Avertissement; Tous les articles (présents et à venir) de mon Blog concernant Françoise Lefèvre ont été élaborés en étroite collaboration avec elle, au cours de multiples dialogues entre l'Ecrivain et Christian Vancau, après que celui-ci ait lu au préalable ses 18 livres actuels et bien d'autres documents et articles de presse
Françoise Lefèvre est née à Neuilly le 22 novembre 1942. Elle vit aujourd'hui en Bourgogne et a 4 enfants.
C'est à l'âge de 29 ans que Françoise Lefèvre quitte son poste d'ouvreuse à l'Olympia, pour se lancer dans l'écriture, et ce, grâce à l'Editeur Jean-Jacques Pauvert, qui reconnait immédiatement son talent et lui fait confiance
"Porter à son visage, pour le sentir, un drap frais repassé. Verser sur le dos de sa main un peu de lait, pour vérifier que le biberon n'est pas trop chaud. Fermer les volets, lentement, jusqu'à trouver l'angle où ils laisseront passer la lumière de l'été mais pas sa brûlure. A ces gestes humbles, indispensables à la continuation du bonheur, à ces gestes inaperçus même des anges, il faut ajouter, après avoir lu Françoise Lefèvre, le geste d'écrire... (Christian BOBIN)"
Tout commence ici, en 1974 avec la publication de son premier livre "LA PREMIERE HABITUDE"

Voici ce qu'en dit le critique Pierre Démeron dans Marie-Claire:
"Françoise Lefèvre est une manière de phénomène exotique dans nos lettres. Elle apparut un jour chez Jean-Jacques Pauvert, maigre à force de dénuement, abandonnée après 7 ans de vie aventureuse et difficile par un amant peintre avec, pour tout viatique un "débrouile-toi" et deux enfants dont la misère l'avait obligée à se séparer. Son amant l'avait quittée après la guerre des Six Jours pour rejoindre Israël. Théodore Herzl n'avait sans doute jamais songé que le sionisme pût un jour servir à un homme d'alibi pour abandonner une femme et ses deux enfants et partir avec une autre pour la Terre Promise ! Ex-petite comédienne, en attendant d'hypothétiques rôles à la TV, elle était ouvreuse de cinéma
"C'est à cette époque, écrit-elle dans Un Soir sans Raison, que le miracle eût lieu. Une jeune femme que je connaissais à peine, mais que le récit de ma vie miséreuse et vagabonde auprès de mon artiste peintre avait frappée, me dit qu'un éditeur de sa connaissance s'intéressait aux "témoignages de femmes"....
Deux jours après, je montais les marches usées d'un vieil immeuble de la rue de Nesles. On m'ouvrit. Je me retrouvais dans une pièce, très haute de plafond, entièrement tapissée de livres. Ou plutôt hérissée de livres. Il y en avait partout. Sur la cheminée, le bureau. Sur le rebord des fenêtres. Sur le sol. Derrière des piles de manuscrits, un homme apparut, grand et mince, des lunettes, le front dégagé, il avança vers moi, me tendit la main et m'invita à m'asseoir. C'était Jean-Jacques PAUVERT. De lui je ne savais rien. Sauf qu'il avait découvert Albertine Sarazin dont il avait publié les écrits alors qu'elle était en prison. Ce fut un succès extraordinaire et on en parlait beaucoup à l'époque. Je lui dis que je trouvais fabuleux une telle revanche après avoir mené une vie de galère. Et terrible qu'elle soit morte si jeune sur une table d'opération à cause d'une faute d'anesthésie au cours d'une intervention chirurgicale mineure sur l'astragale, petit os du pied qu'elle s'était brisé en sautant le mur d'une prison. L'Astragale était d'ailleurs le titre de son premier livre. Je ne savais rien d'autre. Je savais seulement que Jean-Jacques Pauvert m'écoutait, un peu comme un médecin qui ne dit rien et qui vous écoute, tantôt en baissant les yeux, tantôt en vous regardant pour vous encourager à continuer. Je savais ausi que je devais reprendre mon service d'ouvreuse dans un peu plus d'une heure. Il demanda:-Et vous? Je lui racontai ma galère à moi, avec l'artiste-peintre, la roulotte, l'errance, le froid, la faim, le dix-huitième étage du Val-Fourré, les enfants. Et aujourd'hui la séparation avec les enfants, les minables boulots, l'absence. J'ajoutais que jamais de moi-même, je n'aurais osé solliciter une rencontre auprès d'un éditeur, d'autant que je n'avais rien écrit. Je me sentais écrasée par le souvenir de ma courte et exécrable scolarité; et puis, j'était totalement inhibée par les fautes d'orthographe que je commettais à chaque mot, à chaque ligne...Il rit et me dit que l'écriture ce n'était ni l'orthographe, ni les règles de grammaire, l'écriture c'était autre chose. C'est une voix...Au moment de nous quitter, il ajouta simplement "Ecrivez une dizaine de pages de ce que vous m'avez raconté de votre vie avec cet artiste peintre. L'ordre importe peu...Ecrivez comme vous avez envie d'écrire...Et apportez-le moi ! Je vous donnerai une réponse très vite !"
