JEAN GIONO
c
c
Jean Giono (Manosque, 30 mars 1895 - Maison « Le Paraïs » de
Manosque, 9 octobre 1970) est un écrivain et scénariste français, d'une famille d'origine
piémontaise. Un grand nombre de ses ouvrages a pour cadre le monde paysan provençal.
Inspirée par son imagination et ses visions de la Grèce antique,
son œuvre romanesque dépeint la condition de l'homme dans le monde, face aux questions morales et métaphysiques et possède une portée universelle. Il fut accusé de soutenir le Régime de Vichy et
d'être collaborateur avec l'Allemagne nazie pendant
la Seconde Guerre mondiale. Ses défenseurs
affirment que son pacifisme l'avait conduit à refuser toute opposition armée au nazisme, alors que ses détracteurs soulignent qu'il était un soutien complaisant au régime1.
Il devint l'ami de Lucien Jacques, d'André Gide et de Jean Guéhenno, ainsi que du peintre Georges Gimel. Il resta néanmoins en marge de tous les courants de littérature de son temps.
|
|
Biographie]
Giono est né à Manosque. Voici la Maison natale de Jean Giono
le 30 mars 1895. Il n'a ni frère ni
sœur. Son père est un cordonnier anarchiste d'origine italienne qui passe
beaucoup de temps à lire la Bible ; sa mère, née à Paris et
d'origine picarde, dirige un atelier de repassage américain. Giono a évoqué son enfance dans Jean le Bleu. Son père aurait accueilli nombre de proscrits2.
En 1911, la mauvaise santé de son père et les faibles ressources de sa famille l'obligent à arrêter les études. Il travaille dans une banque, le Comptoir national d'escompte3. Il doit parallèlement s'instruire en autodidactepour assouvir sa soif de savoir. En 1915, pendant la Première Guerre mondiale, son entrée en guerre, au cœur d'une des batailles les plus terribles du conflit, le traumatise. Son meilleur ami et nombre de ses camarades sont tués à ses côtés. Lui n’est que « légèrement » gazé. Il reste choqué par l'horreur de la guerre, les massacres, la barbarie, l'atrocité de ce qu'il a vécu dans cet enfer, et il devient un pacifisteconvaincu4, comme bon nombre d’anciens combattants de la Première Guerre mondiale.
Plus tard, la lecture des écrivains classiques (en particulier Virgile) l'amène à l'écriture. Son ami
le peintre Lucien Jacques lit ses
poésies, l’encourage et publie dans sa revue Les Cahiers de l’Artisan ses premiers poèmes : Accompagnés de la
flûte5. Son premier
ouvrage Colline rencontre un certain succès. Ses trois romans suivants rencontrent le même succès, ce qui lui permet d’acheter sa Maison « Le Paraïs » à
Manosque3. L'écriture prend de plus en plus d'importance dans sa vie, si bien qu'après
la liquidation, en 1929, de la banque où il était employé, il
décide d'arrêter toute activité professionnelle pour se consacrer exclusivement à son œuvre. Il reçoit en 1929, le prix américain
Brentano pour Colline, ainsi que le prix Northcliffe en 1930 pour
son roman Regain.

Il est fait chevalier
de la Légion
d'honneur en 1932.
Les événements du début des années 1930 le poussent à s'engager politiquement. Il adhère à l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires (mouvance communiste), mais, par méfiance, il s'en dégage très rapidement.
En avril 1935, il publie Que ma joie demeure qui
connaît un grand succès, particulièrement auprès de la jeunesse.
Ce titre est une allusion explicite à la
cantate de Jean-Sébastien Bach, Jésus que ma joie demeure, par laquelle il
souhaitait exprimer sa foi en une communauté des hommes, par-delà les religions6. Il traduit également Moby Dick en
français7.
Giono et quelques amis, bloqués accidentellement dans le hameau du Contadour lors d'une
randonnée sur la montagne de Lure, décident, subjugués par la beauté des lieux, de s'y retrouver régulièrement : ainsi naissent les Rencontres du Contadour. C'est
l'époque de la publication de l'essai Les Vraies Richesses, dédié aux habitants
du Contadour.
