Sur cette photo, Christian Vancau dans son jardin avec quelques uns de ses totems et sa guitare à la main
Présentation
:
le blog totems par : Christian VANCAU
:
Il s'agit de la réflexion d'un peintre de 78 ans, au départ d'un territoire peint et sculpté par lui, au coeur de l'Ardenne et dans lequel il vit en solitaire, tout en y accueillant de nombreux visiteurs!
Journal quotidien d'un peintre de 81 ans qui a créé un territoire naturel et artistique au centre le forêt ardennaise belge. Aussi écrivain, musicien et photographe, sans compter le jardinage 6 mois par an. Et voyageur... et adorant les animaux.
Carte mondiale des Blogueurs
J'habite dans le Sud de la Belgique, à 10 Kms au Nord de Libramont, 50 Kms au Nord de Sedan et 75 Kms au Nord
de Longwy. Sur cette carte, la Belgique au Nord de la France et au Sud, une flèche noire indiquant mon village, situé au Nord de LibramontUne autre perspective. Moircy encadré, Bastogne 30 Kms Nord-Est, Luxembourg- ville au Sud-Est,Sedan etCharleville au Sud-Ouest
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Mon adresse-mail est la suivante: christian.vancau@base.be
" C'est d'abord un combat contre les parents et ensuite un combat contre les maîtres qu'il faut mener et gagner, et mener et gagner avec la brutalité la plus impitoyable, si le jeune être humain
ne veut pas être contraint à l'abandon par les parents et par les maîtres, et par là, être détruit et anéanti " ( Thomas Bernhard, écrivain autrichien décédé en 1989 )
Ma biographie c'est ce combat et rien d'autre
Je suis un homme de 74 ans retiré dans un tout petit village des ardennes belges, un endroit magnifique au bord de la
forêt. J'y vis seul . J'ai une fille de 46 ans et deux petit-fils de 21 et 6 ans, qui vivent tous les trois à 10 Kms de chez moi.. Je suis donc un homme d'avant-guerre (1937), né à Gand en
Flandre, de père gantois et de mère liégeoise (Gand et Liège sont les deux villes rebelles de Belgique ). Je suis arrivé à Liège en 1940 avec ma mère et ma soeur, alors que mon père s'était
embarqué pour l'Angleterre, dans l'armée belge et y exerçait son métier de chirurgien orthopédiste. Je n'ai donc réellement rencontré mon père qu'à l'âge de 8 ans, après la guerre, en 1945. Mis à
part 2 années à Bruxelles et une année en Suisse à Saint-Moritz, j'ai vécu à Liège et y ai fait toutes mes études, humanités gréco-latines chez les Jésuites et Droit à l'Université de Liège. Je
me suis marié en 1962, ai eu une petite fille Valérie et ai cherché une situation, muni de mon diplôme de Docteur en Droit. J'ai trouvé un emploi dans la banque. Je n'aimais ni le Droit ni la
banque, je ne me savais pas encore artiste, je voulais être journaliste. Ma famille bourgeoise m'avait dit "Fais d'abord ton droit" ! En 1966, j'ai commencé une psychanalyse qui a duré 5
anset demi. En 1967, j'ai commencé à peindre. En 1971, ma Banque m'a envoyé créer un réseau d'agences dans le Sud de la Belgique, ce que j'avais déjà fait dans la province de Liège. Je me suis
donc retrouvé en permanence sur les routes explorant village après village, formant les agents recrutés et les faisant "produire". Il ne m'aurait jamais été possible d'être un banquier enfermé.
Je ne tiens pas en place. Pendant 8 ans j'ai vécu au-dessus de ma banque à Libramont, créant mon réseau. En 1975, j'ai été nommé Directeur et Fondé de Pouvoirs. En 1978 j'ai acheté une maison en
ruines à Moircy, mon territoire actuel. Je l'ai restaurée et y suis entré en 1979. En 1980, ma banque a été absorbée par une banque plus puissante et l'enfer a commencé. En 1983, mon bureau a été
fermé. Je suis devenu Inspecteur, puis Audit en 1985 avec un réseau de 140 agences couvrant tout le Sud et l'Est de la Belgique. Dans le même temps je transformais mon territoire, creusais des
étangs, installais plantations et totems et peignais abondamment. En 1989, j'étais "liquidé" par ma Banque avec beaucoup d'autres, pour des raisons économiques. Ma femme est partie.Je me suis
retrouvé libre avec 28 mois de préavis et puis ensuite chômeur. Mais j'ai intenté un procés à ma Banque. Ca a duré 4 ans et j'ai gagné. Quelle jouissance de pouvoir écraser une banque (à
suivre).
Archives
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J'ai commençé à exposer en 1976 et celà a duré jusqu'en 1995, le temps de réaliser que le monde de l'Art n'était pas plus
reluisant que celui de la Banque. Je n'avais en outre, nul besoin de vendre et encore moins d'être célèbre. A chercher l'argent et la gloire, on est sûrs de perdre son âme, tôt ou tard (et de
toutes façons, la réputation monte quand le cercueil descend ). J'ai donc quitté les mileux de l'art. J'ai encore peint jusqu'en 2002. Celà aura tout de même fait 35 ans. Je n'ai plus besoin de
la peinture. Elle m'a permis de survivre psychologiquement et de me chercher. Pour moi l'Art est ce qui doit rendre la Vie plus belle que l'Art
Je suis un HOMME LIBRE, un sauvage, proche de la nature et des animaux, misanthrope, profondément rebelle, tout d'une pièce, physique, violent contrôlé à savoir positif dans ma violence,
agnostique. Je ne crois absolument pas à l'avenir de l'Humanité. L'Homme est indécrottable. Il est UN LOUP pour l'Homme. Aucune leçon de l'Histoire ne lui a servi
Je ne crois pas à la politique. J'ai le coeur à gauche, instinctivement du côté des défavorisés, contre toute exploitation et abus de pouvoir, contre tout racisme, mais je ne suis pas de gauche,
ça ne veut plus rien dire ! Et encore moins de droite, celà va de soi !
Je pense que si l'homme n'arrive pas à créer le bonheur dans sa vie personnelle intérieure, il est incapable de le créer pour les autres. La meilleure chose que l'on puisse faire pour les autres
est d'être heureux soi-même !
Je préfère nettement les femmes aux hommes. Je me sens de leur sensibilité, je m'efforce de faire fleurir les mêmes valeurs qu'elles
Je pense que réussir sa vie, c'est réussir l'amour. Toutes les autres formes de "réussite", sont des ersatz qui ne "comblent "pas
Je suis né un 1er Novembre, suis donc Scorpion, Ascendant Gemeaux, Milieu du Ciel en Verseau, Mercure en Scorpion comme le Soleil, Mars et Jupiter en Capricorne, Saturne en Poissons, Uranus en
Taureau, Neptune en Vierge, Pluton en Lion, Vénus en Balance, ainsi que la Lune, j'ai mes Noeuds lunaires ( sens de ma vie, mon destin ici bas ) et Lilith (la lune noire) en Sagittaire. Du
Scorpion, j'ai l'agressivité, le côté piquant, le côté rebelle. Du Gemeaux, j'ai le goût des langues , de l'écriture, des voyages, et l'incapacité à rentrer dans des hiérarchies ou dans des
groupes,quels qu'ils soient,et à me soumettre à une autorité
Dans mes jeunes années j'ai pratiqué beaucoup de sports: tennis, natation, cyclisme, ping-pong, ski, boxe et karaté. Aujourd'hui toute mon activité physique est concentrée sur les travaux
d'entretien de mon territoire. Je suis jardinier 6 mois par an.
En dehors de la peinture, je pratique d'autres activités: 1) Lecture (romans, polars compris, poésie, théâtre, ouvrages de philosophie et de psychologie, mythologies etc..) 2) Ecriture (Un
journal quotidien depuis 1980, comptant à ce jour 45.000 pages ), 3) Musique (Guitare et piano). Toutes les musiques m'intéressent, blues, jazz, rock, chanson française, musique classique et
contemporaine. 4) Photo et Video. 5)Jardinage et rapport constant avec le monde animal. 6)Et enfin l'informatique, activité nouvelle que je pratique depuis3 ans et qui a abouti à la création de
ce blog
Je termine "L'Ombre de la Bête" de Patrick GRAINVILLE. Livre remarquable. Un livre qui me concerne profondément. Un… https://t.co/C104t2zpz9 Christian Vancau (@VancauChristian) November 18, 2018
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Extrait de ma bio 1985. Jean DUBUFFET est mort. C'est intolérable. La nouvelle tombe ce mercredi 15 mai mais il est… https://t.co/qGjtC2a6oe Christian Vancau (@VancauChristian) November 18, 2018
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Deux grenouilles mâles (plus petits que les femelles) sur le dos d'une femelle l'étreignent dans un combat furieux,… https://t.co/b7UWPmaubF Christian Vancau (@VancauChristian) November 18, 2018
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Henri Michon mon ami bourguignon, celui qui m'a amené Christian Bobin à Libramont en 1976, m'envoie une analyse gra… https://t.co/smBKKB8MGB Christian Vancau (@VancauChristian) November 18, 2018
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A Anvers ces 21 et 22 mars 1985, en stage informatique au Centre Ordinateur de ma banque Ippa. Tout un parc indusri… https://t.co/HbDhrrVvhw Christian Vancau (@VancauChristian) November 18, 2018
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Je reçois une lettre de ma mère, pour la première fois depuis 4 ou 5 ans. Ma mère vient d'avoir 71 ans. On dirait q… https://t.co/XZnwmSfi3h Christian Vancau (@VancauChristian) November 18, 2018
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Extrait de mon journal 1985 "A 2 Kms de Buzenol, en pleine forêt, ce jeudi 28 février à 12h00, avec mes tartines e… https://t.co/wDClG9OTHJ Christian Vancau (@VancauChristian) November 18, 2018
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Extrait de ma bio 1985. Jean-Luc Godard à la Télé à propos de la sortie de son dernier film "Je vous salue Marie" q… https://t.co/kWvID4Ny9E Christian Vancau (@VancauChristian) November 18, 2018
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Extrait de ma biographie-1985. Il fait soleil, les glaces dégèlent tout doucement en cette fin février, mais on ne… https://t.co/a8QjtQCsVl Christian Vancau (@VancauChristian) November 18, 2018
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Texte Libre
Jetez un oeil dans mes LIENS sur Richard OLIVIER, BIG MEMORY, mon ami
Richard, Cinéaste belge, étant sur un gigantesque projet: Filmer tous les CINEASTES BELGES, morts ou vifs. Enfin, un artiste qui s'intéresse à sespairs!http://www.bigmemory.be
Stefan Zweig est le fils de Moritz Zweig, né en 1845, d’abord marchand puis fabricant fortuné de tissus, et d’Ida (Brettauer) Zweig, née en 1854, fille d’un banquier récemment installé à Vienne après avoir fait ses débuts à Ancône. Il est né le 28novembre1881 à Vienne. Avec son frère aîné, Alfred, il complète une famille « (qui) a voulu réussir son intégration et tenu à (leur) donner une éducation laïque. À l’exemple de ses parents, il(s) ne parle(nt) pas l’hébreu, ne fréquente(nt) pas la synagogue, ne cultive(nt) pas (leurs) racines…, et (Stefan) n’aime pas s’entendre rappeler qu’il est juif2 ».
Zweig est élevé à Vienne, dans le quartier du Ring à l’atmosphère bourgeoise et conformiste si caractéristique du règne de l’empereur François-Joseph. Inscrit au Maximilian Gymnasium, il subit l’enseignement scolaire, extrêmement rigide et autoritaire, comme un bagne. Il réussit malgré tout à obtenir son baccalauréat en 1900, avec une distinction en allemand, en physique et en histoire. À l’université, il s’inscrit en philosophie et en histoire de la littérature. À Vienne, il est associé au mouvement d’avant-garde Jeune Vienne.
Il quitte alors le foyer familial pour une chambre d’étudiant et commence enfin à profiter de ses dix-neuf ans. Il suit ses cours occasionnellement, fréquente les cafés, les concerts, le théâtre. Il s’intéresse aux poètes, en particulier Rainer Maria Rilke et Hugo von Hofmannstahl, déjà adulés en dépit de leur jeune âge. Zweig s’essaie lui-même à l’écriture, qui l’attire de plus en plus. Il compose plusieurs poèmes, dont une cinquantaine seront réunis dans un recueil, Les Cordes d’argent, publié en 1901. Même s’il reniera ensuite cette première publication, elle lui attire un succès d’estime. Outre ces poèmes, Zweig écrit également de courts récits, dont Dans la neige (Im Schnee) qui paraîtra également en 1901 dans le journal viennois Die Welt.
« Ma mère et mon père étaient juifs par le hasard de leur naissance ». Ses premiers essais, sous forme de feuilleton au « rez-de-chaussée », sont publiés dans « Die Neue Freie Presse », dont le rédacteur littéraire est Theodor Herzl cependant, Zweig ne sera pas attiré par le sionisme ; ce n’est que tardivement qu’il rendra hommage à l’homme engagé. Cette publication incitera ses parents à accepter une carrière d’écrivain.
Encouragé par ces premiers succès, mais doutant encore de son talent, Zweig séjourne à Berlin. Il y découvre une autre avant-garde : les romans de Dostoïevski et la peinture de Edvard Munch. À son retour à Vienne, il défend sa thèse sur Hippolyte Taine, philosophe et historien français (printemps 1904) ce qui lui confère le titre de Herr Doktor, docteur en philosophie.
Avant la Première Guerre mondiale, porté par une curiosité insatiable, il fait de nombreux voyages (Wanderjahre) : il parcourt l’Europe, passe de longs séjours à Berlin, Paris, Bruxelles et Londres, et se rend en Inde en 1910 puis aux États-Unis et au Canada en 1912. Dans son journal, il se plaint de cette inquiétude intérieure déjà intolérable qui ne le laisse jamais en paix et justifie son goût incessant des départs. Zweig voyage autant pour connaître et apprendre que pour se fuir lui-même, dans le mirage des changements d’horizons3.
Les rencontres décisives (1904-1933)
Signature.
1904-1914 : période d'écriture
Ses nombreux voyages ne l’empêchent pas de poursuivre ses activités d’écriture (un recueil de nouvelles publié en 1904) et de traduction, notamment de Verlaine qu’il admire passionnément. Il traduit également le poète Émile Verhaeren qu’il a rencontré à Bruxelles et dont la vitalité, à l’opposé de l’atmosphère engoncée de Vienne, influencera durablement le jeune Zweig. Après une tentative théâtrale avec sa pièce Thersite, sorte d’antihéros de la guerre de Troie, Zweig rencontre l’écrivain français Romain Rolland, dont il partage les idéaux paneuropéens, esprit de tolérance à l’opposé des visions nationalistes étriquées et revanchardes. Zweig et Rolland deviendront des amis proches, unis par leurs intuitions sur l’Europe et la culture. Ci-dessus Romain Rolland et Babr chez Stefan Zweig Le jeune Stefan Zweig a d’emblée été conquis par l’œuvre de Romain Rolland et plus encore par l’homme. Il a été séduit par son humanisme, son pacifisme, sa connaissance de la culture allemande qui lui semble représenter une synthèse entre leurs deux cultures. Ils s’écrivent beaucoup : on a retrouvé 520 lettres de Stefan Zweig à Romain Rolland et 277 lettres de Romain Rolland à Stefan Zweig.
Le 22 décembre 1912 paraît Jean-Christophe, Stefan Zweig publie un article dans le Berliner Tageblatt : « Jean-Christophe est un événement éthique plus encore que littéraire. »
Entre ces deux hommes, c’est l’histoire d’une grande amitié qui commence par une relation de maître à disciple. Stefan Zweig fait connaître Romain Rolland en Allemagne, travaillant inlassablement à sa renommée. Il fait représenter son Théâtre de la Révolution et Romain Rolland lui dédie la pièce qu’il termine en 1924 intitulée Le jeu de l’amour et de la mort avec ces mots : « À Stefan Zweig, je dédie affectueusement ce drame, qui lui doit d’être écrit. » Durant cette période, ils se voient souvent, chaque fois qu’ils en ont l’occasion : (en 1922, Stefan Zweig est à Paris et l’année suivante, c’est Romain Rolland qui passe deux semaines au Kapuzinerberg; en 1924, ils sont à Vienne pour le soixantième anniversaire de Richard Strauss où Stefan Zweig présente son ami à Sigmund Freud qu’il désirait rencontrer depuis longtemps ; en 1925, ils se retrouvent à Halle pour le festival Haendel puis ils partent pour Weimar visiter la maison de Goethe et consulter les archives de Nietzsche ; en 1926, pour les soixante ans de Romain Rolland, paraît son livre jubilaire conçu en grande partie par Stefan Zweig qui va donner dans toute l’Allemagne de nombreuses conférences sur l’œuvre de son ami à propos de qui il a cette phrase magnifique : « La conscience parlante de l’Europe est aussi notre conscience. »
En 1927, c’est à Vienne qu’ils célèbrent ensemble le centenaire de la mort de Beethoven. À l’initiative de Stefan Zweig, Romain Rolland fait partie des personnalités invitées au festivités et ses articles, son hommage à Beethoven paraissent dans nombre de journaux.)
À trente ans, Zweig connaît une première idylle en la personne de Friderike Maria von Winternitz, déjà mariée et mère de deux filles. Durant les années qui vont suivre, les deux amants se voient régulièrement et coulent des jours paisibles.(ici à Salzbourg) Zweig poursuit ses voyages et entame un ouvrage sur Dostoïevski . À l’été 1914, en compagnie de Friderike, son bonheur est parfait.
Il est loin de se douter que l'assassinat de François-Ferdinand le 28 juin 1914 va plonger l’Europe dans une folie meurtrière et dévastatrice. Emporté par la folie patriotique et ses clairons, Zweig revient à Vienne et cède durant une brève période à ce tourbillon. Il rédige des articles dans lesquels il prend parti pour l’esprit allemand, avant de retrouver bientôt la trace de ses idéaux de fraternité et d’universalité. Romain Rolland et Stefan Zweig sont atterrés par la guerre qui commence et le 3 août 1914, Romain Rolland écrit : « Je suis accablé. Je voudrais être mort. Il est horrible de vivre au milieu de cette humanité démente et d’assister, impuissant, à la faillite de la civilisation. » Mais contrairement à Stefan Zweig, il se reprend vite et publie en 1915 l’un de ses textes les plus connus : Au-dessus de la mêlée . C’est l’opiniâtreté de Romain Rolland dans sa lutte contre la guerre qui sauve Stefan Zweig de la dépression et fait qu’il admire de plus en plus celui qu’il considère comme son maître.
1914-1916 : Zweig pendant la guerre
D’abord jugé inapte au front, Zweig est néanmoins enrôlé dans les services de propagande. Il y apprend les nouvelles du front, les morts par milliers, les villages anéantis. Quelques rares voix s’élèvent pour appeler à la raison et au dépôt des armes. Elles sont mal reçues. Plusieurs de ses anciens amis, dont Zweig est maintenant coupé, entretiennent le feu. Même Verhaeren que Zweig admirait tant, publie des textes remplis de haine et de vengeance.
Envoyé sur le front polonais pour statuer sur la situation matérielle des troupes, Zweig a l’occasion de constater concrètement ce que la guerre entraîne de souffrance et de ruine. Les scènes déchirantes dont il est témoin renforcent sa conviction que la défaite et la paix valent mieux que la poursuite de ce conflit insensé. Il prend également conscience du sort que subissent nombre de juifs, confinés dans des ghettos insalubres et désespérants
1916-1933 : le succès
De retour en Autriche, Zweig quitte Vienne et s’installe en compagnie de Friderike à Kalksburg. Plus loin des rumeurs de la guerre, Zweig est en mesure de terminer sa pièce de théâtre Jérémie(1916), où il laisse entrevoir la possibilité d’une défaite de l’Autriche. L’ouvrage lui donne l’occasion d’aller en Suisse en 1917 pour assister aux répétitions lors de sa création à Zurich. Il en profite pour rencontrer nombre de pacifistes, en particulier son ami Romain Rolland à Genève. Ils somment les intellectuels du monde entier de se joindre à eux dans un pacifisme actif — qui fut décisif dans l’attribution du prix Nobel de littérature à Romain Rolland. Zweig reste pacifiste toute sa vie et préconise l’unification de l’Europe.
L’armistice sera enfin signé en 1918. En mars 1919, Zweig, en compagnie de Friderike et de ses filles, peut enfin revenir en Autriche et s’installe à Salzbourg, déterminé à « travailler davantage » et à laisser derrière lui les regrets inutiles.
Les années 1920 voient effectivement Zweig se consacrer à une production abondante : ce seront Trois Maîtres (Balzac, Dickens, Dostoïevski), Le Combat avec le démon (sur Kleist, Hölderlin etNietzsche) enfin Trois poètes de leur vie (essais sur Stendhal, Casanova et Tolstoï) ; viendra plus tard La Guérison par l’esprit (sur Freud, — à qui il fait lire ses nouvelles avant parution et dont il rédige l’oraison funèbre en 1939 —, Mesmer et Mary Baker Eddy). Polyglotte accompli, Zweig traduit de nombreuses œuvres de Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, John Keats… Grand connaisseur du monde des arts et des lettres, il nourrit toute sa vie une grande passion pour les autographes et les portraits d’écrivains, qu’il collectionne.
Zweig parcourt l’Europe, donne de multiples conférences, rencontre des écrivains, des artistes et tous ses vieux amis dont la guerre l’avait séparé. Fidèle à ses idéaux pacifistes, il invite les pays à panser leurs plaies et à fraterniser entre eux plutôt que de nourrir les antagonismes et les conflits. Il prêche pour une Europe unie, conviction qu’il défendra jusqu’à la fin de sa vie.
Ces activités apportent à Zweig la célébrité, qui commence par sa nouvelle Amok, publiée en 1922. Dès lors, tous ses ouvrages sont des succès de librairie. Sa notoriété grandit et le met à l’abri des soucis financiers dans les difficiles années d’après-guerre. En contrepartie, la notoriété, nourrie par les traductions en plusieurs langues, entraîne son lot de sollicitations et d’engagements. Zweig s’épuise dans d’interminables tournées. Il ne trouve le repos que dans l’isolement de sa villa à Salzburg, auprès de Friderike. Là, il reçoit ses amis, écrivains, musiciens, penseurs, d’où qu’ils viennent. Il tisse des liens avec de jeunes auteurs qui lui seront reconnaissants de l’aide et des encouragements qu’il leur a apportés.
En 1925, Zweig remanie la pièce Volpone de Ben Jonson. La pièce, traduite dans plusieurs langues, reçoit un accueil enthousiaste et contribue à sa renommée.
Zweig ne délaisse pas pour autant ses biographies. Il consacre un ouvrage à l’homme politique français Joseph Fouché, qui, en son temps, préfigurait déjà les jeux de coulisse que Zweig pressent dans les États européens. Les biographies, pour Zweig, sont l’occasion d’éclairer le présent à la lueur des agissements passés. Elles questionnent toutes l’incapacité apparente de l’homme à apprendre de ses erreurs, surtout en cette époque où apparaissent déjà les premiers signes avant-coureurs des catastrophes à venir. Parallèlement à sa carrière d’écrivain, Zweig consacre une grande part de son temps et de ses revenus à sa collection de manuscrits, de partitions et d’autographes. Elle constitue un véritable trésor, assemblée comme une œuvre d’art, où on retrouve notamment une page des Carnets de Léonard de Vinci, un manuscrit de Nietzsche, le dernier poème manuscrit de Goethe, des partitions de Brahms et de Beethoven. Cette collection inestimable sera confisquée par les nazis, dispersée et en grande partie détruite. Elle lui aura cependant inspiré quelques textes, dont La collection invisible.
À l’aube de la cinquantaine, Zweig subit l’usure du couple avec Friderike. Il entreprend un ouvrage sur Marie-Antoinette, où il explore le thème des gens frappés par la tragédie, qui savent trouver dans le malheur une forme de rédemption et de dignité. L’ouvrage connaîtra un grand succès, tout juste avant la prise du pouvoir par les nazis en 1933.
Les années d'exil (1933-1942)
la maison de Stefan Zweig à Petrópolis.
L’arrivée au pouvoir d’Hitler vient bouleverser la vie de Zweig, qui a très tôt une conscience claire du terrible danger que représente le dictateur pour les Juifs, pour l’Autriche et pour toute l’Europe. Cette année charnière voit l’exil forcé d’un grand nombre des amis allemands de Zweig. Lui-même juif, il suit avec effarement les troubles qui agitent le pays voisin. Il hésite à prendre position, voulant comme toujours se situer en dehors des choix politiques qui conduisent trop souvent à l’affrontement. Il est soutenu par le compositeur Richard Strauss qui lui commande un livret et qui refuse de retirer le nom de Zweig de l’affiche pour la première, à Dresde, de son opéraDie schweigsame Frau (La Femme silencieuse). Mais Zweig se sent partagé de collaborer avec cet homme proche du pouvoir nazi. L’opéra ne sera d’ailleurs présenté que trois fois, jugé comme une « œuvre juive »4. Zweig suscite également la colère des nazis lorsque l’une de ses nouvelles (Brûlant secret, Brennendes Geheimnis, publié en 1911) est adaptée au cinéma en 1933 par Robert Siodmak sous le titre Das brennende Geheimnis. Un autodafé de ses œuvres a même lieu à Berlin.
De son côté, Zweig s’intéresse ensuite à Érasme, en qui il voit un modèle humaniste proche de ses conceptions. La neutralité de Zweig est cependant bientôt mise à mal, lorsque l’Autriche, à son tour, succombe à la répression politique. Des partisans de la Ligue républicaine sont mitraillés dans les banlieues ouvrières. Zweig lui-même est l’objet d’une perquisition qui a raison de toutes ses hésitations. Aussitôt, il fait ses valises et décide de quitter le pays, en février 1934. Il laisse tout derrière lui, persuadé, à juste titre et contre l’avis des siens, que le bruit des bottes n’ira qu’en augmentant. Ses rêves de paix s’évanouissent. Zweig quitte l’Autriche sans grand espoir d’y revenir.
Réfugié à Londres, Zweig entreprend une biographie de Marie Stuart. Le personnage l’intéresse au même titre que Marie-Antoinette, dans la mesure où leurs deux destins illustrent le côté impitoyable de la politique que Zweig a en aversion. Il entame également une liaison avec Lotte (Charlotte Elisabeth Altmann), sa secrétaire, tandis que Friderike refuse de le rejoindre à Londres, jugeant non fondées les appréhensions de son époux. Elle et bien des amis, aveugles aux nuages toujours plus sombres qui envahissent l’Europe, lui reprochent d’agir en prophète de malheur.
Mais Zweig persiste dans ses craintes et ses intuitions. Il refuse de choisir son camp, comme Érasme en son temps, privilégiant la neutralité et la conscience individuelle à l’asservissement à un courant politique. Cette attitude prudente éloigne ses vieux amis, dont Romain Rolland, qui a épousé la cause du marxisme-léninisme et l’écrivain Joseph Roth.
Ci-dessous Zweig et Joseph Roth
Durant l’été 1936, au moment où éclate la guerre d’Espagne, Zweig accepte l’invitation de se rendre au Brésil, laissant derrière lui une Europe divisée et troublée. Précédé par sa célébrité, Zweig est accueilli avec tous les honneurs. Lui-même est subjugué par la beauté de Rio de Janeiro.
Il y entreprend la rédaction d’une nouvelle biographie. Elle est consacrée à l’explorateur Magellan, en qui Zweig voit un héros obscur, comme il les affectionne, demeuré fidèle à lui-même en dépit des embûches. Il termine l’ouvrage tant bien que mal, en proie à des tourments qui présentent tous les aspects d’une dépression.
De Londres, Zweig suit l’actualité autrichienne de près. Ce qu’il appréhende depuis des années finit par se réaliser. Le 14mars1938, Hitler traverse la frontière et proclame l’annexion de l’Autriche. Du coup, Zweig se voit dépossédé de sa nationalité autrichienne et devient un réfugié politique comme les autres. Désireux d’échapper aux brimades réservées aux expatriés, considéré comme ennemi quand la guerre éclate, Zweig demande et reçoit enfin son certificat de naturalisation.
Entretemps, il a rompu avec Friderike et a épousé Lotte Altmann. C’est avec elle qu’il quitte l’Angleterre, à l’été 1940, juste avant le début de bombardements allemands sur Londres. Zweig cède de plus en plus au désespoir.
Comme pour compenser sa condition d’expatrié, il se plonge dans le travail. Avant de partir, il laisse un roman La Pitié dangereuse, paru en 1939. Il abandonne d’ailleurs derrière lui notes et manuscrits inachevés. Sa première escale est à New York où sa condition d’Allemand lui attire l’hostilité. Il part donc pour le Brésil, pays qui lui avait fait une forte impression et où il avait été bien reçu. Il est toujours accompagné de Lotte, dont la santé fragile commence à peser sur le couple.
Installé à Rio, Zweig parcourt le pays. Il se rend également en Argentine.
Ici à Buenos Aires en 1940 ave Lotte Altmann et en Uruguay pour une série de conférences. Il revient ensuite à New York, en mars 1941, pour la dernière fois. Il y revoit Friderike qui a réussi à émigrer aux États-Unis. Zweig demeure quelques mois là-bas et fréquente ses vieux amis, expatriés comme lui. Le 15 mai, il prononcera sa dernière conférence. Désespéré et honteux du tort que cause l’Allemagne, il réitère néanmoins sa confiance en l’homme, mais on le sent déjà désabusé.
De retour au Brésil durant l’été, il entreprend la rédaction de ses mémoires qui seront publiées après sa mort sous le titre Le Monde d’hier, hymne à la culture européenne qu’il considérait alors comme perdue. Il revient sur les principales étapes de son existence, marquant de son témoignage un monde en destruction, comme s’il souhaitait qu’une trace de ce monde d’hier qu’il chérissait soit conservée. Il déménage ensuite à Petropolis au Brésil où il fêtera le 28 novembre, loin de ses amis et des honneurs, son soixantième anniversaire.
Avec l’entrée en guerre des États-Unis, Zweig perd de plus en plus espoir. Il n’en continue pas moins son œuvre, dont Le Joueur d’échecs, bref roman publié à titre posthume qui met précisément en scène un exilé autrichien que les méthodes d'enfermement et d'interrogation pratiquées par les nazis avaient poussé au bord de la folie. Au mois de février, en plein Carnaval à Rio, il reçoit le coup de grâce en apprenant la défaite des Britanniques en Indonésie.
Hanté par l'inéluctabilité de la vieillesse, ne supportant plus l'asthme sévère de Lotte et moralement détruit par cette guerre, il décide qu’il ne peut plus continuer à assister ainsi, sans recours, à l’agonie du monde5. Il rend, à Barbacena, visite à l’écrivain Georges Bernanos qui tente, en vain, de lui faire reprendre espoir6.
Le 22février1942, après avoir fait ses adieux et laissé ses affaires en ordre (il laisse un mot concernant son chien, qu'il confie à des amis7), Stefan Zweig met fin à ses jours en s'empoisonnant au Véronal (barbiturique), en compagnie de Lotte qui refuse de survivre à son compagnon. Il aura droit à des funérailles nationales lors de son enterrement à Petrópolis, contrairement à ses vœux.
« Un peuple qui a donné au monde le livre le plus sacré et le plus précieux de tous les temps n’a pas besoin de se défendre quand on le décrète inférieur et n’a pas besoin de se vanter de tout ce qu’il a produit inlassablement dans tous les domaines de l’art, de la science, des actes de la pensée : tout cela est inscrit, on ne peut l’effacer de l’histoire de ce pays dans lequel nous étions chez nous. »
Entrefilet du journal collaborateur Le Petit Parisien du 26 février 1942, annonçant le suicide de Stefan Zweig, présenté comme un « écrivain juif ». Dans la même page, le journal publie un article reprenant un discours de Hitler expliquant que « Les juifs seront exterminés ».
Œuvres
Son œuvre, particulièrement éclectique, comporte quelques recueils de poésies, quelques pièces de théâtre (Thersite1907, Volpone1927…). Mais Zweig est surtout connu pour ses nouvelles (Amok 1922, La Confusion des sentiments 1926, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme 1927), histoires de passion intense pouvant aller parfois jusqu’au morbide ou à la folie. Le Joueur d’échecs, a été publiée à titre posthume. Il a écrit de nombreuses biographies (Fouché, Marie Stuart, Magellan, Marie-Antoinette…) d’une grande acuité psychologique et qui comportent une réflexion sur les problèmes de son temps (Érasme1935). Il travaille durant plus de vingt ans à son recueil de nouvelles Les très riches heures de l’humanité qui retracent les quatorze événements de l’Histoire mondiale les plus marquants à ses yeux.
Poésie
Cordes d’argent , Berlin, 1901, Silberne Saiten)
Les Couronnes précoces10 , 1907,(Die frühen Kränze)
Romans et nouvelles
Romans et nouvelles, tome 1, Paris, Le Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », 1991.
Romans et nouvelles, tome 2, Paris, Le Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », 1995.
Romans et nouvelles, tome 3, Paris, Le Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », 1996.
Printemps au Prater (Praterfrühling, nouvelle publiée à l’automne 1900 dans une revue littéraire mensuelle)
L’Étoile au-dessus de la forêt (Der Stern über dem Walde, écrit v. 1903)
L’Amour d’Érika Ewald (Die Liebe der Erika Ewald, 1904, tr. fr. 1990)
La Marche (Die Wanderung, 1904)
La Scarlatine (Scharlach, nouvelle publiée en mai-juin 1908)
Première épreuve de vie. Quatre histoires du pays des enfants (Erstes Erlebnis. Vier Geschichten aus Kinderland, 1911) : Conte crépusculaire (Geschichte in der Dämmerung, tr. fr. 1931), La Gouvernante (Die Gouvernante, tr. fr. 1931), Brûlant secret (Brennendes Geheimnis, tr. fr. 1945) et Le Jeu dangereux (Sommernovelette, tr. fr. 1931)
Amok, recueil qui, dans sa version originelle de 1922, Amok - Novellen einer Leidenschaft (Nouvelles d’une mauvaise passion), incluait, outre la nouvelle Der Amokläufer (tr. fr. 1927 Amok ou Le Fou de Malaisie), quatre autres nouvelles dont Die Frau und die Landschaft (tr. fr. 1935 La femme et le paysage), Phantastische Nacht (tr. fr. 1945 La Nuit fantastique. Notes posthumes du baron de R…), Die Mondschein Gasse (tr. fr. 1961 La Ruelle au clair de lune) et Brief einer Unbekannten (tr. fr. 1927 Lettre d’une inconnue)
La Confusion des sentiments, recueil qui, dans sa version originelle de 1927, Verwirrung der Gefühle - Drei Novellen, incluait, outre la nouvelle du même titre (sous-titrée Notes intimes du professeur R de D, tr. fr. 1948)
, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme (Vierundzwanzig Stunden aus dem Leben einer Frau, tr. fr. 1929, révisée 1980) et Destruction d’un cœur (Untergang eines Herzens, tr. fr. 1931)
Un mariage à Lyon, recueil (1992) incluant, outre la nouvelle du même titre (Die Hochzeit von Lyon, publ. 8.1927), les nouvelles : Dans la neige (Im Schnee, publ. 8.1901, tr. fr. 1904 et 1992) ;La croix (Das Kreuz, publ. 1.1906, tr. fr. 1992); Histoire d’une déchéance (Geschichte eines Untergangs, publ. 9.1910, tr. fr. 1992) ; La légende de la troisième colombe (Die Legende der dritten Taube, publ. 12.1916, tr. fr. 1992) ; Au bord du lac Léman (Episode am Genfer See, publ. 1919, tr. fr. 1992 ; La contrainte (Der Zwang, écrit en 1916, publ. 1929, tr. fr. 1992)
La Peur, recueil (Angst, publié en 1925, tr. fr. 1935) incluant, outre la nouvelle du même titre (Angst, publiée en 1910)
: Révélation inattendue d’un métier (Unerwartete Bekanntschaft mit einem Handwerk), Leporella (id.), Le Bouquiniste Mendel (Buchmendel) et La Collection invisible- Un épisode de l’inflation en Allemagne (Die unsichtbare Sammlung - Eine Episode aus der deutschen Inflation), ainsi que, dans la v. fr., La femme et le paysage (tr. fr. 1935, Die Frau und die Landschaft, originellement publiée en 1922 dans le recueil Amok - Novellen einer Leidenschaft)
Le voyage dans le passé (Die Reise in die Vergangenheit / Widerstand der Wirklichkeit, 1re publication partielle 1929, v. complète publiée en 1976, tr. fr. 2008)
Le Jeu dangereux, 1931
Le Chandelier enterré , recueil (1937) incluant, outre la nouvelle du même titre (Der begrabene Leuchter, 1937, tr. fr. 1937), Rachel contre Dieu (Rahel rechtet mit Gott, 1928, tr. fr. 1937) etVirata (Les yeux du frère éternel. Une légende -- Die Augen des ewigen Bruders. Eine Legende, 1922, tr. fr 1927 initialement publiée en 1927 dans le recueil Amok ou le fou de Malaisie(3 nouvelles) de 1927)
Un soupçon légitime (War er es, nouvelle probablement écrite entre 1935 et 1940, première publication 1987, tr. fr. 2009)
Les Deux jumelles. Conte drôlatique (Die gleich-ungleichen Schwestern, nouvelle publ. 1936 in recueil Kaleidoscop)
La Pitié dangereuse (Ungeduld des Herzens, 1939, tr. fr. 1939) - roman, le seul (au sens de la taille de l’œuvre) que l’auteur ait achevé.