Editeur-sourcier, Jean-Jacques Pauvert, le découvreur d'Albertine Sarrazin, à l'écouter, mit vite jour à une personnalité rare "Ecrivez-donc tout celà", lui dit-il

Ce qu'elle fit à la lueur d'une chandelle dans une minuscule chambre de la Bastille - mais oui je n'invente rien -. Ce fut "La Première Habitude" qui, effectivement, révélait chez cette jeune femme, qui avait quitté l'école en 4e et n'avait jamais lu un livre, un don et un goût d'écrire auxquels d'ailleurs elle allait consacrer par la suite une longue méditation littéraire, "L'Or des chambres"
Consacré aussitôt par la critique et le succès, La Première Habitude allait dépasser-toutes éditions confondues-les 100.000 exemplaires et Françoise Lefèvre avoir les honneurs du Livre de Poche..."

Publié en 1974, aussitôt couronné par le grand prix des Lectrices de Elle, La Première Habitude, raconte la désolante histoire d'un fol amour pour un peintre volage, amour qui dura sept années vécues dans la misère, suivies d'un abandon tel que les deux enfants nès de cet amour, deux filles, devront être placées, pendant un certain temps, loin de leur mère. L'écriture, dans une chambre glaciale de la Bastille, y tient lieu et place de sauvetage et dépasse le témoignage pour atteindre à ce que Françoise Lefèvre nomme elle-même une rédemption
"Mon habitude ressemblait à une marche le long d'un chemin bordé de sapins. J'avais vingt ans. J'avançais avec la force de ceux qui savent tirer des traîneaux, corsage ouvert sur le givre, le froid planté comme une lame dans les gencives. Rien ne m'importait que d'avancer. Le ciel était bleu. La cîme de cristal des sapins le transperçait comme le cri d'un alleluia. Il faisait froid"
"Je revois Saint-Jean de-Luz, je la sens, je la hume. Elle a une odeur d'océan et de thon, je revois la vente à la criée sous le soleil, tôt le matin: une montagne de thons morts. Leurs ventres glissaient les uns contre les autres en éclaboussant de sang nos pieds nus"
" Ce soir Raphaêl me peindra à demi-couchée en travers du port, un coude appuyé sur la Baie de Socoa. Il me coiffera d'un casque de Walkyrie. Mes cheveux s'envoleront autour des cornes. J'enserrerai un thon entre mes cuisses"
"En cette seconde même, je ressens comme un divorce entre Raphaël et moi. J'aurais voulu qu('il ne me laisse pas rentrer seule; J'ai besoin qu'on vienne à ma rencontre et j'ai besoin d'aller à la rencontre; j'ai besoin d'un rendez-vous. J'ai besoin de savoir que l'autre escalade un versant de la colline pendant que j'escalade le mien de mon côté"
" J'imagine que le seul être qui aurait pu m'expliquer Saint-Jean-de-Luz et mes sept années aux côtés de Raphaël aurait été un grand-père. S'il avait existé quand j'étais petite, j'aurais grimpé sur ses genoux, j'aurais bien calé ma tête contre sa barbe et j'aurais écouté. Sans doute j'aurais été sa préférée et il m'aurait fait croquer un morceau de sucre à peine trempé dans un alcool blanc. Il aurait été un beau grand-père, un peu cosaque et m'aurait dit "Viens ici Douchka, ma petite âme, toi aussi tu connaîtras des hommes !". Et voilà avec son grand mouchoir il aurait essuyé mes larmes et m'aurait remise vivement par terre. Nous aurions ri et tapé dans nos mains en les croisant à chaque fois"