Les prémices d'une nouvelle guerre se manifestent bientôt. Jean Giono rédige alors ses suppliques Refus d'obéissance, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, Précisions et Recherche de la pureté. La déclaration de guerre interrompt la neuvième réunion. Les « disciples » attendent la réaction de Giono. Elle est difficile pour cet homme libre qui ne voulait pas être directeur de conscience et qui écrit « Vous êtes, vous, de l’humain tout frais et tout neuf. Restez-le ! Ne vous laissez pas transformer comme de la matière première [...] Ne suivez personne. Marchez seuls. Que votre clarté vous suffise. »8.
Ayant acheté deux fermes en 1939, il dispose d’abondantes ressources alimentaires, ce qui selon sa fille lui permet d’accueillir nombre de personnes de passage11. Pendant la guerre, Giono continue à publier sans respecter la directive du Comité national des écrivains. Le passage obligatoire par la censure de l'occupant l'a amené à avoir des contacts avec les autorités allemandes. Le succès de ses oeuvres l'a enrichi considérablement12. Il se consacre longuement aux soins à donner à sa fille touchée par la tuberculose, en l’emmenant dans la montagne, à Lalley13.
Dès avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, on lui reproche sa
proximité avec la collaboration. Une bombe est déposée devant la maison de son domicile la nuit du 11 au 12 janvier 1943 et explose sans faire de blessés, emportant cependant la porte
d’entrée14. Après la guerre, il est accusé d'avoir
collaboré et de nouveau emprisonné, en septembre 1944, principalement pour avoir fait
paraître Deux cavaliers de l'orage dans La Gerbe, journal collaborationniste, et un reportage photo (publié sans son accord]) dans Signal, sorte
de Paris Match nazi15. Il n'est libéré qu'en janvier 1945, sans avoir été inculpé. Néanmoins,
le Comité national des
écrivains, organisme issu de la Résistance, l'inscrit sur sa liste noire, ce
qui interdisait de fait toute publication de son œuvre en France. Bien des résistants qui avaient été torturés et avaient risqué leur vie pour libérer le pays du joug nazi et du régime de Vichy ne
lui avaient pas pardonné cette phrase :« Je préfère être un Allemand vivant qu'un Français mort », considérant cette citation comme une offense à leurs morts. Cette mise à
l'index ne prend fin qu'en 1947, avec la parution de Un roi sans divertissement,
première en date des Chroniques. Giono a
cependant abrité Karl Fiedler, trotskiste allemand, l’épouse de Max Ernst,
et dit avoir aidé Jan Meyerowitz, musicien juif, qui,
lui, n'en fait jamais mention. Sa fille mentionne également plusieurs autres personnes en fuite recueillies au Paraïs16. Pierre Citron affirme, dans la biographie de Giono, détenir les preuves de ces aides, sans les
publier[
Pour sa fille, cette longue période de mise à l’écart et de mépris populaire lui inspire l’épisode du Hussard sur le toit où Angelo, poursuivi par la foule qui cherche un bouc émissaire, se réfugie sur
les toits de Manosque. D’après elle, ce fut une satisfaction de « faire mourir les habitants de Manosque de manière horrible, sale, souffrant physiquement et moralement, au milieu de
vomissures et de diarrhée. »17.
Les défenseurs de Giono le présentent comme un pacifiste trompé par le Régime de Vichy qui, pour lui, amenait la paix. Cela l'aurait poussé en 1938 à donner son soutien aux Accords de Munich. Le fait que le « néoprimitivisme » ou le « tarzanisme »18 de Giono ait été admiré à la fois par les nazis et par le Régime de Vichy n'est pas selon eux une preuve que Giono était réciproquement un soutien au régime. Du reste, les Allemands ont tenté à plusieurs reprises de le faire venir au « Congrès des écrivains de l'Europe » à Weimar. Giono n'y a jamais participé. Mais il a exprimé une reconnaissance qui a les accents de la sincérité19.
