Bref dans notre grand taudis commun sous les combles et dans lequel nous sommes des rois, Jacques et moi recevons pas mal de monde er de filles bien entendu. Une des liaisons de J.est totalement discrète, car il s'agit d'une mineure d'âge. Je finis par apprendre quil s'agit de la soeur de Boris R., notre ami commun car J.me met dans le coup. Il veut que je regarde par la fenêtre, pour voir si pendant son tête à rête avec son tendron, que je ne verrai jamais, il n'y a pas de flics postés, au coin de la Place Cathédrale. Il a un côté parano accusé mais il semble que les parents soient aux abois. Je ferai leur connaissance quelques années plus tard, le tendron ayant fini par épouser un de mes amis peintre, un certain Guy V. que je vais rencontrer au cours de danse de Fanny Thibout, Cour Saint-Remy.
Donc Jacques et moi , nous préparons des bouffes l'un chez l'autre, à savoir des baguettes, du fromage, des pâtes et des boites de conseve. De temps en temps je me paie un bon "spiring" (côte de porc plus basse que basse) à la boucherie de la rue Saint-Paul. Et nous invitons des amis. C'est ainsi que je fais la connaissance d'un autre juif, un certain Guy L., qui fait ses romanes, est champion de belgique du 110 m.haies et du saut en longueur, et est, en plus, guitariste, voie qu'il finira par choisir; il deviendra un guitariste classique célèbre. Lui aussi est obdédé par les femmes. Il y a aussi un certain Francis P., un philosophe, qui deviendra assistant à l'université et a un tic repéré par tout le monde et qui consiste à faire continuellement bouger son front de bas en haut en le plissant.
Céline ma nouvelle amie, vient me voir de temps
en temps, mais elle est cloîtrée dans son couvent de puériculture, et les WE, elle rentre chez ses parents, à Spa. Elle n'a que18 ans
Et moi je sors tous les soirs, car c'est impossible de rester dans un lieu aussi lugubre, le soir. Pa même un fauteuil pour lire et un éclairage débile que je ne paie pas plus que je ne paie de loyers. Quant à l'eau courante, elle est sur le palier. Je signale que j'ai une tante bien aimée qui vient de temps en temps m'apporter des provisions
Tous les soirs, je suis en plein "Carré" (voir pages précédentes), je sors et côtoie une faune de paumés et de paumées. Des filles "perdues avec de tout petits cerveaux. Des filles qui sortent mais qui n'aiment pas les hommes. Des allumeuses. Un soir cependant au Wild West, je flashe sur une fille, mais elle est avec un mec, un jeune bourgeois comme moi. Je la trouve superbe. C'est une peintre, ce que je ne suis pas encore ! La Juliette Greco du Carré. Un côté Saint-Germain de derrière les fagots ! Elle semble follement amoureuse de son mec, donc je ne me manifeste pas. Et quelle n'est pas ma surprise quelques jours plus tard de la retrouver assise sur le lit de mon ami Nekrassov et là je lui parle pour la première fois. (Je suis loin de me douter qu'elle va devenir mon amante, sept ans plus tard et encore vingt sept ans plus tard et encore trente et un an plus tard ). On se retrouvera peu après dans la rue; elle habite au Pont d'Avroy au-dessus du Cinéma Palace et j'irai une fois dans sa chambre. Mais elle flirte avec un petit français et son amie Anne-Laure attend vainement que je la prenne dans mes bras. Hélas elle ne me plaît pas...c'est Denyse que
je veux et là...bernique !!! Et dans les dancings règnent en maîtres
les Richard Anthony, Alain Barrière et autres Pascal Danel sans oublier Hervé Vilard
Il y a aussi la fameuse Madeleine, le femme mariée avec qui j'ai flirté chez Brigitte quelques mois auparavant, qui a appris la rupture et qui vient me relancer dans ma piaule. Je l'éconduis car elle ne m'attire pas et puis je suis toujours amoureux de Brigitte.
Quant à Claudine, l'amie de Céline, je ne l'ai plus revue; elle ne m'en veut pas, nous n'étions pas amoureux l'un de l'autre!
Alors pourquoi Céline dans toute cette débauche? Et bien elle me plaît physiquement, c'est comme celà, bien plus que Brigitte, peu-être parce que c'est une blonde aux yeux bleus! Et puis elle est toute jeune, d'un milieu social modeste et non universitaire car j'en ai ras-le-bol des universitaires bourgeoises, compliquées et phalliques. Voici enfin une vraie femme! Elle est aussi moins dangereuse que les autres. Elle semble douce et moi, à vingt quatre ans, je commence à être fatigué de toutes ces aventures sans issues

