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BIOGRAPHIE CHRONOLOGIQUE JUSQU'EN 1936
1894.
Le 20 avril, à cinq heures du matin, naissance de Joseph Delteil à Villar en Val (Aude).Ses parents sont originaires des environs de Montségur, haut lieu ariégeois du catharisme. JeanBaptiste Delteil, son père, est bûcheron charbonnier et va de forêt en forêt : " Il ne rentrait presque jamais le soir à la maison; en plein bois, il avait installé une hutte de branchages et de bruyères où parfois nous passions quelques jours. " Sa mère, née Madeleine Sarda, n'apprendra jamais à lire et ne prendra par conséquent jamais connaissance d'aucun des livres de son fils : " Pas même le titre; et aujourd'hui encore, je ne sais pas si je dois dire " Dieu merci " ou bien " tant pis " (cité par J.M. Drot dans Vive Joseph Delteil). Le 29 avril, Joseph est baptisé à VillarenVal.
1896.
Naissance de sa soeur Marie, le 5 février.
1898.
Le 1er novembre, la famille s'installe à Pieusse - un village à quatre kilomètres de Limoux (Aude) - où M. Delteil a acheté une vigne et une maison, et dont Joseph fréquentera l'école primaire.
1906.
Le 27 mai, première communion à Pieusse.
1907.
Le 10 juillet, certificat d'études primaires. Cette année-là, le Midi connaît une grande crise viticole. Joseph accompagne de son père quand celuici se rend à Carcassonne pour participer aux manifestations des viticulteurs en colère. En septembre, entrée en classe de sixième à l'école SaintLouis de Limoux
1908.
Classe de cinquième à SaintLouis. Il est prix d'excellence.
1909.
Il entre directement en troisième au collège Saint Stanislas, école religieuse qui fait office de petit séminaire à Carcassonne. A cette époque, Mme Delteil caresse sans doute le secret espoir de voir son fils devenir prêtre. Peut-être s'imaginetelle déjà dirigeant le presbytère administré par le curé Delteil. A SaintStanislas, Joseph a un surnom : " l'enfant de Marie "
1910.
Il semble pourtant que les espoirs de Mme Delteil doivent être déçus : Joseph, rebuté par le catholicisme traditionnel adhère cette annéelà au mouvement Le Sillon, animé par Marc Sangnier, mouvement qui s'adressait en priorité aux " jeunes gens " , issus en majorité des milieux ouvriers, et qui se proposait " d'amener les catholiques à la démocratie " , prônant l'ìéducation populaire " (ìcatholicité, fraternité, responsabilité"), ouvrant des universités et " instituts populaires " , des centres de conférences, des cercles ouvriers. L'ambition suprême du mouvement : " bâtir des cathédrales de démocratie " Delteil adhère au Sillon et livre ses tout premiers articles à la publication locale, Le Soc, l'année même où le pape condamne les doctrines de l'organisation, sous la pression des monarchistes de l'Action française soutenus par le cardinal de Cabrières.
1912.
Il songe à fonder un nouvel ordre de chevalerie, les PurSang, " pour le plaisir " Projet qui ne connaîtra pas de suite. Durant ses années de collège, ses " admirations littéraires " sont Barrès, Bazin, Loti, Hugo (qu'il appelle " Victor " , tout simplement). Un peu plus tard, il découvre Henri de Régnier, Huysmans et enfin Rimbaud. En juin, première partie du baccalauréat (latin-grec).
1913.
En juin toujours, seconde partie du baccalauréat (philosophie). Il commence à écrire des vers. Son diplôme de bachelier lui est remis le 8 octobre. Il devient clerc de notaire à Limoux, chez Me Auzouy, jusqu'au printemps de l'année suivante.
1914.
Il publie en début d'année un sonnet - en langue d'oc - dans l'Almanac patouès de l'Arièjo. En mars, conseil de révision. Le 6 septembre, Delteil est mobilisé et affecté au 4e colonial de Toulon. Son régiment fusionne bientôt avec celui des tirailleurs sénégalais stationné dans le Var, à SaintRaphaël, où il restera pendant pratiquement toute la durée de la guerre.
1918.
Le 15 septembre, Adolphe Brisson publie, dans le n° 1838 de sa revue Les Annales, deux poèmes de Joseph Delteil, qui a pris pour l'occasion le pseudonyme de " Louis XV "
1919.
En août, les éditions de la revue Les Tablettes publient à SaintRaphaël son premier recueil de poèmes, Le Coeur grec, tiré à trois cents exemplaires, avec une préface d'Hélène Vacaresco, par ailleurs collaboratrice des Annales. Le 7 septembre, il est démobilisé. Retour à Pieusse le 8 octobre pour un mois. Il est employé à partir du 10 novembre au bureau des contributions indirectes de Fraize, un village près de SaintDié, dans les Vosges.
