Marceline Desbordes-Valmore par Nadar (1854).
| Alias |
Notre-Dame-Des-Pleurs
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| Naissance | Douai, France |
| Décès | (à 73 ans) Paris, France |
| Activité principale |
Poétesse
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| Langue d’écriture | Français |
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| Genres |
Littéraire, poétesse
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Marceline Desbordes-Valmore, née le à Douai (Nord) et morte le à Paris, est une poétesse française.
Biographie
Marceline Desbordes est la fille de Catherine Lucas et Félix Desbordes, un peintre en armoiries, devenu cabaretier à Douai après avoir été ruiné par la Révolution. Fin 1801, après un séjour à Rochefort et un autre à Bordeaux, la jeune fille de 15 ans et sa mère embarquent pour la Guadeloupe afin de chercher une aide financière chez un cousin aisé, installé là-bas.
Le voyage entrepris, qui devait être un nouveau départ, devient un véritable calvaire. D'une part, la traversée en bateau, dure plus que prévu (onze jours), et affaiblit les deux femmes. Et puis d'autre part, une épidémie de fièvre jaune se déclare en Guadeloupe et emporte, en mai 1803, la mère de Marceline. En outre, des troubles politiques agitent l'île et la situation du cousin se révèle ne pas être aussi bonne qu'on le disait : l'aide qu'il apporte est donc bien maigre.
De retour en métropole près de son père à Douai, Marceline devient comédienne dès l'âge de 16 ans. Elle joue au théâtre au théâtre à l'italienne de Douai, à Lille, Rouen (grâce à sa rencontre avec le compositeur Grétry) et à Paris. Comédienne, chanteuse et cantatrice, elle se produit notamment au théâtre de l'Odéon et à l'Opéra-Comique à Paris, et au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles, où elle incarne en 1815 « Rosine » dans Le Barbier de Séville de Beaumarchais. Au cours de sa carrière théâtrale, elle joue souvent des rôles d'ingénue. Elle crée plusieurs pièces de Pigault-Lebrun, rencontre Talma, qu'elle admire, Marie Dorval et surtout Mademoiselle Mars, qui sera son amie jusqu'à la fin de ses jours.
De 1808 à 1810, elle a une liaison passionnée avec le comédien et homme de lettres Henri de Latouche, qu'elle nomme Olivier dans ses poèmes. En 1816, elle perd le fils qu'elle a eu avec lui.
En 1817, elle se marie avec un acteur, Prosper Lanchantin, dit Valmore, rencontré alors qu'elle jouait à Bruxelles. Elle aura quatre enfants de lui, dont un seul, Hippolyte Valmore, lui survivra (Junie et Inès décèdent en bas âge, et Hyacinthe, dite Ondine, compose des poèmes et des contes avant de mourir à l'âge de 31 ans).
En 1819, Marceline Desbordes-Valmore publie son premier recueil de poèmes, Élégies et Romances, qui attire l'attention et lui ouvre les pages de différents journaux tels que le Journal des dames et des modes, l’Observateur des modes et la Muse française. En effet, son mari n'est guère aisé et sa popularité, à elle, a perdu de son aura : c'est ainsi tout d'abord pour un intérêt financier qu'elle se met à écrire. Le couple s'installe à Lyon. Marceline Desbordes-Valmore continue à voir Henri de Latouche, et entretient avec lui une relation épistolaire soutenue.
Par la suite, ses ouvrages les plus importants sont les Élégies et poésies nouvelles (1824), les Pleurs (1833), Pauvres fleurs (1839) et Bouquets et prières (1843). En 1832, elle cesse définitivement son activité au théâtre pour se consacrer à l'écriture. Toutes ses œuvres, dont le lyrisme et la hardiesse de versification sont remarqués, lui valent une pension royale sous Louis-Philippe Ier et plusieurs distinctions académiques. Elle écrit aussi des nouvelles et compose des Contes pour enfants, en prose et en vers. En 1833, elle publie un roman autobiographique, L'Atelier d'un peintre. Elle y met en évidence la difficulté d'être reconnue pleinement comme artiste pour une femme.
