Voici une carte mentionnant les îles de Murano, Burano, Torcello, San Michele et MazzorboNous sommes en mer et nous nous éloignons de la Chiesa dei Jesuiti
Très vite nous longeons l'île de San Michele et son cimetière
SAN MICHELE. Cette île est en réalité formée de l'union de deux îles,
séparées par un canal : l'île de San Michele proprement dite et celle de San Cristoforo della
Pace.
C'est en 1837 que, pour des raisons sanitaires,
cette île devint le siège du cimetière de la ville de Venise. Précédemment, les sépultures étaient rassemblées dans de petits
cimetières se trouvant à proximité des églises. L'union fut très difficile car le canal les divisant était très exigu.
Architecture
Sur l'île de San Michele, nous pouvons apercevoir l'église de San Michele in isola réalisée sur le projet de l'architecte Mauro Coducci à partir de 1469. Ce fut la première église à être décorée par les marbres de l'Istrie. L'arrêt du vaporetto se trouve en face de l'église.
L'église de San Cristoforo est quant à elle présente à l'intérieur même du cimetière, beaucoup plus petite que la
précédente.
Cimetières
Les cimetières sont divisés selon la religion du défunt. Ainsi, on y trouve des divisions juive, catholique, orthodoxe et évangélique. Nous retrouvons dans ce cimetière les dépouilles de grands noms telles que celles de :
- Louis Léopold Robert (1794 - 1835)
- Christian Doppler (1803 - 1853)
- Frederick Rolfe (1860 - 1913)
- Serge Diaghilev (1872 - 1929)
- Igor Stravinski (1882 - 1971)
- Ezra Pound (1885 - 1972)
- Helenio Herrera (1916 - 1997)
- Luigi Nono (1924 - 1990)
-
Joseph Brodsky (1940 - 1996)
-
Adieu San Michele, nous piquons sur Murano
L'île de MURANO est située au nord de Venise, dans la lagune1. Les artisans, spécialisés dans le soufflage du verre2, ont une renommée internationale.
Géographie
La superficie de l'île de Murano est de 1,17 km2, partagée en deux par un Grand Canal traversé par un seul pont, le Ponte Lungo (ou Ponte Vivarini), qui fait en quelque sorte de celle-ci une « petite Venise ».
Église Sainte-Marie et Saint-Donat de Murano
La fondation de cette église très ancienne remonte au VIIe siècle. La vierge Marie, à laquelle l'église était uniquement consacrée à l'origine, fut associée au XIIe siècle à saint Donat, lorsque l'édifice accueillit la dépouille du saint en provenance de Céphalonie. Ses restes étaient accompagnés de ceux du "dragon" dont il avait triomphé. Les ossements du monstre (probablement des côtes de cétacé) sont encore visibles derrière l'autel, depuis la chapelle latérale gauche du chœur.
L'église est un chef d'œuvre de l'art vénéto-byzantin, connue pour trois choses : son chevet magnifique, la mosaïque de son abside en cul-de-four représentant la Vierge Orante (XIIe siècle), et surtout son exceptionnel pavement de mosaïques qui rappelle celui de la Basilique Saint-Marc de Venise (du XIIe au XVe siècle).
Ce pavement particulièrement riche en figures géométriques non figuratives, mais aussi - fait beaucoup plus rare - en représentations figuratives animalières, recèle en particulier une scène incarnant la victoire de la vigilance sur l'astuce, et représentée par deux coqs transportant un renard capturé suspendu à un rondin de bois posé sur leur épaule.
Histoire
En 1201, le Sénat de Venise rédige un décret qui oblige les verriers de Venise à installer leurs fours sur l'île de Murano. De nombreux incendies s'étaient en effet déclarés à Venise qui avaient eu pour cause des fours de verriers et les Vénitiens s'inquiétaient des risques causés à leurs maisons en bois.
C'est ainsi que les verriers de Venise furent forcés de transférer leurs fours et ateliers à Murano3 où il en subsiste aujourd'hui encore une centaine. Chacune des verreries conserve jalousement ses secrets transmis de père en fils.