Delteil 1919
1920.
Le 21 juillet, l'Académie française lui attribue le prix Archon d'Espérouze pour Le Coeur grec .Mais le vrai événement a été en fait, le 20 janvier, son départ pour Paris, où il s'est installé à l'hôtel de Verneuil, sis au n° 29 de la rue du même nom.(la maison de Gainsbourg se trouve au fond à droite, là où il y a de la verdure) Il changera incessamment d'adresse pendant plusieurs années, allant de pension en pension, selon les moyens dont il dispose. D'avril à octobre, il est employé au Comptoir d'escompte de Paris. Il collabore aux Annales et à une revue de poésie, Pour le plaisir, dirigée par René Groos. Le 10 octobre, il entre en qualité de rédacteur au ministère de la Marine marchande où il restera jusqu'au 31 décembre 1923. Il y fait la connaissance d'Elie Richard, un collègue de bureau, qui édite une revue, Les Images de Paris. Il y publie des poèmes dès le mois de décembre. A la fin de l'année, il quitte le quartier de SaintGermain-des-Prés et l'hôtel de Cronstadt, rue Jacob, pour l'hôtel Kensington, avenue de la Bourdonnais.
Delteil 1920 en complet veston
1921.
Il présente ses nouveaux poèmes, presque tous les dimanches, à son maître en poésie, Henri de Régnier. Ces visites dominicales cesseront après 1922, mais le maître gardera toujours une bienveillance guindée visàvis de son disciple. C'est à Henri de Régnier que Delteil dédie Le Cygne androgyne, publié par Elie Richard, à cent exemplaires. Pendant l'année 1920, il a écrit un troisième recueil de poèmes, Les Roses adultères, qui restera inédit. Il en envoie trois pièces : " Figure sexuelle " , " Le Sacrifice à l'aube " , " Le Site " à Paul Valéry qui les lui renverra, annotées et corrigées, en avril. En juin, il donne aux Images de Paris un premier conte intitulé Elyud. Il se consacre désormais aux nouvelles, aux critiques et aux chroniques : il publiera peu de poèmes par la suite. Elie Richard le présente à tous ses amis : Philippe Soupault, André Salmon, Raymond Thiollière, Antral... et Pierre Mac Orlan.
1922.
En avril, il s'installe à l'hôtel de Turenne, avenue de Tourville. En septembre, la N.R.F. publie Iphigénie; Claudel écrit à Jacques Rivière, le menaçant de rompre son abonnement si la N.R.F. publiait autre chose de ce " fouillemerde " A la fin de l'année paraît le premier roman de Delteil, Sur le fleuve Amour, dans une collection que dirige Mac Orlan aux éditions de la Renaissance du livre. Succès immédiat.
"Toute l'armée Sémenoff grouillait sur les quais de Nicolaievsk. De maigres Ostiaks rôdaient sans relâche aurour du môle en briques en dévisageant de belles Mongoles de miel allaitant des enfants jaunes. Un pope accroupi devant une borne déclamait des incantations. des estafettes en pleurs passaient dur de petits chevaux de l'Oural..."
1923.
Il déménage à l'hôtel du Centre, rue des Bernardins, en avril. Aragon veut le rencontrer pour le présenter aux surréalistes : Delteil devient le poulain de Breton, face à Radiguet dont Cocteau célèbre Le Diable au corps. Soupault l'amène chez les Delaunay, 19 boulevard Malesherbes : c'est le début d'une longue amitié avec les deux peintres. Il sympathise avec Robert Desnos, André Lhote, Jules Supervielle, Valéry Larbaud. Il adhère en novembre à la Société des gens de lettres et publie ce même mois Choléra aux éditions Kra, dans une collection dirigée par Philippe Soupault.
"Je suis né le 25 décembre à minuit, d'une moujik et d'un grand-duc. Mon père avait le teint blond, une barbe de pope et des sourcils de dieu. Il fumait les havanes par le nez, et se saoûlait d'une vodka spéciale confectionnée à Tsarskoié-Selo dans un monastère de vierges à poil. A pied il ne manquait pas de sentimentalité, ses jambes tendrement prises dans de hautes bottes de cuir suave. Mais à cheval, il n'était que torse, comme s'il eût fourré ses deux bottes dans les oreilles de sa monture..."
Le 31 décembre, il quitte son emploi au ministère et devient écrivain à part entière.
1924.