Le Joueur d’échecs (Schachnovelle, nouvelle écrite par l’auteur durant les quatre derniers mois de sa vie, de nov. 1941 à février 1942, publ. 1943 ; tr. fr. 1944, rév. 1981)
Wondrak (id., nouvelle, publ. posth., tr. fr. 1990)
Ivresse de la métamorphose, roman inachevé (écrit en 1930/31 et 1938/39), publié à titre posthume sous le titre original Rausch der Verwandlung (titre emprunté à une phrase du roman, car l’auteur ne lui en avait pas donné un) ; en collaboration avec Berthold Viertel, il en fera en 1940 un scénario de film, Das Postfraülein (La demoiselle des postes), qui sera réalisé en 1950 par Wilfried Franz sous le titre Das gestohlene Jahr (L’année volée) ; tr. fr. 1984
Clarissa, roman inachevé, retrouvé dans les archives de Zweig en 1981, et portant la mention suivante : « Vu à travers l’expérience d’une femme, le monde entre 1902 et le début de la guerre » - la seconde, en l’occurrence ; tr. fr. 1992
Théâtre
Thersite. Tragédie en trois actes (Tersites. Ein Trauerspiel in drei Aufzügen, 1907)
La Maison au bord de la mer (Das Haus am Meer. Ein Schauspiel in zwei Teilen, 1911)
Le Comédien métamorphosé. Un divertissement du Rococo allemand (Der verwandelte Komödiant. Ein Spiel aus dem deutschen Rokoko, 1913)
Jérémie. Drame en neuf tableaux (Jeremias. Eine dramatische Dichtung in neun Bildern, 1916)
Légende d’une vie, (Legende eines Lebens. Ein Kammerspiel in drei Aufzügen. , 1919, tr. fr. 2011)
Volpone (Ben Johnson’s Volpone. Eine lieblose Komödie in drei Akten, 1926, tr. fr. de Jules Romains 1927)
L’Agneau du pauvre. Tragicomédie en trois actes (Das Lamm des Armen. Tragikomödie in drei Akten, 1929, tr. fr. 1930)
Un caprice de Bonaparte. Pièce en trois actes (tr. fr. 1952)
Essais et biographies
Émile Verhaeren : sa vie, son œuvre (Emile Verhaeren, 1910), tr. fr. 1910.
Souvenirs sur Émile Verhaeren (Erinnerungen an Emile Verhaeren, 1917), tr. fr. 1931.
Marceline Desbordes-Valmore : son œuvre (Marceline Desbordes-Valmore - Das Lebensbild einer Dichterin. Mit Übertragungen von Gisela Etzel-Kühn, 1920), tr. fr. 1928.
Trois Maîtres : Balzac, Dickens, Dostoïevski (Drei Meister : Balzac, Dickens, Dostojewski [Die Baumeister der Welt. Versuch einer Typologie des Geistes, Band 1], 1921), tr. fr. 1949 et 1988.
Le Combat avec le démon : Kleist, Hölderlin, Nietzsche (Der Kampf mit dem Dämon : Hölderlin, Heinrich von Kleist, Friedrich Nietzsche [Die Baumeister der Welt. Versuch einer Typologie des Geistes, Band 2], 1925), tr. fr. 1937.
Les Très riches heures de l’humanité, 1927 (Sternstunden der Menschheit - 14 textes de nature historique, dont les premiers furent publiés en 1927), tr. fr. de 12 textes 1939.
Trois poètes de leur vie : Stendhal, Casanova, Tolstoï (Drei Dichter ihres Lebens: Casanova, Stendhal, Tolstoi [Die Baumeister der Welt. Versuch einer Typologie des Geistes, Band 3], 1928), tr. fr. 1937.
Joseph Fouché (Joseph Fouché. Bildnis eines politischen Menschen, 1929), tr. fr. 1930.
La guérison par l’esprit : Mesmer, Mary Baker-Eddy, Freud (Die Heilung durch den Geist : Franz Anton Mesmer, Mary Baker-Eddy, Sigmund Feud, 1931), tr. fr. 1982.
Marie-Antoinette (Marie Antoinette, Bildnis eines mittleren Charakters, 1932), tr. fr. 1933.
Érasme, Grandeur et décadence d’une idée (Triumph und Tragik des Erasmus von Rotterdam, 1934), tr. fr. 1935.
Balzac, le roman de sa vie (Balzac. Roman seines Lebens, publ. posth. 1946), tr. fr. 1950.
Hommes et destins, Belfond, 1999
Le Mystère de la création artistique (Das Geheimnis des künstlerischen Schaffens, 1943), tr. fr. 1996
Le Monde sans sommeil (Die schlaflose Welt)
Aux Amis de l’étranger (An die Freunde in Fremdland)
Montaigne. Essai biographique, publ. posthume, tr. fr. 1982
Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen - autobiographie (Die Welt von Gestern - Erinnerungen eines Europäers, 1942, publ. posth. 1944) ; Zweig commença à l’écrire en 1934 ; il posta à l’éditeur le manuscrit, tapé par sa seconde femme, un jour avant leur suicide.
Stefan Zweig, Correspondance 1897-1919 (préface, notes et traduction de l’allemand par Isabelle Kalinowski), Paris, Le Livre de Poche, coll. "Biblio" no 3414, 2005.
Stefan Zweig, Correspondance 1920-1931 (préface, notes et traduction de l’allemand par Isabelle Kalinowski), Paris, Le Livre de Poche. coll. "Biblio" no 3415, 2005,.
Bibliographie
, Stefan Zweig, l’ami blessé, Paris, Plon, 1996, 355 p. + 8 p. de planches illustrées, Stefan Zweig (Bona), Paris, Grasset, 2010, 460 p. + 8 p. de planches illustrées,
Jean-Jacques Lafaye, L’Avenir de la nostalgie : une vie de Stefan Zweig, Paris, Editions du Félin, 1989, 207 p.
Jean-Jacques Lafaye, Stefan Zweig. Un aristocrate juif au cœur de l’Europe, Paris, Editions du Félin, 1999, 141 p. Paris, Hermann, coll.« Savoir. Lettres », 2010, 141 p.,q).
Serge Niémetz, Stefan Zweig : le voyageur et ses mondes : biographie, Paris, Belfond, 1996, 599 p. + 12 p. de planches illustrées,
Daniel Parrochia, Le Joueur d’échecs” : finales avec un fou, Paris, Editions du Temps, coll. « Lectures d’une œuvre », 2000, 95 p., .
Donald A.Prater, Stefan Zweig, Paris, La Table Ronde, 1988.
PAR JEAN-MARC PARISIS Mis à jour le 28/05/2010 à 17:42 | publié le 28/05/2010 à 08:55
L'écrivain autichien sur la Côte d'Azur. Polyglotte accompli, il traduisit notamment des oeuvres de Baudelaire, Verlaine et Rimbaud lors de son séjour sur la Riviera au début des années 30.
Près de soixante-dix ans après son suicide, l'écrivain autrichien continue à fasciner des millions de lecteurs. Ses inédits s'arrachent, les biographies qui lui sont consacrées, aussi. Mais comment devient-on un écrivain culte?
Entre 1911 et 1933, Brûlant secret, l'une des plus fortes nouvelles de Stefan Zweig, fut diffusé à plus de 140 000 exemplaires en Allemagne. Celui qui exécrait le succès y sera abonné jusqu'à son suicide en 1942, et après. Vivant, on le traduisait déjà presque partout en Europe, sur le continent américain, et aussi en russe, en chinois, en turc, en arménien. Brûlant secret,Amok, Lettre d'une inconnue ont chacun connu trois adaptations au cinéma,Vingt-quatre heures de la vie d'une femme en compte six. Aujourd'hui, la Zweigmania se poursuit, en France notamment, où l'on s'est récemment emballé pour deux inédits en français: Le Voyage dans le passé et Un soupçon légitime, traduits en 2008 et 2009 chez Grasset, qui réédite ce mois-ci La Pitié dangereuse.Symptomatique, aussi, le succès en librairie de Laurent Seksik imaginant Les Derniers Jours de Stefan Zweig (Flammarion).
Pourquoi cette passion? Dans la sagace et vibrante biographie qu'elle lui a consacrée et qui vient d'être rééditée (récit fluide, empathique, quasiment sans notes, à la Zweig), Dominique Bona avance des explications. Il «écrit vite et efficace», ses nouvelles sont intemporelles, «détachées de l'Histoire»et «visent l'humain». Il y a autre chose. Crépusculaires, ses fictions ont la couleur de notre époque, elles parlent à des consciences troublées. De plus, elles explorent souvent le thème du secret, et ce monde a perdu le sens du secret, le code qui chiffre et déchiffre les coeurs dans le temps.
Avec Lotte Altmann, sa seconde épouse, qui se suicidera avec lui le 22 février 1942.
Secret et crépusculaire, mais aussi sombre et sensuel, solitaire et amical, sage et victime, c'est bien le cas de Stefan Zweig, né le 28 novembre 1881 dans les beaux quartiers de Vienne, la capitale d'un empire austro-hongrois opulent et figé dans sa magnificence. Son père a gagné des millions dans l'industrie textile. Sa mère porte des robes de taffetas et sillonne les salons de la bourgeoisie. Stefan Zweig est juif, mais ne pratique pas. Comme son frère aîné, il fréquente le Maximilian Gymnasium. A ce lycée qui sent la prison, l'élève passable préfère le théâtre, les concerts de Brahms ou de Schönberg, les cafés fumants de littérature. Il n'ose cependant s'aventurer au Café Central, où s'attablent Hugo von Hofmannsthal et Arthur Schnitzler, avant d'avoir fait ses preuves en poésie. Il les produira à 19 ans avec le recueil Cordesd'argent.Rainer Maria Rilke a beau lui écrire à cette occasion, Zweig doute de ses propres dons. Et déjà, il songe à partir. A Berlin, l'avant-garde le change quelques mois des chocolats de l'empire. Revenu à Vienne, il boucle un doctorat en philosophie en 1904, puis va et vient pendant dix ans: l'Europe, l'Inde, l'Indochine, les Etats-Unis, les Antilles, Cuba. Il débute comme il finira, en errant, avec pour visa permanent sa propension à l'admiration et au partage des idées. A Montparnasse, en 1911, il rencontre Romain Rolland, qui notera un jour: «L'amitié est sa religion.» Sur la toile du Vieux Monde bientôt déchirée par la Grande Guerre, il tisse des liens puissants: Emile Verhaeren, Hermann Hesse, Heinrich Mann, James Joyce. Plus tard, sa maison de Salzbourg accueillera Pierre Jean Jouve, Paul Valéry, Rabindranath Tagore; Béla Bartók, Maurice Ravel, Richard Strauss y joueront du piano.
Depuis la terrasse de sa maison à Salzbourg (vers 1930).
Avec les femmes, malgré sa timidité, c'est une autre affaire, joyeuse et prolétaire. Il apprécie les lingères, les vendeuses de bonbons, les serveuses, les fleuristes, les prostituées, les étudiantes. Rien qui n'engage, que des extases, parfois multipliées, pour dissoudre l'angoisse. Dans son journal de 1912, on lit qu'il a amené chez lui «deux amies dont les beaux corps» le «réjouissent». Cette année-là, il se lie avec Friederike von Winternitz. Séparée, émancipée, elle écrit des romans sentimentaux. Elle l'aime, respecte sa liberté. Lui l'aime, à sa façon: «J'aimerais qu'elle se débarrasse de sa sensualité, qui perturbe chez elle la pure sensation que j'ai de son admirable univers.» Mariés en 1920, elle se peindra en épouse protectrice, «prophylactique», «gardienne de son oeuvre». Une femme de paix, en somme.
Belliciste, Zweig le fut une fois, en 1914. Pétri de culture allemande, il tempête contre la France qui «se bat pour sa naïveté et l'Angleterre pour son portemonnaie». Il reviendra de sa colère en visitant comme adjudant l'horrible front de Cracovie à Budapest. Face au désastre, il écrira une pièce de théâtre, Jérémie, à la gloire d'un prophète de la paix. Jérémie est un vaincu, c'est important pour Zweig,
Cas unique dans l’histoire du prix Goncourt, il l’a reçu deux fois (la première sous son nom de plume habituel et la seconde, en 1975, sous l’identité d’emprunt d’Émile Ajar).
BIOGRAPHIE
Origine et jeunesse
Roman Kacew, d’origine juive ashkénaze, est le fils de Arieh Leib Kacew et de Mina Owczyńska. Kacew est le second mari de la mère de Roman. Alors que Roman est encore enfant, son père participe à la Première Guerre mondiale. Après un bref séjour au domicile conjugal, celui-ci quitte son épouse en 1925 pour aller vivre avec une autre femme, avec qui il aura deux enfants (tous les quatre meurent durant la Seconde Guerre mondiale). Roman est élevé par sa mère. Après avoir divorcé en 1926, elle vit quelque temps chez ses parents à Święciany (Švenčionys), puis s’installe avec son fils dans sa famille à Varsovie (Pologne), qu’ils quittent en 1928 pour la France.
Romain Kacew (plutôt Roman à cette époque, mais pas encore Gary) arrive avec sa mère à Nice, à l'âge de 14 ans, dans un climat d’antisémitisme et de xénophobie croissant dans la France des années 1930. Sa mère finit par prendre la direction d'un hôtel respectable, la pension Mermonts. Romain fait des études moyennes au lycée de Nice : s'il se distingue essentiellement par des prix de composition française, obtenus en 1931 et 1932, « dans les autres matières, excepté l'allemand qu'il parle et écrit très correctement, il est médiocre ».
Ce livre a été écrit en 1960 par Romain Gary.
Résumé de l'oeuvre:
Dans cette autobiographie rédigée sur le bord de la mer, Romain Gary nous dépeint sa vie, en particulier son amour pour sa mère. Romain élevé dans le fin fond de la Pologne va déménager à Varsovie car sa mère qui avait créé un faux salon de couture française sera finalement ruinée. Romain, dont la mère ne cesse de dépeindre les mérites très exagérés de la France va finalement parvenir à s'installer avec elle à Nice. Ils comptent sur un vieux service de vaisselle qui devait valoir des millions pour s'installer, le service ne vaut rien. La mère de Romain devra alors faire toutes sortes de petits métiers pour s'en sortir, et finira finalement par ouvrir un hôtel . Elle rêve que son fils devienne ambassadeur français. Devenue diabétique sa santé se détériore. Romain doit partir à l'armée et promet de revenir gradé. Il écrit plusieurs livres dont sa mère est très fière. Il va risquer plusieurs fois la mort en tant que pilote et tombera gravement malade, mais guérira. Lorsqu'il reviendra de la guerre, sa mère sera déjà morte depuis trois ans, elle lui avait fait parvenir des "lettres à retardement" par l'intermédiaire d'une amie si bien qu'il ne s'en doutait pas. Il rencontrera plusieurs femmes mais ne se mariera pas.
"La promesse de l'aube" de Romain Gary : Tu seras un héros mon fils
A l'occasion de la parution de "Légendes du je", une anthologie des œuvres de l'écrivain au double goncourt et de "S. ou l'espérance de vie"de son fils Alexandre Diego Gary, retour sur son roman emblématique : La promesse de l’aube. Paru en 1960 et adapté au cinéma par Jules Dassin en 1971, il consacre la renommée de Romain Gary après le Goncourt obtenu pour « Les racines du ciel ». C’est aussi un roman clé pour comprendre toute son œuvre où l’inspiration de sa mère est omniprésente (en particulier son autre grand succès « La vie devant soi » et son personnage de « Madame Rosa »). Car avant d’être un roman autobiographique (qui tient d’ailleurs plus de l’autofiction, au regard de sa large part d’invention), La promesse de l’aube est surtout un vibrant portrait et hommage à sa mère, véritable héroïne de cet autoportrait réinventé. On aurait d’ailleurs pu le sous-titrer « La gloire de ma mère » ! Une femme incroyable de ténacité, d’orgueil et de panache qui dessine en ombre chinoise le portrait de l’homme(-enfant) qu’est devenu Romain Gary. De sa vocation d'écrivain à sa carrière militaire...
Suivant un ordre relativement chronologique (avec quelques approximations temporelles et allers-retours), lancé par un flash-back (depuis une plage aux allures de fin du monde « Big Sur », alors qu’il se trouve en réalité au Mexique avec sa compagne d’alors, Leslie Blanch), Romain Gary se remémore sa vie : son enfance surtout, en Russie puis en Pologne, son émigration en France, à Nice puis ses années d’étudiant en droit avant de s’engager dans l’armée aérienne et se transformer en héros de la nation. Mais en se faisant le sujet de ce roman de formation c’est surtout de sa mère qu’il nous parle, celle qui l’a fait devenir l’homme qu’il est. Le rôle crucial et déterminant qu’elle a joué dans sa destinée. Il explore leur relation fusionnelle aussi galvanisante qu’étouffante, merveilleuse que pesante, chaleureuse qu’éprouvante. Elle le propulse et l’empêche. De tous ces paradoxes, Gary tire son superbe titre métaphorique : « La promesse de l’aube » qui symbolise parfaitement les deux facettes de cet amour maternel débordant qu’il a reçu. Il l’explicite dans ce célèbre passage du roman : « Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. » ou encore : « Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. (…) Si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. »
Et pourtant malgré ces réserves, on sent à travers ces pages que l’amour de sa mère est tout ce qui l’a porté jusqu’à l’âge d’homme. Car très jeune, elle nourrit de grandes ambitions pour ce fils qui est toute sa raison de vivre. Il nous raconte ainsi avec force détails truculents comment cette incroyable femme a forgé l’avenir de son fils, comment ils ont conjugué leurs efforts pour d’abord lui trouver une vocation puis lui assurer une grande carrière. Gary raconte, avec humour, leurs différentes stratégies comme la recherche d’un pseudo (une de ses marques de fabrique !). Avant même toute création, il passait en effet des heures à calligraphier toute sorte de noms grandiloquents à l’encre rouge dans un cahier spécial. « L’ennui avec un pseudonyme c’est qu’il ne peut jamais exprimer tout ce que vous sentez en vous J'en arrivais presque à conclure qu'un pseudonyme ne suffisait pas, comme moyen d'expression littéraire, et qu'il fallait encore écrire des livres. »
On rit encore des dialogues avec sa mère qui le conseille… à sa façon :
- « Roland de Chantecler, Romain de Mysore…
- Il vaut peut-être mieux prendre un nom sans particule, s’il y a encore une révolution, disait ma mère. »
Vrai ou faux, sa carrière d’écrivain n’aura finalement été qu’un pis-aller après avoir dû successivement abandonner, pour incompétence notable, les domaines de la danse, de la musique, de la peinture ou encore de tennisman... « J’étais pour ma part décidé à faire tout ce qui était en mon pouvoir pour qu’elle devienne, par mon truchement, une artiste célèbre et acclamée et, après avoir longuement, hésité entre la peinture, la scène, le chant et la danse, je devais un jour opter pour la littérature, qui me paraissait le dernier refuge, sur cette terre, de tous ceux qui ne savent pas où se fourrer. »
Mais ce n’est pas tout, sa mère qui vénère la France qu’elle lui conte « comme Le chat botté », un « conte de nourrice » lui prédit aussi :
« Tu seras Ambassadeur de France, c’est ta mère qui te le dit.
Tout de même il y a une chose qui m’intrigue un peu. Pourquoi ne m’avait-elle pas fait Président de la république, pendant qu’elle y était ? »
La mère et le fils plus soudés que jamais affrontent ainsi les épreuves, les difficultés matérielles. Cette solidarité extrême donne lieu à de nombreux passages émouvants (peut-être un peu « pathos » parfois…) sur les sacrifices de la mère et le désespoir de son fils de ne pouvoir l’aider : Il ne nous restait que très peu d’argent et l’idée de ce qui allait arriver lorsqu’il n’en resterait plus du tout me rendait malade d’angoisse. La nuit venue, nous faisions l’un et l’autre semblant de dormir, mais je voyais pendant longtemps la pointe rouge de sa cigarette bouger dans le noir. Je la suivais du regard avec un désespoir affreux, aussi impuissant qu’un scarabée renversé. »
La scène du bifteck compte aussi parmi les épisodes poignants du récit. Toutes ces privations marqueront profondément le petit garçon et l’adulte comme il l’explique : « Un intolérable sentiment de privation, de dévirilisation, presque d’infirmité s’empara de moi ; au fur et à mesure que je grandissais, ma frustration d’enfant et ma confuse aspiration, loin de s’estomper, grandissaient avec moi et se transformaient peu à peu en un besoin que ni femme ni art ne devaient plus jamais suffire à apaiser.
(…) « Je suis convaincu que les frustrations éprouvées dans l’enfance laissent une marque profonde et indélébile et ne peuvent plus jamais être compensées (…) » »
"Elle aimait les jolies histoires, ma mère. Je lui en ai raconté beaucoup."
Un incroyable portrait de mère… et de femme
C’est sans doute le personnage (et le terme prend ici tout son poids) de sa mère qui fascine le plus dans ce roman. Une femme de trempe, de caractère, d’une force et d’une ténacité hors norme qui lui infuse toute son énergie et sa foi inébranlable.
Actrice dramatique dans sa jeunesse comme elle aime à le rappeler, avec une certaine emphase, elle endosse en effet tous les rôles auprès de son fils : tour à tour capitaine, amiral de leur frêle radeau, coach infatigable malgré la maladie qui la rattrape, mama juive dévouée, business-woman (elle exerce 1001 petits jobs, multiplie les combines et réussit parfois de beaux coups) qui n’a pas froid aux yeux ! A la façon du père de « La vie est belle », elle réinvente le monde pour son fils, en lui donnant de belles couleurs même quand il est plus hostile que jamais. Comme l’illustre la belle scène où ils dansent ensemble le tango dans l’appartement qui vient d’être vidé par les huissiers.
Car sa mère est avant tout une grande rêveuse, capable de rendre romanesque n’importe quelle situation et de la renverser. Elle rêve pour deux et son exaltation est contagieuse !
Tout du long, Gary fait aussi rire le lecteur, en tournant avec une tendre dérision ses excès et son goût pour le mélo. Ses conseils de séduction et ses leçons pour en faire « un homme du monde » valent à ce titre le détour comme lever « les yeux vers la lumière » conseil qu’il met en application pour séduire son premier amour, Valentine, à ses dépens… : « Je restai là, les yeux levés vers le soleil, jusqu’à ce que mon visage ruisselât de larmes, mais la cruelle (…) continua de jouer avec sa balle, sans paraître le moins du monde intéressée. », ou encore : « Rappelles-toi avant d’offrir quelque chose qui se porte, de bien regarder la couleur de ses cheveux et de ses yeux. Les petits objets comme les broches, les bagues, les boucles d’oreilles, assortis-les à la couleur des yeux et les robes, les manteaux et les écharpes à la couleur des cheveux. Les femmes qui ont les yeux et les cheveux de la même couleur sont plus faciles à habiller et coûtent donc moins cher. »
Mais ce qui frappe plus particulièrement c’est sa fierté indéboulonnable et son sens de l’honneur allant jusqu’à asséner à son fils qui a manqué de courage : « La prochaine fois qu’on insulte ta mère devant toi, la prochaine fois, je veux qu’on te ramène à la maison sur des brancards. Tu comprends ? (…) Je veux qu’on te ramène en sang. »
Gary restitue, avec art, toute la richesse de ce personnage aux mille facettes. Insupportable pour certains lecteurs, admirable et attachante pour d’autres. Il insiste aussi sur son aspect physique (et sa vieillesse) en croquant ses mimiques et sa silhouette pittoresque et très typée : « Je l’imaginais souvent, qui se levait à 6 heures du matin, allumait sa première cigarette, faisait bouillir de l’eau pour sa piqûre, enfonçait la seringue d’insuline dans sa cuisse… » ou « une vieille dame résolue, vêtue de gris, la canne à la main et une gauloise aux lèvres » L’idolâtrie de la France… et les désillusions
Parmi les valeurs transmises par sa mère, l’amour, « l’adoration naïve » même de la France figure en tête. Ce qui fera plus tard dire à l’écrivain : « Pas une seule goutte de sang français ne coule dans mes veines, seule la France coule en moi ». Elle s’emploie à lui raconter ce pays comme un eldorado enchanté avant d’y émigrer. A Vilno, elle n’hésitera pas d’ailleurs à se proclamer représentante du grand couturier de l’époque (Jean Poiret) pour faire prospérer son commerce de chapeaux ! Pour réconforter sa mère dans les moments difficiles, Gary rapporte aussi : « Je revenais ensuite à la maison, le cœur gros, et j’apprenais encore une fable de La Fontaine : c’était tout ce que je pouvais faire pour elle. »
Ce culte de la France sera quelque peu entaché en particulier lors de sa formation militaire où il essuiera une cuisante humiliation liée à sa naturalisation. « Il m’apparut enfin que les français n’étaient pas d’une race à part, qu’ils ne m’étaient pas supérieurs, qu’ils pouvaient, eux-aussi, être bêtes et ridicules – bref, que nous étions frères, incontestablement. Je compris enfin que la France était faite de mille visages, qu’il y en avait de beaux et de laids, de nobles et de hideux, et que je devais choisir celui qui me paraissait le plus ressemblant. (…) Je pris parti, choisis mes allégeances, mes fidélités, ne me laissai plus aveugler par le drapeau mais cherchai à reconnaître le visage de celui qui le portait. »
Héros de la nation : se battre pour la France
La dernière partie du roman, plus noire (et moins intéressante), porte sur son expérience de la guerre et de la résistance : « (…) j’avais été élevé par une femme et entouré de tendresse féminine, je n’étais donc pas capable de haine soutenue, et il me manquait donc l’essentiel pour comprendre Hitler. » On peut d’ailleurs trouver étonnant que ce soit malgré tout vers une carrière militaire qu’il se soit dirigé et à laquelle il trouve a priori une certaine satisfaction et épanouissement : « Je pus tout de même lâcher mes bombes sur l’objectif avec la satisfaction de quelqu’un qui fait une bonne action ». Il raconte aussi la mort, l’agonie de l’héroïsme silencieux et tragique de ces années d’escadrille.
Il explique ailleurs, avec une sorte de cynisme étrange : « Certes, il m’est arrivé de tuer des hommes, pour obéir à la convention unanime et sacrée du moment, mais ce fut toujours sans entrain, sans une véritable inspiration ».
« Mais enfin, la véritable tragédie de Faust, ce n'est pas qu'il ait vendu son âme au diable. La véritable tragédie, c'est qu'il n'y a pas de diable pour acheter votre âme. »
Le spectre de la mort, du désespoir et du suicide
Dans ces pages, on trouve plusieurs allusions à la mort et plus particulièrement au désespoir et au suicide (la scène du colonel rédigeant sa correspondance). Mais toujours en prenant le contrepied, ainsi il se défend, à plusieurs reprises, de toute tentation au désespoir, porté par l’immense optimisme de sa mère qui vit en lui : « Cependant j’étais loin d’être désespéré. Je ne le suis même pas devenu aujourd’hui. Je me donne seulement des airs Le plus grand effort de ma vie a toujours été de parvenir à désespérer complètement, il n’y a rien à faire. Il y a toujours quelque chose en moi qui continue à sourire. », « Quelque chose de son courage était passé en moi et y est resté pour toujours. Aujourd’hui encore sa volonté et son courage continuent à m’habiter, me rendant la vie bien difficile, me défendant de désespérer. » ou encore « car dans mes désespoirs, toujours aussi rageurs que passagers, je me tourne contre l’extérieur et non contre moi-même, et j’avoue que loin de me couper l’oreille comme van gogh, c’est aux oreilles des autres que je songerais plutôt à mes bons moments. » On ne peut s’empêcher de mettre en parallèle ses mots et sa destinée tragique (suicidé à l’âge de 66 ans).
« Les dieux avaient oublié de me couper le cordon ombilical. »
Un roman psychologique Souvent étudiée en psychanalyse, l’œuvre de Romain Gary contient d’ailleurs explicitement des références freudiennes. Il raille notamment ses théories, en particulier le célèbre complexe d’Œdipe en expliquant qu’il n’a jamais connu pour sa mère que des sentiments platoniques et affectueux : « Je laisse donc volontiers aux charlatans et aux détraqués qui nous commandent dans tant de domaines le soin d’expliquer mon sentiment pour ma mère par quelque enflure pathologique : étant donné ce que la liberté, la fraternité et les plus nobles inspirations de l’homme sont entre leurs mains, je ne vois pas pourquoi la simplicité de l’amour filial ne se déformerait pas dans leurs cervelles malades du reste. » Il analyse aussi la complexité de la relation qui le lie à sa mère, qu’il résume sous le signe de la promesse. Promesse de la mère aux fils (un avenir brillant et radieux, des exploits, des succès, l’amour inconditionnel…) à laquelle répond tacitement la promesse du fils à la mère, celle de ne pas la décevoir et de répondre à ses espoirs aussi fous soient-ils.
En filigrane c’est la question de la dette maternelle qui se pose : est-on redevable à nos parents de leurs sacrifices qu’ils ont fait pour nous élever, et dans quelle mesure ?
Une dette sur « son amour envahissant », cet « accablant poids de sa tendresse » : « Je voulais lui crier que c’était sa dernière chance, qu’elle avait besoin d’un homme à ses côtés, que je ne pouvais être cet homme parce que tôt ou tard, je partirais, la laissant seule. Je voulais lui dire surtout qu’il n’y avait rien que mon amour ne put accomplir pour elle, sauf une chose, sauf renoncer à ma vie d’homme, à mon droit d’en disposer comme je l’entendrais. » Une dette qui pourrait bien l’empêcher de grandir comme il évoque souvent l’enfant qui reste en lui et qu’il retrouve en Mr Zaremba le malheureux prétendant de sa mère : « (…) j’étais donc loin de soupçonner qu’il arrive aux hommes de traverser la vie, d’occuper des postes importants et de mourir sans jamais parvenir à se débarrasser de l’enfant tapi dans l’ombre, assoiffé d’attention, attendant jusqu’à la dernière ride dans une main douce qui caresserait sa tête… » Une dette qui éclipse d’ailleurs les autres femmes qui traversent fugacement l’ouvrage et restent de simples figurantes…
"Le bonheur est accessible, il suffit simplement de trouver sa vocation profonde, et de se donner à ce qu’on aime avec un abandon total de soi."
A la recherche du chef d’œuvre…
De belles pages sont aussi dévolues à la création littéraire et plus particulièrement à cette « obsédante poursuite du chef d’œuvre immortel » qui habite tout artiste. Cet absolu impalpable proche du divin : « Il est difficile d’être un artiste, de conserver son inspiration intacte, de croire au chef d’œuvre accessible. La possession du monde, toujours recommencée, le goût de l’exploit, du style, de la perfection, le désir de parvenir au sommet et d’y demeurer à jamais, dans une sorte d’assouvissement total… » Il dépeint aussi ses années de galère à Paris alors qu’il tente de vivre de sa plume, publiant quelques nouvelles dans des revues : « Le monde s’était rétréci pour moi jusqu’à devenir une feuille de papier contre laquelle je me jetais de tout le lyrisme exaspéré de l’adolescence. », « difficile à faire dans le génie, je n’arrivais qu’à manquer de talent. Il est difficile lorsqu’on se sent le couteau sur la gorge, de chanter juste. »
Et rapporte quelques réponses d’éditeur comme celui de la NRF qui lui écrit : « Prenez une maîtresse et revenez dans dix ans » !
Avec ce roman foisonnant, l'un des plus beaux portraits de mère de la littérature, Gary parvient à émouvoir, étonner, amuser. Il nous rend terriblement vivantes toutes ces années passées aux côtés de sa mère. On lui pardonnera ainsi d'en faire parfois un peu trop ou de verser dans les "bons sentiments", emporté par son art de conteur et de l'anecdote.
Visuels d'illustrations : Roman Kacew (vrai nom de Romain Gary) au milieu des années 20, avant son arrivée à Nice et Romain Gary avec sa mère à la fin des années 30, à l'hôtel pension Mermonts qu'elle dirigeait à Nice et où il vécut son adolescence.
Ses débuts
Après un court séjour à Aix-en-Provence, Romain Kacew monte à Paris pour « faire son droit ». Il obtient péniblement sa licence en 1938 et suit en parallèle une préparation militaire : « En attendant son incorporation dans l'armée française, Gary, au terme de médiocres études, bûchait sa procédure.. Il révise au petit jour et passe l'essentiel de son temps à écrire. C'est à cette époque qu'il publie ses premières nouvelles dans Gringoire, un hebdomadaire qui s'oriente ensuite à l'extrême-droite : « Gary renonça courageusement aux généreuses rétributions (...) quand le journal afficha des idées fascistes et antisémites. Il écrivit à la rédaction une lettre pour dire en substance : « je ne mange pas de ce pain-là ». »
Le soldat
Naturalisé Français en 1935, il est appelé en 1938 au service militaire dans l'aviation. Il est élève observateur à Salon-de-Provence.Le voici en 1939 sur une plage de la côte d'Azur.(Cap Ferrat)
En juin 1940, il est à Bordeaux, s'évade en avion jusqu'à Alger, se rend à Casablanca d'où un cargo britannique l'emmène à Glasgow. Il s'engage aussitôt dans les Forces aériennes françaises libres (FAFL). Il sert au Moyen-Orient, en Libye, et à Koufra en février 1941, en Abyssinie puis en Syrie où il contracte le typhus. Après sa convalescence, il sert dans la défense côtière de la Palestine où il participe à l'attaque d'un sous-marin.
En février 1943, il est rattaché en Grande-Bretagne au Groupe de bombardement Lorraine. C'est durant cette période que Romain Kacew choisit le nom de Gary (signifiant « brûle ! » en russe) qui deviendra son pseudonyme et qui fut le nom d’actrice de sa mère8. Il est affecté à la destruction des bases de lancement des V1.
