Un premier janvier fantastique avec les Devresse, encore ici toute la journée, l'arrivée de leur amie Christine Thomas (qui a une maison à Bertogne et dont la mère est avocate à Huy), à 15 heures avec son superbe chien "Pyramide"- la connivence immédiate, puis la visite innatendue de notre ami turc Savac Manco, frère du célébre chanteur pop Boris Manco, Savac de retour de Paris avec sa nouvelle "femme", Marie, une parisienne, je crois, qui a vécu 20 ans à Hollywood, avec un scénariste (John Landis) et qui réapprend tout doucement le français
Bref l'année commence fort avec un cadeau des Devresse "Le Voyage de Wim Wenders" Editions Yellow Now, et "Motel Chronicles" de Sam Shepard -Christian Bourgois, et un double 33 T. de Richard Jobson "The rIght Man"
Je lis le "Le livre de mes amis" d'Henry Miller
A l'Atelier je continue de travailler sur mes "aquachtoniques" (cashes de polaroïds remplis de l'argile des étangs)
Je reprends ma gymnastique, haltères, poids légers. Abdominaux sur un banc. Je fais cela depuis mes 17 ans.
Un magnifique documentaire d'Agnès VARDA à la Télé: MURS MURS. Les murs peints de Los Angeles" J'adore Varda. Je l'ai tencontrée quand j'avais 17 ans à un Ciné-Club à Angleur (Liège) après la projection de son film, "La Pointe Courte" avec Silvia Monfort.
We du 10-11 janvier. Entendu à la radio Hubert GROOTECLAES, photographe belge et notamment longtemps photographe attitré de Leo FERRE. Je pense que nous ne sommes plus vu depuis 1970, chez lui, à Embourg. C'était une nuit de neige. ma voiture ne voulait pas démarrer et Hubert me prête son break pour rentrer à Liège, rue Fond Pirette. Je rentre la voiture dans mon garage vers 1h.du matin. A 4 heures, réveil en sursaut: Deux flics au pied du lit avec une lampe-torche. Le klaxon de la voiture était déclenché depuis une demi-heure et les voisins avaient téléphoné à la police en se demandant ce qui se passait. Ma femme et moi n'avions rien entendu. Les flics étaient rentrés par l'arrière en forçant la fenêtre de la cuisine. Et moi, à moitié endormi..."Mais ce n'est pas ma voiture". Il m'a fallu tout expliquer. Le dimanche matin, je ramenais le break d'Hubert à Embourg et lui racontai le gag. Mort de rire.
Voir sur ce blog mon article sur Hubert Grooteclaes, photograohe de Leo Ferré
Curieuses impressions causées par mes changements de lieux continuels. Me retrouver vendredi dans un restaurant italien, à Virton, à quelques kilomètres de la frontière française, puis revenir dans la haute Ardenne froide des plateaux neigeux, puis deux jours après rouler dans un train et traverser des forêts, en passant devant des gares à la "Pol Delvaux" (Poix St Hubert-Hatrival). Traverser Ottignies (Brabant wallon), pays de mes cousins Vancau, Céroux-Mousti-Court St Etienne-région de Moulinsart-Tintin-Hergé, me retrouver sur un quai glacé de Bruxelles-Nord, puis dans le train d'Amsterdam en passant par Berchem, pour me retrouver à la Gare Centrale d'Anvers, la Frankrijklei, la Langenieuwstraat, puis la banlieue nord...et me retrouver dans une magnifique voiture blanche toute neuve, une Ford Sierra 2 litres 3, mise à disposition par ma banque, me retrouver dans les Ardennes quelques heures plus tard et en Lorraine à Athus et Halanzy, à deux pas de Longwy, le lendemain matin.
Carte de nos amis les GOUBERVILLE qui viennent d'emménager dans la région de PROVINS, à Portmontain, entre Montereau (Est de fontainebleau) et Nogent. Voici une photo de leur maison
Depuis que je roule pour ma banque (1966) j'ai fait 556.438 Kms soit près de 14 fois le Tour du Monde.
Je lis "Supervivant" de Chesterton et "A Rebours" d'Huysmans
En cette fin janvier, je travaille sur des carrelages muraux, côté arrachage, découverts dans une décharge clandestine , dans la forêt, au-dessus de ma ruells font 0.25 sur 0.25 pièce
Un stage d'Informatique à notre Centre Informatique "IPPA" à WilrIjk- ANVERS en cette fin janvier. Arrivée à 10 heures après 3 heures de route par brouillard et verglas. A Anvers pour 3 jours. C'est bien entendu la préhistoire de l'informatique car Internet n'existe pas. Il s'agit de nous permettre de faire des inspections "'Audit" auprès des agences qui vont être informatisées dans tout le pays.