Le 24 mars, soirée de charité à l'hôtel Claridge, présidée par le maréchal Foch : Delteil illustre d'un poème " La Mode qui vient " , les modèles créés par Sonia Delaunay. Dans le premier Manifeste du surréalisme, il figure parmi ceux qui ont fait " acte de surréalisme absolu " A cette époque, il participe régulièrement aux séances d'écriture automatique organisées par André Breton, rue Fontaine. En juin, il signe, avec tous les autres surréalistes, "Ie Manifeste surréaliste" publié par Breton dans Paris-Journal. On le retrouve dans le photomontage Les Surréalistes entourant Germaine Breton. Il collabore également à l'éphémère Surréalisme, lancé en octobre par Yvan Goll. Ce même mois d'octobre 1924, ayant signé un contrat avantageux avec Bernard Grasset, il publie chez ce dernier Les Cinq Sens, encensé par les surréalistes. Il signe l'un des quatre textes d' Un Cadavre, pamphlet contre Anatole France. Il annonce pour un proche avenir la publication d'une Vie de Jeanne d' Arc (une " biographie passionnée " ), une Vie de la Vierge (un " mystère " , à tous égards), BébéCadum (un " romanfeuilleton " ) et une autobiographie, modestement intitulée Moi. En 1923 et 1924, il aura collaboré à une vingtaine de revues, dont la N.R.F., La Revue européenne, Littérature, Les Feuilles libres, La Révolution surréaliste, L'Intransigeant, ParisJournal. Le 12 décembre 1924, il s'installe dans son propre appartement, sis au numéro 17, boulevard de la Chapelle, à côté du métro aérien. Cet appartement, le n° 15 dans l'immeuble, quatrième étage au fond du couloir, il va le louer sans interruption jusqu'en 1930. Néanmoins, à partir du 1er janvier 1924, date à laquelle il s'est libéré de toute obligation en renonçant à son emploi de fonctionnaire, il partagera son temps entre Paris et Pieusse.
1925.
Il rencontre Marc Chagall. Il va voir - plusieurs fois de suite - la Revue Nègre, qui fait alors courir le Tout-Paris. Le 7 avril, André Breton lui écrit une lettre- violente - de rupture; cette exclusion du groupe surréaliste est surtout motivée - entre autres raisons - par la parution prochaine de Jeanne d'Arc. " Jeanne vint au monde à cheval, sous un chou qui était un chêne. Dejà neuf mois avant sa naissance, les maigres règles de la création furent prises de bouleversement. Elle prit forme comme on prend d'assaut. Incomparable conception en ce soir de printemps au son des cloches de Pâques ! L'amour emplissait le firmament. Il y avait de la Vie dans l'air !"...Dehors l'aube est encore noire. L'étoile Algol entre à pas de loup par la fénêtre. La mécanique céleste oint d'huiles ses rouages, pour s'accorder au rythme de l'opération. Huile, huile, huile ! Domrémy rêve. Des mugissements sourds, encombrés de foin viennent de l'étable. Une clochette de vache rumine dans sa barbe de lait. Un chien aboie en forme de queue...Et toujours ces coqs...
"Bébé a deux mois...Elle est blanche et contente, gorgée de lait et d'azur. La maison natale lui sourit, avec des murs de gros grès rose, avec son toit de chaume. De l'étable à vaches, de l'écurie de l'âne, du parc aux moutons, s'élèvent mille murmures substantiels, des bruits de sabots à l'aise, des cornes heureuses, de chaudes laines et de longues oreilles. La cour est toute éclatante d'odeurs, toute fleutrie de bouses de veaux. L'épais parfum du fumier monte droit dans le ciel. Jeanne respire l'encens de la nature, se nourrit des sucs de la terre, des fruits de l'air. Des poules vont et viennnent, familières autour de l'enfant, picorantes et caquetantes. Trente-trois poules luisent dans le beau jour. Jeanne est petite comme une poule, Jeanne est une petite poule. Mais cette coquette n'a d'attention que pour le coq, le fantastique coq vert, créé d'aurore et botté d'azur..."
Dès le mois de juin, cette " épopée " va connaître un succès phénoménal en librairie, lié au scandale qui éclate bientôt, et va rebondir lorsque, ayant obtenu des voix au Goncourt, le livre remporte le prix Fémina Vie heureuse, en novembre (à vrai dire, dans une version expurgée). Jacques Maritain, Maurice Denis, l'empereur Hirohito lui-même, la défendent. Claudel qualifie Delteil d'" écrivain tout à fait étonnant " A partir de cette année 1925, il essaie de " planifier " sa carrière littéraire et annonce une Vie d' ëAdam, une Vie d'Eve, une Vie de Napoléon, une Histoire de la Révolution française, une Histoire générale de la femme, d'Eve à nos jours, trois romans : La Nature, La Vie, Le Soleil, et une tragédie : Le Grand Frisson ou l'Allemagne en feu.
1926.
