Il s'agit en fait de construire un parc de
structures contemporaines dans lequel les ouvriers pourront se délasser et converser pendant leurs heures de pose. C'est le SALON
D'ETE. L'ensemble du salon d'Eté s'inscrit dans un rectangle de 58 x 46 mètres. Sa superficie au sol est d'environ 1800 m2. Il est conçu pour évoquer l'entour d'un paysage arborescent ou,
plus exactement le simulacre d'un tel site à partir d'une algèbre mentale qui, prenant vie propre et corporalité, s'épanouit en la forme d'un paysage déconcertant. Tout le site et son sol sont
partout sculptés et historiés de peintures en blanc, noir et bleu. Y sont utilisées des peintures polyuréthane employées pour les signalisations peintes au sol des aéroports et sur lesquelles on
peut marcher sans dommage.
Au centre est un bassin de 300m2 de contour capricieux et dont le fond est sculpté et peint en même façon que le reste,
avec des éléments de reliefs différents dont les uns émergent et d'autres affleurent ou sont immergés. Y court une eau turbulente. Il est entouré d'un ample dispositif dont le sol présente aussi
des niveaux différents et des cheminements labyrintiques menant à des petits lieux à demi-distincts et refermés, où s'asseoir et converser. De nombreux éléments à hauteur de siège permettent à
trois cents personnes d'y être assises en même temps. Des murs sinueux qui, par endroits, s'élèvent autour, enclosent l'ensemble en abritant des regards, du soleil et du vent. La
hauteur varie de trois mètres à cinq mètres. S'érigent en outre, ici et là, des éléments en façon de fûts d'arbres hauts de cinq à huit mètres, et dont certains sont coiffés de nappes
horizontales qui évoquent, les unes le feuillage des arbres, ou bien les autres des nuages et qui par ailleurs préservent de la pluie
Il a été recherché que l'ensemble provoque un effet de dépaysement et d'activation mentale et aussi qu'il soit frappant,
à la fois par son caractère formel et poètique inédit et aussi par ses recours techniques offrant l'aspect d'une performance qui illustre la technologie de la Régie
La construction est réalisée partie en béton et partie en polyester
Jean Dubuffet en liaison avec les services spécialisés de la Régie et après des dessins préalables, réalisa une grande maquette à l'échelle de 1/10e en polystyrène expansé,striée de peinture en trois couleurs (Blanc, noir et bleu). Celle-ci
fut agréée en septembre 1974. L'étude de la construction fut aussitôt entreprise par l'architecte de la Régie, Pierre Vigneron, assisté par des ingénieurs qualifiés. La confection des éléments en
résine stratifiée fut confiée à une entreprise de Nouan-sur-Loire. Les travaux commencèrent en 1974. Après le renforcement de la dalle de béton sur laquelle allait se situer le monument et
au-dessous de laquelle se trouvaient les parkings, les travaux commencèrent sérieusement dès janvier 1975 et furent conduits activement dans les mois suivants. En juin 1975, fut amené de l'usine
et mis en place tout le fond sculpté du bassin constitué de 65 pièces de polyester s'emboitant comme un puzzle. Il apparut alors à Dubuffet que les formes n'étaient pas pleinement satisfaisantes,
les arrêtes notamment se présentant un peu amollies et qu'il y avait lieu pour parfaire l'exécution qu'interviennent deux artistes qui apporteraient sous les directives de l'auteur, les retouches
nécessaires. Simultanément, M. Jean Prouvé fut désigné pour ré-estimer les questions de méthodes de conception, de matériaux et de budgets. Il fit appel à un constructeur de bateaux en polyester
armé. Le devis pour construire les éléments du Salon d'Eté s'élévait alors au triple du budget annoncé
Il apparut alors un nouvel élément aussi préoccupant, c'est que l'étanchéité de la dalle sous-jacente sur laquelle
étaient posées les pièces de polyester formant le fond du bassin, était imparfaite
A ce moment-là, dans l'attente d'une solution définitive, le chantier fut recouvert de gazon. Dubuffet engagea alors
un procès en 1975 ( Monsieur Vernier-Palliez ayant succédé comme président de la Régie à Monsieur Pierre Dreyfus) contre la Régie Renault pour démolition de son oeuvre inachevée. Le tribunal de 1ère instance le déboute en mars 1977, la Cour d'Appel confirme
en juin 1978 et la Cassation casse le jugement de la Cour d'Appel en jan 1980. En 1981, Dubuffet gagne son procés devant la nouvelle cour d'appel de Versailles et la Cour de Cassation de Paris
confirme cet arrêt en avril 1983
Après 8 ans de controverses, les magistrats firent droit à la protestation contre la destruction de cette oeuvre. Jean
Dubuffet fut alors autorisé à imposer la réalisation de ce monument. Mais il répondit: " C'est maintenant moi qui refuse que la Régie Renault se voit gratifiée de ce "Salon d'Eté". Ne restera de
ce projet, qui avait été pour moi si excitant , et qui, je crois, aurait pu l'être aussi pour le public, que son souvenir "
Voici le petit messager, revue créée à l'époque, acompagnée d'une pétition . Le 1er jugement de 1977 ayant décrété que
l'oeuvre d'art c'était la maquette de Dubuffet et non les travaux entrepris sur le chantier. Autrement dit "N'importe quoi!" 

Le chantier en 1975
Le tertre de gazon recouvrant le monument enseveli- 1977
Les éléments de polyester à l'abandon après le passage des bull-dozers
Ce salon d'hiver sera finalement installé au Centre Pompidou à Paris dans des proportions
évidemment plus modestes

