce de certaines caractéristiques futures de l'œuvre de Beckett : l'inaction de Belacqua, l'un des personnages du Purgatoire, récurrent dans toute l'œuvre de Beckett ; son immersion dans ses propres pensées ; l'irrévérence à visée comique de la dernière phrase.

 

Des éléments semblables sont présents dans le premier roman publié par Beckett, Murphy (1938) : il y explore le thème de la folie et celui des échecs, qui reviendront souvent par la suite. La première phrase du roman révèle le ton pessimiste et l'humour noir qui animent nombre de ses œuvres : « The sun shone, having no alternative, on the nothing new » Watt, écrit alors que Beckett se cachait à Roussillon, pendant la Seconde guerre mondiale, traite des mêmes thèmes, dans un style moins exubérant.imagesN167URKM

C'est aussi pendant cette période que Beckett se lance dans la création littéraire en langue française. À la fin des années 1930, il écrit un certain nombre de poèmes courts dans cette langue, ainsi que les Nouvelles et Textes pour rien; l'économie de moyens qui y est visible - surtout si on les compare aux poèmes en anglais qu'il compose à la même époque, dans le recueil Echo's Bones and Other Precipitates (1935) - semble prouver que le passage par une autre langue fut avant tout un procédé lui ayant permis de simplifier son style en le purifiant des automatismes de la langue maternelle ; évolution que vient confirmer quelques années plus tard Watt.WATT

L'œuvre bilingue 

 

À partir de 1944 et jusqu'à sa mort, Beckett écrira en fait une œuvre bilingue ; il ne s'agit pas d'un passage définitif au français mais à une coexistence assez équilibrée entre les deux langues, avec toutefois une certaine prédilection pour le français, en particulier jusqu'au milieu des années 1960. Une grande partie des textes sera traduite dans les deux sens par l'auteur lui-même, ou par Édith Fournier, pour la traduction de l'anglais ; la quasi-totalité de l'œuvre existait dans les deux langues avant la mort de l'auteur.

 

En raison notamment de la découverte du français comme ayant « the right weakening effect », la fin des années 1940 est une période d'intense activité, avant tout narrative (Mercier et Camier, Premier amour, les Nouvelles et Textes pour rien, la TrilogieMolloy, Malone meurt, L'Innommable) ; c'est aussi le moment de l'écriture d'En attendant Godot.

 

C'est en langue française que Samuel Beckett écrit ses œuvres les plus connues. En quinze ans, trois pièces de théâtre connaissent un grand succès : En attendant Godot (1948-1949), Fin de partie (1955-1957) et Oh les beaux jours (1960). Elles sont souvent considérées comme représentatives du « théâtre de l'absurde », terme rejeté par Beckett - qui ne souhaitait pas être assimilé aux fin-de-partie-2231352existentialistes - et sujet à débat. Ces pièces traitent du désespoir et de la volonté d'y survivre, tout en étant confronté à un monde incompréhensible. Incompréhensible aussi l'étrange similitude entre Beckett et Balzac. Et pourtant :

« ...qui dira le mystérieux pouvoir des syllabes qui, à plus de cent ans de distance, fait écrire à Samuel Beckett : En attendant Godot, et à Balzac sa pièce Le Faiseur, où, pendant cinq actes, on ne fait qu'attendre Godeau ? « Godeau ! ...Mais Godeau est un mythe ! ... Une fable ! ... Godeau, c'est un fantôme... Vous avez vu Godeau ? ... Allons voir Godeau ! (Balzac). Le Faiseur. »

— Félicien Marceau : Balzac et son monde .

 

C'est l'œuvre théâtrale qui aura donné la célébrité à l'écrivain : après bien des échecs auprès des éditeurs, c'est Suzanne qui, en 1953, apporte le manuscrit d'En attendant Godot à Roger Blin, qui le met en scène. La première a lieu à Paris la même année. Elle cause un véritable scandale, qu'il faut sans doute regarder comme une des causes inattendues du succès de Beckett.dfv-001

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Ces quatre grandes pièces connues masquent une autre réalité de l'œuvre de Beckett. Au théâtre, elle va plus loin encore, à partir des années 1960, dans de courtes pièces (les Dramaticules, Comédie et actes divers, par exemple) qui tiennent parfois plus de l'installation et de la chorégraphie que du théâtre traditionnel...

 

Mais il est encore une autre réalité : celle de l'œuvre « narrative », considérable, tout aussi expérimentale et toujours plus minimale au fil du temps : les excès formels, d'érudition ou d'obscurité, presque délirants dans More Pricks than Kicks (« Bande et Sarabande »)bande-et-sarabande couv ou Murphy, ont progressivement cédé la place à l'aride sobriété du Dépeupleur ou de Compagnie. Il s'agit toujours de textes qui examinent, d'une manière ou d'une autre, leurs propres conditions de possibilité et les mettent en crise, depuis les mécaniques habituelles de la narration, littéralement pulvérisées dans la « Trilogie», à la fin des années 1940, jusqu'à la possibilité même de « proférer », dans le dernier poème écrit en 1988, intitulé Comment dire.

Liste des œuvres 

Le premier livre de Samuel Beckett à être publié en français, Murphy a été publié par Bordas en 1947. Ensuite, les œuvres de Samuel Beckett sont publiées aux Éditions de Minuit. Elles sont publiées en anglais chez Faber & Faber (théâtre) ou chez Calder Publishing (en) (romans) et chez Grove Press aux États-Unis.

Œuvres en français 
Samuel  Beckett
SamuelBeckett
© d.r.

Chronologie

1906. Le 13 avril, naissance à Foxrock, au sud de Dublin, de Samuel Barclay Beckett, deuxième fils d'une famille protestante. Son père a fait des études d"ingénieur et exerce, dans le domaine de l'architecture, le métier de métreur-vérificateur.

 

1915. Entre à l'Earlsfort House School où l'on enseigne le français.
1920. Pensionnaire à la Portora Royal School, à Enniskillen, dans le comté de Fermanagh. Pratique de nombreux sports : natation, cricket, tennis...
 

 

1923. Entre à Trinity College. Son directeur d"études (Arthur Aston Luce) fait autorité sur l’œuvre de Berkeley et de Descartes. Rudmose-Brown, son professeur de français, lui fait découvrir Racine, Corneille, Ronsard et Scève mais aussi Viélé-Griffin, Le Cardonnel, Larbaud, Fargue et Jammes. Avec Bianca Esposito qui lui donne des leçons d’italien, découvre Pétrarque, l’Arioste et s’enthousiasme pour Dante. Fervent de théâtre, assiste aux représentations des pièces d’O’Casey à l’Abbey Theatre et fréquente le Queens Theatre.
 

 

1926. Brillant élève, doué pour les langues, obtient une bourse et Rudmose-Brown l’encourage à se rendre en France. L’été, part à Tours : randonnée à bicyclette dans la vallée de la Loire. Retour en septembre, rencontre le normalien Alfred Péron, alors lecteur de français à Trinity College. Est nommé bibliothécaire de la Société de langues vivantes.
 

 

1927. Voyage à Florence en été et rentre à Trinity College en automne. Bachelor of Arts en décembre.
 

 

1928. Enseigne le français à Belfast au Campbell College. Durant les vacances d’été, voyage en Allemagne. En octobre, se rend à Paris où il a été nommé, pour deux ans, lecteur d’anglais à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm. Rencontre son prédécesseur à ce poste, Thomas McGreevy, qui lui présente James Joyce. Devient intime de la famille Joyce.
 

 

1929. Travaille avec Joyce et, sur ses conseils, rédige un essai, Dante... Bruno. Vico... Joyce qui prendra place en tête de Our Exagmination Round his Factification for Incamination of Work in Progress. Cet essai et une nouvelle intitulée Assumption paraissent dans la revue transition d’Eugène et Maria Jolas. En décembre Joyce l’invite à collaborer à la traduction française d’Anna Livia Plurabelle, un passage de Work in Progress. Beckett et Péron travaillent ensemble à cette traduction.
1930. S’intéresse à la poésie et à la philosophie, étudie en particulier Descartes puis Geulincx. This Quarter publie trois de ses traductions de l’italien : « Landscape » de Raffaello Franchi, « The Homecoming » de Giovanni Comisso et « Delta » d’Eugenio Montale. Remporte avec Whoroscope le prix du meilleur poème sur le temps (publié par Nancy Cunard). Accepte la commande d’un essai sur Proust. En septembre, est nommé assistant de français à Trinity College. Novembre, première rencontre avec Jack B. Yeats.
 

 

1931. Écrit Le Kid, parodie du Cid pour le festival dramatique annuel du groupe français de la société de langues vivantes. La pièce (non publiée) est présentée au Peacock Theatre et Beckett y interprète le rôle de Don Diègue. Publication de Proust à Londres. Assiste à Paris à la séance consacrée à James Joyce organisée par Adrienne Monnier et à la lecture de la traduction d’Anna Livia Plurabelle. Ses poèmes Hell Crane to Starling, Casket of Pralinen for a Daughter of a Dissipated Mandarin, Text et Yoke of Liberty sont publiés dans The European Caravan, Return to the Vestry dans The New Review, et Alba dans Dublin Magazine. Décembre, est diplômé Master of Arts. Part pour Kassel et envoie sa démission de Trinity College.
 

 

1932. Retour à Paris. Fait partie des signataires du manifeste « Poetry Is Vertical » publié en mars dans Transition avec sa nouvelle Sedendo et Quiescendo qu’il réécrira pour l’inclure dans son roman Dream of Fair to Middling Women dont il achève l’écriture au cours de l’été mais qui ne sera publié que soixante ans plus tard. On trouve la première version de Dante and the Lobster dans la revue This Quarter de Titus. Traduit Le Bateau ivre de Rimbaud (traduction retrouvée quarante ans plus tard).
 

 

1933. Écrit les nouvelles qui constitueront le recueil More Pricks than Kicks. Mort de son père en juin.
 

 

1934. Parution de l’anthologie Negro de Nancy Cunard avec dix-neuf traductions établies par Beckett. Home Olga, acrostiche de dix vers sur les lettres du nom de Joyce, paraît dans la revue américaine Contempo. Publication à Londres de More Pricks than Kicks (Bande et sarabande) sans grand succès. Parution dans Dublin Magazine d’un quatrain intitulé Gnome. Sa nouvelle A Case in a Thousand paraît dans le numéro d’août de The Bookman
 

 

1935. Écrit en anglais le roman Murphy. Assiste à une conférence de Jung. Publication à Paris d’un recueil de poèmes en anglais, Echo’s Bones and Other Precipitates.
 

 

1936. Quitte Londres fin septembre et voyage en Allemagne. Dublin Magazine publie An imaginative Work, compte rendu de The Amaranthers de Jack B. Yeats, et son poème Cascando.
 

 

1937. Rentre à Foxrock. Octobre, décide de quitter l’Irlande et s’installe à Paris à l’hôtel Libéria. Écrit des poèmes en français qui ne seront publiés qu’en 1946 dans Les Temps Modernes. Rencontre les frères van Velde, Duchamp, Giacometti...
 

 

1938. Le soir du 7 janvier, est poignardé et transporté à l’hôpital Broussais. Revoit la pianiste Suzanne Deschevaux-Dumesnil. Son poème Ooftish est publié dans Transition. Depuis avril, vit au 6 rue des Favorites. Péron traduit Alba pour Soutes, la revue de Luc Decaunes. Murphy est publié à Londres.
 

 

1939. Se rend à Dublin en juillet où il se trouve au moment de la déclaration de guerre. Choisit de revenir en France. Est à Paris le 3 septembre.
 

 

1940. Part en juin à Vichy où résident les Joyce puis à Toulouse, Cahors et Arcachon. Fin octobre, rentre à Paris et est introduit dans la résistance naissante par Péron ; joue le rôle de boîte aux lettres et traduit les informations en anglais pour le réseau Gloria.
 

 

1941. Mort de Joyce à Zurich. Commence à écrire Watt.
 

 

1942. En août, Suzanne et lui échappent de peu à une arrestation par la Gestapo. Quittent la rue des Favorites, vont de cachette en cachette et s’installent finalement en novembre à Roussillon dans le Vaucluse.
 

 

1943. Dans une petite maison du village, poursuit la rédaction de Watt. Se lie avec le peintre Hayden avec qui il joue aux échecs. Travaille pour le maquis.
 

 

1944. Le 24 août, les premiers soldats américains arrivent à Roussillon.
 

 

1945. Le 30 mars, pour services rendus au réseau Gloria, reçoit la croix de guerre avec étoile d’or. En avril, retour à Paris, se rend en Irlande où il se porte volontaire dans la Croix-Rouge irlandaise (qui s’installera à Saint-Lô) en qualité d’économe-interprète. À Saint-Lô il écrit deux poèmes et Bosquets de Bondy, resté inachevé. Cahiers d’Art lui commande un essai critique sur la peinture de Bram et Geer van Velde. Rentre à Paris en octobre.
 

 

1946. Quitte son poste à l’hôpital de Saint-Lô. Son poème anglais Saint-Lô est publié dans l’Irish Times. Soumet à Jean-Paul Sartre, qu’il a rencontré lorsqu’il était lecteur à la rue d’Ulm, la nouvelle Suite qui paraît dans Les Temps Modernes et portera ensuite le titre La Fin. Commence en juillet Mercier et Camier, seconde version des Bosquets de Bondy et première tentative romanesque en français. Écrit en une semaine L’Expulsé que Max-Pol Fouchet publie dans Fontaine en décembre. Écrit Premier amour qui ne paraîtra qu’en 1970. Commence une nouvelle intitulée Le Calmant. En novembre, publication de douze poèmes dans Les Temps Modernes et de La Peinture des van Velde dans Cahiers d’Art.
 

 

1947. Termine Le Calmant et écrit Eleutheria, pièce en 3 actes. Commence Molloy en septembre. Publication française de Murphy chez Bordas.
 

 

1948. Maria Jolas vend Transition à Duthuit qui publie trois poèmes français de Beckett. Derrière le miroir lui commande un article sur les van Velde. Écrit Malone meurt. Entre octobre 1948 et fin janvier 1949, écrit En attendant Godot.
 

 

1949. Traduit un poème d’Henri Michaux « À hue et à dia » (« To right nor left ») pour la Review K. Traduit un poème de Gabriela Mistral qui paraît en janvier dans la revue Transition. Collabore régulièrement à cette revue qui réunit, entre autres, autour de Duthuit, de Staël, Riopelle, Bram van Velde, Breton, Éluard, Sartre, écrivains et artistes qui participent à des discussions animées. Évoque la quintessence de ses conversations avec Duthuit sur l’art de Pierre Tal Coat, André Masson, Bram van Velde, dans Three Dialogues qi paraît dans le numéro de décembre. Écrit L’Innommable.
 

 

1950. Rencontre Roger Blin qui s’est enthousiasmé pour son œuvre à la lecture du manuscrit d’En attendant Godot. Part pour Dublin. Sa mère meurt le 25 août. Traduit pour l’Unesco une centaine de poèmes mexicains réunis par Octavio Paz (publication en 1958). Novembre, Jérôme Lindon lit Malone meurt, L’Innommable et Molloy et décide de les publier aux Éditions de Minuit.
 

 

1951. Publication en français de Molloy et Malone meurt.
 

 

1952. Se fait construire une petite maison à Ussy-sur-Marne

Ussy est une commune française située dans le Département de Seine et Marne, Île de France. Située à 4 Kms de la-Ferté-sous-Jouarre, ses habitants, 979 en 2010 sont des Ussois. Voici quelques photos du village et de la maison de Beckett.Vue aérienne d'Ussy-sur-MarneLa Mairie d'Ussy

Mairie d'-Ussy-sur-Marne mairieLa maison de BeckettimagesZ8MF0732Ussy Maison de Beckett

  Il y vivra pendant près de quarante ans. L'Association pour la sauvegarde d'Ussy-sur-Marne a publié cette brochure en Mars 2001. Cette association est présidée par Paule SavaneBeckett à Ussy-sur-Marne007. La secrétaire en est sa fille Laurence Warot, journaliste et bibliothécaire. Paule Savane est la veuve de Joffre Dumazedier

Joffre Dumazedier, né en 1915 et mort en 2002, est un sociologue français.

Sociologue du loisir et de l'auto-formation

Joffre Dumazedier est considéré comme l'un des pionniers de la sociologie du loisir et l’auteur le plus éminent en la matière depuis son ouvrage paru en 1962 Vers une civilisation du loisir ?. Il est également un contributeur fécond dans le domaine de la formation par sa réflexion sur le secteur novateur de l'auto-formation . Après une longue expérimentation, après la seconde guerre mondiale, il inventera une méthode socio-pédagogique de simplification du travail intellectuel : l'Entraînement mental.

 

Voici la brochureBrochure Beckett à UssyBeckett à Ussy-sur-Marne002

Les photos qui suivent sont publiées tous droits réservés

D'abord la colline avec la maison de Samuel BeckettBeckett à Ussy-sur-Marne006L'emplacement, hors village et pas facile à découvrirBeckett à Ussy-sur-Marne003La "Petite maison" de Beckett , un pastel d'Evelyne NoviantBeckett à Ussy-sur-Marne004Et Samuel Beckett en personne devant son bureau à UssyBeckett à Ussy-sur-Marne005

 

Publication d’En attendant Godot. Commence à écrire certains des Textes pour rien.
 

 

1953. Première d’En attendant Godot au théâtre de Babylone. Jérôme Lindon édite L’Innommable. Watt paraît en anglais à Paris chez Olympia Press, interdit par la censure en Grande-Bretagne. Entreprend la traduction anglaise de ses textes écrits en français, notamment d’En attendant Godot.
 

 

1954. Parution de l’Hommage à Jack B. Yeats aux Lettres Nouvelles. Part en Irlande où il reste trois mois et demi près de son frère malade qui décède le 13 septembre. Retour à Paris. Waiting for Godot est publié à New York. Commence Fin de partie.
 

 

1955. Molloy paraît en anglais (interdit en Irlande). Représentation de Waiting for Godot à Londres à l’Arts Theatre Club. Le Calmant, La Fin et une nouvelle version de L’Expulsé sont publiés dans le volume Nouvelles et textes pour rien. Écrit From an Abandoned Work.
 

 

1956. Le 3 janvier, première de Waiting for Godot aux États-Unis (mise en scène Alan Schneider). Traduit Malone meurt en anglais et achève la première version de Fin de partie. Écrit Acte sans paroles. Compose All That Fall, sa première pièce radiophonique. Le journal des étudiants de Trinity Collège publie From an Abandoned Work (D’un ouvrage abandonné ). Malone Dies paraît à New York. Traduit Fin de partie en anglais.
 

 

1957. Publication à Paris de Fin de partie et de Acte sans paroles I. All That Fall est édité en anglais et diffusé sur la BBC. Les Lettres Nouvelles publient Tous ceux qui tombent dans la traduction de Robert Pinget. From an Abandoned Work est publié dans l’Evergreen Review. Traduit L’Innommable en anglais.
 

 

1958. The Unnamable et Krapp’s Last Tape (La Dernière bande) paraissent en anglais.
 

 

1959. Nommé Docteur ès lettres honoris causa par Trinity Collège. La Dernière bande paraît dans Les Lettres Nouvelles. La pièce radiophonique Embers (Cendres) est publiée en anglais et en français. La revue X édite L’Image, fragment d’un nouveau récit qui deviendra Comment c’est. Compose Acte sans paroles II.
 

 

1960. Achève Comment c’est. Rédige en anglais Happy Days (Oh les beaux jours). Publication bilingue de sa traduction en anglais de La Manivelle de Robert Pinget (The Old Tune).
 

 

1961. Mariage le 25 mars avec Suzanne à Londres. Partage avec Jorge Luis Borgès le Prix International des Éditeurs. Publication de Comment c’est (Minuit) et de Happy Days (Grove Press). Traduit Comment c’est en anglais et Happy Days en français.
 

 

1962. Publication de The Expelled (L’Expulsé) en janvier dans Evergreen Review. Écrit la pièce radiophonique Words and Music diffusée par le BBC et publiée dans Evergreen Review.
 

 

1963. Travaille à la traduction française et allemande de Play (Comédie / Spiel). Oh les beaux jours paraît en français.  Sa pièce radiophonique Cascando est diffusée par l’ORTF et est publiée. Madeleine Renaud joue Oh les beaux jours à l’Odéon puis à Venise. Happy Days est représentée à Dublin.
 

 

1964. Play (Comédie), créée à New York, est publiée en anglais et en français. Finit le scénario de Film. Sur le tournage, rencontre et travaille avec Buster Keaton.
 

 

1965. Assume la mise en scène de nombre de ses pièces. Séjour à Londres pour Godot. Termine Eh Joe, courte pièce pour la télévision à l’intention de Jack McGowran et Come and Go, sa propre traduction de Va-et-vient. Film est présenté dans les festivals et remporte une série de prix. Publication d’Imagination morte imaginez.
 

 

1966. Traduit Eh Joe et Words and music en français. La revue Arts publie Dis Joe. Publication de Assez, Bing et Va-et-vient.
 

 

1967. Publication de Come and Go et de Film à Londres, de Têtes-mortes à Paris. Écrit Le Dépeupleur (The Lost Ones).
 

 

1968. Publication en français de Watt, de L’Issue et de Poèmes. Écrit la pièce Breath (Souffle).
 

 

1969. Voyage en Tunisie. Reçoit le prix Nobel de littérature. Publication de Sans.
 

 

 

1970. Lessness, traduction de Sans, est publié à Londres. Premier amour, Mercier et Camier et Le Dépeupleur paraissent aux Éditions de Minuit.
 

 

1971. Dirige à Berlin Oh les beaux jours.
 

 

1972. Écrit Not I (pièce pour une bouche). The Lost Ones est publié à Londres et à New York.
 

 

1973. Premier amour et Not I sont publiés à Londres. La revue Minuit publie Foirades II et lll, inédits des années cinquante. Traduit Not I en français (Pas moi). Commence à traduire Mercier et Camier en anglais.
 

 

1974. Commence That Time. Écrit Footfalls (Pas).
 

 

1975. Met en scène Pas moi avec Madeleine Renaud au théâtre d’Orsay. Écrit Ghost Trio pour la télévision. Publication de Footfalls à Londres. Écrit deux textes courts l’un en anglais, l’autre en français La Falaise et neither.
 

 

1976. Publication en français de Pour finir encore et autres foirades, recueil de textes en prose des années soixante, et en anglais de Ghost Trio et ... but the clouds…
 

 

1977. Met en scène, en allemand, La Dernière bande à l’Akademie der Kunste. Diffusion à là BBC de Ghost Trio et ... but the clouds… avec Billie Whitelaw. Écrit Company.
 

 

1978. Publication en français de Pas, suivi de Quatre esquisses et de Poèmes suivi, de Mirlitonnades. Création en français de Pas.
 

 

1979. Company est édité à Londres. A Piece of monologue (Solo) qui paraît dans The Kenyon Review. Traduit Company en français.
 

 

1980. Publication de Compagnie. Écrit en anglais Quad, pièce pour la télévision.
 

 

1981. Jérôme Lindon édite Mal vu mal dit. Écrit Rockaby (Berceuse) et Ohio Impromptu à l’occasion du symposium Beckett à l’université d’Ohio. Ces pièces sont publiées dans Rockaby and Other Short Pieces par Grove Press. Écrit un texte court en anglais Ceiling.
 

 

1982. Écrit Catastrophe à l’intention de Vaclav Havel, emprisonné pour délit d’opinion. La pièce est publiée et créée en Avignon. Parution de Solo. Écrit en anglais et réalise Nacht und Traüme pour la Süddeutsche Rundfunk. Écrit Worstward Ho (Cap au pire).
1983. Diffusion à la télévision allemande de Nacht und Traüme. Création en français de Solo et Cette fois avec David Warrilow au théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis. Grove Press publie What Where (Quoi Où) et Worstward Ho.
 

 

1984. Supervise à Londres la mise en scène pour une tournée en Australie de Waiting for Godot, Endgame et Krapp’s Last Tape. Festival Beckett à Edimbourgh. Publication de Quad, Nacht und Traüme et de Catastrophe à Londres. Mort de Roger Blin.
 

 

1985. Festival Beckett à Madrid. Adapte Quoi où pour la télévision.
 

 

1986. Écrit Stirrings Still (Soubresauts).
 