"Nom de Dieu, les rats ! J'avance à mon tour et je vois, perchés sur une malle en osier dans laquelle restait du sucre qui devait servir à la fabrication de la limonade, trois rats énormes qui ne s'enfuient même pas. Ils ont approximativement la grosseur de chats. Ce sont des rats d'égoût luisants et qui bavent "
"Même sans prendre un crayon, j'ai toujours écrit. Écrire est devenu pour moi une manière de combler le temps entre l'intolérable naissance et l'intolérable mort. Rencontrer des gens, c'est écrire. Faire l'amour et mettre au monde des enfants, c'est écrire. Ma vie avec Raphaël et après lui, ce fut dix années d'apprentissage de l'écriture. Je ne le savais pas. Ce que je lui donnais, c'était pour moi des milliers d'avortements. Je ne savais pas ce qu'il y avait de dangereux et de magique à infuser à quelqu'un par le biais de l'amour toutes les pulsions de mort et de vie qui étaient en moi. Lui en faire don, c'était accepter de n'avoir plus de chance. Je donnais ma langue, je devenais muette."
Témoignages
On ne peut ignorer plus longtemps un livre qui découvre à la fois une personne et le style qui lui convient...La fureur de vivre anime ce récit rédigé avec une perfection et un raffinement exemplaires. On ne peut pas faire plus belle entrée en littérature (Jean Freustié, Le Nouvel Observateur)
"L'OR DES CHAMBRES," le deuxième ouvrage, dès 1976, toujours chez Pauvert, opère comme son titre invite à le penser, une alchimie. Une vaste réflexion sur l'écriture traverse en outre ces pages dont plusieurs ne dépareraient pas les meilleures anthologies
Il transmue l'absence en caresses

"Comment raconter les odeurs, le toucher, Et ces choses simples: les bruits de la pluie dans les petits cours et celui du vent. Comme elles me pénètrent de leurs voix silencieuses. Comme elles me font et me défont. Elles sont gestes d'amants, le sais-tu? Elles sont les caresses de l'absence
"Ce titre de "L'Or des chambres" clos sur lui-même et, dirais-je, couché en rond comme quelqu'un qui voudrait s'endormir, je l'ai choisi parmi les mots qui reviennent sans cesse avant le sommeil, quant tout est calme enfin, et que nous captons sous nos paupières un peu de cet or qui fait de nous des chercheurs d'éternité "
" L'écriture ressemble à l'attente. Et l'attente est bleue. Froide comme le bleu des membres bleuis. Elle laisse derrière la porte celle qui écrit. On ne comprend rien à ce rendez-vous, à ce baiser d'aveugle. On ne peut l'éviter pourtant. On pressent que la mort sera comme ce vide au bout des doigts "
"Un jour retrouverai-je le rire qui ne se casse pas? Dirai-je à un homme que je voudrais venir dans sa maison? J'avancerai à pas de loup le long de ses murs et ferais le cri d'un animal. Cri de loup ou cri de chouette. Il viendrait me chercher. Il saurait que j'ai besoin d'un abri "
"Alors je voyagerai sur les tuiles de la maison. Je toucherai du doigt le portail et le fermerai, comme il se doit quand le soir tombe. Je m'assoirai quelques instants sur les marches du perron et rendrai grâce à la nuit d'être bien née. Je demanderai que celà dure et que jamais je ne perde un seul de mes sens. Je rendrai grâce et prendrai de la terre dans mes mains et m'en frotterai toute la peau. Je la respirerai et n'oublierai pas qu'elle sera ma dernière couche"
