Bio 38 Saint-Moritz 3
II y a un dortoir. je me souviens d'un grand con, à côté de mon lit, exhibant généreusement, chaque matin, sa pine en "berne" . Je n'avais jamais vu ça et j'étais d'autant plus effaré que j'étais toujours impubère à quinze ans. Il y avait aussi un garçon timide qui se prénommait Denis. C'était le souffre-douleurs. La nuit, les plus âgés se levaient pour lui tremper la main dans un bol d'eau, pendant son sommeil et le faire pisser tout son saoûl. Qui a inventé ce jeu stupide? Mais je vous jure que ça marchait et que le gars se réveillait trempé le lendemain. Pipi au lit ! Marqué à jamais !
Mieux que cela, un jour il répond grossièrement à la professeur d'anglais, le pied-bot. Et le soir dans la salle de récréation, Denis a dû baisser son pantalon devant Directrice, professeurs et élèves et le pied-bot lui a administré une raclée "fesses nues". Voici pour l’éducation sexuelle dans un collège anglais à Saint-Moritz en 1953 !
Heureusement qu'il y avait la glisse quotidienne, dans une neige souvent poudreuse, avec au soleil, des scintillements de pierres fines. Ce n'était tout de même pas le Sana, ni celui de "La Montagne magique " de Mann, ni celui du "Siloë" de Paul Gadenne !
Alors, il y a eu les vacances de Pâques et tout le monde est rentré dans sa famille, sauf moi. Je me suis retrouvé seul, une fois de plus, à échanger quelques rares phrases avec John Bird, beau grand jeune-homme classieux, comme dirait Ginsbar, inséparable de sa mère, l'incontournable Mrs.Bird. Et je me suis promené dans les montagnes de printemps, à la recherche des chevreuils, avec mon appareil photo de l'époque, un Agfa Box.
Parfois je prenais le bus, pour descendre dans la vallée de l'Engadine, à 1800 mètres. Des noms sonnent encore à mon oreille, comme des clochettes de traîneaux: Campfer, Silvaplana, Pontresina, Sils-Maria, Piz Nair, Piz Maloya, Muotas Muragle, Diavolezza. Sur les lacs glaçés, les anglais jouent au "Curling". La population locale parle le Romanche, un dialecte alémanique. Il y a un côté carte postale "Merry Christmas", traîneaux à la Jivago, Santa Klaus de rigueur, pralines aux étalages kitsch des "Conditorei". Bref, très schleu finalement, les Grisons!
Ce qui me frappait, c'était l'ombre précoce dans la vallée de l'Engadine, dés quinze ou seize heures, provoquée par les montagnes saillantes environnantes. Je n'aimais pas ce soleil court dans le fond de la vallée. Alors je remontais vers mon collège-villa, pour m'y dorer en terrasse au soleil couchant !
Et puis, il y a eu une visite de ma mère pendant ces vacances de Pâques, une véritable catastrophe, qui a duré trois jours. Trois jours de bagarres ! A l'origine, une anecdote qui peut paraître stupide. Elle m'avait tricoté un pull en grosse laine, d'un bleu électrique pètant, absolument difforme, manches trop longues, épaules tombantes, dont la base m'arrivait presqu'aux genoux. Bref inmettable et j'ai donc refusé de le porter. Ma mère l'a très mal pris. Elle avait passé des journées à me tricoter ce sac à pommes de terre et je refusais d'être transformé en topinambour. Obstinément. Ma mère, en effet, tricotait des pulls déformés à ses hommes (mon père et les trois garçons car nous étions trois, mes deux frères étant nés en 1946 et 1950 ), nous achetait des chemises à pointes de cols tordues et des pantalons difformes, qu'elle nous avait appris à repasser, en nous les faisant allonger, bien pliés, sous nos matelas, le soir, avant de nous coucher; une corvée ménagère en moins pour elle . Bref elle nous rendait "laids". Mon père lui, s'en foutait complètement. Pourtant il n'était pas laid du tout (comment dire le contraire alors que tout le monde a toujours affirmé que je lui ressemblais) mais habillé par ma mère, on aurait pu le planter au milieu d'un champ de blé, en guise d'épouvantail à moineaux. D'autant plus étrange comme attitude maternelle, que ses frères s'habillaient très anglais, très "chic", très"smart", très "Oxford", comme ils disaient ces cons. Et pourtant c'était tout de même mon père et non pas eux, qui avait passé cinq ans en Angleterre. Allez comprendre ? Je me souviens très bien de mon père, le veston de travers, le pantalon froissé avec "de l'eau dans les caves ", la cravate mal nouée, le noeud en oblique et surtout, toujours, au moins une des pointes du col de sa chemise débordant sur le revers de son veston