Et revoici donc Anvers, une fois de plus...
Je loge au Schouwburg (Place du Théâtre), un hôtel complètement sinistre, sur une place stalinienne. C'est l'Hôtel ARCADE, je vous le recommande, une vraie mortuaire....mon couloir, Cellule 2455, Couloir de la Mort, et ma chambreUn plan sommaire du Centre d'Anvers, dessiné dans mon journal.
Après 3 jours d'enfermement dans la camp de concentration de Wilrijik, je vais passer la sloirée chez mon cousin Jacques Van Cauwenberghe, (en fait le cousin germain de mon père Roger), peintre à ses heures et je découvre une propriété splendide de 7 hectares, Hazenveld Kasteel, à Braaschaet. Un grand parc, effectivement, rempli de lapins.Accueilli par Jacques Vancau. Nous faisons le tour du proprio, avant l'obscurité. A peine croyable. On se croirait à Versailles....Sept Hectares de pelouses et de bois avec des arbres superbes, Chênes, Hêtres pourpres, Faux-acacias, Pins Sylvestres-un sol très sablonneux, des lapins sauvages débouchant de tous les fourrés, un étang, une piscine entourée de Rhododendrons. Un magnifique potager avec une longue serre. La propriété voisine de 5 ha appartient également à la famille Vanderlinden, (Françoise Vanderlinden épouse de Jacques Van Cauwenberghe, le cousin germain de mon père).
Ensuite on rentre dans le salon, Françoise est là, le whisky, la conversation à bâtons rompus sur Christian BECK , dit Bosse de Nage (dont la mère de Jacques, Daisy Beck,épouse Robert Van Cauwenberghe, ma "Tante Daisy" de Céroux-Mousty, est la cousine germaine) cet écrivain sur lequel André Blavier a écrit un livre, et qui est allé rencontrer Tolstoï à Moscou...à pied et dont la fille n'est autre que Béatrice Beck, Secrétaire d'André Gide et Prix Goncourt 1952 (Robert Van cauwenberghe était le frère de mon grand'père, gynécologue, André Van Cauwenberghe qui m'a mis au monde à Gand).
En bas dans un des salons, j'aperçois deux Permeke, magnifiques, quatre Rik Wouters et un Jakob Smits. Dans le hall un troisème Permeke. Je n'en crois pas mes yeux. Un peu plus loin je découvrirai un Ruysdael et aussi un certain Vranckx.
Mais je découvre aussi les aquarelles de Jacques Vancau, dont une remarquable, une petite, très sombre, proche de Maurice Pirenne.
Puis c'est la fête. Françoise que je ne connais pas, arrive au salon; Un 2e whisky. On parle de mes parents, de mon enfance. Ils ignorent que j'ai eu une soeur. Jacques a 7 ans de moins que mon père (1915-1908). Bref ce sera une conversation non-stop jusqu'à 22 heures. Nettoyage du givre posé sur les vitres de ma voiture et un projet, celui de revenir pour rencontrer leurs amis "Lejeune", collectionneurs de notamment Niki de Saint-Phalle, Tinguely etc...Un au-revoir aussi au magnifique chien Gypsy, un griffon Cortals au poil superbe et dont les mimiques et les jeux de pattes me rappellent ceux de ma chienne Craquotte.
Et c'est le retour sur Anvers où je loge une dernière nuit
Dans l'atelier, je travaille sur des pierres, ramassées sur la route d'Arlon, au lieu-dit "La Folie"Un reportage de mon ami André ROMUS sur Jean-Luc GODARD, ce 30 janvier. Godard raconte de sa voix traînante et suisse: "Je dis aux gens que je veux pas vivre en Suisse, seulement y venir en vacances. Alors, ils me disent...Mais vous êtes ici toute l'année et je réponds que c'est parce que je suis toute l'année en vacances...Et ils me disent, mais alors quand est-ce que vous travaillez??? Et je leur réponds que je ne travaille que pendant les vacances.