Temoignages:
"...Cris dignes d'une anthologie des chagrins d'amour comme :"Qui n'a écrasé sa langue contre les murs ne sait rien de l'absence"...Avec L'or des chambres, Françoise Lefèvre renoue avec la famille injustement oubliée de Marcel Schwob et de Maurice Maeterlinck "(Jean Chalon. Le Figaro)
"...Sourdes explosions d'une sensualité qui se colore de toutes les nuances de l'érotisme, mais aussi gris de la liberté neuve enfin trouvée grâce à un instrument de transformation du monde et du coeur vieux comme eux: la parole poètique" (Madeleine Chapsal. L'Express)
Le troisième roman "LE BOUT DU COMPTE" toujours chez Pauvert, en 1977, met en scène l'enfance, la naissance de la voix, la panique de l'abandon et ressuscite le père d'adoption, celui qui l'a adoptée et s'est occupé d'elle comme il l'a fait de ses quatre autres filles. Cet homme rencontra la mère de Françoise pendant la guerre, il l'aima éperdument. Il luit offrit de l'épouser et de donner son nom à son enfant. Pour assurer l'existence de la famille, il renoncera à devenir professeur et s'engage dans l'armée qui à l'époque occupait l'Allemagne vaincue. Après la guerre d'Indochine, il prendra un poste dans l'Education nationale
"On avait découvert son cadavre dans les montagnes au-dessus de Béziers. La mort remontait bien à un mois "Pour ne pas choquer le enfants, j'accomplirai ce dernier geste loin de Paris" Lui qui avait mis toute sa conscience pour que nous n'attendions pas et que la famille touche l'argent le plus rapidement possible, il n'avait pas prévu que durant quatre semaines la neige recouvrirait son corps. Ce fut un chauffeur de car qui le découvrit à la fin du mois de mars pendant la fonte des neiges. Sur son siège il était un peu en hauteur et il remarqua un homme qui dormait dans une prairie, contre un fourré non loin de la route. Quand il refit le trajet en sens inverse, il s'étonna de voir que le dormeur était toujours là.
Mon père si prévoyant n'avait pas songé à la neige. Elle dut commencer à tomber au moment où il s'écroulait, et recouvrit très vite son corps, sa sacoche et son revolver"
"Ainsi on peut partir un jour? On peut saisir son revolver sur la dernière planche de l'armoire et le glisser dans sa sacoche, et acheter un billet de train. Tout mettre en oeuvre pour que la famille ne soit pas inquiétée. Régler le moindre détail. Etre certain que l'assurance n'exclue pas le suicide. S'en informer sans éveiller les soupçons. Pourvoir jusqu'au bout; en bon père de famille"
Des années plus tard Françoise refera le dernier voyage de son père:
"Il est des voyages qu'on ne peut faire que seule. Ainsi c'est une fièvre violente qui me pousse sur le quai de la gare d'Austerlitz, cette gare d'où mon père posta sa dernière lettre. Je prends le train pour Béziers. Puis je prendrai le car pour un petit village. Il fit de même il y a treize ans. Qui rencontra t'il dans son compartiment? J'aurais aimé qu'il rencontre une femme qui le détourne de son chemin. Une femme qui l'écoute, le prenne par la main, le baise sur la bouche, le fasse bander. Une femme qui l'entraîne dans un hôtel de fortune, près d'une gare. une femme qui le fasse descendre du train avant Béziers..."