Il publie aux éditions des Cahiers libres le Discours aux oiseaux par saint François d'Assise, dès le mois de janvier. Suit une nouvelle " épopée " : Les Poilus . Il compte alors se mettre à une Apologie du Moyen Age, mais s'arrêtera au seul titre de l'essai. Il publie Mes amours... (... spirituelles), recueil de contes, de chroniques et de poèmes, déjà publiés dans divers périodiques. Jean Guiraud, rédacteur en chef de La Croix, poursuit de sa vindicte la Jeanne d'Arc dans un pamphlet intitulé De la critique en face d'un mauvais livre. En octobre paraît Allo! Paris! avec vingt lithographies par Robert Delaunay. Du 20 décembre 1926 au 5 janvier 1927, il se consacre à l'écriture d'une " continuité cinématographique et filmée " pour la Jeanne d'Arc de Carl Dreyer. Les deux hommes, mis en présence, ne se sont pas entendus. Delteil travaille seul et Dreyer se référera très peu à ce texte lors du tournage. Lors d'un de ses fréquents séjours dans le Midi, il rend visite, en compagnie de Jean Girou et de Carlos de Lazerme, au sculpteur Aristide Maillol, installé à Banyuls.
1927.
photomaton 1927
Delteil se trouve cette année-là, plus souvent à Pieusse qu'à Paris. Il publie Perpignan en janvier, Ode à Limoux en février, " Essai d'un programme pour une organisation du Midi " dans la revue Les Feuillets occitans en juillet. C'est Magali de Séverac (la fille du compositeur Déodat de Séverac) qui semble tant l'attirer vers son Midi natal en cet été
1927. Jacques Maritain, Gaétan Bernoville et Victor Bucaille répondent - mollement - au pamphlet de Jean Guiraud dans une brochure intitulée D'une mauvaise critique, éditée à compte d'auteur(s). La Jonque de porcelaine sort chez Grasset dans l'indifférence générale, sembletil. A l'automne, périple audois avec Chagall, Delaunay et Jean Girou, un auteur de la région de Carcassonne. Chagall s'installe quelques jours près de Limoux, sur la route de Chalabre, dans une villa où il peint ses illustrations des Fables de La Fontaine. Pendant ce temps, Delteil et Delaunay sillonnent joyeusement les routes de la région dans l'Oberland du peintre. Ils en profitent pour rendre ensemble visite à Maillol avant de rentrer à Paris. En décembre paraît La Passion de Jeanne d'Arc," née d'un voyage de la Littérature au pays du Cinéma "
1928.
En mai, il publie Le Mal de coeur ; en juin, La Fayette et De JeanJacques Rousseau à Mistral (pour écrire cet essai, précédé d'une étude de René Groos, Delteil s'est enfermé de longues semaines en début d'année dans une chambre de l'auberge SaintPierre à Dampierre- enYvelines, près de Rambouillet). Il rencontre André de Richaud, qui vient de publier Vie de saint Delteil , et lui demande un livre pour la collection " Les Grands Evénements du monde " , que Grasset vient de lui confier : La Création du monde, terminée au cours de la semaine sainte de 1929 et publiée en 1930, sera malheureusement le seul volume de cette collection que de Richaud avait ainsi ironiquement inaugurée. Les deux autres collections confiées à Delteil en cette année 1928 connaîtront le même sort : Louis Mossay renoncera à publier d'autres " Grands Textes " que celui du Gargantua et Delteil luimême n'éditera rien d'autre que Le Petit Jésus qu'il signe aux éditions du Delta, dont il assuma l'éphémère direction. Il avait de nombreux projets pourtant : Maurice Denis et Marc Chagall, entre autres, avaient donné leur accord pour illustrer les ouvrages suivants. Le 25 octobre, première française de La Passion de Jeanne d'Arc de Carl Dreyer; Delteil est crédité du scénario dans le générique, mais il n'ira jamais voir le film.
1929.
Il publie Il était une fois Napoléon et collabore à Jazz, la revue de Carlo Rim. Pour arrondir des fins de mois rendues difficiles par la fréquentation exagérée des champs de courses et des casinos, il assure la représentation à Paris d'une marque de blanquette de Limoux. En août, il confie à André Lang, journaliste aux Annales : " J'espère ne plus écrire d'ici un an ou deux. Je vais encore faire un Don Juan... Après, j'espère pouvoir m'arrêter : j'ai été créé pour me tourner les pouces, au soleil, sur les plages. " Pendant ce temps, Maryse Choisy termine à Dampierre un essai, Delteil tout nu, dont voici les dernières phrases : " Maintenant, je veux être moi. Delteil est un bouffeur de " moi " Adieu Delteil. " C'est le deuxième ouvrage dithyrambique qui lui est consacré en un peu moins de deux ans.
1930.