 

1988. Publication de L’Image et de Stirrings Still. Crise d'aphasie. Il écrit un poème "COMMENT DIRE

Samuel Beckett Comment dire
 
   

Folie —
folie que de —
que de —

comment dire —
folie que de ce —
depuis —
folie depuis ce —
donné —
folie donné ce que de —
vu —
folie vu ce —

ce —
comment dire —
ceci —
ce ceci —
ceci-ci —
tout ce ceci-ci —
folie donné tout ce —
vu —

folie vu tout ce ceci-ci que de —
que de —
comment dire —
voir —
entrevoir —
croire entrevoir —
vouloir croire entrevoir —
folie que de vouloir croire entrevoir quoi —

quoi —
comment dire —
et où —
que de vouloir croire entrevoir quoi où —
où —
comment dire —
là —
là-bas —

loin —
loin là là-bas —
à peine —
loin là là-bas à peine quoi —
quoi —
comment dire —
vu tout ceci —
tout ce ceci-ci —

folie que de voir quoi —
entrevoir —
croire entrevoir —
vouloir croire entrevoir —
loin là là-bas à peine quoi —
folie que d’y vouloir croire entrevoir quoi —
quoi —
comment dire —
 

comment dire

 

© Minuit           

 

 

 

1989. Publication de Soubresauts et Le Monde et le pantalon, suivi de Peintres de l’empêchement. Mort de Suzanne Beckett le 17 juillet. 22 décembre, mort de Samuel Beckett qui repose au cimetière Montparnasse.

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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 16:23

Jean-Jacques Pauvert, né Jean-Albert Pauvert à Paris le 8 avril 1926 et mort le 27 septembre 2014 à Toulon1, est un éditeur et écrivain français, fondateur des éditions Pauvert.

 

Jean-Jacques Pauvert s'est fait connaître surtout par la réédition d'œuvres oubliées, proscrites ou considérées comme marginales. À près de vingt ans, il est le premier à publier Sade sous son nom d'éditeur2. Jusqu'alors, cette œuvre était diffusée sous le manteau.

 

Par ailleurs, il a fait appel à des maquettistes de talent, comme Jacques Darche ou Pierre Faucheux, lequel, dans les années 1960, a conçu pour les Éditions Jean-Jacques Pauvert l'identité graphique de la collection « Libertés » (format poche : 9 cm x 18 cm, couverture en papier kraft, gros caractères d'affiche noirs pour le titre, tranche noire)3, offrant ainsi une présentation originale tout en réduisant les coûts de fabrication.

Il a révélé des auteurs qui ont connu de grands succès de librairie, tels : Albertine Sarrazin, Michel Bernard, Jean Carrière, Hortense Dufour, Françoise Lefèvre, Brigitte Lozerec'h, Mario Mercier, etc.

ll a publié, de Françoise LEFEVRE

  • La Première Habitude, éd. Pauvert, 1974, rééditions J'ai Lu — Grand prix des lectrices de Elle, 1975
  • L'Or des chambres, J.-J. Pauvert, 1976, rééditions J'ai Lu
  • Le Bout du compte, J.-J. Pauvert, 1977, réédition J'ai Lu et d'autres (voir ci-dessous)
  • C'est lui qui a encouragé Françoise Lefèvre à écrire "La Première Habitude" et ce fut un succès immédiat

Biographie

Fils de Marcel Pauvert, journaliste, petit-neveu d'André Salmon par la branche maternelle, Jean-Jacques Pauvert passe son enfance à Sceaux et fait ses études primaires au lycée Lakanal, où il a pour professeur de français José Lupin, avant de passer brièvement par l'École alsacienne, où son grand-père paternel avait été professeur. Cancre incurable et chaque fois renvoyé de ses établissements scolaires, il se retrouve en 1942 vendeur à la librairie Gallimard, boulevard Raspail à Paris.

 

En 1945, sous le nom Éditions du Palimugre, il publie de courts textes de Sartre, Montherlant, Léautaud, Flaubert, puis, en 1947, une édition intégrale de l'Histoire de Juliette du marquis de Sade. Pour la première fois, Sade est officiellement publié sous une jaquette d'éditeur, Jean-Jacques Pauvert, ce qui lui vaudra plus de dix ans de poursuites judiciaires. Le dernier des dix volumes sortira en juillet 1949, avec une couverture en carton dont la maquette est signée Mario Prassinos.

 

En 1949, il fonde la première Librairie du Palimugre, rue de Vaugirard. En 1953-1954, Jean Paulhan (qui en rédige la préface) lui confie le manuscrit d'Histoire d'O d'une certaine Pauline Réage (on apprendra trente ans plus tard qu'il s'agissait de Dominique Aury). Pauvert le publie en 1954. En 1955, il reprend la revue Bizarre, créée par Éric Losfeld. En 1956, il est surveillé par la police. Un procès lui est intenté du 15 décembre au 12 mars 1958 par le Ministère public concernant la publication de certaines œuvres de Sade. Défendu par Maître Maurice Garçon, Pauvert gagne le procès.

 

Parmi les auteurs qu'il édite ou réédite figurent Georges Darien, Georges Bataille, Gilbert Lely, André Breton, Erckmann-Chatrian, Pierre Klossowski, Raymond Roussel, Charles Cros, Lewis Caroll, Albertine Sarrazin, la comtesse de Ségur, Oscar Panizza, Fulcanelli, Eugène Canseliet, Dalí, C. R. Maturin ou encore René de Solier. Mentionnons encore une édition des œuvres complètes de Victor Hugo en quatre volumes, ainsi que l’Histoire de l'art d'Élie Faure.

 

En 1967, il publie une biographie, rédigée par Jean Nohain, du "Pétomane" Joseph Pujol, artiste phénomène qui donnait des spectacles de pets fort prisés au début du siècle. Il fonde plusieurs collections, dont la « Bibliothèque internationale d'érotologie ». Il édite le Sexe de la femme du Docteur Gérard Zwang.

En 1968, il publie pour la première fois en français La désobéissance civile de Henri David Thoreau, paru aux États-Unis en 1849 et qui a inspiré Gandhi dans son action non-violente.

 

En 1972, l'un de ses auteurs, Jean Carrière, obtient le prix Goncourt pour son roman L'Épervier de Maheux. Il découvre Françoise Lefèvre, qu'il révèle en 1974 au public par son roman La Première habitude (Grand prix des lectrices de Elle 1975). En 1976, il publie les Mémoires d'un fasciste de Lucien Rebatet4.

 

Commence le temps où il mène de front son métier d'éditeur et celui d'auteur, car il a entamé l'immense travail de mise en perspective depuis les premiers signes de l'écriture jusqu'à nos jours d'une Anthologie historique des lectures érotiques, dont il fait précéder chaque extrait d'un texte de présentation historique. La publication des cinq volumes sera échelonnée de 1979 à 2001. Entre le pénultième et le dernier volume, il rédige la biographie du Marquis de Sade en trois volumes.

 

En 1982, il révèle Brigitte Lozerec'h en publiant son premier roman L'Intérimaire, en coédition avec Julliard. Ce livre connaît un immense succès et est traduit en plusieurs langues. En fin d'année, il entame une riche collaboration avec Annie Le Brun en publiant son mémorable essai sur la fascination pour le roman noir : Les châteaux de la subversion puis, plus tard, sous sa marque "Pauvert", une introduction d'Annie Le Brun aux œuvres complètes de Sade : Soudain un bloc d'abîme, Sade.

 

De 1981 à 1983, il publie deux romans de Françoise Sagan : Un orage immobile en coédition avec les Éditions Julliard, puis La femme fardée en coédition avec Ramsay. Ce dernier demeure le plus fourni, le plus épais de toute l’œuvre de Sagan avec ses 500 pages.

 

En 1991, Il dirige la réédition des œuvres de Guy Debord aux éditions Gallimard.

Il est le père de quatre enfants, dont Camille Deforges, fille de Régine Deforges, qu'il a reconnue quand elle a eu quarante ans.

Il a épousé Brigitte Lozerec'h le 25 avril 2014 à la mairie du Rayol-Canadel-sur-Mer, comme l'a révélé le quotidien Var-Matin du 26 avril 2014.

Œuvres

  • Anthologie historique des lectures érotiques, 5 volumes aux éditions Stock. Tome 5: De l'infini au zéro, 1985-2000, publié en 2001
  • Sade vivant, 3 volumes, éd. Robert Laffont, 1986-1990. Prix des Deux Magots, réédition, éd. Tripode, Octobre 2013
  • Nouveaux (et moins nouveaux) visages de la censure, suivi de l'Affaire Sade, éd. Les Belles Lettres, 1994
  • L'Amour à la française, ou l'Exception étrange, éd. du Rocher, 1997
  • Apollinaire et Monaco, éd. du Rocher, 1999
  • La Littérature érotique, éd. Flammarion/Dominos, 2000
  • La Traversée du livre, Tome 1, éd. Viviane Hamy, 2004
  • Métamorphose du sentiment érotique, éd. Jean-Claude Lattès, 2011
  • Mes lectures amoureuses, éd. La Musardine, 2011
  • Sade vivant réédition en un seul volume (1200 p.), éd. Tripode, 2013
Correspondance
  • Guy Debord, Correspondance, volume 7, Fayard, 2008.
    Les lettres de Guy Debord à Jean-Jacques Pauvert sont regroupées dans ce volume.

Références

  1. Alain Beuve-Méry, « Jean-Jacques Pauvert, éditeur légendaire et atypique, est mort » [archive], sur Le Monde,‎ 27 septembre 2014 (consulté le 28 septembre 2014)
  2. Signalons que les Éditions du Scorpion éditèrent Sade sous leur nom et de façon non clandestine en 1946.
  3. Jean-Jacques Pauvert, La Traversée du livre, Mémoires, Paris, Viviane Hamy, 2004, p. 390-392.
  4. Jacques Chardonne, Paul Morand, Lucien Rebatet, le retour des pestiférés [archive], Jérôme Dupuis, lexpress.fr, 15 février 2013
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
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Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
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JEAN-JACQUES PAUVERT [1926-2014] 
Ma vie en texte
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
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L’éditeur Jean-Jacques Pauvert est mort samedi à l’âge de 88 ans. Il fut le premier, en 1947, à oser publier intégralement Sade, mettant à l’époque son nom et son adresse sur les couvertures des livres. Il avait tout juste 21 ans, et débutait une carrière qui sera tumultueuse. Pauvert publiera aussi le roman érotique «Histoire d’O».

Le Tripode, la maison d’édition de «Sade vivant» de Pauvert, réédité l’an dernier, rend hommage ce dimanche à ce «grand éditeur». «Se moquant de la censure et des manuels de savoir-vivre, il a révolutionné le monde de l’édition par la force de ses choix, sa fidélité aux textes qu’il aimait et la beauté graphique de ses livres», écrit Le Tripode, qui  publie dans son communiqué un texte de Jean-Jacques Pauvert datant de 1947.

«A 20 ans, Jean-Jacques Pauvert écrivait un bref manifeste sur ce qu’il voulait vivre. Il y ajouta quelques mois après des commentaires ironiques sur la naïveté de la jeunesse et publia le tout sous forme de plaquette. Nous reproduisons l’essentiel de ces deux textes ci-dessous, en témoignant qu’il y aura été fidèle jusqu’au bout.»

«Ouvrir un lieu d’asile aux esprits singuliers»

Voilà ce qui s’est passé. On s’était battu pour la liberté d’expression, et puis quand on l’a eue, on n’en a pas profité. Ce n’est pas grave. C’est un oubli. Certains prétendaient qu’on avait seulement oublié de penser. C’est impossible. Des tonnes d’imprimés inondent chaque mois, chaque semaine, le monde des lettres. S’il n’y avait pas un gramme de pensée là-dedans, ça se saurait. Ce n’est pas le cas. Ces gens-là sont plein d’intelligence. Ils en débordent. Le monde des lettres étouffe sous l’intelligence. Il est aux mains des professeurs. L’époque est venue où, loin de contredire la sottise, il s’agit de contredire l’intelligence. C’est Jean Cocteau qui le dit. Et c’est exact. Les professeurs ont beaucoup d’idées. Mais la littérature se fait avec des mots. C’est pourquoi, malgré les apparences, il est si rarement question de littérature, maintenant, dans le monde des lettres françaises. Il y a là une lacune. Si je dis qu’il y a une lacune, évidemment je pense que nous allons la combler. Et réparer l’oubli dont je parlais. Car on s’occupe mal de l’art quand on n’a pas l’esprit libre.

Ne croyez pas que la liberté d’esprit suppose l’indifférence. Nous avons des convictions. Une en tout cas. Nous pensons qu’il n’est pas nécessaire d’être «engagé» pour s’occuper d’art. Entendons-nous bien. Nous ne voulons pas dire que l’artiste ne doit pas être engagé. Nous disons que son engagement nous est bien égal et qu’il n’entrera pas en ligne de compte quand nous jugerons l’œuvre. Bien sûr, la politique est importante. Mais nous nous occupons d’art. Ça n’a aucun rapport, évidemment.

(...)

Nous n’avons pas envie de nous engager. Nous n’avons pas l’esprit de sacrifice. Nous n’avons pas le sentiment du devoir. Nous n’avons pas le respect des cadavres. Nous voulons vivre. Est-ce si difficile ? Le monde sera bientôt aux mains des polices secrètes et des directeurs de conscience. Tout sera engagé. Tout servira. Mais nous ? Nous ne voulons servir à rien. Nous ne voulons pas que l’on nous utilise. Une pluie de cendres enfouit lentement la terre sous l’ennui et la contrainte. Les hommes, un à un, rejoignent leur affectation dans les troupeaux .Nous, nous sommes les innocents du village. Nous jouons avec les filles, le soleil ou la littérature. Avec notre vie aussi, à l’occasion. Nous en ferons n’importe quoi plutôt que de la porter aux grandes machines à tout utiliser. Il est dangereux d’enlever leur part de soleil aux innocents.

Vous avez cru que les hommes n’étaient plus bons qu’à choisir leur côté de la barricade et encore. Vous avez cru que tout était en place et qu’on pouvait commencer. Cherchez bien. Ne sentez-vous pas qu’il y a encore des êtres dont le bonheur n’est pas dans la servitude. Pour qui la poésie n’est pas encore une arme. Pour qui le merveilleux n’a pas quitté la terre. Les jours de notre vie, nous les sentons qui passent. Heure par heure. Pour toujours. Les jours de notre vie ne vous serviront pas. Avez-vous cru vraiment que tout était réglé ? Avez-vous cru vraiment pouvoir compte sur tout ?

Cette vie menacée, cette vie sans issue, nous sommes encore quelques-uns à en sentir le prix. La vie est trop précieuse pour être utilisée.

Je m’excuse. Je m’égarais. Mais il n’est jamais inutile de dire ce qu’on pense. Et ne croyez pas, à ce sujet, que je vienne de définir la tendance d’une équipe J’ai choqué profondément plusieurs de mes camarades. Ils vous le diront quelques pages plus loin. Si j’ai une conviction, ce n’est pas pour l’imposer. À l’heure où les deux camps battent le rassemblement derrière leurs murailles, j’ai voulu accueillir les esprits déserteurs. J’ai voulu accueillir les esprits libérés. Existe-t-il encore des journaux sans consignes ? Peut-on trouver encore des artistes sans haine, ou sans soumission ? Des créateurs solitaires, des poètes sans parti ? Il fallait bien leur donner refuge quelque part.

Ouvrir un lieu d’asile aux esprits singuliers.

(...)

Moi, dans vingt ans, j’en aurai quarante. J’aime bien aller jusqu’au bout de ce que je pense. ça m’a amené à avoir des principes. Bien sûr, Dieu n’existe pas. Évidemment, rien n’a de raison d’être. Alors il faut bien que je prenne tout ça en main. Je choisis de vivre. Je m’appelle Jean-Jacques Pauvert. Je vais construire ma vie sur mes idées. Sur le goût de l’élégance, de la civilité, de l’art. Sur le respect de la parole donnée. Sur le mépris de choses trop nombreuses pour que je les dise. Et je fais imprimer ceci pour que, quand j’aurai quarante ans, si je n’ai pas tenu, il y ait autour de moi pour se marrer beaucoup de petits camarades qui ne me vaudront pas.

Achevé d’imprimer en février 1947 sur les presses de l’imprimerie Van Daele à Paris.

LIBERATION Maison d'édition
 
Jean-Jacques Pauvert, mort d'un franc tireur de l'édition
 
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
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Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur

Jean-Jacques Pauvert, qui fut le premier à oser publier intégralement Sade et Histoire d'O, est décédé à l'âge de 88 ans.

 

 

afp.com/Loic Venance

 

Il fut le premier à oser publier intégralement le marquis de Sade, fut l'éditeur d'Histoire d'O:

Jean-Jacques Pauvert est mort samedi, à 88 ans. 

Jean-Jacques Pauvert avait été victime d'un AVC, le troisième, en août dernier. 

Il s'est éteint dans un hôpital de Toulon. C'est Camille Deforges qui a annoncé la nouvelle. Sa mère, l'écrivaine et éditrice, elle aussi sulfureuse, Régine Deforges, est décédée en avril dernier

"Mon père était un très grand éditeur, un défenseur des libertés contre toute forme de censure. Comme ma mère, ils étaient des êtres libres", s'est-elle émue. 

La ministre de la Culture, Fleur Pellerin, a elle aussi rendu hommage à un "audacieux défenseur de la liberté, se défiant de toute censure". 

A 21 ans, pour la première fois dans l'histoire de l'édition, Jean-Jacques Pauvert avait publié intégralement le marquis de Sade, mettant son nom et son adresse sur les couvertures des livres, ce qui l'entraînera dans un procès de sept ans. Le début d'une carrière tumultueuse. 

Il est également connu pour avoir édité en 1954 l'iconique Histoire d'O, de Pauline Réage, la mystérieuse. On sait aujourd'hui que ce roman est l'oeuvre de Dominique Aury, qui fut secrétaire générale de la Nouvelle Revue française (NRF). 

Jean-Jacques Pauvert avait raconté ses nombreux faits d'armes éditoriaux dans ses Mémoires, dont le premier tome La traversée du livre, fut publié il y a 10 ans. Le second tome, en projet, est encore inédit. 

Son histoire est d'abord celle d'une précocité. Né en 1926, ce cancre entre en 1942 chez Gallimard, comme apprenti-vendeur.  

Engagé dans la Résistance, il fait, à 16 ans, de la prison en Allemagne. A 19 ans, il édite son premier livre, un texte de Jean-Paul Sartre. "Je crois que j'ai été le plus jeune éditeur de France", se félicitera-t-il. Puis, c'est l'aventure de Sade, sur lequel il écrira, longtemps après, plusieurs ouvrages. 

A la fin des années 60, il est patron d'une importante maison, puis d'une deuxième, puis d'une librairie qui vend par correspondance dans le monde entier. 

Jean-Jacques Pauvert a accumulé les procès

"JJP", moustache et lunettes, a notamment relancé la carrière d'un auteur qu'on ne lisait guère, Boris Vian, a ressuscité Raymond Roussel, édité Malraux, Aymé, Gide, Queneau, puis André Hardellet ou Albertine Sarrazin. Il a été le dernier éditeur d'André Breton et a sorti Georges Bataille de la clandestinité. 

Parallèlement, il a lancé de surprenantes maquettes de livres et une nouvelle édition du Littré. 

Privé de ses droits civiques, il a accumulé les procès contre "les lois absurdes qui, depuis 1945, font l'armature de la censure française". Un tiers du chapitre consacré à la censure dans l'ouvrage de référence, L'édition française depuis 1945, se rapporte à Jean-Jacques Pauvert. 

"Moi quand j'avais un procès ça me rendait plutôt combatif", s'amusait-il. 

Il a raconté dans ses mémoires le "silence assourdissant" qui a accueilli à sa sortie Histoire d'O. La première année est, pour la carrière du livre, une "catastrophe". Seuls les juges s'y intéressent. Albert Camus lui répète que "jamais une femme ne pourrait imaginer des choses pareilles!".  

Il avait récupéré le manuscrit auprès d'un autre éditeur contre un chèque sans provisions de 100 000 francs. 

"Je crois avoir été un bon commerçant, oui. Quelques fois avec un peu d'avance évidemment", se jugeait-il. 

Avec

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/culture/livre/jean-jacques-pauvert-mort-d-un-editeur-sulfureux_1579887.html#xIvBi7WH0g7S8m6J.99

      "La Traversée du livre", de Jean-Jacques Pauvert

La-Traversee-du-livre.jpg

 

PAUVERT (Jean-Jacques), La Traversée du livre, [s.l.], Viviane Hamy, 2004, 478 p. + XXXII p. de pl.

 

Où l’on poursuit les lectures « éditoriales », avec ce qui constituera sans doute ma dernière fiche de lecture, après La Sagesse de l’éditeur de Hubert Nyssen et Une histoire de la lecture d’Alberto Manguel (je vais être trop court pour le Gaston Gallimard. Un demi-siècle d’édition française de Pierre Assouline, ce qui ne m’empêchera pas d’en faire une lecture prioritaire). Cette fois, je m’attaque donc à La Traversée du livre de Jean-Jacques Pauvert, premier tome des mémoires de l’éditeur franc-tireur, couvrant une période allant en gros de son enfance à mai 68 (sa bibliographie en tête de volume indique bien un Mémoires II : 1968-2004, mais je n’en ai pas trouvé de trace ailleurs ; ou, plus exactement, d'après Wikipedouille, en juillet 2009, il était toujours en cours de rédaction, alors, bon…?).

 

Pourquoi Pauvert, me direz-vous ? Essentiellement parce que Sade. Voilà. Je ne connaissais l’éditeur que de réputation, mais je savais qu’il s’était fait un nom et une réputation en publiant l’impubliable, et notamment les œuvres complètes du Divin Marquis. Or le Donatien Alphonse François fait partie des écrivains qui ont compté pour moi, et la problématique de la censure, et plus largement des frictions entre la morale et le droit, m’a toujours très fortement intéressé. C’est très largement pour cette raison que je me suis intéressé à La Traversée du livre : je voulais en savoir plus sur le sulfureux éditeur, et sur ses autres sulfureuses éditions.

 

Le moins que l’on puisse dire est que je n’ai pas été déçu du voyage. Et que j’ai découvert dans ces passionnantes mémoires un portrait fascinant, souvent drôle, parfois attachant, parfois un brin agaçant aussi, assez souvent féroce également, d’un éditeur « malgré lui », mais d’un éditeur modèle. Du moins sur un versant utopique, dirons-nous ; puisqu’il s’agit clairement là d’un éditeur qui n’a jamais fait de concessions, et qui n’a publié que ce qu’il aimait, mais tout ce qu’il aimait, contre vents et marées.

 

« Ainsi, Monsieur, vous voulez donc travailler dans le livre… » Le Monsieur en question, c’est Jean-Jacques Pauvert, élève médiocre, à peine âgé de quinze ans. L’interlocuteur s’appelle Gaston Gallimard. Nous sommes en 1941, et le petit Jean-Jacques va trouver du travail à la librairie Gallimard. Premier contact avec le monde du livre, et bientôt avec les auteurs de la NRF. C’est l’Occupation. Le jeune homme, presque naïvement, fait de temps à autre le commis pour la Résistance. En essayant de passer en zone « libre », il est arrêté par les Allemands et fait un peu de prison. Il participe à peine à la Libération – à Toulouse, tiens.

 

Puis il reprend ses activités de libraire, mais plus ou moins à son compte. Il est assez connaisseur en matière de livres rares. Puis il est pris de l’envie de fonder une revue – Le Palimugre – et d’éditer quelques petits ouvrages, comme par exemple une Explication de L’Étranger de Camus par Sartre. Il édite aussi des lettres inédites de Flaubert… qui font jaser. C’est que le Gustave y parle crûment, pas comme dans la correspondance « amendée » (!) que l’on publiait jusqu’alors !

 

En attendant, Pauvert continue de se lier avec des auteurs – Jean Genet, notamment –, et germe en lui un projet ambitieux : éditer les œuvres complètes du marquis de Sade. Officiellement, et pas sous le manteau. Au début, on lui recommande d’y aller doucement : l’Idée sur les romans, préface aux Crimes de l’amour, par exemple, ça va, ça. Mais lui entend aller plus loin. Et c’est ce qu’il fait, en commençant par l’Histoire de Juliette. Ce qui ne tarde pas à lui valoir des ennuis avec la Mondaine, et une réputation de pornographe. Les livres se vendent mal, d’ailleurs, et à des clients pas toujours très au fait de ce que sont au juste les œuvres de Sade… Mais Pauvert persévère. Suivront La Nouvelle Justine, La Philosophie dans le boudoir et, bien sûr, Les 120 Journées de Sodome : bref, tous les écrits « ésotériques » de Sade, ses textes « pornographiques » à proprement parler. Ce qui débouchera sur « l’Affaire Sade », un procès retentissant, qui devient celui de la censure contre la liberté d’expression et d’impression, procès que perd Pauvert en première instance, mais qui devient une semi-victoire en appel (Pauvert bénéficiant du sursis, il poursuit l’impression… sans plus craindre ni amende ni destruction !).