Marceline Desbordes-Valmore décède à Paris, dans sa dernière demeure au 59, rue de Rivoli, le , en ayant survécu au décès de presque tous ses enfants, de son frère et de maintes amies. Elle fut surnommée « Notre-Dame-Des-Pleurs » en référence aux nombreux drames qui jalonnèrent sa vie. Elle est inhumée au cimetière de Montmartre (26e division).
Critiques de ses contemporains et portée
L'instruction limitée de Marceline Desbordes-Valmore est compensée par son grand travail d'autodidacte. Honoré de Balzac, qui admirait son talent et la spontanéité de ses vers (« assemblages délicats de sonorités douces et harmonieuses et qui évoquent la vie des gens simples » lui écrivait en avril 1834 en parlant d'elle : « [...] Elle a donc conservé le souvenir d'un cœur dans lequel elle a pleinement retenti, elle et ses paroles, elle et ses poésies de tout genre, car nous sommes du même pays, Madame, du pays des larmes et de la misère. Nous sommes aussi voisins que peuvent l'être, en France, la prose et la poésie, mais je me rapproche de vous par le sentiment avec lequel je vous admire. »
Elle est aussi considérée comme une poétesse ayant joué un rôle majeur dans l'évolution de l'écriture par Paul Verlaine, qui déclare : « Nous proclamons à haute et intelligible voix que Marceline Desbordes-Valmore est tout bonnement [...] la seule femme de génie et de talent de ce siècle et de tous les siècles [...] ». On lui sait gré d'avoir introduit des formes nouvelles : « [...] Marceline Desbordes-Valmore a, le premier d’entre les poètes de ce temps, employé avec le plus grand bonheur des rythmes inusités, celui de onze pieds entre autres […] ». Son personnage romantique d'autodidacte dont la vie malheureuse aurait nourri une sensibilité singulière n'est pas non plus étranger à ce succès. Charles Baudelaire s'intéresse plus à la personne qu'aux vers quand il affirme : « Mme Desbordes-Valmore fut femme, fut toujours femme et ne fut absolument que femme ; mais elle fut à un degré extraordinaire l’expression poétique de toutes les beautés naturelles de la femme », suivi en cela par toute une tradition au XXe siècle. Sainte Beuve dit à son propos : « Elle a chanté comme l'oiseau chante ». Il définit sa poésie comme « si passionnée, si tendre, et véritablement unique en notre temps».
Une poésie d'avant-garde
Première en date des poètes du romantisme, une des plus grandes poétesses depuis Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore, en dépit d'une prolixité intermittente, est un précurseur inattendu des maîtres de la poésie française moderne : Rimbaud12 et surtout Verlaine. On lui doit l'invention de plus d'un rythme : celui des onze syllabes et la genèse de Romances sans paroles13. Cette femme prétendument ignorante était une savante méconnue. Au surplus, elle fut la marraine indiscutable de « muses » de la fin du siècle : Anna de Noailles, Gérard d'Houville, Renée Vivien, Cécile Sauvage, Marie Noël.