Le lieutenant Gary se distingue particulièrement le 25 janvier 1944 alors qu'il commande une formation de six appareils. Il est blessé, son pilote Arnaud Langer est aveuglé, mais il guide ce dernier, le dirige, réussit le bombardement, et ramène son escadrille à sa base. Il effectue sur le front de l'Ouest plus de 25 missions, totalisant plus de 65 heures de vol de guerre. Il est fait compagnon de la Libération et nommé capitaine de réserve à la fin de la guerre.
Admiration pour le Général de Gaulle
Il dira que Charles de Gaulle était un "spécialiste" de la fuite mais sans caractère péjoratif car il disait que la fuite était créatrice. En effet de Gaulle a fui à Londres en 1940 et à Baden-Baden en 1968 et s'est retiré du pouvoir en 1946. De ces multiples départs à zéro, Charles de Gaulle a tout reconstruit: la France dans le premiers cas, dans le second cas son retour en force après son ébranlement en Mai 1968 et dans le dernier cas après sa "traversée du désert" la Vème république. Il dira aussi que de Gaulle aurait fait un excellent écrivain mais que plutôt d'être écrivain à part entière il préféra composer sa propre vie comme celle d'un personnage de roman. Il écrivit dans son roman autobiographique "La promesse de l'aube" que les deux seules personnes qu'il ait connues qui savaient vraiment parler de la France étaient sa mère et de Gaulle.
Il a épousé la femme de lettres britannique Lesley Blanch, puis l’actrice américaine Jean Seberg ; il divorça des deux. Il a eu un fils avec Jean Seberg : Alexandre Diego Gary, né en 1962.
Ci-dessous, Gary et Seberg à Roquebrune en 1963
Romain Gary et la mort
En 1978, lors d'un entretien avec la journaliste Caroline Monney, lorsque celle-ci lui pose la question : « Vieillir ? », Romain Gary répond : « Catastrophe. Mais ça ne m'arrivera pas. Jamais. J'imagine que ce doit être une chose atroce, mais comme moi, je suis incapable de vieillir, j'ai fait un pacte avec ce monsieur là-haut, vous connaissez ? J'ai fait un pacte avec lui aux termes duquel je ne vieillirai jamais »12.
Romain Gary se suicide le 2 décembre 1980 en se tirant une balle dans la bouche13. Il laisse une lettre dans laquelle est notamment écrit : « Aucun rapport avec Jean Seberg » (l'actrice s'est elle-même suicidée en août 1979).
Voici la lettre qu'il a laissée à la Presse
"Pour la Presse Jour J.
Aucn rapport avec Jean Seberg. Les fervents du coeur brisé sont priés de s'adresser ailleurs.
On peut mettre cela évidemment au compte d'une dépression nerveuse. Mais alors il faut admettre que celle-ci dure depuis que j'ai âge d'homme et m'a permis de mener à bien mon oeuvre littéraire
Alors pourquoi? Peut-être faut-il chercher la réponse dans le titre de mon ouvrage autobiographique "La Nuit sera calme" et dans les dernier mots de mon dernier roman: "car on ne saurait mieux dire". Je me suis enfin exprimé entièrement.
Romain Gary "
L’affaire Émile Ajar
Après la disparition de Romain Gary, on apprend que, sous le pseudonyme d’Émile Ajar, il est également l'auteur de quatre romans dont la paternité avait été attribuée à un proche parent, Paul Pavlowitch, son petit cousin. C’est lui qui a assumé le rôle d’Ajar auprès de la presse (notamment auprès de Yvonne Baby dans Le Monde et de l'hebdomadaire Le Point qui retrouve « Ajar » dans le Lot et publie deux semaines durant en 1973 des articles et une interview littéraire de Paul Pavlowitch par Jacques Bouzerand, à la veille du prix Goncourt). Romain Gary a déjà envoyé en 1930 des manuscrits à la NRF sous les pseudonymes de François Mermont (du nom de l’hôtel-pension à Nice dont sa mère est gérante) ou de Lucien Brûlard (voir plus loin) qui ne sont cependant pas acceptés.
Romain Gary est ainsi le seul écrivain à avoir jamais été, par volonté de mystification ambiguë (Gary et Ajar signifient respectivement brûle ! et la braise en russe ; des phrases de l'un sont dans l'autre), récompensé deux fois par le prix Goncourt, la première fois sous son nom courant, pour Les Racines du ciel, en 1956 et la seconde fois sous le pseudonyme d’Émile Ajar, pour La Vie devant soi, en 1975.
Un personnage central : Morel, décidé à faire cesser l'extermination des éléphants en Afrique. Un autre personnage central : l'Afrique du milieu du XXe siècle, et spécialement l'AEF (Afrique Equatoriale Française), pas encore indépendante mais où l'idée d'indépendance commence à prendre forme ici et là. Une idée centrale défendue par l'auteur : la protection de la nature (« et cette tâche est si immense, dans toutes ses implications », écrit l'auteur dans sa courte préface). Mais aussi, par ce biais, la protection d'une « certaine idée de l'homme » que Morel, Minna, Schölcher et d'autres vont illustrer tout au long du roman. L'histoire raconte la lutte de Morel, ses "coups" en faveur des éléphants, la traque (molle) de Morel par les autorités, les conflits d'intérêt entre les engagements des uns et des autres : pour les éléphants, pour l'indépendance, pour la Puissance coloniale, pour la sauvegarde des traditions, pour la marche en avant de l'homme vers la modernité, pour l'intérêt à court terme, pour l'honneur de l'homme, etc. Les Racines du ciel évoque aussi les parcours qui ont conduit chacun à se retrouver là, dans la condition où chacun se trouve. Le roman est à plusieurs voix : le narrateur, bien sûr, mais aussi les témoignages des uns et des autres, le tout dans une mise en forme où ces voix s'entrecroisent pour faire un récit à fort relief.
Ce roman constitue une exception et une mystification dans l'histoire du prix Goncourt, puisque Romain Gary l'avait déjà reçu auparavant en 1956 pour Les Racines du ciel et que le prix ne peut être décerné deux fois au même auteur. Cependant, ce roman fut publié par Gary sous un nom d'emprunt, Émile Ajar, et avec une personne complice jouant le rôle de l'auteur pour les médias, Paul Pavlovitch, un parent de Gary. L'affaire fut révélée seulement à la mort de Romain Gary en 1980, bien que des doutes sur l'identité réelle de l'auteur aient été émis précédemment.
Romain Gary a pris ce pseudonyme à un moment où il était très critiqué, et pour retrouver une certaine liberté d'expression. Un critique de Lire n'hésita pas à critiquer vigoureusement l'œuvre de Gary, pour finir de l'achever en déclarant : « Ajar, c'est quand même un autre talent. »
Par crainte que l'affaire ne donne lieu à des poursuites en justice, Romain Gary décida toutefois de refuser le prix Goncourt, ce qui lui valut des critiques acerbes de la part de plusieurs critiques littéraires (au Figaro et à L'Aurore notamment). Le prix lui est malgré tout remis'Pas à lii mais à Pavlovitch).
Résumé
Madame Rosa, une vieille juive qui a connu Auschwitz et qui, autrefois, se défendait (selon le terme utilisé par Momo pour signifier prostitution) rue Blondel à Paris, a ouvert « une pension sans famille pour les gosses qui sont nés de travers », autrement dit une pension clandestine où les dames qui se défendent laissent leurs rejetons pendant quelques mois pour les protéger (de l'Assistance Publique ou des représailles des proxénètes). Momo, jeune musulman d'une dizaine d’années, raconte sa vie chez madame Rosa et son amour pour la seule « mère » qui lui reste, cette ancienne prostituée, devenue grosse et laide et qu'il aime de tout son cœur. Le jeune homme accompagnera la vieille femme dans ses derniers jours.
La mystification Ajar/Gary ne serait pas passée inaperçue de tous. Dans son roman autobiographique Le Père adopté, Didier Van Cauwelaert rapporte qu'une étudiante de la Faculté de lettres de Nice, qu'il nomme Hélène, aurait préparé, deux ans avant la révélation publique, un mémoire soutenant, au grand désarroi de ses professeurs, que Gary et Ajar étaient une seule et même personne15.
Biographie Emile Ajar
Derrière le pseudonyme Emile Ajar se cache... Romain Gary . L' idée de cette nouvelle identité littéraire lui vient en 1973. Ayant déjà écrit dix-neuf romans, l'auteur souhaite un renouveau. Après la rédaction de 'Gros câlin', il le signe Emile Ajar et l'envoie aux éditions Gallimard. Le manuscrit est refusé et Gary tente sa chance chez Mercure de France qui accepte immédiatement de le publier. Considéré comme un premier roman, le livre est bien accueilli par la critique. Mais très vite le doute s'installe quant à l'identité véritable d'Emile Ajar, l'assimilant tantôt à Raymond Queneau, tantôt à Louis Aragon. En 1975, Romain Gary décide de mettre un terme aux rumeurs en associant une personne physique au nom d'Emile Ajar. A la parution de 'La Vie devant soi', un parent de Gary, Paul Pavlovitch, endosse le rôle d'Emile Ajar. La même année, l'auteur factice obtient le prix Goncourt. Dès lors, un problème se pose : le prix ne pouvant être décerné qu'une fois au même auteur et Romain l'ayant déjà reçu en 1958, l'avocate de ce dernier lui conseille de le refuser. Mais Paul Pavlovitch, pris au jeu, décide de l'accepter. En 1979 paraît le dernier roman d'Emile Ajar, 'L' Angoisse du roi Salomon'. L'année suivante, Romain Gary met fin à ses jours. Le personnage d'Emile Ajar lui survivra quelques mois jusqu'à ce qu'un communiqué de l'AFP dévoile sa véritable identité.
Ajoutons qu'Ajar et Gary ne furent pas ses seuls pseudonymes puisqu'il est aussi l'auteur d'un polar politique, sous le nom de Shatan Bogat Les Têtes de Stéphanie, et d'une allégorie satirique signée Fosco Sinibaldi (les lettres s, i et n masquant les g, a et r de Gar-ibaldi) L'Homme à la colombe.
Renommée et postérité
Plaque en mémoire de Romain Gary apposée sur son domicile parisien au n° 108 de la rue du Bac
Méprisé par la critique de son vivant, considéré comme auteur « réactionnaire » parce que diplomate gaulliste, Gary, qu'on ne cesse de redécouvrir aujourd'hui, fit avec l'épisode Émile Ajar un véritable pied de nez au Tout-Paris littéraire, notamment parce que le prix Goncourt n'est en réalité attribuable q'une seule fois.
Ivan MOSJOUKINE (1889 ? / 1939)
Fils de grands propriétaires terriens, Ivan Mosjoukine fut l'un des membres de la communautés cinématographique des «Russes Blancs» qui émigrèrent en France lors de la Révolution d'Octobre.
Fuyant le bolchevisme, pour des raisons qui n'ont rien à voir à celles que l'on comprendrait aujourd'hui - le grand acteur ramène en France, avec ses compagnons d'exil, outre quelques films russes qui y seront distribués (comme «Le Père Serge» de Jacob Protozanoff), son allure slave et ses personnages d'amants passionnés.
Après avoir réussi une seconde carrière dans notre pays, celui dont Romain Gary pensera être le fils (issu d'une "rencontre" réelle de l'acteur avec la comédienne Nina Kacewa), connaîtra l'échec aux Amériques, avant de mourir à Paris, oublié et ruiné.
De son Iowa natal au Paris de la Nouvelle Vague, Jean Seberg a incarné un idéal féminin pour toute une génération. À la fois américaine et française, elle connaît son premier triomphe avec le personnage de Jeanne d'Arc qu'elle incarne dans le film d'Otto Preminger. De ce moment-là, le destin de Jean Seberg est scellé. De Bonjour Tristesse, de Preminger et d'après Sagan, à À bout de souffle de Godard avec Belmondo pour partenaire, elle devient célèbre grâce à sa fraîcheur, sa beauté et sa spontanéité.
Sa vie privée tumultueuse et son mariage avec Romain Gary ont fait d'elle, au-delà de la star, une figure de la vie culturelle des années 1960. Elle est parmi les premières actrices à prendre des engagements politiques pour faire entendre la voix des Noirs américains alors opprimés... Sa mort mal élucidée met un point final mystérieux à son existence.l
Après Judith Gautier en 1910, Colette est la deuxième femme élue membre de l’Académie Goncourt en 1945. Elle en est également la première femme présidente, entre 1949 et 1954.
Biographie
Colette en 1896, par Jacques Humbert.
Dernière des quatre enfants (deux filles et deux garçons) de Sidonie Landoy (« Sido ») et du capitaine Jules-Joseph Colette (saint-cyrien, zouave qui a perdu une jambe lors de la bataille de Melegnano et est fait percepteur à Saint-Sauveur-en-Puisaye), celle qui deviendra Colette a vécu une enfance heureuse à Saint-Sauveur-en-Puisaye, gros village de Bourgogne Adorée par sa mère comme un « joyau tout en or » au sein d’une nature fraternelle, elle reçoit une éducation laïque. Sido, féministe et athée convaincue qui ne craint pas de troubler le curé de Saint-Sauveur avec son chien ou de lire Corneille caché dans un missel, lui apprend l'art de l'observation, notamment dans le jardin donnant sur la cour de la maison.
La jeune Colette lit très tôt les grands classiques et prend des leçons de français comme de style auprès de son père, grand lecteur de journaux. Sido ayant des goûts de luxe que son mari ne sait lui refuser, la famille ruinée doit quitter Saint-Sauveur et s’installe en novembre 1891 à Châtillon-sur-Loing. Adolescente, Colette rencontre Henry Gauthier-Villars, séducteur compulsif surnommé « Willy », avec qui elle se marie le 15 mai 1893 à Châtillon-sur-Loing. Willy, critique musical très influent et auteur de romans populaires, est un viveur parisien qui fait également travailler à son profit une équipe de collaborateurs dans son atelier parisien de la maison d’édition Gauthier-Villars au 55 quai des Grands-Augustins, dans laquelle s'installe le couple au dernier étage. Il introduit Colette dans les cercles littéraires et musicaux de la capitale où la jeune femme fait sensation avec l'accent rocailleux de sa Bourgogne natale. Vite saisi par les dons d’écriture de sa jeune épouse, Willy l'utilise elle aussi comme nègre littéraire (le premier manuscrit de Colette date de 1893 puis dès 1895 l’engage à écrire ses souvenirs d’école, qu’il signe sans vergogne de son seul nom. Cela donne Claudine à l'école, bientôt suivi d’une série de Claudine (La Maison de Claudine, Claudine à Paris, Claudine en ménage, etc.), qui sont donc publiés sous le nom du seul Willy.
Willy est, entre autres, l'amant de la femme d'Emile Cohl, Marie-Louise Servat, avec laquelle il avait eu un fils, Jacques Henry Gauthier-Villars (ce fils de Willy est né avant que celui-ci ne commence à fréquenter Colette, en 1889, et donc bien avant son mariage avec elle, c'est d'ailleurs en mettant cet enfant en nourrice à Châtillon-Coligny qu'il a commencé à fréquenter Colette). Colette, jalouse et consternée de devoir être enfermée dans un rôle d’épouse bafouée, se libère de plus en plus de cette tutelle. En 1905, elle publie le premier livre sous son nom de Colette Willy, Dialogues de bêtes. Encouragée par le comédien et mime Georges Wague (1874-1965), elle commence alors une carrière au music hall (1906-1912), où elle présente des pantomimes orientales (« la première mime féminine de mon temps » écrit-elle) dans des tenues très légères (la Préfecture de Police interdit notamment son spectacle de pantomime nu sous une peau de panthère), puis se produit au théâtre Marigny, au Moulin Rouge, au Bataclan ou en province (ces spectacles transparaîtront dans La Vagabonde ou L’envers du music-hall). Ce sont des années de scandale et de libération morale : elle divorce de Willy en 1906, connaît plusieurs aventures féminines, notamment avec Mathilde de Morny (Missy), fille du duc de Morny et sa partenaire sur scène, en 1911, chez qui elle vit le plus souvent et qui lui a offert la villa Roz Ven à Saint-Coulomb en Bretagne, ou Natalie Clifford Barney dite « l'Amazone ». Durant toute cette période, Colette chemine aussi dans sa vocation d'écrivain. Elle publie des ouvrages évoquant ces années, comme La Vagabonde, L'Envers du music-hall ou En tournée.
Colette mime, en 1907.
Colette fréquente assidûment la Côte d'Azur. Elle séjourne un temps dans sa villa de Guerrevieille, à Sainte-Maxime, puis elle s'installe plus longuement à La Treille-Muscate, à Saint-Tropez(auquel elle consacre de nombreux essais ou romans comme La Naissance du jour, Bella Vista, Prisons et paradis ou Journal à rebours), qu'elle quitte en 1938 en se plaignant de l'affluence trop importante de touristes à la suite de la promotion de son maire Léon Volterra. Colette vend alors sa villa à Charles Vanel.
En 1932, Colette, qui a besoin de gagner sa vie, ouvre rue de Miromesnil à Paris un institut de beauté.
Pendant l'Occupation, Colette séjourne quelques mois chez sa fille en Corrèze dans le village de Curemonte puis revient à Paris, avec Maurice Goudeket (qu'elle sauva de la Gestapo), passer toute la durée de la guerre dans son appaartementdu Palais-Royal au 9 de la rue de Beaujolais. Immobilisée dans sa « solitude en hauteur » dans son « lit-radeau » (offert par la Princesse de Polignac) par une arthrite de la hanche, elle continue d'écrire à partir des fenêtres, véritables portes ouvertes sur le monde.
En 1945, Colette est élue à l'unanimité à l'Académie Goncourt, dont elle devient présidente en 1949. Ayant vite compris que la célébrité passe par la maîtrise de son image, elle devient l'écrivain la plus photographiée du XXe siècle4. Les Œuvres complètes de Colette sont publiées en quinze volumes par la maison d'édition Le Fleuron, créée par Maurice Goudeket. En 1952 elle interprète son propre personnage dans le documentaire que lui consacre Yannick Bellon intitulé simplement Colette et qui est devenu un classique du genre, puisqu'il s'agit du seul film qu'elle interprète
En 1953, elle est élevée à la dignité de grand officier de la Légion d'Honneur. Elle compte Jean Cocteau parmi ses voisins.. Sur ses vieux jours, celui qu'elle surnomme « son meilleur ami », c'est-à-dire Maurice Goudeket, l'aide à supporter son arthrose.
Elle meurt le 3 août 1954.
En dépit de sa réputation sulfureuse et du refus par l'Eglise catholique d'un enterrement religieux, Colette est la première femme à laquelle la République ait accordé des obsèques nationales. Elle est enterrée au Cimetière du Père Lachaise à Paris. Sa fille repose à ses côtés.
tombe de Colette (cimetière du Père Lachaise)
« Vu le commis voyageur Willy bardé de jeux de mots et d'à-peu-près à rendre jaloux le plus exubérant rat-de-table d'hôtes. Près de lui Colette, plus Polaire que jamais, avec sa mine d'enfant gâté et méchant, de cancre femelle, insupportable et contente d'elle. »
Après son divorce, Colette a une brève liaison avec Auguste-Olympe Hériot, rencontré à la fin de 1909. Puis elle fait la connaissance de Henry de Jouvenel, politicien et journaliste, qu'elle épouse en 1912 et qui l'engage à donner quelques billets et reportages au journal Le Matin, dont il est le rédacteur en chef. De lui, à Castel Novel de Varetz (Corrèze), elle aura sa seule enfant, Colette Renée de Jouvenel, dite « Bel-Gazou » (« beau gazouillis » en provençal). À plus de quarante ans, alors que son mari la trompe, elle joue un rôle d'initiatrice à l'amour auprès du fils de son époux, Bertrand de Jouvenel qui n'a pas encore dix-sept ans. relation qui durera cinq années et nourrira les thèmes et les situations dansLe Blé en herbe. Pour ce qui concerneChéri, c'est un fantasme devenu réalité, puisque le livre est publié en 1920 alors que sa conception remonte à 1912, soit quelques années avant sa liaison avec Bertrand de Jouvenel. Le divorce d'avec Henry de Jouvenel sera prononcé en 1923. Comme elle le fera pour Willy dans Mes apprentissages, Colette se vengera de son ex-mari par un roman, Julie de Carneilhan.
En juin 1919, Colette, directrice littéraire du journal Le Matin, contacte Léopold Marchand, figure marquante du théâtre entre les deux guerres, pour contribuer à une nouvelle rubrique dénommée Mille et un Matins. C'est au Matin que Colette embauche Hélène Picard, qui devient par la suite son amie, comme secrétaire. Colette invite Léopold Marchand dans sa demeure bretonne de Roz Ven à Saint-Coulomb près de Saint-Malo. En 1921, Léopold Marchand collabore avec Colette à l’adaptation théâtrale de Chéri. Il s'occupe de la mise en scène deChériet joue même un rôle. En 1923, Léopold Marchand adapte pour le théâtre le roman de ColetteLa Vagabonde. Colette a publié dans La Jumelle noire l'ensemble des critiques littéraires qu'elle a écrites sur les pièces de Léopold Marchand.
Mélomane avertie, Colette collabore avec Maurice Ravel entre 1919 et 1925 pour la fantaisie lyrique L'Enfant et les Sortilèges. Elle a été l'amie de la reine Elisabeth de Belgique, de Marguerite Moreno, de Renée Vivien, et a eu quelques brouilles avec la célèbre demi-mondaine de la Belle Epoque, Liane de Pougy.
Elle rencontre son troisième mari, Maurice GOUDEKET, en accompagnant son amie Marguerite Moreno, chez Madame Andrée Bloch-Levalois, au début de l'année 1925.
Colette arrive à se démarquer de ses contemporains (André Gide, Romain Rolland ou encore Jean Giraudoux) grâce aux sujets qu'elle aborde. Elle montre un style épuré mais élevé. Elle trouve sa place parmi les romanciers régionalistes qui se sont imposés durant l'entre-deux-guerres, à travers, entre autres, les descriptions de sa région natale, la Bourgogne.
Une attention croissante à la justesse des mots, notamment lorsqu’ils sont chargés d'exprimer l'effusion dans la nature, une sensualité librement épanouie pour revendiquer les droits de la chair sur l'esprit et ceux de la femme sur l’homme, voilà quelles sont les lignes de force de cette écriture.
Par ailleurs, l'écriture de Colette est plus complexe et moderne qu'elle ne semble le laisser supposer au premier abord.
Palais Royal, sa « petite province » et sa dernière demeure.
En 1999, Serge Doubrowski, inventeur du terme moderne d'autofiction qu'il appréhende en dernier ressort comme une variante de l'autobiographie, considère Colette comme une pionnière illustrant sa conception : « On découvre quand même chez Colette, un livre qui s'appelle La Naissance du jourqui a paru en 1928 et qui, à l'origine,portait sur son péritexte le sous-titre roman. Et dans le roman de Colette, La Naissance du Jour, on trouve un personnage de femme âgée qui s'appelle Colette. Ensuite, on apprend qu'elle a écrit les Claudine. Bref, elle s'est mise en scène comme le personnage d'un roman écrit par Colette sur Colette. »
Colette et la Belgique
Les liens entre Colette et la Belgique sont étroits. Son grand-père combattit à la Bataille de Waterloo, son oncle fut directeur des casinos d'Ostende et sa mère, Sidonie Landoy, dite « Sido », au décès de ses parents, alla rejoindre ses frères journalistes à Bruxelles où elle vécut de longues années. À l'âge de six ans, elle a séjourné dans la commune de Saint-Josse-ten-Noode au numéro 25 de la rue Botanique.
Contre toute attente, Sido a découvert et partagé la vie d'artistes en vue : peintres, écrivains et musiciens. Mais sans dot ni métier, elle s'est résignée au mariage et est repartie dans l'Yonne. Cependant elle n'oublia pas la Belgique et conta ses charmes à sa fille, Colette. Dans les Lettres à Missy, Colette fait plusieurs fois mention de ses passages à Liège ou à Bruxelles où elle se rendait lors de ses tournées et séjournait notamment à lhôtel Métropole — qui existe toujours Place de Brouckère. Le 14 mai 1909, lors d'une étape de sa tournée Claudine à Liège, Colette se laisse séduire par la ville, la trouvant « la plus française des villes belges » — par allusion aux grands magasins qui s'y développaient, comme à Paris.
Elle séjourne aussi plusieurs fois à Bruxelles, notamment du 4 au 17 février 1910, où elle présenteLa Chair — pièce de Georges Wague — qui fera scandale car elle y paraissait dévêtue. Dans son édition du 6 février, le journal Le Soir relate cet événement avec un grand engouement pour les comédiens : « La pantomime La Chair qui a eu un grand succès à Paris et sur laquelle M. Chantrier a écrit une musique charmante, a été interprétée avec conviction par Colette Willy, Christine Kerf et Georges Wague ».
En 1922,Georges Simenon, alors rédacteur au journal liégeoisLa Gazette de Liège, se rend à Paris et rencontre Colette, directrice littéraire du journal « Matin ». Il travaille comme secrétaire chez l’écrivain Binet-Valmer et commence à lui envoyer des textes. Dans un premier temps, Colette les refusera tous. Pourtant, « la petite idole » retient enfin son attention malgré le scepticisme quant à son écriture. En effet, elle le jugera trop littéraire et lui conseillera de ne pas faire de la littérature. Simenon ne le comprit pas directement mais essaya une écriture plus simple. Le 27 septembre 1923, la romancière accepte finalement de le publier. Simenon rendra hommage plus tard aux précieux conseils reçus de l'écrivaine. Lorsque Colette fut primée à l’Académie Goncourt, le 2mai1944, elle reçut une lettre de Simenon la félicitant. Elle y répondit : « Cher Simenon, merci. Tout le monde est si gentil que je n’ai plus de papier à lettres ! Je viens de lire La Fuite de Monsieur Monde. Cette profonde tristesse de vos héros me frappe beaucoup. Une grande poignée de main. »
L’Académie royale de langue et littérature françaises élit Colette en remplacement de la Comtesse de Noailles. L’honneur fut reçu par Colette et la décision approuvée par le roi Léopold III malgré les reproches de son commerce esthétique et sa relation avec Mathilde de Morny, dite Missy. Même la reine Élisabeth, son amie et mère de Léopold III, lui adressa une lettre de félicitations.
Colette rencontra la Reine Elisabeth de Bavière en novembre 1931. Elle rapporte cette rencontre dans Paris-Soir, le 13octobre1938. Elle décrit la beauté de la jeunesse persistante de cette reine-artiste. Leur amitié a duré jusqu’à la mort de la romancière. Colette accueillit la reine chez elle le 2 avril 1946, après son élection à l’académie Goncourt. Alors qu’elle commençait à avoir certaines difficultés à marcher dues à son arthrite, la reine se rendit à plusieurs reprises à son chevet. Toutefois, si elle ne pouvait rendre visite à Colette, elle lui envoyait des lettres, des présents et des promesses de visite. Cette promesse fut tenue le 10mars1949. C’est lors de ces retrouvailles que Colette offrit son unique exemplaire de Pour un herbier. Quatre jours plus tard, elle décrivait la reine Élisabeth dans Les Lettres aux Petites Fermières : « C’est une des rares créatures qui inspirent le dévouement, tant elle est prodigue d’elle-même. » De même que pour la reine, Colette comptait parmi ses amis particuliers.
La bisexualité tient un rôle primordial dans la vie de Colette, autant dans son existence personnelle que dans son œuvre artistique.
Si son mari Henry Gauthier-Villars exige d'elle une fidélité hétérosexuelle (que lui-même ne respecte pas), il n'a aucune objection à ce que Colette expérimente une vie extra-maritale avec des femmes. En 1906, Colette quitte son mari et s'engage plus ou moins publiquement dans une relation amoureuse avec la Marquise de Belbeuf. Un soir, Colette et la Marquise choquent l'audience durant une représentation au Moulin Rouge aux tonalités ouvertement homoérotiques : une scène de baiser entre les deux femmes cause un énorme scandale, cette affaire déclenchant jusqu'à l'intervention du préfet de police de Paris. Après cet épisode lesbien, Colette se marie avec Henry de Jouvenel en 1912, dont elle était tombée éperdument amoureuse lors de sa première rencontre quelques mois auparavant. De ce mariage est issue une fille. Après une liaison avec le jeune fils du premier mariage de son mari, Bertrand de Jouvenel, âgé de 17 ans, Colette s'est finalement mariée une troisième et dernière fois, à Mauride Goudeket en 1935.
Du côté de sa production littéraire, la bisexualité est également un élément récurrent de son œuvre, à commencer par sa série de romans Claudine, ses tous premiers romans, qui dépeignent, outre la protagoniste, de nombreuses femmes bisexuelles. Ainsi, une partie des thèmes abordés dans sa littérature est autobiographique. Colette est également l'auteur d'un ouvrage de réflexion sur l'Amour et la sexualité, Le Pur et l'Impur, qui puise dans des exemples d'expériences hétérosexuelles comme homosexuelles.
Pour toutes ces raisons, Colette a été étiquetée « Reine de la bisexualité » par Julia Kristeva.
1938 : La Jumelle noire (quatre tomes de recueil de critiques littéraires et cinématographiques : tome I (1934), tome II (1935), tome III (1937), tome IV (1938))
2003 : Lettres à sa fille (1916-1953), réunies, présentées et annotées par Anne de Jouvenel, Gallimard, collection Blanche. (Réédition Gallimard, collection Folio (No 4309), 2006).
2009 : Lettres à Missy, édition présentée et annotée par Samia Bordji et Frédéric Maget, Paris, Flammarion.
2004 : Colette Lettres à Tonton (1942-1947) réunies par Robert D., édition établie par François Saint Hilaire, Édition Mille et Une Nuits Colette n°437
2012 : Sido, Lettres à Colette, édition présentée et annotée par Gérard Bonal, éditions Phébus.
2014 : Un bien grand amour. Lettres de Colette à Musidora, présentées par Gérard Bonal, L'Herne.
Autres publications posthumes
Illustration de Lelong
pour Les Vrilles de la vigne, 1930
Toby-chien par Lelong Les Vrilles de la vigne, 1930
1992 : Histoires pour Bel-Gazou (nouvelles), Hachette, Illustrations Alain Millerand
2010 : Colette journaliste : Chroniques et reportages (1893-1945), inédit. Présentation de G. Bonal et F. Maget.
2011 : J'aime être gourmande, présentation de G. Bonal et F. Maget - introduction de G. Martin, coll. Carnets, L’Herne, Paris.
En 1956 est créée la Société des amis de Colette association reconnue d'utilité publique qui publie depuis 1977 les Cahiers Colette, rassemblant des inédits de l'auteur, des témoignages et des études originales5.
Un Musée COLETTE a été créé dans le château dominant la maison natale de Colette, maison bourgeoise sise rue de l’Hospice - devenue rue Colette.
Le Musée COLETTE, dans le Château de St Sauveur-en-Puisaye, extérieurs et intérieurs et à la fin, la maison de Colette. Photos prises par Christian Vancau ce 31 août 2014
Et voici la documentation écrite que j'ai pu ramener du Musée Colette
Colette et Marguerite MORENO à TOUZAC
Où Colette aimait-elle se resourcer???
Chez son amie de toujours Marguerite MORENO dans le Lot à TOUZACà la SOURCE BLEUE
Il est d'abord connu pour son livre Au nom de tous les miens (1971), dans lequel il décrit une partie de sa vie et notamment le drame d'avoir perdu à deux reprises toute sa famille, d'abord dans les camps d'extermination nazis, puis dans l'incendie de sa maison dans le Sud de la France. Rédigé par le journaliste Max Gallo, ce livre a été réputé mêler fiction et réalité. Ce témoignage est par conséquent sujet à controverse.
Biographie
« Faire que les blessures deviennent, si l'espérance l'emporte sur la souffrance, les veines dans lesquelles ne cesse de battre le sang de la vie. » (Martin Gray). Monument érigé non loin de sa résidence bruxelloise2.
Seconde Guerre mondiale
Le , les nazisenvahissent la Pologne. Martin Gray a alors dix-sept ans. Transféré dans le ghetto de Varsovie où son père travaille au Judenrat, il trouve le moyen d'en sortir en soudoyant des soldats nazis et devient ainsi un contrebandier. Plusieurs fois par jour, il fait des aller-retour pour ramener de la nourriture dans le ghetto grâce aux tramways. Lors d'une rafle, son père est attrapé pour être déporté. Grâce à ses connaissances, Martin lui sauve la vie en l'aidant à s'échapper.
Plus tard, sa mère, ses deux frères et lui-même sont déportés à Treblinka, où sa mère et ses frères sont exterminés immédiatement. Compte tenu de sa santé physique, il n'est pas tué, et travaille dans divers kommandos, dont les sonderkommandos, qui sont chargés d'extraire les corps des chambres à gaz. Il réussit à s'échapper de ce secteur et à retravailler dans les secteurs de réception des déportés.
Il travaille alors dans un kommando chargé de trier le linge et de le charger dans les wagons. Il peut ainsi s'enfuir de Treblinka en se camouflant dans un wagon. De nuit, il se jette hors du train et traverse divers villages où il informe la population de ce qui se passe à Treblinka, mais personne ne le croit.
À son retour à Varsovie, il retrouve son père, qu'il croyait mort, mais qui, quelques jours plus tard, lors de l'insurrection du ghetto, sera abattu devant ses yeux, parmi un groupe de Juifs qui s'étaient jetés sur des SS après s'être rendus.
Après la guerre, il décide d'aller rejoindre sa grand-mère maternelle à New York en 1947.
Il s'y enrichit en vendant à des antiquaires américains des porcelaines et des lustres non antiques, qu'il fait fabriquer en Europe.
Citoyen américain en 1952, il rencontre Dina Cult en 1959qui devient son épouse. Ils s'installent dans le Sud-Est de la France, à Tanneron, non loin de Mandelieu, où il devient exploitant agricole.
Le , lors de l'incendie du Tanneron, il perd son épouse et ses quatre enfants. Au bord du suicide, il déclare avoir décidé de lutter pour devenir un témoin et trouver encore une fois la force de survivre, l'écriture devenant alors, d'après lui, une thérapie.
Depuis, Martin Gray s'est remarié deux fois et est père de cinq enfants.
En 2001, après plus de quarante ans passés dans le Var, Martin Gray s'installe en Belgique, à Uccle, dans l'agglomération de Bruxelles. À partir de 2005, il habite à Cannes. En 2012, il s'installe à Ciney dans le Condroz belge où il est fait citoyen d'honneur le 21 juillet 2013. Il est retrouvé mort à son domicile dans la nuit du 24 au 25 avril 2016.
Activités philanthropiques
Fondation Dina Gray
S'attachant à faire vivre le souvenir des siens, il crée la fondation Dina Gray18 à vocation écologique, chargée de lutter contre les incendies de forêts et pour la protection de l'Homme à travers son cadre de vie.
Malgré une douzaine d'ouvrages publiés, Martin Gray dit ne pas se considérer lui-même comme écrivain, mais plutôt comme un témoin. « Je n'écris pas, je crie », affirme-t-il dans une interview en 2004.
Ses livres sont au service de ses activités philanthropiques, comme le montre la préface de Max Gallo à Au nom de tous les miens : « Martin Gray voulait dire sa vie. Parce que, pour les siens disparus, pour lui-même, pour sa fondation, il avait besoin de parler, besoin qu'on sache. »
Controverse
Une controverse existe au sujet d’Au nom de tous les miens. Gitta Sereny accuse Gray et Max Gallo d'avoir inventé le séjour de Gray à Treblinka. Pierre Vidal-Naquet, après avoir d'abord emboîté le pas à Gitta Sereny, s'est laissé convaincre par des attestations fournies par Martin Gray et a retiré ses accusations contre lui, mais a continué à reprocher à Max Gallo d'avoir pris des libertés avec la vérité.
