

Tout d'abord notre nouvelle maison au 123 de la rue du
Snapeux, dans la même rue qu'avant, une vraie maison de "Docteur".
Ensuite c'est moi, en train de remonter dans ma chambre (fenêtre de gauche) par le toit. Je m'accrochais au
pilier de gauche (qui semble tordu en effet, c'est la première fois que je m'en aperçois et il y a 53 ans de celà. Dond quand je rentrais au petit matin, pour éviter les engueulades de ma mère,
je me hissa! sur le sous-toit et m'infiltrais dans la fenêtre laissée entr'ouverte. Subterfuge rapidement découvert hélas. Dommage car celà me permettait de de réponde à la question
fatidique "A quelle heure es-tu rentré "un innocent et dégagé "oh vers minuit"
En-dessous efin, mes collègues les plus proches lors d'une réunion chez mes parents fin 1956. Assis à l'avant-plan de gauche à droite, Philippe Nonet, Christian Vancau et Paul Gielen.
Derrière Philippe Nonet, André Pirard S.J. Il y en a trois qui n'ont pas de cravate, moi inclus, évidemment! (aussi Michel Mersch, futur avocat et Pierre Verlaine futur toubib, debout à droite)
Philippe Nonet a terminé son droit avec la plus grande distinction, puis est parti enseigner en Californie
Me voici donc au seuil de la Rhétorique. Et là, le Dès mon entrée en Rhéto, mon professeur, une sorte de Jésuite Janséniste, coupé au couteau, m'agresse; il m'a tout de suite repéré. Un vrai
paumé celui-là, un Torquemada du 20e siècle. C'est à ce moment que j'arrête défitivement, messe, communion, confession et autres conneries, mais sans oser encore l'assumer ouvertement. Je me
promène donc sur les hauteurs de la rue Chauve-souris et du Boulevard Kleyer, dans la nature, avec Liège à mes pieds et la meuse
qui coule entre les prés.
A la même époque, je vais découvrir dans le grenier de notre maison, au fond de caisses appartenant à l'adolescence de mon père, des livres que l'on n'a pas mis dans la bibliothèque parmi les
livres du Chanoine Moeller, du R.P Sertillanges, d'Henri Simon et autres " Revues de l'Anneau d'Or "
Je me mets à fouiller et je tombe sur André GIDE. Oh oui, je sais qu'il est à l'Index, puisque mon ami Alex Klimov a été renvoyé du
collège, pour avoir osé le lire (en même temps que Sartre). Mais pour qui se prend-elle cette Eglise, pour décider de ce que les gens peuvent ou ne peuvent pas lire?? Quelle prétention et quel
abus de pouvoir. Moi " à l'index, ça m'excite et je retire de la caisse, mon premier Gide "Si le Grain ne meurt", sous forme d'un opuscule maigrelet, orné d'une couverture illustrée. Et je
l'emmène et le dévore dans ma nouvelle chambre, (puisque nous venons d'emménager dans notre nouvelle maison au 123 de la Rue du Snapeux). je lis ce fruit défendu, sur un Secrétaire Louis XIII de
ma mère, truffé de tiroirs secrets, ça tombe bien. De retour au grenier, je ramène "La Porte étroite" et puis un troisième livre, de CELINE cette fois, dont je n'ai jamais entendu parler par contre. C'est "D'un château l'autre", l' histoire de sa fuite vers Sigmaringen, après la guerre. Je le lis, persuadé qu'il est l'oeuvre
d'un inconnu, inconnu que je vais réellement découvrir 10 ans plus tard. Très symptômatiques que ces livres de mon père refoulés au grenier, des livres lus par son milieu libéral gantois à
mille lieues de toute ces censures de curés malades, et puis ces livres de ma mère, aux couvertures reliées d'encens, exposés à tous les regards. Grand témoignage du respect de ma mère pour mon
père et de la soumission de celui-ci à son épouse et à sa foi catholique (les deux étant liés). Mon père va jusqu'à abdiquer sa jeunesse. Il est consentant. Hors de ma mère, point de salut.
C'est la Vierge qui lui a apporté la lumière, l'Immaculée Conception. Disons que c'est ainsi qu'il veut la voir, car la réalité est toute autre et moi je le sais. Donc ces trois livres, deux Gide
et un Céline, je les lis, en les cachant sous mes cours de réthorique et je les enfourne dans un des tiroirs secrets du "secrétaire", "ce qui tient secret ". Des tiroirs qui s'ouvrent avec
l'index!
Donc le rhétho, ça démarre mal. Le poids d'un censeur-inquisiteur, l'arrêt de la messe et de ses sacrements (et je suis le seul de la classe), le seul aussi à lire Gide, depuis le départ de mon ami Klimov, lui aussi issu d'un milieu intellectuel, libre-penseur et russe de surcroît.
Ajoutons à celà, que fin Juin 1955, nous avons eu une retraite de trois jours à Xhovémont et que sur les vingt-cinq élèves de ma
classe, une bonne dizaine, a déclaré avoir la vocation religieuse, soit près de cinquante pour cent de l'effectif, une véritable pêche miraculeuse et parmi eux mes amis les plus proches. Alors
que moi, j'ai refermé ma porte au nez du prédicateur, venu le dernier jour dans notre chambre, pour "enlever le morceau", tel un agent d'assurances et l'ai bouté hors en lui disant "Non merci
j'ai déjà donné" Je ne crois pas qu'il ait compris, mais il a fait demi-tour devant ce rhétoricien satanique, rétif à toute forme de réthorique
Sur ce notre professeur puritain disparaît du jour au lendemain ; on doit l'avoir enfermé et un autre professeur jésuite apparaît, un ami de mes parents, tout comme son frère, jésuite lui aussi.
C'est le Père Delepierre qui, j'ignore pourquoi, me prend en sympathie, peut-être parce que son frère fréquente mes parents (enfin
surtout ma mère) depuis longtemps. Bien sûr, en effet, c'est toujours Suzanne, ma mère qui amène le curés à la maison. Elle les invite à souper ( comme on dit en Belgique pour le dîner du soir,
celui où on s'assoupit ), pas à coucher, ça ne se fait pas, mais des corbeaux en jupe, ça doit l'exciter quelquepart. Ce n'est pas dangereux un homme en jupe, surtout quand, en plus, il a promis
à Dieu, de faire un noeud dans sa queue. Plus il y a de castrés, mieux c'est. N'est-ce pas maman, qui êtes aux cieux ?
Sur cette photo, je suis debout, au deuxième rang, juste derrière le Père Delepierre s.J