Des études récentes montrent que Giono a pris lui-même contact avec les autorités allemandes1. Le colonel Gerhard Heller le trouvait « « extrêmement bien disposé » envers la collaboration »19. Dans La Gerbe du 19 mars 1942, Jean Giono qualifie la défaite de 1940 et Vichy de « grande expérience » après des « années d'erreurs ». Dans son journal il affirme que nazis et alliés sont « semblables »20, tandis que les résistants sont des « assassins » et des « voyous ». Les mots durs que Giono utilise pour qualifier les résistants contrastent avec l'insensibilité qu'il affiche à l'égard des juifs20 :
- « Il (une connaissance juive) me demande ce que je pense du problème juif. Il voudrait que je prenne position. Je lui dis que des Juifs je m'en fous comme de ma première culotte : qu'il y a mieux sur terre que de s'occuper des Juifs. Quel narcissisme ! Pour lui il n'y a pas d'autre sujet. Il n'y a pas d'autres chose à faire sur la terre qu'à s'occuper des Juifs. Non je m'occupe d'autre chose. »21
Avec le succès de ces livres, surtout celui du Hussard sur le toit (qui est porté à l'écran en 1995 par Jean-Paul Rappeneau), Giono est de nouveau considéré comme l’un des plus grands écrivains français du xxe siècle. En 1953, le Prix littéraire du Prince-Pierre-de-Monaco lui est décerné pour l'ensemble de son œuvre. Il est élu l'année suivante au sein de l'Académie Goncourt 2. De plus en plus intéressé par le cinéma (son film Crésus sort en 1960), il préside le jury du Festival de Cannes en 1961. Son dernier roman L'Iri s de Suse, paraît l'année de sa mort. Emporté par une crise cardiaque le 9 octobre 1970 dans sa Maison « Le Paraïs » de Manosque, Jean Giono est enterré à Manosque.
Giono et Manosque
Giono s'est surnommé « le voyageur immobile ». De fait, son œuvre évoque souvent de longs voyages ou cheminements, alors que lui-même n'a presque pas voyagé, sauf de courts séjours en Écosse, à Majorque et en Italie (Voyage en Italie, œuvres complètes, La Pléiade). Avant de vivre dans sa Maison « Le Paraïs , qui surplombe Manosque, à partir de 1929, Jean Giono a habité à Manosque même : 1, rue Torte, où il est né le 30 mars 1895 ; 14, rue Grande, où ses parents déménagèrent peu de temps après ; 8, rue Grande, où il emménagea en 1930, après son mariage.
Sur le boulevard circulaire de Manosque se trouve aujourd'hui le Crédit agricole, qui était le Comptoir d’escompte lorsque Giono y travaillait.
Il a également souvent séjourné dans le Trièves où il passait ses
vacances, avant la guerre (à Tréminis) et après (à Lalley)
. Cette belle région montagneuse, située au nord du col de la
Croix-Haute et qu'il qualifiait de « cloître de montagnes », lui a inspiré notamment Le Chant du monde,Bataille dans la
montagne (situé à Tréminis), Un roi sans
divertissement (dont l'action se déroule dans un village correspondant à la situation de Lalley),i Les Vraies richesses et Tromphe de la vie, essais qui empruntent beaucoup à la
sérénité bucolique du Trièves.
L'œuvre[
L'œuvre de Jean Giono mêle un humanisme naturel à une révolte violente contre la société du xxe siècle, traversée par le totalitarisme et rongée par la médiocrité. Elle se divise en deux parties : les premiers livres sont écrits d'une façon très lyrique (ces œuvres sont souvent dites de « première manière ») et leur style est très différent des œuvres tardives plus élaborées et plus narratives, telles que les Chroniques romanesques et le Cycle du Hussard (œuvres dites de « seconde manière »). La nature est d'une certaine façon le personnage principal des premiers livres, tandis que l'Homme est celui des seconds.
Soldat durant la Première Guerre mondiale, Jean Giono n'aborde objectivement cette période de sa vie que dans Refus d'obéissance, c'est-à-dire bien après ses premières publications. L'influence de la guerre est pourtant très forte tout au long de son œuvre. S'il est inclassable, Giono est sans conteste un humaniste et un pacifiste.
Le dieu Pan est
une figure importante dans les livres de Giono. Il est explicitement présent au tout début, et restera jusqu'à la fin en filigrane. Il représente la nature unifiée dans un être unique. Bien que peu
adepte des discussions philosophiques, Giono fait quelques brèves allusions au panthéisme (cf. Spinoza, Parménide), qu'il développe allègrement de
façon lyrique dans ses premiers livres. La nature y est présentée d'une façon bien différente de l'idyllique et bienveillante Provence de Pagnol. Chez
Giono, la nature est belle, mais elle est aussi cruelle, destructrice et purificatrice : l'Homme en fait partie, mais elle n'est pas l'Homme. Ainsi, dans Le Hussard sur le
toit (1951), la nature se manifeste par le choléra qui dévaste la
Provence et tue aveuglément sans se soucier des préoccupations politiques qui agitent les hommes. On retrouve du reste cette conception de la nature, particulièrement absente des idées de cette
époque, dans un texte contemporain d'Albert Camus,
intitulé L'Exil d'Hélène.
