Partons maintenant pour le Sud-Est de Paris. Ma mère qui ne tient pas en place
m'emmène dans l'Essonne, à Every-Petit-Bourg, au lieu-dit "Bois-Briard", chez nos cousins, Antoine Deheselle et sa femme Tante Ponette. Mon oncle Antoine est un fils du deuxième mariage de
mon arrière grand-mère maternelle, Hélène Houget, donc le demi-frère de ma grand-mère maternelle Adrienne (Vous me suivez ?). Il a épousé une française et ils tiennent une ferme. C'est là que je
vais découvrir le monbde rural. Ma première mare, près d'un tas de fumier et mon premier cochon assassiné, n'ayons pas peur des mots, sous mes yeux, a coups de maillet et achevé au poinçon.
J'assiste à tout ,c'est l'horreur. je suis assis sur une meule de foin, la même que celle où je serai, peu après, agressé sauvagement par un coq et à mon tour, dégoulinant de sang; comme si le
Coq avait vengé le Porc ( Le Porc saisit le Vif )
Mais ce n'est pas tout. Les "Deheselle" sont des "Pétainistes, autant dire des
collabos. Alors le grand jeu consiste à essayer de me faire dire "Heil Hitler" en levant le bras, le soir lorsque je monte me coucher. Ma mère feint de protester mais elle est complice. Déjà je
commence à comprendre. Et je refuse de crier "Heil Hitler" mais un soir je finis par céder, tant la pression est forte.Je rappelle que j'ai un père qui est parti en Angleterre, par horreur du
Fascisme, le contraire de ces médiocres-là. Et quel jeu joue ma mère?? La voilà mon éducation bourgeoise! Ils sont jolis ces gens-là !
Mais ce n'est toujours pas tout: Le fils d'Antoine, Eddy Deheselle, beau jeune-homme qui ressemble à Henri Vidal, mais en mieux, en plus mince en tout cas, court après ma mère. C'est la deuxième fois que je vis celà, en l'absence de mon père. Un jour, je vois Eddy la poursuivre dans le salon, ma mère, allumeuse de première, referme sur lui une porte vitrée alors qu'il va la saisir (Oh tu m'as saisi !!), et son bras passe à travers le carreau. Les jours suivants, je regarde obnubilé, à table, le bras blanc d'Eddy car il a dû être plâtré. Ce bras blanc veut dire beaucoup de choses pour moi. Un peu comme l'orange de l'autre, au conservatoire de Liège, le dimanche après-midi. Une main avec une orange, un bras avec un plâtre !