 

Il faut dire que la réputation de Pauvert ne s’était pas arrangée, entre-temps, du fait d’une autre publication, contemporaine cette fois – et je passe outre certains textes de Bataille, de Genet ou d’Aragon assez salés… –, passée d’abord assez inaperçue, mais qui a fini par rencontrer un grand écho et par faire sacrément jaser, une fois de plus : Histoire d’O de Pauline Réage (de son vrai nom Dominique Aury, une amie de Pauvert) ; là aussi, on n’est pas passé loin du procès (la Commission du livre voulait poursuivre), même si on s’est finalement contenté des trois interdictions (vente aux mineurs, affichage, publicité). Un livre qui traîne depuis bien trop longtemps dans mon étagère de chevet, d’ailleurs ; je l’avance illico.

 

Mais Pauvert, ce n’est pas que « cette littérature-là », même si l’érotisme a toujours eu une certaine importance dans son catalogue. C’est aussi, par exemple, Le Voleur de Georges Darien, dont on m’a dit le plus grand bien (faudrait que j’arrive à mettre la main dessus…) ; la réédition du Littré ; les Œuvres poétiques complètes de Victor Hugo en un volume (!) ; de belles éditions des Liaisons dangereuses ou de L’Ève future, des manifestes surréalistes et dada, des romans de Boris Vian, d’Alice au pays des merveilles et De l’autre côté du miroir de Lewis Carroll, et de La Chasse au Snark du même, de Melmoth de Mathurin ; L’Histoire de l’art d’Élie Faure ; et aussi bien des traités d’alchimie que des pamphlets libéraux ou libertaires (sous des couvertures révolutionnaires), ou encore les dessins de Siné, de Wolinski, de Gébé, de Chaval, etc. (L’Enragé de mai 68 inclus).

 

Et Jean-Jacques Pauvert de raconter toute cette aventure éditoriale de sa plume incisive et mordante, avec un franc-parler qui n’épargne rien ni personne, pas même lui, d’ailleurs ; il ne gomme rien de son passé, quand bien même on peut sentir à l’occasion une certaine gêne, malgré tout (ainsi quand il évoque sa liaison, de toute façon connue, avec Régine Deforges).

 

Le résultat est un ouvrage passionnant de bout en bout, riche en passages savoureux et portraits croustillants, en anecdotes étonnantes et en réflexions pertinentes. On a pu dire de Jean-Jacques Pauvert qu’il avait « inventé les années 1960 ». C’est sans doute aller un peu loin… Mais on peut sans l’ombre d’un doute lui reconnaître un talent de visionnaire, un certain génie, même, qui en fait un des très grands éditeurs français du siècle. Certes, on est bien loin, avec lui, des tirages énormes des plus grandes maisons d’édition, ou des avalanches de prix littéraires des éditeurs les plus prestigieux ; mais rarement aura-t-on vu un éditeur aussi ancré dans son temps, et aussi lucide sur son époque et sur son milieu. D’où une infinité de polémiques, mais dont il est toujours sorti la tête haute…

 

 Aussi cet hypothétique deuxième tome de ses mémoires m’intrigue-t-il ; j’ai l’impression qu’il n’est toujours qu’à l’état de projet, et peut-être ne verra-t-il jamais le jour ; mais j’espère me tromper. Et, dans ce cas, j’ai hâte de le lire. Parce que je suis sûr d’une chose : c’est que cet homme-là a encore beaucoup de choses à dire.

Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
Jean-Jacques Pauvert, le franc-tireur
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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 07:21
Il lit Baudelaire à 14 ans et prend de l'opium à vingt-trois. Fait de la fuguration et des dépressions. Se brouille avec Dullin, Breton, Paulhan. Ecrit, crie, manifeste, invente, aime. S'évade au Mexique et en Irlande. Puis meurt misérable à l'asile d'Ivry.

Voici quelques photos de lui dans le cours de sa vie...douloureuse.

 Antonin ARTAUD, écrivain français, (acteur et comédien ) , né à Marseille le 4 septembre 1896. Décédé à Ivry-sur-Seine, le 4 mars 1948, à 51 ans.
Voici Artaud photographié par Man Ray (Revue Obliques)Photos d'Antonin ARTAUDArtaud à Marseille à 18 ans, en Juillet 1914 . ARTAUD à 18 ans-MarseilleARTAUD 4
En 1926 dans Le Juif errant de Luitz-MoratnARTAUD dans 1926ARTAUD dans Jeanne d'Arc-1928ARTAUD 10Portrait par Man RayARTAUD 15ARTAUD 12Artaud à l'Asile d'Ivry-sur-Seine et à RodezARTAUD à Rodez1ARTAUD 9ARTAUD 14ARTAUD 7ARTAUD 8ARTAUD 6
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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 08:40
Klaus Mann
 
 

Klaus Mann

Description de cette image, également commentée ci-après

Klaus Mann, staff sergeant à la 5e armée américaine, en Italie en 1944

 
Nom de naissance Klaus Heinrich Thomas Mann
Activités Romancier, nouvelliste, dramaturge, diariste, poète, journaliste, critique littéraire
Naissance 18 novembre 1906
Munich
Décès 21 mai 1949 (à 42 ans)
Cannes
Langue d'écriture allemand, anglais

Klaus Heinrich Thomas Mann, né le 18 novembre 1906 à Munich, mort le 21 mai 1949 à Cannes, est un écrivain allemand. Il est le fils de l'écrivain Thomas Mann, le neveu de Heinrich Mann et le frère, entre autres, d'Erika et Golo Mann.

 

Entré en littérature dans les premières années de la République de Weimar, il se montre d'abord sensible à un esthétisme inspiré par Stefan George et écrit La Danse pieuse, le premier roman allemand homosexuel. Quittant l'Allemagne lors de l'arrivée au pouvoir des nazis en 1933, son œuvre prend une nouvelle orientation, faisant le choix de l'engagement.

Déchu de la nationalité allemande en 1935, il devient peu après citoyen tchécoslovaque. Installé aux États-Unis en 1938, il prend la nationalité américaine en 1943 et s'engage dans l'armée américaine. Victime de la drogue, dépressif, ne trouvant pas sa place dans l'Europe de l'après-guerre, il se suicide en avalant une forte dose de somnifères.

 

Son œuvre, négligée de son vivant, n'a été redécouverte que bien des années après sa mort. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des représentants les plus importants de la littérature de langue allemande, en particulier de la littérature de l'émigration.

 

Biographie

La jeunesse
Maison des Mann, Poschingerstrasse, à Munich

 

Né à Munich, Klaus Mann est le deuxième enfant et le fils aîné de Thomas Mann et de son épouse Katia Pringsheim. Issue d'une famille de Juifs sécularisés, sa mère appartient à la bourgeoisie intellectuelle munichoise, milieu dans lequel son père, né dans une famille protestante et patricienne de Lübeck, est entré par son mariage et par l'immense succès de son roman Les Buddenbrook en 1901. Dans la famille Mann, Klaus est affectueusement appelé « Eissi ».

 

Fils et neveu d'écrivains illustres (il porte leur nom et leurs deux prénoms), Klaus baigne dès l'enfance dans un milieu artistique et pourra publier très jeune ses premiers textes. En revanche, il souffrira toute sa vie de la comparaison et ne sera longtemps considéré que comme le fils de Thomas Mann. Les relations avec son père, surnommé « le Magicien » dans sa famille, sont ambivalentes, souvent empreintes de distance et de froideur. Les relations avec sa mère, surnommée « Mielein », sont plus chaleureuses, mais c'est surtout avec Erika, sa sœur aînée, surnommée « Eri », qu'il entretient, jusqu'à sa mort, les relations les plus étroites, comme le montre leur correspondance, au point qu'on a pu les qualifier de « jumeaux »1.

 

Klaus voit le jour à Munich, dans le quartier de Schwabing. En 1910, la famille déménage au 13 de la rue Mauerkircher, à Bogenhausen, dans deux appartements de quatre pièces reliés entre eux, pour loger une famille désormais de six personnes, après la naissance de Golo et de Monika, ainsi que le personnel de la maison. Enfin, en 1914, elle s'installe au no 1 Poschingerstrasse, à Herzogpark.

 

À partir de 1908, la famille passe les mois d'été dans une maison de campagne bâtie à Bad Tölz, qui sera vendue en 1917 pour financer un emprunt de guerre. En avril 1918, Elisabeth (« Medi ») voit le jour, puis Michael (« Bibi ») l'année suivante.

 

De 1912 à 1914, Klaus et Erika étudient dans une école privée, l'institut d'Ernestine Ebermayer. Puis ils passent deux ans dans l'école primaire de Bogenhausen.

 

En 1915, Klaus souffre d'une péritonite et passe deux mois dans une clinique2. « Cela m'a certainement marqué à vie d'avoir approché la mort de si près à cet âge. En me frôlant, l'ombre de la mort m'a laissé son empreinte », écrit-il à ce sujet, dans sa première autobiographie Je suis de mon temps. Par ailleurs, Klaus et sa sœur aînée Erika créent en 1919, avec Ricki Hallgarten, fils d'une famille d'intellectuels juifs, un petit théâtre pour enfants, le Laienbund Deutscher Mimiker (l' « union des mimes allemands amateurs »), qui met en scène huit pièces pendant trois ans. Bien que les représentations aient lieu dans un cadre privé, les participants montrent un réel souci de professionnalisme, pouvant être maquillés, parfois avec l'aide d'un maquilleur. À cette époque, Klaus veut devenir acteur et noircit ses cahiers d'écolier de vers et de pièces de théâtre.

Katia Mann et ses enfants en 1925. Klaus est le troisième en partant de la droite.

Dans la maison familiale défilent à cette époque des visiteurs aussi prestigieux que les écrivains Bruno Frank, Hugo von Hofmannsthal, Jakob Wassermann et Gerhart Hauptmann, ou Samuel Fischer, l'éditeur de Thomas Mann. Ils ont pour voisin le compositeur et chef d'orchestre Bruno Walter, qui fait découvrir aux enfants Mann la musique classique et l'opéra. Les parents leur lisent des auteurs du monde entier. Dès l'âge de douze ans, Klaus se met lui-même à lire un livre par jour. À quinze ans, il montre ses exigences en manière de littérature par le choix de ses auteurs préférés : Platon, Friedrich Nietzsche, Novalis et Walt Whitman.

 

Après l'école primaire, Klaus entre au Wilhelmsgymnasium de Munich, où il s'ennuie ferme et a des résultats médiocres. En avril 1922, après un bulletin scolaire désastreux, Erika et Klaus, qui ont aussi une mauvaise note de conduite, sont envoyés dans un foyer à la campagne, à Hochwaldhausen, dans la région de Vogelsberg, près de Fulda. En juillet, Erika revient à Munich, tandis que Klaus, en septembre 1922, entre dans l'internat progressiste du pédagogue Paul Geheeb, la Odenwaldschule, à Oberhambach. Toutefois, il s'éprend d'un camarade de classe, Uto Gartmann, et il décide de quitter l'internat, en juin 1923. « Il avait le visage que j'aimais. Pour certains visages, on peut éprouver de la tendresse si l'on vit assez longtemps et que le cœur est sensible. Mais il n'y a qu'un visage qu’on aime. C'est toujours le même, on le reconnaît entre mille. » écrit-il, à propos de ce garçon, dans sa deuxième autobiographie Le Tournant. Il n'en conservera pas moins des liens avec l'école.
 

De retour dans la demeure familiale, il suit des cours privés, avant d'arrêter ses études, au début de 1924, peu avant l'Abitur (équivalent du baccalauréat).

 

Aux environs de Pâques, il passe quelques semaines chez Alexander von Bernus, un ami de son père, à l'abbaye de Neuburg, près de Heidelberg, où il travaille à un recueil de nouvelles autobiographiques, à des poèmes et à des chansons de cabaret.

 

Au début de septembre, Erika entre dans la troupe de Max Reinhardt au « Deutsches Theater » de Berlin. Klaus l'accompagne et occupe pendant quelques mois, l'année suivante, le poste de critique dramatique dans une revue berlinoise. Il publie ses premières nouvelles dans divers journaux et périodiques.

En juin 1924, Klaus se fiance avec son amie d'enfance, Pamela Wedekind, la fille aînée du dramaturge Frank Wedekind. Les fiançailles seront finalement rompues en janvier 1928. Pamela Wedekind se mariera en 1930 avec Carl Sternheim, le père de leur amie commune Thea, dite « Mopsa ».

L'esthète
Gustaf Gründgens en 1936 dans le rôle d'Hamlet.

 

En 1925, à dix-huit ans, Klaus publie sa première pièce de théâtre et un recueil de nouvelles. Anja et Esther, qui traite de sujets du temps qu'il a passé en internat, est représentée pour la première fois à Munich le 20 octobre 1925 puis au Kammerspiele de Hambourg le 22 octobre. À Hambourg, Klaus et Erika se produisent sur scène avec Pamela Wedekind et Gustaf Gründgens. La pièce prenant pour thème l'amour lesbien connaît un succès de scandale.

 

La même année, Klaus Mann fait son premier grand voyage à l'étranger, qui le conduit en Angleterre, à Paris, Marseille, en Tunisie, à Palerme, Naples et Rome. Dans son premier roman, La Danse pieuse, paru en 1926, il témoigne publiquement de son homosexualité. Alors qu'elle est amoureuse de Pamela Wedekind, le 24 juillet 1926, Erika se marie avec le comédien Gustaf Gründgens, qui connaît les Mann depuis 19223 et serait, à cette époque, l'amant de son frère.

En 1927, Klaus part sur un coup de tête pour les États-Unis, avec Erika, et voyage à travers le monde pendant neuf mois, visitant le Japon, la Corée, la Sibérie, les États-Unis... À leur retour, Klaus et Erika écrivent ensemble Tout autour - L'aventure d'un voyage autour du monde, un carnet de voyage humoristique. À Paris, Klaus fait la connaissance, en 1928, d'André Gide, dont il fait son maître à penser et son modèle, de Jean Cocteau, dont il adapte le roman Les Enfants terribles pour la scène en 1930, et de René Crevel, dont il devient l'ami. Il découvre également les cercles surréalistes parisiens. D'abord plein de sympathie pour ce mouvement culturel, il s'en éloigne au début des années 1940, dénonçant, dans L'Avant-garde, hier et aujourd'hui (1941) et Le Cirque surréaliste (1943), l'engagement communiste et le « culte du chef » d'André Breton.

 

Les premières années artistiques de Klaus Mann sont troublées ; son homosexualité en fait souvent la cible des bigots et des bien-pensants, et il a des difficultés relationnelles avec son père, qui est assez sévère sur son travail d'écrivain.

Fasciné, dans un premier temps, par l'esthétisme fin de siècle et le raffinement artistique, il développe, dans ses essais du début des années 1930 à 1933, la figure de l'artiste, selon la formule qu'il emploie à propos de Gottfried Benn, comme un « Moi radicalement solitaire, dans un isolement tragique ». Tout engagement politique lui semble alors exclu. En tant que citoyen, l'écrivain peut avoir des idées politiques, mais sa « passion créatrice » doit disposer d'un espace autonome. Si Klaus Mann admire tant Cocteau, c'est qu'à ses yeux, il représente le « fanatique de la forme pure », celui qui oriente toute son activité sur sa position d'artiste. Pourtant, à la même époque, influencé par la figure de Gide, il évolue de l'esthétisme vers l'engagement du moraliste et se détache de Gottfried Benn.

L'engagement
Couverture de Die Sammlung (septembre 1933)

Opposant de la première heure au nazisme, il quitte l'Allemagne dès le 13 mars 1933 et passe les années suivantes entre Amsterdam, la France et la Suisse, où s'est installée sa famille. En exil, il fonde à Amsterdam une revue littéraire de combat contre les nazis, Die Sammlung, qui paraît du 1er septembre 1933 au 1er juillet 19352, éditée par les éditions amstellodamoises Querido. Parmi les collaborateurs, on trouve Ernst Bloch, Bertolt Brecht, Albert Einstein, Léon Trotski, Ernest Hemingway, Boris Pasternak et Joseph Roth. Toutefois, plusieurs se retirent bientôt devant la menace de Berlin d'interdire leurs livres en Allemagne, notamment Alfred Döblin, l'autrichien Stefan Zweig et son propre père, Thomas Mann.

 

Le 1er novembre 1934, il est déchu de la nationalité allemande ; mais, grâce à l'intervention du président Beneš, la famille Mann obtient la citoyenneté tchécoslovaque. Comme Gide et Heinrich Mann, Klaus Mann participe, en 1935, à Paris, au Congrès international pour la défense de la culture contre la guerre et le fascisme, après le XIIIe congrès international du PEN-Club allemand à Barcelone2.

 

En 1936, il part pour quatre mois de conférences aux États-Unis. Il devient de plus en plus dépendant à la drogue, qu'il a découverte dans les années 1920, et sombre dans la dépression. Après une cure de désintoxication à Budapest- motivée par le désir de construire une relation durable avec Thomas Quinn Curtis,qu'il a rencontré au mois de mai - il se rend, en septembre 1937, aux États-Unis, où il passe de nouveau quatre mois. À son retour en Europe, il suit une seconde cure de désintoxication dans une clinique privée de Zurich. En juin-juillet 1938, il participe avec Erika à la guerre d’Espagne comme correspondant2. En 1939, ils publient ensemble un livre sur l'émigration allemande Escape to Life, retraçant l'histoire d'Einstein, Brecht, Carl Zuckmayer, Ernst Toller, Max Reinhardt et George Grosz ; le livre est encensé par le public et la critique. De même, Le Volcan, l'œuvre la plus importante et la plus ambitieuse de Klaus Mann, paraît aux éditions Querido après deux années de travail. Klaus Mann y développe sa vision utopiste d’un humanisme socialiste où chacun trouve sa place, « même les toxicomanes, les homosexuels, les anarchistes ». Son père lui écrit : « Je l'ai lu de bout en bout, avec émoi et amusement... Plus personne ne contestera que tu es meilleur que la plupart – ce qui explique ma satisfaction en te lisant... »

 

Après son installation aux États-Unis, en septembre 1938, il vit entre Princeton, dans le New Jersey, et New York, où il fonde une nouvelle revue littéraire, Decision, destinée à promouvoir une pensée cosmopolite ; cependant, faute d'un financement satisfaisant et malgré un bon accueil du public, la revue ne paraît que de janvier 1941 à février 1942. Dégoûté par la langue allemande qui, à ses yeux, est pervertie par les nazis, Klaus Mann décide d'y renoncer et se met à écrire en anglais ; cependant cet abandon lui cause d'infinies souffrances et il reviendra par la suite à sa langue maternelle. Victime d'un syndrome dépressif que la fougue de son engagement intellectuel ne parvient pas à compenser, se sentant de plus en plus seul et sans le sou, il tente de se suicider, en s'ouvrant les veines. En 1942, il fait paraître à New York The Turning Point (Le Tournant), une autobiographie en anglais qu'il reprendra après la guerre en allemand, et Speed, un récit poignant sur la solitude, la nostalgie et le désespoir. En 1943, il écrit l'essai André Gide et la crise de la pensée européenne.

 

Engagé dans l'armée américaine, il passe six mois à Fort Dix, dans l'Arkansas, de janvier à juillet 1943, puis est muté comme public relations au Station Complement (compagnie de l'État-Major). Le 25 septembre 1943, il est officiellement naturalisé américain. Parti pour l'Afrique du Nord le 24 décembre 1943, il arrive à Casablanca le 2 janvier 1944 et participe à la campagne d'Italie dans le service psychologique de l'armée (Psychological Warfare Branch), pour lequel il rédige des tracts destinés aux stations de radio et aux haut-parleurs des tranchées et des textes de propagande incitant les soldats allemands à se rendre. En 1945, il collabore au quotidien de l'armée américaine The Stars and Stripes. Envoyé en reportage en Autriche et en Allemagne, il visite la maison familiale de Munich, confisquée par les nazis en 1933 et à moitié détruite par les bombardements alliés, découvre le camp de concentration de Theresienstadt et interviewe Hermann Göring, Richard Strauss, Emil Jannings et Franz Lehár. Démobilisé le 28 septembre 19452, il séjourne à Rome et Amsterdam, avant de partir pour New York et la Californie.

Le difficile après-guerre
Tombe de Klaus Mann, au cimetière du Grand Jas, à Cannes.

Après la guerre, il se propose, en tant que journaliste, de participer à la rééducation des Allemands, mais il s'aperçoit bientôt, avec tristesse et dégoût, que les écrivains de l'exil sont méconnus dans leur pays, et presque sans avenir. À cette époque, ses livres sont refusés par les éditeurs de la République fédérale d'Allemagne. Lucide sur la crise de la conscience européenne, il exprime de sérieux doutes sur la dénazification de l'Allemagne. En proie à de graves difficultés matérielles, désespéré par le suicide de son ami Stefan Zweig, après celui de René Crevel en 1935 et celui d'Ernst Toller en 1939, sentant sa sœur Erika, avec laquelle il a toujours eu des liens très forts, s'éloigner de lui, Klaus sombre à nouveau dans la drogue, dont il avait réussi à se débarrasser en 1938, après des années de dépendance, alternant périodes de sevrage et rechutes. Après une tentative de suicide manquée en 1948, il peine à écrire son nouveau roman The Last Day. Il n'arrive pratiquement plus à écrire que sous l'emprise de la drogue. En 1949, il effectue pour la troisième fois une cure de désintoxication, à la clinique St-Luc, à Nice. À la toute fin de sa vie, il loge dans une pension de famille, au pavillon de Madrid, à Cannes. Le 21 mai 1949, il est retrouvé inanimé dans sa chambre, après avoir absorbé une forte quantité de barbituriques (somnifères). Transporté à la clinique Lutetia, il meurt quelques heures plus tard, à l'âge de quarante-trois ans. Seul membre de sa famille venu à l'enterrement, Michael joue du violon au bord de la tombe de son frère aîné.

Dans son journal, Thomas Mann écrit à Stockholm, le 22 mai 1949 : « Il n'aurait pas dû faire ça. L'acte s'est visiblement produit alors qu'il ne s'y attendait pas lui-même, avec des somnifères qu'il avait achetés dans une droguerie à New York. Son séjour à Paris a été lourd de conséquences (morphine). » Un mois et demi plus tard, il écrit à Hermann Hesse : « Mes rapports avec lui étaient difficiles et point exempts d'un sentiment de culpabilité puisque mon existence projetait par avance une ombre sur la sienne [...]. Il travaillait trop vite et trop facilement. »

Sur sa tombe, au cimetière du Grand Jas (carré 16), sa sœur, Erika, a fait graver une phrase de l'évangile selon Luc, qui devait servir d'exergue à The Last Day, le roman politique auquel Klaus Mann travaillait juste avant sa mort : « Celui qui cherche à sauver sa vie la perdra, mais celui qui perd sa vie, celui-là la sauvera ».

Œuvres

La famille Mann en 1931 à Nidden. Klaus est le quatrième en partant de la gauche.

Klaus Mann est l'auteur de textes politiques (Escape to Life, en collaboration avec Erika Mann, sa sœur), mais aussi d'articles de presse4, de pièces de théâtre (Anja et Esther en 1925) et de romans, tels que La Danse pieuse et Fuite au Nord (1934). Il s'affirme également comme un grand romancier avec Symphonie pathétique (1935), et surtout Mephisto (1936), le plus célèbre de ses livres, le premier publié à Amsterdam, ainsi que Le Volcan (1939).

La danse pieuse est le premier roman allemand ouvertement homosexuel.

Fuite au Nord raconte l'histoire d'une militante communiste, Johanna, réfugiée en Finlande, où elle va devoir choisir entre son amour pour un homme et son engagement politique, engagement auquel elle décide finalement de tout sacrifier. Ce roman renvoie à la nécessité pour les intellectuels de renoncer à leur tour d'ivoire afin de s'engager dans le combat politique (en quoi Klaus Mann s'oppose à Stefan George, tenant de l'art pour l'art et l'un de ses maîtres en littérature avec Frank Wedekind).

Symphonie pathétique n'est autre qu'une biographie romancée de Tchaïkovski.

