C'est en redescendant du
Ventoux que pour la première fois j'ai abordé le plateau du Contadour (en février 2009), car je voulais absolument vivre les paysages de Giono. Il faut prendre à gauche après Sault en direction de "Les Redortiers", Revest du Bion et Saint Trinit lorsque l'on roule dans la direction de St Christol
Posé au milieu de majestueux paysages qui ont inspiré le grand écrivain Jean Giono-, plateau vallonné à perte de vue, planté de pins,
sapins et chênes verts-le Contadour n'est plus aujourd'hui qu'une grappe de vieilles fermes et granges plus ou moins restaurées, en activité ralentie: une stère de bois qui attend l'hiver, un
chien assoupi, un vieux qui cueille les pommes de son jardin, un camion abandonné qui rouille sous les sapins
Si le plus grand charme de
Redortiers le Contadour réside dans ses paysages, l'aspect culturel n'est pas absent ave la découverte du village primitif de
Redortiers, qui était encore peuplé au XVIIe siècle, par un chemin avec vue sur les monts de Vaucluse et le Mont Ventoux. J'ai d'ailleurs été à deux doigts d'y rester embourbé dans la neige,
ayant pris le risque de l'aborder alors qu'un écriteau m'indiquait clairement que des pneux-neige étaient indispendables
Redortiers était
traditionnellement un lieu de rassemblement où l'on comptait les moutons avant la transhumance. Son immense territoire pastoral lui permet d'ailleurs de continuer l'élevage des moutons
Silence, nature sauvage, air pur, on conçoit que Redortiers le Contadour ait pu inspirer le grand Giono, qui y posséda longtemps une vieille bergerie
C'est dans cet environnement que Giono fonda
un groupe pacifiste. C'est là, en effet qu'un groupe d'une cinquantaine de marcheurs guidé par Giono, s'installa le 3 septembre
1935. Car Giono fit une mauvaise chute et contraignit ses compagnons à s'installer sur place en dormant dans des granges, sous la tente ou à la belle étoile. Le séjour fût magique grâce au talent
de Giono le conteur, qui émerveillât son public avec sa verve naturelle, ses histoires de bergers et d'étoiles. Nous sommes à l'Est de
Sault et au Nord du Plateau d'Albion

Redortiers, haut-lieu de la
Résistance
"Alors un beau
matin, sans rien dire,
la colline me haussa sur sa plus belle cime,
elle écarta ses chênes et ses pins, et Lore m'apparut au milieu du lointain pays
Elle était vautrée comme une taure dans une litière de brumes bleues" (Jean Giono)
La montée vers Redortiers (ou vers Revest-du-Bion, je ne sais plus), franchie de justesse dans une
neige verglassée, sur une route non-fréquentée, et sans pneux "neige"
Au loin à l'Ouest le Mont Ventoux
A l'Est la Montagne de Lure
Et au Sud-Est le plateau d'Albion et Saint Christol
Les Ren
contres du Contadour sont des réunions annuelles qui se déroulèrent de septembre 1935 à septembre 1939,
à l'initiative de Jean Giono, au lieudit Contadour, sur la montagne de Lure, à une dizaine de kilomètres de Banon, en Haute
Provence. Bien qu'ayant connu une fin abrupte et désanchantée à l'annonce de la guerre, ces rencontres marquèrent une partie de la vie et de l'oeuvre de
l'écrivain
En 1935,
Jean Giono publie "Que ma joie demeure". Dans ce livre, le héros Bobi, transforme la communauté aigrie du plateau Grémonéen leur apportant le bonheur smple. Ce roman trouve très vite un
écho favorable auprès d'une partie de la jeunesse qui, parallèlement se reconnaît rapidement dans la pensée de l'auteur: l'opposition entre la vie simple et pure à la campagne, l'artisanat, et la
ville avec ses usines et ses machines-outils qui détruisent l'homme.
Le Contadour devient un lieu de bien-être, on y vit en plein air, on
y discute, on y lit, on y écoute de la musique, on se promène sur les étendues désertiques en refaisant le monde. Ce monde idal rêvé par tous est enfin réel, au milieu des collines, des forêts de
pin, de la lavande et des hautes herbes. Les quinze jours que durent ces réunions permettent de quitter la vie trépidante menée d'ordinaire par le groupe, composé principalement d'intellectuels
parisiens.
Entre ces rencontres, Jean Lescure en 1936 popur les premiers numéros
puis Lucien Jacques, l'ami de toujours de Giono, publient les "Cahiers du
Contadour"
Le Contadour est aussi un lieu de réflexion. Jean Giono devient
progressivement, sans l'avoir trop voulu, une sorte de maître à penser, entouré de disciples toujours prêts à l'écouter et à suivre ses conseils. Cette époque est pour Giono, celle du
militantisme pacifiste. Dans ces rencontres le seul point sur lequel il est impossible de transiger, c'est l'amour de la paix. Les menaces de guerre amènent à des réflexions sur la conduite à
tenir si le conflit se déclenche. On pense à se retrancher sur les hauteurs bas-alpines, à vivre en autarcie, on souhaite des actions mais Jean Giono évite de donner des réponses toutes faites.
Il ne veut pas être le directeur de conscience de ses amis, même s'il est profondément pacifiste. Son métier c'est d'abord d'écrire
En septembre 1939 , la réunion se voit interrompue par la déclaration de guerre. Ce sera la dernière, avec au bout du compte un désenchantement et une forte
désillusion

