Une semaine de congé à l'armée en août 1965, deux mois avant ma démobilisation. Céline et moi décidons de retourner rue Mabillon-Saint-Germain des Prés, dans notre apart occasionnel à Paris et nous y emmenons mon copain de chambrée, Raoul Crahay et son épouse Jacqueline, hôtesse d'accueil au Grand Bazar de Liège (Raoul est décorateur d'intérieur dans le même grand magasin) Séjour assez délirant, soirées arrosées, enterrement de Suzanne Valadon ( Madame Utrillo ), à Montmartre. Et le lendemain d'une cuite, je me lève le premier comme toujours, je sors et je remonte vers le jardin du Luxembourg par la rue Saint-Sulpice. Paris un dimanche matin, c'est évidemment le désert
et le jardin du Luxembourg tout autant. Le Sénat (photo) dort encore. Paris ne s'éveille pas!
Les oiseaux chantent et je suis dans les brumes de l'alcool. Je traverse une partie du parc et arrive à la grille qui donne sur la Place Saint-MIchel et cette place est noire de monde ???. Au moment où je vais franchir la grille, deux gardiens de la paix viennent la fermer en me disant "dépêchez-vous, on va fermer"??? A ce moment je me dis que je suis en train de rêver dans mon lit, rue Mabillon, que je ne suis pas sorti du tout dans la rue.". J'entre sur la place et je n'y comprends rien. Une manif ? mais tout de même un dimanche à cette heure-ci ? Et puis les gens sont bizarrement habillés, comme pendant et avant la guerre 40 et aussi les coiffures des femmes et puis...ah voilà un char! Je le contourne et j'aperçois un panneau.
Tournage du film de René Clément "Paris brûle t'il ?"Ah bon mais c'est bien sûr. je me trouve en pleine figuration, sans avoi
r le droit d'y être; ni cachet, ni indemnité. Sans doute les flics qui m'ont laissé sortir du parc, ont-ils cru que j'étais un figurant qui étais allé pisser. Comment imaginer en effet que je puisse être là par hasard, un dimanche à 6h00 du mat. Et je regarde cette place avec tous ces bistros ouverts et cette foule grouillante. C'est hallucinant. je me dirige vers un des bistros pour essayer de savoir ce que les gens font là et à ce moment un type s'amène avec une casquette et un porte-voix et nous dit, à moi et à ceux qui m'entourent, de rentrer dans le bistro pour recommencer la scene qu'on vient de tourner mais qui n'est pas au point, mais quelle scène ??? Et je suis happé à l'intérieur du bistro, coÏncé comme une sardine par les figurants, en costumes de Parisiens "occupés par les Schleus", juste à la sortie, au coin du comptoir car il est impossible de s'enfoncer plus avant et puis le con au porte-voix , qui se profile à l'entrée du bar-tabac et qui hurle "Bon, on refait la même chose que tout à l'heure ". Il recule, donne un signal et je suis littéralement propulsé sur la place en première ligne et comme j'ignore ce qui se passe je regarde les autres qui pointent le ciel du doigt avec moultes exclamations. Oh oh, ah ah !Et je fais la même chose, faut bien, on tourne et en plus c'est une deuxième prise, mais que montrent-ils du doigt, je ne vois rien dans le ciel. et puis tout à coup l'illumination!!!. Des parachutistes, bien sûr, c'est la Libération de Paris, conard ! Et je reste là à pointer mon doigt mais maintenant au moins je sais pouquoi ! Mais il faut le baisser quand ce doigt ?
Ce sera mon premier et dernier film et la scène sera coupée; ils ont dû renoncer. Une carrière d'acteur qui eût pu s'avérer brillante, est brisée dans l'oeuf. J'ai descendu le boul. Mich, la queue entre les jambes, fallait bien la mettre quelque part et tordu de rire et j'ai rejoint la rue Mabillon en me pinçant tous les dix mètres. J'ai réveillé tout le monde et j'ai raconté mon rêve éveillé. Pourquoi c'est toujours à moi que ces choses-là arrivent ??? C'est d'ailleurs ce que m'a dit, mon ami Raoul !
Un autre souvenir marquant sera une visite chez l'Editeur Eric Losfeld, avec l'arrivée en mobilette de l'écrivain belge Jacques Sternberg et son duffel-coat. Nous engageons la conversation. Sternberg et moi, nous promettons de nous revoir bientôt. Il est anversois d'origine et publie alors aux Editions de Minuit si ma mémoire est bonne. Et aussi, il "barre" à Trouville, car c'est un homme de le Mer
Rue Saint-Benoit, au "Petit Saint-Benoit", nous avons fait la connaissance d'un peintre et libraire italien, Elio Marinelli, qui travaille dans la Librairrie de sa tante, à la "Maison du Livre Italien"rue de Grenelle si je me souviens bien et habitait Boulevard Saint-Germain avec son ami Victor Obadia, un marocain. Nous les reverrons au cours d'autres séjours à Paris. Elio m'offrira une de ses peintures, ainsi qu'un livre "L'ennui" de Moravia. Il avait travaillé avec Vadim sur le scenario de Barbarella. Voici sur la photo de droite à gauche, Victor Obadia et Elio Marinelli dans leur appartement du Boulevard Saint-Germain, à deux pas de la Brasserie Lipp

