Je ne puis résister à l'envie de reproduire ici un très bon texte de Jérôme Dupuis, publié le 17/08/2005 et illustré par votre serviteur et ses photos prises en 2007, avec quelques ajouts de mon cru aussi au niveau du texte
"A quoi sert le prix Nobel de Littérature?
A s'acheter une belle maison dans le Luberon. Avec son chèque suédois, Albert Camus s'offre en septembre 1958 une ancienne magnanerie-ferme où l'on élève le vers à soie-à Lourmarin. Elle est toujours là, habitée par sa fille Catherine, avec ses volets verts, sa terrasse arrondie, son cyprès .
Extrait de la biographie d'Olivier Todd, "Albert Camus, une vie"
Albert Camus va acheter cette maison pour 9 millions trois cent mille francs, au Docteur Olivier Monod, chirurgien "Ca sert au moins à ça, un chèque de Nobel " remarque René Char.
Dans cette belle bâtisse, une ancienne magnanerie, flotte une bonne odeur de cire et de moisissure discrète. Certains journaux parleront d'un palais. Au rez-de-chaussée: entrée, cuisine, salon, deux chambres d'enfant, au-dessus de caves, ouvrant sur une courette en contrebas. Le jardin s'étend au-delà d'un muret et d'un chemin semi-privatif pour les Camus et les voisins. Camus assure les Monod qu'il entretiendra les oliviers. Au premier étage, une grande pièce et une salle de bains. A gauche la chambre monacale d'Albert, avec un lit en bois d'un inconfort absolu, une table, une écritoire. A droite la chambre de Francine, vite surnommée la chambre rose. Les époux cohabitent dans une fraternité unifiée par les enfants- et Francine paraît s'y résigner. Au second étage, le grenier sera transformé en bureau. Camus fait abattre un mur d'alcôve par Leonce Ginoux, qui exécute différents travaux de maçonnerie. César Raynaud, forgeron et maréchal-ferrand contribue aussi aux aménagements. La femme de Leonce, Suzanne quarante ans, travaillait pour les Monod. Elle se met au service de Camus. Grâce à elle, Francine s'habituera à la maison "
C'est là que Camus va écrire don dernier livre "Le Premier Homme"
Camus au 1er rang avec sa casquette, gardien de but au Racing universitaire d'Alger en 1930

Seul le nom de la voie a changé: la grand'rue de l'Eglise a discrètement été rebaptisée rue Albert Camus.
On peut encore aujourd'hui s'asseoir à une table du restaurant Ollier, où il avait coutume de boire son apéritif "Un pastis pour Monsieur Terrasse!" commandait le garçon, soucieux de garder secrète l'identité du prestigieux client
Un peu plus loin, le stade de foot, autre passion de l'écrivain. " Il a même offert des maillots à la Jeunesse sportive loumarinoise" raconte Michel Pichoud.
Très vite, par sa simplicité, le Prix Nobel, séduit le village. "Chaque matin, de très bonne heure, je préparais son café à M.Camus et il partait faire son" tour de plaine", se souvient Suzanne Ginoux, sa voisine, aujourd'hui âgée de 87 ans. une promenade qui l'emmène sur la route de Cavaillon, en passant par le magnifique chateau de Lourmarin, dans cette campagne austère, lumineuse, paisible, qui a bien peu changé en un demi-siècle.
"Il a retrouvé ici la lumière et les couleurs de son Algérie natale", explique Michel Pichoud, initiateur enthousiaste et érudit des promenades littéraires de Lourmarin
Ici Camus fréquente aussi bien le forgeron du village et les brocanteurs, chez qui il adore chiner, que le poète René Char, son voisin de l'Isle-sur-la-Sorgue (Camus n'était pas petit, c'est Char, le "Capitaine Alexandre" qui était un géant de près de deux mètres)
En revanche on ne le voit jamais avec l'autre célébrité littéraire du village, Henri Bosco. Henri Bosco, administrateur du château, a choisi de vivre un peu à l'écart dans un bastidon de pierres sèches "C'était un homme simple et un peu sauvage"
Bosco (Né en 1888 à Avignon et mort à Nice en 1978. Installé à Lourmarin depuis 1923 alors que Camus n'y a vécu que quinze mois) survivra de longues années à Camus (décédé en.1960).
Car c'est de Lourmarin que l'auteur de la Peste (NB: Tiens donc, la peste a dévasté le village de Lourmarin au XIVe siècle et ce sont les protestants vaudois qui l'ont repeuplé. Curieuse coïncidence que je viens de noter en écrivant cette page) entama son ultime et funeste voyage. On connaît la suite. La Nationale 5, la Facel Vega, le platane. Albert Camus meurt le 4 janvier 1960. Ce sont les footballeurs de Lourmarin qui portent son cerceuil au cimetière, à deux pas du château. Sa tombe est toute simple, couverte de laurier et de romarin. A deux pas de celle de Bosco. La mort les aura enfin rapprochés


Voici Catherine Camus que j'ai aperçue sur son seuil à Lourmarin