Mephisto raconte la carrière d'un grand comédien, à la fois ambitieux et lâche, prêt à toutes les compromissions avec le régime nazi, préférant sacrifier son honneur pour accéder à la gloire publique, même si c'est au prix d'une déchéance personnelle. Ce roman a été inspiré à Klaus Mann par la biographie de son beau-frère, l'acteur Gustav Gründgens. L'auteur pour sa part, faisant preuve d'une extrême lucidité dès le début, n'a jamais marqué la moindre hésitation et s'est toujours refusé à toute concession ou compromis avec le pouvoir en place. Mephisto est considéré comme l'un des meilleurs romans du XXe siècle. Une adaptation théâtrale très libre a été écrite par Tom Lanoye sous le titre Mephisto vor ever.

Ludwig décrit de manière romancée vingt-quatre heures de la vie d'un homme, en fait le dernier jour du roi Louis II de Bavière, considéré comme fou, en tout cas déclaré tel par ses rivaux, et, à ce titre, enfermé et très étroitement surveillé. Le cinéaste italien Luchino Visconti s'est inspiré de ce texte pour réaliser le film intitulé Le crépuscule des dieux.

Le volcan est une chronique des exilés allemands entre 1933 et 1939.

Après une première autobiographie, Je suis de mon temps (parue en 1932), sa deuxième autobiographie intitulée Le Tournant (éditée d'abord en anglais, avant d'être réécrite en allemand après la guerre et publiée en 1952) constitue un témoignage d'un intérêt exceptionnel, tant sur la vie intellectuelle et littéraire allemande dans les années 1920, que sur la condition des Allemands exilés sous le régime nazi. De même, il laisse un volumineux Journal, dont la rédaction couvre la période allant de 1931 à 1949 et qui représente un important témoignage sur un homme, ses rencontres, ses convictions, ses doutes, sa fascination pour la mort.

En 1968, le Tribunal constitutionnel fédéral allemand interdit la publication de Mephisto au motif qu'il faut attendre que se dissipe le souvenir du défunt. En 1981, bravant une interdiction formelle, les éditions Rowohlt décident d'éditer le roman, qui devient immédiatement un bestseller. Plus largement, dans les années 1970-1980, Klaus Mann, qui n'était guère considéré jusque-là que comme le fils de Thomas Mann, connaît enfin la reconnaissance pour son œuvre, regardée à présent, avec la réédition de ses livres, comme l'une des plus originales de sa génération.

Liste des ouvrages

Sur les autres projets Wikimedia :

Personnels
  • Anja et Esther (Anja und Esther, 1925), théâtre
  • Devant la vie (Vor dem Leben: Novellen, 1925), récits
  • La Danse pieuse (Der fromme Tanz: Das Abenteuerbuch einer Jugend, 1926), roman
  • Le Cinquième Enfant (Kindernovelle, 1927), nouvelle
  • Aujourd'hui et demain (Heute und Morgen, 1927), essai
  • Aventure (Abenteuer, 1929), nouvelles
  • Alexandre. Roman de l’utopie (Alexander: Roman der Utopie, 1929), roman
  • En quête d'un chemin (Auf der Suche nach einem Weg, 1931), essais
  • Je suis de mon temps (Kind dieser Zeit, 1932), autobiographie
  • Point de rencontre à l'infini (Treffpunkt im Unendlichen, 1932), roman
  • Fuite au nord (Flucht in den Norden, 1934), roman
  • La Symphonie pathétique (Symphonie pathétique: Ein Tschaikowsky-Roman, 1935), roman
  • Mephisto. Histoire d’une carrière (Mephisto: Roman einer Karriere, 1936), roman
  • Ludwig. Nouvelle sur la mort du roi Louis II de Bavière (Vergittertes Fenster, 1937), nouvelle
  • Le Volcan. Un roman de l’émigration allemande (1933–1939) (Der Vulkan: Roman unter Emigranten, 1939), roman
  • Speed, 1939, nouvelle
  • Le Tournant. Histoire d’une vie (The Turning Point, 1942, Der Wendepunkt, ein Lebensbericht, publication posthume 1952), autobiographie
  • André Gide et la crise de la pensée moderne (André Gide and the Crisis of Modern Thought, 1943, André Gide: Die Geschichte eines Europäers, 1948), essai
  • The Last Day, 1949, fragment d'un roman inachevé
 

Nicole Roche (Traducteur) 
Jean-Michel Palmier (Préfacier, etc.) 

ISBN : 2742773584 
Éditeur : Actes Sud (2008) 


Note moyenne : 4.03/5 (sur 35
nn, le fils aîné de Thomas Mann, fut un écrivain précoce qui, à dix-huit ans, avait déjà publié une pièce de théâtre et un recueil de nouvelles. Seul ou avec sa sœur Erika, il commença dès ce moment à parcourir le monde- Europe, Asie, Etats-Unis... Mais, très vite, cette vie insouciante et libre de dandy des Années folles - drogue dure, sexe, homosexualité affichée - fut interrompue par la montée du nazisme, auquel il s'opposa résolument dès le début. Ecrivain prometteur encouragé par Cocteau et Gide, il FONDA en exil une revue antifasciste à laquelle collaborèrent notamment Einstein, Brecht, Trotski, Pasternak, Roth et Hemingway, et participa, en 1934, à la préparation avec René Crevel du Congrès international pour la défense de la culture. Après avoir été correspondant de guerre en Espagne du côté républicain, il s'installa aux Etats-Unis en 1938, et c'est sous l'uniforme américain qu'il devait revenir dans une Allemagne en ruine. Son œuvre romanesque - Fuite au nord, Le Volcan, Mephisto - contenait déjà de nombreux fragments autobiographiques. Mais il fallut attendre Le Tournant, qu'il acheva peu avant son suicide à Cannes, en 1949, à l'âge de quarante-deux ans, pour qu'il brosse magistralement la fresque tragique de son temps. La beauté du livre tient à cette étrangeté : c'est l'autobiographie sans confession d'un homme plus attentif aux autres et à son époque qu'à lui-même.
Klaus Mann, fils de Thomas Mann
Klaus Mann, fils de Thomas Mann
Klaus Mann, fils de Thomas Mann
Klaus Mann, fils de Thomas Mann
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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 10:15
 
 
 
 
Thomas Mann
 
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Thomas Mann

Description de cette image, également commentée ci-après

Thomas Mann.

 
Activités Écrivain
Naissance 6 juin 1875
Lübeck Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Décès 12 août 1955 (à 80 ans)
Zurich Drapeau de la Suisse Suisse
Langue d'écriture Allemand
Genres roman, nouvelle, essai
Distinctions Prix Nobel de littérature (1929)

Œuvres principales

Signature

Signature de Thomas Mann

Thomas Mann, né le 6 juin 1875 à Lübeck et mort le 12 août 1955 à Zurich, est un écrivain allemand, lauréat du prix Nobel de littérature en 1929.

 

Il est l'une des figures les plus éminentes de la littérature européenne de la première moitié du XXe siècle et est considéré comme un grand écrivain moderne de la décadence. Rompant peu à peu avec les formes littéraires traditionnelles, ses ouvrages comprenant romans, nouvelles et essais, font appel aux domaines des sciences humaines, de l'histoire, de la philosophie, de la politique et de l'analyse littéraire pour produire une image du siècle et de ses bouleversements. Son œuvre, influencée par Arthur Schopenhauer est centrée sur l'étude des rapports entre l'individu et la société, oppose généralement la rigueur du travail intellectuel, la spiritualité et le culte de l'action. Mais il n'est pas un homme de la décadence et n'aura de cesse de lutter, comme son frère Heinrich en fin de compte, mais à sa manière, pour la défense des valeurs mises en péril par les différents "ismes" ravageurs et les idéologies radicales. Au fil du temps il devient une figure réellement engagée dans l'action politique et éthique. Cet homme, au départ porteur de lourds préjugés de son pays et de son époque, fait face dans les moments difficiles et s'érige bien vite en représentant admirable de la "bonne Allemagne" dans ses meilleures traditions.

 

Biographie

Thomas Mann en 1932
Thomas Mann en 1949

Thomas Mann naît le 6 juin 1875 à Lübeck dans une riche famille patricienne de négociants en grains. Son père, Thomas Johann Heinrich Mann, consul des Pays-Bas dès 1864, est élu au Sénat de la ville de Lübeck en 1877 ; sa mère née Julia da Silva-Bruhns originaire du Brésil est issue d'une famille de commerçants germano-brésilienne. En mai 1890, la maison de commerce fête son centenaire, mais le 13 octobre 1891 le sénateur Mann meurt à 51 ans, laissant un testament qui prévoit la dissolution de la maison de commerce. Les études de Thomas Mann, dans une école privée d'abord, au Katharineum ensuite, ne sont guère brillantes. En 1892, la mère de Thomas Mann s'installe à Munich, où il la rejoindra en 1894.

Formation

Dès 1892, il écrit quelques textes en prose et des articles pour le magazine Der Frühlingssturm (« la Tempête du printemps ») qu'il coédite. En 1894, retrouvant sa mère, ses frères et ses sœurs à Munich, il travaille pour une société d'assurances. Il abandonne cette profession en 1895 pour parachever sa formation intellectuelle et devenir écrivain libre. Il fait paraître l'un de ses premiers récits dans la revue Die Gesellschaft, et quelques articles dans la revue Das zwanzigste Jahrhundert dirigée par son frère Heinrich Mann. Il se familiarise avec les pensées de Schopenhauer et Nietzsche, découvre les théories freudiennes naissantes, puis étudie les œuvres littéraires de Goethe, Schiller, Lessing, Dostoïevski, Tchekhov, Fontane, ainsi que la musique de Richard Wagner. Tous seront pour lui des modèles et il leur consacrera plus tard de nombreux articles ou essais. Thomas Mann découvre l'Italie avec son frère Heinrich de juillet à octobre 1895, puis durant l'automne 1896.

Premières œuvres

L'éditeur S. Fischer lui commande en mai 1897 une œuvre d'ampleur en prose : Thomas Mann commence la rédaction de son premier roman, largement inspiré de l'histoire familiale, sur la grandeur et la décadence d'une famille dans l'Allemagne au tournant du XIXe siècle : Buddenbrooks (Les Buddenbrook), qui paraît en 1901. En 1903, il publie Tonio Kröger qui conte l'amour tourmenté d'un jeune homme pour deux de ses camarades de classe, Hans Hansen et Inge Holm, dont une large part est autobiographique comme en témoigne la correspondance de l'auteur. Le 11 février 1905, il épouse Katia Pringsheim (1883 Feldafing - 1980 Kilchberg), petite-fille de la féministe Hedwig Dohm.
 

En 1912, il publie der Tod in Venedig (La Mort à Venise). La ville de Venise et l'Hôtel des Bains sur l'île du Lido, où séjourne Mann en mai-juin 1911, sont au cœur de cette nouvelle inspirée par la mort du compositeur Gustav Mahler que Mann apprend précisément le 18 mai 1911. Mais c'est aussi à Venise qu'est mort, en 1883, Richard Wagner à qui Mann dédie un essai durant la même période. Enfin, c'est sur la plage du Lido que Mann voit se réveiller son homosexualité latente devant la beauté d'un jeune noble polonais de quatorze ans. Cette œuvre que Mann désigne comme "une tragédie" est une réflexion sur la mort, l'amour, le mal, l'art et la culture. Œuvre profondément personnelle en rupture avec le naturalisme des débuts, La Mort à Venise exprime les angoisses d'un homme aux prises avec ses propres démons, marqué par la maladie et la mort de ses proches (sa femme souffre d'une maladie pulmonaire et sa sœur Carla s'est suicidée l'année précédente) et enfin par la menace de guerre qu'il perçoit dans la crise franco-allemande de 1911.

La conversion aux idées libérales

Un séjour en sanatorium à Davos et la catastrophe de la Grande guerre dans laquelle il est impliqué (prenant un temps parti pour l'Allemagne impériale) lui fournissent le sujet de son roman le plus célèbre, Der Zauberberg (La Montagne magique), paru en 1924. Cette œuvre, conçue comme une relecture ironique du Bildungsroman ("roman de formation"), constitue une étape importante dans son évolution intellectuelle en ce qu'elle marque symboliquement son ralliement aux idées libérales, après une proximité avec le courant de la Révolution conservatrice symbolisée par ses Considérations d'un apolitique, ouvrage important publié en 19181. Outre les considérations politiques, la structure narrative de l'ouvrage incorpore des réflexions artistique, esthétique, philosophique, historique et spirituelle et plusieurs théories littéraires. Cette vaste parabole sur la déchéance spirituelle, l'amour et la mort, avec l'Europe d'avant la Première Guerre mondiale pour toile de fond, lui vaut la renommée internationale. Mais l'Académie suédoise lui attribue le prix Nobel de littérature en 1929 pour Les Buddenbrook2. Face à la montée des extrémismes en Europe, Mann publie, l'année suivante, la nouvelle Mario et le Magicien qui évoque le danger des régimes fascistes et de la lâcheté intellectuelle.

L'exil

Dès 1933, il émigre en Suisse et s'installe à Küsnacht, près de Zurich, afin de se tenir éloigné de la tourmente politique que connaît alors son pays. Les premiers mois du régime nazi le convainquent, après un moment d'hésitation, de ne pas retourner en Allemagne. En 1936, il est déchu de la nationalité allemande. Connaissant les œuvres de Sigmund Freud, il dira d'Hitler : « Comme cet homme doit haïr la psychanalyse ! » Plus généralement, il est passionné par la médecine, et ses ouvrages regorgent de descriptions symptomatiques précises (il dira du dernier des Buddenbrook « qu'il a les dents striées par la chlorose », par exemple, et La Montagne Magique comporte des passages sur les maladies dont ses personnages sont atteints).

À partir de 1938, il vit aux États-Unis, d'abord à Princeton, puis l'année suivante à Pacific Palisades en Californie. C'est là qu'il compose le complexe et fort sombre Doktor Faustus (Le Docteur Faustus), paru en 1947, qui évoque métaphoriquement l'âme de l'Allemagne à travers le portrait d'un compositeur, inspiré d'Arnold Schoenberg. Durant ces années d'exil, il retrouve certains autres exilés allemands, tels que le dramaturge et poète Bertolt Brecht (évoquant Thomas Mann à plusieurs reprises dans son journal et sa correspondance), le réalisateur Fritz Lang, ou encore le compositeur Kurt Weill.

Le retour en Europe
Tombe de Thomas Mann

 

Après la guerre, il retournera régulièrement dans son pays natal, notamment en 1949 pour recevoir le Goethe-Preis à l'occasion du 200e anniversaire de la naissance du célèbre écrivain. À cette occasion, il visita les villes de Francfort-sur-le-Main et de Weimar.
En
1952, il retourne s'installer en Suisse et non en Allemagne, bien qu'on cite alors son nom comme possible Président de la République fédérale d'Allemagne.
En
1954, il est fait citoyen d'honneur de sa ville natale, mais décède un an plus tard à Zurich. Il est enterré à Kilchberg.

Ce n'est que dans ses Notes quotidiennes du soir à n'ouvrir que vingt ans après ma mort3, publiées - malgré son titre - dès 1955, qu'il parle de ses attirances homosexuelles.

Famille

Il est le frère du grand auteur allemand Heinrich Mann et le père des écrivains Klaus et Erika Mann, de l'historien Golo Mann, ainsi que du musicien Michael Thomas Mann.

Prénom Naissance Décès
Erika 9 novembre 1905 27 août 1969
Klaus 18 novembre 1906 21 mai 1949
Golo 29 mars 1909 7 avril 1994
Monika 7 juin 1910 17 mars 1992
Elisabeth 24 avril 1918 8 février 2002
Michael 21 avril 1919 1er janvier 1977

Fils de son temps, l'écrivain est d'emblée marqué par les préjugés régnants. Mais on assiste à une évolution progressive de l'image des Juifs dans son son œuvre et, parallèlement, à une réflexion de plus en plus approfondie, significative à la fois de son évolution personnelle et de la virulence du problème juif dans l'Allemagne de Weimar et du troisième Reich. Continûment s'esquisse le parallélisme établi entre Israël et l'Allemagne. Le Leitmotiv se porte au cœur de l'œuvre à travers les balbutiements d'une germanité se haussant au sommet de ses plus nobles traditions 1

1Le débat est sensible au point qu'il a longtemps été tabou. Première rupture en Allemagne de ce silence obligé in : Thomas Mann und das Deutschtum.(Thomas-Mann-Studien). Klostermann, Frankfurt am Main 2004 . Reprise timide du débat in : Wikipedia.de : Thomas Mann und das Deutschtum. Sur le sujet, en français: Jacques Darmaun: Thomas Mann et les Juifs, Ed.: Peter Lang, 1995 ISBN3-906753-51-4. En allemand: Jacques Darmaun: Thomas Mann, Deutschland und die Juden. Niemeyer, Tübingen 2003, ISBN 3-484-65140-7

Œuvre

Romans
  • 1901 : Buddenbrooks - Verfall einer Familie (Les Buddenbrook : Le déclin d'une famille)
    medium Les Buddenbrook : Le déclin d'une famille de Thomas Mann

    Titre original :  Buddenbrooks

    Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

    critiqué par Bérénice, le 16 juin 2004 (Paris, Inscrite le 18 mai 2004, 28 ans)

    La note: 10 etoiles
    Moyenne des notes : 10 etoiles (basée sur 7 avis)
    Cote pondérée : 8 etoiles (319ème position).
    Visites : 3 681  (depuis Novembre 2007)

    Quand peu à peu tout se désintègre et meurt...

    Premier roman de Thomas Mann, écrit très jeune, paru en 1900 et devenu un des grands classiques de la littérature allemande, « les Buddenbrook » figura trente ans plus tard au nombre des livres brûlés par les nazis dans les autodafés : « une famille allemande, une famille de la race élue ne peut jamais déchoir » criaient les chemises brunes sous les fenêtres de l’écrivain

    L’histoire est celle d’une famille, une grande famille bourgeoise du nord de l’Allemagne, de Johann, le solide fondateur de la dynastie et de l’entreprise familiale, à Hanno, le frêle musicien qui s’éteint quarante ans plus tard dans un pavillon de banlieue. Quatre génération de bourgeois riches et prospères et fiers d’eux-mêmes. Fiers et aveugles : tandis que peu à peu leur vie se désagrège, ils continuent, se goinfrent et se félicitent, ils portent le masque du bonheur et de la complétion, et y croient eux-mêmes. Chaque personnage portait en lui les promesses d’un bel avenir, et tous passent à côté et finissent décrépis et asséchés.

    Il y a d’abord Toni, la si délicieuse jeune fille à la lèvre boudeuse, si prometteuse, qui sacrifie son amour pour que son « papa » soit « content ». Ses échecs maritaux s’additionnant, elle devient aigrie, elle radote. Elle qui représentait au début le romantisme, la jeunesse, la beauté, la spontanéité, n’est plus qu’un vulgaire bourgeoise exaspérante. Et cet amour qu’elle a laissé, sans que jamais elle songe à le retrouver, elle ne cesse de l’évoquer, comme un baume. Sa vie est un grand ratage, mais elle est trop bête pour s’en rendre compte. Elle ne comprend rien.

     

    Il y a son grand frère aussi, Christian, l’artiste raté, fasciné par le théâtre, toujours en train de se donner en spectacle, mais qui jamais ne réussit à s’assumer, à passer le cap, à monter sur les planches, qui reste toujours à la limite, trop bourgeois et pas assez courageux, et qui avec les années devient de plus en plus ennuyeux et de moins en moins drôle.
    Il y a surtout Thomas, l’aîné, l’inoubliable Thomas Buddenbrook, le seul clairvoyant. C’est une âme supérieure, le noble dans cette famille de bourgeois, extrêmement fin et intelligent ; il a sacrifié tout pour l’entreprise familiale dont il a hérité, il s’efforce d’en être digne et de la faire prospérer, mais il n’est pas fait pour cette vie, il voulait autre chose, mieux, plus beau, plus haut. Il s’en rend compte, et c’est ce qui est terrible chez lui, c’est ce qui est si poignant : il sent que ses forces s’épuisent, que son cœur s’assèche, que sa jeunesse l’abandonne, que son amour s’éteint, il regarde autour de lui et il voit tout, la banalité, la fadeur de ce qui l’entoure, et pourtant il continue, jusqu’au bout, comme un soldat qui aurait la gangrène et qui continuerait de marcher.

     

    Et enfin Hanno, qui ne vit que par et pour la musique, qui y est né, qui y meurt. L’artiste, le vrai, mais une plante pareille ne peut pas fleurir dans ce champ stérile qu’est la haute bourgeoisie allemande.

    Le tour de force de Thomas Mann est d’avoir amené lentement ses personnages à la fin sans que jamais rien ne se passe, sans que jamais ils ne se disent : je chute. Dans cette famille, on n’élève pas le ton, on fait régner la paix, on s’arrange et on continue à se laisser porter par la vie, par le long fleuve tranquille qu’est la vie bourgeoise des riches commerçants. On s’achète des nouvelles maisons, on fait des aménagements, on se marie, on enfante : tout est toujours pour le mieux, et cela semble devoir continuer jusqu’à l’infini, dans une lente répétition de chaque jour et de chaque moment. Les pleurs, les joies, tout passe et s’efface, rien ne porte jamais à conséquence. Pas de révolte, pas de cris. On se parle mais on ne communique pas, chacun reste à part soit, sans personne pour apporter du réconfort, parce que personne ne se comprend et que tout le monde joue un rôle qui n’est pas le sien. Et la vie toujours continue. Et tout à l’air d’aller bien, même lorsque tout est perdu.
    La pourriture commence dans les bas-fonds et lorsqu’elle a tout envahi, on continue de la prendre pour de la garniture.

  • 1903 : Tonio Kröger (court roman)
  • 1909 : Königliche Hoheit (Altesse Royale) [1]
  • 1924 : Der Zauberberg (La Montagne magique)
  • 1933-1943 : Joseph und seine Brüder (Joseph et ses frères), roman en 4 tomes:
    • 1933 : Die Geschichten Jaakobs (Les Histoires de Jacob)
    • 1934 : Der junge Joseph (Le Jeune Joseph)
    • 1936 : Joseph in Ägypten (Joseph en Égypte)
    • 1943 : Joseph, der Ernährer (Joseph le Nourricier)
  • 1939 : Lotte in Weimar (Charlotte à Weimar)
  • 1944 : Das Gesetz (La Loi)
  • 1947 : Doktor Faustus (Le Docteur Faustus)
  • 1951 : Der Erwählte (L'Élu)
  • 1953 : Die Betrogene (Le Mirage)
  • 1954 : Bekenntnisse des Hochstaplers Felix Krull. Der Memoiren erster Teil, nouvelle version allongée d'une nouvelle de 1911. Œuvre inachevée. (Les Confessions du chevalier d'industrie Félix Krull)
Thomas Mann, écrivain de la décadence
Thomas Mann, écrivain de la décadence
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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 10:23

  Certains passages de cet article ont été inspirés par le site officiel de Joseph Delteil," L'Art c'est moi"    http://josephdelteil.net.

Je remercie Monsieur Bertrand Lacombe de m'avoir permis de puiser à sa source

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Caillou-8269Le Château de Villar en Val

 chateau-de-vals-en-villar.1293960246delteil-jai-cent-mille-ans-sentier.1293960819 LE PAYS DES CATHARES

 

 

   Aude (département), département du sud de la France, situé dans le sud-ouest de la Région Languedoc-Roussillon. Le département de l'Aude (11) (en occitan Aude) est un département français de la  région Languedoc-Roussillon, dont le nom vient du fleuve côtier l'Aude. Ce département se situe dans le sud de la France et a pour chef-lieu Carcassonne, célèbre grâce à sa cité, une ville fortifiée médiévale à double rempart très bien conservée. L’Aude présente de nombreux paysages et un patrimoine riche et varié favorisant un tourisme en pleine expansion. L’Aude fait partie de la région Languedoc-Roussillon. Elle est limitrophe des départements des Pyrénées-Orientales au sud, de l’Ariège au sud-ouest, de la Haute-Garonne au nord-ouest, du Tarn au nord et de l’Hérault au nord-est. À l’est, le département est bordé par la Méditerranée (golfe du Lion) sur 47 km. Sa superficie est de 6 343 km² ce qui le classe au 39e rang des départements français. L’Aude est aussi un département pyrénéen dont le point culminant est le pic de Madrès 2469 m. Dans ce département se trouvent des pays qui sont des régions naturelles : Lauragais, Montagne Noire, Cabardès, Carcassonnais, Razès, Quercob, Pays de Sault, Minervois, Corbières, Narbonnais

.Val en Villar où naquit Delteil situé entre Saint-Hilaire (à l'est de Limoux) et Lagrasse (voir carte ci-dessous)villar3 dans l'Aude-Village natal11_Aude-copie-2.gif

Joseph Delteil (1894 - †1978 ), est un écrivain et poète français
 

 

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Biographie

 

 

Joseph Delteil est né à Villar-en-Val dans l'Aude, le 20 avril 1894 ; il est mort le 16 avril 1978 à La Tuilerie de Massane, à Grabels dans l'Hérault.