C'est Manu Bonmariage à la Caméra. En fait Godard ne veut pas recevoir la télé qu'il n'aime pas, car la télé pille le cinéma et filme sans jamais payer personne. Alors Bonmariage reviendra le lendemain matin, un dimanche avec du pognon et Godard le laissera entrer dans son studio où il est en train de faire le montage de "Passion". Il répond juste ce qu'il faut à Manu, tout absorbé par son travail de "petit patron d'entreprise" et il marmonne "Vous savez la différence qu'il y a entre un ouvrier et un petit patron???C'est que le petit patron lui, vient à l'usine, aussi le dimanche..."
Un article paru sur un ami poète liégeois François Jacqmain qui vient de recevoir le prix triennal de poésie, décerné par la Communauté française
J'ai connu François Jacqmain aux alentours de 1964, quand on sortait des nuits entières avec André et Odette Blavier et les peintres Vandeloise, Armand Silvestre, Plomteux et Josée Picon et aussi un certain Florkin, un pataphysicien.
11 février: "Situation de plus en plus intenable pour moi au niveau professionnel, monde de cons, harcèlements de la part de mes patrons anversois. Mon angoisse fondamentale étant de ne pouvoir conserver mon territoire de Moircy. Je dois encore près de 35.000 euros à ma banque qui a évidemment une hypothèque sur la maison. Autour de moi une famille riche à millions, qui sait et qui ne fait pas un geste vis-à-vis de l'insoumis que je suis. Et bien sûr je ne demande rien. Je n'ai plus aucun contact avec mes parents. Bref je suis un homme qui a 20 ans de créations derrière lui et qui aurait bien d'autres choses à donner que des centaines de kilomètres par jour, coïncé dans une ceinture de sécurité et effectuant dans des agences bancaires, des pointages idiots dans un monde d'imbéciles, amoureux de gros sous et de pouvoir"
Le 14 février, malgré mon épuisement, je me retrouve sur le chantier de mon ex beau-frère, le peintre Jean-Pierre Ransonnet qui a acheté une maison à Cortil (hauteurs de Tilff-ardennes liégeoises). Je ne puis faire autrement, Jean-Pierre étant venu m'aider dans mes travaux à Moircy en 1979.
Voici le chantier à Cortil. Il y a du boulot. Sur les 2 photos du bas on aperçoit Céline mon épouse, transformée en terrassière. Il y a des murs coriaces à abattre, Jean-Pierre et moi abattons à la masse, tapant 4 coups, chacun à notre tour. C'est ce que nous appelons "travailler à la Russe"
Et pour me reposer, la semaine qui suit, (du 16 au 20 février) je me tape des centaines de Kms sur la neige en perpétuel dérapage contrôlé, dans la région de Harre et de Vielsalm. Voici ma Ford Sierra, 2 litres 300, enfin la voiture de la Banque Ippa, mise à dispositionJe me retrouve aussi en plaine à Hamoir-sur-Ourthe et vais revoir cette maison de ma tante Berthe Pirenne, celle que je quittais le matin et rejoignais en canoë le soir, durant mon adolescence. J'étais déjà, un indien. Cette maison peinte jadis par Maurice Pirenne.(la maison du centre sur la photo du bas)
Bilan: 49 inspections et formation de trois nouveaux agents depuis le 6 janvier dernier
A la fin février, j'ai cependant un certain nombre de réalisations picturales en cours. Je travaille notamment sur des carrelages muraux, en éternit, trouvés dans une décharge et effectue ce travail côté colle, avec de l'huile très délayée. Mon but est d'assembler ces carrelages pour faire une pièce géante, dont chaque mobile sera interchangeable
Un carrelage fait environ 30/30
Fin février, une émission sur Georges Simenon sur TF1. Georges Simenon, liégeois comme moi. J'apprends que comme moi il a été chez les Jésuites au Collège Saint-Servais, fait son service militaire à La Chartreuse et adorait dessiner des cartes géographiques
Début mars je me retrouve à nouveau dans la région de LIERNEUX, village natal de Jean-Pierre Ransonnet mon ami, le peintre. Ses parents y tiennnent une épicerie. le père est peintre en bâtiments. Le village est dominé par la présence d'un Institut psychiatrique dont les pensionnaires sont en semi-liberté et se mêlent aux gens du village, sont hébergée aussi dans des familles d'accueil. Ambiance très particulière donc. Voici le village(ardennes liégeoises)
Et l'Institut psychiatriqueJean-Pierre Ransonnet a fait tout un travail écrit et pictural sur son village
En reparcourant cet endroit, j'essaie de comprendre à travers un décor, ce que fut l'enfance de mon ami, une enfance envahie par la présence de la mort, le cimetière est en face de la maison de ses parents et sa mère vendait des fleurs à la Toussaint, et par celle de la Folie, cet Institut psychiatrique et ces fous dans la rue, mais c'est une folie de campagne, une folie qui cotoie la soi-disante non-folie. Quand on se promène ici comme je le fais, on regarde la démarche des gens , leurs gestes, pour savoir s'ils sont "de l'Institut" ou pas. On ne s'y retrouve pas très bien. Folie subtile sans être apparemment dramatisée.
