Et à la maison que se passe-t'il? Je ne m'en soucie guère. Je mène ma
barque. Mon frère Etienne a 9ans. L'autre, Marc, (Un martyr et un évangeliste sans oublier, moi, le Christ) 5ans, on peut dire que pour lui les jeux sont faits. Il ne parle pas, il rugit et se
frappe la tête contre les murs ou mieux encore, nous prend le poing à chacun, pour que nous le frappions sur la tête ( De quoi s'auto-punit-il, là est la vraie question! )
Quant à l'autre frère, Etienne, celui qui est normal, il
s'entend merveilleusement avec mon père qui a reporté toute son affection sur lui. En effet, il n'a pas retrouvé sa fille en rentrant d'Angleterre et son fils aîné le boude. Et puis 1946, la
naissance d'Etienne, c'est la libération, la liesse, on repart à Zéro, la guerre est finie ! Oui, je l'avoue, je n'en veux pas de mon père, je ne le sens pas. Il est arrivé trop tard sans doute
et il n'est pas le père que j'aurais voulu avoir. Je ne le trouve pas viril, il ne fait pas de sport, il met un temps fou pour entrer dans la mer et il attend 5 heures après le repas avant d'oser
entrer dans l'eau??? Phobie de la congestion. Pour le faire chier, moi j'entre dans l'eau, deux heures après le repas et au lieu d'avancer à petits pas en m'aspergeant frileusement de gouttes à
gouttes, je plonge ou m'élance en flèche. Je trouve aussi que mon père n'a pas de muscles, j'en ai plus que lui. Je montre mes biceps à mon frère et puis lui fais palper ceux de mon père, qui
sont inexistants ! Oh la vache !. En plus, sur les plages, mon père attrape des coups de soleil car il a une peau de roux. Il s'enveloppe les jambes dans des journaux et porte un chapeau de
paille sur la tête. Pire que le Professeur Achenbach dans Mort à Venise. C'est un peureux et je suis un casse-cou, ceci expliquant peut-être celà. Il a la peau blanche, et je ferai tout pour être
un basané; long travail car si je n'ai pas une peau de roux comme mon père, je suis tout de même un blond aux yeux bleus. Basané en outre, celà veut dire aussi devenir l'Indien que je suis
intérieurement et le refus d'être un blanc. C'est le choix de Zorino contre Tintin !
Alors voilà, mon père va à la messe tous les matins, à l'Eglise
Saint-Gilles, via la rue Saint-Nicolas ou le haut de la Rue St Gilles (sur les photos c-dessous L'Eglise saint-Gilles t le haut de la rue St Gilles où nous faisons nos
courses)
Le haut de la Rue St
Gilles en 1930
...tandis que moi je commence à penser à
d'autre seins. Et mon frère Etienne l'accompagne. Ils se tiennent par la main jusqu'au seuil de l'église. Moi par contre, je cesse d'aller à la messe le dimanche, c'est un péché mortel et je le
sais; c'est justement ce qui m'excite. Mais je suis encore obligé de faire semblant. je vais donc me promener le dimanche matin, boulevard
Kleyer, à l'heure de la messe
et dans les environs de la rue Chauve-souris. un coupe-gorge en escaliers, taillé
dans la futaie et qui relie l'Eglise Saint-Gilles et Le Boulevard Kleyer, au Quartier du Laveu
Le bas de la rue Chauve-Souris près du Laveu.
Et je regarde partir le père et le frère (la mère dort), unis en la Sainte-Eglise, rentrant de concert dans son sein.
Je regarde ces deux hommes qui ne sortiront jamais des griffes de ma mère. Roger, mon père, le "converti". Ma mère qui, elle, ne va à la messe que le dimanche et beaucoup plus tard dans la
matinée, car elle ne dort pas la nuit. Bourrée de somnifères, elle hante les corridors et fait ses lessives dans le garage; elle se lave, en somme. La culpabilité pour elle est nocturne, mais
elle ne le sait même pas. Bien sûr elle a fréquenté des psychanalystes, juste un peu, car elle n'en a pas besoin, ce sont nous les hommes qui sommes malades. Ma mère fait une séance de temps en
temps, pour avoir des renseignements sur notre "guérison", celle de mon père, de mon frère Etienne et la mienne. Mais j'y reviendrai, car "en psychanalyse", je ne suis pas encore entré.
Donc pour moi, l'image de ce père et de ce frère qui en 1955, vont à la messe, main dans la main, puis qui reviennent après avoir acheté des "pistolets" à la Boulangerie Couline,que ma mère dégustera quand elle se lèvera beaucoup plus tard, c'est l'image d'une soumission masochiste à la mère; deux
petits malheureux, complètement coïncés, qui s'appuient l'un sur l'autre. Un côté "Cour des Miracles", mais attention ! En même temps, une parfaite assurance d'être dans La Vérité ! Hors de
l'Eglise, point de salut ! Et je sais que je ne suis pas comme eux, parce que moi, je résiste à la mère, parce que moi, je veux être moi, enfin je veux ETRE tout simplement
!