 

Né dans la ferme de La Pradeille, d’un père bûcheron-charbonnier et d’une mère "Buissonnière", Joseph Delteil vit les quatre premières années de son enfance à la Borie (construction de pierres sèches) de Guillaman, à 30 kilomètres au sud de Carcassonne, dans le Val de Dagne. De cette masure, il ne reste aujourd’hui que des moignons de murs, que l'on peut toujours voir en randonnant sur le "Sentier en Poésie" à l'entrée duquel on peut lire "Ici le temps va à pied" créé par Magalie Arnaud et ses amis, maire de Villar-en-Val pour honorer la mémoire du poète.cadre-villar-1

 

En 1898, son père achète une parcelle de vignes à Pieusse (30 kilomètres plus loin et du côté de Limoux). val de Dagne dans les Corbières Maison nayale de DelteilC’est là, dira Delteil, son "village natal", au cœur du terroir de la Blanquette de Limoux, « où le paysage s’élargit, où l’on passe de la forêt au soleil, de l’occitan au français ».un sentier vigneron a villar en val illustration Il y demeure jusqu’à son certificat d’étude (1907), puis il intègre l’école Saint-Louis à Limoux. Il est ensuite élève au collège Saint-Stanislas (petit séminaire) de Carcassonne.

 

La parution, en 1922, de son premier roman Sur le fleuve Amour attire l'attention de Louis Aragon et André Breton9782246319832 pour qui cette œuvre "dédommageait de tant de diables au corps1. Delteil collabore à la revue "Littérature" et participe à la rédaction du pamphlet « Un cadavre » écrit en réaction aux funérailles nationales faites à Anatole France (octobre 1924). Breton le cite dans son « Manifeste du surréalisme » comme l'un de ceux qui ont fait "acte de surréalisme absolu".

Ci-dessous, Delteil le 4e dans la voiture en partant de la gauche, avec une moustache

delteilphototimbre432

 

Le 24 mai 1924, à la Soirée du Claridge où l'ancien Corps des Pages de Russie donne un bal de bienfaisance, un défilé de mode avec des costumes de Sonia Delaunay illustre un poème de Joseph Delteil La Mode qui vient. « L'apparition de ce groupe souleva les applaudissements de la mondaine assemblée3. »

 

La publication, en 1925, de Jeanne d'Arc, ouvrage récompensé par le Prix Femina, 9782246489115suscite le rejet des surréalistes et de Breton en particulier, malgré le scandale déclenché par ailleurs en raison de la vision anticonformiste de la Pucelle d'Orléans. Cette œuvre est, pour Breton, une "vaste saloperie". Delteil participe au premier numéro de "La Révolution surréaliste", mais après un entretien dans lequel il déclara qu'il ne rêvait jamais, il reçut de Breton une lettre de rupture

 

"L’année dernière un livre fit scandale. Un auteur connu jusqu’alors pour des ouvrages surréalistes, d’une fantaisie grossière et immorale, annonça au monde que lui seul comprenait Jeanne d’Arc et qu’il allait nous la révéler. Il nous la représenta comme une rustaude, une costaude, hantée d’images luxurieuses et perpétuellement agitée dans son corps par l’obsession des sens. Dans les camps, il nous la montra sous les traits d’une virago, mangeant bien, buvant sec, jurant, crachant et détendant ses sens dans des actes de brutalité et de cruauté. Tout surnaturel disparaissait de sa vie, car même ses voix, même ses saintes devenaient des personnages vulgaires » (Jean Guiraud, La Critique en face d’un mauvais livre, 1926).
Ce « mauvais livre » que fustige le rédacteur en chef de La Croix est sans doute le plus sensible qu’on ait écrit sur Jeanne d’Arc, sainte de l’Eglise catholique et figure emblématique de l’Histoire de France. A nulle autre pareille, si ce n’est peut-être à celle qui a vécu, la Jeanne de Delteil sort des poncifs édifiants pour entrer, vivante, dans une légende enfin humaine. Ni ange ni bête, Jeanne est ici de chair et d’émotions, quelquefois sombre, sublime quand elle trébuche. « Ma Jeanne d’Arc a dix-huit ans », revendique Delteil qui, pour toute raison, dit simplement « l’aimer». 

Publié en 1925, cinq ans après la canonisation de Jeanne D’Arc, le livre déclenche aussitôt une nouvelle bataille d’Hernani. Rassemblant contre lui surréalistes et catholiques, il achève de placer Delteil au panthéon littéraire des grands anticonformistes".
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En 1931, il tombe gravement malade et quitte la littérature et la vie parisienne pour le sud de la France. En 1937, il s'installe à la Tuilerie de Massane, (à Grabels près de Montpellier) où il mène jusqu'à sa mort une vie de paysan-écrivain, en compagnie de sa femme, Caroline Dudley, qui fut la créatrice de la Revue nègre.

Dans sa retraite occitane, il entretient de solides amitiés avec les écrivains (Henry Miller,...Miller-Sel3(a)doc14, les poètes (Frédéric Jacques Temple,...), les chanteurs (Charles Trenet, Georges Brassens), les peintres (Pierre Soulages), les comédiens (Jean-Claude Drouot,...). En publiant en 1968 La Deltheillerie, 9782246001805il retrouve un peu de la notoriété des années 1920, soutenu par des personnalités comme Jacques Chancel, Jean-Louis Bory, Michel Polac, Jean-Marie Drot.Jean-Marie-Drot 5562BUDIN-Laure-Joseph-Delteil

 

Jean-Marie Drot, né le 2 mars 19291 à Nancy , est un écrivain et un documentariste français.
Il a été directeur de la Villa Médicis à Rome de 1985 à 1994.

 

Biographie

 

Le jeune Jean-Marie passe son enfance à Nancy, où il vit avec son père, chez sa grand-mère, éloigné de sa mère et de son plus jeune frère.

Reçu au concours général en 1946, alors qu’il échoue au baccalauréat, cela lui permet d'entrer au lycée Louis-le-Grand, à Paris, puis d’intégrer l’École normale supérieure — ce qui, du même coup, le rapproche de sa mère. À Louis-le-Grand, Jean-Marie fait la connaissance de Kiki Heidsieck — héritier de négociants en champagne — qui lui présente sa famille ainsi que le père dominicain Jacques Laval. Ces personnes le prennent sous leur protection et l’aident matériellement lorsqu’en 1948, lauréat d’un concours de littérature américaine sur l’œuvre de Melville, Moby Dick (1851), il a la possibilité de partir étudier aux États-Unis durant une année.

À son retour, il débute immédiatement à la télévision naissante, grâce au père Laval. Un concours de circonstances fait que Laval a été choisi par sa hiérarchie pour diriger la première chaîne de télévision du Vatican. Par l’intermédiaire de Jean d’Arcy2, alors directeur de cabinet de François Mitterrand, ministre de l’Information, Drot est officiellement engagé comme assistant réalisateur de la première émission de télévision vaticane avec, pour seule qualification en audiovisuel, son expérience de téléspectateur durant son séjour en Amérique...
Les émissions qu’ils réalisent sont constituées d’interviews de personnalités comme Rossellini, Visconti, Paul Claudel, deux ou trois rois africains convertis au catholicisme par les Pères blancs, des ministres, des actrices de la Comédie-Française et de vieux films muets de l’Istituto Luce3, ancêtre de Cinecittà. Cette expérience vaticane ne dure qu’un an et demi, de décembre 1949 à juin 1951, mais initie Jean-Marie Drot à la réalisation de programmes de télévision.
Il rentre de Rome avec le statut de réalisateur de documentaire pour la télévision, « avec la bénédiction de Jean d’Arcy ».

Durant les années 1950, il réalise divers films sur l’art, qui ont pour cadre le continent européen, tel Les Enfants de Varsovie (1956), en collaboration avec Polanski, ou encore La Rome de Giorgio De Chirico (1957), avec l’artiste lui-même.
C’est en constatant que le Montparnasse des artistes du début du XXe siècle est condamné par l’urbanisme des années 1960 qu'il a l’idée de réaliser un film témoignage sur ce quartier mythique. Il commence à tourner Les Heures chaudes de Montparnasse en 1960, documentaire à la base de sa renommée.

En 1985, il succède à Jean Leymarie à la direction de l'Académie de France à Rome, où il reste dix ans.

 

Delteil est enterré, ainsi que sa femme Caroline, au cimetière de Pieusse.gen-carte-region.inc.asp

Œuvres

  • Le Cœur grec (1919)
  • Le Cygne androgyne (1921)
  • Sur le Fleuve Amour (1922)
  • Choléra (1923)
  • Les Cinq sens (1924)
  • Jeanne d'Arc (1925, Prix Femina)
  • Le Discours aux oiseaux par Saint François d'Assise (1925)
  • Les Poilus (1925)
  • Mes amours...(...spirituelles) (1926)
  • Allo ! Paris (1926)
  • Ode à Limoux(1926)
  • Perpignan (1927)
  • La Jonque de porcelaine (1927)
  • La Fayette (1928)
  • Le Mal de cœur (1928)
  • De J.-J. Rousseau à Mistral (1928)
  • Il était une fois Napoléon (1929)
  • Les Chats de Paris (1929)
  • La Belle Corisande (1930)
  • La Belle Aude (1930)
  • Don Juan (1930)
  • La Nuit des bêtes (1931)
  • Le Vert Galant (1931)
  • A la Belle étoile (1944)
  • Jésus II (1947)
  • François d'Assise (1960) - rééd. 2009
  • Œuvres complètes (1961)
  • La Cuisine paléolithique (1964) - éditions Robert Morel, Grand Prix international de littérature gastronomique 1965
  • La Deltheillerie (1968)
  • Correspondance privée Henry Miller-Joseph Delteil, Paris, Pierre Belfond, 1980 (préface, traductions et notes de Frédéric Jacques Temple)
  • Musée de marine (1990)
  • Les Prisonniers de l'infini (1994)
  • Le Maître ironique (1995)
  • L'Homme coupé en morceaux (2005)

Travaux consacrés à Joseph Delteil

  • André de Richaud, Vie de saint Delteil, Paris, La Nouvelle Société d'Édition, 1928.
  • Maryse Choisy, Delteil tout nu, Paris, éd. Montaigne, 1930.
  • Christian Chabanis, "Joseph Delteil au cœur du monde" in Le Figaro Littéraire, 30 décembre 1961.
  • Claude Schmitt, "Joseph Delteil ou l'épithète introuvable" in revue L'Honneur, 1970.
  • Collectif s/d de Claude Schmitt, Delteil est au ciel !, Alfred Eibel Éditeur, 1979.
  • Robert Briatte, Joseph Delteil, coll. "Qui êtes-vous ?", Lyon, La Manufacture, 1988.
  • Jean-Marie Drot, Joseph Delteil prophète de l'an 2000, Imago, 1990.
  • Jean-Louis Malves, Delteil en habit de lumière, Éditions Loubatières, 1992
  • Collectif s/d de Robert Briatte, Les Aventures du récit chez Joseph Delteil, Montpellier, Éd. de la Jonque/Presses du Languedoc, 1995
  • Collectif s/d de Denitza Bantcheva, Joseph Delteil, coll. "Les Dossiers H", L'Âge d'homme, 1998.
  • Denis Wetterwald, Joseph Delteil. Les escales d'un marin étrusque, Christian Pirot éditeur, 1999.
  • Guy Darol, Joseph Delteil brille pour tout le monde, Samuel Tastet éditeur, 2006.
  • Marie-Françoise Lemonnier-Delpy, Joseph Delteil : une œuvre épique au XXe siècle, destinées du héros et révolution du récit, Éditions IDECO, 2006.

 

   
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  Delteil (Joseph),1894-1978, une figure originale et anticonformiste de la littérature française  
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indexOK1_htm_smartbutton2.gifDELTEIL PHOTO 932

 


Audois d'origine, cet écrivain est entré en littérature avec deux recueils poétiques, Le Coeur grec (1919) et Le Cygne androgyne (1921)Delteil Le Coeur Grecjorda (WinCE)56600100366081 1. Ses racines paysannes et occitanes en font un personnage à part à Paris où il s'installe en 1920. Parallèlement à son travail de fonctionnaire, il lit , écrit beaucoup et très vite se lie d'amitié avec des poètes tels Max Jacob et les surréalistesEchanges épistolaires avec Max Jacob. Il faut la publication de sa Jeanne d'Arc (1925) delteilpour que sonne le glas de sa participation au mouvement d'André Breton et de Louis Aragon qui avaient pourtant encensé ses premiers textes narratifs, Sur le Fleuve Amour et Choléra . 1931, année au cours de laquelle l'écrivain tombe gravement malade, marque une rupture avec la vie parisienne. Par la suite, Delteil décide de s'installer dans le Sud et à partir de1937, à la Tuilerie de Massane, près de Montpellier, où il mène jusqu'à sa mort une vie de paysan-écrivain, en compagnie de sa femme, Caroline Dudley, qui fut la créatrice de la Revue Nègre. Son oeuvre qui compte une quarantaine de livres lui octroie une place originale et anticonformiste dans la littérature française contemporaine, tant par sa façon de ranimer de grandes figures historiques que par son écriture qui mêle lyrisme épique, réalisme et fantaisie.

 

 

 
 
Joseph Delteil
Ecrivain français

 

  • medium Numeriser0014.4)Joseph Delteil naît dans un petit village de l'Aude, où il mène cependant de belles études. Durant ses années de collège, il voue un grand intérêt à Hugo, Bazin ou Rimbaud. En 1918, il publie deux poèmes sous le pseudonyme de Louis XV dans la revue Annales. Son premier véritable recueil sort l'année suivante. Il est baptisé 'Le Coeur grec'. Tiré à trois cents exemplaires, il obtient un prix de l'Académie française l'année suivante. Toujours en mouvement, en balade et en voyage, Joseph Delteil change souvent de domicile et d'emploi. En quelques années, la passion qu'il porte aux vers le mène à écrire 'Le Cygne androgyne' et 'Les Roses adultères', deux autres recueils. En 1923, Aragon le rencontre et le présente à Breton et à Radiguet. Delteil sympathise également avec Robert Desnos ou Jules Supervielle. A cette époque, il écrit son premier roman, 'Sur le fleuve Amour'. C'est un véritable succès. A la sortie de 'Choléra', il quitte son emploi au ministère pour se consacrer entièrement à l'écriture. En 1925, la sortie de 'Jeanne d'Arc' l'éloigne d'André Breton et de Louis Aragon qui pourtant ont toujours soutenu sa plume. Six ans plus tard, il tombe malade. Ses poumons sont atteints et il doit se reposer. Tout en continuant à écrire, il entame une longue convalescence et s'installe dans le sud de la France, près de Montpellier, avec sa femme, Caroline Dudley, créatrice de la revue Nègre. Il y mène une vie de paysan écrivain et continue de nouer de belles amitiés avec des écrivains, des poètes, des chanteurs et des peintres - Delteil fut l'ami de grands surréalistes. Entre poésie, romans et biographies, sa plume est un mélange de lyrisme, d'histoire et de fantaisie. Une grande partie de son oeuvre littéraire est publiée aux éditions Grasset.

 

 

 

 

 
   

 

   
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  Delteil (Joseph),1894-1978, une figure originale et anticonformiste de la littérature française  
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  BIOGRAPHIE CHRONOLOGIQUE JUSQU'EN 1936

      

   

 

1894.

Le 20 avril, à cinq heures du matin, naissance de Joseph Delteil à Villar ­en ­Val (Aude).villar3 dans l'Aude-Village natalSes parents sont originaires des environs de Montségur, haut lieu ariégeois du catharisme. Jean­Baptiste Delteil, son père, est bûcheron charbonnier et va de forêt en forêt : " Il ne rentrait presque jamais le soir à la maison; en plein bois, il avait installé une hutte de branchages et de bruyères où parfois nous passions quelques jours. " Sa mère, née Madeleine Sarda, n'apprendra jamais à lire et ne prendra par conséquent jamais connaissance d'aucun des livres de son fils : " Pas même le titre; et aujourd'hui encore, je ne sais pas si je dois dire " Dieu merci " ou bien " tant pis " (cité par J.­M. Drot dans Vive Joseph Delteil). Le 29 avril, Joseph est baptisé à Villar­en­Val.

1896.

Naissance de sa soeur Marie, le 5 février.

1898.

Le 1er novembre, la famille s'installe à Pieusse - un village à quatre kilomètres de Limoux (Aude) - où M. Delteil a acheté une vigne et une maison, et dont Joseph fréquentera l'école primaire.France Pieusse Joseph Delteil

Plaque apposee sur sa maison de Pieusse1906.

Le 27 mai, première communion à Pieusse.

1907.

Le 10 juillet, certificat d'études primaires. Cette année-­là, le Midi connaît une grande crise viticole. Joseph accompagne de son père quand celui­ci se rend à Carcassonne pour participer aux manifestations des viticulteurs en colère. En septembre, entrée en classe de sixième à l'école Saint­Louis de Limoux

1908.

Classe de cinquième à Saint­Louis. Il est prix d'excellence.

1909.

Il entre directement en troisième au collège Saint Stanislas, école religieuse qui fait office de petit séminaire à Carcassonne. A cette époque, Mme Delteil caresse sans doute le secret espoir de voir son fils devenir prêtre. Peut-être s'imagine­t­elle déjà dirigeant le presbytère administré par le curé Delteil. A Saint­Stanislas, Joseph a un surnom : " l'enfant de Marie "

1910.

Il semble pourtant que les espoirs de Mme Delteil doivent être déçus : Joseph, rebuté par le catholicisme traditionnel adhère cette année­là au mouvement Le Sillon, animé par Marc Sangnier, mouvement qui s'adressait en priorité aux " jeunes gens " , issus en majorité des milieux ouvriers, et qui se proposait " d'amener les catholiques à la démocratie " , prônant l'ìéducation populaire " (ìcatholicité, fraternité, responsabilité"), ouvrant des universités et " instituts populaires " , des centres de conférences, des cercles ouvriers. L'ambition suprême du mouvement : " bâtir des cathédrales de démocratie " Delteil adhère au Sillon et livre ses tout premiers articles à la publication locale, Le Soc, l'année même où le pape condamne les doctrines de l'organisation, sous la pression des monarchistes de l'Action française soutenus par le cardinal de Cabrières.

1912.

Il songe à fonder un nouvel ordre de chevalerie, les Pur­Sang, " pour le plaisir " Projet qui ne connaîtra pas de suite. Durant ses années de collège, ses " admirations littéraires " sont Barrès, Bazin, Loti, Hugo (qu'il appelle " Victor " , tout simplement). Un peu plus tard, il découvre Henri de Régnier, Huysmans et enfin Rimbaud. En juin, première partie du baccalauréat (latin-­grec).

1913.

En juin toujours, seconde partie du baccalauréat (philosophie). Il commence à écrire des vers. Son diplôme de bachelier lui est remis le 8 octobre. Il devient clerc de notaire à Limoux, chez Me Auzouy, jusqu'au printemps de l'année suivante.

1914.

Il publie en début d'année un sonnet - en langue d'oc - dans l'Almanac patouès de l'Arièjo. En mars, conseil de révision. Le 6 septembre, Delteil est mobilisé et affecté au 4e colonial de Toulon. Son régiment fusionne bientôt avec celui des tirailleurs sénégalais stationné dans le Var, à Saint­Raphaël, où il restera pendant pratiquement toute la durée de la guerre.

1918.

Le 15 septembre, Adolphe Brisson publie, dans le n° 1838 de sa revue Les Annales, deux poèmes de Joseph Delteil, qui a pris pour l'occasion le pseudonyme de " Louis XV "

1919.

En août, les éditions de la revue Les Tablettes publient à Saint­Raphaël son premier recueil de poèmes, Le Coeur grec, tiré à trois cents exemplaires, avec une préface d'Hélène Vacaresco, par ailleurs collaboratrice des Annales. Le 7 septembre, il est démobilisé. Retour à Pieusse le 8 octobre pour un mois. Il est employé à partir du 10 novembre au bureau des contributions indirectes de Fraize, un village près de Saint­Dié, dans les Vosges.

delteil_soldat2.jpgDelteil 1919

1920.

Le 21 juillet, l'Académie française lui attribue le prix Archon d'Espérouze pour Le Coeur grec .Mais le vrai événement a été en fait, le 20 janvier, son départ pour Paris, où il s'est installé à l'hôtel de Verneuil, sis au n° 29 de la rue du même nom.(la maison de Gainsbourg se trouve au fond à droite, là où il y a de la verdure)delteil 29 Rue de Verneuil Il changera incessamment d'adresse pendant plusieurs années, allant de pension en pension, selon les moyens dont il dispose. D'avril à octobre, il est employé au Comptoir d'escompte de Paris. Il collabore aux Annales et à une revue de poésie, Pour le plaisir, dirigée par René Groos. Le 10 octobre, il entre en qualité de rédacteur au ministère de la Marine marchande où il restera jusqu'au 31 décembre 1923. Il y fait la connaissance d'Elie Richard, un collègue de bureau, qui édite une revue, Les Images de Paris. Il y publie des poèmes dès le mois de décembre. A la fin de l'année, il quitte le quartier de Saint­Germain-­des-­Prés et l'hôtel de Cronstadt, rue Jacob, pour l'hôtel Kensington, avenue de la Bourdonnais.

delteil_1920%20%282%29.jpgDelteil 1920 en complet veston002026.jpg

1921.

Il présente ses nouveaux poèmes, presque tous les dimanches, à son maître en poésie, Henri de Régnier. Ces visites dominicales cesseront après 1922, mais le maître gardera toujours une bienveillance guindée vis­à­vis de son disciple. C'est à Henri de Régnier que Delteil dédie Le Cygne androgyne, publié par Elie Richard, à cent exemplaires. Pendant l'année 1920, il a écrit un troisième recueil de poèmes, Les Roses adultères, qui restera inédit. Il en envoie trois pièces : " Figure sexuelle " , " Le Sacrifice à l'aube " , " Le Site " à Paul Valéry qui les lui renverra, annotées et corrigées, en avril. En juin, il donne aux Images de Paris un premier conte intitulé Elyud. Il se consacre désormais aux nouvelles, aux critiques et aux chroniques : il publiera peu de poèmes par la suite. Elie Richard le présente à tous ses amis : Philippe Soupault, André Salmon, Raymond Thiollière, Antral... et Pierre Mac Orlan.

1922.

En avril, il s'installe à l'hôtel de Turenne, avenue de Tourville. En septembre, la N.R.F. publie Iphigénie; Claudel écrit à Jacques Rivière, le menaçant de rompre son abonnement si la N.R.F. publiait autre chose de ce " fouille­merde " A la fin de l'année paraît le premier roman de Delteil, Sur le fleuve Amour, dans une collection que dirige Mac Orlan aux éditions de la Renaissance du livre. Succès immédiat.56600100366081 19782246319832

"Toute l'armée Sémenoff grouillait sur les quais de Nicolaievsk. De maigres Ostiaks rôdaient sans relâche aurour du môle en briques en dévisageant de belles Mongoles de miel allaitant des enfants jaunes. Un pope accroupi devant une borne déclamait des incantations. des estafettes en pleurs passaient dur de petits chevaux de l'Oural..."

1923.

Il déménage à l'hôtel du Centre, rue des Bernardins, en avril. Aragon veut le rencontrer pour le présenter aux surréalistes : Delteil devient le poulain de Breton, face à Radiguet dont Cocteau célèbre Le Diable au corps. Soupault l'amène chez les Delaunay, 19 boulevard Malesherbes : c'est le début d'une longue amitié avec les deux peintres. Il sympathise avec Robert Desnos, André Lhote, Jules Supervielle, Valéry Larbaud. Il adhère en novembre à la Société des gens de lettres et publie ce même mois Choléra aux éditions Kra, dans une collection dirigée par Philippe Soupault.9782246319924  

"Je suis né le 25 décembre à minuit, d'une moujik et d'un grand-duc. Mon père avait le teint blond, une barbe de pope et des sourcils de dieu. Il fumait les havanes par le nez, et se saoûlait d'une vodka spéciale confectionnée à Tsarskoié-Selo dans un monastère de vierges à poil. A pied il ne manquait pas de sentimentalité, ses jambes tendrement prises dans de hautes bottes de cuir suave. Mais à cheval, il n'était que torse, comme s'il eût fourré ses deux bottes dans les oreilles de sa monture..."

 

Le 31 décembre, il quitte son emploi au ministère et devient écrivain à part entière.

1924.