La production du verre était très réglementée, non seulement en ce qui concerne l'obtention des licences pour les maîtres-verriers mais également sur le nombre d'ouvriers qu'ils avaient le droit d'employer, catégorie par catégorie.
De la même manière, pour mieux contrôler les prix et la production, un calendrier très strict de fonctionnement des fours était édicté par la République de Venise.
Ainsi les verreries étaient obligées de respecter un congé annuel qui s'étendait de la mi-août à la
mi-janvier.
À l'époque de son apogée, les productions de Murano étaient appréciées et connues dans l'Europe entière et ce jusqu'à Constantinople.
De nombreux souverains, de passage à Venise, se déplaçaient jusqu'à Murano pour admirer et commander leur vaisselle, vases, etc.
Le savoir-faire des verriers de Murano suscitait bien évidemment de nombreuses convoitises de la part des autres pays européens, et l'on craignait que l'étranger ne découvre le procédé des gens de Murano. C'est pourquoi, dès 1275, l'exportation du verre brut ainsi que des matières qui servaient à le composer, mais également celle du verre cassé, fut interdite par le sénat vénitien.
Lorsque Louis XIV, au XVIIe siècle, finit par réussir à débaucher quelques verriers de Murano pour les amener en France, le Conseil des Dix de la République de Venise alla jusqu'à payer des agents pour tuer les ouvriers déserteurs qui refuseraient de rentrer à Murano3.
Giorgio Ballarin est né aux environs de 1440 à Spalato en Dalmatie et s’est installé aussitôt à Murano avec son père Pietro, sa mère et son frère Stefano. Giorgio di Pietro dit Zorzi le Spalatino, est considéré comme le véritable ancêtre de l’illustre famille Ballarin de Murano, qui donna naissance à différentes personnalités aussi bien dans l’art du verre que dans le commerce ou dans la carrière politico-diplomatique. Zorzi, autour de 1456, est rentré en qualité de famiglio, au service du verrier Domenico Caner, lui aussi d’origine dalmate et qui avait ouvert un four à Murano. Dans un document de l’époque, il est désigné comme Georgius Sclavonus famulus ser Menegin Caner. Zorzi apprit l’art du verre comme nul autre avant lui. Lors d’une opération délicate, un ouvrier laissa tomber sur son pied gauche, le chalumeau de verrier, depuis ce jour et à cause de sa démarche devenue claudicante, il fut affublé d’un nouveau surnom: il ballarino (le danseur). En effet, les documents de Murano le nomment pour la première fois le 20 octobre 1479 Zorzi da Spalato dito Balarin. À compter de ce jour, l’île de Murano eut une nouvelle famille qui allait devenir la noble dynastie de intus ed extra des Ballarin de Murano.
Quelques années plus tard Giorgio Zorzi Ballarin passa dans la verrerie d’Angelo Barovier. À sa mort en 1460, la direction du four est prise en main par les enfants Giovanni et Marietta Barovier. Giorgio put assister à la préparation des recettes du grand verrier, et après les avoir transcrites, il perfectionna l’art et initia en 1483 une activité en propre ; par la suite, en 1492, il invente le verre de couleur rubis transparent qui devient avec le cristal3, une matière très recherchée par les nobles vénitiens, jusqu’à devenir «Gastaldo» de l’art verrier et l’un des entrepreneurs les plus importants et riches de l’île.
Giorgio devint par la suite le propriétaire de quelques palais à Murano et dans la région de Trévise. Il fit construire pour sa famille, ses descendants et pour lui-même, une chapelle dans l’église de San Pietro Martire de Murano, où, il meurt en 1506.
Cette fulgurante ascension sociale, en pleine renaissance vénitienne, entourée d’un climat suspicieux et envieux, demeura pendant des siècles dans la mémoire collective des Muranais et inspira, lors d’une visite à Murano, l’écrivain américain F. Marion Crawford dans son récit “Marietta a maid of Venice”, ainsi que l’australienne Mona McBurney pour son Opéra « The Dalmatian » qu’elle compose en 1905.