En 2010, Alexandre Prstojevic, universitaire spécialiste de littérature, mentionne dans une même phrase les livres de Martin Gray, de Jean-François Steiner et de Misha Defonseca comme exemples de récits « qui ont tous en commun de laisser planer un doute sur l'identité de leurs auteurs et la réalité de leur présence durant les événements relatés ».
(en)For Those I Loved (trad. de Anthony White, 1972, puis de Anne-Marie Dujany, 2006) ; 2006, Hampton Roads Publishing Company, Inc. 432 p.(ISBN1-5717-4527-0 et 978-1-5717-4527-9)
(en)A Book of Life: To Find Happiness, Courage and Hope (trad. de Michael Roloff) : 1975, Seabury Press, 213 p,(ISBN0-8164-9225-5 et 978-0-8164-9225-1)
2013 : citoyen d'honneur de la ville de Ciney en Belgique.
Au Nom de Tous les Miens
Paris, 1971
Martin Gray a subi les épreuves les plus atroces. Trois fois la mort a frappé à ses côtés les êtres qui lui étaient chers, le laissant seul survivant : sa mère et ses frères tués dans la chambre à gaz du camp de Treblinka, son père abattu sous ses yeux à la tête des insurgés du ghetto de Varsovie. Le 3 octobre 1970, sa femme Dina et ses quatre enfants mouraient dans l'incendie de forêt du Tanneron.
Martin Gray a voulu qu'un livre rende hommage à la mémoire de ceux qu'il a perdus, à la mémoire aussi de tous ceux qui ont disparu comme les siens. Son récit est l'un des plus bouleversants qui se puissent lire.
Le livre de la vie
Le Livre de la Vie
Paris, 1973
Cet ouvrage a obtenu le prix du Mérite littéraire « Dag Hammarskjöld ».
Dans ce livre qui est la suite d’Au nom de tous les miens, Martin Gray analyse sa vie après le décès de son épouse Dina et de ses quatre enfants lors de l’incendie survenu à Tanneron le 3 octobre 1970.
Pendant dix ans, l’écrivain avait vécu des moments de bonheur avec sa famille ; il nous les fait partager. Ensuite survient le drame. Martin Gray perd les siens pour la seconde fois. Durant des semaines, il vit dans leur souvenir, ne changeant aucun jouet de place.
Il nous dévoile aussi les problèmes, les malheurs d’autres couples. Il nous décrit comment ceux-ci réagissent face aux épreuves de l’existence. Dans la vie, la passion que l’on voue à quelque chose peut nous aider à vivre, à aller plus loin. Martin Gray nous apprend aussi combien « l’autre » peut nous réconforter, nous redonner espoir grâce à une simple parole, un geste bénin. Tout comme cette vieille femme qui vint un jour le voir, non pour lui demander un autographe, mais pour le remercier d’avoir redonné courage à sa petite fille.
Ce livre est destiné à chaque homme qui, un jour, s’est interrogé sur le sens de sa vie ; a rencontré le désespoir, la tristesse, afin qu’il retrouve « le bonheur, le courage et l’espoir » par lui-même.
On remarquera que chaque chapitre se termine par un dessin : un arbre. Celui-ci a été dessiné par Cécile, la fille d’un imprimeur, ami de Monsieur Gray. « Elle avait du talent malgré ses 12 ou 13 ans. De plus, le thème de l’arbre a été choisi car il est le symbole de l’Homme. L’un et l’autre vont ensemble ».
Les Forces de la Vie
Paris, 1975
Ce livre, Martin Gray l'a écrit pour aider les personnes qui s'interrogent sur le sens de la vie.
Pour ceux qui cherchent comment exprimer la richesse, l'invention, le besoin d'amour qu'ils portent en eux. Ce n'est donc pas un roman. Il comprend des exercices à pratiquer chez soi afin de se connaître et de savoir rester maître de soi.
Nous noterons qu'il est parsemé d'interrogations ainsi que de pages blanches lignées pour que le lecteur puisse y inscrire ses réflexions personnelles.
Les pensées de notre vie
Les Pensées de notre Vie
Seghers, 1976
Martin Gray reprend les pensées exprimées en italique dans le Le livre de la vie et les développe plus amplement. Il s'agit en quelque sorte d'un résumé du second livre.
La Vie Renaîtra de la Nuit
Paris, 1977
Ce livre, Martin Gray l’écrit pour son épouse, « pour Virginia, qui m’a donné Barbara ».
Le premier chapitre nous présente un homme confronté avec la joie que la naissance de sa fille Barbara lui procure et le tourment qui le ronge lorsqu’il pense aux siens exterminés à Treblinka, ou tragiquement disparus lors de l’incendie de Tanneron, sept ans plus tôt.
Ayant laissé son épouse à l’hôpital, Martin Gray se dit qu’il est « heureux ». Cependant, il n’arrive pas à l’admettre. Ses souvenirs le tourmentent. Il n’a plus le courage de vivre. En rentrant chez lui en voiture, il adopte une conduite plus que dangereuse sur la route des « Barons », afin de provoquer la Mort. Lorsqu’il retourne chercher son épouse et sa fille, Martin Gray est en paix avec le passé.
Ensuite, Martin Gray nous dépeint les sept années qui ont précédé sa rencontre avec Virginia, sa jeune épouse. Ces sept années sont peuplées de doutes, de questions, d’espoir et de désespoir, d’insinuations scandaleuses quant à la perte des siens. Mais il y a aussi les amis qui, par leur sollicitude, constituent un facteur d’encouragement.
Le Nouveau Livre
Paris, 1980
Dans ce livre, Martin Gray traite de 365 thèmes différents. Un thème pour chaque jour de l’année. Cela va de la naissance à la mort, en passant par l’amour, la vie et d’autres sujets qui peuplent notre quotidien.
J'écris aux hommes de demain
J'écris aux hommes de demain
Paris, 1983
Comme le titre l'indique, dans ce livre, Martin Gray s'adresse « aux hommes de demain », aux générations à venir qui devront vivre dans le monde que nous leur aurons laissé, un monde d’incertitude, tournant entre « la haine et l’amour », la tendresse et la violence, l’amitié et la haine, l’exploitation d’autrui.
La maison humaine
La Maison Humaine
Paris, 1984
« J’ai donné la forme d’une fable à ce qui surgit de ma mémoire. Jadis, dans une ville complètement détruite, alors que je n’étais q’un combattant malheureux errant parmi les décombres, j’ai découvert au milieu des ruines et dans la nuit, une petite fille. Et j’ai essayé, en ce temps-là déjà, de construire pour cet enfant une Maison humaine ».
Entre la haine et l'amour
Entre la haine et l'amour
Paris, 1990
« A ceux que le présent et l’avenir inquiètent et qui ne se résignent pas »
« On n’attend pas l’avenir comme on attend un train. L’avenir, on le fait »
(Georges Bernanos)
Voilà la première page, l’introduction de ce nouveau livre dans lequel Martin Gray nous confie qu’il a peur, non pas de mourir car la mort vient toujours un jour, mais cette crainte qu’il éprouve est pour le futur de ses enfants, de tous les enfants.
Pour vous, vos enfants, pour moi et les miens, pour chacun de nous, les dix ans qui viennent sont le moment du grand choix de nos vies.
L'an 2000 est à nos portes. Sera-t-il pour nous, nos enfants, un âge barbare, celui de la haine, ou bien, parce que nous avons les moyens, le temps de l'amour ?
J'ai parcouru le monde, j'ai vu notre temps tel qu'il est. L'aventure de notre futur, de notre avenir commence ici.
Vivre debout
Vivre debout
Paris, 1990
Partant d’un « fait divers » survenu en Grande-Bretagne, Martin Gray essaie de comprendre ce qui a pu pousser deux enfants de dix ans à torturer, puis à tuer, un autre enfant de trois ans. Ce drame lui permet d’introduire le thème de son livre : pourquoi cette haine, cette destruction de l’autre ; pourquoi cette crise ?
La prière de l'enfant
La prière de l'enfant
Paris, 1994
Un matin, alors qu’il n’était encore qu’un enfant, Martin Gray est entré dans la chambre de ses parents. Ceux-ci étaient assis dans le lit et avaient passé leurs bras au-dessus des épaules l’un de l’autre : leurs têtes se touchaient. Il les avait contemplés et, goûtant à cette paix, il s’était mis à prier « pour que cet instant dure toujours ».
Au nom de tous les hommes
Au Nom de Tous les Hommes
Seghers 2004
"J'avais depuis dix ans choisi le silence. Mais comment ne pas crier quand me senfants, mes proches, mes lecteurs m'interrogent. Ils sanvent que je suis un témoin de la barbarie. Est-ce que cela recommence ? me demandent-ils.
Ils parlent de cimetières profanés. Des mots de haine. De la guerre. De l'inquiétude. Est-ce que l'injustice, le racisme, la violence vont toujours obscurcir l'avenir des hommes ? Je dois répondre à ces angoisses. je dois montrer d'autres chemins pour l 'homme. Je dois dire que l'espoir demeure. Je veux qu'on entende ma colère, et aussi mon espérance."
A quatre-vingt-deux ans, Martin Gray est la mémoire vivante de la tragédie du XXè siècle, et l'incarnation de l'espoir dans la vie. Evadé du camp d'extermination de Treblinka, combattant du ghetto de Varsovie, il entre en vainqueur à Berlin avec l'armée russe. Aux ETats-Unis, il fait fortune. En France, où il vit, la tragédie le frappe de nouveau. Sa femme et ses quatre enfants succombent dans un incendie de forêt près de Cannes. De ce malheur, il fait une force. Ses livres, Au nom de tous les miens et dix autres ouvrages apportent, sagesse, raison de vivre et d'espérer à àdes millions de lecteurs dans le monde.
Au nom de tous les hommes est un cri de colère, un acte de fraternité et un message d'espoir.
Martin Gray : Le survivant
Toute sa vie, la mort lui a soufflé dans le cou. Après l'avoir traquée durant les années où il vivait dans le ghetto de Varsovie, elle a d'abord frappé sa mère et ses jeunes frères qui ont été gazés dans un camp de la mort. Quelques semaines plus tard, il voyait son père tomber sous les balles lors d'une rafle nazie. Après la guerre, il reconstruit sa vie aux États-Unis puis en France où le destin lui devait bien de le laisser vivre des moments plus heureux. Mais celui-ci a plutôt choisi de le plonger encore dans le drame de voir sa femme Dina et ses quatre enfants périr dans un incendie de forêt en 1970. C'est l'écriture du livre Au nom de tous les miens qui l'a sauvé du désespoir. Ce livre fut traduit en 26 langues, s'est vendu à 30 millions d'exemplaires et a été porté à l'écran. Parlant six langues, Martin Gray donne aujourd'hui des conférences partout à travers le monde, afin de mettre en garde les jeunes contre des actes de folie possible. À 85 ans, ce père de 5 enfants rendrait fier son père qui lui rappelait : « Souviens-toi que la vie est sacrée ».
En 2004, vous avez publié votre 12e livre Au nom de tous les hommes alors que vous aviez choisi de ne plus écrire. Qu'est-ce qui vous a remis à l'écriture ?
C'est la recrudescence de l'antisémitisme et du fanatisme qui a provoqué cette nécessité. Il m'a suffi d'entendre « Mort aux Juifs » ou « Sale Arabe ». Ma fille m'a raconté avoir vu dans une gare un jeune Juif attaqué, insulté, blessé. Cette haine a accompagné ma jeunesse à Varsovie, dans cette Pologne antisémite où j'ai grandi. Sachant cela, je ne peux pas me taire. Je ne peux pas admettre que le monde n'apprend rien de nos expériences.
Votre livre est à la fois vibrant de colère et rempli d'espoir. Quel est votre message ?
Ce que je veux, c'est alerter, être ce que j'appelle un « démineur ». Je crois que ce qu'on attend de moi c'est que je sois la voix d'un témoin qui doit crier ce qu'il a vu, vécu, ressenti. Comme si tous ceux qui m'ont aimé et qui ont disparu exigeaient de moi que je prenne la parole. Écrire, c'est une manière de les faire revivre. Mais je ne suis pas seulement un homme qui crie, ma vie est aussi faite d'espérance.
Comment s'est passée votre enfance à Varsovie ?
J'ai très peu de souvenirs de mon enfance. Je me souviens avoir vécu dans une famille unie où régnaient l'amour et la fraternité. Je suis devenu adulte d'un seul coup quand la guerre a éclaté. J'étais adolescent et tout d'un coup, je suis devenu une bête traquée poursuivie par des gens qui voulaient me tuer. Moi qui n'avais connu que l'amour, de brusquement faire face à ces animaux au visage d'homme fut une
expérience terrible.
Qu'avez-vous ressenti à la mort de vos parents et de vos frères ?
Ma douleur s'est transformée en combat pour la liberté. C'est la haine qui m'a poussé vers l'avant. C'est terrible à dire, mais la haine est une force. J'avais une haine profonde envers ces bourreaux qui ont tué non seulement mon père, ma mère et mes frères, mais tous les miens autour de moi. J'ai perdu 110 membres de ma famille dans l'Holocauste. C'est ma haine qui m'a poussé dans la résistance puis dans l'armée russe vers la victoire. Quand nous sommes entrés victorieux en Allemagne, je voulais tous les tuer. J'ai vu dans les yeux des hommes, des femmes et des enfants allemands la même frayeur que ce que j'avais vu chez les miens. Alors, je me suis demandé comment je pouvais me venger contre des innocents. Ma haine a disparu pour laisser toute la place à l'amour. À partir de ce jour, l'amour m'a toujours comblé.
Vous avez deux jeunes fils qui sont à l'âge qu'avaient vos frères durant la guerre. Quand vous les regardez, pensez-vous à vos jeunes frères qui n'ont pas survécu ?
J'ai peu connu mes frères. Comme je n'ai pas de souvenirs d'avant la guerre, j'ai eu peu l'occasion de les connaître. Lorsque le mur a été érigé pour former le ghetto de Varsovie, je passais la journée à le traverser en contrebande pour rapporter de la nourriture à ma famille. Je regrette beaucoup de ne pas avoir mieux connu mes frères. Quand je regarde des photos de ma famille aujourd'hui, ça me fait mal de ne pas en savoir plus sur eux.
Après la guerre, vous avez fait fortune puis vous vous êtes installés en France avec votre femme Dina. Les 10 années qui ont suivi ont-elles apaisé les douleurs de votre passé ?
Je n'ai jamais oublié les miens, mais je pouvais maintenant avoir le bonheur de transmettre la vie, moi qui avais vu tant de gens mourir. Dina et moi avons eu quatre enfants qui baignaient dans l'amour, la musique, la joie. Ce furent des années de pur bonheur.
Puis il y a eu l'incendie de forêt. Parlez-moi des premiers mois qui ont suivi la mort de votre femme et de vos enfants.
C'était la deuxième fois que je perdais tous les miens. C'était une dévastation totale. Un médecin m'avait proposé de prendre des calmants pour m'engourdir et m'endormir quelques semaines. J'ai refusé. J'ai affronté la souffrance de façon consciente. Je ne voulais pas souffrir, mais je ne voulais pas oublier les miens.
Durant un an, j'ai passé des nuits à regarder des photos, à frapper ma tête contre le mur, à hurler ma douleur, à serrer contre moi les jouets de mes enfants. La mort de ma famille était comme un cyclone qui m'aspirait vers la mort.
Vous vouliez intensément des enfants pour faire revivre vos frères disparus trop jeunes. Avec la mort de vos enfants, avez-vous revécu la peine d'avoir perdu vos frères ?
La mort de ma famille a rouvert la plaie de la mort de mes parents et de mes frères. Toutes les douleurs se sont confondues. C'est comme si, 30 ans plus tard, le Mal s'était échappé du camp d'extermination de Treblinka pour accomplir son œuvre et me terrasser.
Vous aviez vu plusieurs hommes s'enlever la vie lorsque vous étiez au camp de la mort. Pensiez-vous à eux ?
C'était omniprésent en moi. Les plus vigoureux d'entre nous avaient été affectés à l'horrible tâche d'extraire les corps des chambres à gaz pour les jeter dans des fosses communes. Nous trouvions parfois des enfants qui respiraient encore. Nous les achevions de nos mains pour mettre fin à leur souffrance. Certains de mes camarades y ont vu leur femme, leurs parents, leurs enfants. Lorsque l'un de nous devenait trop épuisé, il était poussé dans la fosse. Alors, chaque nuit, des hommes désespérés se pendaient à une poutre avec leur ceinture, afin d'échapper à cet enfer. Tant de fois j'ai tenté de les convaincre de ne pas se tuer, de ne pas abandonner. Leur souvenir me revenait lorsque j'ai songé moi-même au suicide. Je voulais vivre pour témoigner à leur place. Il m'est arrivé souvent de penser que survivre était ma malédiction.
Où avez-vous puisé la force de revivre après la mort de votre femme et de vos enfants ?
J'ai fait appel à mon père durant cette période : il m'avait dit « La vie est sacrée. Il faut que tu vives, que tu témoignes, que tu continues notre peuple. Tu dois aller jusqu'au bout. » Ces mots venaient de très loin, comme s'ils venaient d'Abraham.
J'avais tellement souvent échappé à la mort durant la guerre qu'il me semblait impossible de me l'arracher maintenant, même si cela aurait mis fin à ma souffrance. Durant plusieurs mois, je ne voulais plus vivre. Mais des millions de personnes ont été abattues, je devais vivre pour raconter leur histoire et les faire vivre à travers moi.
C'est alors que vous avez écrit Au nom de tous les miens ?
Dina m'encourageait depuis longtemps à écrire l'histoire de ma vie. Elle m'avait fait aménager un bureau dans notre maison afin que je puisse m'y consacrer. Un jour, j'ai pris la résolution de ne pas oublier Dina et les enfants, mais de ne pas me laisser étouffer par le désespoir de les avoir perdus. J'ai survécu en écrivant Au nom de tous les miens. Témoigner a été ma façon de continuer de vivre.
Et le livre a été un succès mondial.
Pour moi, le succès du livre n'est pas dans le nombre de copies vendues. J'en étais heureux, car tous les droits sont allés à différentes fondations humanitaires, écologiques ou culturelles. Mais le succès de ce livre, c'est ce qu'il a fait à chacun de mes lecteurs.
Une fois mon livre publié, j'ai commencé à recevoir des dizaines, puis des centaines de lettres de lecteurs de toutes les couches sociales, tous touchés par mon livre. Parce qu'ils avaient trouvé à travers mon destin et ma vie leur courage à eux. Donc, ce que je leur ai donné, ils me l'ont rendu mille fois avec leurs lettres. Avec les années s'est forgée une chaîne de fraternité avec les lecteurs. Et j'ai trouvé une forme de paix.
Et puis vous avez créé la Fondation Dina Gray.
Oui, c'était une autre façon de donner un sens à la tragédie. La Fondation Dina Gray œuvre à la prévention des incendies de forêt et la protection de l'homme à travers son cadre de vie.
En toute modestie, nous avons fait beaucoup en France. Notre action a contribué à réduire le nombre d'incendies de forêt et le nombre de morts dans les incendies.
Martin Gray dans son bureau avec la photo de sa femme Dina
Qu'est-ce qui vous a indiqué que vous aviez terminé votre deuil ?
Un deuil n'est jamais terminé, on est toujours en deuil. La mort ne fait pas disparaître l'amour que nous avons pour les gens. On n'oublie jamais et on ne veut pas oublier. Aujourd'hui encore, chaque matin à mon réveil, je revois mon père, ma mère, mes frères, ma femme Dina et mes quatre enfants disparus. Ils sont en moi et c'est toujours difficile. Ils me manquent toujours, mais leur souvenir me donne de la force.
Avez-vous craint de vous attacher à nouveau, d'aimer une femme et des enfants après l'incendie ?
Je me disais que je ne pourrais plus jamais aimer une femme. J'avais du mal à être en compagnie d'une femme. J'avais peur de revivre le malheur, de m'attacher et de perdre encore les gens que j'aime. Et pourtant, je me suis remarié et j'ai aujourd'hui cinq enfants.
Et comment s'est passée la naissance de vos enfants ? Avez-vous eu immédiatement de l'amour pour eux ?
Oui, et j'ai retrouvé du temps, de l'énergie et de l'amour. La naissance de ma fille Barbara en 1976 fut le plus beau jour de ma vie. Dans un de mes livres, La vie renaîtra de la nuit, j'ai dédié un petit poème à Barbara.
Avez-vous le plaisir d'être grand-père ?
Non malheureusement. Je disais récemment à mes enfants que je ne veux pas mourir avant d'avoir des petits-enfants devant moi! Les trois premiers sont en âge d'avoir des enfants, alors j'attends.
De quoi êtes-vous le plus fier aujourd'hui ?
Je suis fier de ce que mon père m'a légué et d'avoir pu partager ses enseignements avec le monde entier. Je suis fier de mes enfants. Je suis fier des actions et des projets que je mène.
Beaucoup de lecteurs de Profil vivent un deuil. Que savez-vous du deuil que vous aimeriez leur dire ?
C'est en allant vers les autres qu'on trouve la force de continuer sa vie. Tout ce que je fais aujourd'hui est comme un boomerang. Ce qui vient de moi me revient avec plus de force. Depuis 30 ans, j'ai reçu plus de 800 000 lettres de tous les pays, beaucoup provenant de jeunes qui s'inquiètent de leur avenir. Les gens disent qu'ils ont trouvé dans mes livres le courage de poursuivre. Il faut trouver la force de donner un sens à notre vie. La vie est belle malgré ce qui nous arrive. On peut toujours reconstruire, même sur les ruines.
Et comment voyez-vous la mort aujourd'hui ?
Je ne crains pas la mort, je ne crains que la souffrance. La mort est une seconde naissance pour moi. C'est une partie naturelle de la vie : on ne peut pas avoir l'un sans l'autre. La vie est un combat contre la mort, et ce combat me plaît.
Vous semblez en excellente santé. Quels sont vos projets pour les années à venir ?
J'ai un mode de vie très sain depuis l'âge de 35 ans. Je suis végétarien, je fais chaque matin un kilomètre de nage. Je n'ai jamais été aussi fort qu'aujourd'hui.
J'ai tellement de projets que je ne pense pas vivre assez longtemps pour les réaliser. J'aimerais écrire un livre sur mon père. J'aimerais aussi écrire un livre sur ce que j'ai appris de la vie saine. J'ai fait beaucoup de recherches et je voudrais les partager avec les lecteurs.
Vous avez survécu à la guerre, la faim, la torture, l'épuisement, le désespoir, la mort de toute votre famille. Au soir de votre vie, diriez-vous que ça en valait le coup ?
La vie est quelque chose d'extraordinairement beau, et transmettre cette belle vie est un événement magnifique. Il n'y a pas de plus belle chose que la vie. Il faut la vivre pleinement avec les bras tendus vers le haut pour mieux approcher l'essentiel.
J'ai traversé tous les malheurs. J'ai été témoin du plus grand crime perpétré dans l'histoire des hommes. J'ai subi l'injustice. J'ai souffert de la haine. J'ai été frappé plus qu'aucun autre. J'ai connu la disgrâce de voir disparaître ceux auxquels j'avais donné la vie, et il n'est pire malheur. Et cependant, parce que j'ai côtoyé des hommes généreux, prêts à tout donner d'eux-mêmes pour les autres, parce que j'ai été bouleversé par le geste d'une mère, la beauté d'un tableau et l'infinie douceur d'une sonate, je suis heureux d'avoir connu cette aventure exaltante qu'est la Vie.
Au nom de tous les hommes
Dans chaque vie vient un moment où s'ouvre devant soi, à côté de soi, en soi un gouffre. Vivre c'est réussir à ne pas y tomber. Vivre c'est savoir le regarder et s'écarter. Vivre c'est avancer : c'est-à-dire croître, s'épanouir par le bonheur mais aussi apprendre à tirer du malheur sa leçon.
Croire c'est vouloir vivre. Vivre jusqu'au bout malgré la mort. Croire, c'est croire en la vie. Et donner la vie c'est combattre la mort. Car la vie doit chasser la mort. À chaque printemps l'arbre refleurit. Et l'automne alors, et l'hiver, ne sont plus que des saisons parmi d'autres. Il faut que l'homme apprenne à voir la mort comme un moment de la vie.
Le livre de la vie
D'autres enfants sont venus, cinq, qui sont rassemblés autour de moi. Je les regarde intensément : Barbara, Larissa, Jonathan, qui sont déjà de jeunes adultes. Et près d'eux, Gregory et Tom, encore enfants. À les voir si riches de leur avenir, pleins de vitalité et de joie, j'ai l'impression que ma poitrine s'emplit d'un air vif. J'oublie que je suis mortel. Et l'ombre de ce que j'ai vécu, qui stagne toujours en moi, se réduit, comme absorbée par la plénitude de cet instant.
Le dernier combat de Martin Gray
Par Leblond Renaud, publié le
L'écrivain a édifié dans son jardin un temple dédié à la jeunesse. Il n'a oublié qu'une chose: la terre agricole n'est pas constructible. Devra-t-il tout démolir"
Il dit que c'est l'Arche du futur. Sur la colline de Tanneron, qui domine majestueusement la baie de Cannes, celui qu'on nomme ici l' «estranger» explique avec des accents exaltés le sens de son hallucinante composition: un amphithéâtre fabriqué à partir de 150 tonnes de chenilles prélevées sur 200 tanks de la Seconde Guerre mondiale, un bassin d'empereur romain en granite noir autour duquel se dressent 12 colonnes de bois de fer, des fontaines somptueuses en chutes de marbre de Carrare, une plate-forme télécommandée qui s'élève d'un pool-house à hublots, mais aussi une guillotine, quatre totems géants et un mirador, dont le maître des lieux précise qu' «il sera bientôt fondu dans un épais cristal afin de créer l'indispensable source de lumière».
Cet «estranger» a un accent polonais, des mains calleuses et le regard très fixe. Très bleu. Il se nomme Martin Gray. Et il est ici dans son jardin. Là où, le 3 octobre 1970, le destin s'est acharné contre lui: le mistral qui claque soudain entre les arbres et, dans un éclair, un front de flammes qui dévalent et rattrapent sa femme et ses quatre enfants. La mort des siens. Comme trente ans plus tôt, lorsque les 110 membres de sa famille ont atrocement péri sous la botte nazie. Le vide. De nouveau. Puis ce livre - «Au nom de tous les miens» - écrit pour exorciser un parcours de survivant et qui, grâce à plus de 20 millions de lecteurs, a fait de lui une sorte d'apôtre. «Je veux vivre, jusqu'au bout, disait-il, et un jour, si vient le temps, donner à nouveau la vie pour rendre ma mort et celle des miens impossibles.»
Il l'a fait. Avec peut-être encore un signe du destin: Martin Gray, remarié, est, une nouvelle fois, père de deux filles et de deux garçons. Comme hier, comme avant le drame, il a dissimulé des enceintes sous les bosquets et s'enivre à l'air libre d'opéras de Mozart. Divine inspiration. Qui l'aide maintenant à bâtir ce temple bourré de symboles. La piscine? Une métaphore, le symétrique en creux de la maison, la conjuration du feu par l'eau. Les colonnes de bois de fer? L'éternité, un matériau inaltérable, indestructible.
A moins que les bulldozers ne viennent détruire tout ça. A 69 ans, Martin Gray revit l'angoisse du chaos. Son temple - sa trace - est en sursis. Il s'est mis hors la loi. Il a oublié - ou ignoré - que son jardin est un terrain agricole inconstructible et qu'autour de lui les planteurs de mimosas n'ont pas le droit de bâtir le moindre cabanon, la plus petite remise. Alors, le 11 mars prochain, les juges de la cour d'appel devront trancher: au mieux, pour lui, une seconde amende - il a déjà été condamné à 100 000 francs en première instance; au pis, la destruction partielle ou totale de son oeuvre. «Je ne veux pas y croire, soupire Martin Gray. Cette arche doit me survivre et accueillir tous les jeunes en quête d'idéal.» Alors que d'autres juifs, dont les familles ont été décimées, choisissent de traquer les anciens nazis, lui dit vouloir regarder l'avenir et offrir les leçons de son passé. Déjà plus de 300 enfants des collèges de la région ont visité son jardin et, chaque jour, il contacte des professeurs pour les amener à Tanneron. A l'entendre, l'arche - symbole de sa vie en dents de scie - ne lui appartiendrait déjà plus. Pourquoi dès lors le condamner?
Un argument fort dans la bouche d'un rescapé du ghetto de Varsovie et du camp d'extermination de Treblinka. «Quand on connaît son histoire, que peuvent signifier pour lui des autorisations administratives?» se demande l'un de ses amis. Il continue d'ailleurs de peaufiner son arche comme si rien ne pouvait arriver. Accrochant des toiles de jeunes peintres dans les galeries souterraines éclairées par le fond de la piscine. Vérifiant avec sa télécommande si la coupole s'élève bien en silence. Briquant les chenilles de ses chars, «qui, dit-il, ne connaîtront plus jamais les combats ni la guerre et sur lesquels on s'assoira».
Soit. Mais au village, en contrebas, il n'est pas sûr que cet idéal de paix et de fraternité émeuve vraiment la population. L'ambiance est plutôt à la sourde colère. «Le destin d'un homme donne-t-il des passe-droits?» fulmine le maire, Jacques Chiabaut, qui redoute qu'une «jurisprudence Martin Gray» n'ouvre des brèches dans un environnement fragile et ultraprotégé. «Après tout, dit-il, dans le même département, l'administration n'a-t-elle pas contraint Olivier Mitterrand, neveu du président de la République, à détruire une partie de sa propriété?» Surtout, le maire ne comprend pas. Il reste confondu devant les risques d'incendie, dont Martin Gray plus que tout autre a déjà eu à souffrir. Et qui, à tout moment, peuvent menacer sa colline. «Que se passera-t-il si le feu prend alors que des dizaines d'enfants arpentent son labyrinthe? Comment les protégera-t-il, alors qu'il est bien placé pour savoir que les mimosas qui brûlent dégagent une essence asphyxiante?»
Martin Gray ne répond pas. Sûr que cette arche sera bien plus que le célèbre palais du facteur Cheval, dans la Drôme: un lieu de vie, de rencontre, de connaissance. Avec des amis parisiens, il rêve d'en faire l'épicentre d'un réseau de clubs répartis dans toute la France. «Des clubs du futur, explique-t-il, où les jeunes disposeront de banques de données sur tous les sujets.» Pour financer l'opération, il s'est mué (sans trop de problèmes...) en homme d'affaires et a fait appel aux grandes entreprises. «Déjà, assure-t-il, nous avons obtenu le partenariat de Gaz de France et du groupe BSN. Et demain nous créerons de vrais journaux pour les jeunes.» Difficile de ne pas adhérer à cet enthousiasme puisé dans les secrets de son histoire. En l'apprenant, la cour d'appel d'Aix-en-Provence a d'ailleurs décidé - fait rarissime - de se transporter sur le lieu du délit. «C'est ma dernière bataille», a alors confié au juge le rescapé de Treblinka. Le maire, lui, a prévenu: «Les habitants de Tanneron n'accepteront aucune dérogation au droit commun. Que son bénéficiaire se nomme Martin Gray ou pas.»
Photos de notre excursion à LA PEURRIE, lieu Mythique, avec Claudine et Denis VIncenot ce mardi 2 septembre.Rendez-vous à 14h00 à La BUSSIERE-sur-Ouche avec Claudine et Denis. Nous sortons de table-Châteauneuf en Auxois- où nous avons mangé avec le Maire de Commarin, Michel Raiffeau et ses deux adjoints, dont Christian Kubala, artiste peintre à Commarin
Nous retrouvons les Vincenot sur la petite place de La Bussière et nous les suivons en voiture par des chemins agricoles. Pour accéder au lieu-dit nous devons en finale monter dans le 4/4 de Denis Vincent, puis continuer à pied jusqu'à la maison de La Peurrie avec les 3 tombes d'Henri Vincenot, de sa femme Andrée Baroin et de son fils François
Voici d'abord le village le plus proche...LA BUSSIERE
De La Bussières, nous prenons le chemin de La Peurrie. Des prés et des bois sans nombre. On abandonne les voitures. Danielle ma compagne et Claudine la fille d'Henri Vincenot ouvrent la marche. L'endroit est magnifique et puis tout à coup, la maison et sa source, ni eau courante, ni électricité. Nous visitons l'intérieur mais Denis Vincenot ne veut pas que je prenne des photos. Il devait y avoir jadis un groupe de fermettes (un Hameau) car il y a des murs en lambeaux, au-delà de la maison principale
Et derrière la maison, les trois tombes d' Henri, de sa compagne et de son fils
Ce texte m'a été envoyé par Marie-Claudine VINCENOT après notre rencontre de ce mardi 2 septembre 2014 à La Peurrie, elle et son frère Denis ayant bien voulu se déplacer de Dijon pour me permettre de photographier ces lieux secrets et de les ajouter sur mon Blog en annexe à un premier article, déjà publié il y a peu, au sujet de son père Henri Vincenot, visite où j'étais acompagné de ma compagne Danielle et qui fut très émouvante
Chrisian Vancau
Texte de Claudine VINCENOT
"LA VILLE ENGLOUTIE et son HEROS SALVATEUR.( REDEMPTEUR) Ainsi, en est-il de l’histoire de cette Belle Endormie, au titre de légende : « résurrection », d’un hameau perdu dont mon père écrivit que ce fut « la folie de (sa) vie jusqu’à la mort »(note 1 : « Prélude à l’aventure », 1941)
En relisant les romans publiés et en découvrant les textes inédits, je suis très vite parvenue à me demander si mon père n’avait pas écrit pour toujours conter de mille façons différentes l’histoire de cette Belle au Bois dormant qu’il s’est juré, à 17 ans, de délivrer et de posséder. Ce véritable fantasme d’adolescent, un rêve de Robinson Crusoë, en quelque sorte, Henri le sublima en le vivant comme une épreuve initiatique sur son chemin de vie, véritable obsession jusqu’à son décès puisque c’est là qu’il goûte au repos éternel, comme il l’avait désiré.
Cette « légende » que lui, Vincenot, va vivre « pour de vrai », comme disent les enfants, nourrira donc toute sa vie mais aussi celle de la famille qu’il va fonder. Légende dans laquelle il est à la fois le héros salvateur, voire rédempteur(car on peut songer à la Ville d’Ys dont il entendit conter l’histoire en Bretagne, nous y reviendrons), puis le héros fondateur . Voilà donc le sens du titre choisi pour cette rencontre avec vous .
En 1929,- Henri a dix-sept ans-, se produit un évènement essentiel : la découverte d’un hameau en ruine, perdu dans la forêt bourguignonne C’est à cet instant que le rêve bourguignon va supplanter le rêve breton : le paradis perdu et retrouvé, se transforme en paradis à conquérir.
Voici l’histoire : Après une petite enfance partagée entre Dijon, où demeurent ses parents, et Commarin, le village de sa famille maternelle où il passe toutes ses vacances, Henri s’alite , terrassé par une pneumonie : les antibiotiques n’étant pas encore connus, l’enfant échappe de peu à la mort.
