. Nous sommes en décembre 1965 et voici Valérie, la petite demoiselle, et elle s'y croit. Elle a près de deux ans et demie et ça promet.
Il me faut maintenant trouver du boulot et vite. Alors j'écris partout. je suis même introduit par Miche BREL, la femme de Jacques, comme chacun sait, auprès de la firme Esso à Vilvorde, mais ça ne marche pas. Des conseillers juridiques, chefs de personnel, on en demande très peu, un par entreprise et les places sont prises
En décembre, je suis engagé comme stagiaire très mal rémunéré à la FN (la Fabrique Nationale d'Armes de Guerre eh oui c'est un comble) à Herstal. J'entre donc dans un monde plus que particulier. Au réfectoire, je retrouve une équipe d'universitaires. Notamment, mon ami G.J qui travaille au service commercial; c'est lui qui conclut des "marchés ") en Afrique et en Arabie. Il voyage tout le temps. il y a aussi un ingénieur allemand, pilote d'avion, qui participe à la construction d'un moteur d'avion allemand et des tas d'autres ingénieurs. Moi je suis au service juridique
Pour entrer dans cette usine blindée, fondée en 1886, on doit franchir le corps de garde et se faire reconnaître. Ca ne me change guère de l'armée. La FN, connue dans le monde entier, c'est plus qu'une usine, c'est une ville qui à l'époque compte encore de 13.000 à 15.000 habitants, pardon, ouvriers et ouvrières. Cette ville, je vais la visiter de fond en comble, y compris le quartier des femmes à la Cartoucherie, rien que des femmes qui vous 
déshabillent de l'oeil ! Regards concupiscents ou haineux, les deux ensemble probablement, à l'égard de ces jeunes cadres dont je suis, sortis frais émoulus de leur attaché-case en croco, croco probablement tué par les magnifiques fusils de chasse de la FN dont ces dames fabriquent les cartouches et le cycle est bouclé.
Ce que j'ignore, c'est que ce femmes s'apprêtent à entamer une grève de trois mois en février 1966, pour obtenir l'égalité des salaires avec les hommes. Mais en février je serai parti car je ne resterai que 6 semaines dans cette usine de mort. L'armurerie aussi est réputée, on y fabrique des armes de collection; ensuite la fabrique des "Browning" revolvers anglais célèbres que l'on retrouve dans tous les anciens polars; la FN a un contrat avec cette firme anglaise et aussi avec Winchester et nous voici dans l'univers des westerns; Enfin à la FN, c'est bien simple, on trouve tout ce qui tue, c'est absolument merveilleux ! Et autour de la FN, il y a la ville d'Herstal, une ville qui pendant des décennies a vécu de cette usine d'armes. Tout le monde y travaillait. Herstal jouxte la ville de Liège, en direction de Maastricht et de la Hollande. La FN existe toujours mais n'emploie plus que 1500 personnes
Au service juridique, l'ambiance est agréable. On me fait réaliser un mémoire sur les armes de chasse susceptibles d'être classées armes de guerre et dès lors soumises à autorisation; ceci concernait tout paticulièrement la carabine vingt-deux longue, autre fleuron de la FN.
Dernière anecdote, un ami qui a travaillé là-bas pendant des années m'a raconté qu'on avait convoqué le même jour deux catégories d'acheteurs, les uns venant d'Israël et les autres de Palestine et que des précautions avaient dû être prises pour que les deux délégations ne se retrouvent pas face à face ce jour-là. Le cynisme crapuleux des marchands d'armes. Et puis voilà, mon stage de six semaines se termine le 15 Janvier 1966 et je cherche une situation désespérément. Ci-dessous une photo de la ville dans la ville, alias la FN, mais à mon époque, les terrils n'étaient pas encore recouverts de verdure