Francesco Ballarin (1480 – 1555), Gastaldo dell’Arte, excellent fabricant de vases, fut connu au delà des frontières de la république vénitienne pour ses très belles expositions pendant les fêtes de la Sensa à San Marco.
Domenico Ballarin (1490 – 1570), Gastaldo dell'Arte, vit sa notoriété se répandre dans les cours italiennes et dans les milieux artistiques les plus élevés, jusqu'au delà des Alpes. Le poète Pietro Aretino, dans une lettre au duc de Mantoue datant du 3 novembre 1531, le définit comme “idolo in cotal arte” (semblable à un dieu dans cet art) et glorifie ces chefs-d’œuvre en 1535 dans les « Quatre livres de l’humanité du Christ ». Connu à la cour de France sous le nom du “marchand vénitien” qui fournissait ses splendides coupes de cristal au roi François Ier. Les chefs-d’œuvre créés pour les noces de son fils et futur roi Henry II avec Catherine de Médicis le 28 octobre 1533 furent particulièrement appréciés. Il s’agit de coupes dessinées et décorées par le peintre Giovanni da Udine, qui furent par la suite immortalisées dans les tableaux des plus grands peintres de ce temps comme le Titien, Romanino, Véronèse et le Caravage.
Pietro Ballarin (1532 – 1599), Gastaldo dell'Arte et Grand Guardian, malgré le fait que la situation politique ait été toujours tendue entre la République de Venise et l'empire ottoman, le Sultanat ne manquait pas de se faire parvenir à Constantinople, différents produits en verre des Ballarin venant de leur four “Al San Marco". Dans la seule année 1590 la commande du Sultanat s’éleva à 900 pièces environ. La Basilique de San Marco elle-même, ne manqua pas d’acquérir de grandes quantités d’émaux colorés pour ses splendides mosaïques.
Sources : « Renaissance des Arts à la Cour de France », Comte Léon de Laborde, Paris
1855, « Le Lit », Gazette des Beaux Arts, Girolamo d’Adda, Paris 1. août 1876, « L’Arte del vetro in Murano nel Rinascimento », C.A.Levi, Venezia 1895, « Vetro e Vetrai
di Murano Vol 1 - 3 », Luigi Zecchin, Venezia 1978 – 1989.
D'abord utilitaire elle devint un art d'un grand raffinement qui connaît son apogée du XVIe siècle au XVIIIe siècle. Les maîtres verriers prestigieux sont encore bien présents sur l'Île. On peut
citer, entre autres, les ateliers Ballarin,
Barovier&Toso, Pauly & C., Seguso ou encore Venini. Certaines verreries d'art, et elles sont en expansion, produisent des objets de grande qualité tout en
adoptant un style rafraichi le plus souvent avec l'aide d'artistes contemporains.
Cela étant, certains producteurs se réorientent pour satisfaire une demande de produits bon marchés stimulée par le flux croissant de touristes. Une autre menace qui pèse sur l'image de marque à Murano est la copie chinoise et autres contrefaçons.
l'île de Murano fut également célèbre pour ses jardins. S'y retrouvaient entre amis les nobles mais également les artistes, peintres et écrivains qui appréciaient sa douceur et ses parfums.
Parmi eux citons le fameux imprimeur Alde l'Ancien (Alduce Manuce) ou encore Pietro Aretino dit l'Arétin.
Cela signifiait aussi que jusqu'au XVIIIe siècle l'île comptait de nombreux palais. Malheureusement ils furent sauvagement détruits par Napoléon Bonaparte, alors commandant en chef de l’armée d’Italie, lors de son occupation de Venise en 1797.
Aux palais, il convenait également d'ajouter les casins, lieux de plaisir mais aussi, plus tard, de jeux d'argent et le mot a d'ailleurs donné naissance au mot casino.
C'est à Murano que Casanova retrouve sa chère nonne M.M dans le casin de Monsieur de Bernis qui prend plaisir à épier leurs ébats. Monsieur de Bernis était alors ambassadeur de France à Venise et il deviendra plus tard le Cardinal de Bernis.