"L'indécence ce n'est pas la chair heureuse. L'indécence c'est la mort. C'est la semence, le foutre sacré qui ne jaillira plus. L'indécence, c'est lorsqu'il ne s'est trouvé personne pour vous aimer jusqu'au bout. Lorsque personne ne vous a baisé le front, les mains, les pieds, le sexe"
Témoignage:
"On savait que Françoise Lefèvre avait à profusion le don d'écrire. On découvre cette fois qu'elle a celui de se taire ou plutôt de suggérer, plus subtil et peut-être plus difficile. Certes on retrouve l'exubérance sensuelle qui avait séduit dans La Première Habitude, le sens charnel de la terre, le sentiment incorruptible d'être bénie, d'avoir la chance pour elle, qui lui permit sans doute de survivre à ce qu'elle avait vécu et qu'elle racontait dans son premier roman: la faim, le froid, les rats, et, au bout du compte, l'abandon" (Pierre Démeron, Marie-Claire)
En 1985, Françoise publie "Mortel Azur" qui sera traîté dans l'article suivant. Son 4e roman
En 1990(cinq ans plus tard) c'est "LE PETIT PRINCE CANNIBALE", son 5e roman qui paraît chez "Actes Sud" cette fois et est couronné par "Le Goncourt des Lycéens"
"Femme déchirée, écrit Hubert Nyssen son éditeur d'Actes Sud, femme dechaînée, la narratrice de ce livre est, avec toute sa passion, un écrivain qui tente de raconter l'histoire de Blanche, une éblouissante cantatrice que la mort ronge vivante. Mais elle est d'abord la mère de Sylvestre, l'enfant autiste(né en 1982 )qu'elle veut à tout prix faire accéder à la vie et au monde des autres. Or le petit prince cannibale en ce combat dévore les phrases, les mots de la mère écrivain. et dès lors c'est un véritable duo concertant qui s'élève dans les pages du livre entre deux voix, entre deux femmes, l'une, superbement triviale, s'affrontant à tous les interdits et préjugés qui menacent son enfant, l'autre, la romancière, rauque et passionnée, dont les espoirs et les désespoirs se mêlent à ceux de Blanche, son héroïne. Sortant elle-même d'un long silence, François Lefèvre fait retour à l'écriture avec ce texte flamboyant, inclassable "
Hubert NYSSEN Fondateur d'Actes Sud (Arles(décédé en 2012))
Extraits du "Petit Prince Cannibale" :
Françoise Lefèvre s'adressant à son enfant: "Ce n'est pas tant la mère que tu asphyxies, c'est l'écrivain. Personne autour de moi n'en tient compte..."

"Tout est fait dans notre société pour brutaliser le sentiment maternel. Tout est fait pour qu'on se retrouve dépossédée. Les mains vides. Il faut oser aimer le petit enfant et oser le dire"
Le nouveau-né s'était calmé dans mes bras, consolé par le lait mais plus encore par la tendresse. Par instants, la monodie que je fredonnais s'arrêtait net, tant j'étais obsédée par le souvenir d'autres femmes qui n'avaient pas eu ma chance, poursuivie par le regard de ces femmes africaines dont les nourrissons morts-vivants aux yeux remplis de mouches tètent les seins vides. Et tandis que je circulais dans la pénombre avec le poids de ce bonheur, lourd comme un chevreau endormi, revenaient me hanter les fantômes de ces mères qu'on poussa dans les chambres à gaz avec leurs enfants. Afin qu'ils aient moins peur et ne pleurent pas, elles trouvèrent la force de les porter, leur cachant le visage contre elles, puisant dans leurs entrailles l'ultime ressource de leur chanter une dernière fois, jusqu'au bout, la plus effroyable des berceuses..."
"Ma liberté c'est de retourner à Blanche. Parler de Blanche. Devenir Blanche. Mourir entre l'eau et les arbres. Muette sous le ciel blanc. Muette de ne pouvoir dire l'amour dont j'ai été sevrée. Le lui faire dire à elle...Il y a en moi des paupières à jamais fermées. Des ailes à jamais rognées. Quelque chose d'une chouette effraie comme celles qu'on clouait aux portes des granges. Témoin solitaire de grands mouvements d'étoiles. Sentinelle à vif contenant ses larmes nocturnes..." 