À l'instar de Balzac, et très impressionné par La Comédie humaine, Giono avait en tête le projet d'un cycle romanesque en dix volumes « à la manière de Balzac ». Le premier volume de la série, écrit en six jours, a pour titre Angelo. Ceci devait être le premier volume de dix ouvrages qui auraient retracé « réinventer le XIXe siècle, pour mieux faire ressortir les tares du XXe siècle ».Angelo I, écrit en 1934, paru en 1958, est considéré sans doute à tort comme le brouillon du Le Hussard sur le toit. Il devait être suivi par une série d'Angelo dont le petit-fils, Angelo III, serait un Résistant en 1940. Peut-être effrayé par l'ampleur de la tâche, Giono renonça au projet initial et ne publia que trois romans pour ce cycle : Le Hussard sur le toit, Le Bonheur fou et Mort d’un personnage24 (le personnage en question est la marquise Pauline de Théus dans sa vieillesse) .
Peut-on parler de spiritualité chez Giono ? La question est posée par l'un de ses biographes, Jean Carrière, qui répond "Oui, dans la mesure où celle-ci lui est venue non comme une expérience délibérée, mais comme une lente maturation à jouir des choses sans les posséder."25 Et cet esprit de jouissance-dépossession, qui s'apparente au carpe diem des antiques sagesses, accorde à celui qui s'y livre sans réserve et sans fausse pudeur, selon les propres termes de l'auteur, un sentiment de libération païenne :
« Ce n'est pas seulement l'homme qu'il faut libérer, c'est toute la terre... la maîtrise de la terre et des forces de la terre, c'est un rêve bourgeois chez les tenants des sociétés nouvelles. Il faut libérer la terre et l'homme pour que ce dernier puisse vivre sa vie de liberté sur la terre de liberté [...] Ce champ n'est à personne. Je ne veux pas de ce champ; je veux vivre avec ce champ et que ce champ vive avec moi, qu'il jouisse sous le vent et le soleil et la pluie, et que nous soyons en accord. Voilà la grande libération païenne26. »
![]()
Cet appel à la libération de l'homme et de la terre s'inscrit en faux contre l'injonction biblique de prise de possession de la terre et de ses animaux par l'homme. Il est aussi une invitation à renouer pleinement avec les joies du corps, la sensualité naturelle, longtemps niée ou occultée par la morale chrétienne :
« J'ai pris pour titre de mon livre le titre d'un choral de Bach : Jésus, que ma joie demeure ! Mais j'ai supprimé le premier mot [...] parce qu'il est un renoncement. Il ne faut renoncer à rien. Il est facile d'acquérir une joie intérieure en se privant de son corps. Je crois plus honnête de rechercher une joie totale, en tenant compte de ce corps, puisque nous l'avons27. »
Le paganisme de Jean Giono, apparaît dès les premiers romans écrit à la fin des années 1920, sous la forme d'une vision panthéiste, qui replonge les êtres au cœur du cosmos étoilé, mais aussi par la perception d'un sentiment tragique de la vie inspiré notamment par sa lecture enthousiaste des récits homériques dès la plus tendre enfance :
« Je lus L'Iliade au milieu des blés mûrs. [...] C'est en moi qu'Antiloque lançait l'épieu. C'est en moi qu'Achille damait le sol de sa tente, dans la colère de ses lourds pieds. C'est en moi que Patrocle saignait. C'est en moi que le vent de la mer se fendait sur les proues28 »
La violence inspirée par une lecture sensuelle du récit homérique traverse toute l'œuvre de Jean Giono. Qu'on pense, par exemple, à la fin tragique de Que ma joie demeure, ou, trente ans après, à la rivalité mortelle qui oppose les deux frères de Deux cavaliers de l'orage. Elle est assumée sans jugement moral, et sans jamais faire ombre à la profonde joie païenne de celui qui ne croyait pas au problème résolu pour tout le monde ni au bonheur commun, mais qui disait : « Je crois que ce qui importe c'est d'être un joyeux pessimiste. »
Œuvres
L'œuvre de Jean Giono est assez dense et très variée. Certains de ses romans sont devenus des grands classiques de la littérature française du xxe siècle (Regain, Le Hussard sur le toit ou Un Roi sans divertissement). Certains, traduits dans de nombreuses langues étrangères, ont acquis une renommée internationale. Au-delà de ses romans, Jean Giono écrivit de nombreux essais grâce auxquels il transmit à ses lecteurs ses points de vue sur ses idées (ses écrits pacifistes), les événements qu'il vivait tels qu'il les ressentait (ses notes sur l'Affaire Dominici) ou ses idéaux (Les Vraies Richesses). Il s'est essayé, avec une pointe de causticité, aux chroniques journalistiques. Bien que la poésie ait toujours été présente dans ses textes, il a publié peu de recueils de poésie. Jean Giono a signé en 1955 la préface du livre Moi mes souliers de Félix Leclerc. Il a également préfacé les Œuvres de Machiavel édité par La Pléiade.