Murano le nuitEt nous quittons Murano en direction de MAZZORBO
Géographie
Mazzorbo est une île de forme approximativement rectangulaire, 880 m de long. Elle est située au nord de la lagune de Venise, immédiatement à l'ouest de Burano, à laquelle elle est reliée par un pont.
Le paysage de l'île est encore caractérisé par la présence de zones cultivées. En 2009, elle compte
335 habitants.
Histoire
Comme les autres centres d'habitation du nord de la lagune de Venise, le développement de Mazzorbo (appelée alors Maiurbium, de Magna Urbs: la ville majeure) débute après la fin de l'Empire romain d'Occident, particulièrement aux VIe et VIIe siècles suite à la destruction de la ville voisine d'Altinum, à l'invasion des Longobardi.
Initialement, l'île bénéficie de sa proximité avec Torcello, centre économique, alors l'île la plus peuplée de la lagune. Elle possède de nombreux palais et peut-être jusqu'à quinze églises, regroupées
en cinq paroisses.
Après le Xe siècle, l'importance de Torcello décroît au profit de Venise. Mazzorbo se vide et devient une île utilisée pour les activités agricoles, le divertissement des nobles vénitiens et centre religieux avec cinq monastères:
- San Maffia,
- Sant'Eufemia,
- Santa Maria delle Grazie,
- Santa Maria Valverde et
- Santa Caterina
et cinq églises :
- San Bartolomeo,
- San Angelo,
- San Pietro,
- Santo Stefano et
- Santi Cosma e Damiano.
Comme pour Torcello, les pierres de ses bâtiments ont quasiment toutes été réutilisées pour la construction de Venise. L'église Santa Caterina reste le seul édifice datant de cette période.
Église Sainte-Catherine
La principale attraction de Mazzorbo est l'Église Santa Caterina. À l'origine, l'église fut construite au VIIIe siècle comme partie postérieure d'un couvent bénédictin. Elle fut restructurée au XIVe siècle, avec des touches romanes et gothiques et changée à nouveau deux siècles plus tard avant de sombrer dans la décrépitude. Les deux derniers siècles ont vu quelques restaurations mais l'église conserve son atmosphère antique. Les murs de brique sont gondolés et le pavement finement coloré de marbre de 1580 porte son âge. L'église une seule large nef, coiffée d'un plafond en bois en forme de quille de bateaux avec de la décoration peinte. Une belle fresque effacée est visible au-dessus du balcon à boiserie, tandis que des gravures sur pierre décorent le joli portique d'entrée. La vieille boîte confessionnelle en bois est minutieusement taillée. La cloche du campanile passe pour être la plus vieille dela lagune, datant de 1318.
Mazzorbo possède également un quartier résidentiel, conçu en 1979 par l'architecte Giancarlo De Carlo.
Transports
Située à 7 km au nord de Venise, Mazzorbo est desservie par la ligne de vaporetto 12 (anciennement LN) de l'ACTV, qui la relie aux Fondamente Nuove vénitiens en 40 minutes, en passant par Murano.
Ensuite nous piquons sur Burano (voir mon article sur Burano)
Et enfin Torcello
TORCELLO est une île située au nord de la lagune de Venise, en Italie.
Première zone de peuplement de la lagune à partir du VIe siècle, Torcello en devient l'île la plus peuplée et compte 10 000 habitants au Xe siècle. L'envasement de ses canaux et la propagation de la malaria conduisent l'île à être peu à peu désertée. En 2009, Torcello ne compte plus qu'une soixantaine d'habitants.
Géographie
Torcello est située dans le nord de la lagune de Venise, à proximité du continent et des îles de Burano et Mazzorbo.
Histoire
À l'époque romaine, Torcello est probablement un lieu de villégiature de la noblesse d'Altinum. Lors de la chute de l'Empire romain d'Occident, l'île devient un refuge pour les Vénètes fuyant la terre ferme et est l'une des premières îles de la lagune à être habitée, tout particulièrement après la destruction d'Altinum par les Huns en 452.
