Voilà donc, la revue Planète me passionne. Il y a dans ce livre et dans cette revue, une ouverture sur les recherches contemporaines, les civilisations englouties et ressuscitées, un anti-rationnalisme (c'est la fin des clercs, proclame Pauwels) et donc un intérêt pour toutes les démarches irrationnelles, une nouvelle mystique humaniste, la découverte des philososophies orientales, une espèce de néo-surréalisme dadaïste et pataphysique, qui annonce déjà 1968. Et curieusement dans mon entourage, personne ne lit cette revue donc

j'en parle
Voici le livre qui marque le point de départ de cette aventure et la Revue qui s'en suit, le n°1, d'Octobre-Novembre 1961. J'ai les 64 numéros qui s'étalent jusqu'en 1971, plus des collections annexes telles que Plexus.
Cette manière de voir les choses remet en question toute mon éducation rationnaliste et traditionnaliste et c'est évidemment bien celà qui m'intéresse. Je suis loin de me douter que celà va m'amener à aller travailler à Paris avec Pauwels pendant un an, après 1968. J'y arriverai bientôt.
Ceci tout en construisant ma carrière, comme on dit, parcourant la province et ses campagnes, explorant chaque village,
recrutant des agents et constituant peu à peu mon réseau. Bref on est content de moi et je suis nommé Inspecteur
Cela doit être aussi en cette même année 1966 que ma belle-soeur commence à fréquenter un jeune peintre de Lierneux qui fait ses études artistiques à Saint-Luc à Liège. Il s'appelle Jean-Pierre Rensonnet et est actuellement un des meilleurs peintres belges. Lierneux, son village est situé dans les Ardennes liégeoises. Son père est peintre en bâtiments et sa mère tient une épicerie dans le village, face au cimetière. Lierneux est connu pour son Institut Psychiatrique, établissement semi-ouvert, ce qui amène ses pensionnaires à se promener dans le village et à partager dans une certaine mesure, la vie des habitants. J.P Rensonnet a sept ans de moins que moi. Pour lui je ne suis qu'un bourgeois, donc pas très recommandable. Celà ne l'empêche pas de venir loger à la maison. Nous allons devenir beaux-frères, deux années plus tard et une amitié éternelle va nous lier.
Mais c'est un peintre comme par hasard et mon destin est en train de "se dessiner" c'est le cas de le dire
A cause de notre emménagement, Il n'y aura, en été 66, qu'un petit (mais nullement anodin), voyage au Grand Duché où j'irai à la recherche de Victor Hugo à Vianden, notamment, où il existe un "Musée Victor Hugo". Pour la première fois je vais découvrir le Victor Hugo peintre et pas seulement l'écrivain. Il adorait les châteaux et il a aussi séjourné de nombreuses fois en Belgique, notamment à Spa
Mais le 2 Novembre 1966, lendemain de mes 29 ans, mon ami Jean-Marie Flamand, futur Directeur des Editions du Seuil, meurt à 27 ans à Dakar pendant son service militaire qu'il éxécutait en tant que coopérant. Il était en Afrique depuis décembre 1965 et devait rentrer en France fin janvier 1967. Il venait de se marier. Sa dernière lettre datait du 27 novembre 1965, juste avant son départ et je n'avais plus de nouvelles. Et voilà que je reçois un faire-part foudroyant. J'hallucine et je téléphone directement rue Mabillon et tombe sur sa soeur Véronique que je n'ai vue qu'une fois, en sortant du resto 1900, boulevard Saint-Germain, dans lequel Jean-Marie nous avait invités Céline et moi. Nous étions loin de nous douter que ce serait notre dernière entrevue.
C'était en 1964, car lorsque nous sommes retournés rue Mabillon en 65, il était en Grèce. Donc Véronique me raconte au téléphone. C'est une maladie du style obstruction intestinale qui l'a emporté, si je me souviens bien.Je dis à Véronique, que je vais lui écrire en attendant de venir les voir à Paris en janvier 1967. Et on s'écrit plusieurs fois.
La famille Flamand est actionnaire majoritaire des Editions du Seuil. A cette épopque c'est le père qui tient les rênes et Jean-Marie est appelé à lui succéder. Outre Jean-Marie, il y a trois autres enfants, que je connais un peu, Bruno, Véronique et Pascal, l'actuel Directeur du Seuil. Jean-Marie avait épousé il y a peu, une certaine Marie-Claude qui tient une librairie. Véronique va épouser le cousin de Claude Chabrol, Bernard Chabrol, architecte.
C'est tout ce petit monde que je vais rencontere en janvier 1967, rue Mabillon, sauf Bruno qui termine son service à Abidjan et va aussi se marier; Véronique épousera Bernard Chabrol en septembre 1967. Je fais la connaissance de Pascal, le jeune frère, qui deviendra Directeur bien plus tard car il est encore tout jeune. Le courant passe bien entre nous mais la disparition de Jean-Marie pèse très lourd
Nous logeons cette année-là à l'Hôtel Parisiana près de la rue Saint-Jacques. Un matin, descendant à ma voiture garée devant l'hôtel, pour y chercher ma guitare et mon appareil photographique, (à l'époque on laissait ses affaires dans la voiture), je constate qu'il n'y a plus rien. Le serrure a été délicatement crochetée et je n'y ai vu que du feu en ouvrant la portière. Effroi, c'est comme si on m'avait volé à la fois ma voix et ma vue.
Mais c'était entièrement de ma faute et depuis ce jour-là de janvier 1967, je n'ai plus jamais rien laissé dans ma voiture