Hugo HORIOT(né en 1982)
"J'ai attendu aujourd'hui pour comprendre que peu d'êtres jouissent de l'écho d'un train qui passe. Du carillon d'une église. Du vent. De la pluie. De la nuit qui vient. La lumière soudaine sur un mur. La main d'un enfant qu'on va chercher à l'école. L'odeur du froment dans son cou. Son rire auprès des ronciers qui débordent sur le chemin. Ses doigts, ses lèvres, sa langue tachés de violet. Et puis ce parfum d'automne dans l'humus que je ramasse pour eux et qu'ils viennent renifler dans ma paume..."
Laissez-moi survivre encore dans votre livre génial et atroce. Je suis en larmes. Vous m'avez atteint au coeur, vous qui nous donnez votre chair vivante, vous qui luttez pour un enfant que j'aime, vous qui parlez avec des mots charnels : vous avez retrouvé dans ce bouleversement, dans votre épuisement, le regard de Sylvestre, ses cris, son absence sa réalité
Vous l'aurez sauvé, vous êtes entré dans sa logique, dans son trouble, parfois dans ses propres mots. Il n'yavait que vous qui puissiez donner à Sylvestre ce don quotidien, ferment de votre écriture subtile mais apprivoisée. Je suis bouleversé mais je savais que vous pourriez faire naître Sylvestre dans vos mots, un petit être perdu dans son existence bousculée, mais risquée
Françoise je ne suis rien devant vos pages, comme inutile et vous nous ouvrez un secret où je ne me sens qu'un pauvre être déchu, désemparé mais qui vous aime puisque votre maternité quotidienne nous restitue une douleur sans nom mais avec la figure soudain paisible de Sylvestre
Je vous embrasse avec ferveur et émotion (Jean Cayrol)
"J'ai souvent été agressée ou totalement ignorée par des gens aigris. Ce sont les mêmes qui ne se réjouissent jamais. Ni d'une naissance. Ni d'un bonheur qui vous arrive. Ni des progrès d'un enfant autiste. Ni surtout du livre qu'on vient de publier. Ils vous reprochent votre verve. Votre vie. Votre lyrisme. Très mauvais, le lyrisme. Et bien sûr ils sont écoeurés par votre érotisme "débridé". Je pense qu'en d'autres temps on m'aurait enfermée. Je me souviens de l'odeur des cachots. A l'opposé, c'est réconfortant d'être reconnue de son vivant, de toucher des êtres qu'on n'aurait jamais rencontrés et qui sont émus et vous le disent.C'est comme si cette violence qu'on se fait à soi-même pour écrire seulement une page trouvait enfin un écho. Alors on revoit défiler toutes ces saisons où l'on s'est empêchée de vivre. Combien d'après-midi ensoleillés derrière les volets ? Il y a tant de retrait, d'enfermement dans l'acte d'écrire que c'est étrange d'imaginer toutes ces pages ayant leur propre vie. Infusant à d'autres êtres une force bénéfique, alors que pour les écrire on s'est privée de tout.