Très affaibli, il part en Bretagne avec ses parents pour « respirer l’iode marin », souverain, disait-on, pour les convalescents. Dans « L’œuvre de chair », il raconte avec émotion sa découverte d’une terre de légendes au langage mystérieux : « A Rennes commença l’envoûtement ; dès Vitré, le paysage breton avait fait son apparition : bocage morcelé, coupé de murs de terre, sarrasins fleuris, arbres en quenouilles(…) mais après Rennes, je sentis comme une main dans ma main, et, en moi-même, ce fut comme une hypnose; j’entrai en féérie ». Tout enfant, Henri avait manifesté cette propension aux rêveries et à cette intuition qu’il existait un monde parallèle, celui de l’imagination. La piété, déjà, qui lui avait été inculquée par les aïeules de sa famille maternelle, puis sa formation en école chrétienne avaient éveillé son attirance pour l’invisible et le merveilleux, son sens de la transcendance et son désir de dépassement de soi-même afin d’atteindre Pureté et Perfection. Sa « passion » pour la figure christique ne le quittera jamais .Il nous parlait, dans notre enfance, de ce « type formidable » qu’était Jésus et dont le message lui importait plus que tout : « Amour, pardon, partage ».On retrouvera cette admiration permanente pour la figure christique, dans sa peinture et sa sculpture essentiellement.
En Bretagne ,donc, les veillées dans la pénombre fantastique des jeux du feu autour l’âtre où crépitent des brassées de genêts, la ronde d’auditeurs aux ombres et lumières d’un La Tour, buvant les parolesd’une vieille conteuse étrange qui sait les mots mettant en état d’hypnose l’assistance émerveillée, l’entraînent plus encore dans ses fantasmagories adolescentes : « J’attendais ce moment avec impatience car il me semblait être plongé dans un monde très ancien, certes, mais qu’il me semblait avoir connu ; je comprenais pourtant très mal( …) mais je me laissais bercer par cette langue harmonieuse, souple, très musicale, quoique rude et si audacieuse( …)
C’était, me semble-t-il , une langue supérieure à notre français ; un vrai trésor perdu. C’est ainsi que je le ressentais alors ». (note :biographie page ) En relisant ces lignes, je ne puis oublier les rêves de Nerval, contés dans « Aurélia », ce Nerval que d’aucuns, dont mon père, nommaient « le grand Celte ». Henri, enfant imaginatif et rêveur, voit donc s’ouvrir en Bretagne un champ de rêveries nouvelles où son mysticisme, qui est, étymologique ment, « l’intuition des choses secrètes », va peu à peu, au fil des ans, sortir des sentiers battus du catholicisme très saint-sulpicien de son enfance et s’enrichir, en s’engageant dans des voies plus secrètes de ce qu’on n’appelle pas encore « le celtisme ». Ce « rêve perdu », qu’il vient d’évoquer, Henri, à son retour de Bretagne, va tenter de lui donner vie en Bourgogne profonde, celle qu’il connaît si bien, celle des friches et des bois. Mais comment, me demandez-vous ?
Ainsi que je l’ai rapidement évoqué tout à l’heure, c’est en 1929 que se produit le… « miracle » ! Cet hiver-là, lors d’une battue au sanglier avec son grand-père et les chasseurs du village, Henri s’éloigne de la chasse. Il va « à la billebaude » comme il aime tant le faire, mais finit par s’égarer. Le jour baissant très vite en hiver, le jeune homme cherche alors un chemin pour rentrer à Commarin au plus court. Débouchant du bois, il tombe en arrêt, sidéré, sur un hameau en ruine à l’orée d’une combe, tapi sur l’adret en plein soleil du sud, à l’abri des vents d’est et du nord .Il observe la configuration des lieux couronné de bois épais : la seule issue apparente est un goulet d’étranglement, en contrebas, verrouillé par des bâtiments d’une ferme qu’il ne connaît pas. Cela le surprend car il fréquente métairies et fermages des alentours avec son grand-père, Compagnon sellier-bourrelier, qui l’emmène avec lui lorsqu’il y est appelé à entretenir les attelages. Ainsi, la combe apparaît close, en forme d’utérus (ce mot me valut des remarques… « freudiennes » mais c’est à dessein que je l’emploie et vous comprendrez pourquoi.).Et, ô merveille, en son point le plus élevé jaillit une source s’écoulant en un minuscule ruisseau limpide : un « p’tiot riot », un « peût riot », comme on dit en patois ; c’est de cela que le lieu tient son nom : la Peurrye, que des cartographes « ignorants » écriront « Pourrie »
.
Dans un recueil de feuilles volantes que mon père intitula « Idées sur tout », il nous dit : «Il y aurait un livre à écrire sur les énormes bêtises faites par les spécialistes qui ont réalisé le nivellement général de la France, des bêtises capitales qu’on s’explique difficilement parce que ceux qui les ont commises étaient tout de même de savants ingénieurs ; mais il est vrai que l’on peut être savant et sstupide ; souvent même science nuit à connaissance. Lorsque ces messieurs sont arrivés avec leur goniomètre et leur théodolite, ils ont entendu « la pourrie » ; en réalité, l’homme disait « ç’ast lai peu rie », le petiot ruisseau, mais pas putride !( …)Les géomètres ont massacré toute la poésie de nos toponymes » En effet, c’est dommage et bien immérité car l’endroit, tout de friches, de bois, d’odeurs sèches et craquantes, est d’une vitalité étonnante : on y sent passer un grand souffle sauvage qui transporte l’esprit. Un souffle où palpitent d’invisibles présences…
Mais il y a une autre explication à ce nom, explication farfelue, sans doute, mais qui nous séduisit d’emblée : en allant peindre le dimanche matin dans Paris, pendant les années 45-55, Henri Vincenot faisait toujours des rencontres extraordinaires : Gary Cooper, par exemple, Louis-Ferdinand Céline, des clochards philosophes, des émigrés russes et, un beau jour, celui qu’on appela le Yogi. Un grand Jésus, beau et diaphane, vêtu de lin blanc et se réclamant du brahmanisme. Il avait table ouverte chez nous et, lors d’un dîner où nous étions fascinés, nous les enfants, par son aura de mystère et d’évanescence, il nous expliqua qu’en sanscrit, « atma pouri » signifiait « ville de l’âme ». Nous fûmes confortés dans la certitude que nous étions les pionniers prédestinés d’un lieu magique. Nous ne nous sommes pas souciés de vérifier. Et c’est là, en effet, que mes parents ont mis toute leur âme et nous avec eux. Il n’est pas indifférent que, pour aller dans ce lieu à la configuration féminoïde,-voilà pourquoi j’ai parlé d’utérus »- il faille monter : géographiquement, la combe est une sorte de val perché qui conjoint dépression et altitude. Symboliquement, elle est profondeur et hauteur : elle offre à la fois le bien-être du sein maternel et la possibilité d’exercer une toute-puissance de chef de tribu. A la Peurrye, on peut se blottir, se cacher, mais on domine la situation et l’on peut, sans être vu, voir « l’étranger » qui arrive !. C La Peurrie était, on le sent encore aujourd’hui, un lieu de prédilection pour les défricheurs et les découvreurs d’un monde nouveau, un lieu à la Maria Chapdelaine et à la Jack London, livres d’aventures qui, choisis par nos parents, enchantèrent notre enfance.
N’oublions pas que la Résistance y avait installé, lors de la dernière guerre, l’un de ses campements : le maquis du Malgache ; c’est pour cela, entre autres causes, qu’ Henri Vincenot fut arrêté par la Gestapo…mais ceci est encore une autre histoire ! (
En note infra-paginale :la combe et le hameau sont décrits avec exactitude dans les premières pages de « Les yeux en face des trous » 1959 Denoêl, 2000 A.Carrière. et , surtout, dans « Le Pape des escargots »Denoël 1969) . Ce lieu fut sans doute habité dès la préhistoire, dans ce que les géologues nomment le « système de pied de corniche » : calcaires bathoniens, apparaissant parfois en peti
Henri Vincenot, né le 2 janvier 1912 à Dijon et mort dans la même ville le 21 novembre 1985, est un écrivain, peintre et sculpteur françaisest un écrivain, peintre et sculpteur français.
BIOGRAPHIE
Né à Dijon, dans le quartier cheminot, 8 rue des Perrières, près de la gare, Henri Vincenot passe son enfance dans une famille d'employés du chemin de fer. Son père est dessinateur-projeteur à la Voie, dans les bureaux du PLM (ligne Paris-Lyon-Marseille) en gare de Dijon, son grand-père paternel, d'abord compagnon-forgeron à Châteauneuf, s'était engagé comme mécanicien de locomotives à vapeur sur le dépôt de Dijon. Son grand-père maternel étant lui aussi compagnon-sellier-bourrelier, ses deux grands-pères, Compagnons-Passants-du-Devoir, l'initient à l'esprit compagnonnique.
Il passe ses vacances d'enfant et d'adolescent chez ses grands-parents maternels à COMMARIN. Là, son grand-père Joseph (le Tremblot de La Billebaude, best-seller des années 1970-80) lui enseigne la vie de la nature, la faune, la flore, l'apiculture et la chasse (tous des thèmes de ses nombreux romans). Lors d'une battue au sanglier, le jeune Vincenot (17 ans) s'égare en pleine forêt et découvre un petit hameau en ruines : il se jure qu'un jour il le fera renaître et y finir sa vie.Il s'agit du lieu-dit de la Peurrie (ou Pourrie, ou Peût riot : petit ruisseau, en patois). Avec son épouse et ses enfants, il tiendra parole et parlera de cette aventure comme de « la folie de [sa] vie jusqu'à [sa] mort ».
Après des études secondaires au lycée Saint-Joseph, il intègre l'ESC de Dijon où il rencontre Andrée Baroin qui deviendra sa femme.Parallèlement, il étudie le piano, fréquente les Beaux-Arts (sculpture, dessin, peinture) et le Conservatoire (Théâtre). Il est reçu au concours d'entrée à HEC, à Paris en 1931.Son diplôme en poche, Henri part au Marocpour y effectuer son service militaire. Blessé lors d'une embuscade dans le Haut-Atlas, il séjourne en maison de convalescence à Salé : il y réalise alors de nombreux croquis etaquarelles.
À son retour en France, il entre à la SNCF au titre d'ingénieur à Louhans et à Saint-Jean-de-Losne. Le travail de bureaucrate ne lui plaît guère. Il réalise alors un reportage sur le transport et l'expédition des poulets de Bresse, à Notre métier, journal ferroviaire parisien. Cela lui ouvrira plus tard les pàrtes du journalisme.
En 1936, il épouse Andrée Baroin (personnage récurrent dans plusieurs romans sous divers prénoms très symboliques), qui fut l'unique amour de sa vie. En 1944, il est arrêté par la Gestapo à Dijon ; blessé, il s'échappe du QG de celle-ci et se cache dans les bois de la Montagne bourguignonne.
La Libération intervient : in extremis, Vincenot a la vie sauve. Le jeune couple a alors quatre enfants : Jean-Pierre, Marie-Claudine, François et Denis. La surdité de l’aîné oblige la famille à s'installer à Paris pour la rééducation en institut spécialisé. Ils y restent vingt-cinq ans, au cours desquels Henri fait du journalisme comme reporter, rédacteur et illustrateur à La vie du rail, il met en scène ses pièces de théâtre, réalise plusieurs expositions de peinture tout en écrivant. Il est également passionné de rugby : il y joue encore avec fils, gendre et un ami : Haroun Tazieff. En 1951, après le Prix du Théâtre Universitaire et Amateur, décerné à sa pièce Ceux du vendredi, les éditions Denoël lui proposent un contrat pour sept romans : le premier, Je fus un saint, est publié en 1952.
À l'âge de la retraite, Vincenot s'installe à Commarin (Côte-d'Or), où il a écrit ses ouvrages les plus connus. Il continue à peindre, à dessiner et à sculpter, tout en jardinant, en s'occupant de son troupeau de moutons et en entretenant le hameau perdu. Ce chantier, qu'il considère comme la Grande Œuvre de sa vie, est le symbole du retour à la terre de ses ancêtres, loin des turbulences de la vie concentrationnaire des villes, dans une nature sauvage où la vie est belle et simple. En 1983, sa femme Andrée meurt brutalement. Henri meurt en 1985 d'un Cancer de la plèvre. Il repose, dans son hameau ressuscité, sous une croix celtique aux côtés de sa femme et de son fils François.
Henri Vincenot a donné son nom au collège et au lycée polyvalent de Louhans (Saône-et-Loire).
Esprit de l'œuvre d'Henri Vincenot
L'œuvre d'Henri Vincenot est profondément marquée par son attachement à la Bourgogne. Il remet en valeur les anciennes pratiques païennes celtiques, tout en montrant à quel point elles sont intégrées dans la culture populaire catholique. Ses personnages, souvent truculents, parlent un langage fortement imprégné de bourguignon qui, d'après Vincenot, dérive tout droit du celtique.
Les romans d'Henri Vincenot ne peuvent cependant le placer dans le groupe des écrivains du terroir tels que ceux de l'école dite de Brive. En effet, il développe dans chaque œuvre une réflexion sur la tradition, la civilisation, l'Histoire, qui ouvrent ses perspectives bien au-delà de la seule réalité bourguignonne qu'il se plaît tant à décrire. Henri Vincenot s'est fait le chantre de la civilisation lente, cette manière de vivre antérieure aux chemins de fer et à l'automobile. Certains de ses romans quittent l'univers bourguignon pour la Bretagne ou le Maroc.
Une autre partie de son œuvre, non moins importante, est consacrée aux chemins de fer, qui constituent son univers familial, univers dans lequel il a grandi à Dijon. Il a également écrit plusieurs pièces de théâtre, dont "Ceux du vendredi" qui obtint, en 1951, le prix du "Théâtre Universitaire et amateur", prix qui lui ouvre les portes de l'édition grâce à Robert Kanters. Il a publié un livre de poèmes: "Psaumes à Notre-Dame, en faveur de notre fils Jean-Pierre."
Henry Vincenot a préfacé le livre de poèmes Mon Refuge de son ami, l'artiste Alain Longet, aujourd'hui devenu célèbre pour ses sculptures et trophées du show-biz.
Bibliographie
Je fus un saint (1953). Roman en compétition pour le prix Goncourt 1953.
Walter, ce boche mon ami (1954). Walter Linz était un soldat allemand, professeur de français et de philosophie, passionné par les Celtes, avec qui il se lia d'amitié pendant la guerre.
La Pie saoûle (1956).
Les Chevaliers du chaudron (1958).
Les Yeux en face des trous (1959). L'écologie réelle si différente de l'écologie légale.
A rebrousse-poil (1962).
Pierre, le Chef de gare, éd. Nathan, 1967.
La Princesse du rail, éd. Denoël, 1969, écrit pour la télévision.
Les Voyages du Professeur Lorgnon, N.M., 1967. Réédité en 2 vol. en 1983 chez Denoël. Chroniques sur la France et les Français.
Robert, le Boulanger, éd. Nathan, 1971.
Le Pape des escargots (1972), Prix Sully-Olivier-de-Serres. Adapté à la télévision en 1979.
Le Sang de l'Atlas, éd. Denoël, 1975.
La Vie quotidienne dans les chemins de fer au xixe siècle, éd. Hachette, 1975. Bourse Goncourt et Prix de la revue indépendante
La Vie quotidienne des paysans bourguignons au temps de Lamartine, éd. Hachette, 1976. Réédition en 2000 sous le titre Hommes et terres de Bourgogne.
Locographie (1976).
La Billebaude, éd. Denoël, 1978. Son plus grand succès.
Psaumes à Notre-Dame en faveur de notre fils, poèmes, éd. Denoël, 1979.
Famille Vincenot : La Cuisine de Bourgogne.
Terres de mémoire, livre d'entretiens, éd. Delarge, 1979.
L'Âge du chemin de fer, éd. Denoël, 1980.
Mémoires d'un enfant du rail, éd. Hachette, 1980. Réédité sous le nom : Rempart de la Miséricorde, éd. Anne Carrière
Les Étoiles de Compostelle, éd. Denoël, 1982.
Les Canaux de Bourgogne (1982).
L'Œuvre de chair (1984).
Publications posthumes
Le Maître des abeilles : chronique de Montfranc-le-Haut, éd. Denoël, 1987.
Le Livre de raison de Glaude Bourguignon, éd. Armançon-Denoël, 1987, 1989.
Le Maître du bonheur . Mon père Henri Vincenot, par Claudine Vincenot, éd. Anne Carrière, 1995.
Récits des friches et des bois, éd. Anne Carrière, 1997.
Du côté des Bordes, éd. Anne Carrière, 1998.
Nouvelles ironiques, éd. Anne Carrière, 1999.
Toute la Terre est au Seigneur, éd. Anne Carrière, 2000.
Les Livres de la Bourgogne, éd. Omnibus, 2000, ré éd. 2012.
Les Livres du rail, éd. Omnibus, 2003.
Henri Vincenot, la vie toute crue. Biographie, éd. Anne Carrière, Paris, 2006, 687 p.par Claudine Vincenot (ISBN978-2-84337-386-2)
Le peintre du bonheur, une promenade littéraire dans l’œuvre peint et sculpté d’Henri Vincenot, éd. Anne Carrière, 2011.
26/2/1976 : Le Grand Echiquier avec Jacques Chancel.
25/3/1977 : Apostrophes, "dis grand-père...". Présentation de son livre La Vie quotidienne des paysans bourguignons au temps de Lamartine.
19/5/1978 : Apostrophes, "Itinéraires d'hommes". Présentation de La Billebaude.
19/10/1979 : Apostrophes, "la sensibilité gastronomique". Promotio,de Cuisine Bourguignonne.
9/5/1980 : Apostrophes, "les transportes". Promotion de son ouvrage Mémoires d'un enfant du rail.
4/6/1982 : Apostrophes, "en route compagnons". Présentation des Etoiles de Compostelle.
30/11/1984 : Apostrophes, "recherche et filatures". Présentation de son livre L'Oeuvre de chair.
Expositions
Henri Vincenot : Dessins - peintures, 20 septembre-19 octobre 1997, Palais ducal - Centre Culturel Jean Jaurès ; Préface de Jean-Louis Balleret et de Claudine Vincenot - Nevers ville de Nevers, Bibliothèque municipale de Nevers, 1997.
Vincenot, 1912-1985, rétrospective, au musée de la Vie bourguignonne - Perrin-de-Puycousin, au musée d'Art sacré, à la Bibliothèque municipale de Dijon du 23 juin 2012 au 24 septembre 2012.
En 2012, un reportage réalisé par France 3 Bourgogne-Franche-Comté, Henri Vincenot, l'homme qui voulait être heureux,avec la participation des enfants d'Henri Vincenot.
La Maison de la Peurrie en forêt, puis sa maison natale de Dijon,puis celle de Commarin, photographiée par moi, puis la garnd rue de Commarin, puis la plaque sur sa maison de Commarin, puis la plaque commémorative dédiée au père d'Henri Vincenot
Biographie et informations
Nationalité : France
Né(e) à : Dijon , le 02/01/1912
Mort(e) à : Dijon , le 21/11/1985
Biographie :
Né à Dijon en 1912, Henri Vincenot fut considéré comme l’un des plus grands écrivains identitaires du siècle précédent. Homme de lettres, peintre et sculpteur, il incarnait son identité dans la vie de tous les jours, et sut la transmettre dans ses créations artistiques ou littéraires.Elevé par ces deux grands-mères, elles lui apprennent très vite le secret de la nature, des plantes, des vertus du soleil et de la lune, à lire dans les étoiles, tout cela autour de veillées autour du feu. Mais c’est surtout auprès de ces deux grands pères qu’il va pouvoir acquérir un solide sens paysan qui va lui servir de ligne directrice tout au long de sa vie. Ils lui transmettront la flamme de ce qui deviendra la grande passion de sa jeunesse : la chasse au sanglier, cette chasse qui incarne l’identité gauloise à laquelle Henri Vincenot était si attaché.Ecrivain de combat, sa littérature est profondément marquée par son attachement à sa région natale, la Bourgogne.Toujours dans ces écrits, il nous parle et remet en valeurs différentes anciennes pratiques païennes, celtiques, tout en montrant qu’elles sont intégrées dans la culture populaire catholique. Son premier succès littéraire viendra en 1978 avec la « Billebaude », roman qui incarne la sagesse de la paysannerie française, ce livre nous rappel à nous Français, que nous n’avons jamais cessés d’être un vieux peuple des sources et des forêts, un vieux peuple de paysans que le modernisme actuel est entrain d’effacer.Ce succès va raviver celui d’un livre écrit cinq ans auparavant, le « Pape des escargots ». Viendra par la suite, les fameuses « Etoiles de Compostelle » qui mènent un jeune essarteur Bourguignon du XIII siècle à pénétrer dans les secrets des mystérieuses aventures des bâtisseurs des cathédrales. Henri Vincenot fut toujours prêt à défendre l’héritage de sa région, de son pays et de l’Europe face à un monde désenchanté, individualiste, matérialiste et mercantile. Il mourut le 21 novembre 1985 à Dijon.Fidèle à sa terre et à son peuple de son vivant. Henri Vincenot l’est encore dans la mort, reposant désormais dans la terre nourricière, au milieu des siens, au cœur de la forêt, dernier refuge des dieux de la vieille Gaule, à l’ombre d’une croix celtique de pierre. Une rétrospective lui est consacrée du 22 juin jusqu'au 24 septembre 2012, afin de célébrer le centenaire de sa naissance, à la Bibliothèque municipale et au Musée de la Vie bourguignonne de Dijon
Pour cette 676 ème émission, Bernard Pivot a choisi sept invités pour nous inciter à lire quelques romans français et étrangers pendant la période des grandes vacances: - romans anglais, avec Frédéric FERNEY (journaliste, proposant "Le négociateur" de Frédéric Forsythe), et Auberon WAUGH (fils du romancier britannique Evelyn Waugh et romancier lui même, pour "La fin d'une époque" d'Evelyn Waugh et "Bagages enregistrés" d'Aauberon Waugh) - un roman espagnol, avec Olivier ROLIN (pour "La joyeuse bande d'Afzavara" de Manuel Vasquez Montalban) - romans des Etats Unis, avec Philippe LABRO (qui présentent "Dalva" de Jim Morrison et "Privilège" d'Eduard Stenard) et Michaël Korda (pour son roman "La succession Bannerman") - -et des romans français, avec Félicien MARCEAU (pour son dernier titre "Un oiseau dans le ciel") et Claudine VINCENOT-GUIHENEUF (fille d'Henri Vincenot qui a préfacé un ouvrage inédit de son père "Le livre de raison de Claude Bourguignon" et qui conseille la biographie de Jean Louis Pierre intitulée "Vincenot") - Claudine Vincenot-Guiheneuf parle longuement de son père (avec un extrait d' Apostrophes de 1978, où Henri Vincenot parle de son roman "La billebaude"), Philippe LABRO évoque la biographie de Jackie Kennedy Onassis, Michaël Korda (auteur et éditeur) que Bernard Pivot présente comme l'observateur privilégié de la jet society new yorkaise, raconte le sujet de son livre (la vie et la mort d'un milliardaire américain) et exprime son plaisir d'écrire, lui qui est éditeur depuis plus de trente ans; Frédéric Forney présente Frederic FORSYTHE, auteur de best sellers qui adore "fabriquer des histoires" ("Le négociateur" se passe dans un futur proche au cours d'une crise pétrolière menaçant les grandes puissances), tandis que Philippe Labro vante deux écrivains américains mal connus en Europe. Puis Bernard Pivot laisse la parole à Auberon WAUGH en lui confiant: "Après Shakespeare, c'est votre père que j'aurais aimé interviewé" (l'écrivain britannique en profite pour raconter de nombreuses anecdotes sur son père qu'il admirait et redoutait) , puis c'est au tour de Félicien MARCEAU d' expliquer le sujet de son dernier livre, et enfin à Olivier Rolin de disserter sur le roman de Montalban.
Le pape des escargots, Henri Vincenot
08fév08
Bon là j’étais un peu vendu d’avance à ce livre. D’abord parce que le recueil de romans dans lequel figure Le Pape des escargots m’a été offert par mes parents. Et aussi parce que ça faisait un moment que je m’étais promis de m’intéresser à Henri Vincenot, le chantre de la Bourgogne, ma région natale.
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Gilbert vit comme un ermite dans sa ferme appelée la Rouéchotte. Négligeant les travaux de la ferme et oubliant de se nourrir, il passe son temps à sculpter alors que sa famille est toute entière tournée vers les travaux des vendanges. Son occupation est considérée comme une lubie par tous, sauf par la Gazette, un vieil original errant qui voit en Gilbert la réincarnation des bâtisseurs bourguignons d’antan qui ont œuvrés à la construction des plus belles églises romanes. Le talent de Gilbert est remarqué fortuitement par le propriétaire d’une galerie d’art parisienne qui, grâce à ses nombreux contacts dans le milieu de l’art moderne, lui propose de l’envoyer à Paris tous frais payés pour suivre des cours dans une école d’art. Gilbert le Bourguignon va donc prendre la route de Paris.
Le pape des escargots est un livre très riche. Les thèmes dont il est question sont très nombreux.
Commençons d’abord avec la Bourgogne. Il est évident que Henri Vincenot est un amoureux fou de sa région, la terre des Eduens et des Burgondes. Ça se sent à chaque ligne, à chaque description de ses personnages, des paysages et des bâtiments. La langue est joyeuse. J’ai pris plaisir à lire certains mots que je n’avais qu’entendu jusque-là. Des beaux mots comme revorcher, reveuiller, beuzenot, pangnat, traignas, treuffes etc. D’ailleurs je me suis dit que j’avais encore quelques progrès à faire pour comprendre vraiment le patois bourguignon. Le texte est en truffé et on peut buter dessus si on ne connaît pas ces mots. Mais ça m’avait fait la même chose avec le français d’Acadie dans Pélagie la charrette sans pour autant m’empêcher de l’apprécier. Toujours au rayon des mots, on notera le vocabulaire du domaine de l’architecture, de la sculpture, de l’artisanat et de la bonne nourriture.
Les personnages sont plutôt colorés, et c’est un euphémisme dans le cas de La Gazette, sorte de prédicateur errant, mémoire vivante de la vie bourguignonne, des traditions ancestrales, de l’architecture et des Compagnons du Devoir. Les exégètes d’Henri Vincenot pourraient facilement consacrer une longue étude à propos de ce personnage, qui est en fait le véritable héros du roman. Le pape des escargots c’est lui.
Je ne m’attendais pas du tout à ce que ce livre parle de religion. En fait ça parle beaucoup plus de spiritualité que de religion. La Gazette expose l’intégration des coutumes laïques et druidiques dans le christianisme. Henri Vincenot n’a pas attendu le Code Da Vinci pour mêler christianisme, panthéisme et paganisme. Mais le thème central de ce livre est la vie en Bourgogne, le terroir diront certains. C’est un mode de vie et un monde que je n’ai pas connus, mes parents un peu et mes grands-parents sans doute un peu plus. C’est une culture qui disparaît petit à petit malheureusement. Vincenot a manifestement une dent contre la ville, lieu de perdition par opposition à la campagne où on respecte les vraies choses. On frôle parfois la caricature en ce qui concerne le contraste entre la vie dans la Bourgogne profonde et le mode de vie urbain mais ça reste crédible. Vincenot a lui-même expérimenté les deux modes de vie : né et élevé en Bourgogne, il a passé de nombreuses années à Paris. On peut donc lui accorder un certain crédit sur le sujet. Et puis comme tout écrivain, il force le trait pour passer son message. J’aime bien aussi la sensibilité écologique de l’auteur. Écrit dans les années 70, ce livre aborde déjà le sujet de la pollution des nappes phréatiques, du manque d’eau en été, de l’utilisation intensive des engrais dans l’agriculture… Ces sujets sont malheureusement toujours d’actualité.
Le pape des escargots, c’est aussi l’histoire des déracinés, comme Vincenot lui-même. C’est la description des individus qui quittent leur région pour la ville, que ce soit Dijon ou Paris. Avec la distance on a tendance à se couper de ses racines. C’est ce qui arrive à Gilbert de la Rouéchotte mais il finit par se retrouver. Il ressort grandi de son expérience d’expatrié.
En guise de conclusion, voilà une lecture très agréable, je garde les autres romans du recueil sous la main.
COMMARIN. UN DES ANCIENS MAIRES DU VILLAGE NOUS PARLE DE L’ENFANT DU PAYS.Henri Vincenot, mon ami
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le 11/03/2012 à 05:03 | Adrien Virely, ancien maire du villageVu 419 foisAdrien Virely a tous les livres d’Henri Vincenot, souvent donnés par l’écrivain et dédicacés. Photo Pascale Thibeau
Cette année (2012) on célèbre le 100eme anniversaire de la naissance de l'écrivain, peintre et sculpteur Henri Vincenot. Adrien Virely, ancien maire était son ami. Il évoque quelques souvenirs
Pour beaucoup aujourd’hui, Henri Vincenot, c’est le chantre de la Bourgogne, l’écrivain de La Billebaude. Mais c’est aussi l’homme de Commarin, le village qu’il aimait et où il a passé toute sa retraite, parfaitement intégré à la vie locale.
Cette année, il aurait eu 100 ans. Ceux qui l’ont bien connu sont donc peu nombreux à Commarin. Adrien Virely, ancien maire du village, est de ceux-là. « Mais attention, j’avais 20 ans de moins que lui. Quand il travaillait aux Chemins de fer, il ne venait ici qu’aux vacances. Mais mon père, né en 1906, le connaissait bien. Vers 17 ou 18 ans, je suis allé le voir à Paris, dans le tout petit appartement où il vivait avec sa famille. De sa fenêtre, il m’avait montré la direction de Commarin. C’était vraiment un enfant du pays ! »
Un homme qui a su rester simple
C’est à sa retraite, en 1969, qu’Henri Vincenot est revenu définitivement à Commarin, vivre dans la maison de famille. « On savait bien qu’il écrivait, mais c’est plus tard, en 1977, qu’il est passé à Apostrophes. À partir de là, il a été la vedette, il y a eu les médias, les touristes, même des cars d’écoliers qui venaient le voir », se souvient Adrien Virely. « Ça l’amusait, mais il est toujours resté simple, habillé comme nous, souvent en sabots en caoutchouc. Le gilet qu’on voit sur les photos, avec le foulard ou le ruban au cou, c’était pour le dimanche, la messe, les sorties, les interviews. »
L’ancien maire a tenu le café de Commarin pendant plusieurs années. « L’Henri passait à l’occasion, commandait toujours un rouge cassis, qu’il oubliait parfois de boire ! » C’est que l’homme était distrait, la tête occupée par ses livres. « Une fois, il avait organisé une partie de tarot à quatre à Châteauneuf, il voulait faire une photo pour le livre qu’il écrivait. Et c’était pareil pour la chasse, le vrai chasseur, c’était moi. Lui, il tirait, mais sans tuer grand-chose. Ce qu’il recherchait, c’était la nature, les sensations, les idées. »
L’écrivain était cabotin : « Son accent d’ici, il l’accentuait encore, exprès. Sa femme Andrée avait l’accent de Saône-et-Loire, c’était un mélange amusant. Leur mort, elle en 1983 et lui en 1985, ça a vraiment consterné les gens d’ici ! »
La seule toile sur Châteauneuf
Adrien Virely possède tous les livres de l’Henri, il les a lus, mais avoue qu’il ne les a pas toujours finis. « Je ne suis pas un grand lecteur, mais La Billebaude, je l’ai lue jusqu’au bout, je suivais la chasse ! » Il a aussi chez lui une toile d’Henri Vincenot que son père avait achetée : « On me la demande pour toutes les expositions car c’est la seule dont le sujet est Châteauneuf. »
Pour fêter le 100 e anniversaire, l’ancien maire, vieil ami de Vincenot, est très sollicité par les médias : presse, magazines et même télévision.
Le pape des escargots, Henri Vincenot
08fév08
Bon là j’étais un peu vendu d’avance à ce livre. D’abord parce que le recueil de romans dans lequel figure Le Pape des escargots m’a été offert par mes parents. Et aussi parce que ça faisait un moment que je m’étais promis de m’intéresser à Henri Vincenot, le chantre de la Bourgogne, ma région natale.
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Gilbert vit comme un ermite dans sa ferme appelée la Rouéchotte. Négligeant les travaux de la ferme et oubliant de se nourrir, il passe son temps à sculpter alors que sa famille est toute entière tournée vers les travaux des vendanges. Son occupation est considérée comme une lubie par tous, sauf par la Gazette, un vieil original errant qui voit en Gilbert la réincarnation des bâtisseurs bourguignons d’antan qui ont œuvrés à la construction des plus belles églises romanes. Le talent de Gilbert est remarqué fortuitement par le propriétaire d’une galerie d’art parisienne qui, grâce à ses nombreux contacts dans le milieu de l’art moderne, lui propose de l’envoyer à Paris tous frais payés pour suivre des cours dans une école d’art. Gilbert le Bourguignon va donc prendre la route de Paris.
Le pape des escargots est un livre très riche. Les thèmes dont il est question sont très nombreux.
Commençons d’abord avec la Bourgogne. Il est évident que Henri Vincenot est un amoureux fou de sa région, la terre des Eduens et des Burgondes. Ça se sent à chaque ligne, à chaque description de ses personnages, des paysages et des bâtiments. La langue est joyeuse. J’ai pris plaisir à lire certains mots que je n’avais qu’entendu jusque-là. Des beaux mots comme revorcher, reveuiller, beuzenot, pangnat, traignas, treuffes etc. D’ailleurs je me suis dit que j’avais encore quelques progrès à faire pour comprendre vraiment le patois bourguignon. Le texte est en truffé et on peut buter dessus si on ne connaît pas ces mots. Mais ça m’avait fait la même chose avec le français d’Acadie dans Pélagie la charrette sans pour autant m’empêcher de l’apprécier. Toujours au rayon des mots, on notera le vocabulaire du domaine de l’architecture, de la sculpture, de l’artisanat et de la bonne nourriture.
Les personnages sont plutôt colorés, et c’est un euphémisme dans le cas de La Gazette, sorte de prédicateur errant, mémoire vivante de la vie bourguignonne, des traditions ancestrales, de l’architecture et des Compagnons du Devoir. Les exégètes d’Henri Vincenot pourraient facilement consacrer une longue étude à propos de ce personnage, qui est en fait le véritable héros du roman. Le pape des escargots c’est lui.
Je ne m’attendais pas du tout à ce que ce livre parle de religion. En fait ça parle beaucoup plus de spiritualité que de religion. La Gazette expose l’intégration des coutumes laïques et druidiques dans le christianisme. Henri Vincenot n’a pas attendu le Code Da Vinci pour mêler christianisme, panthéisme et paganisme.
Mais le thème central de ce livre est la vie en Bourgogne, le terroir diront certains. C’est un mode de vie et un monde que je n’ai pas connus, mes parents un peu et mes grands-parents sans doute un peu plus. C’est une culture qui disparaît petit à petit malheureusement. Vincenot a manifestement une dent contre la ville, lieu de perdition par opposition à la campagne où on respecte les vraies choses. On frôle parfois la caricature en ce qui concerne le contraste entre la vie dans la Bourgogne profonde et le mode de vie urbain mais ça reste crédible. Vincenot a lui-même expérimenté les deux modes de vie : né et élevé en Bourgogne, il a passé de nombreuses années à Paris. On peut donc lui accorder un certain crédit sur le sujet. Et puis comme tout écrivain, il force le trait pour passer son message. J’aime bien aussi la sensibilité écologique de l’auteur. Écrit dans les années 70, ce livre aborde déjà le sujet de la pollution des nappes phréatiques, du manque d’eau en été, de l’utilisation intensive des engrais dans l’agriculture… Ces sujets sont malheureusement toujours d’actualité.
Le pape des escargots, c’est aussi l’histoire des déracinés, comme Vincenot lui-même. C’est la description des individus qui quittent leur région pour la ville, que ce soit Dijon ou Paris. Avec la distance on a tendance à se couper de ses racines. C’est ce qui arrive à Gilbert de la Rouéchotte mais il finit par se retrouver. Il ressort grandi de son expérience d’expatrié.
