Nous voici donc partis en Janvier 1946,
pour un long périple, en passant d'abors par Athus où ma mère a une amie cheftaine qui a épousé le Directeur de Cockerill-Ougrée (Les Gerard), puis par Paris où je vais tout apprendre sur la
conciergerie et la mort de Marie-Antoinette à laquelle ma mère s'identifiera toute sa vie, sans néanmoins aller jusqu'à l'échafaud, étant par nature, plutôt guillotineuse que guillotinée !
Je découvre un Paris de guerre, rempli de militaires américains, anglais et
résistants français et une Seine bourrée de bâteaux militaires. Voici un dessin des bords de Seine, à l'époque. Vachement romantique. Ne vous étonnez pas du
nez proéminent des soldats; c'est que je les ai, dans mes dessins de l'époque, tous transformés en poussins, histoire de dédramatiser. C'est gentil un poussin. Oui, ça tire tout le temps sur tout
ce qui bouge, mais c'est pour rire. Et puis il a les bons poussins et les mauvais poussins.Ce dessin en dit long sur la capacité des enfants à se protéger, en aménageant à leur guise, le
monde réel qui les entoure, quand celui-ci devient hostile et hostile, il l'est toujours un peu, n'est-il pas?? Et quand je dis un peu !
De Paris, nous voici sur la route de Haute Savoie, avec la dame du même non, en voiture, dans quelle voiture, mes parents n'en ont jamais eu? Un taxi peut-être! Nous sommes fréquemment arrêtés
par des soldats, enfin plus ou moins, ils sont habillés en bleu fonçé, des résistants ou des soldats de l'armée de libération? Et pour la première fois, je découvre la montagne. Juste
avant, nous avons fait escale pour une nuit à Evian-les Bains, au bord du Lac Leman, côté France !

