"Il n'existe pas d'Ecole où apprendre l'Art en dehors de la vie même" Henri MILLER
Nous sommes donc rentrés trempés de notre séjour à la Côte d'Azur, le 7 mai. Dix jours de pluie sur 10 jours de séjour. La côte d'Azur n'est plus ce qu'elle était;
C'est alors que je vais faire la connaissance d'un immense compositeur belge de Musique Contemporaine, Henri POUSSEUR.
Mon jeune ami peintre Jean-Pierre Devresse est en relation avec lui et aménage un rendez-vous au Conservatoire de Liège, dans l'appartement que Pousseur occupe avec sa famille, en tant que Directeur du Conservatoire. Et la rencontre a lieu le 3 Juin 1978.
Qui est Henri Pousseur ? Il est né à Malmédy en 1929 et fait partie avec Boulez, Stockhausen, Berio et Nono, de l'avant-garde internationale des années cinquante. Il a entrepris des études musicales aux Conservatoire de Liège, puis de Bruxelles de 1947 à 1953. Ses premières oeuvres témoignent de son admiration pour le sérialisme et pour Webern. A partir de 1960, Pousseur prend ses distances par rapport à l'Ecole de Vienne et au néo-sérialisme. En 1968, il achève l'opéra "Votre Faust", écrit en collaboration avec Michel BUTOR qui participera à l'élaboration des oeuvres suivantes: La Rose des voix (1982), Déclarations d'Orages(1989), le Sablier du Phénix (1993) etc... (N'oublions pas "Le procès du Jeune Chien que je verrai, créé à Liège en 1978")
Pousseur devient en 1970 professeur à l'Université de Liège et fonde le Centre de Recherches et de formation musicales de Wallonie. De 1975 à 1994 (date de son départ à la retraite), il est directeur du Conservatoire de Liège. En 1991 il écrit "Leçons d'Enfer" à la mémoire de Rimbaud et en 1993 une oeuvre qui paraphrase le Dichterliebe de Schumann
Donc ce 3 juin, je me retrouve chez Henri Pousseur avec les deux frères Devresse, Jean-Pierre, et Etienne qui suit des cours au Conservatoire. Pousseur me dit que le livre de Paul Klee sur les rapports Peinture-Musqiue est son livre de chevet. Il a opéré une scission avec Boulez (tiens donc, voir mon article sur Xenakis et Pousseur me confirme le côté dictatorial de Boulez) avec lequel il a été très lié dans les années cinquante.
Son fils peint et au mur il y a une peinture de lui assez proche de Rauschenberg. Henri a aussi deux filles musiciennes, Isabelle et Marianne. Je l'interroge sur le côté aléatoire de sa musique et sur la façon dont il se situe actuellement par rapport aux Post-Sériels. Comme Ben il me traîte d'envahisseur après avoir vu mon catalogue.
Nous parlons de son oeuvre de 1974 "Die Erpröbung des Petrus Hebraicus" créée aux Festivals de Berlin et de Venise. Il vient d'ailleurs de participer à la Biennale et a choisi un plasticien liégeois, Michel Boulanger, pour l'accompagner et exposer à Venise. Il me dit que s'il m'avait connu un peu plus tôt, c'est moi qu'il aurait choisi. Voilà donc comment je n'ai pas exposé à la Biennale de Venise. Il me dit qu'il y a un paradoxe "Xenakis" car il impose à ses musiciens de suivre scrupuleusement la partition de l'Ordinateur. Celà semble le gêner
Et bien sûr, on parle de son grand ami Michel BUTOR; Comme je suis administrateur au Foyer Culturel de Libramont, l'idée folle germe en moi de faire venir Henri pour partager sa musique et ce sera chose faite au mois de septembre, j'y reviendrai. Henri et moi allons rester assez liés pendant des années mais avec des intervalles immenses et uniquement par écrit, en dehors de son unique passage à Libramont, au-dessus de la Banque. Il ne verra donc jamais le territoire de Moircy, occupé dès octobre 1979.
En attendant je continue à préparer l'exposition de mon atelier avec mes élèves
Et je commence à prendre des cours de Karaté le 13 Juin, au Foyer culturel, avec un certain Gérard de Saint-Hubert qui y tient un magasin de jouets "'Gédé Loisirs " et est ceinture noire. C'est le Karaté Wado Ryu, plutôt défensif et très proche de la danse collective, du Ballet, pourrait-on dire, ce qui n'empêche pas l'organisation de combats individuels en fin de séance. C'est très exigeant. Je me souviens de certaines positions-figures, le Zenkutsu, le Kiba-dachi, le Seiken-Choku-Zuki, le Junzuki (poing en avant du même côté que la jambe en avant), le Hidari-Gamae, le Mar Geri (coup de pied de face), l'Uraken (poing avant-arrière)etc... Il est interdit d'utiliser ce Karaté ou du moins certaine passes fatales sous peine de se faire retirer sa licence. Que doit être alors le Karaté offensif.
Cette expérience très intéressante va mal se terminer en fin d'année car lors d'un combat libre, je vais me faire décoller les cartilages des côtes 8, 9 et 10 suite à un coup de pied d'un jeune de vingt ans (j'en ai 41) qui va me mettre dans une telle fureur que je vais l'allonger au sol suite à quelques crochets bien ciselés, un souvenir de mon passé de boxeur. Il se retrouve couché sous moi, terrorisé et bien sûr je m'en tiens là. Mais voilà faut pas m'emmerder. J'en prendrai tout de même pour 3 semaines de repos au grand dam de mes employeurs et je décide de m'en tenir là malgré l'insistance de mon professeur, un peu gêné aux entournures tout de même
Voici le catalogue de la Biennale de Venise 1978 que Pousseur m'a envoyé. Il y présentait "Paraboles croisées" Natures de l'Espace,qu'il me dédicace " pour Christian Vancau qui en sait quelquechose"(de l'espace évidemment)