En guise de conclusion, voilà une lecture très agréable, je garde les autres romans du recueil sous la main.
Le Château de Commarin que nous avons visité, tout près de la maison de Vincenot
LE VINCENOT DES TEMPS MODERNES
08/02/2012 | La Gazette de Côte d'Or n° 282 | Par Rédaction
Le 2 janvier 2012, Vincenot aurait eu 100 ans. Faisant fi du « foin » de certains « intellectuels » bien-pensants qui voudraient faire croire qu’il n’était qu’un régionaliste rétrograde, un hors série de Bourgogne Magazine replace le personnage et ses valeurs dans un contexte décalé et moderniste. Dominique Bruillot, directeur de la publication de Bourgogne magazine, nous dit pourquoi.
Les choses vont et viennent au gré des jugements des époques. Un peu comme pour ces fameuses boules neigeuses qui sont passées du succès mondial dans les lieux de tourisme des années 50, avant de se ringardiser pour redevenir aujourd’hui le « must kitchissime » des créatifs en vogue du marketing bo-bo.
Henri Vincenot n’avait rien d’une boule de neige, soit. Mais pour celui qui fut un temps le héros de la Bourgogne, son chantre télévisuel, les valeurs qu’il véhiculait dans son œuvre et son être, ont malgré tout été bien malmenées et même parfois « récupérées » depuis sa mort en 1985. Elles auraient de quoi remettre bien des idées en place de nos jours et de quoi le sortir de certaines visions réductrices qu’on a de lui. Sait-on déjà, que ce personnage connu avant tout pour ses passages mémorables dans les émissions de Pivot et Chancel, avait bien d’autres choses à proposer que le Pape des escargots et La Billebaude? Sait-on qu’il peignait et sculptait avec une liberté d’esprit et un sens de la répartie créative qui pouvaient surpasser de loin ses seules aptitudes éditoriales. Vincenot aimait la matière et le cœur de la matière. D’autant plus quand elle incarnait la transmission du savoir, le respect de son environnement, le bon sens sans tabous.
De la voie du rail…
Car là est la clé. Homme de paradoxes, Vincenot façonne des saints et des vierges avec son couteau sans vouer le moindre culte à qui que ce soit. Franc du collier et peu calculateur, il démontre (Walter ce boche mon ami) que l’amitié et la foi sont en mesure de se défaire des apparences d’un uniforme fût-il allemand. Tout cela au prix de quelques interprétations équivoques, plus démonstratives que sincères, de la part « d’intellectuels » frustrés des générations suivantes, qui voulaient se payer un peu du mythe régionaliste d’hier, pour se faire un semblant de réputation parmi leurs pairs.
Il est de bon ton aujourd’hui encore, de réduire l’image de Vincenot à celle d’un traditionaliste replié sur lui-même, voire rétrograde. Il suffit pourtant de traverser son regard sur l’Afrique du Nord et le Maroc en particulier (Le sang de l’Atlas), empreint de fraternité et de pacification, pour comprendre sa relation à l’autre, quelles que soient ses origines. Il suffit de mettre en vis-à-vis de son intelligence et de son bagage culturel («HV» était aussi diplômé de l’ESC de Dijon), sa capacité à donner le change aux plus humbles, à rendre grâce aux personnages les plus discrets de sa campagne, comme à des héros de la mythologie.
… à la voix du slam
Reprenant le cheminement de Giono en son temps, qu’il admirait pour son « style et son génie, rude et puissant », Vincenot a fait les frais de sa liberté de pensée. Giono fut emprisonné avant la guerre pour ses sympathies communistes, Vincenot fut montré du doigt pour avoir tenté de faire croire que la terre appartient à tous. Tour à tour cheminot, conteur et pourfendeur des idées reçues, artiste inspiré et inspirateur, auteur dont on cause dans les salons parisiens et humble paysan à la ficelle-ceinture, homme de la Pourrie (son havre de paix familial en Auxois) et des plateaux de télé… cet artiste complexe est sans aucun doute plus partageur que les beaux parleurs de notre époque. Il aurait mérité une bien belle tribune en ce début de troisième millénaire. En témoignent les paroles du slameur dijonnais, Kader Boussada, qui a grandi au pied des remparts de la Miséricorde. « C’est l’quartier où j’habitais minot, d’anciennes baraques de cheminots qu’a dépeint Vincenot (…) On était pas des misérables mais des enfants du rail, et comme on était éduqués, on avait donc une vie gérable », écrit notamment celui qui se nomme lui-même Albdelkader de Bourgogne. Avec la bénédiction, où qu’il soit, du Pape des escargots .
Dominique Bruillot et Vincenot, Claudine Vincenot, sa fille, les peintures de Vincenot, plus un portrait de Vincenot devant Châteuneuf, réalisée par Bernard Tournier, enfin la tombe de Vincenot surmontée d' une Croix Celtiquee et les 3 tombes celtiques de Vincenot, son épouse Andrée et son fils François
Claudine VINCENOT
Après trente années de vie parisienne, un séjour au Maroc où elle enseigna la littérature à la faculté de rabat, Claudine Vincenot vit aujourd'hui à Dijon, sa ville natale. Depuis 1985, elle s'occupe de l'héritage littéraire de son père, Henri Vincenot. Elle vient de publier son premier roman aux éditions de l'Armançon. Son nom : "Coeur de voyou"
Claudine Vincenot
Née à Dijon en 1938, Claudine Vincenot part avec ses parents et ses trois frères pour Paris en 1945.
Après des études de lettres classiques et quelques années d’enseignement à Paris, Claudine Vincenot quitte la France en 1969 avec son mari et ses trois enfants. Successivement à Fès puis à Rabat, elle enseigne le français à des élèves marocains. Puis elle soutient, à l’université de Bordeaux, une thèse de doctorat sur l’œuvre en prose de Gérard de Nerval. Elle enseigne alors la littérature et la linguistique à des étudiants de l’enseignement supérieur à Rabat.
Après un séjour de quinze ans au Maghreb, la famille revient en France.
C’est alors, qu’après le décès de ses parents, Claudine consacre son temps et ses connaissances à l’œuvre de son père.
Après avoir publié un article dans un numéro de Géo consacré à la Bourgogne, elle est sollicitée par le rédacteur en chef de cette même revue pour écrire ses souvenirs d’enfance et de jeunesse auprès d’Henri Vincenot. Sans ambition littéraire particulière, elle est encouragée par son fils Vincent à donner suite au projet qui deviendra : « Le maître du bonheur, mon père Henri Vincenot. », publié en 1995 aux éditions Anne Carrière, la fille de Robert Laffont.
Suivront , en 1999, un roman : « Confidences des deux rivages ».
Puis un ouvrage d’art en 2001: « Le peintre du bonheur : promenade littéraire dans l’œuvre peint et sculpté d’Henri Vincenot ».
En 2005, Claudine publie une importante biographie de son père : « La vie toute crue. »
Surtout connu pour ses romansLe Procès (Der Prozeß) et Le Château (Das Schloß) ainsi que pour la nouvelleLa Métamorphose (Die Verwandlung), Franz Kafka laisse cependant une œuvre plus vaste, caractérisée par une atmosphère cauchemardesque, sinistre, où la bureaucratie et la société impersonnelle ont de plus en plus de prise sur l'individu. Hendrik Marsman décrit cette atmosphère comme une « objectivité extrêmement étrange… ».
L'œuvre de Kafka est vue comme symbole de l'homme déraciné des temps modernes. D'aucuns pensent cependant que l'œuvre de Kafka est uniquement une tentative, dans un combat apparent avec les « forces supérieures », de rendre l'initiative à l'individu, qui fait ses choix lui-même et en est responsable.
Biographie
Famille et jeunesse
Franz Kafka est né à Prague, alors capitale de la Bohême, qui faisait partie de l'empire austro-hongrois. Son grand-père, Jacob Kafka, venait d'une ville de province tchèque, Osek, et installa à Prague un petit commerce. Il est le fils de Hermann Kafka (1852-1931) et de Julie Kafka, née Löwy (1856-1934), issue d'une riche famille de Poděbrady. Il avait deux frères, Georg et Heinrich, morts en bas âge, en 1885 et 1887, et trois sœurs plus jeunes : Gabrielle (Elli) (1889-1941), Valérie (Valli) (1890-1942) et Ottilie (Ottla) (1892-1943), qui, lors de la Seconde Guerre mondiale, furent déportées au ghetto de Łódź et y moururent. Kafka a eu une enfance solitaire. Sa langue maternelle était l'allemand comme pour près de 10 % de la population de Prague à l'époque.
Les Kafka étaient juifs. Kafka lui-même et ses biographes décrivent son père, qui eut des relations difficiles avec son fils, comme dominant et prétentieux. Bien qu'il n'ait pas eu un rapport intense avec sa mère, il s'identifia fortement avec la famille de celle-ci, réputée intellectuelle et spirituelle, contrairement à celle de son père (son grand-père avait fondé une « grande surface »).
Entre 1889 et 1893, il suivit l'école primaire au Fleischmarkt (« Marché aux viandes », maintenant sur la rue Masná) à Prague. Son éducation juive se limita à la célébration de sa Bar Mitsva à l'âge de treize ans et à sa participation quatre fois par an aux services de la synagogue.
Après l'enseignement primaire, il fut admis au collège d'État à Prague, le Altstädter Deutsches Gymnasium germanophone. Il finit son éducation en 1901. Très tôt, il s'intéresse à la littérature (ses premiers écrits ont disparu, sans doute détruits par Kafka lui-même) et aux idées socialistes. Ses amis sont alors Rudolf Illowy, Hugo Bergmann, Ewald Felix Pribram, ou encore Oskar Pollak. Il passe ses vacances à la campagne, chez son oncle Siegfried, un médecin de Triesch.
Carrière
Après son baccalauréat (1901), Kafka voyage à Norderney et Helgoland. En automne, il commence ses études à l'université Charles de Prague. Après deux semaines de cours en chimie, Kafka décide d'étudier le droit.Il suit cependant aussi des cours de germanistique et d'histoire de l'art. Il voyage un peu. Il se joint au Lese- und Redehalle der Deutschen Studenten, une association étudiante qui, parmi d'autres choses, organise des événements et des présentations littéraires.
En 1902, il fait la connaissance du poète Max Brod, qui sera son ami le plus influent et publiera la plus grande partie de son œuvre après sa mort. En 1906, il est reçu docteur en droit chez le professeur Alfred Weber et fait un stage d'un an, comme service civil, au tribunal de Prague. En 1909, il publie ses premiers essais de prose dans le magazine munichoisHyperion.
Le 1ernovembre1907, il entre au service de Assicurazioni Generali, une compagnie d'assurance commerciale italienne. Après n'y avoir travaillé que neuf mois, il en démissionna le 15juillet1908, d'après ses dires, parce que les longues heures de travail l'empêchaient par trop d'exercer sa grande passion : l'écriture. Deux semaines plus tard, il entra au service de l’Arbeiter-Unfall-Versicherungs-Anstalt für das Königreich Böhmen(Institution d'assurance pour les accidents des travailleurs du royaume de Bohême), où il travailla jusqu'à sa retraite prématurée en 1922. Bien qu'il qualifiât péjorativement son travail de « gagne-pain », ses prestations étaient évaluées très positivement par son employeur, ainsi qu'en témoignent ses promotions dans sa carrière. Il avait pour tâche la limitation des risques de sécurité encourus par les ouvriers qui devaient travailler sur des machines souvent encore dangereuses à l'époque ; c'est dans ce but qu'il se rendait dans beaucoup d'usines et qu'il écrivit des manuels d'information. Il était, de plus, responsable de la classification des usines dans des groupes de risques. Le fait qu'il devait aussi contester des demandes d'indemnisation lui donna parfois mauvaise conscience, mais l'entreprise lui laissait souvent la possibilité d'être large pour les victimes, qui avaient parfois subi des blessures permanentes.
À côté de son travail pour la société d'assurance, Kafka continuait d'écrire, et il suivait pour ce faire un programme journalier particulier : le matin, il travaillait au bureau; à midi, il allait dormir quelques heures ; ensuite, il allait se promener, manger avec des amis ou la famille, pour se mettre à écrire le soir, une activité qu'il continuait jusque tard dans la nuit. C'est pendant l'une de ces nuits que, « comme ivre », il mit sur le papier le récitDas Urteil (Le Verdict).
Kafka entretenait des relations problématiques avec les femmes. En 1912, dans la maison de Max Brod, il rencontre la Berlinoise Felice Bauer(de), représentante d'une firme de commercialisation de dictaphones. Dans les cinq années qui suivirent, une correspondance intense se développa entre Kafka et Felice. Ils se rencontrèrent de temps à autre, ce qui aboutit deux fois à des fiançailles. Du côté de Kafka, il s'agissait surtout d'un amour platonique, qu'il entretenait principalement par ses lettres. Petit à petit, il se rendit compte à quel point une vie maritale traditionnelle serait impossible avec Felice, beaucoup plus terre à terre, surtout avec sa tendance à s'enfermer dans son bureau : cela conduisit à la fin de leur relation en 1917.
En 1919, Kafka se fiança avec Julie Wohryzeck, une secrétaire de Prague, mais son père s'opposa fortement à cette relation. Elle se termina encore la même année – d'après ce que l'on en sait, à l'initiative de Julie –, mais le conflit fit que Kafka adopta une position encore plus antagonique à l'égard de son père, qui aurait bien vu son fils comme successeur dans son entreprise commerciale.
Au début des années 1920, une relation de courte durée, mais très intense, se développa entre Kafka et la journaliste et écrivaine anarchiste tchèque Milena Jesenská. De toutes les femmes de sa vie – il y eut encore diverses liaisons –, Milena a peut-être le mieux compris un écrivain aussi hypersensible, et, au moins lors de leurs rares rencontres, elle put l'aider à surmonter ses craintes. Mais finalement il se sentit mal à l'aise avec cette artiste flamboyante.
En 1923, il partit pour quelque temps à Berlin, espérant pouvoir mieux se concentrer sur l'écriture, loin de l'ingérence de la famille. C'est à cette époque qu'il rencontraDora Diamant, une institutrice maternelle de 25 ans, originaire d'une famille orthodoxe juive polonaise. Dora devint la compagne de Kafka à Berlin et exerça une influence sur son intérêt croissant pour le Talmud. C'est auprès d'elle qu'il goûta finalement un peu de bonheur conjugal, alors qu'il ne le croyait plus possible. Ensemble, ils envisagèrent d'émigrer en Palestine. Sioniste convaincu aussi, il avait vu la haine grandir contre Allemands et juifs (« Juifs et Allemands sont des exclus »). C'est à cette époque que Kafka « se fait le défenseur d'un humanismelibéral ».
En 1917, il commence à cracher régulièrement du sang et on pose le diagnostic de tuberculose. Cela conduisit à une plainte de nature presque obsessionnelle dans ses lettres à Felice, et l'utilisation de sa maladie comme raison pour rompre ses fiançailles. Mais il voyait aussi son statut d'écrivain comme un handicap pour une vie de famille « normale », ce qui serait devenu un énorme problème avec une Felice moins intellectuelle et plus débordante de vie.
Kafka, qui montrait des signes d'hypocondrie, souffrait, ainsi qu'on le pense maintenant, de dépression clinique et de phobie sociale, mais présentait aussi des phénomènes vraisemblablement liés au stress :migraines, insomnies, constipations et furoncles. Il se méfiait de la médecine régulière et essayait de combattre ses plaintes avec des cures naturopathes, un régime végétarien et en buvant du lait non pasteurisé. Il utilisait ses vacances pour suivre des cures de repos dans des sanatoriums, pour lesquels son employeur lui octroyait souvent des congés exceptionnels. En 1922, l'écrivain devient préretraité, par suite de son état général de santé déficient. Il a 39 ans...
Bien que la situation personnelle de Kafka se soit fortement améliorée après son déménagement à Berlin, et qu'il écrivît à nouveau beaucoup, l'hiver caractérisé par l'inflation de 1923-1924 à Berlin fut à nouveau funeste pour sa santé déjà chancelante. Les biens de consommation essentiels se faisaient rares et il devait en faire venir de Prague; de plus le froid dans le logement mal chauffé n'était pas favorable à sa guérison. Lorsqu'en mars 1924, Brod vint lui rendre visite, son état s'était à ce point aggravé qu'il l'emmena avec lui à Prague; en avril, l'on diagnostiqua une tuberculose du larynx.
Il était clair que Kafka n'en avait plus pour longtemps : on ne disposait pas à cette époque de médicaments efficaces contre la tuberculose, si bien que Kafka s'alimentait de plus en plus difficilement – un état qui présentait des traits du personnage de Gregor dans La Métamorphoseet du personnage principal de sa nouvelle Un artiste de la faim (Hungerkünstler). Dans les derniers mois, il fut soutenu par son médecin et ami Robert Klopstock, qui dirigeait de manière critique les soins médicaux de Kafka, mais le patient ne pouvait plus recevoir de l'aide que d'analgésiques.
Kafka fut admis au sanatorium de Kierling près de Vienne, où il mourut à l'âge de 40 ans le 3juin1924, vraisemblablement de malnutrition ainsi que de la tuberculose, Dora Diamant à ses côtés. Son corps fut ramené à Prague, où il fut enterré le 11juin1924 dans le nouveau cimetière juif du quartier de Žižkov (Prague-Strachnitz).
Le métier d’écrivain
Kafka considérait l'écriture comme une nécessité profondément intime, comme s'il s'agissait pour lui d'« une activité atroce », qui impliquait « une ouverture totale du corps et de l'âme ».
Selon une formule restée célèbre, Kafka, dans une lettre à son ami Oskar Pollak (en janvier 1904) explique : « Un livre doit être la hache qui fend la mer gelée en nous ; voilà ce que je crois. » Et quelques lignes plus haut il annonçait : « Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d'un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? »
Pour Kafka, on devait écrire comme si l'on se trouvait dans un tunnel sombre, sans savoir encore comment les personnages allaient se développer ultérieurement.
À propos de son œuvre
Kafka rédigea toutes ses œuvres en allemand, si ce n'est quelques lettres rédigées en tchèque qu'il adressa à sa maîtresse Milena Jesenská.
Durant sa vie, Kafka n'a publié que quelques courts récits, ainsi que les nouvellesLa Métamorphose (Die Verwandlung) et Le Verdict, donc une toute petite partie de son œuvre. Certains des textes qu'il a publiés étaient un fragment d'une œuvre plus longue qui demeurera inachevée et inédite à sa mort comme Le Soutier, fragment de son premier roman L'Amérique, ou Devant la loi (Vor dem Gesetz), fragment de son second, Le Procès (Der Prozeß). Autre roman inachevé et demeuré inédit de son vivant, son troisième et dernier, Le Château (Das Schloß).
Avant sa mort, Kafka chargea par écrit son ami et exécuteur testamentaire Max Brod de détruire tous ses manuscrits.
« Voici, mon bien cher Max, ma dernière prière : Tout ce qui peut se trouver dans ce que je laisse après moi (c'est-à-dire, dans ma bibliothèque, dans mon armoire, dans mon secrétaire, à la maison et au bureau ou en quelque endroit que ce soit), tout ce que je laisse en fait de carnets, de manuscrits, de lettres, personnelles ou non, etc. doit être brûlé sans restriction et sans être lu, et aussi tous les écrits ou notes que tu possèdes de moi ; d'autres en ont, tu les leur réclameras. S'il y a des lettres qu'on ne veuille pas te rendre, il faudra qu'on s'engage du moins à les brûler. À toi de tout cœur10. »
— Franz Kafka
Cependant, Max Brod décida de ne pas procéder aux dernières volontés de Kafka. Brod connaissait et appréciait l'œuvre de Kafka comme nul autre et avait en fait averti son ami à plusieurs reprises qu'il ferait de son mieux afin de conserver son œuvre pour la postérité. Peu après, une discussion se déclencha au sujet de ce double sens supposé par Brod du « testament » de Kafka (rien d'autre qu'une courte missive). On ne saura jamais avec certitude si Kafka était sérieux lorsqu'il souhaitait que toute son œuvre non publiée soit détruite. En revanche, c'est l'écrivain lui-même qui a détruit ou a fait brûler par son amie Dora divers manuscrits, parmi lesquels un grand nombre de récits et au moins une pièce de théâtre. Mais il aurait pu brûler le reste et ne l'a pas fait.
En ce qui concerne les manuscrits de Kafka que Brod n'eut pas en mains avant la guerre, la Gestapo se chargea de satisfaire ses dernières volontés, début 1933, après la prise de pouvoir par Hitler, en saisissant environ 20 journaux et 35 lettres dans l'appartement berlinois de Dora. Malgré les interventions actives de l'ambassade tchèque à Berlin, ces manuscrits ainsi que d'autres pièces qui tombèrent dans les mains des nazis ne furent pas retrouvés et sont considérés comme perdus à tout jamais.
Brod, en contradiction avec les instructions de son ami, se chargea de la publication posthume de la plus grande partie de son œuvre. Il publia les grands romans de Kafka dès les années 1920. Il ne put collationner et publier le reste de ses œuvres, principalement les nombreux journaux et lettres, avant le début de la Seconde Guerre mondiale. La nuit où les nazis occupèrent Prague en mars 1939, Brod réussit à s'enfuir en Palestine avec les manuscrits de Kafka qu'il possédait. L'œuvre de son ami put y être publiée progressivement.
Un mémorial à Kafka,
à l'emplacement de sa maison natale
Place Franz Kafka
Max Brod va faire connaître cet auteur qui, de son vivant, n'avait pas attiré l'attention des critiques. Les éditions de Brod sont plutôt contestées : Kafka était décédé avant d'avoir peaufiné ses manuscrits pour la publication. Quelques-unes de ses œuvres sont inachevées, dont Le Château qui se termine en plein milieu d'une phrase, et Le Procès, dont les chapitres ne sont pas numérotés et est incomplet. Quant à son dernier roman, Le Château, dont le contenu est assez ambigu, il semble que Brod ait pris des libertés pour adapter l'œuvre de Kafka à son goût : il déplaça quelques chapitres, modifia des phrases et des mots et modifia la ponctuation dans certains passages. Les éditions par Brod de l'œuvre de Kafka ne sauraient être considérées comme des éditions définitives.
C'est l'écrivain Alexandre Vialatte qui révèle le génie de Kafka au public français. Après avoir découvert Le Château en 1925, il entreprend de traduire en français Le Procès, La Métamorphose ainsi que les Lettres à Milena. Il publie quelques articles importants sur l'écrivain pragois, réunis en volume sous le titre : Mon Kafka (10/18, puis les Belles lettres, 2010). Ce sont ses traductions qui, avec celles de Claude David, font autorité dans l'édition de la Pléiade de ses œuvres.
Suivant l'éditeur de l'édition anglaise du Château (The Castle, Schocken Books, 1998), Malcolm Pasley a réussi en 1961 à rassembler la plus grande partie des manuscrits de Kafka à la Bodleian Library de l'université d'Oxford. Le texte original du Procès a été acheté dans une vente plus tard et se trouve maintenant conservé dans les archives de littérature allemande à Marbach.
Pasley, après qu'il eut rassemblé les manuscrits de Kafka, mit sur pied une société (avec entre autres Gerhard Neumann, Jost Schillemeit et Jürgen Born) qui devait rétablir les romans dans leur état original. Les éditions S. Fischer Verlag publièrent les romans reconstruits. Pasley fut le rédacteur final de Das Schloß (Le Château) de 1982 et Der Prozeß (Le Procès) de 1990. Jost Schillemeit fut le rédacteur final de Der Verschollene (le titre de Kafka, Max Brod l'appela Amerika) de 1983. Ces éditions critiques sont consultables sur l'internet sous Le Projet Kafka14. Après sa mort, son œuvre sera analysée, critiquée, louée. Kafka est désormais considéré comme un écrivain majeur d'avant-garde.
Les écrits de Kafka reflètent les sentiments de la société du début du XXe siècle. Ses personnages évoluent dans un monde où les rapports et les relations qui les régissent leur sont incompréhensibles; où ils sont livrés, impuissants, à des forces inconnues, comme dans un cauchemar. La vie est un mystère irrésolu, un labyrinthe dont on ne connaît pas la sortie et ce qui nous y attend. Kafka étudie la psychologie de ses personnages face à des situations extraordinaires, dont ils ne connaissent pas les tenants et les aboutissants, et leur relation avec leur entourage.
Kafka aborde les thèmes de la solitude, des rêves, des peurs et des complexes. Le personnage est perdu, déboussolé, il ne saisit pas tout ce qui l'entoure, le lecteur est dans la même situation. L'atmosphère particulière des romans et nouvelles de Kafka a donné naissance à un adjectif, « kafkaïen », qui renvoie à quelque chose d'absurde et d'illogique, de confus et d'incompréhensible.
Mais de l’ensemble de l’œuvre de Kafka, il ressort aussi une réflexion à la fois critique et éclairante sur la famille, la société et la lutte que l’individu mène contre lui-même s’il veut y trouver sa place.
Kafka en France
L’œuvre complète de Kafka fut pour la première fois éditée en France en 1962 par Claude Tchou, le créateur du Cercle du Livre Précieux(Librairie du Palimugre, 47, rue Bonaparte, Paris VI), dans une édition établie et annotée par Marthe Robert.
«C'est en 1958 que Claude Tchou fonde le Cercle du livre précieux, avec Pascal Pia pour directeur littéraire, qui publie Zola, Kafka, mais aussi des érotiques comme L'Anti-Justine de Rétif de la Bretonne – ce qui vaudra à Tchou d'être inculpé pour outrages aux bonnes mœurs par voie du livre et condamné à six mois de prison ferme, commués en appel à six mois avec sursis». Ses publications «étaient des ouvrages finement édités, précieusement reliés. Où l'on trouvait la fine fleur». «C'était le plus grand joaillier de l'édition française».
À propos de cette édition Tchou proclamait : « Un grand peintre commence par être invendable. Un jour, ses toiles valent des millions : il est célèbre. Qu’il devienne classique, elles cessent d’être chères : elles n’ont pas de prix. Ainsi de Kafka aujourd´hui. Cette renaissance, notre édition y a puissamment contribué. Ce n’est pas notre moindre fierté. » (Voir catalogue de l’édition)
C’est en grande partie via cette publication en langue française que Franz Kafka sera connu et traduit dans d’autres pays, en particulier de langues latines.
Les critiques ont essayé de placer l'œuvre de Kafka dans divers courants littéraires tels que le modernisme et le réalisme magique. Le manque d'espoir et l'absurdité que l'on retrouve dans toute son œuvre, sont des traits typiques de l'existentialisme, de même que d'ailleurs la responsabilité de l'individu. Quelques critiques pensent trouver dans son œuvre une influence du marxisme, surtout de par ses prises de position critiques vis-à-vis de la bureaucratie. D'autres encore, comme Michael Löwy, voient dans cette position anti-bureaucratique une influence anarchiste. De même, il est aussi fait appel au judaïsme et à l'influence de Freud. Thomas Mann et Max Brod voyaient dans l'œuvre de Kafka une recherche métaphysique de Dieu.
Dans Le Procès, on retrouve explicitement le thème de la faute. La faute chez Kafka ne doit cependant pas être comprise dans l'acception commune - bien que cela paraisse en être le cas. Lorsque les gardiens du personnage principal Joseph K disent que « les autorités sont attirées par la faute, telle qu'elle se retrouve dans la loi », la faute doit plutôt être comprise dans le sens juif, c'est-à-dire dans l'imperfection matérielle de l'humain. Le fait que les personnages de Kafka sont continuellement dérangés dans leur 'vie habituelle' est lié à cela : car la 'faute' de l'homme a pour but de le faire bouger, de le pousser à être activement à la recherche du sens de son existence. « La loi que tous recherchent » de la parabole de la Loi dans Le Procès représente, en revanche, vraisemblablement la perfection dont l'homme qui la cherche peut voir un reflet : « mais maintenant il voit bien un reflet dans le noir, qui transparaît inextinguible par la porte de la loi ».
Les thèmes de l'aliénation et de la persécution sont fondamentaux dans l'œuvre de Kafka et ce, de façon si intense, qu'un mouvement d'opposition en est né. Beaucoup de critiques pensent que l'œuvre de Kafka n'est pas seulement le produit d'un écrivain tourmenté et solitaire, mais bien plus réfléchi et rebelle, et qu'elle ne peut être ramenée à des 'complexes' psychologiques de l'auteur. Cependant, la Lettre au père (qu'il n'envoya jamais) est considérée par certains comme la clef de ses œuvres ; le complexe relatif au père y est clairement exprimé.
Actuellement on met plus l'accent sur le fait que Kafka et ses amis – ainsi qu'on peut le voir par des notes des amis de Kafka – riaient bien de ses histoires absurdes. Vestdijk décrit comment lui et Marsman se tordaient de rire à la lecture du premier chapitre du Procès. On dit aussi que l'écrivain riait à gorge déployée quand il lisait ce chapitre à ses amis. À travers tout le tragique transparaît beaucoup d'humour juif, que l'on retrouve aussi dans les histoires du rabbin Baalschem, telles qu'elles ont été rassemblées par Martin Buber; des récits que Kafka aimait lire. D'aucuns pensent que Kafka ne s'est jamais rendu compte à quel point ses histoires étaient une sorte de prévision de la réalité, et à quel point nous ne pourrions plus en rire.
Dans les Discussions avec Kafka de Gustav Janouch apparaît l'image d'un homme qui était terriblement conscient des suites possibles de chaque mot, et qui donc était très prudent et très précis dans leur usage. Ce faisant, les signes avant-coureurs du futur proche ne lui sont pas étrangers : dans ce livre Kafka prédit la destruction de l'Allemagne, près de vingt années avant la Seconde Guerre mondiale.
Márquez a dit qu'à la lecture de La Métamorphose il avait réalisé "qu'il était possible d'écrire d'une autre façon". Dans la littérature néerlandaise il a influencé entre autres, Ferdinand Bordewijk, Willem Brakman et Willem Frederik Hermans.
Influence
Le style et le symbolisme de Kafka ont influencé la littérature de son époque, notamment dans les registres de la nouvelle et de la pièce de théâtre radiophonique, l'adjectif allemand kafkaesk, traduit par « kafkaïen » en français, devenant même une référence.
La question de la nationalité
La nationalité de Franz Kafka est sujette à controverse. Le fait que Prague était incluse au moment de sa naissance dans l'Autriche-Hongrie devrait faire de lui un écrivain autrichien. D'une manière générale, les habitants germanophones de la Bohême se considéraient en ce temps-là, soit comme des Autrichiens, soit comme des Allemands (Allemands des Sudètes). L'appellation consacrée d'« écrivain tchèque de langue allemande », même si elle n'est pas tout à fait exacte, constitue un compromis dans les ouvrages de référence de langue française.
Œuvres
(Les dates mentionnées sont les dates de publication. N'ont pas été relevés les textes publiés isolément dans des revues, les premiers en 1909)
1912 : Regard (Betrachtung), daté de 1913 mais paru fin 1912, Leipzig, Ernst Rowohlt, 99 p. (réédité en 1915).
1913 : Le Verdict (Das Urteil), Leipzig, Kurt Wolff, 29 p. (réédité en 1916 et 1920).
1913 : Le Soutier (Der Heizer(de) Ein Fragment), Leipzig, Kurt Wolff, 47 p. (réédité en 1916 et 1917-1918).
1915 : La Métamorphose (Die Verwandlung), Kurt Wolff, 73 p. (réédité en 1915 et 1918).
Kafka, un film de 1991 où Jeremy Irons joue le rôle de Franz Kafka. Ce film réalisé par Steven Soderbergh mêle la vie et l'œuvre de Kafka en un ensemble semi-biographique. Dans ce film, Kafka enquête sur la disparition de l'un de ses collègues, et de cette manière devient un acteur même de ses propres romans, à savoir Le Procès et Le Château.
Franz Kafka's 'It's a Wonderful Life', un court-métrage primé de l'Academy Award et oscarisé de 1993, réalisé par Peter Capaldi et avec Richard E. Grant dans le rôle de Kafka. Ce film mêle La Métamorphose avec It's a Wonderful Life de Frank Capra.
The Trial, lui aussi de 1993, avec Kyle MacLachlan dans le rôle de Josef K. et Anthony Hopkins dans une représentation caméo en tant que prêtre. Le film suit de manière très stricte l'original. Le scénario est signé Harold Pinter.
Menschenkörper, un court métrage de 2004 de Tobias Frühmorgen. Ce film est une interprétation libre et moderne du récit "Un médecin de campagne".
Un voyage en Italie, un court métrage de 2006 de Christophe Clavert. Ce film est l'adaptation d'un fragment narratif du Journal de Kafka.
↑Kafka est l'orthographe allemande du mot tchèquekavka qui signifie « corneille » ou « choucas ».
↑Cependant, il parlait couramment le tchèque. Pour plus d'informations sur la coexistence des Allemands, juifs et Tchèques, lire Allemands des Sudètes.
↑L'université est alors victime des tensions nationalistes entre les différentes minorités linguistiques et scindée en une « université allemande » et une « université tchèque ».
KAFKA
Genre : Littérature étrangère
date de naissance : 3 Juillet 1883
date de décès : 3 Juin 1924
Que voulez-vous, je suis un homme de loi. C'est pourquoi je ne peux me libérer du mal.
Biographie Franz Kafka
Figure majeure de la littérature du XXe siècle, Franz Kafka est un des auteurs les plus étudiés au monde. Ebranlé par la Première Guerre mondiale, le jeune Kafka poursuit des études de droit avant d'être embauché par une compagnie d'assurance. Cette expérience de la bureaucratie inspire en partie son oeuvre, notamment ses deux romans majeurs : Le Procès et Le Château. Il y développe avec angoisse et ironie un univers labyrinthique et absurde, un monde que le langage courant qualifiera par la suite de "kafkaien". Ses influences reposent sur une triple appartenance culturelle : tchèque, allemande et juive, religion pour laquelle il se passionne à la fin de sa vie. Fondée sur les thèmes de la culpabilité, de la perte d'identité et de la transformation du corps (La Métamorphose), l'oeuvre de Franz Kafka ne cesse de fasciner les psychanalystes. Profondément marqué par une relation conflictuelle avec son père, relatée dans Lettres au père en 1919, Kafka mène une existence tourmentée dans laquelle se succèdent les échecs. Amené à trois reprises à rompre ses fiançailles, il tient une correspondance très riche avec son plus grand amour, Milena Jesenka, qui témoigne d'une passion intense mais destructrice. Se sachant condamné par la tuberculose dès 1917, Franz Kafka écrit par nécessité avec un sentiment d'urgence, laissant derrière lui une oeuvre inachevée mais monumentale.
Citations de Franz KAFKA
Une nuit, je vous écrivais continuellement des lettres dans un état de demi-sommeil, je ressentais cela comme des petits coups de marteau ininterrompus.
Que ne suis-je devant votre porte et que ne puis-je pour ma propre jouissance - une jouissance capable d'abolir toute tension - appuyer sans fin sur votre sonnette !
Longtemps ignorés par les chercheurs qui souhaitaient préserver l'image de l'écrivain, des textes érotiques et pornographiques de Franz Kafka viennent de sortir de l’ombre. Cette découverte, susceptible de dévoiler une facette peu connue de l'auteur de ‘La Métamorphose', ne valait pourtant pas un 'Procès'…
Un homme compliqué
Franz Kafka a averti sa première fiancée, Felice Bauer, que si elle voulait partager le reste de sa vie avec lui ce serait "une vie monastique, côte à côte, avec un homme agité, mélancolique, silencieux, insatisfait et maladif". Il s'est fiancé avec elle à deux reprises, avant de rompre définitivement.