Après la guerre des Goths au Ve siècle, la Vénétie est sous la domination théorique de l'exarchat de Ravenne. Cependant, les invasions lombardes et franques provoquent un afflux permanent de réfugiés urbains, attirés par la protection relative de l'île, y compris l'évêque d'Altinum lui-même. En 638, Torcello devient le siège épiscopal officiel ; les habitants d'Altinum y apportent les reliques d'Héliodore.
Torcello se développe principalement entre les VIIe et Xe siècles, après la reconquête de l'Italie par le général romain Bélisaire. Elle maintient d'étroits liens culturels et commerciaux avec Constantinople ; cependant, en tant que poste avancé de l'Empire byzantin, elle s'assure peu à peu d'une autonomie politique croissante vis-à-vis de l'Empire et prospère à l'intérieur de la confédération d'îles qui donnera naissance à l'État vénitien.
Au Xe siècle, Torcello compte 10 000 habitants, pas moins de 10 églises et plusieurs couvents. Important comptoir commercial, Torcello est l'île la plus puissante et la plus riche de la lagune. Les salines des marais du lagon forment la base de l'économie de Torcello et son port se développe rapidement pour devenir un important marché au cœur des routes commerciales entre l'est et l'ouest de l'Europe.
Torcello, avec les îles voisines de Mazzorbo, Burano, Ammiana et Costanziaco, forme la tête de pont commerciale de Venise sur la mer Adriatique. La cathédrale est reconstruite au XIe siècle. Au XIVe siècle, Torcello est le principal centre d'exploitation de la laine du duché de Venise. La ville possède sa noblesse propre et est dirigée par deux conseils, régis par un gastaldo et un podestat.
À partir du XIIe siècle, la lagune entourant Torcello s'envase. La navigation y devient progressivement impossible et la malaria s'y propage. Les habitants quittent alors l'île pour aller s'installer à Burano, Murano ou sur l'île de rivus altus, la zone du futur Rialto où le pouvoir politique se déplace peu à peu. Torcello est désertée. Le siège épiscopal déménage à Murano au XIVe siècle et Torcello devient une simple paroisse. Les matériaux de ses bâtiments sont réutilisées en masse pour permettre le développement de Venise, à tel point qu'en 1429, le doge Francesco Foscari ordonne au podestat de Torcello de mettre fin au pillage de marbre et de pierre sur l'île.
Au XIXe siècle, Torcello compte encore plus de 300 habitants, mais la population diminue au cours du XXe siècle. La paroisse de Torcello est supprimée en 19861. Aujourd'hui, Torcello n'a plus que 60 habitants permanents. Quelques-uns de ses canaux subsistent encore, le principal reliant la lagune à la basilique, où de nombreux Vénitiens viennent se marier. Les dernières constructions de l'île sont la basilique Santa Maria Assunta, l'église Santa Fosca, la maison du conseil et quelques cafés et restaurants.
Monuments
L'édifice le plus remarquable de l'île de Torcello est la cathédrale Santa Maria Assunta (Notre-Dame de l'Assomption), bâtie en 639. Selon une inscription en latin gravée à gauche du chœur, elle aurait été fondée par l'exarque de Ravenne Isaac. Il s'agit du document le plus ancien de l'histoire de Venise :
- « In n(omine) d(omini) D(e)i n(ostri) Ih(es)u Xr(isti), imp(erante) d(omi)n(o) n(ostro) Heraclio p(er)p(etuo) Augus(to), an(no) XXVIIII ind(ictione) XIII, facta est eccl(esia) S(anc)t(e) Marie D(e)i Genet(ricis) ex iuss(ione) pio et devoto d(omi)n(o) n(ostro) Isaacio excell(entissimo) ex(ar)c(ho) patricio et D(e)o vol(ente) dedicata pro eius merit(is) et eius exerc(itu). Hec fabr(ica)t(a) est a fundam(entis) per b(ene) meritum Mauricium gloriosum magistro mil(itum) prov(incie) Venetiarum, residentem in hunc locum suum, consecrante s(anc)t(o) et rev(erendissimo) Mauro episc(opo) huius eccl(esie) f(e)l(ici)t(er). »
La façade, très sobre, est précédée d'un narthex dont la galerie rejoint et entoure l'église voisine de Santa Fosca.
