Eh oui, pour la première fois depuis 1961 et cette fois avec ma première voiture, celle de la banque, la coccinelle. pourquoi la Yougoslavie ? D'abord parce que ça ne coûte rien. Ensuite parce que c'est encore sauvage et enfin, parce qu'il y a au moins 6 pays différents en un seul. La preuve c'est qu'il n'y a plus de Yougoslavie aujourd'hui.
J'ignore où l'on ira exactement mais la route je la connais. De Liège nous remontons sur Aix-la-Chapelle, prenons l'autoroute allemand, redescendons sur Cologne, Heidelberg, Nüremberg (Heil ça me rappelle quelquechose) Munich, ensuite direction Salzbourg-Vienne et à Hallein, on quitte l'autoroute et il faut traverser la montagne. La meilleure solution étant de mettre la voiture sur le train à Villach, très exactement à Bockstein, au pied du repaire d'aigle d'Adolph Hitler, à Berchtesgaden.
Je roule de nuit. Départ à 21h30. Sept heures 15 pour arriver à Munich à 4h45, 35 minutes de repos. Arrivée à Salzbourg à 7h15. Départ à 8h30. Arrivée Villach à 12h15. Embarquement. Départ du train de montagne à 13h45. Arrivée à Bled à 12h45. Nous sommes en Yougoslavie. Un peu plus de 16h00 de route et près de 1200 Kms, pour être à pied d'oeuvre, à savoir en Slovénie. Une nuit à Bled au bord du Lac et à 6h30, on repart sur Ljubljana, Postojna, Rijeka et Starigrad-Paklenitsa un peu avant Zadar. Il y a là un camping désert dont je me souviens, au bord de l'Adriatique et au pied du Mont Velebit et du Parc National de Starigrad-Paklenica.
Il est aux environs de 14h00. On a donc encore mis près de 8h00 (24 heures en tout) et nous sommes à 45 minutes au Nord de Zadar. La côte Yougoslave est tellement découpée qu'elle fait près de 1200 Kms de long. En plus les routes sont en mauvais état; il y a dependant un mieux depuis 1961
C'est donc ce deuxième soir, un 11 Juin que l'aventure va commencer. Nous installons notre tente où nous voulons car il n'y a personne, donc au bord de la mer. D'un côté le Mont Velebit que l'on aperçoit sur la photo, de l'autre côté, l'Adriatique, face à l'Italie. Nous sommes en Croatie, sur la côte Dalmate.. Après une petite mise en condition au bord de la mer, à l'entrée de la tente, au Slivovitch, j'entends encore les chants des pêcheurs sur leur barque au couchant, des mélopées balkaniques,
Nous décidons d'aller vers la montagne, faire un tour car nous avons entrevu un défilé (au fond de la photo), les Gorges du Mont Velebit, ouh la la. et tout à coup nous apercevons sur notre droite, une sorte de cube de couleur, dans le plus pur style Bogota, ocre rouge et bleu percutant. Incroyable c'est un café-resto de village (Où il est le village?). Nous entrons et apparemment nous sommes les seuls étrangers car c'est bourré de paysans croates au comptoir. Nous nous asseyons à une table et nous commandons un Raki (alcool de raisin).
Et à ce moment-là s'amène une bande de joyeux drilles, nous les avions repérés au camping, et il ya un saxophoniste et un guitariste, chic ! Et ils commencent à jouer du Jazz en attendant d'être servis.
Moi à ma table je ne me tiens plus et commence à chanter comme Armstrong. Le groupe se retourne vers nous et nous invite à sa table (A mon avis j'ai dû laisser ma guitare au camping, n'imaginant jamais que j'aurais à m'en servir). Et toute la soirée, on va improviser et aussi parler. Il y a un anglais, un autrichien et un américain. Nous communiquons en anglais. C'est délirant parce que la patronne nous offre à boire en déposant sur notre table des litres entiers de Marachkino étant donné que nous mettons une sacrée ambiance. Mais ce qui est plus extraordinaire, c'est que les villageois se regroupent et nous répondent en entonnant leurs chants balkaniques; on dirait des Corses et nous alternons, en musique, faute de parler la même langue. Et puis tout le monde se met à danser. J'entends encore la voix grave de la patronne Marachkino, Marachkino (roulez les "r" s'il vous plaît !)
J'ignore comment nous sommes rentrés vers les 4-5 heures du matin. Nous avons dû traverser la route à plat ventre et par miracle nous avons retrouvé notre tente après avoir largué l'américain dans la sienne