Passé de peu à la postérité
Dans son testament, Franz Kafka demande à son ami Max Brod de brûler tous ses manuscrits. Si cette volonté avait été respectée, ‘Le Château’ et ‘Le Procès’ ne nous seraient jamais parvenus.
En partenariat avec les éditions Flammarion, la deuxième session de l'opération « Pourquoi aimez-vous ? », au théâtre de l'Odéon, a mis à l'honneur Yannick Haenel. L'auteur de 'Jan Karski...
"Tu me le diras mardi". Franz Kafka écrit à Milena : il s'arrêtera mardi à Vienne pour la voir. La ville d'aujourd'hui prend, dans le grain des images, le poids fébrile de l'attente.
Demain: Théâtre des Amandiers - Nanterre (92000) Dates : du 25 Mars 2014 au 29 Mars 2014TERMINÉ
Un homme, à la demande de membres de l’Académie, est invité à faire une conférence sur sa vie antérieure de singe... Quelle est cette troublante proposition ? Kafka, dans une 'Métamorphose...
Graveur et dessinateur, Olivier Deprez est membre fondateur du collectif Frémok et de la revue Frigobox. Il enseigne dans plusieurs écoles supérieures d'arts graphiques tout en multipliant...
L'écrivain et philosophe italien Umberto Eco, auteur du roman "Le Nom de la Rose", est décédé
L'écrivain et philosophe italien Umberto Eco, auteur du célèbre roman "Le Nom de la rose", est décédé à l'âge de 84 ans, ont annoncé dans la nuit de vendredi à samedi plusieurs médias italiens.
Umberto Eco est décédé vendredi vers 21H30 à son domicile, indique sur son site internet le quotidien La Repubblica qui a contacté sa famille. L'écrivain, qui vivait à Milan (nord), souffrait d'un cancer depuis longtemps.
Né à Alessandria (nord de l'Italie) le 5 janvier 1932, il a étudié la philosophie à l'Université de Turin et consacré sa thèse au "problème esthétique chez Thomas d'Aquin".
Alors qu'il approchait de la cinquantaine, il réussi un coup de maître avec son premier roman publié en 1980: "Le Nom de la rose" s'est vendu à plusieurs millions d'exemplaires et a été traduit en 43 langues.Consécration: il a été adapté au cinéma en 1986 par le Français Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery dans le rôle du frère Guillaume de Baskerville, l'ex-inquisiteur chargé d'enquêter sur la mort suspecte d'un moine dans une abbaye du nord de l'Italie.
La bande-annonce du film "Le nom de la Rose", de Jean-Jacques Annaud, adapté du livre d'Umberto Eco. Hommages multiples
"Umberto Eco, un des intellectuels les plus célèbres d'Italie est mort", indique sur son site le Corriere della Sera.
"Umberto Eco a eu une présence importante dans la vie culturelle italienne des 50 dernières années, mais son nom reste indéniablement lié, au niveau international, à l'extraordinaire succès de son roman 'Le Nom de la rose'", poursuit le principal quotidien italien.
"Le monde perd un des hommes les plus importants de sa culture contemporaine", affirme pour sa part La Repubblica sur son site. "Son regard sur le monde nous manquera", ajoute le quotidien.
Umberto Eco et d'autres grands noms de la littérature italienne avaient décidé en novembre dernier de quitter leur maison d'édition historique Bompiani, récemment rachetée par le groupe Mondadori (propriété de la famille Berlusconi), pour en rejoindre une nouvelle et indépendante baptisée "La nave di Teseo" (le bateau de Thésée, le mythique roi d'Athènes).
Intellectuel d'avant-garde
Polyglotte, marié à une Allemande, Eco a enseigné dans plusieurs universités, en particulier à Bologne (nord) où il a créé le département des Sciences de la communication et occupé la chaire de sémiotique jusqu'en octobre 2007, date à laquelle il a pris sa retraite.
Eco a expliqué s'être mis sur le tard à la fiction car "il considérait l'écriture romanesque comme un jeu d'enfant qu'il ne prenait pas au sérieux".
Après "le Nom de la rose", il a notamment offert à ses lecteurs "Le Pendule de Foucault" (1988), "L'île du jour d'avant" (1994) et "La mystérieuse flamme de la reine Loana (2004)". Son dernier roman, "Numéro zéro", publié en 2014 est un polar contemporain centré sur le monde de la presse.
Œil critique
Il est aussi l'auteur de dizaines d'essais sur des sujets aussi éclectiques que l'esthétique médiévale, la poétique de Joyce, la mémoire végétale, James Bond, l'art du faux, l'histoire de la beauté ou celle de la laideur.
"Le beau se situe à l'intérieur de certaines limites tandis que le laid est infini, donc plus complexe, plus varié, plus amusant", expliquait-il dans une interview en 2007, ajoutant qu'il avait "toujours eu de l'affection pour les monstres".
Homme de gauche, Eco n'avait rien de l'écrivain enfermé dans sa tour d'ivoire et ce joueur de clarinette écrivait régulièrement pour l'hebdomadaire L'Espresso. Un ouvrage basé sur ses chroniques devrait sortir dans le courant de l'année 2016. Son ouverture d'esprit ne l'empêchait pas de voir d'un oeil critique l'évolution de la société moderne.
"Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d'imbéciles qui, avant, ne parlaient qu'au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité", a-t-il récemment déclaré, rappelle le quotidien Il Messaggero.
"On les faisait taire tout de suite alors qu'aujourd'hui ils ont le même droit de parole qu'un prix Nobel. C'est l'invasion des imbéciles", avait-il dit.
L'intervention d'Umberto Eco dans l'émission Bouillon de Culture de Bernard Pivot, en 1992, où il évoque les questions liées à l'interprétation.
Titulaire de la chaire de sémiotique et directeur de l’École supérieure des sciences humaines à l’université de Bologne, il en est professeur émérite de jusqu'à sa mort.
Biographie
Diplômé en philosophie en à l'université de Turin (avec une thèse sur Thomas d'Aquin), il s'intéresse dans un premier temps à la scolastique médiévale (Sviluppo dell'estetica medievale, 1959), puis à l'art d'avant-garde (L'Œuvre ouverte, 1962) et à la culture populaire contemporaine (Apocalittici e integrati(it), 1964). Il rencontre un succès immédiat en Italie.
Devenu ensuite un pionnier des recherches ensémiotique (La Structure absente, 1968, Trattato di semiotica generale, ), il développe une théorie de la réception (Lector in fabula(it) (1959), Lector in fabula ou La Coopération interprétative dans les textes narratifs (1985)) qui le place parmi les penseurs européens les plus importants de la fin du XXe siècle.
Son premier roman,Le Nom de la rose (1980) connaît un succès mondial avec plusieurs millions d'exemplaires vendus et des traductions en quarante-trois langues, malgré un contenu dense et ardu. Umberto Eco met en application dans ce « policier médiéval » ses concepts sémiologiques et ses théories du langage, ceux-là mêmes qu'il enseigne à Turin. En , le quotidien La Repubblica le vend comme supplément au journal (tirage spécial à cette occasion : 2 millions d'exemplaires).
Son deuxième roman, Le Pendule de Foucault (1988) connaît également un énorme succès, quoique pour des raisons inverses : le public, guidé par Eco, part à la découverte de symboles énigmatiques ou prophétiques, à rebours de la dénonciation de l'ésotérisme qui est pourtant le propos de l'auteur. Mais celui-ci démontre par la même occasion que le lecteur est libre de ses interprétations (théorie qu'Eco continue de développer dans ses œuvres théoriques sur la réception,Les Limites de l'interprétation en ). Le livre tourne d'ailleurs en ridicule l'interprétation à outrance des faits avérés ou légendaires de l'histoire, en tirant avec un égal succès des dimensions d'un simple kiosque à journaux le même genre d'informations de portée cosmique que certains se croient fondés à lire dans celles de la pyramide de Khéops.
Umberto Eco donne ensuite plusieurs conférences sur ses théories de la narration en littérature : Six promenades dans les bois du roman et d'ailleurs (), sur la traduction, Experiences in translation (2000) et sur la littérature, De la littérature ().
Tout au long de sa carrière, il écrit régulièrement, dans des quotidiens et des hebdomadaires, des chroniques sur des sujets de l'heure, avec un souci de « débusquer du sens là où on serait porté à ne voir que des faits ».
Plusieurs recueils, dont seulement certains ont été traduits, regroupent les textes les plus amusants, Pastiches et Postiches (1988) (Diario minimo(it), 1963) et Comment voyager avec un saumon (1998) (Il secondo diario minimo(it), 1992). Certains autres recueils regroupent des textes plus polémiques : Croire en quoi (1998), Cinq questions de morale (2000) et Islam et occident (2002).
Parmi ses activités les moins connues, Umberto Eco a été membre du Forum international de l'Unesco (), de l'Académie universelle des cultures de Paris (), de l'Académie américaine des arts et des lettres () et a été nommé au conseil de la Bibliotheca Alexandrina (). Il a assuré en - un cours à la chaire européenne du Collège de France sur le thème « La quête d'une langue parfaite dans l'histoire de la culture européenne ».
Fin , Umberto Eco propose l'ouvrageVertige de la liste qui est traduit par Myriem Bouzaher. Il est récompensé la même année de la médaille d'or du Círculo de Bellas Artes.
Il est élu membre associé de l’Académie royale de Belgique (Classe des Lettres et des Sciences morales et politiques) le .
Avec ses partenaires chinois, africains ou indiens, l’Institut développe une approche de la connaissance réciproque et des méthodologies qu’elle suscite. Il s’agit, en considérant la réalité des forces et des ressources culturelles en présence, de proposer des scénarios d’échanges culturels et artistiques, fondés sur ce principe de réciprocité.
Umberto Eco collabore dès sa fondation à l'hebdomadaire L'Espresso, où il tient de à la rubrique La bustina di Minerva (dans laquelle il déclara contribuer à Wikipedia) et aux journaux Il Giorno, La Stampa, Corriere della Sera, la Repubblica, il manifesto et à d’innombrables revues spécialisées internationales, telles que Semiotica (fondée en par Thomas Albert Sebeok), Poetics Today, Degrès, Structuralist Review, Text, Communications (revue de l'École des hautes études en sciences sociales) , Problemi dell'informazione, Word & Images ou des revues littéraires et de débat culturel comme Quindici, Il Verri, Alfabeta, Il cavallo di Troia....
En , il collabore à la collection Fare l'Europa dirigée par Jacques Le Goff.
Traductions
Umberto Eco a traduit en italien lesExercices de style (1947), l'un des ouvrages les plus célèbres de l'écrivain français Raymond Queneau, dont il était ami et admirateur (proche, par beaucoup de ses travaux, de l'OuLiPo). L'ouvrage est publié en sous le titre Esercizi di stile. Il traduisit aussi Sylvie, de Gérard de Nervalpour la maison d'édition Einaudi en .
Grand intellectuel italien, l'écrivain Umberto Eco, décédé dans la nuit de vendredi à samedi à l'âge de 84 ans, était un universitaire, linguiste et philosophe qui a connu la gloire mondiale avec un thriller médiéval et érudit, Le Nom de la rose.
Ce philosophe de formation, célébré sur le tard alors qu'il approchait de la cinquantaine, a réussi un coup de maître avec son premier roman publié en 1980, Le Nom de la rose s'est vendu à plusieurs millions d'exemplaires et a été traduit en 43 langues. Il a été adapté au cinéma en 1986 par le Français Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery dans le rôle du frère Guillaume de Baskerville, l'ex-inquisiteur chargé d'enquêter sur la mort suspecte d'un moine dans une abbaye du nord de l'Italie. Truffé de latin, le polar de ce sémiologue de renom à la rondeur affable a même été la cible d'éditions pirates, notamment en arabe sous le titre Sexe au couvent... Autre conséquence, non négligeable pour l'édition italienne, "Le Nom de la rose a relancé le roman en Italie et la littérature italienne à l'étranger. Les écrivains italiens ont à nouveau été traduits", souligne le critique et romancier italien Alain Elkann.
Il a commencé à écrire à l'âge de 10 ans
Eco, petit-fils d'éditeur issu de la petite bourgeoisie, a raconté avoir commencé à écrire dès l'âge de dix ans des histoires dont il réalisait lui-même l'édition. Né à Alessandria (nord de l'Italie) le 5 janvier 1932, il a étudié la philosophie à l'Université de Turin et consacré sa thèse au "problème esthétique chez Thomas d'Aquin". Ce spécialiste de l'histoire médiévale, qui a traduit Nerval en italien et qui connaissait par coeur Cyrano de Bergerac, a aussi travaillé pour la radiotélévision publique italienne Rai, l'occasion pour lui d'étudier le traitement de la culture par les médias.
Polyglotte, marié à une Allemande, Eco a enseigné dans plusieurs universités, en particulier à Bologne (Nord) où il a occupé la chaire de sémiotique jusqu'en octobre 2007, date à laquelle il a pris sa retraite. Umberto Eco a expliqué s'être mis sur le tard à la fiction car "il considérait l'écriture romanesque comme un jeu d'enfant qu'il ne prenait pas au sérieux".
Homme de gauche
Après Le Nom de la rose, il a notamment offert à ses lecteurs Le Pendule de Foucault(1988), L'Île du jour d'avant (1994) et La Mystérieuse Flamme de la reine Loana (2004). Son dernier roman, Numéro zéro, publié en 2014 est un polar contemporain centré sur le monde de la presse. Il est aussi l'auteur de dizaines d'essais sur des sujets aussi éclectiques que l'esthétique médiévale, la poétique de Joyce, la mémoire végétale, James Bond, l'art du faux, l'histoire de la beauté ou celle de la laideur.
"Le beau se situe à l'intérieur de certaines limites tandis que le laid est infini, donc plus complexe, plus varié, plus amusant", expliquait-il dans une interview en 2007, ajoutant qu'il avait "toujours eu de l'affection pour les monstres". Affirmant "écrire pour s'amuser", Il Professore - des yeux malicieux derrière des lunettes et une barbe blanche - était aussi bibliophile et possédait plus de 30 000 titres dont des éditions rares. "Eco était un premier de la classe, très intelligent, très érudit. Il a incarné avec brio la figure de l'intellectuel européen. Il était aussi à l'aise à Paris et Berlin qu'à New York ou Rio", estime Alain Elkann.
Homme de gauche, Eco n'avait rien de l'écrivain enfermé dans sa tour d'ivoire et ce joueur de clarinette écrivait régulièrement pour l'hebdomadaire L'Espresso.
Son dernier combat contre Berlusconi
Après la victoire aux élections législatives de Silvio Berlusconi en 2008, il avait consacré un article au retour de l'esprit des années 40, regrettant d'"entendre des discours semblables à ceux sur la défense de la race qui n'attaquaient pas seulement les Juifs, mais aussi les Tziganes, les Marocains et les étrangers en général".
Son dernier combat l'a mené aux côtés d'autres écrivains, dont Sandro Veronesi (Chaos calme), pour protéger le pluralisme de l'édition en Italie après le rachat de RCS Libri par Mondadori, propriété de la famille Berlusconi. Umberto Eco a rejoint avec d'autres auteurs une nouvelle maison d'édition, baptisée "La nave di Teseo" (le bateau de Thésée, le mythique roi d'Athènes), dirigée par Elisabetta Sgarbi, ancienne directrice éditoriale de Bompiani, fleuron du groupe RCS, éditeur en Italie d'Umberto Eco mais aussi du Français Michel Houellebecq.
Marceline Desbordes est la fille de Catherine Lucas et Félix Desbordes, un peintre en armoiries, devenu cabaretier à Douai après avoir été ruiné par la Révolution. Fin 1801, après un séjour à Rochefort et un autre à Bordeaux, la jeune fille de 15 ans et sa mère embarquent pour la Guadeloupe afin de chercher une aide financière chez un cousin aisé, installé là-bas.
Le voyage entrepris, qui devait être un nouveau départ, devient un véritable calvaire. D'une part, la traversée en bateau, dure plus que prévu (onze jours), et affaiblit les deux femmes. Et puis d'autre part, une épidémie de fièvre jaune se déclare en Guadeloupe et emporte, en mai 1803, la mère de Marceline. En outre, des troubles politiques agitent l'île et la situation du cousin se révèle ne pas être aussi bonne qu'on le disait : l'aide qu'il apporte est donc bien maigre.
De 1808 à 1810, elle a une liaison passionnée avec le comédien et homme de lettresHenri de Latouche, qu'elle nomme Olivier dans ses poèmes. En 1816, elle perd le fils qu'elle a eu avec lui.
En 1817, elle se marie avec un acteur, Prosper Lanchantin, dit Valmore, rencontré alors qu'elle jouait à Bruxelles. Elle aura quatre enfants de lui, dont un seul, Hippolyte Valmore, lui survivra (Junie et Inès décèdent en bas âge, et Hyacinthe, dite Ondine, compose des poèmes et des contes avant de mourir à l'âge de 31 ans).
La poétesse en 1833.
En 1819, Marceline Desbordes-Valmore publie son premier recueil de poèmes, Élégies et Romances, qui attire l'attention et lui ouvre les pages de différents journaux tels que le Journal des dames et des modes, l’Observateur des modes et la Muse française. En effet, son mari n'est guère aisé et sa popularité, à elle, a perdu de son aura : c'est ainsi tout d'abord pour un intérêt financier qu'elle se met à écrire. Le couple s'installe à Lyon. Marceline Desbordes-Valmore continue à voir Henri de Latouche, et entretient avec lui une relation épistolaire soutenue.
Par la suite, ses ouvrages les plus importants sont les Élégies et poésies nouvelles (1824), les Pleurs (1833), Pauvres fleurs (1839) et Bouquets et prières (1843). En 1832, elle cesse définitivement son activité au théâtre pour se consacrer à l'écriture. Toutes ses œuvres, dont le lyrisme et la hardiesse de versification sont remarqués, lui valent une pension royale sous Louis-Philippe Ier et plusieurs distinctions académiques. Elle écrit aussi des nouvelles et compose des Contes pour enfants, en prose et en vers. En 1833, elle publie un roman autobiographique, L'Atelier d'un peintre. Elle y met en évidence la difficulté d'être reconnue pleinement comme artiste pour une femme.
Fin de vie
Marceline Desbordes-Valmore décède à Paris, dans sa dernière demeure au 59, rue de Rivoli, le , en ayant survécu au décès de presque tous ses enfants, de son frère et de maintes amies. Elle fut surnommée« Notre-Dame-Des-Pleurs » en référence aux nombreux drames qui jalonnèrent sa vie. Elle est inhumée au cimetière de Montmartre (26e division).
Critiques de ses contemporains et portée
L'instruction limitée de Marceline Desbordes-Valmore est compensée par son grand travail d'autodidacte.Honoré de Balzac, qui admirait son talent et la spontanéité de ses vers (« assemblages délicats de sonorités douces et harmonieuses et qui évoquent la vie des gens simples » lui écrivait en avril 1834 en parlant d'elle : « [...] Elle a donc conservé le souvenir d'un cœur dans lequel elle a pleinement retenti, elle et ses paroles, elle et ses poésies de tout genre, car nous sommes du même pays, Madame, du pays des larmes et de la misère. Nous sommes aussi voisins que peuvent l'être, en France, la prose et la poésie, mais je me rapproche de vous par le sentiment avec lequel je vous admire. »
Elle est aussi considérée comme une poétesse ayant joué un rôle majeur dans l'évolution de l'écriture par Paul Verlaine, qui déclare : « Nous proclamons à haute et intelligible voix que Marceline Desbordes-Valmore est tout bonnement [...] la seule femme de génie et de talent de ce siècle et de tous les siècles [...] ». On lui sait gré d'avoir introduit des formes nouvelles : « [...] Marceline Desbordes-Valmore a, le premier d’entre les poètes de ce temps, employé avec le plus grand bonheur des rythmes inusités, celui de onze pieds entre autres […] ». Son personnage romantique d'autodidacte dont la vie malheureuse aurait nourri une sensibilité singulière n'est pas non plus étranger à ce succès. Charles Baudelaire s'intéresse plus à la personne qu'aux vers quand il affirme : « Mme Desbordes-Valmore fut femme, fut toujours femme et ne fut absolument que femme ; mais elle fut à un degré extraordinaire l’expression poétique de toutes les beautés naturelles de la femme », suivi en cela par toute une tradition au XXe siècle. Sainte Beuve dit à son propos : « Elle a chanté comme l'oiseau chante ». Il définit sa poésie comme « si passionnée, si tendre, et véritablement unique en notre temps».
Une poésie d'avant-garde
Première en date des poètes du romantisme, une des plus grandes poétesses depuis Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore, en dépit d'une prolixité intermittente, est un précurseur inattendu des maîtres de la poésie française moderne : Rimbaud12 et surtout Verlaine. On lui doit l'invention de plus d'un rythme : celui des onze syllabes et la genèse de Romances sans paroles13. Cette femme prétendument ignorante était une savante méconnue. Au surplus, elle fut la marraine indiscutable de « muses » de la fin du siècle : Anna de Noailles, Gérard d'Houville, Renée Vivien, Cécile Sauvage, Marie Noël.
Œuvres
Chansonnier des grâces, 1817
Élégies et romances, 1819
Elégies et Poésies nouvelles, 1825
Album du jeune âge, 1829
Poésies, 1830
Les Pleurs, 1833
L'atelier d'un peintre, roman, 1833
Pauvres Fleurs, 1839
Bouquets et prières, 1843
Poésies posthumes, 1860
Œuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore, édition complète établie et commentée par M. Bertrand, Presses Universitaires de Grenoble, 2 vol., 1973
Vingt-deux lettres - correspondance -, préface de Jean Le Mauve, éditeur : l'Arbre, 1986
Les petits flamands - roman -, présentation de Marc Bertrand, éditeur : Librairie Droz, collection « Textes Littéraires Français », 1991
Domenica - roman -, présentation de Marc Bertrand, éditeur : Librairie Droz, collection « Textes Littéraires Français », 1992
L'Atelier d'un peintre - roman -, texte établi par Georges Dottin, postface de Marc Bertrand, éditeur : Miroirs Éditions, 1992
Contes, présentation de Marc Bertrand, éditeur : Presses Universitaires de Lyon, 1996
Huit femmes - nouvelles -, présentation de Marc Bertrand, éditeur : Librairie Droz, collection « Textes Littéraires Français », 1999
Les veillées des Antilles - roman -, présentation d'Aimée Boutin, éditeur : l'Harmattan, collection « Autrement mêmes », 2006
Œuvre poétique intégrale de Marceline Desbordes-Valmore - réédition révisée et complétée avec des inédits -, avant-propos de Marc Bertrand, éditions : Jacques André Éditeur/CEI, 1 vol., 2007
Les Yeux pleins d'églises, avant-propos de Jean Ristat, préface de Claude Schopp, Éditions La Bibliothèque, 2010
Marceline Desbordes-Valmore a mis en musique elle-même L'Alouette.
La musicalité de ses vers a attiré de nombreux compositeurs. De son vivant, Pauline Duchambge met en musique plusieurs de ses poèmes (La Jalouse, S'il avait su…!, Le Rêve du mousse, Adieu tout, La Walse et l'aumône, Attends-moi longtemps). On doit à Adolphe Adam la partition de Restez enfants et à Joseph-Henri Mees celle qui accompagne Le Billet. En 1842, alors qu'il n'a que sept ans,Camille Saint-Saëns écrit sa première composition sur le poèmeLe Soirqu'il offre à son professeur Mlle L. Grunger. Gioacchino Rossini en fait de même pour Le Saule pleureur, César Franck pour Les cloches du soir, Éric Tanguy pour Souvenir. Henri Woollett compose la suite : Marceline ou la vie d'une femme où il met en musique L’Absence, Ton Nom, Les Roses, Prière, N’écris pas !, Le Présage, Le Don des larmes et Le Refuge. Louis Beydts est l'auteur des musiques de La Guirlande de Marceline qui réunit les poèmes Un billet de femme, C’est moi, Pour le petit enfant, La Sincère, Amour partout, Ne parle pas, Un Cri.
Cet intérêt des musiciens pour l'œuvre de Marceline Desbordes-Valmore se manifeste également dans la chanson populaire contemporaine.Julien Clerca ainsi mis en musique le poème N'écris pas (qui avait déjà été mis en musique par Henry Woollett), chanson qu'il a intitulée Les séparés (sur l'album Julien, 1997). Benjamin Biolay a également repris cette chanson de Julien Clerc sur son album Trash Yéyé (2007). Karin Clercq a chanté La sincère (qui avait déjà été mis en musique par Louis Beydts et dont la musique est signée, cette fois, par Guillaume Jouan) sur son album Après l'amour.
En février 2016, le chanteur français Pascal Obispo sort un album baptisé "Billet de femme" dont les textes sont des poèmes de Marceline Desbordes-Valmore.
Cette femme qui fait chanter Obispo
Le musicien a sorti hier « Billet de femme » grand disque romantique inspiré par les textes de Marceline Desbordes-Valmore, poétesse méconnue du XIXe.
Figure oubliée de la poésie romantique du XIXe siècle, Marceline Desbordes-Valmore, ici immortalisée par le photographe Nadar, a influencé Rimbaud et Baudelaire. Aujourd’hui, ses mots écrits il y a deux siècles ont donné naissance au dixième album de Pascal Obispo. (Photomontage/ Rue des Archives/RDA/DR.)
Son studio d'enregistrement de Suresnes, c'est un peu son chez-lui. Dans cette ancienne usine où il a posé son piano il y a treize ans, Pascal Obispo a affiché les artistes qui l'ont inspiré, des plus évidents comme les Beatles et Polnareff, aux plus pointus, comme Philippe Pascal, le chanteur des mythiques rennais Marquis de Sade.
.. Entre ses influences pop et new wave, on ne s'attendait pas à ce qu'une poétesse du XIXe siècle trouve une place de choix.
Ce sont pourtant les mots d'amour de Marceline Desbordes-Valmore qui ont donné naissance au 10e album de Pascal Obispo, « Billet de femme », grand disque romantique intemporel, arrangé par Jean-Claude Petit, 72 ans, à la tête d'un orchestre symphonique. Le chanteur, qui s'est marié en septembre dernier avec Julie Hantson, raconte ces deux rencontres artistiques et sa soif d'écriture, toute nouvelle, après vingt-cinq ans de carrière.
Comment avez-vous « rencontré » cette poétesse ? PASCAL OBISPO. A la fin de la tournée « Millésime(s) » (NDLR : fin 2013), j'ai eu un blues en rentrant chez moi. J'ai ouvert le carton dans lequel j'avais conservé les affaires de mon père (NDLR : décédé en 2012). J'y ai retrouvé un recueil de poèmes de Marceline Desbordes-Valmore, que je ne connaissais pas. Oui, mon père était footballeur et aimait la poésie et la philosophie (il sourit). J'ai commencé par le poème « Qu'en avez-vous fait ? » et j'ai eu un tel choc que je suis allé directement au piano. En une matinée, j'avais quatre chansons. J'ai acheté ses œuvres complètes. Et trois jours plus tard, j'avais composé l'album.
Qu'est-ce qui vous a séduit chez elle ?
Ce qu'elle écrit me transperce le cœur, je ressens ce qu'elle ressentait, la valise de souffrances qu'on traîne, la disparition des personnes chères... Je pleurais en jouant. Ses déclarations d'amour, écrites il y a deux siècles, sont d'une telle modernité. Je n'ai pas changé un seul mot.
Vous avez travaillé pour la première fois avec Jean-Claude Petit.
Un piano-voix ne suffisait pas. J'ai pensé à un grand orchestre et à Jean-Claude Petit, à qui l'on doit tant de chefs-d'œuvre (NDLR : les bandes originales de « Cyrano de Bergerac », « Jean de Florette », les arrangements d'albums de Julien Clerc, Alain Souchon, Claude François)... Sa fille nous a mis en rapport. Il m'a fait l'honneur d'accepter. Cela fait plus de trente ans qu'il n'avait pas fait d'album comme ça. Il a réalisé les arrangements, dirigé les cinquante musiciens, le piano. Je l'ai laissé faire. Je me suis régalé juste en le regardant. Petit, c'est du trop haut niveau pour moi. J'ai seulement joué du piano sur « le Dernier Rendez-Vous ». Ce texte est si fort que je n'ai pas réussi à trouver de mélodie. Alors, je l'ai récité.
Pourquoi « Billet de femme » n'est-il pas disponible en streaming ?
Je tiendrais un peu le même discours qu'Adele, qui trouve bizarre de tout mélanger et regrette que la musique devienne jetable. J'ai envie d'être le contraire de ça. La preuve, je garde les livres, les colliers de mon père... Je ne suis pas dans la génération jetable. J'apprécie les choses belles, rares. Les réseaux sociaux, c'est un outil de communication dont on ne peut pas se couper. Mais c'est une perte de temps pour moi, je préfère lire.
Votre album précédent, « le Grand Amour », ne date que de deux ans...
Si cela ne tenait qu'à moi, celui-ci serait sorti encore plus vite. C'est le système industriel qui a instauré ce rythme, mais moi, je suis un artisan qui a son tempo. Et j'aimerais être beaucoup plus rapide. Je fais sans cesse des chansons, j'ai envie d'être sur scène, mais je suis malheureusement toujours obligé d'attendre. Je n'ai plus vingt ans (NDLR : il en a 51 ), il ne me reste plus tant de temps.
« Marceline m'a donné envie d'écrire »
Marceline Desbordes-Valmore est une figure oubliée de la poésie romantique du XIXe siècle. Née en 1786 à Douai (Nord), cette écrivaine, chanteuse et comédienne a pourtant fortement marqué son époque. Sa plume passionnée et novatrice et sa pensée féministe précurseur ont influencé Rimbaud, Verlaine et Baudelaire, qui déclara : « Elle fut femme, fut toujours femme et ne fut absolument que femme, mais elle fut à un degré extraordinaire l'expression poétique de toutes les beautés naturelles de la femme.
» La vie de celle que l'on surnomma Notre Dame des Pleurs fut des plus tourmentée. Elle perdit sa mère à 17 ans et trois de ses quatre enfants avant sa disparition, à Paris, en 1859.
Pascal Obispo a été plus que « subjugué » par son œuvre. « Marceline m'a donné envie d'écrire, confie celui qui fait la plupart du temps appel à des auteurs pour ses textes de chanson. Pendant vingt-cinq ans, je me suis concentré à apprendre la musique, mais maintenant que j'ai une technique acceptable pour ce que je veux faire, je suis attiré par les mots. Je me mets à écrire des textes. J'ai comme une soif d'enfant face à ce monde à construire. J'ai acheté tout Trenet, je réécoute Brel, Brassens, j'ai vu trois fois Souchon et Voulzy en concert l'an dernier. »
La lecture le nourrit aussi. « Je lis beaucoup de livres sur la philosophie, la religion. Je suis très fan de Frédéric Lenoir (NDLR : philosophe et sociologue spécialisé dans les religions). Ses livres — j'en suis au huitième — me donnent envie d'écrire des chansons. »
POEMES
Hiver
Marceline Desbordes-Valmore
Non, ce n’est pas l’été, dans le jardin qui brille,
Où tu t’aimes de vivre, où tu ris, coeur d’enfant !
Où tu vas demander à quelque jeune fille,
Son bouquet frais comme elle et que rien ne défend.
Ce n’est pas aux feux blancs de l’aube qui t’éveille,
Qui rouvre à ta pensée un lumineux chemin,
Quand tu crois, aux parfums retrouvés de la veille,
Saisir déjà l’objet qui t’a dit : » A demain ! «
Non ! ce n’est pas le jour, sous le soleil d’où tombent
Les roses, les senteurs, les splendides clartés,
Les terrestres amours qui naissent et succombent,
Que tu dois me rêver pleurante à tes côtés :
C’est l’hiver, c’est le soir, près d’un feu dont la flamme
Eclaire le passé dans le fond de ton âme.
Au milieu du sommeil qui plane autour de toi,
Une forme s’élève ; elle est pâle ; c’est moi ;
C’est moi qui viens poser mon nom sur ta pensée,
Sur ton coeur étonné de me revoir encor ;
Triste, comme on est triste, a-t-on dit, dans la mort,
A se voir poursuivi par quelque âme blessée,
Vous chuchotant tout bas ce qu’elle a dû souffrir,
Qui passe et dit : » C’est vous qui m’avez fait mourir ! «
Reprends de ce bouquet les trompeuses couleurs,
Ces lettres qui font mon supplice,
Ce portrait qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs.
Je te rends ce trésor funeste,
Ce froid témoin de mon affreux ennui.
Ton souvenir brûlant, que je déteste,
Sera bientôt froid comme lui.
Oh ! Reprends tout. Si ma main tremble encore,
C'est que j'ai cru te voir sous ces traits que j'abhorre.
Oui, j'ai cru rencontrer le regard d'un trompeur ;
Ce fantôme a troublé mon courage timide.
Ciel ! On peut donc mourir à l'aspect d'un perfide,
Si son ombre fait tant de peur !
Comme ces feux errants dont le reflet égare,
La flamme de ses yeux a passé devant moi ;
Je rougis d'oublier qu'enfin tout nous sépare ;
Mais je n'en rougis que pour toi.
Que mes froids sentiments s'expriment avec peine !
Amour... que je te hais de m'apprendre la haine !
Eloigne-toi, reprends ces trompeuses couleurs,
Ces lettres, qui font mon supplice,
Ce portrait, qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs !
Cache au moins ma colère au cruel qui t'envoie,
Dis que j'ai tout brisé, sans larmes, sans efforts ;
En lui peignant mes douloureux transports,
Tu lui donnerais trop de joie.
Il a publié son premier roman en 1974 et est rapidement devenu célèbre pour ses contributions dans le domaine de l'horreur mais a également écrit des livres relevant d'autres genres comme le fantastique, la fantasy, la science-fiction et le roman policier. Tout au long de sa carrière, il a écrit et publié plus de cinquante romans, dont sept sous le pseudonyme de Richard Bachman, et environ deux cents nouvelles, dont plus de la moitié sont réunies dans dix recueils de nouvelles. Depuis son grave accident survenu en 1999, il a ralenti son rythme d'écriture. Ses livres ont été vendus à plus de 350 millions d'exemplaires à travers le monde et il a établi de nouveaux records de ventes dans le domaine de l'édition durant les années 1980, décennie où sa popularité a atteint des sommets.
Longtemps dédaigné par les critiques littéraires et les universitaires car considéré comme un auteur « populaire », il a acquis plus de considération depuis les années 1990 même si une partie de ces milieux continue de rejeter ses livres. Il a souvent été critiqué pour son style familier, son recours au gore et la longueur jugée excessive de certains de ses romans. À l'inverse, son sens de la narration, ses personnages vivants et colorés, et sa faculté à jouer avec les peurs des lecteurs ont toujours été salués. Au-delà du caractère horrifique de la plupart de ses livres, il aborde régulièrement les thèmes de l'enfance et de la condition de l'écrivain, et brosse un portrait social très réaliste et sans complaisance des États-Unis à la fin du XXe siècle et au début du siècle suivant.
Le Maine General Hospital de Portland où est né Stephen King.