On ne trompe pas l'écriture. On ne bafoue pas la page blanche. On ne peut pas tout au long d'un livre porter un masque et s'en tirer par une pirouette. Inventer une minable intrigue au moment où l'on allait dire l'essentiel. Et l'essentiel, c'est le désir. L'épouvantable désir. L'absence. Le vide. Le néant. Tout ce désir sans objet. Ce désir fou qui fait dire : "Je suis vivante. Je suis vivante !" Mais il n'y a personne. Alors qu'on voudrait s'empaler sur un Dieu. Hier, dans la nuit, regardant les étoiles, j'aurais aimé me souvenir d'un amour. Je me disais que la fin de la vie ne pouvait conduire que sur une route aride et déserte. Jonchée d'amours mortes. Mieux vaut s'y préparer. J'aurais sans doute, au moment de ma mort, l'impression d'être blanche. Blanche de désirs avortés. Blanche de caresses non reçues. Blanche comme le nom de Blanche. Longtemps, j'ai pensé que l'écriture ne pouvait naître que dans une prison. Une forteresse. Il y a sans doute un cachot en moi. Je suis toujours ramenée à ce lieu de douleur. D'enfermement. Depuis quelque temps, je rêve d'une écriture blanche. Vide. Froide comme le marbre. Une écriture de constat. De registre. De greffier ou de médecin légiste. Une écriture sans passion. Une froide écriture vidée de son sang. De ses nerfs. Etincelante comme la neige sous une lune gelée. De justes mots glacés comme le diamant. Une blanche écriture comme les ossements blanchis au soleil. Une écriture de désert. Mais voilà que grillent de chaudes tartines et me bouscule le museau des enfants tout saupoudré de chocolat râpé. Un air léger au piano s'échappe d'une fenêtre. Je m'interdis de penser que les heures présentes sonnent le glas. Enfants qui puisez et m'épuisez, comment ai-je pu vous mettre au monde ? De quelle moelle vous ai-je nourris pour que vous trouviez la force de courir, de rire, de rêver ? Parfois vous me rendez des bribes de ce que vous m'avez pris. Des brins d'herbe. Des boutons d'or. Des baisers. Mais vous ne me rendrez pas cette dent qui vient de tomber. Ni un ventre lisse. Je roule avec vous dans la prairie sous un ciel de nuages. Je suis amoureuse de la prairie. Ses herbes chantantes. Son bestiaire secret. Amoureuse du roulis des grandes berces sous le vent, de l'or vivant des blés. Pourquoi est-ce contre la terre que je retrouve un si grand apaisement et toutes mes forces ? Je ris avec vous dans le vent qui fait parler les arbres. Je voudrais que nos rires secouent les étoiles. Que nous fassions semblant d'être foudroyés par l'orage. Et riions d'être si vite ressuscités."
Extrait du Petit Prince cannibale (Actes Sud, 1990)
Voici Hugo Horiot aujourd'hui. Hugo a 30 ans, est comédien, écrivain et réalisateur de films-video
Ses liens sont:
Sur Facebook : http://www.facebook.com/hugo.horiot
Sur My Space : myspace.com/hh production.
Sur Dailymotion, voyez à Hugo HORIOT, les 4 épisodes de Nicolas VERDOYANT
Nouveau blog de Hugo HORIOT: http://www.facebook.com/l/a409b;hugohoriot.blogspot.com
Voici un message pour lui que m'a envoyé ce matin, sa maman Françoise Lefèvre:
"Aujourd'hui tu as 27 ans. Tu es comédien et auteur de courts métrages. Tu écris aussi
Tu t'appelles Hugo Horiot
Tu sais la vie, c'est un peu comme la traversée du Vendée-Globe. Alors, bonne route, Hugo.
Bon vent. J'ai adoré être ta mère ".
FL
Les photos de scène sont de François Sternicha Ci-dessous, dans Marie-Tudor de Victor Hugo au Théâtre du Jour à Agen
Dans "La Fausse Suivante" de Marivaux. Ces photos ont dû êtres retirées suite à la très collaboratrice et élégante menace de leur auteur Clovis Gauzy, éclairagiste du spectacle, qui m'en demande 132 Euros de droits d'auteur sous peine de porter plainte en justice. Merci à lui ! Il y a des gens comme moi qui essaient de faire quelque chose de beau, pour porter l'oeuvre de qualqu'un d'autre, gratuitement, et il y en a d'autres ......



Hugo a réalisé en 2011, un documentaire sur un peintre anartiste belge, Christian Vancau, l'auteur de ce blog et des articles sur l'oeuvre écrit de sa maman. "Homme de Boue, Homme d'argile, le vieux con qui ne se rend pas", film tourné en juin, à Moircy en Belgique et projeté à Paris-Bastille, en avant-première, en octobre 2011. Voici le DVD. Il dure 24 minutes
En 2013, il publira son premier livre "L"Empereur c'est moi" aux Editions Les Arènes, Collection l'Ionoclaste, rue Jacob à Paris

Hugo et sa maman Françoise Lefèvre, ce 28 mai 2013 aux Editions Les Arènes, au 27 de la rue Jacob à Paris

A suivre...