Lors d'une de mes inspections à Grand-Halleux, je fais la connaissance d'un fils d'un de mes agents. Il est peintre et s'appelle Bernard GENGOUX. Garçon ténébreux....
Mars-Avril 1987. Quelques travaux réalisés dans l'atelier sur toutes sortes de déchets, papier, caoutchouc, métaux rouillés, bois, morceaux d'éternit ondulés recouverts de mousses, des petits formats. J'en fais des paysages.
Papiers froissés
Fragment de bois ramené du chantier de CortilmiradorEternits ondulés recouverts de moussesUne ferraille rouilléeUn morceau de caoutchoucMorceau de Balatum (chantier de Cortil)Fragment de la cheminée de Cortil (Chantier 'Ransonnet)Car je suis retourné au Chantier de Cortil aux alentours du 20 mars, cette fois avec un autre peintre Michel Boulanger de Liège, dit Bouboule, déguisé en ouvrier pour l'occasion. Photo du haut. Ransonnet sur la photo du basCi-dessus, une annexe dénommée Bogota qui sera transformée en remise, destinée à rassembler les peintures terminées et une des pièces transformées avec la fameuse cheminée fracassée dont je tirerai plusieurs oeuvres;
Ransonnet et Boulanger s'apprêtent à partir à Rome pour exposer sous l'égide de la Galerie liégeoise "Espace-Nord", gérée par Laurent Jacob. Moi, comme de bien entendu, je ne suis pas invité. Je suis un autodidacte, je ne suis donc pas un artiste. No comment !!!
Fin mars je me retrouve à nouveau à Verviers sur la terrasse surpomblant la villeEt dans mes étangs c'est le grand coït des grenouilles rousses. Un vacarme infernal et des étreintes sanglantes. Les oeufs sont pondus ou en cours de ponteEt en avril, je suis reparti pour Anvers, au Centre Informatique, pour écolage. Je précise à nouveau qu'à cette époque, Internet n'existe pas.
Voici la gare Centrale:
Le Grote Markt
Avril 87. Je suis à Charleroi à une réunion d'inspecteurs IPPA. La Direction organise un concours pour nos agents, ceux qui ouvriront dans les mois à venir, le plus grand nombre de livrets et de comptes bancaires. Une certain Chris Peeters d'Anvers, service Publicité, nous présente les prix qui vont appâter nos agents et les faire travailler, pensent-ils. Quels prix???Tenez-vous bien, 3 sculptures de Van Hoeydonck, ce sculpteur belge pistonné qui est le seul à exposer une sculpture sur la lune, amenée fin des années soixante par les cosmonautes américains. Deux sculptures et une sérigraphie. Trois merdes. A la Banque tout le monde sait que je suis peintre et donc le Chris Peeters, en train de nous faire l'article, s'adresse à moi "Qu'en pensez-vous Monsieur Van Cauwenberghe, vous qui êtes un grand amateur d'art ???" Et moi le visage figé dans une grimace horrifiée, je ne réponds pas. Il insiste "Vous n'aimez pas?? et "Evidemment c'est assez révolutionnaire comme couleurs, mais on s'habitue...bien sûr c'est moderne...mais..." Et moi disant devant tous les inspecteurs en le regardant "Non ce n'est pas bon". Je ne puis mentir et je sais que je suis en train de saboter toute la promotion. Pas vraiment car ni mes camarades inspecteurs, ni nos agents n'en ont rien à foutre de ce genre de cadeau, dont le seul attrait imaginé par ces cons de banquiers est que ce sculpteur belge est le seul à avoir une sculpture sur la lune, que depuis lors il en fait des copies qu'il essaie de vendre partout. un petit copieur minable, un marchand du temple.