L'intérieur, à trois nefs, repose sur des colonnes en marbre grec à chapiteaux.
Le pavement de mosaïques a été réalisé au XIe siècle, les bas-reliefs datent du XIe siècle et les peintures du XVe siècle. L'iconostase est un exemple de la toute fin de l'art byzantin pictural (XVè siècle). L'autel de la cathédrale abrite un sarcophage romain renfermant les reliques de Saint Héliodore. Hemingway, parlant de la cathédrale Notre-Dame (Santa Maria Assunta), prétendait que les Vénitiens n'avaient jamais rien fait de mieux.
De somptueuses mosaïques, réalisées entre le XIIe siècle et le XIVe siècle, couvrent les murs de l'abside et des deux chapelles encadrant le coeur. Au revers de la façade s'étire une immense et majestueuse mosaïque représentant le Jugement dernier. Les mosaïstes des XIIè et XIIIè siècles, s'inspirèrent des canons esthétiques byzantins en symbiose avec l'esprit de l'art roman.
1/ Dans l'arc de l'abside est représentée l'Annonciation. La Vierge y est représentée un fuseau à la main. Le long de l'arc, une inscription figure des propos à la première personne du singulier, comme cela était fréquent à cette période charnière entre le paléochristianisme finissant et le Christianisme médiéval plus tardif : "Je suis Dieu et Homme, l'image du Père et de la Mère ; je suis proche du coupable, mais le repentant est mon voisin".
2/ Dans le cul de four figure la Vierge à l'Enfant (XIIIè siècle), la fenêtre centrale inférieure représentant le Christ. Comme il était d'usage dans la symbolique religieuse byzantine, la Vierge amorce une génuflexion. Elle tient le Suaire du Christ, alors que l'enfant tient le rouleau de la loi, qui figure une triple ascendance temporelle, traditionnelle et spirituelle. Une abréviation grecque au dessus de la Vierge signifie "Mère de Dieu". En dessous, les Apôtres avancent dans une prairie de coquelicots (XIIè siècle).
3/ Dans l'abside de droite apparaissent le Christ trônant entourés des archanges Saint Michel et Saint Gabriel. Sur la voûte d'arêtes quatre anges portent l'agneau mystique. Les quatre fleuves du Paradis sont représentés par des bandes où alternent fleurs et grappes de fruits, et dans lesquelles apparait tout un bestiaire miniature symbolique (lion, paon, taureau, aigle, et oiseaux au plumage blanc).
Cette mosaïque en six bandes couvre toute la hauteur du mur de revers de façade, à l'exception des deux premiers mètres du sol, et se lit de haut en bas. Elle se décompose en deux parties : en haut sont représentées la Mort et la Résurrection du Christ (registres 1, 2 et 3). En bas, figure le Jugement lui-même (registres 4, 5 et 6).
Registre 1/ La Crucifixion.
Registre 2/ La descente aux enfers.
Le Christ foule les chaînes de l'enfer et un diable minuscule. Il tient Adam par la main, tandis que Eve est en prière. Derrière elle s'avancent les rois David et Salomon. De l'autre côté, Saint Jean-Baptiste est suivi du groupe des prophètes. Deux immenses archanges (Gabriel et Michel) portant des globes et vêtus à la mode byzantine encadrent ce registre.
Registre 3/ Le Christ est représenté sous sa forme à la fois divine et charnelle en étant assis dans une mandorle.
La Vierge, Saint Jean-Baptiste et les douze Apôtres les encadrent. Deux anges portant d'innombrables yeux sur leurs ailes soutiennent la mandorle d'où coulent des fleuves de feu en direction de l'enfer (registres 5 et 6 dans leur partie droite).
Registre 4/ Le triomphe de la Croix (centre) et l'appel des morts (parties gauche et
droite).