Giono et le cinéma
Très tôt, Jean Giono s'intéresse au cinéma. Il a vu, dans les années 1930, l'impact qu'ont
eu sur le public les films de Marcel Pagnol tirés de ses propres romans (Regain, La Femme du
boulanger, Jofroi ou Angèle). Après quelques courts essais,
la première coréalisation est un documentaire de Georges Régnier, Manosque, pays de Jean Giono avec des textes du livre Manosque
des Plateaux. Il s'essaie ensuite en 1942 à l'adaptation du roman Le Chant du
monde qu'il ne termine pas. Dans les années 1950, Jean Giono travaille avec Alain Allioux au scénario de L'Eau vive(1956), film de François Villiers, avec qui il tourne le
court-métrage le Foulard de Smyrne (1957). L'Eau vive est
présenté en avant-première au festival de Cannes, en 1958.
Giono écrit le scénario, les dialogues, met en scène le film Crésus avec Claude
Pinoteau et Costa-Gavras. En
1963, dans la froideur de l'Aubrac, Giono supervise le tournage de
l'adaptation de son roman Un roi sans divertissement,
réalisé par François Leterrier. Ces deux derniers films
sont produits par la société de production que Giono avait créée : Les films Jean
Giono. Giono reconnaît dans la presse que le cinéma est un art difficile mais qu'il permet de raconter autrement les histoires.
D'autres réalisateurs ont adapté des œuvres de Giono, de son vivant ou après sa mort, et ont
réalisé : Les Grands Chemins (Christian
Marquand – 1963
), Deux cavaliers de l'orage (Gérard Vergez–
1983), Le Hussard sur le
toit (Jean-Paul Rappeneau –
1995), Les Âmes fortes (Raoul Ruiz –
2001), Le Chant du monde (Marcel Camus – 1965)
ou L'homme qui plantait des arbres, film
d'animation du québécois Frédéric Back en 1987.
- 1968 : Provinces (émission La chevelure d'Atalante), réalisation de Robert Mazoyer
Odonymie
L'Association des amis de Jean Giono
Créée en 1972 à la Maison « Le Paraïs » de Manosque, par Henri Fluchère et Aline Giono l'Association des amis de Jean Giono concourt à la mémoire de l'œuvre et de la vie de l'écrivain. Elle encourage et favorise la recherche universitaire, inventorie et conserve les archives de Giono, soutient et organise différentes manifestations (colloques, journées d'études, expositions, spectacles) comme les Rencontres Giono, en juillet à Manosque, pour les adhérents de l'association et pour tous les publics. Depuis sa création, l'association rassemble des lecteurs fervents et fidèles qui partagent une connaissance et une admiration de l'œuvre de Giono. Le Bulletin de l'Association des Amis de Jean Giono a été remplacé en 2007 par la Revue Giono.
La maison de Giono
Jean Giono achète en 1929, une petite maison au lieu-dit « Lou Paraïs » sur le flanc sud du Mont d'Or, qui domine Manosque. « Un palmier, un laurier, un abricotier, un kaki, des vignes, un bassin grand comme un chapeau, une fontaine. »
Il Il transforme et agrandit cette maison où il écrit la plus grande partie de son œuvre. C'est aujourd'hui le
siège de l'association des amis de Jean Giono.