Mon atelier en avril. Les aquachtoniques. Argile de mes étangs dans mes cashes de polaroïds, récupérés de mes photos d'expertises pour Ippa. Ca commence à pulluler. C'est mon grand travail du moment et comme toujours je travaille par séries. Je suis un peintre sériel
L'émission Strip-Tease. Une merveilleux docu sur une prostituée- peintre (un pleonasme mais elle au moins elle assume), peignant en vitrine, en peignoir, une bonne grosse blonde, entre 30 et 40 ans, pètant la santé, avec un moral d'enfer. Extraordinaire!!!!
Un reportage sur l'A2. La collection Pompidou
Soirée Apostrophes sur Robert Brasillach
Arrivée des "Gouberville" ce vendredi 1er mai, en provenance de Portmontain; Antoine et Dominique Ruelland, leur jeune fils Mathieu et leur chien aveugle, Chouchou, le chien noir aux yeux bleus. Véritable fête, ivresse-comme des amis qui ne se seraient plus vus depuis longtemps. Voici Antoine et son fils Mathieu dans l'atelier. De dos Céline mon épouseEt voici Chouchou dans le jardin...Discussions extrêmement variées sur l'Ecole de Saint-Cyr (Antoine en est sorti), Daniel Cordier, le galeriste bien connu, Yves Bonnefoy, leur ami le peintre belge Moy. La boisson coule à flots. Piano et guitare. une chaleur entre nous quatre, alors que nous nous connaissons à peine..
Et puis c'est le suicide de Dalida
Et à nouveau les tournées d'inspections. J'en suis à ma 126e inspection de l'année. je susi à nouveau en région allemande, côté Bullange et Maldingen. Passant à Grüfflingen, je vais sonner à la porte de WIESEN, cet arftiste- fermier devant la maison duquel je passe depuis 2 ans. Accueilli par un berger allemand aboyeur. Une fenêtre s'ouvre. C'est Wiesen. La conversation s'engage en allemand. il m'autorise à photographier et s'apprête à descendre, après avoir enfermé son chien.
Voici le lieu de Wiesen
Wiesen m'emmène partout. Pas facile de suivre son patois allemand. il est proche de Chaissac mais n'en a jamais entendu parler, pas plus que de Dubuffet. Il m'entraîne à l'intérieur; C'est fou ! Beaucoup de bois, des racines mais aussi de la peinture naïve, beaucoup moins intéressante. Des sculptures avec des pommes de terre. Beaucoup de pierres de schiste peintes non en fonction de leur forme mais comme des "tableaux". En fait toute la maison est peinte, à l'intérieur comme à l'extérieur. Il est né en 1906-81 ans. je lui ai laissé ma carte afin de pouvoir repasser un jour; je lui ai montré des photos de mon territoire;
Dans le ruisseau je continue de renforcer mes barrages en faisant glisser mes poutrelles dans des piquets métalliques en U, prélablement enfoncés à coups de masse.
Ma chienne Craquotte est magnifique. Elle a un peu plus de deux ansA Cannes, Palme d'Or pour le Bernanos "Sous le Soleil de Satan" de Maurice PIALAT, qui monte sur scène sous les huées et dit aux journalistes "Et si vous ne m'aimez pas, eh bien sachez que je ne vous aime pas non plus !"
Je me sens solidaire de Pialat, le mal-aimé-et je me sens comme lui. Je provoque partout le malaise, à propos de mon art. Tout le monde s'enfuit et plus le temps passe moins ça s'arrange
Ma correspondance avec Jean-Pierre Ransonnet continue. Nous parlons des vrais créateurs, à savoir ceux qui se mettent en danger sans arrêt dans leur oeuvre et n'en ont rien à faire des modes et des courbettes. Et d'autre part, les faux artistes, prêts à tous les caméléonages pour obtenir fric et célébrité ephémère. Et enfin, 3e catégorie, tous les crabes des médias, les animateurs surtout ceux de la télé, qui ne se mouillent jamais dans rien et vivent comme les sangsues, du sang et de la sueur des autres, sans oublier la plupart des critiques parasites-créateurs avortés dans l'oeuf; Des suceurs de moëlle qui prennent de plus en plus de place et réalisent la prophétie de Mac Luhan "The Medium is the massage" on pourrait traduire "La façon d'exhiber une oeuvre ou un évènement, leur mise en scène, est plus importante que le message de fond de l'oeuvre ou de l'évènement. Ou "ce qui compte d'abord c'est le medium et non le message". Ce fait étant dû à la prise de pouvoir de la télévision .
