
1960 ce sera la découverte de Florence avec cette apparition magique du Ponte Vecchio, qui va me foudroyer, comme le fera " Il gran Canale a Venezia, molti anni dopo". (Parlo corramente l'Italiano, si ! ) Nous entrons dans les années soixante et je vais échouer dans mon premier Doctorat en Droit, en première et en deuxième session parce que vraiment le Droit, ça ne me dit rien du tout. En plus les matières à ingurgiter sont volumineuses autant que glaciales et insipides
A cette époque je me bagarre pas mal. A la sortie des soirées, on se boxe , whisky aidant et entre deux rocks. J'ai abandonné définitivement les soirées bourgeoises et leurs rocks de salons. De plus en plus de filles dans ma vie mais Cécile reste ma femme de base. Quand on le peut, on fait du lit, quand les parents sont partis ce qui est archi-rare. Mais de toutes façons on ne baise pas. La pilule n'existe pas. Les capotes on doit les acheter en pharmacie et tout le monde vous regarde comme si vous étiez un total débauché. Et puis je baigne encore dans un milieu catho où on a droit au premier baiser, après le mariage. Et puis aussi les filles cherchent à se caser et veulent se présenter vierges devant leurs futurs époux.
Bref la naïveté de mon amie est telle qu'un jour je lui fais croire que le sexe des hommes, tombe tous les automnes, comme les bois des cervidés, et bien entendu, repousse chaque printemps. Je raconte cette histoire sans imaginer un instant qu'elle puisse me croire, mais en voyant son visage crédule, je pousse un peu, tout en gardant mon sérieux et elle n 'en revient pas de cette chute des pines en automne. Des semaines après je lui dirai que c'est une plaisanterie. en effet l'automne approche et....
Ceci montre l'état d'avancement de l'initiation sexuelle de certaines jeunes filles à la fin des années cinquante; des filles, cathos, universitaires, étudiant la philosophie, les lettres , le droit, coucounées, décidées à ne vivre l'acte sexuel qu'après le mariage, corvée redoutée, postposée, mais incontournable, si l'on souhaite rencontrer un mari potecteur, argenté, voire doré comme Gustave ou comme Julien, bref avant tout un ogino-géniteur. " Les Pines tombent en automne" Un vrai titre de Polar, pour l'ami Patrick Manchette
L'été soixante, j'échoue en première session. J'ai un nouveau copain, Philippe W., étudiant en médecine qui, lui auss,i a échoué. Nous décidons de faire une petite virée avant de remettre le nez dans nos cours insipides deuxième session oblige. Il a une dauphine à toit ouvrant, la même que celle d'Hughes Auffray et nous mettons le cap sur l'Italie, destination Florence, via le Grossglöckner, Udine (Patrie de Pasolini) et Vérone. Nous avons une petite tente que nous planterons à Fiesole, le village de François d'Assise, sur les hauteurs de Florence, ville que nous allons déguster avec délice. Il fait beau et l'entente est excellente. Un petit accident de voiture nous emmènera dans un commissariat rural, où nous faisons la connaissance de Carabinieri hilares. On se croirait dans un "Don Camillo". Le soir, Florence grouille, c'est la valse des Vespas, celles des "Vacances Romaines" avec Audrey Hepburn. Et dans les musées je fais connaissance avec les femmes de Botticelli, celles du "Printemps" et de la 
"Naissance de Venus" (dans une coquille Saint-Jacques ), ce sont des BB d'un autre siècle.
Et justement nous décidons de remonter par la Riviera italienne via Pise et d'aller draguer à Saint-Tropez. Après 10 jours de pérégrinations culturelles à travers La Piazza delle Signoria, le Bargello, l'Arno, Michel Ange, Donatello, Santa Croce, Uccello, Piero di Cosimo, Roméo et Juliette à Vérone, voici Pise et sa tour ivre et la traversée de la région de Pasolini, nous partons vers des jouissances plus futiles "Le soleil, la Mer et les filles". Pardon on a 22 ans. Paul Nizan disait pourtant dans Eden-Arabie "J'avais vingt ans et je ne permettrai à personne de dire que c'est le plus bel âge de la vie "
J'ajouterai encore que la plupart de mes amies on presque toujours eu, quelque chose, non de Tennessee mais bien de Boticcelli. Plus tard, en psychanalyse, j'apprendrai avec Jung, que les femmes de Boticcelli incarnaient mon "Anima" (et la sienne aussi) à savoir l'image de la féminité que chaque homme porte en lui . Pour en savoir plus lisez Jung (et non Michaël Young ) En dessous photo de notre camping sauvage à Fiesole et moi au volant de la Dauphine bosselée

