1959, c'est l'année de la nomination dite "pistonnée", de François PERIN, comme professeur de Droit Public. Perin qui est l'élu des métallos liégeois, un intello pourtant, mais enfin ça rime et tout cela tourne autour d' André Renard, figure mythique, véritable initiateur d'une prise de conscience wallonne. Moi la politique, je n'en suis pas. J'ai bien collé des affiches, la nuit, comme un petit con avec et pour les bourgeois cathos du Parti Social Chrétien mais c'est tout. On peut dire que je reviens de loin
Donc comme d'autres jeunes, je suis invité au Mont Saint Martin, quartier chic de Liège. On y joue notamment au ping-pong dans une grande salle au-rez-de-chaussée (On fait aussi du Hoola-Hoop avec un cerceau, c'est la grande mode) et ce soir-là je reste le dernier à engager une partie avec la fille de la maison, Geneviève, les yeux dans les yeux, raquette de liège ou de caoutchouc, ou alors une raquette mixte, un côté caoutchouté hérissonné, et un côté liège, sec et mat.
Je suis bon au Ping-Pong, depuis quelques années ( à l'armée je jouerai même contre le champion de Belgique Pierrot Julien ), mais j'ai une faiblesse du côté de mon coup droit ( celui du père ) et mes coups décisifs se font en revers (ça doit avoir une signification). Cela file comme l'éclair. En outre je suis très souple, avec des détentes félines et des réflexes ultra-rapides, donc je suis bon en défense (Je suis plutôt un poids léger avec mon mètre 80 pour 65 Kgs. J'en suis à 69,( poids érotique) 50 ans plus tard mais je ne mesure plus qu'un mètre quarante... ). J'ai derrière moi des tournois privés mémorables où je me retrouve régulièrement en finale. Mais une fois de plus, jamais l'idée ne m'est venue de m'inscrire dans un club ou de prendre des cours. L'auto-didactisme sera jusqu'au bout de ma vie, une constante ( y compris en peinture ) et les sports que je pratique sont tous, individuels (tennis, ping-pong, natation, cyclisme, ski et plus tard Boxe et Karaté)
Donc, quel suspense..., à un moment donné, il est peut-être minuit, Geneviève et moi posons nos raquettes et contournons la table, pour nous retrouver, sans un mot, corps contre corps et bouche contre bouche. Nous commençons une aventure qui va tout de même durer quelques mois.
Officiellement je suis toujours avec Cécile D. depuis 2 ans et c'est la deuxième fois que je la trompe avec une de ses amies, bougre de petit salopard. Mais elle aussi me trompe . Nous sommes très liés l'un à l'autre mais notre liaison est houleuse et pleine de ruptures. En plus je suis un petit "sorteur"-picoleur-bagarreur, tout le monde le sait (Liège ville de 400.000 habitants à l'époque, est néanmoins un gros village et tout le monde se connait ). J'ai la "Rock 'n Roll attitude". Les WE à liège sont très chauds. On est à l'époque du Saloon, de l'Esquinade, du Wild West, des soirées chez Charlie à Tilff, Saturday's Night Fever, avec toutes ces chapelles que nous enfilons les unes après les autres. Et pas celles de notre enfance, l'alcool a remplacé le vin de messe. En Musique le Rock domine avec Presley, Eddie Cochran, les Everly Brothers, Paul Anka, les Platters, Fats Domino, et les tubes, slows crapuleux, ideaux pour "emballer", Greenfield et Unchained Melody (Voir Bedos et Daumier dans leur sketch célèbre) Les Beatles ne sont pas encore arrivés
Et c'est aussi l'époque du Hoola-Hoop, une vraie folie du cerceau (on travaille du cerceau), le faire virevolter, redescendre jusqu'à la jointure des genoux puis remonter jusqu'au cou. Partout ça hoola houppe, dans les salons, dans les soirées, dans les rues. Dans les dancings c'est aussi Hervé Vilar, Bécaud, Alain Barrière (Quand les amants), , Robert Cogoi ( Je me sens très seul, très seul sans toi..)
Il y a aussi la Foire d'Avroy en octobre, où je drague aux " auto-scooters" avec mon ami Claude Ghenêt, de La Louvière, Claude qui suit le même parcours cahotant que le mien, au Droit. Un athlète, à la force tranquille, coureur de jupons, amoureux de la tenancière des scooters, une certaine Yvette (prononcez Yvatttte en liégeois), dont le mari est aussi un malabar, un mari assez complaisant par ailleurs. Claude m'emmènera dans une salle de culturisme, deux fois par semaine, pendant quelques mois; Je m'y fais crever à soulever des poids assez effarants. Et pourquoi faire diraient" Les Inconnus" ?
Et autant vous dire que dans ce genre de lieu, les conversations tournent fréquemment autour de Heidegger et autres Schopenhauer...Claude est deux fois baraqué comme moi. Devant l'Université, Place du XX août, il s'amuse à soulever des voitures; il se campe derrière les pare-chocs, soulève et déplace les voitures d'une quarantaine de centimètres. Ainsi s'amusent certains désoeuvrés, dont je suis à l'époque