Le 13 janvier, il rencontre pour la première fois, au sixième étage du numéro 6, place du Panthéon, celle qui deviendra sa femme, Caroline Dudley, la créatrice de la Revue Nègre. Delteil tout nu paraît en même temps que Les Chats de Paris (qui n'est autre que la reprise, à quelques variantes près, du texte d'Allo! Paris!), aux éditions Montaigne. Il publie également La Belle Corisande et La Belle Aude.
A la Bibliothèque nationale, il consulte le dossier de canonisation de Don Juan : il pense appeler son livre Saint Don Juan. Il regrettera - jusqu'à l'édition des Oeuvres complètes - de s'en être tenu, pour finir, à SAINT DON JUAN.
C'est le dernier roman qu'il publie chez Grasset."Il naquit du côté de Séville, un dimanche à l'heure brûlante du Magnificat, alors que les grandes orgues, dans tous les villages d'Andalousie, chantent Marie Immaculée. Il tèta dès le prioncipe le lait chrétien des cloches, la mamelle catholique de la vierge. Les enfants qui naissent le dimanche ont le coeur plus ardent que les autres.
Nous assistons donc à la naissance de Don Juan, naissance placée sous la protection de Marie, pour qui l' enfant manifeste "de bonne heure", une "dévotion aiguë, mystérieuse". Il fréquente assidûment la chapelle, Notre Dame de Marceille, qui lui est "dédiée". C'est là qu'il tombe de l'autel un jour qu'il tentait d'atteindre le Tabernacle. C'est là aussi que les enfants du village célèbrent son mariage avec Thérèse, sa compagne de jeu. Mais Don Juan "brunit, prend traits et nerfs" et devient "de plus en plus la proie du sang". Luttant contre sa sensualité grandissante, il ôte symboliquement l'anneau de fiançailles à Thérèse pour le passer au doigt de la statue de la Vierge avec laquelle il est désormais lié. Son enfance s'achève sur une scène tragique : jaloux de l'amitié qu'un cygne baptisé Virginie porte à Thérèse, il finit, dans un combat titanesque, par tuer le bel androgyne, au grand dam de sa jeune amie.
Avec l'adolescence, Don Juan découvre l'amour brutalement; il est violé par une bande de lavandières qui le laissent "anéanti, la chair stupéfaite, et pelurant sur il ne savait quoi". N'osant approcher Thérèse, il poursuit alors Soledad, "fillette noiraude", partenaire de ses jeux amoureux dont l'un tourne mal. Après une course folle en haut d'un amandier, Soledad tombe et meurt violemment. Don Juan, à la fois victime et meurtrier malgré lui, assiste ensuite au travail effrayant de la nature, au nettoyage du corps de Soledad par des myriades d'insectes.
Ces deux chapitres d'ouverture précèdent une réflexion sur le personnage de Don Juan au cours de laquelle le narrateur prend la parole pour faire la théorie du donjuanisme. Les anecdotes du début ont bien sûr valeur emblématique : elles démontrent la force du couple Eros -Thanatos et manifestent le triomphe de la foi, "charpente de l'être ". Don Juan professe une théorie : il mène croisade en faveur de l'amour physique " élevé", "à la hauteur d'un sacrement". Cette mystique de l'amour ordonne la suite du récit où Delteil retrouve la tradition littéraire dont il s'était échappé en premier lieu. A commencer par la séduction forcée de Thérèse, incarnation du rêve que Don Juan poursuit. Le duel avec le père de la jeune fille, le Commandeur " avec sa robe de chambre rouge à pois noirs, ses pantoufles vertes", est traité par la dérision. Une nouvelle fois, Don Juan tue, ce qui n'est pas sans conséquence sur la suite des événements :" Il semblait que le crime lui eût déboutonné les veines. Le sang mit le feu au sang".
Le quatrième chapitre, comme le précédent, s'ouvre sur une réflexion théorique-"A travers les femmes, il cherchait désespérément la femme, la surfemme; derrière la peau, le rêve; par-delà l'instant, l'Immortalité"- illustrée par des épisodes à valeur symbolique et paroxysmique. C'est tout d'abord l'incendie du couvent de Thérèse où la fièvre destructrice de Don Juan culmine. Emporté par la colère - Thérèse lui résiste- Don Juan ne cesse de repousser les limites de son entreprise de séduction et de possession charnelle des femmes. Le voici ensuite qui séduit les enfants, de plus en plus jeunes note le narrateur, et qui les initie, comme ces "pauvres gosses" croisés du côté de Burgos qu'il aide à ajuster "leurs petits instruments" alors qu'ils lui obéissent "plus morts que vifs…"
Sa concupiscence sans bornes l'incite à tout conquérir sans s'en tenir à la seule espèce humaine. Son insatiabilité s' exprime dans la diversité de ses victimes mais aussi dans le choix des lieux où elles succombent. Elle l'amène notamment à posséder telle "pauvre fille" qui se refusait à lui en plein cimetière, sur les tombes de ses anciennes victimes dont la liste est ainsi rappelée. Don Juan, dans un élan sacrilège et nécrophile qu'encourage l'embrasement sexuel de la nature tout entière -"Il semblait que le cimetère fût en chaleur…"- déterre le cadavre de l'une d'elles. Il ne va pas plus loin et sa course dans le cimetière se finit par sa rencontre avec la Statue du Commandeur que, tradition oblige, il invite à dîner.
