
Nous allons tout de même décoller de Libramont mais avant celà, j'ai retrouvé David Hoffman. ll a quitté le Népal avec sa camionnette camping-car et va repasser par Libramont avant de s'embarquer pour San Francisco. Nous l'attendons aux environs du mois de Mai. Et en effet, un soir il téléphone de Châlon-sur-Saône. Il a été arrêté par la douane volante française, qui a découvert toutes ses marchandises indiennes et népalaises dans sa camionnette et le soupçonne de ramener de la drogue. On l'enferme donc en attendant des analyses en cours aux laboratoires de Dijon. J'ai le brigadier au téléphone et me porte garant (évidemment avocat ça fait son petit effet). Il sera donc libéré le lendemain et de toutes façons les analyses sont négatives
Et voici donc David avec sa camionnette-couchette-cuisine, sur le trottoir devant la banque. Celà fait cinq ans qu'on ne s'est plus vu. Il doit avoir 25 ans. Et David va rester quelque temps. Nous avons une chambre d'amis. Il me demande s'il peut entreposer le contenu de sa camionnette dans le grenier. Des tankas tibétaines, des statues, des parchemins, des instruments de musique, un vrai musée. Heureusement que je n'ai pas encore installé mon atelier. Toutes ces choses il les embarquera dans un container pour San Franciso. en Mai 1973 quand il reviendra pour la troisième fois.
On le voit ici dans notre living en train de jouer du Surbahar, un instrument proche du Sitar mais plus volumineux encore. Il a aussi ramené un sitar. Il a fait réaliser ces deux instruments à Calcutta (Question: où trouve t'il son argent??) et a appris à en jouer. Il m'explique donc la gamme indienne, les Râgas, un système musical complètement différent du nôtre, basé sur les Védas et permettant diverses improvisations sur un même thème. Le son est sublime, on a Ravi Shankar à la maison tous les soirs quand on va se coucher. A Libramont qui n'a jamais entendu que de l'accordeon, que j'aime aussi par ailleurs.
Il va d'ailleurs nous offrir un 33 tours(photo ci-dessus) gravé à Hambourg d'une cérémonie enregistrée en Inde du Nord-Est, au Monastère de Gyuto, au cours de laquelle, pendant trois jours, 600 moines élaborent un Mandala géant qu'ils détruiront à la fin de ladite cérémonie. Le titre du Disque est CHO-GA: Tantric and ritual Music of Tibet. Pour cet enregistrement, il a obtenu une permission spéciale du Dalaï Lama avec lequel il est devenu ami. Il va nous offrir aussi deux tankas tibétaines du 18esiècle, peintures sur soie, que lui ont offertes ses amis moines. David doit rentrer à Frisco mais reviendra en fin d'année afin que nous l'emmenions à Paris pour qu'il puisse faire libérer via l'Ambassade des Etats-Unis, des pièces qui sont encore retenues à Dijon par la douane. Et donc nous allons lui faire découvrir cette ville qu'il n'a jamais vue. Nous nous installons dans l'appartement de Maurice Rousseff, le Belgo-Bulgare, rue de Courty, face au Pont de la Concorde et à l'entrée du Quai Anatole France.
Voici David, un américain à Paris, sur le Pont AlexandreTrois.
En réalité je lui ai prêté des vêtements et des souliers à moi, pour aller à l'ambassade car lui parcourt le monde en T-Shirt et en short, point barre. A son retour, nous nous apercevons qu'il a une chaussure brune et une autre noire (j'avais pris deux paires probablement et il s'était habillé dans l'obscurité). Je regarde ses pieds en les pointant du doigt, il regarde à son tour et nous éclatons de rire en même temps car tout de même pour grimper les escaliers de marbre de l'Ambassade des USA, Place de la Concorde, déjà qu'il est fagotté comme un épouvantail avec mes vêtements beaucoup trop grands pour lui
Séjour épique. Il veut voir les "Tchamps Telessi-ies", il me faut tout un temps pour comprendre qu'il s'agit des "Champs Elysées". Nous l'emmenons aussi à la Rétrospective Magritte et il se montre passionné par cette démarche. Après tout c'est un Européen, coupé de sa culture d'origine et qui comme tout américain d'Europe, cherche à retrouver ses racines.
Nous irons aussi au Musée Victor Hugo, Place des Vosges, car ce Victor commence à me passionner, pas seulement par son écriture mais aussi par sa peinture. En effet mes éducateurs jésuites se sont contentés de me faire connaître le Hugo de "Waterloo, Waterloo, morne plaine" et de "Mon père ce heros au sourire si doux" à savoir la partie la moins intéressante de ce personnage aux multiples facettes. Quand on est censé avoir fait de bonnes études, il faut savoir qu'il va falloir tout recommencer par après. Le drame est que ce genre d'enseignement qui devrait vous ouvrir, au contraire vous occulte
Un séjour inoubliable et pour lui une découverte immense
Et voici donc la Place des Vosges, photographiée de l'intérieur du Musée Victor Hugo


