Désormais, je vais être l'amant attitré de BB, à l'instar de Jacques Charrier. Celà veut dire que nous allons nous afficher, enlacés, au Carré ou ailleurs, pendant tout l'été. La tête des mecs. et cela tombait bien puisque cette fois je ne devais pas présenter une deuxième session. Jacqueline était étudiante aux Beaux-Arts et ses parents tenaient un magasin d'optique en Outremeuse. Mais je n'allais pas tarder à déchanter, car cette jolie demoiselle d'Avroy, était profondément perturbée, une peur panique des hommes notamment. Donc avec moi des baisers, rien de plus et c'était déjà beaucoup. Plein de beaux souvenirs. On se promène beaucoup. On flirte dans un château en ruines à Fraiture. Je vais la retrouver à Méry, au bord de l'Ourthe, chez sa copine; petit être souffrant, elle ne parle presque pas. Elle est souple comme une branche de noisetier.Je suis amoureux d'elle mais elle va disparaître très vite. Une dépression? Je téléphone à sa mère qui m'explique; Elle est malade et cela semble bien mystérieux; elle ne veut voir personne. Un côté Grand Meaulnes car je ne la reverrai jamais. Vingt ans plus tard, je ferai la connaissance de sa soeur qui m'apprendra qu'elle avait été internée à plusieurs reprises. Je n'ai pas pu en savoir plus. Secret des familles. Jacqueline, ma soeur, réapparue sous les traits d'une Brigitte Bardot de province, petit animal douloureux. Comme elle était belle et fine !
Ce sera l'été des bords de l'Ourthe. J'apprends à conduire. Ma mère me fait louer une voiture de garage, pour que je puisse m'entraîner..Mes parents n'ont jamais eu de voiture. Mon père n'en voulait pas. Il conduisait portant la voiture de son père quand il était étudiant ( une Dina Panhard, celle que j'appelais "Titi Toto de Bon Papa" pendant l'exode ). Pourquoi mon père ne voulait-il plus conduire? Mystère mais ça ne m'arrangeait pas surtout que nous habitions loin du centre ville et que mes copains conduisaient la voiture de leur père ou avaient déjà la leur et que le permis de conduire s'obtenait par une simple déclaration faite à la Police communale. Je suis donc obligé de mendier les volants de mes amis, pour me faire la main "tu me laisses un peu conduire, dis ! ".
J'ai suivi les cours libres à l'auto-école mais je n'ai aucune pratique. En fait, si ma mère fait ce "sacrifice" d'une voiture louée, c'est en espérant que je vais devenir le taxi de la famille (sort que subira plus tard mon frère Etienne). Donc me voici sur les routes avec une vieille Ford, un vrai bac, un vrai Patton, plus vieux qu'Hérode et que Nestor et ça ne se passe pas très bien pour moi avec ce vieux char.
Un jour, en allant voir une amie Micheline Henrion, à Barvaux, mes freins lâchent dans une descente (Arrête ton char !) et je traverse une grande voie de circulation comme un bolide, miraculeusement sans me faire écharper, pour aboutir finalement dans un talus ( un anagramme de salut ). C'est terrible un frein qui vous lâche, pire encore qu'une femme ....
Un autre jour j'accrocherai une voiture, en voulant me garer sur le parking de la Clinique de mon père auquel je rends visite. Effrayé je fais marche arrière et vais me garer plus loin comme un voleur. Trois jours plus tard, mon père viendra me chercher dans ma chambre "Il y a un Monsieur qui veut te voir ???"Je descends et réalise que je suis devant le propriétaire de la voiture, un familier de la Clinique de l'Espérance, visage émacié et austère. Et moi terriblement gêné quand mon père me dit "Christian n'aurais-tu pas accroché la voiture de Monsieur dans le parking de la Clinique ???" Et bien oui !!!. Mon père va payer pour moi et ça va se régler à l'amiable. J'apprends que c'est un "Délit de Fuite" et que celà peut coûter cher. J'apprends aussi que mon père est un "Juste". il est resté d'un calme olympien et jamais il n'en reparlera. Il sait que la leçon a porté et qu'il n'a pas besoin d'en remmettre, ni de me culpabiliser. Il est donc tout à fait différent de ma mère: il a une éthique et ne s'en sert pas pour guillotiner son entourage. Ma mère, au contraire est une grande châtreuse, "Une Châtreuse de Sperme" comme le dirait Stendhal
Et me voici à la rentrée d'octobre 1959 pour aborder mon premier Doctorat en Droit. Le droit se joue en 5 ans et on en sort "docteur ". Donc là je sais que celà devient sérieux, qu'il va falloir bosser et c'est bien ce qui m'ennuie. Et ça commence assez mal de ce côté, car il y a une certaine Geneviève dans mon cours, amie de Cécile ma girl friend de l'époque et que nos regards se croisent (encore) dans cette petite salle beaucoup plus exiguë que cette salle Godefroid Kurth dans laquelle j'ai vécu pendant mes deux (trois) années de candidature. Forcément, on est moins nombreux qu'en première candi