Déclaration d'Yves Montand, président du Jury, qui annonce qu'il ne se rendra au Festival de Moscou pour Jean de Florette que si Moscou acceptait de projeter L'Aveu de Costa Gravas. Parfait. Pourvu qu'il tienne le coup, lui qui n'a plus mis les pieds là-bas, avec Simone, depuis 1964, tous deux invités par Krouchtchev.
Fin mai: Je passe au Signal de Botrange, le point le plus haut de la Belgique(718 mètres, tour comprise-694 sans la tour... Tricheurs les belges)
Et le 26 mai, nous partons à Portmontain, près de Nogent sur Seine, invités par nos amis "Gouberville", avec un crochet par la route Rimbaud-Verlaine, Charleville, la ferme de Roche, Attigny. Distance totale 307 KmsMoircy-Bouillon-Sedan et nous nous arrêtons devant la gare de Charleville, pour revoir le fameux Kiosque , réservé aux concerts du dimanche après-midi, là où le Capitaine Rimbaud, invita Vitalie Cuif, future mère dArthur, à danser
Via Attigny, où se trouve aussi un très beau Kiosquenous remontons sur Roche, la ferme de Vitalie Cuif, où Rimbaud passa une partie de son enfance et de son agonie. Il n'en reste que des vestiges hélas. Ceci est une nouvelle maison reconstruite sur l'emplacement de la fermeVoici une photo da l'ancienne ferme
aussi le lavoir et le petit étang où peut-être Rimbaud commenca à composer " Le Bâteau Ivre"Emus, nous arriverons à Chalons-sur-Marne à 12h30. La Marne c'est la terre blanche des cimetières et des champs de manoeuvre (et des taxis qussi). On tire à balles tous les jours entre les cimetières. Ce qu'on appelle "Les leçons de l'Histoire"En sortant du restaurant "La Potée Champenoise" et en regardant un grand peuplier dans une propriété de Notaire, nous avons lié conversation avec un monsieur dont la mère était belge "Ingebosch" et qui est né près d'Attigny et de Roche à Sainte Vaubourg. Longue discussion sur Rimbaud...sur le trottoir...;
Et c'est l'arrivée à Portmontain vers 16h00, après plusieurs arrêts, notamment à Cézanne et à Fère Champenoise sans oublier Nogent sur Seine. Un soleil intense.
PORMONTAIN. Antoine nous accueille, seul, car Dominique est sortie faire soigner Mathieu, piqué par un frelon. Notre chambre est à l'extrême-droite dans le toit. Le nom de jeune-fille de Dominique est Ruelland. De la famille de Jacques Ruelland, l'écrivain fantastique, ami de Topor, rencontré il y a 20 ans à l'émission "Contraste" de la Radio télévision belge à Liège, en même temps que Topor d'ailleurs
A 19 heures, Antoine ira chercher deux de ses trois filles. Sophie (de Gouberville), 28 ans, accompagnée de sa fille Charlotte (4 ans) et Bernadette dite Berbère (30 ans) avec son fils Boris, 6 ans. Nous passerons ensemble une belle soirée bien arrosée.
Le lendemain, premier debout comme toujours, j'irai me promener seul sur les bords de la Seine, ainsi qu'au village de Noyen et au Château de La Motte-TillyNoyenLe Château de La Motte-Tilly
En fin de matinée j'irai faire des courses à BRAY (le village du Rendez-vous) avec Dominique et Mathieu.