Œuvres
- Chansonnier des grâces, 1817
- Élégies et romances, 1819
- Elégies et Poésies nouvelles, 1825
- Album du jeune âge, 1829
- Poésies, 1830
- Les Pleurs, 1833
- L'atelier d'un peintre, roman, 1833
- Pauvres Fleurs, 1839
- Bouquets et prières, 1843
- Poésies posthumes, 1860
- Œuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore, édition complète établie et commentée par M. Bertrand, Presses Universitaires de Grenoble, 2 vol., 1973
- Vingt-deux lettres - correspondance -, préface de Jean Le Mauve, éditeur : l'Arbre, 1986
- Les petits flamands - roman -, présentation de Marc Bertrand, éditeur : Librairie Droz, collection « Textes Littéraires Français », 1991
- Domenica - roman -, présentation de Marc Bertrand, éditeur : Librairie Droz, collection « Textes Littéraires Français », 1992
- L'Atelier d'un peintre - roman -, texte établi par Georges Dottin, postface de Marc Bertrand, éditeur : Miroirs Éditions, 1992
- Contes, présentation de Marc Bertrand, éditeur : Presses Universitaires de Lyon, 1996
- Huit femmes - nouvelles -, présentation de Marc Bertrand, éditeur : Librairie Droz, collection « Textes Littéraires Français », 1999
- Les veillées des Antilles - roman -, présentation d'Aimée Boutin, éditeur : l'Harmattan, collection « Autrement mêmes », 2006
- Œuvre poétique intégrale de Marceline Desbordes-Valmore - réédition révisée et complétée avec des inédits -, avant-propos de Marc Bertrand, éditions : Jacques André Éditeur/CEI, 1 vol., 2007
- Les Yeux pleins d'églises, avant-propos de Jean Ristat, préface de Claude Schopp, Éditions La Bibliothèque, 2010
Quelques pages manuscrites, enluminées de fleurs séchées
Poèmes mis en musique
Marceline Desbordes-Valmore a mis en musique elle-même L'Alouette.
La musicalité de ses vers a attiré de nombreux compositeurs. De son vivant, Pauline Duchambge met en musique plusieurs de ses poèmes (La Jalouse, S'il avait su…!, Le Rêve du mousse, Adieu tout, La Walse et l'aumône, Attends-moi longtemps). On doit à Adolphe Adam la partition de Restez enfants et à Joseph-Henri Mees celle qui accompagne Le Billet. En 1842, alors qu'il n'a que sept ans, Camille Saint-Saëns écrit sa première composition sur le poème Le Soir qu'il offre à son professeur Mlle L. Grunger. Gioacchino Rossini en fait de même pour Le Saule pleureur, César Franck pour Les cloches du soir, Éric Tanguy pour Souvenir. Henri Woollett compose la suite : Marceline ou la vie d'une femme où il met en musique L’Absence, Ton Nom, Les Roses, Prière, N’écris pas !, Le Présage, Le Don des larmes et Le Refuge. Louis Beydts est l'auteur des musiques de La Guirlande de Marceline qui réunit les poèmes Un billet de femme, C’est moi, Pour le petit enfant, La Sincère, Amour partout, Ne parle pas, Un Cri.
Cet intérêt des musiciens pour l'œuvre de Marceline Desbordes-Valmore se manifeste également dans la chanson populaire contemporaine. Julien Clerc a ainsi mis en musique le poème N'écris pas (qui avait déjà été mis en musique par Henry Woollett), chanson qu'il a intitulée Les séparés (sur l'album Julien, 1997). Benjamin Biolay a également repris cette chanson de Julien Clerc sur son album Trash Yéyé (2007). Karin Clercq a chanté La sincère (qui avait déjà été mis en musique par Louis Beydts et dont la musique est signée, cette fois, par Guillaume Jouan) sur son album Après l'amour.
En février 2016, le chanteur français Pascal Obispo sort un album baptisé "Billet de femme" dont les textes sont des poèmes de Marceline Desbordes-Valmore.
Le musicien a sorti hier « Billet de femme » grand disque romantique inspiré par les textes de Marceline Desbordes-Valmore, poétesse méconnue du XIXe.
Propos recueillis par Éric Bureau | | MAJ :
Son studio d'enregistrement de Suresnes, c'est un peu son chez-lui. Dans cette ancienne usine où il a posé son piano il y a treize ans, Pascal Obispo a affiché les artistes qui l'ont inspiré, des plus évidents comme les Beatles et Polnareff, aux plus pointus, comme Philippe Pascal, le chanteur des mythiques rennais Marquis de Sade.
.. Entre ses influences pop et new wave, on ne s'attendait pas à ce qu'une poétesse du XIXe siècle trouve une place de choix.