- Aline Giono (fille de Jean Giono), Mon père, contes des jours ordinaires, Gallimard Jeunesse, 2003
- Sylvie Giono, Jean Giono à Manosque. Le Paraïs, la maison d’un rêveur, Belin, 2012. Collection « De l’intérieur ». ISBN 978-2-7011-5980-5, 103 p.
-
Pierre
Citron, Giono, 1895-1970, Paris, éditions du Seuil, 1990, 665 p.
- Jean Carrière, Jean Giono, qui suis-je ?, Lyon, édition la Manufacture, coll. « Qui suis-je ? », 1985, 214 p. (ISBN 290463844X)
- Pierre Citron, Giono, Paris, éditions du Seuil, coll. « Écrivains de toujours », 1995, 188 p. (ISBN 2020197855)
- Claudine Chonez, Giono, éditions du Seuil, coll. « Écrivains de toujours », 1956
- Henri Godard, Giono : Le roman, un divertissement de roi, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard », Paris, 2004 (ISBN 2070315436)
- Pierre Magnan, Pour saluer Giono, Denoël, Paris, 1990
- Maurice Chevaly, Giono vivant, éditions Autres Temps, Marseille, 1995
- Alfred Campozet, Le Pain d'étoiles : Giono au Contadour, éditions Pierre Fanlac, Périgueux, 1980
-
Pierre-Emile Blairon, Giono : la nostalgie de l'ange, Lambesc, Prolégomènes, 2009, 216 p. (ISBN 9782917584132) (OCLC 488486921)
- Philippe Arnaud, Anatomie d'un chef-d'œuvre : essai sur « Un roi sans divertissement », L’Harmattan (coll. « Critiques littéraires »), 2001 (ISBN 2-747-51326-2)
- Collectif sous la direction de Jean-François Durand et Jean-Yves Laurichesse, Giono dans sa culture, Presses Universitaires de Perpignan, 2001
- Jean-François Durand, Jean Giono - le Sud imaginaire, Edisud, 2003
- Julie Sabiani, Giono et la terre, Édition Sang de la Terre, 1988
- Le Page Patricia, Space of passion : the love letters of Jean Giono to Blanche Meyer, 2004
- Colette Trout et Derk Visser, Jean Giono, Collection Monographique Rodopi en Littérature Française Contemporaine, 2006
- Annick Stevenson, Blanche Meyer et Jean Giono, Actes Sud, 2007
- Sous la direction de Jean-Yves Laurichesse et Sylvie Vignes, Giono : La mémoire à l'œuvre, Presses universitaires du Mirail, collection « Cribles », 2009 (ISBN 978-2-8107-0083-7)
- Sylvie Vignes, Giono et le travail des sensations, Nizet, 1999
-
Corinne Von Kymmel-Zimmermann, Jean Giono ou l'expérience du désordre, Thèse présentée en vue du Doctorat ès-Lettres Analyses littéraires et histoire de la langue française, sous la direction de
Monsieur le Professeur Christian Morzewski,Université d’Artois Laboratoire Textes et Cultures (EA 4028), 2010
-
Le Mystère Giono, un film
de Jacques Mény (1995)
-
Giono et les peintres
L’objectif de cette recherche est de dresser l’état des lieux des relations de Giono avec la peinture et les peintres, et ce tout au long de sa vie.
Ces relations sont complexes et diverses. L’écrivain a, par exemple, tenté de reproduire des techniques picturales (je songe à Bruegel), il a décrit longuement de nombreux tableaux en les modifiant quelque peu pour qu’ils correspondent à ses intentions, il a fait de très nombreuses références, plus ou moins développées, à de nombreux peintres, de Bosch à Cézanne ou Van Gogh, il a rédigé la biographie imaginaire d’un peintre valaisan du 19e siècle… Il a également fréquenté personnellement des peintres, Lucien Jacques, Eugène Martel (voir le portrait ci-dessus, dont vous lirez l'histoire mouvementée), pour ne citer qu’eux, et, jusqu’à ses toutes dernières années, rédigé des présentations d’expositions, des chroniques journalistiques où il théorisait sur la peinture, et même des ouvrages, sur Buffet ou Brayer.Bref, on voit que la peinture occupe une place très importante, tant dans l’œuvre que dans la vie de Giono. Mais il reste encore des pans inexplorés dans cette « œuvre monde » qu’est l’œuvre de Giono, et j’espère que les lecteurs pourront apporter l’une ou l’autre information à cette recherche…
Cette troisième édition mise à jour début 2012 apporte à nouveau pas mal d’informations complémentaires, essentiellement bien sûr en ce qui concerne les contemporains de Giono (Martel, Fiorio etc.). Quelques noms ont également été ajoutés (Samivel, Jules Mougin, Louis Trabuc entre autres).
