La rue de la Bucherie donne sur le Square Viviani ( face Est)
La plus célèbre des propriétaires de la librairie était Sylvia Beach, (amie d'Adrienne Monnier) qui tenait la boutique au 12, rue de l'Odeon entre 1919 et 1941 ( la boutique se trouve désormais au 37 rue de la Bucherie ). Pendant cette période, le magasin était considéré comme un centre de la culture anglo-américaine à Paris. Il était souvent visité par des auteurs appartenant à la "Génération perdue " tels qu'Ernest Hemingway, Ezra Pound, F.Scott-Fitzgerald, Gertrude Stein et James Joyce".
Le contenu de la librairie était considéré comme de haute qualité et reflétait les goûts littéraires de Sylvia Beach. Les clients pouvaient acheter ou emprûnter des livres (tels que le controversé "L'Amant de Lady Chatterley" de D.H. Lawrence, qui avait été interdit en Angleterre et aux Etats-Unis. ( C'est Sylvia Beach qui, en premier, a publié le livre de Joyce "Ulysse " en 1922. Le livre a, par la suite, été interdit aux Etats-Unis et en Angleterre. Shakespeare et Company publia plusieurs autres éditions d'Ulysse )
La première librairie Shakespeare and Company fut fermée en décembre 1941 à cause de l'occupation de la France par les puissances de l'axe pendant la seconde guerre mondiale. La magasin aurait été fermé parce que Sylvia Beach aurait refusé de vendre à un officier allemand le dernière copie de Finnegans Wake de Joyce. Le magasin de l'Odeon n'a jamais été réouvert
En 1951, une autre librairie anglo-saxonne fut ouverte à Paris, par l'américain de Boston, George Whitman (que j'ai bien connu), libraire qui a choisi de s'insatller à Paris et a commencé à vendre des
livres en anglais depuis sa chambre d'hôtel, librairie qui éclôt sous le nom de "Le Mistral". A la mort de Sylvia Beach, en
1962, George Whitman est autorisé à reprendre le nom de la librairie de Sylvia "Shakespeare and Company" parce que dit-il ce
label est déjà "comme un roman en trois mots"",et ceci en fonction d'un accord négocié avec Sylvia grâce
à l'intervention de l'écrivain anglais Lawrence Durrell, celui du "Quatuor d'Alexandrie" et de "Citrons acides ", lui-même grand
ami d'Henri Miller
Si Shakespeare and Company est devenu un mythe, c'est aussi parce que George Whitman, libraire excentrique et réputé pour son caractère "éruptif", y a imprimé son âme. Dès le début, il a ouvert la librairie aux écrivains venus des quatre coins du monde "Il pouvait en héberger quinze à la fois, même s'il n'y avait pas de place". Parmi ces écrivains figuraient les plus grands noms de sa génération: Burroughs, Durell, Anaïs Nin, Henri Miller. Encore aujourd'hui, les Thumbelweed (dont la traduction donnerait quelquechose comme "petites fleurs qui passent dans le vent" s'installent au premier étage de la librairie et dorment sur place, en échange de quelques heures de travail
Je puis en témoigner, ayant passé moi-même plusieurs jours et nuits dans cette librairie, mais je dormais au rez-de-chaussée près de la cuisine, entouré de livres, et je me souviens que la cuisine était ouverte sur la librairie, grâce à une baie, sorte de livre ouvert horizontal débouchant sur des rangées de livres, pas toujours verticales. C'était à la fin des années cinquante. A cette époque, je jouais les Kerouac, arpentant les routes en stop, avec ma guitare, pour tout revenu et carte d'introduction. Je n'avais pas un rond. Soit j'étais invité, soit je dormais dans la rue à même le sol. J'avais 20 ans. Je me souviens surtout d'une anecdote. George m'emmenant dans une petite pièce au 1er étage et me montrant la chambre où Henri Miller, allait tirer son coup, entre deux livres, enfin entre deux livres de chaires féminines. Une chambre-boyau avec un lit étroit et un petit lavabo... non même pas un bidet
Voici quelques photos de Georges Whitman, qui à 97 ans (né en 1913), vit toujours mais reclus au 3e étage de sa librairie, tenue par sa fille Sylvia (tiens donc....) et ses 5 employé-es
"On l'aura compris, Shakespeare and Co n'est pas seulement une librairie qui vend des livres. C'est aussi une bibliothèque (on peut y consuler toutes sortes d'ouvages, assis ou allongé sur les banquettes) et une communauté.
Aujourd'hui Sylvia Whitman a succédé à son père "Son souhait était de travailler jusqu'à 100 ans, mais il était trop fatigué", raconte t'elle. George Whitman, à 97 ans, vit au 3e étage et a pris sa retraite en 2003. Avec un peu de chance on peut le croiser quand il descend en pyjama récupérer son journal" (Ces extraits sont issus d'une interview de 2009 accordé par Sylvie à Delphine de Vigan, à qui je rends hommage)
Photo Craigfinlay
Delphine de Vigan:"Si Shakespeare and Company reste un mythe, c'est parce que Sylvia a su à la fois préserver l'âme du lieu et le sortir de ses propres impasses. Cette jeune femme de 27 ans, au teint diaphane et aux yeux bleus transparents, tout droit sortie d'un roman de Jane Austen en est aujourd'hui la gérante. Née à l'Hopital de l'Hôtel-Dieu, juste en face de la librairie, ele quitte la France à l'âge de quatre ans. Elevée par sa mère en Angleterre et en Ecosse, elle ne revient quasiment pas à Paris. A 21 ans, après des études d'histoire, elle décide de reprendre contact avec son père. Elle comprend vite que le seul moyen de faire la connaissance de cet homme qui vit depuis plus de cinquante ans parmi les livres, est de travailler avec lui. "Il dit qu'il n'a jamais écrit mais que chaque coin de la librairie est un chapitre de son roman. C'est son univers, c'est toute sa vie". Avec beaucoup de douceur, elle raconte comment elle a rencontré à la fois un père, un lieu, et la littérature dont elle s'était tenue éloignée. Elle était venue pour quelques mois, elle ne repartira jamais...