Ce sont pourtant les mots d'amour de Marceline Desbordes-Valmore qui ont donné naissance au 10e album de Pascal Obispo, « Billet de femme », grand disque romantique intemporel, arrangé par Jean-Claude Petit, 72 ans, à la tête d'un orchestre symphonique. Le chanteur, qui s'est marié en septembre dernier avec Julie Hantson, raconte ces deux rencontres artistiques et sa soif d'écriture, toute nouvelle, après vingt-cinq ans de carrière.
Comment avez-vous « rencontré » cette poétesse ?
PASCAL OBISPO. A la fin de la tournée « Millésime(s) » (NDLR : fin 2013), j'ai eu un blues en rentrant chez moi. J'ai ouvert le carton dans lequel j'avais conservé les affaires de mon père (NDLR : décédé en 2012). J'y ai retrouvé un recueil de poèmes de Marceline Desbordes-Valmore, que je ne connaissais pas. Oui, mon père était footballeur et aimait la poésie et la philosophie (il sourit). J'ai commencé par le poème « Qu'en avez-vous fait ? » et j'ai eu un tel choc que je suis allé directement au piano. En une matinée, j'avais quatre chansons. J'ai acheté ses œuvres complètes. Et trois jours plus tard, j'avais composé l'album.
Qu'est-ce qui vous a séduit chez elle ?
Ce qu'elle écrit me transperce le cœur, je ressens ce qu'elle ressentait, la valise de souffrances qu'on traîne, la disparition des personnes chères... Je pleurais en jouant. Ses déclarations d'amour, écrites il y a deux siècles, sont d'une telle modernité. Je n'ai pas changé un seul mot.
Vous avez travaillé pour la première fois avec Jean-Claude Petit.
Un piano-voix ne suffisait pas. J'ai pensé à un grand orchestre et à Jean-Claude Petit, à qui l'on doit tant de chefs-d'œuvre (NDLR : les bandes originales de « Cyrano de Bergerac », « Jean de Florette », les arrangements d'albums de Julien Clerc, Alain Souchon, Claude François)... Sa fille nous a mis en rapport. Il m'a fait l'honneur d'accepter. Cela fait plus de trente ans qu'il n'avait pas fait d'album comme ça. Il a réalisé les arrangements, dirigé les cinquante musiciens, le piano. Je l'ai laissé faire. Je me suis régalé juste en le regardant. Petit, c'est du trop haut niveau pour moi. J'ai seulement joué du piano sur « le Dernier Rendez-Vous ». Ce texte est si fort que je n'ai pas réussi à trouver de mélodie. Alors, je l'ai récité.
Pourquoi « Billet de femme » n'est-il pas disponible en streaming ?
Je tiendrais un peu le même discours qu'Adele, qui trouve bizarre de tout mélanger et regrette que la musique devienne jetable. J'ai envie d'être le contraire de ça. La preuve, je garde les livres, les colliers de mon père... Je ne suis pas dans la génération jetable. J'apprécie les choses belles, rares. Les réseaux sociaux, c'est un outil de communication dont on ne peut pas se couper. Mais c'est une perte de temps pour moi, je préfère lire.
Votre album précédent, « le Grand Amour », ne date que de deux ans...
Si cela ne tenait qu'à moi, celui-ci serait sorti encore plus vite. C'est le système industriel qui a instauré ce rythme, mais moi, je suis un artisan qui a son tempo. Et j'aimerais être beaucoup plus rapide. Je fais sans cesse des chansons, j'ai envie d'être sur scène, mais je suis malheureusement toujours obligé d'attendre. Je n'ai plus vingt ans (NDLR : il en a 51 ), il ne me reste plus tant de temps.
Marceline Desbordes-Valmore est une figure oubliée de la poésie romantique du XIXe siècle. Née en 1786 à Douai (Nord), cette écrivaine, chanteuse et comédienne a pourtant fortement marqué son époque. Sa plume passionnée et novatrice et sa pensée féministe précurseur ont influencé Rimbaud, Verlaine et Baudelaire, qui déclara : « Elle fut femme, fut toujours femme et ne fut absolument que femme, mais elle fut à un degré extraordinaire l'expression poétique de toutes les beautés naturelles de la femme.