Les parents de Stephen King sont Donald Edwin King, né le sous le nom de Donald Pollock, ancien capitaine de la marine marchande devenu représentant, et Nellie Ruth Pillsbury, née le , pianiste. Ils se marient le . Le , le couple, qui pense ne pas pouvoir avoir
enfant, adopte un nouveau-né, David Vict King. Néanmoins, Ruth finit par tomber enceinte et Stephen Edwin King naît le au Maine General Hospital de Portland, dans le Maine. En 1949, Donald King, coureur de jupons invétéré à qui le rôle de père de famille ne convient pas, abandonne soudainement le domicile familial pour ne jamais réapparaître. Dès lors, Ruth King et ses deux enfants vivent dans des conditions financières souvent très difficiles et déménagent fréquemment, Ruth occupant de petits emplois et s'installant tour à tour près du domicile de ses nombreuses sœurs. De 1949 à 1958, la famille King réside ainsi successivement à Fort Wayne (Indiana), West De Pere (Wisconsin), Chicago, Malden (Massachusetts) et Stratford (Connecticut)
À l'âge de quatre ans, le jeune Stephen connaît ses premières rencontres avec l'horreur. Dans la vie réelle tout d'abord, quand un train écrase un camarade de jeu sous ses yeux. Puis en écoutant l'adaptation radiophonique d'une nouvelle de Ray Bradbury,Mars Is Heaven, qui le terrifier 2. Pendant l'année scolaire 1953-1954, le jeune Stephen est retiré de l'école en raison de divers problèmes de santé et passe l'essentiel de son temps à la maison, où il écrit ses premières histoires d'enfant.
Affiche de La Chambre des tortures (The Pit and the Pendulum, 1961), film ayant fait une grande impression sur le jeune Stephen King.
En 1958, la famille King retourne dans le Maine, à Durham, pour que Ruth puisse s'occuper de ses parents dont la santé est déclinante. Cette année-là, Ruth King offre à son fils sa première machine à écrire pour Noël et Stephen écrit plusieurs nouvelleslargement inspirées par les bandes dessinées d'EC Comics, notamment Les Contes de la crypte, et les films de science-fiction et d'horreur.
En 1960, Stephen découvre une caisse de livres qui appartenaient à son père et dans laquelle se trouve The Lurking Fear and Other Stories, une anthologie de nouvelles deH. P. Lovecraft qui constitue sa première lectur d'horreur « sérieuse ». Entre 1958 et 1966, il se rend en stop quasiment tous les samedis au cinéma Ritz de Lewiston, distant d'une vingtaine de kilomètres de Durham, pour satisfaire sa passion du cinéma. En 1961, il expédie pour la première fois une de ses nouvelles,The Killer, à un magazine publié par Forrest J Ackerman. Il autopublie ses premiers récits vers la même période à l'aide d'une machine à ronéotyper que son frère utilise pour publier le journal Dave's Rag (le Torchon de Dave) auquel Stephen contribue Il vend ainsi sa première histoire, une novélisation du film La Chambre des tortures (The Pit and the Pendulum, 1961), aux élèves de son école mais la principale l'oblige à rembourser ses gains 1962 à 1966, Stephen King va à l'école secondaire de Lisbon Falls Il est bon élève, sauf en physique et en chimie, mais n'est ni très sociable, ni athlétique en raison de ses problèmes de poids. Il joue au poste d'offensive tackle dans l'équipe de football américain du lycée.
En 1963, il écrit son premier roman, The Aftermath, texte de 50 000 mots resté inachevé et jamais publié. À partir de 1964, il travaille comme journaliste sportif pour le journal hebdomadaire de Lisbon Falls et y apprend de son rédacteur en chef à corriger ses textes en supprimant les mots superflus. La première histoire qu'il réussit à faire publier, après de nombreux refus, est I Was a Teenage Grave Robber qui paraît en 1965 dans un fanzine d'horreur sous le titre In a Half-World of Terror. Durant sa dernière année de lycée, il écrit la première version de Rage mais la laisse inachevée.
Après avoir obtenu son diplôme de fin d'études secondaires, King étudie la littérature à l'université du Maine d'Orono de 1966 à 1970. C'est pendant sa première année à l'université, qu'il écritMarche ou crève, premier roman dont il réussit à venir à bout. Il le présente à un concours du premier roman organisé par Random House, qui le rejette rapidement à la grande détresse de King.
En 1967, il réussit pour la première fois à vendre une nouvelle, The Glass Floor, au magazine Startling Mystery Stories, qui la lui achète 25 dollars. Il écrit aussi des nouvelles qui paraissent dans le magazine littéraire du campus, Ubris, et dans le journal des étudiants, Maine Campus, pour lequel il écrit également des articles dans une rubrique intitulée King's Garbage Truck à partir de 1969.
Vue du campus de l'université du Maine où Stephen King a étudié de 1966 à 1970.
Le professeur Burton Hatlen aide King à développer son talent à travers ses ateliers littéraires et l'encourage à persévérer dans l'écriture. Sa deuxième vente professionnelle est la nouvelle L'Image de la faucheuse, qui lui rapporte 35 $ au printemps 1969. Quelques mois plus tard, King rencontre Tabitha Jane Spruce, elle aussi étudiante en lettres, à la bibliothèque du campus et tombe amoureux d'elle. Durant sa dernière année à l'université, King achève le roman Sword in the Darkness, une histoire très sombre qui a pour toile de fond une émeute raciale dans une petite ville, mais il ne réussit pas à la vendre à un éditeur et ce roman demeure inédit. Au printemps 1970, il écrit également les deux premiers récits de ce qui constituera plus tardLe Pistolero ainsi que la nouvellePoste de nuit, que le magazine masculinCavalier lui achète 200 $.
Stephen King sort de l'université du Maine avec un diplôme et un certificat d'enseignant en anglais ainsi qu'une mention en élocution et en art dramatique. Il emménage dans un appartement à Orono avec Tabitha mais il n'arrive pas à trouver un poste d'enseignant et doit se résigner à travailler dans une blanchisserie industrielle. Il essaie de compléter les maigres revenus de son ménage en envoyant des nouvelles à des magazines et se marie avec Tabitha le alors qu'elle est enceinte de leur premier enfant, une fille prénommée Naomi qui naît cinq mois plus tard.poste de professeur d'anglais à
En 1971, King trouve un poste de professeur d'anglais à l'école secondaire de Hampden, pour un salaire de 6 400 $ par an, mais continue à travailler dans la blanchisserie pendant les vacances d'été car la situation financière du foyer, qui vit de 1971 à 1973 dans une caravane à Hermon, est devenue plus précaire encore avec la naissance d'un deuxième enfant, Joseph Hillstrom, en 1972. Durant cette période difficile, où trois romans qu'il a écrits,Rage, Blaze et Running Man, sont refusés par les éditeurs, King développe unedépendance à l'alcoolen cherchant du réconfort dans la boisson. Par ailleurs, il vend notamment les nouvelles Le Cinquième Quart, histoire de gangsters qui est la seule qu'il ait publiée sous le pseudonyme de John Swithen, et Cours, Jimmy, cours, achetée par Cavalier500 $, la plus forte somme qu'un récit lui ait rapporté jusqu'alors.
Carrière
Années 1970
En 1972, alors que Stephen King a 25 ans, il entreprend la rédaction deCarrie, l'histoire d'une adolescente souffre-douleur de ses camarades de classe qui développe un pouvoir detélékinésie, mais, doutant de la qualité de son récit, il jette les trois premières pages à la poubelle. Tabitha les retrouve et, après les avoir lues, encourage son mari à persévérer dans sa tentative. King termine donc Carrie et expédie le manuscrit à la maison d'éditionDoubleday. L'éditeur accepte le roman en et fait signer à King un contrat type qui l'engage pour cinq romans. Doubleday programme sa publication pour l'année suivante, versant à King une avance sur les droits d'auteur de 2 500 $. La famille King déménage pour Bangor et Stephen commence à écrire un nouveau roman, Salem, quand Doubleday l'informe que les droits en édition de poche de Carrie ont été vendus pour 400 000 $, somme dont la moitié lui revient King décide alors d'arrêter sa carrière d'enseignant et de se consacrer uniquement à l'écriture. Sa mère meurt en décembre 1973 d'un cancer de l'utérusdiagnostiqué quelques mois auparavant, sa sœur Ethelyn lui ayant fait la lecture de Carrie un mois avant sa mort. Carrie est finalement publié par Doubleday le à 30 000 exemplaires, dont 13 000 sont vendus la première année.
Après la mort de sa mère, King et sa famille déménagent à Boulder, dans le Colorado, où King entreprend la rédaction deShining, l'enfant lumièreaprès avoir imaginé les bases de l'histoire lors d'un bref séjour au Stanley Hotel d'Estes Park. Ils reviennent s'installer dans le Maine en 1975, King achetant sa première maison à Bridgton, etSalem est publié par Doubleday le . Ce roman est une sorte de version modernisée de Dracula dans laquelle le vampire s'installe dans une petite ville du Maine. Il s'inspire aussi de Peyton Place pour le regard qu'il porte sur la mentalité régnant dans les petites villes. Toujours en 1975, Carrie est publié en édition de poche et se vend à plus de 1 300 000 exemplaires en moins d'un an. Salem, dont les droits en édition de poche ont été vendus par Doubleday pour 500 000 $, sort dans le même format en août 1976 et se vend à 2 250 000 exemplaires en six mois.
En 1976, King ressent le besoin d'engager un agent littéraire pour le représenter car il n'est pas satisfait du faible pourcentage qu'il touche sur les droits d'auteur et que Doubleday refuse de renégocier son contrat. Il choisit de se faire représenter par Kirby McCauley, qui a gagné sa confiance en vendant certaines de ses nouvelles à des magazines généralistes, et ce dernier négocie en 1977 un nouveau contrat avec Viking Press qui engage King sur trois livres pour 2 500 000 $.
Shining, l'enfant lumière paraît le . Le roman met en scène la famille Torrance qui passe l'hiver seule dans un hôtel hanté par une présence maléfique, laquelle veut s'emparer du jeune Danny, doté d'un pouvoir télépathique, en utilisant son père. Considéré comme l'un des meilleurs romans de King, Shining, l'enfant lumière étudie la désintégration de la cellule familiale à travers l'isolement, la folie et l'alcoolisme ce dernier facteur reflétant de façon inconsciente les propres problèmes de King avec la boisson. Le roman se vend la première année à environ 50 000 exemplaires en édition cartonnée et dépasse légèrement les ventes de Salem en édition de poche. Il entre brièvement sur la liste des best-sellers du New York Times, tous les romans de King allant devenir des best-sellers à partir de ce moment, à l'exclusion de ceux parus en édition limitée ou sous son pseudonyme.
King se crée en effet le pseudonyme de Richard Bachman d'une part car les standards de l'édition de l'époque ne permettent pas à un auteur de publier plus d'un livre par an, et d'autre part pour se libérer de la pression que sa notoriété grandissante lui apporte désormais. Le premier roman qu'il publie sous son pseudonyme, et qui sort directement en édition de poche en septembre 1977, dans l'indifférence générale, est Rage, roman de jeunesse entamé en grande partie au lycée et auquel il a mis la dernière main en 1971. Le sujet de ce drame psychologique est un lycéen qui abat son professeur, prend ses camarades de classe en otage et les pousse à confier publiquement ce qu'ils ont sur le cœur.
Toujours en 1977, King vend sa maison de Bridgton et emménage en Angleterre avec sa famille, qui comprend désormais un troisième enfant, Owen, né en février, dans le but d'y rester un an pour y écrire un roman se déroulant dans ce pays. Cette tentative est toutefois un échec et la famille King revient dans le Maine au bout de seulement trois mois, King achetant une maison à Lovell qui deviendra par la suite sa résidence estivale Durant son bref séjour en Angleterre, King rencontre néanmoins l'écrivain Peter Straub et les deux hommes sympathisent rapidement, évoquant une possible collaboration dans le futur.
En 1978, King accepte un poste de maître de cours offert par l'université du Maine et s'installe à Orrington pour un an. Cette année-là, deux nouveaux livres de King sont publiés par Doubleday.Danse macabre, qui paraît en février, est un recueil de vingt nouvelles dont la plupart ont déjà été publiées dans divers magazines. C'est ensuite au tour du Fléau de paraître au mois de septembre. Roman épique et post-apocalyptique dans lequel la quasi-totalité de la population meurt à la suite d'une pandémie de grippe créée en laboratoire et où les survivants sont ensuite irrésistiblement attirés par deux puissances opposées pour reproduire la lutte éternelle du Bien contre le Mal, le Fléau est l'une des œuvres les plus ambitieuses de King et est considérée comme l'un de ses chefs-d'œuvre. Doubleday ayant jugé le roman trop volumineux, King doit opérer d'importantes coupures, supprimant environ 250 000 mots. Les ventes du Fléau connaissent un niveau comparable à celles de Shining, l'enfant lumière.
Marche ou crève, le deuxième roman de King édité sous son pseudonyme de Richard Bachman, est publié en édition de poche en . Écrit dix ans auparavant, Marche ou crève est un récit dystopique dans lequel les États-Unis sont devenus une dictature militaire et où une grande marche réunissant cent jeunes gens est organisée annuellement, la fortune étant promise au dernier marcheur survivant. Il est souvent considéré comme le meilleur roman publié sous le pseudonyme de Bachman. Un mois plus tard, c'est au tour deDead Zone de sortir en librairie. Premier livre publié chez le nouvel éditeur de King, Viking Press, Dead Zone présente un contenu nettement moins horrifique que les précédents romans que King a publiés sous son nom et narre l'histoire de Johnny Smith, un enseignant qui se réveille d'un long coma avec le don de voir le passé ou le futur des gens par un simple contact. Ce don tourne peu à peu à la malédiction et provoque chez Smith un dilemme moral quand il découvre qu'un politicien en pleine ascension va être dans le futur responsable d'un désastre à grande échelle. Dead Zone se vend à 175 000 exemplaires la première année et est le premier roman de King à parvenir à la première place de la liste des best-sellers du New York Times.
Années 1980
La William Arnold House, demeure victorienne de Bangor construite en 1854 et achetée par Stephen King en 1980.
Stephen King continue d'écrire à un rythme effréné et son roman suivant,Charlie, sort en . Dans ce livre, Andrew McGee et sa fille Charlie, dotée d'un pouvoir de pyrokinésie, sont traqués par une agence secrète gouvernementale qui veut étudier le pouvoir de la petite fille, King exprimant dans ce roman toute la méfiance qu'il éprouve envers le gouvernement américain. Charlie confirme que King est désormais l'une des valeurs sûres du milieu de l'édition avec une nouvelle première place sur la liste des best-sellers du New York Times et 285 000 exemplaires vendus la première année. La même année, King achète la William Arnold House, une demeure victorienne de Bangor comportant 23 pièces et dont il fait sa résidence principale.
King publie trois nouveaux livres en 1981. Chantier, qui paraît en mars sous le pseudonyme de Richard Bachman, est l'étude de l'obsession d'un homme refusant de quitter sa maison, qui doit être détruite pour permettre la construction d'une autoroute, et sombrant peu à peu dans la folie. Le mois suivant, King publie son premier livre non-fictif,Anatomie de l'horreur, dans lequel il étudie le genre horrifique à travers ses différents médias. Cet essai écrit dans son style narratif habituel remporte le prix Hugo et le prix Locus. Enfin, dans le romanCujo, édité en août, un énorme Saint-Bernard se fait inoculer le virus de la rage et se transforme en redoutable machine à tuer qui piège dans leur voiture une femme et son enfant. Ce livre ressemble à un roman de Bachman dans le sens où aucun élément fantastique n'y intervient et l'idée initiale de King était d'ailleurs de le publier sous son pseudonyme. Cujo se vend à 350 000 exemplaires la première année et remporte le prix British Fantasy.
Ce rythme élevé de trois parutions par an est maintenu en 1982. Comme l'année précédente, King publie un nouveau roman sous le pseudonyme de Bachman, Running Man, qui paraît en mai et dont il a écrit la première version en une semaine au début des années 1970 Ce roman dystopique situé dans un futur proche met en scène un homme qui participe à un jeu télévisé dans lequel il doit échapper pendant un mois à des tueurs lancés à ses trousses, et représente la première incursion importante de King dans le domaine de la science-fiction. En juin, King publie, dans une édition limitée à 10 000 exemplaires,Le Pistolero, court roman composé de cinq nouvelles publiées auparavant dans un magazine et qui est le premier volume du cycle de La Tour sombre, épopée au croisement de plusieurs genres littéraires retraçant la longue quête de la mythique Tour sombre par le pistoleroRoland de Gilead. Enfin,Différentes Saisons, publié en août, est un recueil de quatre récits trop longs pour une nouvelle et trop courts pour un roman et dont seul le dernier comporte un élément surnaturel. Ces récits sont considérés comme les meilleures œuvres de taille intermédiaire de King, particulièrementLe Corps, qui fait partie de ses fictions les plus autobiographiques. Malgré son format inhabituel, le livre est un succès commercial, parvenant à la première place de la liste des best-sellers du New York Times.
King poursuit le même rythme de parution en 1983 avec trois nouveaux romans. Christine, sorti en avril, qui narre l'histoire d'un adolescent tombant sous l'influence d'une Plymouth Fury modèle 1958 hantée par une présence maléfique, puis Simetierre et L'Année du loup-garou, publiés tous deux en novembre.
L'Année du loup-garou est un récit sur le thème de la lycanthropie paru en édition limitée. Il devait à l'origine être un calendrier avec des vignettes de 500 mots écrites par King avant de se transformer en un court roman accompagné d’illustrations de Bernie Wrightson. Dans Simetierre, Louis Creed est émotionnellement dévasté par la mort de son fils, âgé de deux ans, et décide de le ramener à la vie en l'enterrant dans un cimetière micmac que son voisin lui a fait découvrir. Roman sur la perte d'un enfant et l'idée que certaines choses sont pires que la mort, il est considéré comme le plus sombre ayant été écrit par King. L'écrivain lui-même, trouvant son histoire trop terrifiante, décide initialement de ne pas le publier avant de changer d'avis car son contrat avec Doubleday l'oblige à fournir encore un roman à son ancienne maison d'édition0. Précédé par sa réputation, Simetierre est le plus grand succès commercial de King jusqu'alors, se vendant à 657 000 exemplaires la première année. Christine s'étant pour sa part vendu à 303 000 copies, King classe pour la première fois deux de ses romans dans les dix meilleures ventes de fiction annuelles aux États- avec la 3e place pour Simetierre et la 5e pour Christine.
En 1984, King aborde le genre de la fantasy avec la parution de deux romans,Les Yeux du dragon et Le Talisman. Les Yeux du dragon est un conte pour enfants classique que King écrit pour sa fille Naomi après avoir réalisé qu'elle n'a jamais lu un de ses livres par manque de goût pour ses récits horrifiques. Il paraît en édition illustrée et limitée à 1 250 exemplaires chez Philtrum Press, petite maison d'édition fondée par King en 1982 pour pouvoir imprimer des livres destinés à ses relationsz 18. Le Talisman, coécrit avec son ami Peter Straub, est la concrétisation d'un projet dont les deux hommes discutaient depuis plusieurs années. Mêlant fantasy et horreur, il retrace la quête initiatique du jeune Jack Sawyer, qui voyage à travers les États-Unis et dans un univers parallèle où la magie a remplacé la science pour trouver le talisman seul capable de sauver sa mère. Bénéficiant d'une promotion de grande envergure de la part de Viking Press, le Talisman, sorti le 8 novembre, se vend à 880 000 exemplaires en moins de deux mois et se classe en tête des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 1984.
La Peau sur les os, cinquième roman publié sous le pseudonyme de Richard Bachman, sort quelques jours après le Talisman. Ce roman, dans lequel un homme est frappé par une malédiction qui lui fait perdre 1 kg par jour, est le premier signé Bachman à sortir en édition cartonnée ainsi que le premier publié sous ce pseudonyme à faire intervenir un élément surnaturel. Les similitudes de la Peau sur les os avec les romans de King attirent l'attention des spécialistes et Steve Brown, un employé de librairie, découvre la supercherie en examinant les formulaires de copyright de la Bibliothèque du Congrès. En , Brown écrit une lettre à King dans laquelle il lui annonce sa découverte et son intention de tout dévoiler publiquement, et l'écrivain le prend alors de vitesse en avouant en février que Bachman et lui sont la même personne. Les ventes de la Peau sur les os explosent, passant en quelques semaines de 28 000 à 280 000 exemplaires
King publie Brume, un nouveau recueil de nouvelles composé de vingt textes, le . Brume est souvent perçu comme contenant bon nombre des meilleures nouvelles de l'écrivain, la nouvelle homonyme et Le Chenal, qui a remporté le prix World Fantasy de la meilleure nouvelle en 1982, étant particulièrement mises en avant. Le livre reste neuf semaines consécutives à la première place de la liste des best-sellers du New York Times, fait sans précédent pour un recueil de nouvelles et remporte le prix Locus du meilleur recueil de nouvellesEn octobre, et pour répondre à l'énorme demande du public qui n'arrive pas à se les procurer, les quatre premiers romans de Richard Bachman sont publiés en un seul volume sous le nom de The Bachman Books. C'est à cette époque que la popularité de King atteint des sommets et que l'écrivain devient un phénomène médiatique. Dans la semaine du 17 au 24 novembre 1985, il établit un nouveau record en plaçant cinq de ses livres sur la liste des best-sellers
Ça, créature monstrueuse du roman homonyme (1986), est capable de prendre la forme de ce qui effraie le plus ses victimes mais adopte souvent celle d'un clown.
Ça, le roman suivant de King, est publié le et confirme la popularité de l'écrivain. Pour la première fois dans l'histoire de l'édition, le premier tirage d'un roman atteint le chiffre d'un million d'exemplaires. Condensé de tout ce que l'écrivain sait de l'horreur et de l'enfance, Ça retrace la lutte entre sept enfants, puis adultes, et une entité maléfique qui prend la forme des peurs les plus profondes de ses victimes. Roman complexe qui est le plus long publié par King jusqu'alors, il suit une structure de narration non linéaire en alternant entre deux périodes de temps principales ainsi qu'entre les différentes perspectives des personnages principaux, et est généralement considéré comme l'un de ses chefs-d'œuvre Ça se classe en tête des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 1986 et remporte le prix British Fantasy.
En , une version légèrement remaniée desYeux du dragon est publiée par Viking Press, l'éditeur habituel de King. Ce roman très éloigné du style et du genre habituels de l'écrivain devient néanmoins lui aussi un best-seller avec plus de 500 000 exemplaires vendus la première année. Trois nouveaux romans de King sont édités la même année.Les Trois Cartes, 2e volume de la Tour sombre dans lequel Roland de Gilead se rend à New York à trois époques différentes pour en ramener des compagnons de quête, sort en mai et toujours en édition limitée. Misery, huis clos dans lequel un écrivain est, après un grave accident, recueilli et séquestré par une admiratrice schizophrène qui l'oblige à écrire un roman pour elle, paraît le mois suivant. Commencé en 1984, ce roman exempt de toute trace de surnaturel était à l'origine prévu pour être publié sous le pseudonyme de Bachman avant que King ne soit obligé de changer ses plans à la suite de la révélation de son identité secrète. Misery remporte la première édition du prix Bram Stoker. Enfin, Les Tommyknockers est publié en novembre. King mêle horreur et science-fiction dans ce long roman où un vaisseau extraterrestre exerce son influence néfaste sur les habitants d'une petite ville lorsqu'il est déterré. Les Tommyknockers et Misery sont deux nouveaux best-sellers qui se classent respectivement aux 1re et 4e places des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 1987.
Écrits en grande partie en 1985 et 1986, Misery et les Tommyknockers sont aussi une métaphore de l'addiction de King à cette époque. À sa dépendance à l'alcool, l'écrivain a en effet désormais ajouté une dépendance à la cocaïne et aux médicaments. Réalisant à quel point la condition de son mari se dégrade, Tabitha intervient pour lui faire prendre conscience de la situation. Réunissant ses proches, elle vide devant lui un sac contenant les restes de sa consommation récente de drogues et d'alcool et lui donne le choix : se faire soigner ou quitter la maison. Mis devant ses responsabilités, King part suivre une cure de désintoxication. Il a arrêté toute forme de drogue et est resté sobre depuis lors. Cette épreuve interrompt néanmoins son activité créatrice et il a beaucoup de mal à retrouver son rythme, connaissant un blocage de l'écrivain de presque un an auquel il met fin en venant à bout de la nouvelleLa Saison des pluies.
La conséquence directe de cette pause créative forcée est qu'aucun nouveau livre de King ne sort en 1988, à l'exception de Nightmares in the Sky, un livre de photographies de gargouilles avec des textes accompagnateurs de King. Le premier véritable livre de King à paraître depuis les Tommyknockers est le romanLa Part des ténèbres, publié le , dans lequel le pseudonyme d'un écrivain prend vie et cherche à s'emparer de celle de son créateur. La Part des ténèbres est directement inspiré par l'expérience vécue par King avec Richard Bachman, son « double littéraire ». Deux ans après son dernier succès, King quitte les années 1980 avec un nouveau best-seller, 2e au classement des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 1989.
Années 1990
Après de longues négociations avec son ancien éditeur Doubleday, King est enfin libre de publierLe Fléau sous la forme qu'il souhaitait. Une nouvelle édition du roman, comprenant environ 150 000 mots supplémentaires, ce qui en fait le livre le plus long de King, et réactualisée sur le plan des références culturelles et politiques, est éditée le . Les ajouts faits par King introduisent plus de variations de rythme, enrichissent la psychologie des personnages, intègrent deux longs passages certainement supprimés en 1978 pour cause de censure, et solidifient la conclusion du roman. En septembre 1990, c'est un deuxième recueil de quatre récits de taille intermédiaire qui paraît. Four Past Midnight,Minuit 2 et Minuit 4dans l'édition française, est néanmoins très différent de Différentes Saisons car les histoires qui le composent se placent résolument dans les genres fantastique et horrifique. Ce recueil remporte le prix Bram Stoker dans sa catégorie. Minuit 2 / Minuit 4 et la nouvelle édition du Fléau se classent respectivement aux 2e et 7e places des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 1990.
Ayant retrouvé son rythme d'écriture, King publie deux nouveaux romans en 1991. Terres perdues, publié en août dans une édition limitée à 30 000 exemplaires, est le 3e volume du cycle de La Tour sombre. Le petit groupe de pistoleros formé par Roland de Gilead s'y retrouve désormais au complet et se lance sur ce qui constitue la première véritable étape de sa quête dans un monde post-apocalyptique. Dans Bazaar, édité en octobre, King fait ses adieux à la petite ville de Castle Rock, apparue pour la première fois dans Dead Zone et dans plusieurs de ses récits depuis lors, en l'entraînant dans une spirale de violence et de destruction provoquée par les manigances du mystérieux propriétaire d'un nouveau magasin. Avec ce roman se terminant de façon cataclysmique pour Castle Rock, King semble vouloir tourner une page de sa carrière.
Avec ses deux romans suivants parus en 1992,Jessie et Dolores Claiborne, les deux premiers volets d'une « trilogie féministe », King confirme ce sentiment en prenant ses distances avec le genre qui a fait sa gloire. Jessie, huis clos psychologique où l'héroïne est menottée à un lit pendant l'essentiel du récit, et Dolores Claiborne, écrit sous la forme d'un monologue ininterrompu où une femme avoue le meurtre de son mari abusif, sont deux portraits de femmes qui se libèrent chacune à leur manière de la domination masculine. De cette trilogie, poursuivie plus tard avec Rose Madder, Dolores Claiborne est généralement considéré comme le roman le plus aboutiz 19,s 8. Bien que ces deux romans soient, à l'exception d'une scène commune, dépourvus de tout élément surnaturel, les lecteurs de King lui demeurent indéfectiblement fidèles,Dolores Claiborne et Jessie parvenant tous deux à la première place de la liste des best-sellers du New York Timeset se classant respectivement aux 1re et 3e places des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 199214.
Après Rêves et Cauchemars, un recueil de 22 nouvelles et de deux textes sur le baseball, supprimés de la version en français, publié en , King continue à surprendre ses lecteurs avec son nouveau roman. Insomnie, édité en , est en effet un roman méditatif au rythme lent et dont les personnages principaux sont deux personnes âgées souffrant d'insomnies et de visions impliquant trois êtres rappelant les Parques. Le roman prend une autre tournure quand King vient y greffer un débat social, le droit à l'avortement, et le relie de façon prononcée au cycle de la Tour sombre. King publie ensuite le troisième volet de sa « trilogie féministe »,Rose Madder, en . Ce roman aborde directement le thème de la violence conjugale avec son héroïne qui, après des années de sévices, cherche à refaire sa vie loin de son mari, un policier sadique qui entend bien la retrouver. L'élément fantastique est introduit au milieu du récit par le biais d'un tableau qui est un portail vers un univers parallèle. Bien que ces trois livres se classent dans les dix meilleures ventes annuelles de fiction aux États-Unis, ils ne connaissent pas le succès obtenu par la plupart de leurs prédécesseurs depuis le début des années 1980 et King semble sur le déclin, le magazine Entertainment Weekly soulignant sa baisse de popularité.
King retrouve cependant les sommets dès 1996. Sa nouvelle L'Homme au costume noir, qui narre la rencontre d'un jeune garçon avec le Diable, remporte cette année le prestigieux O. Henry Award, récompensant la meilleure nouvelle parue dans la presse nord-américaine l'année précédente, après avoir également obtenu le prix World Fantasy de la meilleure nouvelle. L'écrivain se lance ensuite dans deux concepts originaux. Il remet tout d'abord à l'honneur le genre du roman-feuilleton, tombé en désuétude, en publiant en édition de poche les six épisodes de La Ligne verte au rythme d'un épisode par mois entre mars et août 1996. La Ligne verte, dont l'action se situe dans les années 1930, a pour cadre le quartier réservé aux condamnés à mort d'un pénitencier où est enfermé John Caffey, accusé du viol et du meurtre de deux fillettes et doté d'un pouvoir curateur. King continue à mettre en avant des thèmes sociaux en y dénonçant le racisme et la peine de mort.
Ses deux romans suivants, Désolation et Les Régulateurs, ce dernier étant publié sous le nom de Richard Bachman, sortent ensuite simultanément le 24 septembre 1996. Les deux livres mettent en scène des personnages portant les mêmes noms et qui sont confrontés au même adversaire, une force maléfique nommée Tak, mais dans des situations et des décors radicalement différents. Dans le « match » opposant King à Bachman, c'est le premier qui sort vainqueur, Désolation devançant les Régulateurs au classement des meilleures ventes de fiction aux États-Unis en 1996 avec une 3e place contre une 5e14 et étant mieux accueilli par la critique. King établit cette année-là un nouveau record en plaçant huit livres sur la liste des best-sellers du New York Times. La Ligne verte remporte par ailleurs le prix Bram Stoker alors que Désolation est le lauréat du prix Locus du meilleur roman d'horreur.
Magie et Cristal, le 4e volume de la Tour sombre, est publié le en édition limitée à 40 000 exemplaires et revient en grande partie sur un épisode crucial de la jeunesse de Roland de Gilead. À la même période, King change de maison d'édition pour la deuxième fois de sa carrière et signe un contrat avec Scribner après vingt ans de collaboration avec Viking Press. Mais l'avocat qui lui tient lieu d'agent littéraire depuis 1988 négocie ce nouveau contrat avec fracas, attirant l'attention du milieu de l'édition en demandant 17 000 000 $ d'à-valoir pour le prochain roman de King. Ce dernier, gêné par le battage médiatique, renonce à cette considérable avance sur droits d'auteur pour devenir à la place le partenaire de Scribner en négociant une avance de 2 000 000 $ par livre et un partage à 50% des profits
Le premier roman publié chez Scribner estSac d'os, qui paraît le
Distinctions
Récompenses
Sauf mention contraire, cette liste provient d'informations de la Science-Fiction Awards Database du magazine Locus18. Les années mentionnées sont celles de la remise des prix.
Cette liste, qui recense uniquement les principales nominations obtenues par des œuvres de Stephen King, provient d'informations de la Science-Fiction Awards Database du magazine Locus18. Les années mentionnées sont celles de la remise des prix.
La seule adaptation que King a totalement désavouée est Le Cobaye (The Lawnmower Man, 1992), dont une seule scène présente un lien avec La Pastorale, nouvelle ayant donné son nom au film. Furieux de voir son nom associé à ce film dans un seul but publicitaire, King intente un procès à la société de production New Line Cinema afin que son nom soit retiré de tout le matériel promotionnel du film. Le tribunal lui donne raison et condamne de plus New Line à lui verser 3 400 000 $.
Frank Darabont a réalisé trois films adaptés de l'œuvre de Stephen King et les deux hommes sont amis.
King autorise les réalisateurs débutants, la plupart étant des étudiants en cinéma, à adapter ses nouvelles sous forme de court métrage contre la somme d'un dollar symbolique à condition que le film ne soit pas distribué dans un but commercial sans son autorisation et qu'une copie lui soit envoyée. Ce système, surnommé Dollar Baby par l'écrivain, permet à Frank Darabont de réaliser en 1983 une adaptation de Chambre 312qui impressionne King quand celui-ci la visionne. Darabont établit par la suite sa réputation en réalisant trois adaptations qui comptent parmi les plus réussies de l'œuvre de King,Les Évadés (1994), La Ligne verte (1999) et The Mist (2007), et les deux hommes sont amis depuis 1994. King est également ami avec le réalisateur Mick Garris et les deux hommes ont collaboré à plusieurs reprises, avec des hauts, notamment l'adaptation du Fléau (1994), et des bas, La Nuit déchirée (1992), film d'après un scénario original de King
King a écrit plusieurs scénarios adaptés de ses propres livres, notamment ceux du film Simetierre (1989) et de la mini-série Le Fléau (1994). Il a toujours affirmé qu'il n'était pas satisfait du traitement de Shining, l'enfant lumière dans le film de Kubrick et, en 1997, il produit et scénarise une nouvelle adaptation de son roman sous forme de mini-série, réalisée par Mick Garris et plus fidèle à l'œuvre originale, qui remporte le Saturn Award du meilleur téléfilm75. En 1998, il écrit la première version, révisée ensuite par Chris Carter, du scénario d'un épisode de la série télévisée X-Files, dont il est devenu un admirateur trois ans plus tôt après avoir rencontré David Duchovny sur le plateau d'un jeu télévisé. L'épisode, intitulé La Poupée, se déroule dans le Maine et met en scène une petite fille possédée par une poupée maléfique.
King écrit ensuite notamment trois scénarios originaux pour des mini-séries, le premier étant celui de La Tempête du siècle(1999), qui remporte le Saturn Award du meilleur téléfi. C'est ensuite le tour de Rose Red (2002), mini-série pour laquelle King a l'idée d'organiser une campagne de marketing qui pousse des milliers de personnes à croire que la maison hantée nommée Rose Red existe vraimentw 6. Il développe enfin Kingdom Hospital (2004), série de 13 épisodes basée sur L'Hôpital et ses fantômes de Lars von Trier et qui s'ouvre sur une scène directement inspirée par le grave accident dont il a été victime en 19.
King a également souvent interprété de petits rôles dans des adaptations cinématographiques ou télévisées de ses histoires, ainsi qu'un rôle plus important dans Creepshowa 7. En plus de ces caméos, il prête sa voix à son propre personnage dans Une fille de clown (2000), un épisode des Simpson, et il incarne un « nettoyeur » nommé Bachman, chargé de faire disparaître un cadavre, dans un épisode de la série télévisée Sons of Anarchy (2010).
King déclare en 2008 que ses trois adaptations préférées sont Stand by Me, Les Évadés et The Mist78. L'année suivante, il dévoile dans le livre Stephen King Goes to the Movies ses dix adaptations favorites sans donner d'ordre de préférence. Outre les trois déjà citées, on y trouve Chambre 1408, Cujo, Dolores Claiborne, La Ligne verte, La Tempête du siècle, Misery et Un élève doué79.
Adaptation des deux nouvelles La Caisse (The Crate) et Mauvaise Herbe (Weeds) et trois scénarios originaux de Stephen King (parus sous le même titre, dessinés par Bernie Wrightson)