Le cinquième acte du récit narre le déroulement de ce dîner: Don juan est entouré de "deux moricaudes, à pulpe de velours, à yeux de mauvais anges" mais qui, précise le narrateur, ne sauraient être des "don juanes" car il n'est de Don Juan que sous les traits d'un homme. Il reçoit la Statue qu'il traite et apostrophe sur un ton burlesque et blasphématoire. Le dialogue entre les deux convives , loin d'être bref et terrifiant, s' éternise. Progressivement la Statue prend le dessus en dévoilant à son hôte la vérité sur ses victoires amoureuses présumées : Don Juan n'est qu'un homme objet, "le putain des femmes". Et la Statue d'adopter à son tour un ton sarcastique , de révéler au séducteur dont elle décrit la déchéance physique future et présente qu'il est syphilitique…
" Cet étrange nocturne" au cours duquel Don Juan est ridiculisé inaugure la dernière phase de la vie du héros : celle du repentir. Or se repentir, c'est repartir, retrouver les lieux de l'innocence, c'est à dire de l'enfance, de Thérèse et de Marie, ses premières amours. Don Juan mystérieusement convié à un rendez-vous galant par une lettre qu' il croit écrite de la main de Thérèse, chevauche avec impatience vers Notre-Dame de Marceille. Son voyage réveille de vieilles sensations fortes, émanant de "tout un chaud paysage d'ocres, d'ardoises, d'azurs, d'oranges, nuancé et violacé par le plus délicat des crépuscules, et couronné de roses". Les cinq sens en éveil, Don Juan renoue avec sa patrie, le soir de la Saint-Jean dont le narrateur évoque minutieusement le brasier. La date est chargée de significations : Don Juan, être solaire par excellence dans l'œuvre delteillienne, sans cesse associé au zénith, comparé à "un phœnix de pure argile" rêve avec exaltation, devant ce feu purificateur, de ses retrouvailles avec Thérèse. Le lendemain, il s'achemine vers la chapelle quand il rencontre un jeune homme " pur et frais comme un ange gardien" qui lui ouvre les yeux sur son égarement - la femme ne lui est pas hostile- et lui apprend que Thérèse vient de mourir. Son premier effroi passé, le héros se hâte alors vers Notre-Dame de marceille où ont finalement lieu ses retrouvailles avec Marie qui, pour la seconde fois, se substitue à Thérèse : " Alors Don Juan comprit. Il comprit que la lettre mystérieuse n'était qu'un stratagème de La Vierge pour le ramener au bercail"." L'anneau de chévrefeuille( c'est-à-dire de fiançailles) au doigt, et le cour affamé de Dieu", voici Don Juan détourné de "l'odor di femina "du premier chapitre et succombant à "l'odeur de sainteté" du dénouement. Il entre en pénitence au cloître de la Sainte-Confrérie de la Caridad, à Séville, où il met autant de zèle et de passion à expier qu'il n'en mettait naguère à pécher. Il exècre la nature dont hier il idolâtrait l'animalité brute. Repentant à l'excés, il soigne des pestiférés. Bientôt contaminé par l' épidémie, il découvre enfin " ce pont entre la sensualité et Dieu" qu'il avait tant "cherché sous le soleil", dans la progressive altération de ses cinq sens. Le mystère de la chair, qui n'est que "la substance de l'âme", lui est enfin révélé. Il peut alors "rayonner" devant la vision du Paradis qui l'attend, qui n'est autre que celui de Delteil, peuplé des amis de l'écrivain.