On a reparlé avec Antoine de Daniel CORDIER, qui prépare un livre sur Jean Moulin, qu'il a très bien connu. il a une villa à Golfe Juan d'où on ne voit que la méditerranée. Daniel Cordier a quité le cirque des Galeries, il y a des années, avec grand fracas, accusant la culture française de se laisser envahir par les américains. Antoine qui l'a rencontré avec un ami, à propos de Jean Moulin justement, dont Cordier fut le secrétaire en 1942, ignorait qui il était et lui a dit qu'il tenait une galerie de peinture en Avignon (Barbentane). Cordier lui a dit "Oui, je connais un peu". Ce n'est qu'après, qu'Antoine a appris qui avait été Daniel Cordier dans les années soixante: un galeriste prestigieux. DanielCordier est décédé en 1999. C'est aussi lui qui a adopté et recueilli le chanteur Hervé Vilard
On parlera aussi d'Emmanuel Leroi-Ladurie (Territoires de l'Histoire) et de son chapitre Gilles, sieur de Gouberville, l'ancêtre d'Antoine, un Normand (Collection Tel. Gallimard)
J'ai feuilleté un superbe livre de Cordier, avec 200 dessins de Dubuffet, dédicacé à Antoine
Et l'après-midi nous irons tous à PROVINS, la ville d'Alain Peyreffite avec son église Saint-Ayoul du 11e siècle, tout à fait étonnante, dans le bas de la ville, un véritable puzzle s'étalant du 11e au 16e siècle
Nous sommes sous la pluie mais le lendemain jeudi nous aurons une journée magnifique avec un repas champêtre. Nous attendons la troisième fille d'Antoine, Nathalie, 25 ans qui arrivera à moto avec son cousin Manu
La matinée du jeudi se passera à coller de enveloppes pour un séminaire d'informatique organisé par Antoine. Franche rigolade avec Sophie
C'est le pastis pour tout le monde sous un ciel de Provence, suivi d'un déjeûner sur l'herbe. Nous sommes 13 à table. Antoine et sa femme Dominique, les 3 filles d'Antoine, Bernadette, Sophie et Nathalie. Celine et moi. Le cousin Manu, les 3 enfants, Charlotte, Boris et Mathieu, les deux chiens Chouchou et Craquotte
Antoine, son fils Mathieu et sa fille Sophie.
Bernadette de Gouberville en conversation avec Céline
Charlotte, fille de Sophie. Mathieu ci-dessus qui a 14 mois est l'Oncle de
Charlotte qui a 4 ans et demi
Nous devons partir après ce déjeûner mais impossible. Me voici ceinturé, ligotté par les filles.Tous nos bagages et ma guitare sont déjà dans la voiture. On va faire la fête une dernière fois. Je cède et décharge la voiture
En fin d'après-midi on chante Brassens, avec ma guitare bien entendu.
Et puis un repas du soir tonitruand. Gags sur Gags. le living est transformé en piste de danse. Fou-rires, chutes, impro, Flamenco et on terminera avec Supertramp. Je ne sais plus pourquoi Sophie m'a affublé du surnom de Gédéon (le canard de Benjamin Rabier)
...et le vendredi 29 mai, le départ, tôt matin avec toute la famille agitant les bras, sauf Antoine qui dormait. Destination, notre fille Valérie qui habite Luxembourg
DANIEL CORDIER
Officiellement, il fut le secrétaire de Jean Moulin de Juillet 1942 à Juin 1943. En pratique, il fut bien plus que cela : il fut son adjoint, l’épaulant de manière remarquable dans sa tâche proprement surhumaine. C’est ce que nous découvrons dans son livre "Alias Caracalla", ouvrage passionnant de plus de neuf cent pages que l’on lit d’une traite. Le terme "second rôle de l’Histoire" qui me sert d’intitulé à cette catégorie initiée il y a quelque temps maintenant ne parait pas des plus approprié – mais je n’en ai pas d’autre – à celui qui, alors qu’il n’avait pas encore 20 ans, fit le choix de l’honneur, du courage et du don de soi, et qui, hasard des circonstances, alors que son désir le plus cher était de se battre, se retrouva à seconder le représentant de De Gaulle chargé d’unifier la Résistance, d’établir l’autorité du Général sur les responsables militaires affirmant ainsi la légitimité de ce dernier à représenter la France aux yeux des Alliés.
Daniel Cordier parle de lui mais par la magie de l’écriture, c’est aussi Jean Moulin alias Rex que nous découvrons, "l’homme le plus important de la France libre après de Gaulle". L’admiration et l’affection que lui porte l’auteur sont présentes à chaque instant et nous font découvrir une facette du caractère de Cordier : c’est un affectif. Ecoutons le : " Depuis toujours, mes relations personnelles avec les êtres sont avant tout affectives : je les aime ou je ne les aime pas ; le reste est secondaire. (…) Avec le patron, c’est autre chose. Comme Jeanne d’Arc et de Gaulle - naguère Maurras et Napoléon -, il appartient à mon Olympe". A travers ce changement notable de références, nous abordons là une deuxième caractéristique du personnage, la profonde transformation que ces années de guerre ont opéré chez lui, remettant en cause le déterminisme de son éducation. "Sous l’étreinte des circonstances" le jeune homme d’extrême droite, antisémite, est devenu un homme de gauche – cette gauche qu’il avait tant combattue – à qui la vue de l’étoile jaune portée par un vieillard et un jeune enfant inspire "une honte insupportable" en lui donnant le sentiment de trahir " l’humanisme, la fraternité entre les hommes" qu’il se vantait de pratiquer dans le christianisme. Mais une telle transformation est-elle si étonnante chez quelqu’un qui avait pour livre de chevet Les Thibault de Roger Martin du Gard et qui voyait en Jacques, le modèle à suivre ?
