1950 "Un Barrage contre le Pacifique" est un succès et
manque de peu le Goncourt. Ce fut Paul Collin avec "Les Jeux sauvages" qui obtint le prix.
Un barrage contre le Pacifique demeure aujourd'hui l'un des grands livres du XXe siècle, sur la maternité, une maternité tourmentée, violente, vénéneuse
Et justement 1950 c'est aussi le retour définitif de la
mère, Marie Donadieu, en France. Depuis qu'elle a créé un collège de jeunes-filles à Saïgon, elle a recouvré une relative aisance due à des indemnités de l'Etat. Elle revient définitivement,
passe quelques semaines rue Saint-Benoît, achète à son fils Pierre à Amboise, une propriété qu'il joue et perd au Poker . Marie s'achète un château délabré dans le Loir-et-Cher, à Onzain.
Fausse folie Louis XV délabrée, édifiée au début du siècle dernier sur l'emplacement de l'ancien pavillon de chase du comte de Rostaing
Vous m'excuserez, mais je suppose que vous avez pu vous rendre compte que cette femme, Marie
Donadieu, est complètement tarée. Donc dans son nouveau château ci-dessus, elle conçoit à nouveau de vastes projets qui échouent pitoyablement, installant des couveuses électriques dans les
grands salons Louis XV. Peu experte en élevage de poulets (pas plus que dans l'élevage de sa fille ou de ses fils), elle ne sait pas manipuler les rayons infra-rouges et obtient des poussins mal
formés qui s'ébattent monstrueux et meurent. No comment! Après les crabes, les poulets
Dans la foulée d'Un Barrage", au début des années 50, Marguerite va publier successivement "Le Marin de Gibraltar", "Les petits chevaux de Tarquinia" et "Dix heures
et demi du soir en été"
D'autre part la passion éprouvée pour Mascolo s'émousse quoique le couple continue à vivre ensemble rue Saint-Benît. Mais Duras a toujours besoin d'autre chose. Dans
ces années 1955-1965, elle a de nombreuses relations amoureuses dont elle ne se cache pas. Jorge Semprun disait d'elle qu'on la surnommait alors"La Messaline". Sa beauté pourtant a déjà connu
cette destruction qu'elle évoque dans les premières pages de l'Amant. Les photographies de cette époque montrant une femme au visage empâté, loin de ctte grâce des années de guerre qui lui
faisait des airs à la Riva
En 1955, "Le Square" marque la naissance d'un nouveau type d'écriture proche de la technique de la sous-conversation décrite par Nathalie Sarraute dans "L'Ere du
soupçon". Maurice Blanchot lui consacre une chronique dans la NRF (il deviendra un des proches de la rue Saint-Benoît en 1958). A la même époque elle est très marquée par le livre d'Hemingway
"Les vertes collines d'Afrique"
De 1955 à 1958, avec ses amis de la rue Saint-Benoît, elle lutte contre la guerre
d'Algérie, puis contre le pouvoir gaulliste
En 1957 c'est la rencontre avec Gerard Jarlot, journaliste mondain, aimant les femmes, le mensonge et les virées à Saint-Tropez." Moderato Cantabile" lui sera dédié. Gérard avait connu des femmes
plus belles et il a rompu avec la comédienne Françoise Arnould pour vivre sa laison avec Marguerite . Certains racontent qu'il la joua une nuit au poker, d'autres qu'il avait fait le pari de
l'emballer devant des copains et de coucher avec elle le lendemain au plus tard. Le jour où il obtint le Prix Médicis, il eût droit à son portrait dans plusieurs journaux. Un film de vacances le
montre en maillot de bain en train de nager dans la grande bleue avec Marguerite. Sportif, souriant, pas vraiment intello rive gauche, plutôt styl
e grand reporter baroudeur.
Bref un bon vivant qui avait de quoi séduire une femme
venant de vivre si longtemps avec un intellectuel plutôt tourmenté. Il avait publié son premier roman chez Gallimard à 24 ans. Fils chéri de la bonne bourgeoisie de province (Autun, ville qu'il a
décrite dans son 2e roman "Un mauvais lieu"). Monté à Paris, il devient l'ami de Boris Vian, puis se lie avec Aragon aux côtés duquel il travaille jusqu'en 1953. Amoureux de Jazz et d'art
contemporain, il ouvre avec sa femme Eva, qui en était propriétaire, la petite galerie du Luxembourg, d'où fut lancé le mouvement de l'abstraction lyrique avec Wols, mathieu et Riopelle.
Leur liaison est une véritable passion et c'est dans cette terreur de la passion qu'elle apprend la mort de sa mère en 1957.
Elle s'y rend, elle le racontera plus tard dans "La Vie matérielle". Jarlot l'accompagne, ils font l'amour durant ce voyage "sans cesse", comme si la rencontre entre la mère morte, le frère
haï et elle-même la renvoyait aux pires jours de Saïgon. On lui apprend que le fils et la mère se sont tenus enlaçés jusqu'au dernier souffle de vie. Chez le notaire elle apprend qu'elle est
déshéritée. le frère hérite de presque tout et une nouvelle fois il flambera tout au jeu. Marguerite refusera désormais de le revoir, le laissant à sa perte, à sa propre nuit ; En 1957 elle
découvre le journalisme et écrit pour le "Nouvel Observateur" et "Constellation"
En 1958, Moderato Cantabile atteint 500.000 exemplaires.. Elle jouit alors d'une reconnaissance publique presque triomphale. Romancière célébrée
grâce à Moderato, journaliste reconnue à France-Observateur, elle fait évènement ai théâtre avec "Le Square". Et le cinéma l'appelle. Elle vient de commencer un scénario à la demande d'Alain
Resnais et le film de René Clément, tiré du Barrage contre le Pacifique sort dans de nombreuses salles, avec Sylvana Mangano et Anthony Perkins.
Marguerite acquiert une maison à Neauphle-le-Château
Dans cette maison ,Duras écrira de nombreux livres et y réalisera"" Le Camion" et "Nathalie Grangie"r
En 1959, sortie du film d'Alain Resnais "Hiroshima mon amour" avec Emmanuelle Riva. Le film sera un succès. René Clair, Roberto Rossellini, jean Cocteau, Claude Chabrol, François Truffaut, Louis
Malle crient leur enthousiasme. Brisant la structure narrative habituelle, Hiroshima adopte le temps de la mémoire affective et nous
entraîne dans un territoire brûlé: celui où l'amour est un crime et la connaissance de soi-même, imposiible