. A Frédéric Lefèvre qui l'interroge pour Les Nouvelles littéraires, il confesse qu'il a voulu plaire et avoue sa lassitude, son désir de changer d'image : " J'ai voulu cacher ma faiblesse sous des airs farauds. J'ai triché en proportion. Cela a fait illusion audelà de mon espérance. J'arrive sans doute à " l'âge où un peu de vérité, un peu d'humanité font du bien au coeur. Aujourd'hui, ce faux Delteil qui court le monde, cette espèce de grand gaillard dépoitraillé, un mètre quatrevingtdix et cent vingt kilos, tonitruant, orgueilleux, " m'astu vu " , ce faux Delteil m'horripile. "
En mai, il publie dans la N.R.F. :
" " C'est au peintre Pascin qu'il devait d'avoir rencontré Caroline et il rêvait de lui faire illustrer un de ses livres. Ce " rêve " allait sans doute se concrétiser avec Don Juan pour lequel on prévoyait une édition de luxe. Mais peutêtre Pascin s'estil reconnu dans le portrait de Don Juan, " ce Juif errant de la chair " : le peintre se suicide le 2 juin, trois jours après avoir lu le roman. Fin octobre, Delteil et Caroline Dudley, accompagnés de Sophie, la fille de Caroline, née d'un premier mariage, partent pour Utelle dans les AlpesMaritimes. Ils y resteront jusqu'en février 1931. Tout au long de l'année 1930, Delteil a continué à assurer la représentation à Paris de la blanquette de Limoux, pour le compte de la marque Génie. Il est associé dans cette affaire de vins à Mme Déodat de Séverac et au musicien MarieJoseph Canteloube.
A la fin de l'année, il diversifie encore ses activités et déclare à Jean Portail, dans un numéro de Vu qui paraît début 1931 : " En dehors du pinard, je suis directeur général d'une compagnie d'assurances [...]. La littérature est un passetemps de millionnaire... Je préfère faire du commerce que de la littérature commerciale. "
1931.
André de Richaud publie La Douleur chez Grasset .Le jury du prix du Premier Roman distingue l'ouvrage et s'apprête à le couronner. Pourtant, au dernier moment, les membres du jury (Giraudoux, Estaunié, Maurois, Bernanos, Pourtalès, Green, Lacretelle et Mauriac) ne sont plus d'accord et se divisent : le prix est refusé à de Richaud, pour ne pas mécontenter les lecteurs de la Revue hebdomadaire qui attribuait le prix, mais aussi, disentils, " pour préserver la morale " Indigné par cette accusation d'immoralité, Delteil défend le roman et son auteur avec fougue dans la presse aussi bien que dans le milieu littéraire.AAA
André de Richaud, né le 6 avril 1907 à Perpignan et mort le 29 septembre 1968 à Montpellier, est un écrivain et poète français.
Il est collégien à Carpentras où il se lie d'amitié à Pierre Seghers, qui sera son éditeur. Etudiant en droit et en philosophie à Aix-en-Provence, il est maître d’internat au lycée Mignet en même temps que Marcel Pagnol. Grâce au conservateur de la bibliothèque Méjeanes qui l’a pris en amitié, il rencontre André Gaillard, poète et fondateur des Cahiers du Sud et Joseph d’Arbaud, écrivain-félibre, directeur de la revue Le Feu. En 1935, il se lie d'amitié à Paris avec Jeanne Lohy et Fernand Léger, chez qui il vivra 14 ans, à Paris et en Normandie.
Il reçoit le Prix Guillaume Apollinaire en 1954 pour Le Droit d'asile.
Fréquents déplacements entre SaintCloud, Pieusse et VillefranchesurMer, puis, en mai et juin, voyages à Berlin, à Venise et en Angleterre. Il publie Le Vert Galant et annonce successivement, dans la collection " Les Nuits " chez Flammarion Les Nuits des bêtes et chez Grasset Poil et plume, recueil où il pense rassembler toutes les nouvelles qu'il a écrites sur les animaux. Mais le 15 juillet, il est admis à l'hôpital américain de Neuilly, dans le service du docteur Kindberg : il ne quittera l'établissement que le 4 septembre, ayant perdu pour un bon moment l'usage du poumon droit, suite à un épanchement pleural. Selon toute vraisemblance, Delteil a"fait "une pleurésie tuberculeuse, avec atteinte du parenchyme pulmonaire et importantes séquelles. Affection très fréquente à l'époque, et qui justifiait un repos de deux ou trois ans. Toujours estil qu'après avoir été fait, le 15 août, chevalier de la Légion d'honneur au titre des arts et des lettres (ce qui ne semble pas avoir notablement amélioré son état), il entame au mois d'octobre à Vence une convalescence qui va se prolonger durant deux longues années. L'hypothèse d'une affection tuberculeuse n'est pas une certitude absolue, les bacilles de Koch n'étant pas les seuls responsables possibles des épanchements pleuraux. Toutefois, la discrétion de Delteil sur ce point aurait été compréhensible : il s'agissait essentiellement d'une maladie de la pauvreté, et les tuberculeux n'en parlaient pas pour ne pas être rejetés par crainte de contagion (en l'absence d'antibiotiques spécifiques en 1931)... De toute façon, bien que déclaré guéri deux ans plus tard, il n'en gardera pas moins une santé extrêmement fragile qui va conditionner le reste de sa vie.