Le 24 mars, soirée de charité à l'hôtel Claridge, présidée par le maréchal Foch : Delteil illustre d'un poème " La Mode qui vient " , les modèles créés par Sonia Delaunay. Dans le premier Manifeste du surréalisme, il figure parmi ceux qui ont fait " acte de surréalisme absolu "simone-breton-gala-eluard-max-ernst-andre-breton-robert-des A cette époque, il participe régulièrement aux séances d'écriture automatique organisées par André Breton, rue Fontaine. En juin, il signe, avec tous les autres surréalistes, "Ie Manifeste surréaliste" publié par Breton dans Paris-­Journal. On le retrouve dans le photomontage Les Surréalistes entourant Germaine Breton. Il collabore également à l'éphémère Surréalisme, lancé en octobre par Yvan Goll. Ce même mois d'octobre 1924, ayant signé un contrat avantageux avec Bernard Grasset, il publie chez ce dernier Les Cinq Sens, encensé par les surréalistes. Il signe l'un des quatre textes d' Un Cadavre, pamphlet contre Anatole FranceHR 56600100143070 1. Il annonce pour un proche avenir la publication d'une Vie de Jeanne d' Arc (une " biographie passionnée " ), une Vie de la Vierge (un " mystère " , à tous égards), Bébé­Cadum (un " roman­feuilleton " ) et une autobiographie, modestement intitulée Moi. En 1923 et 1924, il aura collaboré à une vingtaine de revues, dont la N.R.F., La Revue européenne, Littérature, Les Feuilles libres, La Révolution surréaliste, L'Intransigeant, Paris­Journal. Le 12 décembre 1924, il s'installe dans son propre appartement, sis au numéro 17, boulevard de la Chapelle, à côté du métro aérien. Cet appartement, le n° 15 dans l'immeuble, quatrième étage au fond du couloir, il va le louer sans interruption jusqu'en 1930. Néanmoins, à partir du 1er janvier 1924, date à laquelle il s'est libéré de toute obligation en renonçant à son emploi de fonctionnaire, il partagera son temps entre Paris et Pieusse.

1925.

Il rencontre Marc Chagall. Il va voir - plusieurs fois de suite - la Revue Nègre, qui fait alors courir le Tout-­Paris. Le 7 avril, André Breton lui écrit une lettre- violente - de rupture; cette exclusion du groupe surréaliste est surtout motivée - entre autres raisons - par la parution prochaine de Jeanne d'Arc.9782246489115 " Jeanne vint au monde à cheval, sous un chou qui était un chêne. Dejà neuf mois avant sa naissance, les maigres règles de la création furent prises de bouleversement. Elle prit forme comme on prend d'assaut. Incomparable conception en ce soir de printemps au son des cloches de Pâques ! L'amour emplissait le firmament. Il y avait de la Vie dans l'air !"...Dehors l'aube est encore noire. L'étoile Algol entre à pas de loup par la fénêtre. La mécanique céleste oint d'huiles ses rouages, pour s'accorder au rythme de l'opération. Huile, huile, huile ! Domrémy rêve. Des mugissements sourds, encombrés de foin viennent de l'étable. Une clochette de vache rumine dans sa barbe de lait. Un chien aboie en forme de queue...Et toujours ces coqs...

"Bébé a deux mois...Elle est blanche et contente, gorgée de lait et d'azur. La maison natale lui sourit, avec des murs de gros grès rose, avec son toit de chaume. De l'étable à vaches, de l'écurie de l'âne, du parc aux moutons, s'élèvent mille murmures substantiels, des bruits de sabots à l'aise, des cornes heureuses, de chaudes laines et de longues oreilles. La cour est toute éclatante d'odeurs, toute fleutrie de bouses de veaux. L'épais parfum du fumier monte droit dans le ciel. Jeanne respire l'encens de la nature, se nourrit des sucs de la terre, des fruits de l'air. Des poules vont et viennnent, familières autour de l'enfant, picorantes et caquetantes. Trente-trois poules luisent dans le beau jour. Jeanne est petite comme une poule, Jeanne est une petite poule. Mais cette coquette n'a d'attention que pour le coq, le fantastique coq vert, créé d'aurore et botté d'azur..."

 

Dès le mois de juin, cette " épopée " va connaître un succès phénoménal en librairie, lié au scandale qui éclate bientôt, et va rebondir lorsque, ayant obtenu des voix au Goncourt, le livre remporte le prix Fémina ­ Vie heureuse, en novembre (à vrai dire, dans une version expurgée). Jacques Maritain, Maurice Denis, l'empereur Hirohito lui-­même, la défendent. Claudel qualifie Delteil d'" écrivain tout à fait étonnant " A partir de cette année 1925, il essaie de " planifier " sa carrière littéraire et annonce une Vie d' ëAdam, une Vie d'Eve, une Vie de Napoléon, une Histoire de la Révolution française, une Histoire générale de la femme, d'Eve à nos jours, trois romans : La Nature, La Vie, Le Soleil, et une tragédie : Le Grand Frisson ou l'Allemagne en feu.

1926.

Il publie aux éditions des Cahiers libres le Discours aux oiseaux par saint François d'Assise, dès le mois de janvier. Suit une nouvelle " épopée " : Les Poilus . Il compte alors se mettre à une Apologie du Moyen Age, mais s'arrêtera au seul titre de l'essai. Il publie Mes amours...Joseph DELTEIL (Mes Amours..., La Phalange, Messein, 1926) (... spirituelles), recueil de contes, de chroniques et de poèmes, déjà publiés dans divers périodiques. Jean Guiraud, rédacteur en chefLes Poilus de La Croix, poursuit de sa vindicte la Jeanne d'Arc dans un pamphlet intitulé De la critique en face d'un mauvais livre. En octobre paraît Allo! Paris! avec vingt lithographies par Robert Delaunay. Du 20 décembre 1926 au 5 janvier 1927, il se consacre à l'écriture d'une " continuité cinématographique et filmée " pour la Jeanne d'Arc de Carl Dreyer. Les deux cd52cc099e2b926ahommes, mis en présence, ne se sont pas entendus. Delteil travaille seul et Dreyer se référera très peu à ce texte lors du tournage. Lors d'un de ses fréquents séjours dans le Midi, il rend visite, en compagnie de Jean Girou et de Carlos de Lazerme, au sculpteur Aristide Maillol, installé à Banyuls.

1927.

delteil_photomaton2.jpgphotomaton 1927

Delteil se trouve cette année­-là, plus souvent à Pieusse qu'à Paris. Il publie Perpignan en janvier,7aautdel Ode à Limoux en février, " Essai d'un programme pour une organisation du Midi " dans la revue Les Feuillets occitans en juillet. C'est Magali de Séverac (la fille du compositeur Déodat de Séverac) qui semble tant l'attirer vers son Midi natal en cet été

1927. Jacques Maritain, Gaétan Bernoville et Victor Bucaille répondent - mollement - au pamphlet de Jean Guiraud dans une brochure intitulée D'une mauvaise critique, éditée à compte d'auteur(s). La Jonque de porcelaine sort chez Grasset dans l'indifférence générale, semble­t­il. A l'automne, périple audois avec Chagall, Delaunay et Jean Girou, un auteur de la région de Carcassonne. Chagall s'installe quelques jours près de Limoux, sur la route de Chalabre, dans une villa où il peint ses illustrations des Fables de La Fontaine. Pendant ce temps, Delteil et Delaunay sillonnent joyeusement les routes de la région dans l'Oberland du peintre. Ils en profitent pour rendre ensemble visite à Maillol avant de rentrer à Paris. En décembre paraît La Passion de Jeanne d'Arc," née d'un voyage de la Littérature au pays du Cinéma "

1928.

En mai, il publie Le Mal de coeur ; en juin,  La FayetteDelteil La Fayette007 et De Jean­Jacques Rousseau à Mistral (pour écrire cet essai, précédé d'une étude de René Groos, Delteil s'est enfermé de longues semaines en début d'année dans une chambre de l'auberge Saint­Pierre à Dampierre- en­Yvelines, près de Rambouillet). Il rencontre André de Richaud, qui vient de publier Vie de saint Delteil ,Vie de Saint Delteil345949448 et lui demande un livre pour la collection " Les Grands Evénements du monde " , que Grasset vient de lui confier : La Création du monde, terminée au cours de la semaine sainte de 1929 et publiée en 1930, sera malheureusement le seul volume de cette collection que de Richaud avait ainsi ironiquement inaugurée. Les deux autres collections confiées à Delteil en cette année 1928 connaîtront le même sort : Louis Mossay renoncera à publier d'autres " Grands Textes " que celui du Gargantua et Delteil lui­même n'éditera rien d'autre que Le Petit Jésus qu'il signe aux éditions du Delta, dont il assuma l'éphémère direction. Il avait de nombreux projets pourtant : Maurice Denis et Marc Chagall, entre autres, avaient donné leur accord pour illustrer les ouvrages suivants. Le 25 octobre, première française de La Passion de Jeanne d'Arc de Carl Dreyer; Delteil est crédité du scénario dans le générique, mais il n'ira jamais voir le film.La-Passion-De-Jeanne-D'Arc

1929.

Il publie Il était une fois Napoléon et collabore à Jazz, la revue de Carlo Rim. Pour arrondir des fins de mois rendues difficiles par la fréquentation exagérée des champs de courses et des casinos, il assure la représentation à Paris d'une marque de blanquette de Limoux. En août, il confie à André Lang, journaliste aux Annales : " J'espère ne plus écrire d'ici un an ou deux. Je vais encore faire un Don Juan... Après, j'espère pouvoir m'arrêter : j'ai été créé pour me tourner les pouces, au soleil, sur les plages. " Pendant ce temps, Maryse Choisy termine à Dampierre un essai, Delteil tout nu, dont voici les dernières phrases : " Maintenant, je veux être moi. Delteil est un bouffeur de " moi " Adieu Delteil. " C'est le deuxième ouvrage dithyrambique qui lui est consacré en un peu moins de deux ans.

1930.

Le 13 janvier, il rencontre pour la première fois, au sixième étage du numéro 6, place du Panthéon, celle qui deviendra sa femme, Caroline Dudley, la créatrice de la Revue Nègre. Delteil tout nu paraît en même temps que Les Chats de Paris143Couv-CHATS PARIS (qui n'est autre que la reprise, à quelques variantes près, du texte d'Allo! Paris!), aux éditions Montaigne. Il publie également La Belle Corisande et La Belle Aude.

A la Bibliothèque nationale, il consulte le dossier de canonisation de Don Juan : il pense appeler son livre Saint Don Juan. Il regrettera - jusqu'à l'édition des Oeuvres complètes - de s'en être tenu, pour finir, à SAINT DON JUAN.Delteil Don Juan997283437

C'est le dernier roman qu'il publie chez Grasset."Il naquit du côté de Séville, un dimanche à l'heure brûlante du Magnificat, alors que les grandes orgues, dans tous les villages d'Andalousie, chantent Marie Immaculée. Il tèta dès le prioncipe le lait chrétien des cloches, la mamelle catholique de la vierge. Les enfants qui naissent le dimanche ont le coeur plus ardent que les autres.

Nous assistons donc à la naissance de Don Juan, naissance placée sous la protection de Marie, pour qui l' enfant manifeste "de bonne heure", une "dévotion aiguë, mystérieuse". Il fréquente assidûment la chapelle, Notre Dame de Marceille, qui lui est "dédiée". C'est là qu'il tombe de l'autel un jour qu'il tentait d'atteindre le Tabernacle. C'est là aussi que les enfants du village célèbrent son mariage avec Thérèse, sa compagne de jeu. Mais Don Juan "brunit, prend traits et nerfs" et devient "de plus en plus la proie du sang". Luttant contre sa sensualité grandissante, il ôte symboliquement l'anneau de fiançailles à Thérèse pour le passer au doigt de la statue de la Vierge avec laquelle il est désormais lié. Son enfance s'achève sur une scène tragique : jaloux de l'amitié qu'un cygne baptisé Virginie porte à Thérèse, il finit, dans un combat titanesque, par tuer le bel androgyne, au grand dam de sa jeune amie.
Avec l'adolescence, Don Juan découvre l'amour brutalement; il est violé par une bande de lavandières qui le laissent "anéanti, la chair stupéfaite, et pelurant sur il ne savait quoi". N'osant approcher Thérèse, il poursuit alors Soledad, "fillette noiraude", partenaire de ses jeux amoureux dont l'un tourne mal. Après une course folle en haut d'un amandier, Soledad tombe et meurt violemment. Don Juan, à la fois victime et meurtrier malgré lui, assiste ensuite au travail effrayant de la nature, au nettoyage du corps de Soledad par des myriades d'insectes.
Ces deux chapitres d'ouverture précèdent une réflexion sur le personnage de Don Juan au cours de laquelle le narrateur prend la parole pour faire la théorie du donjuanisme. Les anecdotes du début ont bien sûr valeur emblématique : elles démontrent la force du couple Eros -Thanatos et manifestent le triomphe de la foi, "charpente de l'être ". Don Juan professe une théorie : il mène croisade en faveur de l'amour physique " élevé", "à la hauteur d'un sacrement". Cette mystique de l'amour ordonne la suite du récit où Delteil retrouve la tradition littéraire dont il s'était échappé en premier lieu. A commencer par la séduction forcée de Thérèse, incarnation du rêve que Don Juan poursuit. Le duel avec le père de la jeune fille, le Commandeur " avec sa robe de chambre rouge à pois noirs, ses pantoufles vertes", est traité par la dérision. Une nouvelle fois, Don Juan tue, ce qui n'est pas sans conséquence sur la suite des événements :" Il semblait que le crime lui eût déboutonné les veines. Le sang mit le feu au sang".
Le quatrième chapitre, comme le précédent, s'ouvre sur une réflexion théorique-"A travers les femmes, il cherchait désespérément la femme, la surfemme; derrière la peau, le rêve; par-delà l'instant, l'Immortalité"- illustrée par des épisodes à valeur symbolique et paroxysmique. C'est tout d'abord l'incendie du couvent de Thérèse où la fièvre destructrice de Don Juan culmine. Emporté par la colère - Thérèse lui résiste- Don Juan ne cesse de repousser les limites de son entreprise de séduction et de possession charnelle des femmes. Le voici ensuite qui séduit les enfants, de plus en plus jeunes note le narrateur, et qui les initie, comme ces "pauvres gosses" croisés du côté de Burgos qu'il aide à ajuster "leurs petits instruments" alors qu'ils lui obéissent "plus morts que vifs…"
Sa concupiscence sans bornes l'incite à tout conquérir sans s'en tenir à la seule espèce humaine. Son insatiabilité s' exprime dans la diversité de ses victimes mais aussi dans le choix des lieux où elles succombent. Elle l'amène notamment à posséder telle "pauvre fille" qui se refusait à lui en plein cimetière, sur les tombes de ses anciennes victimes dont la liste est ainsi rappelée. Don Juan, dans un élan sacrilège et nécrophile qu'encourage l'embrasement sexuel de la nature tout entière -"Il semblait que le cimetère fût en chaleur…"- déterre le cadavre de l'une d'elles. Il ne va pas plus loin et sa course dans le cimetière se finit par sa rencontre avec la Statue du Commandeur que, tradition oblige, il invite à dîner.
Le cinquième acte du récit narre le déroulement de ce dîner: Don juan est entouré de "deux moricaudes, à pulpe de velours, à yeux de mauvais anges" mais qui, précise le narrateur, ne sauraient être des "don juanes" car il n'est de Don Juan que sous les traits d'un homme. Il reçoit la Statue qu'il traite et apostrophe sur un ton burlesque et blasphématoire. Le dialogue entre les deux convives , loin d'être bref et terrifiant, s' éternise. Progressivement la Statue prend le dessus en dévoilant à son hôte la vérité sur ses victoires amoureuses présumées : Don Juan n'est qu'un homme objet, "le putain des femmes". Et la Statue d'adopter à son tour un ton sarcastique , de révéler au séducteur dont elle décrit la déchéance physique future et présente qu'il est syphilitique…
" Cet étrange nocturne" au cours duquel Don Juan est ridiculisé inaugure la dernière phase de la vie du héros : celle du repentir. Or se repentir, c'est repartir, retrouver les lieux de l'innocence, c'est à dire de l'enfance, de Thérèse et de Marie, ses premières amours. Don Juan mystérieusement convié à un rendez-vous galant par une lettre qu' il croit écrite de la main de Thérèse, chevauche avec impatience vers Notre-Dame de Marceille. Son voyage réveille de vieilles sensations fortes, émanant de "tout un chaud paysage d'ocres, d'ardoises, d'azurs, d'oranges, nuancé et violacé par le plus délicat des crépuscules, et couronné de roses". Les cinq sens en éveil, Don Juan renoue avec sa patrie, le soir de la Saint-Jean dont le narrateur évoque minutieusement le brasier. La date est chargée de significations : Don Juan, être solaire par excellence dans l'œuvre delteillienne, sans cesse associé au zénith, comparé à "un phœnix de pure argile" rêve avec exaltation, devant ce feu purificateur, de ses retrouvailles avec Thérèse. Le lendemain, il s'achemine vers la chapelle quand il rencontre un jeune homme " pur et frais comme un ange gardien" qui lui ouvre les yeux sur son égarement - la femme ne lui est pas hostile- et lui apprend que Thérèse vient de mourir. Son premier effroi passé, le héros se hâte alors vers Notre-Dame de marceille où ont finalement lieu ses retrouvailles avec Marie qui, pour la seconde fois, se substitue à Thérèse : " Alors Don Juan comprit. Il comprit que la lettre mystérieuse n'était qu'un stratagème de La Vierge pour le ramener au bercail"." L'anneau de chévrefeuille( c'est-à-dire de fiançailles) au doigt, et le cour affamé de Dieu", voici Don Juan détourné de "l'odor di femina "du premier chapitre et succombant à "l'odeur de sainteté" du dénouement. Il entre en pénitence au cloître de la Sainte-Confrérie de la Caridad, à Séville, où il met autant de zèle et de passion à expier qu'il n'en mettait naguère à pécher. Il exècre la nature dont hier il idolâtrait l'animalité brute. Repentant à l'excés, il soigne des pestiférés. Bientôt contaminé par l' épidémie, il découvre enfin " ce pont entre la sensualité et Dieu" qu'il avait tant "cherché sous le soleil", dans la progressive altération de ses cinq sens. Le mystère de la chair, qui n'est que "la substance de l'âme", lui est enfin révélé. Il peut alors "rayonner" devant la vision du Paradis qui l'attend, qui n'est autre que celui de Delteil, peuplé des amis de l'écrivain.

. A Frédéric Lefèvre qui l'interroge pour Les Nouvelles littéraires, il confesse qu'il a voulu plaire et avoue sa lassitude, son désir de changer d'image : " J'ai voulu cacher ma faiblesse sous des airs farauds. J'ai triché en proportion. Cela a fait illusion au­delà de mon espérance. J'arrive sans doute à " l'âge où un peu de vérité, un peu d'humanité font du bien au coeur. Aujourd'hui, ce faux Delteil qui court le monde, cette espèce de grand gaillard dépoitraillé, un mètre quatre­vingt­dix et cent vingt kilos, tonitruant, orgueilleux, " m'as­tu vu " , ce faux Delteil m'horripile. "

En mai, il publie dans la N.R.F. :

" " C'est au peintre Pascin qu'il devait d'avoir rencontré Caroline et il rêvait de lui faire illustrer un de ses livres. Ce " rêve " allait sans doute se concrétiser avec Don Juan pour lequel on prévoyait une édition de luxe. Mais peut­être Pascin s'est­il reconnu dans le portrait de Don Juan, " ce Juif errant de la chair " : le peintre se suicide le 2 juin, trois jours après avoir lu le roman. Fin octobre, Delteil et Caroline Dudley, accompagnés de Sophie, la fille de Caroline, née d'un premier mariage, partent pour Utelle dans les Alpes­Maritimes. Ils y resteront jusqu'en février 1931. Tout au long de l'année 1930, Delteil a continué à assurer la représentation à Paris de la blanquette de Limoux, pour le compte de la marque Génie. Il est associé dans cette affaire de vins à Mme Déodat de Séverac et au musicien Marie­Joseph Canteloube.

delteil vin1A la fin de l'année, il diversifie encore ses activités et déclare à Jean Portail, dans un numéro de Vu qui paraît début 1931 : " En dehors du pinard, je suis directeur général d'une compagnie d'assurances [...]. La littérature est un passe­temps de millionnaire... Je préfère faire du commerce que de la littérature commerciale. "

1931.

André de Richaud publie La Douleur chez GrassetRichaud-189x300 .Le jury du prix du Premier Roman distingue l'ouvrage et s'apprête à le couronner. Pourtant, au dernier moment, les membres du jury (Giraudoux, Estaunié, Maurois, Bernanos, Pourtalès, Green, Lacretelle et Mauriac) ne sont plus d'accord et se divisent : le prix est refusé à de Richaud, pour ne pas mécontenter les lecteurs de la Revue hebdomadaire qui attribuait le prix, mais aussi, disent­ils, " pour préserver la morale " Indigné par cette accusation d'immoralité, Delteil défend le roman et son auteur avec fougue dans la presse aussi bien que dans le milieu littéraire.AAA

 André de Richaud, né le 6 avril 1907 à Perpignan et mort le 29 septembre 1968 à Montpellier, est un écrivain et poète français.
Il est collégien à Carpentras où il se lie d'amitié à Pierre Seghers, qui sera son éditeur. Etudiant en droit et en philosophie à Aix-en-Provence, il est maître d’internat au lycée Mignet en même temps que Marcel Pagnol. Grâce au conservateur de la bibliothèque Méjeanes qui l’a pris en amitié, il rencontre André Gaillard, poète et fondateur des Cahiers du Sud et Joseph d’Arbaud, écrivain-félibre, directeur de la revue Le Feu. En 1935, il se lie d'amitié à Paris avec Jeanne Lohy et Fernand Léger, chez qui il vivra 14 ans, à Paris et en Normandie.
Il reçoit le Prix Guillaume Apollinaire en 1954 pour Le Droit d'asile.

Fréquents déplacements entre Saint­Cloud, Pieusse et Villefranche­sur­Mer, puis, en mai et juin, voyages à Berlin, à Venise et en Angleterre. Il publie Le Vert Galant et annonce successivement, dans la collection " Les Nuits " chez Flammarion Les Nuits des bêtes et chez Grasset Poil et plume, recueil où il pense rassembler toutes les nouvelles qu'il a écrites sur les animaux. Mais le 15 juillet, il est admis à l'hôpital américain de Neuilly, dans le service du docteur Kindberg : il ne quittera l'établissement que le 4 septembre, ayant perdu pour un bon moment l'usage du poumon droit, suite à un épanchement pleural. Selon toute vraisemblance, Delteil a"fait "une pleurésie tuberculeuse, avec atteinte du parenchyme pulmonaire et importantes séquelles. Affection très fréquente à l'époque, et qui justifiait un repos de deux ou trois ans. Toujours est­il qu'après avoir été fait, le 15 août, chevalier de la Légion d'honneur au titre des arts et des lettres (ce qui ne semble pas avoir notablement amélioré son état), il entame au mois d'octobre à Vence une convalescence qui va se prolonger durant deux longues années. L'hypothèse d'une affection tuberculeuse n'est pas une certitude absolue, les bacilles de Koch n'étant pas les seuls responsables possibles des épanchements pleuraux. Toutefois, la discrétion de Delteil sur ce point aurait été compréhensible : il s'agissait essentiellement d'une maladie de la pauvreté, et les tuberculeux n'en parlaient pas pour ne pas être rejetés par crainte de contagion (en l'absence d'antibiotiques spécifiques en 1931)... De toute façon, bien que déclaré guéri deux ans plus tard, il n'en gardera pas moins une santé extrêmement fragile qui va conditionner le reste de sa vie.

1932.

Convalescence à Vence - hôtel Biffi - jusqu'à la fin du mois de mars, puis à Briançon - villa La Fresnaye - où il passe l'hiver 1932­1933. Au mois de novembre, Jean Paulhan lui écrit : " Je ne savais pas que vous étiez malade." Delteil répond, laconique : " Je suis malade et guéri. "

1933.

Delteil et Caroline quittent Briançon le 5 avril. Ils s'installent villa Capra à Villeneuve-­lès­-Avignon dans le Gard, face à la cité des papes, jusqu'à la mi-­août. Ils passent la première quinzaine de septembre à Pieusse où Delteil n'est pas revenu depuis deux ans, avant de rejoindre Toulon : ils y résideront de manière intermittente jusqu'en mars 1935 aux " Quatre Chemins " à La Collinière. Il publie " La foire à Paris " , un texte d'une vingtaine de pages, dans la revue Les Oeuvres libres. C'est sa première apparition éditoriale depuis le début de sa maladie.