Mais ce tour d’horizon n’est certes pas encore complet… Je suis toujours à la recherche d’informations plus précises, notamment sur les relations de Giono avec Camille Hilaire, Isis Kischka, Jean Lurçat, Edgard Tytgat, André Michel-Carrière, Renée Arbour, Danielle Dhumez, Stan Appenzeller, Gracieuse Christof, Louis-Marie Jullien, Josette Mercier, R. Thuillier ou Félix Tisot par exemple… Ainsi que de renseignements réellement fiables sur les relations entre Giono et Auguste Chabaud. Tout ce que je sais, c’est que le peintre admirait l’écrivain, qu’ils se sont sans doute rencontrés, et que Chabaud a réalisé dans les années 1950 un portrait de Giono, portrait acquis il y a plus de vingt ans par la ville de Manosque, mais qui n’est guère ressemblant…
Ce sera pour une prochaine mise à jour…Michèle Ducheny
-
Le premier à soulever le voile sur la liaison de Jean Giono et Blanche Meyer semble avoir été Hubert Nyssen, écrivain et éditeur, dans une communication à l'Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique, le 10 janvier 2004 : Enquête sur trois mille pages de Giono soustraites à l'édition. Dans ce texte, Hubert Nyssen explique comment il a découvert cette relation de Giono avec Blanche Meyer. Il note également que 1300 lettres de Giono à Blanche Meyer, propriété de l'Université de Yale, sont soumises au bon vouloir de la succession Giono qui fait opposition systématiquement à toute publication. Même l'autobiographie de Blanche Meyer ne peut être publiée en raison du trop grand nombre de citations issues de ces lettres qu'elle renferme. Parallèlement, Patricia Le Page soutient une thèse à l’Université du Maryland, en 2004, Spaces of Passion: The Love Letters of Jean Giono to Blanche Meyer. Particia Le Page a eu accès aux lettres de Giono, mais elle n'en cite que de maigres extraits. Puis Annick Stevenson publie Blanche Meyer et Jean Giono, en 2007. Annick Stevenson a eu accès au manuscrit de l'autobiographie de Blanche Meyer, et c'est à partir de ce texte qu'elle retrace la relation entre Giono et Blanche Meyer. Mais toujours pas de reproduction de lettres de Giono à Blanche Meyer. La succession s'y oppose toujours.L'amour inconnu de Giono : Blanche MEYERMonique Verdussen
Mis en ligne le 29/06/2007
Ils s'aimèrent. Elle inspira ses romans et plus de mille lettres conservées hors publication.Elle a, durant près de trente-cinq ans, bouleversé la vie de Jean Giono. Qui le sait ? Leur histoire a été évincée de l'histoire qui raconte l'écrivain. Oubliée ou ignorée des biographes. Absente du Centre Jean-Giono de Manosque où, pourtant, du temps où elle habitait à l'étage de la maison, ils vécurent les moments les plus lumineux de leur amour. Et, sans doute, l'existence de cette femme passionnément aimée serait-elle, longtemps encore, demeurée secrète si ce fouineur d'Hubert Nyssen n'avait joué les détectives. Mis en alerte par la traduction - et surtout par la préface - qu'avait faite Giono du "Moby Dick" de Melville, celui-ci soupçonna que l'escapade amoureuse attribuée à l'auteur américain relevait d'un amour de l'écrivain manosquin. Il aurait pu en rester là de conjectures tout de même hasardeuses s'il n'avait reçu, en 1997, un article d'une certaine Jolaine Meyer révélant que sa mère, Blanche Meyer, avait eu avec Giono une liaison qui lui avait inspiré le personnage d'Adelina White dans ce qu'il avait titré "Pour saluer Melville".
