Le 17 Juillet 1978, ma fille Valérie qui a 15 ans est partie en Angleterre (Liverpool) chez son amie Helen
Je suis plongé dans Gaston Chaissac. J'aime mais je me sens très loin de son côté maladif et timoré. C'est de Paepe qui me l'a fait connaître
Début août, Celine ma femme m'emmène voir une ffermette en ruines à Moircy, à 10 kms de Libramont. Elle a vu une annonce dans le journal et est déjà passée
une fois. Cette maison est vendue par deux fermiers âgés, les frères Leriche, qui habitent à côté. Je ne suis pas enthousiaste. Ils en veulent 25.000 Euros avec 4 ares de terrain. La voici la maison, quatre murs et un toit. habitée pour la dernière fois en 1946. Construite en schiste. Murs allant jusqu'à un mètre d'épaisseur. C'est bien une ferme avec un tout petit corps de logis à gauche. Les planchers sont pourris. La façade est plate et rébarbative. C'est un peu mieux à l'arrière. Le toit incendié a été reconstruit en1928
. Il y a des poules. Aussi des cochons à l'intérieur. Les 2/3 de la maison se composent d'une grange et d'une écurie. Elle serait âgée de 350 ans me dit-on. Il y a un travail colossal à effectuer
C'est alors que je vais faire un tour au bout de la pâture se trouvant derrière la maison et que vois-je un ruisseau !!! tout mince mais bien vivant. Je reviens vers les frères Leriche "Il est à vous ce ruisseau?" Oui" me répondent-ils. Je dis "J'achète la maison si vous me vendez tout le terrain. Et tout le terrain c'et ça, sur la photo du dessous, bien délimité par la ligne noire, avec un mur de potager que j'érigerai en 1979 avec les pierres de schiste sorties des murs pour faire des baies dans l'Ecurie. Le ruisseau c'est la ligne noire, derrière le potager.
PPas un seul arbre c'est vérifiable. A l'avant-plan les poutres qui plafonnaient l'écurie, imprégnées des urines du bètail , non manufacturées et donc inutilisables pour servir de plancher à l'atelier qui se trouve au-dessus de l'écurie. Ces poutres deviendront des Totems qui iront se placer au bord du 1er étang de 200 m2 que je creuserai à la main de part et d'autre du ruisseau en 1980-81-82

Ce terrain fait 3000m2; au
lieu des 400m2 proposés à la vente.Il nous faut donc renégocier un prix. L'offre est lancée et nous attendons le Notaire Wagemans
Voici une vue de la grange et de l'Ecurie. Le sol de la grange ce sont des pointes d'épicéas sous la paille; quand on marche dessus on passe au travers. Quant au plafond de l'Ecurie il est trop bas pour qu'on puisse circuler sans se baisser. Donc quand je dis "tout refaire" c'est aussi refaire les niveaux intérieurs. Et puis ouvrir portes, baies vitrées et fenêtres car il fait très sombre. Les murs de schiste sont reliés avec de l'argile et de l'orge. Il n'y a évidemment pas de sanitaires, encore moins de chauffage. Voici le hall d'entrée.
Pas d'escalier pour accéder au 1er étage, juste une échelle. Aucune isolation du toit non plus comme on peut le voir. Une seule ouverture, la porte du Fenil. Et enfin un échantillon du corps de logis avec notre futur salon. C'est coquet, non?. Il y a un feu ouvert, on ne peut plus ouvert, avec la marmites à cabolées (destinée à cuire les pommes de terre pour les cochons ). Dans le fond à droite, la cuisine
Le notaire arrive; grosse discussion. Nous emportons finalement le morceau pour 26.700 Euros plus les frais d'enregistrement et de notaire soit un total d'un peu plus de 30.000 Euros et nous avons les trente ares et le ruisseau. Nous emprûnterons 27.500 euros en complétant avec nos économies (environ 10.000 Euros), qui nous permettront de commencer les travaux. Par la suite nous devrons réemprûnter 15.000 euros pour achever les travaux. Ayant relevé toutes mes heures de travail pendant un an j'ai pu évaluer les économies réalisées en main d'oeuvre à 50.000 euros. Je ne parle ici que de l'aménagement intérieur, avec construction de trois feux ouverts et d'un garage. L'écurie (futur living) ne sera carrelée et chauffée qu'après notre installation dans l'immeuble en octobre 1979
Le compromis de vente sera signé le 24 août avec les frères Leriche, Fernand et Octave
Au mois d'août j'ai dû prévenir la direction de ma banque, Monsieur Tyteca, pour lui demander si elle m'accorderait un prêt à des conditions favorables. Et là j'ai entendu :""Comment Van Cauwenberghe, vous n'allez tout de même pas rester là-bas. Vous êtes docteur en droit, vous avez fait vos preuves dans la banque, nous avons d'autres ambitions pour vous, ici à Bruxelles etc..". Le piège! "Eh bien non Monsieur Tyteca je ne veux plus remonter en ville, je veux rester ici" Autrement dit, je n'ai aucune ambition professionnelle.
Il a été chouette et j'ai eu le prêt tout de même. Mais ma carrière était bel et bien terminée. Deux ans plus tard notre banque était absorbée par un géant glouton, les anversois d'IPPA et nos directeurs prenaient leur pension anticipée. Nous les absorbés du Crédit Foncier de Belgique avons été traîtés comme des moins que rien par les gens de la Banque Ippa, banque anversoise. Je tiendrai encore 9 ans(1989) et ils finiront par avoir ma peau, après m'avoir mis à toutes les sauces mais je le leur ferai payer très cher à mon tour.((Procès de quatre ans que j'ai gagné en 1ère instance et en appel)
Quant à mon père qui m'avait formellement promis de m'aider pour cette maison, il m'a lâché au dernier moment, sous la pression de ma mère :"J'entre d'emblée dans ton projet pour la somme de 12.500 euros" m'avait-il écrit, et deux mois plus tard, contre-lettre. Pas un franc ! Trop tard j'avais acheté. Il ne me restait donc plus qu'à travailler double dans cette maison pour compenser et j'ai failli y laisser ma peau en tombant du haut d'une échelle dans l'atelier, faisant une chute de 6 mètres, alors que j'arrivais au sommet d'une cheminée colossale destinée à alimenter deux feux ouverts et le conduit du chauffage central. En fait j'ai été puni de ma rébellion, puni d'avoir quitté la religion catholique, puni de n'avoir pas voulu devenir cardinal (au moins), puni d'avoir fui l'ambiance familiale et abandonné mes frères malades, puni d'avoir voulu sauver ma peau. Ce jour-là, j'ai su que je n'avais pas de parents. Je n'ai jamais revu ma mère. Je connais des parents qui auraient été contents qu'un de leurs quatre enfants, s 'en tire, fasse sa vie, ait une belle petite fille, réussisse des études universitaires,, trouve un métier et en plus élabore une oeuvre artistique
J'ai répondu à mon père que lui, son père l'avait copieusement aidé lorsqu'il avait acheté son terrain et fait construire sa maison. Mais vrai mon père, lui était un petit garçon bien sage
Quand on naît rebelle, il faut assumer et ne rien attendre de personne




