C'est aussi lors de ma deuxième année de Droit qu'un jeune politicien de droite, va s 'intéresser à moi. Tout le
monde le connait à Liège. A 25 ans, il est attaché au cabinet d'un ministre liégeois qui heureusement le détache de temps en temps. Il a terminé son Droit à 21 ans et puis exempté de
service militaire (moins de cinquante kilos). Il a ensuite été rapidement propulsé par le Parti Social Chrétien. Il est très populaire auprès des jeunes. Le samedi soir, il écume les soirées, en
commençant par Liège, puis Bruxelles et enfin Knokke-le Zoute, le tout en une nuit. Il a une porsche au volant de laquelle, il me dit "Ce qui compte c'est le premier million, après ça va tout
seul (sic)". Et un jour, il m'emmène avec ma guitare, dans une soirée princière, au Château de Grand Bigard (Bruxelles-Ouest de
Koekelberg). La très riche famille Stuhlmeyer-Pellegrins reçoit. Et je me retrouve en plein délire. A l'entrée du château, on fait
la file! Mais qu'est-ce qu'il se passe t'il, comme diraient Les Inconnus. Il faut aller baiser la main (faute de mieux) de Madame Stuhlmeyer, qui nous accueille sur un trône comme la Reine
d'Angleterre. Et il faut y passer. Des larbins, à l'entrée du tapis rouge, nous demandent nos noms et titres. Puis ils nous annoncent à tue-tête, en hurlant à l'entrée d'une gigantesque salle,
qu'il nous faut traverser sur un tapis non-roulant jusqu'au pied du trône. Je crois rêver et lorsque mon tour est venu et que le larbin se penche vers moi, je lui susurre à l'oreille:
"Christian Du Mont des Corneilles" et je ne mens pas puisque c'est la traduction française de mon vrai nom flamand "Van
Cauwenberghe" (beaucoup moins smart) ( En réalité c'est du Mont des Choucas mais je ne l'ai appris que plus tard et Choucas en tchèque se tradui par Kafka ). Bref celà sonne admirablement et fait
tout à fait le poids, par rapport à tous ces noms à charnières qui m'entourent. Et le larbin en livrée, de proclamer bien haut "Monsieur Christian du Mont des Corneille", et moi de m'avancer sur
ce chemin royal faisant allègrement ses cinquante mètres de long (qui m'en paraissent cent) et de scinder la foule des curieux, tous cons-centrés sur la grande allée. C'est Vienne, Moscou ou
Saint-Petersbourg au siècle passé. Et je parviens à jouer le jeu jusqu'au bout et à réprimer mon fou-rire. En fin de cours je mets un genou en terre et baise la main de la grosse patate, que je
ne connais ni des pommes, ni des dents, dont la chair blanc-mauve, me paraît dans un éclair, plus qu'avancée. La Rolls Royce de Madame est avancée mais madame l'est tout autant. je viens
d'avoir vingt ans et je me paie ce coup de bluff, dans une ambiance à la Sissi. Néanmoins je porte tout de même un smoking (non-fumeur), que j'ai dâ acheter, pour avoir le droit de participer aus
soirées très "smart" organisées par les jeunes-filles de mon cours de danses "de salon" (on y apprend même le Rock de salon") chez les demoiselles Daems, Boulevard d'Avroy à Liège.Je suis donc en train de prendre ma revanche sur cette obligation de porter le smoking. Je joue
encore certains jeux mais j'introduis le ver que je suis dans le fruit bourgeois qui m'enserre encore. Et c'est l'humour qui me sauve, un sens du gag et de l'improvisation qui surgit cahaque fois
que je me retrouve coïncé à l'entrée d'une cage.
Heureusement cette performance accomplie, je me dirige vers une tour qui est au fond du parc. C'est là que je
dois aller chanter avec ma guitare et c'est là que je rencontre un orchestre de jeunes"Les Sacachas", dans lequel jouent deux fils Grafé, de la maison de vins "Lecoq et Grafé", de Namur. Ils ont leur orchestre dansant et moi je joue pendant les interludes, principalement du Brassens, du Brel et du
Ferré. Tour moyennageuse, salle bondée de jeunes snobs bruxellois, ayant laissé tomber les noeuds papillons et les vestes de smoking à revers noirs veloutés. Ca durera toute la
nuit