1932.
Convalescence à Vence - hôtel Biffi - jusqu'à la fin du mois de mars, puis à Briançon - villa La Fresnaye - où il passe l'hiver 19321933. Au mois de novembre, Jean Paulhan lui écrit : " Je ne savais pas que vous étiez malade." Delteil répond, laconique : " Je suis malade et guéri. "
1933.
Delteil et Caroline quittent Briançon le 5 avril. Ils s'installent villa Capra à Villeneuve-lès-Avignon dans le Gard, face à la cité des papes, jusqu'à la mi-août. Ils passent la première quinzaine de septembre à Pieusse où Delteil n'est pas revenu depuis deux ans, avant de rejoindre Toulon : ils y résideront de manière intermittente jusqu'en mars 1935 aux " Quatre Chemins " à La Collinière. Il publie " La foire à Paris " , un texte d'une vingtaine de pages, dans la revue Les Oeuvres libres. C'est sa première apparition éditoriale depuis le début de sa maladie.
1934.
En avril paraît En robe des champs. Grasset annonce, sur la bande rouge qui entoure l'ouvrage, " le vrai Delteil " Pendant une décennie, Delteil ne publiera rien. Sa décision de quitter Paris et la vie littéraire date vraisemblablement de 1931, l'année du début de sa maladie, mais la parution de ce recueil de " morceaux choisis " marque la vraie fin d'une époque pour lui. Sans doute estil, de plus, " lâché " par Grasset : la publication d'un tel recueil est une manière assez expéditive d'honorer une fin de contrat. Paulhan lui offre de participer de manière plus régulière à la N.R.F., mais Delteil ne donnera aucune suite à cette invitation. Robert Brasillach écrit dans un de ses Portraits : " En songeant à ces années un peu folles qui suivirent la guerre, nous penserons que M. Delteil en est une des victimes les plus complètes - et l'une de celles, assurément, dont nous devons le plus regretter l'échec " Delteil et sa compagne passent l'été à voyager dans l'arrièrepays niçois d'abord, puis en ltalie (séjour à Santa Margherita Ligure). Retour pour l'hiver à Toulon.
1935.
Première rencontre à Paris avec Henry Miller, grâce à Dorothy Harvey, la deuxième soeur de Caroline, auteur d'une biographie de Theodor Dreiser. La rencontre eut lieu sans doute chez Katherine, l'aînée des soeurs Dudley, qui tenait salon dans son appartement du 13, rue de Seine. Anaïs Nin connaissait les deux hommes et avait établi des contacts entre eux, mais cette première rencontre est certainement due à la seule initiative de Dorothy. Début mai, Delteil envoie une carte postale à Miller qui lui répond aussitôt, le 16 mai, avec enthousiasme. Le 3 juillet, nouvelle lettre passionnée de Miller qui offre de devenir l'agent littéraire (non rémunéré, précisetil) de Delteil pour les EtatsUnis.
En juin, Caroline achète une propriété viticole dans le Gard, près du village de Tavel : le domaine de Trinquevedel, surnommé dans la région " le château de Cathelan " , en souvenir du chevalier du même nom qui y fut assassiné. Pendant l'été, le couple voyage à Barcelone, avec le père de Delteil, et en Ecosse. Automne et hiver à Tavel.
1936.
Début janvier, la mère de Caroline - qui vivait avec sa fille depuis la mort de M. Dudley en 1929 - tombe gravement malade. Afin de se rapprocher des médecins, ils louent un appartement au prieuré de Villeneuve-lès-Avignon. Mme Dudley y meurt, quelques jours à peine après leur installation. La page " américaine " de la vie de Caroline est définitivement tournée. Retour à Trinquevedel jusqu'en juillet : ils revendent alors la propriété, ayant jugé que le capital à investir était trop important. Le 24 juillet, ils partent en croisière pour Majorque, d'où les chasse, une semaine après leur arrivée, la situation politique en Espagne. De retour à VilleneuvelèsAvignon, Delteil se remet à travailler... à une pièce de théâtre. Il en informe Jean Paulhan, qui demande des précisions : " Quel théâtre? Est-ce un drame, une tragicomédie, une farce? " C'est tout à la fois puisqu'il s'agit de la pièce Le Grand Prix de Paris ou Hippolyte. Décidée à tout faire pour guérir l'homme qu'elle aime de sa passion maladive pour les courses et autres jeux d'argent, sans doute Caroline lui offre t'elle à cette époquelà une importante somme d'argent à la condition qu'il consente à écrire quelque chose sur le thème du jeu. Elle a en effet consulté des médecins éminents qui se sont déclarés impuissants devant cette emprise du jeu, analogue selon eux à celle que peut exercer l'alcool.
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