C'est une chasse aux trésors que nous effectuons, aux trésors de guerre. Quand nous trouvons un casque ou une
ceinture à cartouchières, nous jouons au "boche" ou à " l'amerloque", c'est selon, mais ce sont, tout de même ces grads bambins d'américains, qui nous ont délivré de ces sales gueules de schleus,
flics blonds aryens, nasillards et gueulards ! Achtung !
Duinbergen, Knokke, Le Zoute en 1955-56, ce sont aussi mes premières boums. Je suis nul, je ne sais pas danser, les filles m'ignorent. Je fais donc tapisserie sur la musique des Platters (Only
You) et deux autres tubes dont je me souviens, des slows crapuleux. The Unchained Melody et Greenfield. J 'ai oublié les noms des deux groupes. Des copains de mon âge se débrouiillent bien mieux
que moi. Ils "emballent" comme on dit. Moi je me sens lourd et engonçé.A l'extrême gauche sur la photo... avec un boudin. On se croirait dans un film de Chabrol (je pense aux "Cousins")

Mais revenons au Collège à Liège. Les filles justement. Ben là c'est catastrophique. On n'ose pas. Personne n'a de petite amie (à 17 ans???). Moi j'en rêve beaucoup. C'est l'époque où je dessine
en classe, sur de petites bouts de papier (de chez Regine), des couples, avec des filles à la BB naturellement, queues chevalines et robes Vichy ( la France a dejà oublié qu'elle vient de vivre
sous le régime Vichiste), des filles donc, se faisant surprendre par des garçons surgissant dans leurs dos, en pleine forêt, des "Jane" quoi, c'est mon côté Tarzan qui resurgit. Je me souviens
qu'un de ces dessins s'appelait "Le Piège". Mais un élève me fauche mes dessins, on ne peut plus innocents, ils font le tour de la classe et me reviennent. C'est à ce moment-là que mon destin se
"dessine" (c'est le cas de le dire !). je suis intéressé par les femmes ( Ne faudrait-il pas m'interner ?) alors que plus de 30% des élèves de ma classe (ils sont onze), se prépare doucement à
entrer dans l'un ou l'autre ordre religieux castrateur, ce qui leur évite de se poser des questions sur ce sujet brûlant qu'est "LE Sexe". Bref, celà pose le décor: Je dessine des couples de
notre âge, on ne peut plus romantiques, c'est presque du Peynet, et déjà je passe pour le débauché de la classe, alors que je n'ai jamais touché une fille! Je me souviens aussi d'un séjour à la
mer, où un après-midi, je suis seul comme toujours, je vois arriver dans la salle de ping-pong, deux ou trois couples de mon âge, à moto, des rockeurs, des "Johnny" en veste de cuir, avec 3 B.B,
blondes à queues de cheval, et je te pingue et je te pongue , et je te bécotte grave. J'étais fasciné et je me disais 'Va falloir tout de même que tu t'y mettes, mais comment s'y prendre
?")
Alors je vais essayer timidement et vais être le premier de la classe (pour une fois) à avoir une petite amie, une cousine éloignée, surnommée Souquinette, un simple amour platonique avec de
petits bisous sur la joue et dans les cheveux, mais elle vient me chercher au collège et on va au café avec mes condiscipies (en un mot svp, quoique...?). je suis en fait le seul à "sortir avec"
une fille ou du moins à le faire croire. Pour eux, commencer à sortir dans des cafés est déjà une suprême audace et c'est une toute petite minorité qui le fait. Et nous avons dix-sept ans,
tenez-vous bien. On peut dire que nous sommes gratinés. Mais attention nous connaissons le Grec ancien et le Latin, ce qui est très utile pour demander par exemple une fourchette dans un
restaurant en Italie ou en Grèce. On peut dire que nous sommes vâchement chebrans et armés pour la vie.
Et en septembre 1956, c'est l'entrée en terminale, ce que nous appelons la
Rhétorique, dernière étape avant l'Université. En Belgique le BAC, connais pas???

