Nous avions été initiés au théâtre, par un comédien-peintre, plus âgé que nous et n'ayant à voir avec le Collège,
ni l'enseignement catholique. Il s'appelait René Lambert et habitait à 50 mètres de chez moi. Entre futurs artistes en herbe Et
n'en ai plus jamais entendu parler, nous nous étions tout de suite "reconnus". Par la suite il est devenu un peintre assez connu à Liège, faisant aussi des décors de théâtre. Je crois qu'il
habite Bruxelles. Je ne l'ai jamais revu ! Et je n'en ai plus jamais entendu parler en tant que peintre, même après que je le sois devenu moi-même, des années après lui (1967 ). Je vais lancer un
avis de recherche. Dans notre troupe, il y avait Philippe Nonet, Michel Mersch, Guy Philippart, Emmanuel Mahy, outre Jean-Pierre W.
et moi-même. Que sont mes amis devenus ??? En fait, ils seront quatre à "rentrer dans les Ordres", comme on disait, pour en resortir ensuite plus ou moins rapidement selon les cas.
Avec Willemaers , nous nous réunissons parfois chez Alex Klimov (Tout au-dessus à gauche sur cette photo de1954, avec un veston noir et uen chemide ouverte), un russe émigré de notre classe dont la mère est peintre sous le nom de Valentine Klimov's (Noblesse russe oblige). Ils habitent rue Xhovémont, sur les hauteurs de LiègeUn milieu beaucoup plud évolué et libre que celui de nos milieux familiaux. Là au moins on respire autre chose que de l'encens. Là, à nous trois nous écoutons Ferré, Greco, Brel, Mouloudji, Brassens qui vient d'apparaître avec "sa mauvaise réputation" et son "petit cheval ". Et ce n'est pas du tout bon genre d'écouter ce genre de choses, ce qui rend nos réunions d'autant plus excitantes. Nous sommes trois à le faire, sur une classe de 25 élèves environ. Nous sommes , je le rappelle, en 1955. Alex Klimov se fera virer pour faute grave; il lit Gide et Sartre, qui sont tous les deux à l'INDEX, ce qui me poussera évidemment à lire Gide à mon tour, fin 1955. Je le trouve au grenier dans les caisses d'adolescent de mon père, caisses qui sont au grenier, ma mère ayant converti mon père et s'étant refusée à accueillir dans sa bibliothèque catholique ces libres monstrueux. Je découvre d'abord et lis sous le manteau, dans ma chambre "Si le Grain ne meurt " et ensuite "La Porte étroite". Et je suis séduit. Et puis rien de plus jouissif que ces lectures interdites. Alex Klimov, fera ses études de philosophie à Liège avec une thèse sur Berdjaeff et, parti pour le Québec, deviendra Directeur de l'Institut des Philosphies et Religions Orientales, à Trois-Rivières-Québec. Je l'ai revu à Liège, à la fin des années 60, alors que je m'apprêtais à partir définitivement pour le Québec, à mon tour !
Alex était né à Liège en 1937 comme moi, est devenu un philosophe renommé (voir sur Google) et j'ai appris
son décès survenu en 2006 à Trois-Rivières, par sa fille Patricia, peintre, devenue mon amie sur FB et dont je me sens très proche. La vie est étrange...
Grande année donc que cette année 1955. Nous rêvons de filles mais nous n'en avons pas, excepté Klimov, évidemment, un grand timide pourtant, que je surprends, main dans la main, avec une superbe Nana, en faisant la file, devant le théâtre du Gymnase. Quant à moi, j'ai les photos de BB, je suis en plein virtuel, pourtant j'en crève d'envie d'avoir une fille, mais comment faire ???. Mes condisciples, eux ne rêvent dà rien du tout, sinon de leur futur noviciat. Eux, ils veulent entrer dans le Sacré Coeur de Jesus et moi je préfère les tabernacles entr'ouverts, si vous voyez ce que je veux dire. (Oh propos sacrilèges. Mon frére m'a écrit il y a un mois, pour que je retire, encore la censure, certains propos, qui insultent sa FOI et portent atteinte à la réputation de nos parents. Bien entendu, je n'ai rien retiré et ne lui ai même pas répondu. Il finira pas se noyer dans son bénitier. J'écris ce que je veux; Je suis devenu un homme libre et personne ne m'empêchera de parler ! )
Et en attendant, je vais m'acheter ma première guitare (pour plaire aux filles évidemment et puis une guitare, ça a un corps de femme). Mon ami Willemaers joue un peu. Il va m'accompagner chez Frambach, le magasin de Musique situé dans les escalers qui montent de la Place Saint-Lambert, vers la rue Saint-Hubert. Et j'achète une guitare de Jazz; ce n'est pas du tout ce qu'il me faut, pour apprendre, mais je vais faire avec. Willemaers m'apprend mes premiers accords et je m'entraîne avec Marie-José Neuville et ses tresses, grande star de l'époque. Mais très vite je vais glisser sur Brassens et sa "Mauvaise Réputation", chanson qui me fascine, depuis quelques mois. Ce n'est pas un hasard, si je vais m'employer pendant des années à acquérir une mauvaise réputation, dans mon milieu catholico-bourgeois-liégeois, afin de me libérer définitivement de son carcan