"LE GIONO QUE
J'AI CONNU"
White... Blanche... La curiosité de l'éditeur d'Arles s'accrut d'autant que la fille révélait, dans la foulée, qu'une correspondance de plus de 1000 lettres, 3300 pages écrites par Giono, se trouvait, sous embargo jusqu'en l'an 2000, à la bibliothèque de l'université de Yale où elle-même avait étudié. Accessibles à la consultation sous autorisation à partir de cette date mais toujours refusées à la publication, ces lettres furent décryptées par Patricia Le Page aux fins d'une thèse soutenue en 2004. Les lettres adressées par Blanche à Giono ayant, quant à elles, été détruites, celle-ci avait tenu, juste avant de mourir, à rédiger des "Mémoires" évoquant "Le Giono que j'ai connu". La succession Jean Giono s'opposa toutefois à ce que toute citation ou extraits des lettres de l'écrivain auxquels il serait fait allusion dans ces souvenirs puissent être publiés. Quoi qu'il en soit, Hubert Nyssen chargea alors la journaliste et traductrice Annick Stevenson d'écrire, à partir de ce que l'on savait et pouvait révéler, le récit de cette passion tenue secrète. Il faut lire "Blanche Meyer et Jean Giono". L'auteur de "Regain" n'a pas besoin de cet éclairage pour être aimé. Hors cette occultation, il apparaît pourtant plus proche et plus humain. Plus compréhensible dans son regard sur certaines de ses héroïnes qui s'en expliquent mieux. Plus dense et réel dans la vie qu'on lui reconnaît.
Née à Nyons et mariée à 17 ans à un futur notaire qu'elle suit à Manosque, Blanche possède une grâce exceptionnelle. Elle est indépendante, intelligente, romanesque. Ses toilettes et sa liberté affichée font désordre dans la petite ville où elle ne se plaira jamais. Son évasion par la lecture intrigue Giono lorsqu'il apprend par son libraire qu'elle lui a commandé "Ulysse" de Joyce. Ce n'est pas banal à Manosque. Le jour où il l'aperçoit furtivement, il n'a d'autre désir que de la revoir. Ils se croisent parfois au hasard des rues. Se saluent. Se sourient peut-être. Mais il aura déjà 39 ans et elle 26 et une petite fille de 4 ans lorsque, la rencontrant chez des amis, elle lui devient aussitôt indispensable. Aveux. Hésitations. Promenades main dans la main. Lectures de manuscrits. Cadeaux. Bientôt échange de lettres... poste restante. Ce n'est que cinq ans plus tard, l'emmenant à Saint-Paul de Vence, qu'il lui fait découvrir, avec le plaisir, la plénitude de l'amour. Il est désormais en état de dépendance. Elle devient sa muse. Il la réinvente sous les traits d'Adeline, de Pauline, de Julie, de l'Absente des livres de sa seconde période, plus stendhalienne. Elle voudrait pouvoir échapper aux rêves de l'écrivain pour appartenir davantage à sa vraie vie. Mais elle comprend, non sans tristesse, que marié lui-même et père de deux filles qu'il adore, il ne lui appartiendra jamais.
PENDANT 35 ANS
Ils s'aimeront avec passion, se sépareront, se retrouveront, se déchireront durant près de trente-cinq ans. Elle a un mari, Louis, jaloux mais raisonnable et patient. Jean est jaloux, excessif et impatient. Elle sera pourtant frustrée de ses promesses non tenues : un enfant, une maison. La confiance est ébranlée par leurs infidélités respectives. De disputes en réconciliations, ils demeureront pourtant liés à travers les années par la tendresse et par... les lettres. Il est malade lorsqu'il lui écrit la dernière en 1969, avant de mourir l'année suivante.
"Je ne peux considérer que comme une trahison envers Giono lui-même le silence qui a toujours été entretenu autour de cet amour", souligne Blanche dans ses "Mémoires", pudiques, parcourues d'ellipses, parfois chahutées dans la chronologie. Discrète sur leurs étreintes et leurs relations les plus intimes, Blanche Meyer, grâce à l'aide de sa fille envers laquelle son amant s'est toujours montré attentionné, nous prend par la main pour rejoindre autrement l'écrivain si attachant de "Le hussard sur le toit" ou de "Noé". Elle est une voix. Un point de vue. Un seul écho, diront les sceptiques. Demeurent les lettres. Les mille lettres...
Savoir Plus
Blanche Meyer et Jean Giono Annick Stevenson Actes Sud, coll. "Un endroit où aller". 249 pp. env. 22 €