1934.

En avril paraît En robe des champs. Grasset annonce, sur la bande rouge qui entoure l'ouvrage, " le vrai Delteil " Pendant une décennie, Delteil ne publiera rien. Sa décision de quitter Paris et la vie littéraire date vraisemblablement de 1931, l'année du début de sa maladie, mais la parution de ce recueil de " morceaux choisis " marque la vraie fin d'une époque pour lui. Sans doute est­il, de plus, " lâché " par Grasset : la publication d'un tel recueil est une manière assez expéditive d'honorer une fin de contrat. Paulhan lui offre de participer de manière plus régulière à la N.R.F., mais Delteil ne donnera aucune suite à cette invitation. Robert Brasillach écrit dans un de ses Portraits : " En songeant à ces années un peu folles qui suivirent la guerre, nous penserons que M. Delteil en est une des victimes les plus complètes - et l'une de celles, assurément, dont nous devons le plus regretter l'échec " Delteil et sa compagne passent l'été à voyager dans l'arrière­pays niçois d'abord, puis en ltalie (séjour à Santa Margherita Ligure). Retour pour l'hiver à Toulon.

1935.

Première rencontre à Paris avec Henry MillerMiller-Sel3(a), grâce à Dorothy Harvey, la deuxième soeur de Caroline, auteur d'une biographie de Theodor Dreiser. La rencontre eut lieu sans doute chez Katherine, l'aînée des soeurs Dudley, qui tenait salon dans son appartement du 13, rue de Seine. Anaïs Nin connaissait les deux hommes et avait établi des contacts entre eux, mais cette première rencontre est certainement due à la seule initiative de Dorothy. Début mai, Delteil envoie une carte postale à Miller qui lui répond aussitôt, le 16 mai, avec enthousiasme. Le 3 juillet, nouvelle lettre passionnée de Miller qui offre de devenir l'agent littéraire (non rémunéré, précise­t­il) de Delteil pour les Etats­Unis.

En juin, Caroline achète une propriété viticole dans le Gard, près du village de Tavel : le domaine de Trinquevedel, surnommé dans la région " le château de Cathelan " , en souvenir du chevalier du même nom qui y fut assassiné. Pendant l'été, le couple voyage à Barcelone, avec le père de Delteil, et en Ecosse. Automne et hiver à Tavel.

1936.

Début janvier, la mère de Caroline - qui vivait avec sa fille depuis la mort de M. Dudley en 1929 - tombe gravement malade. Afin de se rapprocher des médecins, ils louent un appartement au prieuré de Villeneuve-­lès-Avignon. Mme Dudley y meurt, quelques jours à peine après leur installation. La page " américaine " de la vie de Caroline est définitivement tournée. Retour à Trinquevedel jusqu'en juillet : ils revendent alors la propriété, ayant jugé que le capital à investir était trop important. Le 24 juillet, ils partent en croisière pour Majorque, d'où les chasse, une semaine après leur arrivée, la situation politique en Espagne. De retour à Villeneuve­lès­Avignon, Delteil se remet à travailler... à une pièce de théâtre. Il en informe Jean Paulhan, qui demande des précisions : " Quel théâtre? Est-­ce un drame, une tragi­comédie, une farce? " C'est tout à la fois puisqu'il s'agit de la pièce Le Grand Prix de Paris ou Hippolyte. Décidée à tout faire pour guérir l'homme qu'elle aime de sa passion maladive pour les courses et autres jeux d'argent, sans doute Caroline lui offre ­t'­elle à cette époque­là une importante somme d'argent à la condition qu'il consente à écrire quelque chose sur le thème du jeu. Elle a en effet consulté des médecins éminents qui se sont déclarés impuissants devant cette emprise du jeu, analogue selon eux à celle que peut exercer l'alcool. 

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 14:36

Victor HUGO 1802 - 1885... à savoir le 19e siècle en France

 

Les grandes étapes historiques et culturelles, pour commencer.

Nécessité de  restituer Hugo dans l'histoire de ce siècle

 

 Résumé Bio 1

 

 

 

 

Bio Hugo Résumé 2-copie-2

 

Je reprends à ma manière :

En 1815, le Congrès de Vienne, c'est la fin de Napoleon 1er.

De 1815 à 1830, l'avènement de la Restauration de la Monarchie avec le retour de Louis XVIII et ensuite de Charles X. Révolution. Les barricades. Les trois Glorieuses des 27-28 et 29 juillet 1830..1830 Fin de Charles X

De 1830 à 1848, Les Trois Glorieuses, la Monarchie de Juillet avec Louis-Philippe d'Orléans.

 

En 1848, la Deuxième République. Arrivée de Louis Bonaparte, neveu de Napoleon Ier qui est élu Prince-Président de la République au suffrage universel. Victor Hugo, qui le soutient, est élu Député. La Constitution  interdit à Louis Napoléon de briguer un second mandat. Il fait donc abroger la constitution et en 1852 il proclame L'Empire (le second) et devient Empereur sous le nom de Napoleon III , ce qui provoquera l'Exil de Victor Hugo pour la Belgique (Bruxelles) et  très rapidement pour Jersey et puis pour  GuerneseyNapoléon III1851

En 1870 Napoleon III rend les armes devant les Prussiens (Bataille de Sedan).Napoleon III sedan von Wilhelm Camphausen A Paris c'est la Commune en 1871. Napoléon s'enfuit en Angleterre et la Troisième République est proclamée. Hugo revient d'exil.

 

Chronologie de Victor HUGO.

Il serait peut-être bien de parler prélablement du contexte familial. Le père Leopold, un Lorrain, dit Brutus et la mère Sophie Trébuchet, une VendéenneLe Général Leopold Hugo et sa femme Sophie TrébuchetLes Parents de VictorNé à Nancy en 1773, Joseph Léopold Sigisbert Hugo, fils de menuisier, entame très tôt sa carrière militaire: engagé volontaire en 1789, mais congédié car trop jeune, il doit attendre 1791 pour intégrer l'armée. Acquis aux ideaux de la Révolution, ardent républicain, il se rebaptise lui-même "Le sans-culotte Brutus Hugo" et sert contre les chouans en 1795. Affecté à l'état-major de l'armée du Rhin, il prend part à la bataille de Marengo et sa bravoure lui vaut d'être nommé chef de bataillon, puis Commandant de la place de Lunéville, où il se fait remarquer de Joseph Bonaparte, qui devient son protecteur. Ses multiples campagnes lui laissent cependant le temps d'écrire sur toutes sortes de sujets:" Projets d'entretiens des routes par des hommes inhabiles au service actif". " Moyen de détruire dans ses larves le ver rongeur de l'Olivier en Corse"...mais aussi des romans et des vers qu'il publiera une fois la retraite venue en 1815. 

 

En 1802, il est  muté à Marseille pour des raisons disciplinaires, avec femme et enfants et Sophie le quittera pour gagner Paris, prétextant de devoir y aller pour débrouiller les affaires de son mari mais en réalité pour y retrouver son amant, Victor de Lahorie. Les enfants sont restés avec leur père, qui est muté en Corse à Bastia en 1803, puis à lle d'Elbe que le premier consul Bonaparte veut transformer en bastion. Là-bas Leopold trompe son ennui et sa femme infidèle dans les bras de la belle Catherine Thomas. Sophie arrive le 11 décembre 1803 et retrouve ses enfants.

Mais elle retournera à Paris, rue de Clichy le 16 février 1804, avec ses enfants cette fois. Hélas son amant Lahorie est recherché pour un complot contre Bonaparte, ce qui n'empêchera pas celui-ci de devenir Empereur en 1804. En 1805, Victor Lahorie viendra se réfugier chez Sophie pendant quelques jours et le petit Victor Hugo fera connaissance de son parrain..eh oui....

 

Pendant ce temps Leopold Hugo, loin des siens, se prépare à de nouvelles aventures, en Italie cette fois, sous les ordres du Maréchal Masséna qui vient de se lancer à la conquête du Royaume de Naples.  Leopold Hugo fait tant et si bien que sa bravoure et notamment ses prouesses lors de la bataille de Caldiero, est récompensée par Joseph Bonaparte, monté sur le trône de Naples. Leopold est devenu gouverneur de la province d'Avellino, après être venu à bout du fameux Fra Diavolo qui faisait régner la terreur dans les campagnes de Naples à la tête de ses hordes de brigands. Avec Catherine Thomas, qui s'affiche ouvertement à ses côtés, Leopold vit maintenant confortablemen installé dans un vaste palais, avec une armée de domestiques à son service. Nous sommes en 1806.

En janvier 1807, un autre Hugo, l'Oncle Louis, enrichit la mythologie guerrière de la famille en prenant part en Russie, à la sanglante bataille d'Eylau. Toutes ces prouesses militaires produisent leur effet sur les enfants Hugo, restés à Paris. Leur mère, elle, se montre plus intéressée par les perspectives pécuniaires que laisse envisager la nouvelle situation de son mari dont la solde a été considérablement augmentée. Si elle n'est guère enthousiaste à l'idée de partager à nouveau la vie et le lit de "Brutus", elle convoite, en épouse légitime la part qui lui revient. Aucun soupçon ne semble peser sur elle et menacer sa famille mais elle sait que sa liaison  avec Victor de Lahorie, toujours pourchassé par les sbires de Fouché, le tout puissant chef de la police, est comme une épée de Damoclès dont il serait bon qu'elle se protège en s'éloignant de Paris. A la fin de 1807, Sophie avertit Leopold qu'elle part avec les enfants le rejoindre en Italie. Voici Leopold en 1808 à la Bataille de Somo-Siera1808 Leopold Hugo-Bataille de Somo-Sierra

Après avoir connu successivement Besançon, Marseille, La Corse, l'île d'Elbe, puis Paris, Victor Hugo, désormais âgé de cinq ans, s'apprête à franchir les Alpes. Mais Sophie s'installera très vite à Naples et dès décembre 1808 c'est déjà le retour à Paris, dans l'Impasse des Feuillantines donnant sur la rue St Jacques.

C'est pour un étrange visiteur que Sophie a fait restaurer la vielle chapelle transformée en gîte. Monsieur de Courlandais n'est autre que Victor de Lahorie, venu chercher refuge auprès de sa maîtresse.Le nouveau venu se lie d'amitié avec les enfants, suit avec attention leurs progrès scolaires, joue le rôle d'un nouveau père. Le vrai père, lui, est depuis un an en Espagne.

Mais le 30 décembre 1810, on frappe à la porte des Feuillantines. C'est la police venue saisir Lahorie et l'emmener au donjon de Vincennes.LAHORIE105

Dès 1811 la famille Hugo se dirige vers l'Espagne et s'installe à Madrid. Joseph Bonaparte, souhaitant que ses généraux fassent montre d'un peu plus de correction dans leur vie de famille. Il va même jusqu'à exiger de Leopold qu'il quitte sa maîtresse. Mais l'Angleterre menace l'Espagne et Sophie décide de rentrer aux Feuillantines à Paris en traversant une Espagne mise à feu et à sang, avec ses enfants. Et c'est le coup d'Etat contre Napoleon Ier, Lahorie libéré, l'échec du complot et la condamnation à mort de Lahorie, affichée dans tout Paris le 23 octobre 1812. Il sera fusillé le 29 du même mois.

1814. Leopold s'illustre encore dans la défense de Thionville et est fait officier de la Légion d'Honneur en 1815.

Ensuite c'est l'effondrement de l'Empire. Sophie s'installe rue des Vieilles Tuileries au n°2 (l'actuelle rue du Cherche-Midi) . Mais en février 1815, Leopold obtient de la Justice la tutelle de ses enfants et vient enlever Abel, Eugène et Victor, pour les placer à la Pension Cordier( St Germain-des-Prés), tenue par un abbé défroqué. 

Et c'est 1815 , l'armistice est signé à Saint-Cloud. Louis XVIII retrouve son trône. Léopold divorce en 1818 et la garde des enfants est confiée à Sophie Trébuchet. mais elle décède en 1821, Leopold épouse Catherine Thomas et dans la foulée autorise son fils Victor à épouser Adèle Foucher.

Il meurt d'une apoplexie foudroyante en 1828 .

 

Originaire de Nantes, Sophie Trébuchet, née en 1772, se retrouve orpheline de bonne heure. Sa mère meurt en 1780 et son père, trois ans plus tard. Elle grandit, élevée par son grand-père et une tante à Chateaubriant où elle rencontre Léopold Hugo qu'elle épouse civilement à Paris le 15 novembre 1797. Elle était plutôt voltairienne , à savoir pour le moins, sceptique vis-à-vis du catholicisme, et certainement républicaine. Très soucieuse de la réussite de ses fils, elle leur impose une discipline morale sévère.

Ce qui ne l'empêche pas d'avoir un amant, Victor de Lahorie.

Elle décède en 1821

Les années Hugo 1802-1885

BIOGRAPHIE DE VICTOR HUGO.

 

1802. Le 26 février à 22h0, naissance à Besançon de Victor Hugo , troisième fils, après 

Abel et Eugène, du futur général d'Empire Léopold Hugo et de Sophie Trébuchet.

 

La famille a regardé ce nouveau-né "pas plus long qu'un couteau", si petit, si chétif, que l'accoucheur en le montrant, a dit qu'il ne vivrait pas. Il tenait si peu de place qu'on eût pu en mettre une demi-douzaine comme lui dans le fauteuil où on l'avait posé, tout emmaillotté. Son père trouve qu'il ressemble "si peu à un être humain", cependant que ses frères Abel et Eugène, marmonnent qu'ils attendaient une soeur, Victorine et qu'ils n'ont que ce paquet de linge qui fait penser, comme ânonne Eugène, à une bébête.

 

Mais plus tard le petit Victor a appris que sa mère espérait une fille, apès avoir eu deux fils. On l'aurait appelé Victorine puisque le parrain choisi par Sophie, était le général Victor Fanneau de Lahorie, l'ami de la famille, celui dont l'allure aristocratique, l'élégance, la culture fascinaient Sophie depuis qu'elle l'avait rencontré en 1798 à Paris, alors qu'elle était mariée depuis moins d'un an avac Léopold.

Léopold a raconté que Victor avait été créé sur l'un des pics les plus élévés des Vosges, le Donon, lors d'un voyage de Lunéville à Besançon, ville de Granison où il est nommé chef de bataillon

 

Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte,

Déjà Napoleon perçait sous Bonaparte,

 Et du premier consul, déjà par maint endroit,

 Le front de l'empereur brisait le masque étroit;

Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,

Jeté comme la graine au gré de l'air qui vole,

Naquit d'un sang breton et lorrain à la fois

Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix;

Si débile qu'il fut, ainsi qu'une chimère,

Abandonné de tous, excepté de sa mère,

Et que son cou ployé comme un frêle roseau

Fit faire en même temps sa bière et son berceau.

Cet enfant que la vie effaçait de son livre,

Et qui n'avait même pas un lendemain à vivre,

C'est moi"...

685px-Victor Hugo birthplace Maison natale à Besançon Hugo à Besançon

 

1803. Naissance d'Adèle Foucher, future épouse de Victor Hugo.

 

1806. Naissance de Julienne Gauvain, future Juliette Drouet.

 

1809-1810. Victor Hugo réside aux Feuillantines à Paris avec sa mère et ses frères, Albert et Eugène. Les enfants jouent avec Adèle Foucher. Le jardin et le grenier de l'ancien couvent des  Feuillantines sont les lieux  privilégiés de Victor et de ses frèresFeuillantines097Feuillantines

 

1811. Séjour à Madrid. Eugénie et Victor sont placés au "Collège des Nobles". Enfin le convoi est constitué. trois cents voitures, des milliers de soldats sous le commandement du Marquis du Saillant (Un assaillant-né) sont chargés d'escorter le trésor de douze millions or destiné à Joseph Bonaparte pour l'administration des affaires espagnoles. Au milieu de cette équipée, les enfants Hugo sont à la fêteVoyage en Espagne

 

Voici le convoi pour l'Espagne dessiné par Jules Garnier.

 

1812. Retour aux Feuillantines

Le général victor Fanneau e Lahorie, parrain de Victor Hugo (et peut-être père, disent certains) est fusillé le 29 octobre dans la plaine de Grenelle.

1815. Eugène et Victor entrent en pension à Paris.

 

1817. Mention d'encouragement pour Victor, à un concours de l'Académie française

 

1819. Victor Hugo obtient Le Lys d'Or au concours poétique des jeux floraux de Toulouse. Il fonde avec ses frères, "Le Conservateur littéraire"Victor Hugo à 17 ans

Rencontre de Chateaubriand auquel Hugo voue une grande admirationChateaubriand

1820. Roman: Bug Jargal.1820-1829

 

1821. Mort de la mère de Victor Hugo, Sophie Trébuchet

 

1822. Poèsie: Odes et Poésies diverses

Mariage avec Adèle FOUCHERmadame-victor-hugo---louis-boulanger

 

1823. Roman: Han d'Islande.

Le 27 juin, après dix mois d'échecs thérapeutiques, Eugène, l'aîné des trois frères Hugo, entre à l'asile de Charenton (Il était amoureux d'Adèle Foucher). Eugène a t'il trouvé dans le délire, la seule échappatoire possible à une double jalousie littéraire et amoureuse, face à un frère aussi irréprochable qu'exceptionnellement doué. Quoiqu'il en soit, l'élément décisif semble avoir été la perte de sa mère, Sophie Trébuchet, suivie du remariage de son père: c'est ce mobile qui le jette, le 4 mai, couteau à la main sur sa belle-mère qui lui offrait l'hospitalité. La mort sociale de son frère ne cessera pas de hanter Victor

 

1824. Poésie: Nouvelles Odes

Naissance de Leopoldine Hugo.

 

1826. Roman: Bug-Jargal seconde version.
Naissance de Charles Hugo.

 

1827. L'Ode à la colonne de la Place Vendôme" et au Théâtre: Cromwell et sa préface.

 

Rencontre de Julie Duvidal de Montferrier. Victor ne peut détacher les yeux de cette jeune femme chez qui il s'est rendu, seul, lorsqu'il allait de Blois à Reims en passant par Paris. Elle a été le professur de peinture d'Adèle, et elle a fait plusieurs portraits de Léopoldine. Il parle dessin et peinture avec elle car il aime à peindre. Il se lie aussi d'amitié avec le peintre Achille Devéria qui a gravé le frontispice des Odes

 

1828. Mort du père de Victor Hugo, Leopold.

Naissance de son fils Victor, dit François-Victor. Voici les quatre enfants de Victor Hugo dessinés par Adèle Foucher. De haut en bas et de gauche à droite: Léopoldine, Charles, Victor (François-Victor) et AdèleLes enfants de victor Hugo083-1

1829VH en 1829

Les Orientales.

Le dernier jour d'un condamné.

Marion de Lorme (Théâtre)

 

1830 Au Théâtre, HERNANI qui crée l'évènement. Louis-Philippe d'Orleans est nommé Roi des Français à l'issue des trois Glorieuses.  Monarchie parlementaire.1830-1842 La Gloire

 

Louis-Philippe, Roi des Français

1830 Fin de Charles XHERNANI.jpgNaissance d'Adèle Hugo.

Début de la liaison entre Sainte-Beuve et Madame Victor Hugo. C'est Sainte-Beuve qui est venu l'avouer à Victor Hugo.Sainte-Beuve

 

  SAINTE-BEUVE-Biographie

Charles Augustin Sainte-Beuve (1804 - 1869).
Critique Littéraire et poète français.

 
 
saintebeuve.jpg

 



 Après de brillantes études à Boulogne-sur-Mer, sa ville natale, puis à Paris, il s'oriente, contre ses goûts profonds, vers la médecine. Il est introduit par son ancien professeur Dubois au journal Le Globe, dont celui-ci était directeur, et y publie ses premiers articles de critique. C'est à la suite des articles qu'il consacra, les 2 et 9 janvier 1827 aux Odes et Ballades de Victor Hugo, parues en novembre 1826, que sa vie se trouva étroitement liée à celle de Victor Hugo et de sa famille.

Le compte-rendu était fort louangeur, mais il contenait des réserves ; le jeune critique louait tout ce qu'il y avait d'intime dans le recueil poétique, mais dénonçait la tendance de Hugo à se complaire aux acrobaties de forme, à une débauche de couleurs, à une imagination forcenée. Hugo, néanmoins, tint à remercier Sainte-Beuve, qu'il ne connaissait pas. Celui-ci se trouvait être, rue de Vaugirard, le voisin immédiat du poète déjà célèbre ; il se rend chez Hugo, qui ne l'avait pas trouvé chez lui, et subit immédiatement une fascination irrésistible. Il découvre en Hugo la puissance créatrice, une imagination féconde en projets grandioses, un génie maître de lui, solidement installé dans la vie, père de deux beaux enfants, époux d'une belle femme. Hugo, de son côté n'est pas sans percevoir la finesse de son jeune visiteur et la délicatesse de ses idées esthétiques. Pour Sainte-Beuve, Hugo et sa femme sont inséparables dans son admiration et dans son amitié ; ils forment le couple idéal, image de la réussite humaine, objet d'un culte dévotieux.

Ce n'est que peu à peu que ces deux entités se sépareront, puis en 1830 s'opposeront aux yeux dller (mai 1830) rue Jean Goujon, dans le quartier neuf des Champs-Elysées, fort loin du domicile de Sainte-Beuve. D'où provient ce refroidissement ? De ce que, de plus en plus, l'idéal du couple se dissout. Hugo est absorbé par une immense création littéraire ; il devient un homme public, glorieux, mais déshumanisé. Sainte-Beuve souffre d'une jalousie qui le ronge ; sa rivale n'est pas la gloire de l'homme de lettres, mais le public, qui dévore son ami.

Dès lors, Adèle n'est plus inséparable de son mari ; elle conquiert une vie propre et garde en son coeur, une place pour l'ami, trahi comme elle par les prestiges du génie. Mais l'ami du couple ne saurait être l'ami de l'épouse ; l'amitié éperdue qu'il éprouvait pour le couple va se transformer en amour timide mais ardent pour l'épouse. Une vaste correspondance secrète s'établit entre elle et lui ; elle est perdue : Adèle détruisait toutes les lettres de Sainte-Beuve au fur et à mesure qu'elle les recevait ; celui-ci conservait celles d'Adèle, mais les détenteurs les ont détruites. Des notes cependant, ont été prises au moment de cette destruction, qui prouvent leur intimité et la séparation physique totale des époux Hugo. Mais Sainte-Beuve est timide et prudent. Il doute, il souffre, ne sait trop d'abord s'il doit se croire aimé. Il rêve d'une liaison toute platonique, faute d'oser espérer une union physique complète. C'est dans ces deux extrèmes que se situent leurs relations, dans la zone des demi-mesures et des "plaisirs sans peurs". Cela jusqu'au milieu de 1836. Mais peu à peu l'illusion s'envole, vers 1840 il écrit : "Illusion. Je l'ai reperdue et la hais. Elle n'a plus de coeur, elle n'a jamais eu d'esprit.". Le lien qui l'unissait à Adèle était complexe. A travers Adèle, c'est "l'ami prodigieux" qu'il cherchait à retrouver. L'épouse ne pourraît-elle pas être l'intercesseur ? Or, à partir de 1833, Hugo a trouvé le bonheur complet auprès de Juliette Drouet.

Quoiqu'il ait écrit par la suite, Hugo garde à Sainte-Beuve son amitié. On a suggéré que le sentiment fraternel qu'il éprouvait pour celui-ci était une sorte de compensation pour la disparition d'Eugène. Et puis le critique Sainte-Beuve est devenu une autorité dont les jugements importent à une carrière d'écrivain ; on ne saurait s'en faire un ennemi. En somme, Hugo serait prêt à la reprise d'une amitié vivante. Sainte-Beuve, au contraire, est constamment irrité à l'égard de l'ancien ami. L'article consacré à l'étude de Hugo sur Mirabeau (fevrier 1834) est un acte d'hostilité évident. La rupture est faite ; elle sera accentuée par l'article consacré aux Chants du crépuscule (novembre 1835), le dernier que Sainte-Beuve ait écrit sur une oeuvre de Victor Hugo. Néanmoins, le critique est heureux de voir l'ancien ami accueilli à l'Académie Française, et que le hasard voudra que ce soit Hugo qui, directeur de l'Académie à ce moment, y reçoive Saint-Beuve le 27 février 1845, lorsque celui-ci aura été élu en remplacement de Casimir Delavigne, le 14 mars 1844.