Pour décrire plus précisément Daniel Cordier et ce que fut son activité aux côtés de Moulin, le mieux reste encore de faire appel à Cordier lui-même. Ainsi, cette description qu’il fait de l’un de ses proches collaborateurs, semble lui convenir parfaitement: " (…) il risque sa liberté et sa vie sans états d’âme, transportant à longueur de journée lettres, argent, postes de radio, armes, paquets (…). Le moindre d’entre eux peut le conduire en prison, à la torture et à la mort. Cet inconnu inébranlable que j’ai appris à respecter est un exemple"
L’objet principal du livre reste néanmoins la Résistance, son action, son mode de fonctionnement, ses objectifs. Et ce que nous fait découvrir Cordier est bien éloigné de l’image exaltée que l’on peut en avoir. Les antagonismes et les conflits sont nombreux à l’intérieur de cette nébuleuse entre les Free French formés à Londres et les chefs de la Résistance qui n’ont jamais quitté le sol national, entre les divers groupes para militaires eux mêmes, ou encore avec les vestiges des partis politiques. Et surtout, la vie de tous les jours n’est pas faite d’actes héroïques mais de tâches essentiellement logistiques visant à assurer les communications entre les divers intervenants. "La légende égare aujourd’hui le lecteur, qui ne connaît que l’aspect romanesque de nos tâches. Je suis toujours frappé par les représentations actuelles qui occultent les difficultés de la vie quotidienne de la Résistance, peureuse, sans éclat, ou ne leur donnent pas leur véritable importance. Elles sont transfigurées par un romantisme de roman d’espionnage, fort éloigné de la véritable réalité." Plus encore que l’impérieuse obligation d’effectuer ces tâches ingrates mais nécessaires, la triste réalité de la Résistance vient de son impuissance à agir : "En dépit de leurs prétentions imaginaires, les mouvements sont incapables d’effectuer la moindre action de guérilla"
Nous ne saurons rien sur Cordier après la guerre. Sa biographie sur Wikipedia nous apprend qu’il choisit de tourner la page et d'oublier radicalement cette période de sa vie, ne parlant plus de la Résistance en public pendant plus de trente ans. Il s'oriente alors vers une brillante carrière de marchand d'art . Comment ne pas voir ici l’influence décisive de Jean Moulin qui dans le court laps de temps où il l’a côtoyé, l’a initié à l’Art et ses mystères ?
L'Atelier fin mai 1987A Redu ce dimanche 14 juin, rencontre de l'écrivain belge Marcel Moreau, que nous présentent Jean-Pierre Verheggen et le couple Honet-Wagermans. Nous allons au Bâteau-Ivre
Marcel Moreau
Issu d'un milieu ouvrier dans lequel régnait comme il le dit lui-même un "[...] pur vide culturel,[...] une absence totale de repère pour l'esprit", il perd son père à l'âge de quinze ans et arrête quelque temps plus tard ses études. Il vit alors de divers métiers jusqu'à devenir aide-comptable à Bruxelles pour le journal Le Peuple, puis dès 1955 correcteur pour le quotidien Le Soir. Il se marie en 1957; de ce mariage naîtront deux enfants. En 1963, il publie son premier roman Quintes, salué notamment par Simone de Beauvoir. Suivent Bannière de bave (1965), La terre infestée d'hommes (1966) et Le chant des paroxysmes (1967). Il emménage à Paris en 1968 où il continue son métier de correcteur. Il exercera ainsi pour Alpha Encyclopédie, Le Parisien libéré en 1971 et pour Le Figaro. Il effectuera également de nombreux voyages: URSS, Inde, Cameroun, Chine, Iran, Népal, Canada, Mexique, États-Unis et se liera avec des personnalités telles que Topor, Anaïs Nin, Dubuffet et Paulhan.
Considéré comme un écrivain marginal, au style verbal particulier, organique teinté de lyrisme et d'envolée paroxystique, il est l'auteur d'une œuvre considérable.
Il a reçu en 2006 le Prix de Littérature Francophone Jean Arp pour l'ensemble de son œuvre.