Au centre, les instruments de la Passion sont représentés : la sainte lance, l'éponge et la couronne d'épines. Quatre anges, dont deux sans corps à la manière orientale (séraphins) les encadrent. Au pied de la Croix, Adam et Eve sont agenouillés devant le livre de la vie. À gauche et à droite, des anges soufflent dans leur trompette pour appeler les morts au Jugement. Ceux de gauche sortent de la symbolique terrestre : rochers et gueules d'animaux réels ou imaginaires, sous la forme de momies embaumées. Ceux de droite, de la symbolique de la mer : flots, poissons et monstres marins. Un ange tient un rouleau à la main et déroule le ciel pour en faire tomber les étoiles (scène de l'Apocalypse).
Registre 5/ La séparation des élus et des damnés.
Au centre, l'archange Saint Michel pèse les âmes avec sa balance tandis que deux diables cornus cherchent à la faire pencher de leur côté en la chargeant avec les sacs de péchés.
À gauche figurent les élus répartis en quatre groupes : évêques, martyrs, moines et femmes pieuses.
À droite apparaît l'image la plus célèbre de Torcello : les damnés plongés dans les flammes et tenus en respect par deux anges. Lucifer, tout noir avec ses cheveux ébouriffés et un regard de dément est assis sur le Léviathan à deux têtes (serpent aquatique de l'Apocalypse annoncé par Isaïe). Il tient sur ses genoux l'Antéchrist. Autour de lui virevoltent sept diablotins personnifiant les sept péchés capitaux : l'orgueil, l'avarice, la luxure, la colère, la gourmandise, la paresse et l'envie. Ils évoluent au milieu de têtes humaines représentant des dignitaires et des gens du peuple soumis au même jugement quelle que soit leur condition.
Registre 6/ Le traitement des élus et des damnés.
À gauche, les élus se trouvent dans le Paradis où pousse du pavot. Ce qui est amusant quand on connait l'usage qui en est fait aujourd'hui. Saint Pierre avec ses clefs, Saint Michel, un ange aux ailes ornées d'yeux, le Bon Larron, la Vierge et les élus se tournent vers Abraham qui tient le Christ sur ses genoux.
À droite, la célèbre mosaïque des damnés recevant leurs peines en fonction de leurs péchés :
- les luxurieux et les orgueilleux : sont jetés dans les flammes.
- les gourmands : sont nus et se rongent les mains.
- les coléreux : sont jetés dans l'eau froide.
- les envieux : ont les yeux des orbites dévorés par les vers.
- les avares : ont la tête tranchée.
- les paresseux : ont les crânes, les mains et les pieds arrachés.
Séparé de la cathédrale, le campanile fut commencé au XIe et servait à contrôler la navigation dans la lagune. Il perdit son sommet en 1640, après avoir été touché par la foudre. En grimpant au sommet, on peut admirer l'île.
Cette église, en croix grecque, fut érigée entre le XI° siècle et le XIIe siècle. À l’origine, il s’agissait probablement d’un martyrium, sanctuaire abritant les restes des martyrs. Elle se présente comme un octogone cerné d’un portique, dont les arcs surhaussés reposent sur des colonnes à chapiteaux vénéto-byzantins. Par sa double rangée d’arcades aveugles et sa frise à motif en dents de scie, l’abside rappelle celle de San Donato. Ce sanctuaire est, par son extrême simplicité, le résumé de la conception byzantine de l’espace comme unité et cohérence structurelle. L’équilibre de forme est mis en valeur par une lumière pure et nette.
Devant la cathédrale, face au musée, se trouve un siège de marbre qui, selon la légende, aurait servi de siège à Attila lorsque celui-ci avait traversé l'Italie. Au Moyen Âge, il fut utilisé par l'évêque et pour l'exercice de la justice.
Ce pont en pierre, jadis endommagé, enjambe le principal canal de Torcello. Il a été restauré en 2009. À cette occasion, il a retrouvé son apparence d'origine en perdant les parapets qui avaient été ajoutés au XIXè siècle pour éviter les chutes... ...à l'époque où Torcello comptait encore une population "substantielle".
Transports
Torcello est desservie par la ligne de vaporetto T de l'ACTV, qui fait la navette entre Burano et Torcello et permet de relier les deux îles en cinq minutes.