En 1863, il remercie Adèle de son Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, et se dit "touché" du souvenir aimable qu'il a laissé. En 1866 il dira à Baudelaire : "Madame Hugo, est la seule amie constante que j'ai eu en ce monde là.". En 1867, à la reprise d'Hernani, il écrit à Madame Hugo : "Voilà une éclatante consécration des admirations et des amours de notre jeunesse". En 1869, l'année de sa mort, il écrivait : "Quand je considère aujourd’hui tout l’ensemble de l’œuvre étonnante de Victor Hugo, dans laquelle il a mis de plus en plus hardiment et fait sortir tout ce qu’il avait de force, de qualités et de défauts, en les poussant jusqu’au bout et à outrance, je sens combien je suis demeuré timide à son égard et insuffisant comme critique : j’en suis resté avec lui très en arrière".

 

 

 

 

 

 

  1831 Roman: "Notre Dame de Paris".

Début des grands travaux HAUSSMANN dans Paris1831 Les Grands Travaux-Haussmann

Poésie: "Les Feuilles d'automne".

1831 La Révolte des Canuts à Lyon.(voir ci-dessous)

 

Louis-Philippe: Roi des Français1832 Louis-Philippe114 

1831. La Révolte des Canuts à Lyon1831-Revolte-des-Canuts-copie-1.jpg

 

 

1832. Installation Place Royale (Place des Vosges). Voici la Place, la Maison-Musée Victor-Hugo, l'Entrée et le grand escalierPlace des Vosges

P1080084Place des Vosges Entrée Maison Hugomaison-de-victor-hugo-L'escaler

 

Au Théâtre "Le roi s'amuse"

 

1833. Théâtre: Lucrèce Borgia et Marie Tudor.

"Hugo regarde et écoute Melle George, cette comédienne d'une cinquantaine d'années qui, sur la scène du théâtre de la Porte Saint-Martin, lance d'une voix forte, l'une des premières répliques de Lucrèce Borgia...Elle est belle encore, cette femme qui a été la maîtresse de Napoléon et qui maintenant domine Félix Harel, le directeur du théâtre, son amant.

Hugo hésite encore. il est un bon époux. mais le désir le brûle et il n'est plus aimé. Adèle qui lui refuse son lit continue, à n'en pas douter, de rencontrer Sainte-Beuve.

" Il a la nostalgie des temps où on l'aimait.

Ces temps sont passés.__A cette heure,

Heureux pour quiconque m'effleure,

Je suis triste au-dedans de moi,

J'ai sous mon toit un mauvais hôte,

Je suis la tour splendide et haute

Qui contient le sombre beffroi

 

L'ombre en mon coeur s'est épanchée,

Sous mes prospérités, cachée

La douleur pleure en ma maison "

 

Et voilà que voir Juliette Drouet, sentir son regard, lui donnent la sensation de revivre. Il ne se lasse pas de l'admirer.

Il lui parle. Il lui baise la main cérémonieusement, emprûnté, timide, rougissant. Il sent bien que Melle George, Frédéric Le maître, Harel, les autres comédiens se moquent de lui, de la considération dont il semble entourer cette "fille".

Il est si fasciné par la beauté régulière et délicate, la bouche d'un incarnat humide et vivace, petite même dans les éclats de la plus folle beauté, le front clair et serein comme le fronton de marbre blanc d'un temple grec, les cheveux noirs abondants d'un reflet admirable, le col, les épaules, les bras d'une perfection tout antique, comme le dit Théophile Gauthier" (Max Gallo dans Victor Hugo)

Début donc de la liaison entre Victor Hugo et Juliette DROUET, actrice qui joue dans les deux pièces ci-dessus. La voici dans Lucrèce Borgia (Photo du dessous)..

 

"Blanche avec des yeux noirs, jeune, grande, éclatante

Tout en elle était feu qui brille, ardeur qui rit;

 

"Elle allait et passait comme un oiseau de flamme,

Mettant sans le savoir le feu dans plus d'une âme,

Et dans les yeux fixés sur tous ses pas charmants

Jetant de toutes parts des éblouissements"

 

"Toi tu la contemplais, n'osant appocher d'elle

Car le baril de poudre a peur de l'étincelle"

 

" Le 26 février 1802, je suis né à la vie. Le 17  février 1833, je suis né au bonheur dans tes bras. La pemière date n'est que la vie, la seconde c'est l'amour. Aimer c'est plus que vivre".

 

"Oui, je suis le regard et vous êtes l'étoile.

Je contemple et vous rayonnez

Je suis la barque errante et vous êtes la voile.

Je dérive et vous m'entraînez !

Près de vous qui brillez je marche triste et sombre

Car le jour radieux touche aux nuits sans clarté,

Et comme après le corps vient l'ombre

L'amour pensif suit la beauté"

Juliette Drouet (Noël)Victor Hugo-Drouet 

Leur liaison durera 50 ans jusqu'à la mort de celle-ci (1883).

 

1834" Littérature et philosophie mêlées"

Roman : Claude Gueux.Claude Gueux pauvre ouvrier : "L'homme vola...Ce que je sais, c'est que de ce vol il résulte trois jours de pain et de feu pour la femme et pour l'enfant, et cinq ans de prison pour l'homme "

Alors le "misérable" entraîné ainsi par la machine sociale, en arrive à tuer un gardien, et tente de se suicider. En vain. On le condamne donc à mort. Horreur une fois de plusHugo contre le Peine de Mort1854 Le Pendu

Le Pendu dessin de Victor Hugo (1854)

 

1835. Théâtre: Angelo Tyran de Padoue

Poésie: Les Chants du crépuscule

1837. Poésie: Les Voix intérieures.

Premier voyage en Belgique avec Juliette Drouet.

1838. Théâtre: RUY BLAS. La première représentation a lieu le 8 novembre. Les courtisans sont là, entourant le duc et la duchesse d'Orléans. Il est vrai qu'il n'est pas insensible à cette jeune duchesse qui, un jour, sera peut-être reine et qui l'entoure d'attentions. Il y a quelques sifflets, mais les applaudissements l'emportent. Et chaque soir durant cinquante représentations, la salle est pleine. La critique est hostile. Balzac écrit "Ruy Blas est une énorme bêtise, une infâmie en vers". mais Hugo sait que certains détestent dans cette pièce, la peinture d'une monarchie corrompue et condamnée
Ruy Blas

 

1840. Poésie: Les Rayons et les Ombres.

Hugo voit venir à lui des jeunes-gens, non seulement Auguste Vacquerie ou Paul Meurice mais aussi des inconnus. Il reçoit en effet la lettre d'un jeune-homme de dix-neuf ans qui déclare: "Je vous aime comme on aime un héros...puisque vous avez été jeune, vous devez comprendre cet amour que nous donne un livre pour son auteur, et ce besoin qui nous prend de le remercier de vive voix et de lui baiser humblement les mains "

Ce jeune-homme c'est Baudelaire

Puis il rend visite à Balzac qui est seulement de trois ans son aîné mais qui respire difficilement, comme étouffé par le poids de son corps.  

 

Lamartine, lui est plus âgé de douze ans.

A tous deux il envoie "Les Rayons et les Ombres". Balzac s'enthousiasme dans "La Revue de Paris":"Monsieur Hugo est bien certainement le plus grand poète du XIXe siècle. Si j'avais le pouvoir, je lui offrirais des honneurs et des richesses "

 

Voici d'ailleurs quelques contemporains de Victor HugoContemporains 1Contemporains 2106

 

Voyage avec Juliette Drouet sur les bords du Rhin et dans la Forêt Noire.

1841 Election à l'Académie française.

  1843-1850

1843. Théâtre: Les Burgraves.

Mariage de Leopoldine Hugo avec Charles Vacquerie le 15  février.

portrait leopoldine hugo 1824Portrait de Léopoldine en 1824

Le 4 septembre, mort des deux époux qui se noient dans la Seine à Villequier, lors d'une excursion en bâteau. Voici ce qu'écrivait Leopoldine à son frère François Victor âgé de 15 ans. Nous sommes le 25 août:

"J'étais hier mon cher petit Toto, au bord d'un lac vert et charmant qui est à 4000 pieds de hauteur dans la montagne et qui a douze cent cinquante pieds de profondeur. Rien n'est plus gracieux et plus joli que ce lac. L'eau en est glaciale. Si l'on y tombe, on est mort. C'est ce qui est arrivé il y a deux ans, à deux jeunes mariés dont le tombeau est au bord du lac sur un rocher. J'y ai cueilli cette petite fleur... Celle-ci s'appelle une cinéraire. Elle est bien nommée comme tu vois, venant sur un tombeau. Le Lac s'appelle le lac de Gaube"
Leopoldine et Vacquerie111

Voici ce qu'écrit à ce sujet Victor Hugo quelques années plus tard:
  

 Oh je "Oh je fus comme fou dans le premier moment,

Hélas et je pleurai trois jours amèrement...

Je voulais me briser le front sur le pavé;

Puis je me révoltais, et, par moments, terrible,

Je fixais mes regards sur cette chose horrible,

Et je n'y croyais pas, et je m'écriais: Non ! 

Est-ce que Dieu permet de ces malheurs sans nom

Qui font que dans le coeur le désespoir se lève ?

Il me semblait que tout n'était qu'un affreux rêve,

Qu'elle ne pouvait pas m'avoir ainsi quitté,

Que je l'entendais rire en la chambre à côté,

Que c'était impossible enfin qu'elle fut morte,

Et que j'allais la voir entrer par cette porte "

 

Il ne peut s'empêcher de penser à la fille de Juliette, dont la maladie s'est aggravée: Claire Pradier semble souhaiter la mort

 

1845. Victor Hugo, nommé pair de France.

 

Flagrant délit d'adultère  avec Leonie Biard .

La charmante Léonie Biard est tout à fait mariée: A 18 ans elle quitte ses parents pour un peintre du genre pompier, François Biard qui l'embarqua dans une expédition au Spitzberg avant de l'épouser, la voyant enceinte de ses oeuvres. Mais depuis leur installation à Samois, au bord de la Seine, l'artiste est devenu violent, Léonie est malheureuse. le coeur de Victor Hugo n'y peut résister; elle s'abandonne à cette tendre pitié. Le 1er avril 1844, elle lui déclare "Sois mon époux..."

"Oh ce fut une heure sacrée

T'en souvient-il?

Que cette première soirée

Du mois d'avril...". 

 

Juliette Drouet ne sait rien. Le 18 avril 1845, l'amitié du roi pour Victor Hugo se concrétise: le poète est nommé pair de France et fait son entrée sous les lambris du palais du Luxembourg. Le nouvel admis aura juste le temps de déchaîner l'ironie de la presse libérale, avant d'être rejoint par un vaudeville imprévu et grinçant. Le 5 juillet au lever du jour, la police surprend, dans une chambre du passage Saint-Roch Monsieur Victor Hugo et Léonie d'Aunet, "femme Biard", "en conversation criminelle"; c'est le flagrant délit d'adultère.

De par sa qualité de pair de France, Victor évite l'arrestation, mais il voit Léonie emmenée à la prison de Saint-Lazarre. Le mari ne décolère pas. Il veut porter plainte devant les pairs. Il faudra l'intervention de Louis-Philippe en personne pour le ramener à de plus raisonnables dispositions. la jeune femme sera transférée dans un couvent d'Augustines où elle passera pluseurs mois, charmant les religieuses et leur faisant lire Hugo. Le 14 août est prononcée la sépration de corps et de biens: Léonie Biard redevient Léonie d'Aunet. Elle recevra le soutien de......Madame Hugo qui l'aidera à faire oublier les rumeurs en devenant son amie...

Leonie Biard

Madrigal à Madame Leonie Biard

 

Vous avez Madame, une grâce exquise,

Une douceur noble, un bel enjouement,

Un regard céleste, un bonnet charmant,

L'air d'une déesse et d'une marquise

 

Vos attraits piquants, fins et singuliers,

Dignes des Circés, dignes des Armides,

Font lever les yeux même aux plus timides

Et baisser le ton aux plus familiers

 

Début de la rédaction des futurs"Misérables".

1846. Mort de Claire Pradier, la fille de Juliette.

1847 Discours à la Chambre des Pairs sur la famille Bonaparte, dont Hugo réclame la fin de l'exil.

l reçoit un mot étrange d'Alice Ozy. Elle est comédienne et danseuse. elle a vingt-cinq ans. On dit que son corps est le plue beau de Paris, élancé, les cheveux châtains bouclés, les seins fermes, les hanches larges.

Elle a couché dans bien des lits, celui d'un duc, fils du roi et celui d'un banquier. Elle explique à Hugo qu'elle a acheté un meuble, un lit extraordinaire, et qu'elle souhaite rencontrer le poète et obtenir quelques vers de lui.

Sa tête et son corps s'enflamment. Elle dit "Ce n'est pas à un homme que je dois écrire ainsi...mais à un demi-dieu".

Il n'a plus qu'elle dans l'esprit. Il lui répond:

"A cette heure où le couchant pâlit

Où le ciel se remplit d'une lumière blonde

Platon souhaitait voir Venus sortir de l'onde

Moi, j'aimerais mieux voir Alice entrer au lit"

 

Ecrit le 4 octobre 1847, veille du jour anniversaire de la mort de Léopoldine, ce poème s'inscrit dans la série des pièces composées chaque année en memoire de la tragédieDemain dès l'Aube

 

L'esprit de 18481848 

 

1848. Le 4 juin, Victor Hugo est élu député de Paris, comme Louis-Napoléon Bonaparte.

Et Chateaubriand s'éteint le 4 Juillet. Hugo entre dans sa chambre, découvre son petit lit à rideaux blancs, son visage "avec cete expression de noblesse qu'il avait dans la vie et à laquelle se mêlait la grave majesté de la mort ..." Comment ne pas avoir la certitude qu'une époque vient de finir"

1er août, fondation par les fils de Victor Hugo de L'Evènement, journal politique qui soutient la candidature de Bonaparte à partir de fin octobre.

 Louis-Napoleon rendra visite à Victor Hugo, rue de la Tour d'Auvergne, pour lui demander son soutien pour le renouvellement de l'Assemblée Nationale et Victor le lui accorde en effet après quelques jours de réflexion. il va le regretter amèrement. la victoire de Louis-Napoleon sera écrasante: 5.434.226 voix contre 1.448.107 à Cavaignac et 17.940 voix à Lamartine.

Maintenant dans la solitude de la nuit, il va écrire la lettre rituelle à Juliette: "Quand tu recevras cette lettre, l'année 1849 aura commencé, ce sera la seizième. Oh ! qu'elle soit aussi loin de la fin de notre amour que la première! Mon ange je te bénis "

Il prend une autre feuille, écrit encore:

" Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent; ce sont

Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front,

Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime

Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime...

Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins,

Ceux-là vivent, Seigneur, les autres, je les plains

Car de son vague ennui le néant les enivre

Car le plus lourd fardeau, c'est d'exister sans vivre "

 

Ci-dessous Hugo caricaturé par Daumier, lors de son premier discours à l'Assemblée

    Daumier VH en 1849 lors de son éléction à l'Assembl.cons1849. Elu député conservateur, Hugo se rapproche des positions de la gauche. Discours sur La Misère et sur L'affaire de Rome.1848 La Montagne

 

Victor hugo/Discours sur la misère

par Carine Jacques, dimanche 18 décembre 2011, 09:31

Victor Hugo « discours sur la misère » à l’Assemblée Nationale le 9 juillet 1849

Couvre  feu contre la misère !«Je  ne suis pas, Messieurs, de ceux qui croient qu'on peut supprimer la souffrance  en ce monde, la souffrance est une loi divine, mais je suis de ceux qui pensent  et qui affirment qu'on peut détruire la  misère. Remarquez-le bien, Messieurs, je ne dis pas diminuer,  amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. La misère est une maladie du  corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître  comme la lèpre a disparu. Détruire la misère ! Oui, cela est possible !  Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en  pareille matière, tant que le possible n'est pas le fait, le devoir n'est pas  rempli.  

La misère, Messieurs, j'aborde ici le vif de la question,  voulez-vous savoir où elle en est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu'où elle  peut aller, jusqu'où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au moyen-âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où  nous vivons ? Voulez-vous des faits ? 

Mon Dieu, je n'hésite pas à les citer,  ces faits. Ils sont tristes, mais nécessaires à révéler ; et tenez, s'il faut  dire toute ma pensée, je voudrais qu'il sortît de cette assemblée, et au besoin  j'en ferai la proposition formelle, une grande et solennelle enquête sur la  situation vraie des classes laborieuses et souffrantes en France. Je voudrais  que tous les faits éclatassent au grand jour. Comment veut-on guérir le mal si l'on ne sonde pas les plaies ? 

Voici donc ces faits : 

Il y a dans Paris,  dans ces faubourgs de Paris que le vent de l'émeute soulevait naguère si  aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des  familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants,  n'ayant pour lits, n'ayant pour couvertures, j'ai presque dit pour vêtements, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du  coin des bornes, espèce de fumier des villes, où des créatures humaines s'enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l'hiver. Voilà un  fait. En voici d'autres : Ces jours derniers, un homme, mon Dieu, un malheureux  homme de lettres, car la misère n'épargne pas plus les professions libérales que les professions manuelles, un malheureux homme est mort de faim, mort de faim à  la lettre, et l'on a constaté après sa mort qu'il n'avait pas mangé depuis six  jours. Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ? Le mois passé, pendant la recrudescence du choléra, on a trouvé une mère et ses quatre enfants  qui cherchaient leur nourriture dans les débris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon! 

Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa  force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société toute entière ; que  je m'en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont  pas seulement des torts envers l'homme, que ce sont des crimes envers Dieu !

Voilà pourquoi je suis pénétré, voilà pourquoi je voudrais pénétrer tous ceux qui m'écoutent de la haute importance de la proposition qui vous est soumise. Ce n'est qu'un premier pas, mais il est décisif. Je voudrais que cette assemblée, majorité et minorité, n'importe, je ne connais pas, moi de majorité et de minorité en de telles questions ; je voudrais que cette assemblée n'eût  qu'une seule âme pour marcher à ce grand but, à ce but magnifique, à ce but sublime, l'abolition de la misère!

Et, messieurs, je ne m'adresse pas seulement à votre générosité, je m'adresse à ce qu'il y a de plus sérieux dans le sentiment politique d'une assemblée de législateurs ! Et à ce sujet, un dernier mot : je terminerai là. 

Messieurs, comme je vous le disais tout à l'heure, vous venez  avec le concours de la garde nationale, de l'armée et de toutes les forces vives du pays, vous venez de raffermir l'Etat ébranlé encore une fois. Vous n'avez  reculé devant aucun péril, vous n'avez hésité devant aucun devoir. Vous avez  sauvé la société régulière, le gouvernement légal, les institutions, la paix publique, la civilisation même. Vous avez fait une chose considérable... Eh bien ! Vous n'avez rien fait ! 

Vous n'avez rien fait, j'insiste sur ce point, tant que l'ordre matériel raffermi n'a point pour base l'ordre moral consolidé ! Vous  n'avez rien fait tant que le peuple souffre ! Vous n'avez rien fait tant qu'il y  a au-dessous de vous une partie du peuple qui désespère ! Vous n'avez rien fait,  tant que ceux qui sont dans la force de l'âge et qui travaillent peuvent être sans pain ! tant que ceux qui sont vieux et ont  travaillé peuvent être sans asile ! tant que l'usure dévore nos campagnes, tant qu'on meurt de faim dans nos villes tant qu'il n'y a pas des lois fraternelles, des lois évangéliques qui viennent de toutes parts en aide aux pauvres familles honnêtes, aux bons paysans, aux bons ouvriers, aux gens de cœur ! Vous n'avez  rien fait, tant que l'esprit de révolution a pour auxiliaire la souffrance publique ! Vous n'avez rien fait, rien fait, tant que dans cette œuvre de destruction et de ténèbres, qui se continue souterrainement, l'homme méchant a pour collaborateur fatal l'homme malheureux!»

   

 

 1850. Discours sur "La Liberté de l'enseignement, le Suffrage universel et La libertéde la Presse. Hugo à gauche de l'Assemblée.

 

"Hugo rentre à pas lents. Il va passer chez Leonie puis il se rendra chez Juliette.

 

Il songe aussi au rendez-vous avec cette jeune fille Claire, qui lui écrit; "Vous me trouvez jolie, vous me l'avez dit, mais il y tant de femmes aussi jolies, plus jolies que moi, mais voyez-vous mon poète, il n'y en a pas qui sache vous admirer comme moi...Si vous m'aimez un peu seulement, vous n'abuserez pas de l'entière confiance d'une enfant de dix-sept ans..."

A la seule pensée du corps frêle de Claire, de son regard naïf, il frissonne. Il la verra, il la rencontrera une nouvelle fois. Elle se glissera dans le fiacre, et ils rouleront, volets baissés.

C'est ainsi, il ne peut pas renoncer, quels que soient les risques. Au contraire. Il Iui semble qu'il a de plus en plus besoin d'un corps de femme. L'amour c'est d'abord caresser, embrasser, pénétrer une vie nouvelle, et peu importe au fond, il se l'avoue, qui est la femme qu'on enlace. Elle est, quelles que soient sa condition, son intelligence, et même sa beauté, la vie. Elle fait jaillir en lui l'énergie. Est-ce parce qu'il a déjà eu cette année, quarante-huit ans, qu'il lui faut chaque jour cette preuve renouvelée de sa virilité"(Max Gallo)

 

Mort de Balzac à 51 ans

 

Intense création graphique .Hugo dessine chez Juliette Drouet.Sub Clara Nuda Lucerna

 

1851. En février, Hugo visite les caves de Lille, sorte de ghetto où vit une population misérable. En juillet Discours à l'Assemblée contre la révision de la Constitution demandée par Louis Bonaparte.

Il a la conviction que cette année sera calme. Tout se jouera l'année prochaine, quand au mois de mai la constitution exigera le départ de Louis Napoleon, sans qu'il ait le droit d'être à nouveau candidat. A moins qu'il n'obtienne une révision de la Constitution, mais la majorité du parti de l'Ordre ne la votera pas

Les deux fils Hugo, Charles et François-Victor, sont incarcérés pour délit de presse por un article de L'Evènement dénonçant la peine de mort. Ils sont  condamnés à six mois de prison ferme.

Ce 28 juin il cherche Juliette Drouet. Elle n'est pas chez elle mais il aperçoit tout à coup sur la table ce paquet, ces lettres qu'il a écrites à Léonie d'Aunet pendant 7 ans et que cette dernière vient d'envoyer à Juliette, pour qu'elle comprenne qu'elle doit s'effacer devant un amour aussi passionné, aussi enraciné dans le temps que celui qu'il lui porte. Qu'elle lise...

Juliette a lu. C'est l'horreur !

Mais Victor doit préparer son discours pour la séance du 17 juillet à l'Assemblée nationale. Il faut débattre de la révision de la Constitution, que naturellement Louis- Napoléon souhaite afin de se perpétuer dans sa fonction de président. Hugo prévient. Cette révison amènera au Consulat puis à l'Empire. "Quoi ! Parce que nous avons eu Napoléon -le- Grand, il faut que nous ayons Napoléon le Petit !"

Le 2 décembre, il est en train de lire et de corriger "Les Misères" dans le matin encore sombre. Il est 8 heures. un jeune député Versigny est introduit et vient lui annoncer le coup d'Etat. Il se lève, s'habille tout en écoutant Versigny "Le Palais Bourbon cerné par la troupe, des députés arrêtés, une proclamation de Louis Napoléon Bonaparte affichée sur les murs de Paris annonçant le rétablissement du suffrage universel, la dissolution de l'Assemblée, une consultation de peuple du 14 au 21 décembre, et enfin l'état de siège. Louis-Napoléon a donc choisi le crime contre la loi. Il faut résister les armes à la main. Les représentants décidés à s'opposer au coup d'état doivent se réunir au 70 de la rue Blanche.

Il ne dort pas. Il a hâte, au matin du 3 décembre, de rentrer chez lui, mais la police est venue dans la nuit pour l'arrêter. Il faut s'enfuir.

Dans le train qui, à vingt heures ce 11 décembre quitte Paris  pour Bruxelles, Hugo pense à Juliette qui doit venir le rejoindre, dans deux jours avec la malle de manuscrits. Tous ces jours-là d 'ailleurs, Juliette sera constamment à ses côtés.

On a à peine examiné son passeport, au nom de Lanvin, compositeur d'imprimerie à livres

Juliette le rejoint le 13 décembre. Quelques jours plus tard, Adèle fera un aller-retour.

Le 31 décembre, Hugo apprend que les résultats du plébiscite ont été proclamès: 7.436.216 "oui", contre 646.000 "non"

1851

 

C'est le début de L'EXIL        (à suivre) 

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