» La vie de celle que l'on surnomma Notre Dame des Pleurs fut des plus tourmentée. Elle perdit sa mère à 17 ans et trois de ses quatre enfants avant sa disparition, à Paris, en 1859.
Pascal Obispo a été plus que « subjugué » par son œuvre. « Marceline m'a donné envie d'écrire, confie celui qui fait la plupart du temps appel à des auteurs pour ses textes de chanson. Pendant vingt-cinq ans, je me suis concentré à apprendre la musique, mais maintenant que j'ai une technique acceptable pour ce que je veux faire, je suis attiré par les mots. Je me mets à écrire des textes. J'ai comme une soif d'enfant face à ce monde à construire. J'ai acheté tout Trenet, je réécoute Brel, Brassens, j'ai vu trois fois Souchon et Voulzy en concert l'an dernier. »
La lecture le nourrit aussi. « Je lis beaucoup de livres sur la philosophie, la religion. Je suis très fan de Frédéric Lenoir (NDLR : philosophe et sociologue spécialisé dans les religions). Ses livres — j'en suis au huitième — me donnent envie d'écrire des chansons. »
POEMES
Non, ce n’est pas l’été, dans le jardin qui brille,
Où tu t’aimes de vivre, où tu ris, coeur d’enfant !
Où tu vas demander à quelque jeune fille,
Son bouquet frais comme elle et que rien ne défend.
Ce n’est pas aux feux blancs de l’aube qui t’éveille,
Qui rouvre à ta pensée un lumineux chemin,
Quand tu crois, aux parfums retrouvés de la veille,
Saisir déjà l’objet qui t’a dit : » A demain ! «
Non ! ce n’est pas le jour, sous le soleil d’où tombent
Les roses, les senteurs, les splendides clartés,
Les terrestres amours qui naissent et succombent,
Que tu dois me rêver pleurante à tes côtés :
C’est l’hiver, c’est le soir, près d’un feu dont la flamme
Eclaire le passé dans le fond de ton âme.
Au milieu du sommeil qui plane autour de toi,
Une forme s’élève ; elle est pâle ; c’est moi ;
C’est moi qui viens poser mon nom sur ta pensée,
Sur ton coeur étonné de me revoir encor ;
Triste, comme on est triste, a-t-on dit, dans la mort,
A se voir poursuivi par quelque âme blessée,
Vous chuchotant tout bas ce qu’elle a dû souffrir,
Qui passe et dit : » C’est vous qui m’avez fait mourir ! «
Marceline Desbordes-Valmore, Elégies
Titre : À l'amour
Recueil : Élégies (1830).
Reprends de ce bouquet les trompeuses couleurs,
Ces lettres qui font mon supplice,
Ce portrait qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs.
Je te rends ce trésor funeste,
Ce froid témoin de mon affreux ennui.
Ton souvenir brûlant, que je déteste,
Sera bientôt froid comme lui.
Oh ! Reprends tout. Si ma main tremble encore,
C'est que j'ai cru te voir sous ces traits que j'abhorre.
Oui, j'ai cru rencontrer le regard d'un trompeur ;
Ce fantôme a troublé mon courage timide.
Ciel ! On peut donc mourir à l'aspect d'un perfide,
Si son ombre fait tant de peur !
Comme ces feux errants dont le reflet égare,
La flamme de ses yeux a passé devant moi ;
Je rougis d'oublier qu'enfin tout nous sépare ;
Mais je n'en rougis que pour toi.
Que mes froids sentiments s'expriment avec peine !
Amour... que je te hais de m'apprendre la haine !
Eloigne-toi, reprends ces trompeuses couleurs,
Ces lettres, qui font mon supplice,
Ce portrait, qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs !
Cache au moins ma colère au cruel qui t'envoie,
Dis que j'ai tout brisé, sans larmes, sans efforts ;
En lui peignant mes douloureux transports,
Tu lui donnerais trop de joie.




















