Céline c'est moi qui l'ai "rebaptisée" (et non les Curés). un comble. Car lorsque je la rencontre, tout le monde l'appelle Linette et moi de l'interroger " Linette c'est un diminutif de quoi?" De Céline, me répond-elle. Pas vrai c'est trop beau ! Comme Louis-Ferdinand ! Et puis j'aime ce prénom de grand-mère rurale, très dix-neuvième et qui sonne comme "cristalline" avec en sus une chanson d'Hughes Auffray que l'on entend partout. Mais comment peut-on se laisser appeler Linette, quand on a un prénom pareil ! Linette, Myette (sa soeur), ça va pas la tête ? Tous ces diminutifs me font chier et je vais partir en croisade.
Je le dis à ses parents, à sa soeur, à son frère : "Mais appelez-la donc Céline !). Evidemment ma mère, ravie de ce diminutif continuera à l'appeler Linette, et mon père aussi. Et à tous les coups,je corrige. heureusement il y a tous mes amis et amies qui font sa connaissance et pour eux il n'y a pas de Linette. sa soeur qui se prénomme Marie-Henriette, on la réduit "en Miette" c'est le cas de le dire. Je refuse elle aussi de l'appeler ainsi. Mais qu'ont-ils tous ? Ils choisissent un prénom, puis ils le diminuent et ca dure toute la vie. On "diminue" par gâtisme, parce que les enfants sont petits, sont les miniatures des parents, des petites poupées bien gentilles et on refuse plus tard de voir que ces bébés sont devenus des femmes et des hommes et non plus des excroissances de leurs progéniteurs C'est le drame de l'Humanité (avec la surpopulation). Je leur explique aux filles qui ont tout de même 8 et 6 ans de moins que moi, que l'autonomie consiste d'abord à ne pas se laisser diminuer ou annexer par les autres
Je reviens donc à notre retour de Montjoie, fin janvier 1963. Je décide de quitter mon agence de voyages où je suis trop mal payé et au surplus, immobilisé huit heures par jour. Comment poursuivre des études dans ces conditions. J'ai pu au moins y pratiquer l'anglais et l'allemand (j'avais tout de même suivi, durant mes années de Droit, des cours du soir d'anglais et d'allemand pendant deux ans, plus mes séjours en Angleterre et de fréquentes incursions en Allemagne). J'ai aussi appris que j'étais incapable de rester vissé derrière un bureau. Quant à Céline, elle a trouvé une place de puéricultrice au Val d'Or, un mouroir pour vieillards (je veux redevenir un petit bébé) et ce n'est pas la joie
J'ouvre ici une parenthèse. C'est juste aux cours de Droit que je n'allais pas. je n'aimais pas le droit mais j'aimais les langues en bon " gemeaux-ascendant "que j'étais. Je rappelle que je n'avais accepté de faire mon droit que pour pouvoir ensuite faire du journalisme. un autre diktat de ma mère qui avant d'exiger que Céline ne soit baptisée, avait imposé à son futur mari, en 1936, de se convertir à la religion catholique, s'il voulait l'épouser, ce qu'il a fait. C'est dès ce moment que ma mère a commencé à imposer sa loi à tout le monde, après avoir réalisé que son fiancé ployait le cou et offrait son crâne docile et soumis.
Après cette première victoire, elle a su qu'elle pourrait enterrer tout le monde au sens figuré et au sens propre. Tout le monde sauf moi. Et c'est pour celà que je raconte ma vie, pour essayer de ressusciter les morts et les internés et non pour ressusciter DES morts, comme ils disent les cathos en regardant toutes ces images de cadavres qui surgissent de leurs tombes, le jour de "La Résurrection de la Chair" autre connerie de leur cru. Mais où va t'on donc les mettre toutes ces chairs ressuscitées. Tu parles d'un surpopulation. Plus de trente mille ans de pourritures humaines. Va falloir organiser tout celà, construire des tours style "cage à poules" pour nous entasser en hauteur et à l'horizontale. J'a bien dit tuer tout le monde. Pour ma soeur c'est déjà fait. Le frère qui me suit et qui a donc 18 ans, fait de fréquentes crises, tout en réussissant ses études. Mais il fait des discours sur la montagne, ou plutôt sur des terrils, en rentrant du collège. Je le vois de loin, parlant tout seul, levant les bras, s'adressant à une foule imaginaire. Et je préfère remonter chez nous par un autre itinéraire. Ce frère s'apprête à faire un parcours terrifiant dont je parlerai plus tard, car ici on n'en est qu'aux premiers symptômes.
Et puis ce n'est pas tout. Mon frère Marc qui a treize ans est autiste tout simplement et tout le monde sait ce que c'est un autiste, surtout quand on le garde à la maison. Il sera interné bien plus tard, à Ottignies. Il est mort à 60 ans. Je ne l'ai jamais revu. Sans parler de mon père qui a subi un martyr moral jusqu'à ce que mort s'ensuive. Il est mort seul (ma mère était en voyage comme d'habitude) en hôme avec un crucifix dans les mains et en disant au crucifié "je t'aime, je t'aime" c'est ma tante qui me l'a raconté. Mon père c'était le Christ en Croix. Il est décédé en 1989, à l'âge de 81 ans. Je ne le voyais plus depuis longtemps

