En Mai 1977, un colloque inespéré est organisé dans l'abbaye de Saint-Hubert à 15 Kms de Libramont. Jean-Pierre Ransonnet y vient avec son épouse et ils logeront chez nous
lles 6-7 et 8 mai. Voici l'invitation et le programme est plutôt fabuleux, réunissant écrivains et musiciens contemporains. Qu'on en juge !
Ouverture avec les participants le jeudi 5 mai
Le 6 mai interventions de Jérôme Peignot, Jean-Pierre Faye, Gérard Georges Lemaire, Robert Duncan, Roger Levinter et à 21h00"Les Premiers Mots" de Bernard Noël, mis en scène par Jacques de Decker
Le samedi 7 mai: Edmond Jabès, Jacques Derrida, Emmanuel Hocquard, Françoise Collin, André Riotte, Marc Rombaut, Iannis Xenakis
Et le soir à l'Eglise Saint-Gilles, Concert
Ensemble instrumental Musique Nouvelle dirigé par Georges Octors Junior, le fils du Directeur de l'Orchestre national belge, qui joue:
Anamorphose d'André Riotte et Marc Rombaut
Eonta et Oeuvre pour percussion de Iannis Xenakis
Le dimanche 8 mai:
Michèle Montreley, Maurice Olender, Jacques Sojcher, Christian Prigent, Jean-Pierre Verheggen, Denis Roche (La Louve Basse)
Quatre jours fantastiques, mais voilà, budget de 25.000 Euros, manifestation culturelle d'avant-garde attirant un public principalement bruxellois et élitaire, levée de boucliers de certains responsables culturels provinciaux, jaloux, envieux, petits, mesquins, étroits, bornés
Résultat, ce colloque annuel ne reviendra jamais à Saint-Hubert et continuera sa carrière à La Cambre à Bruxelles. Grande victoire pour tous ces gens qui animent et dirigent la culture dans notre province et qui bien entendu n'avaient jamais entendu parler ni de ces écrivains ni de ces musiciens "d'avant-garde"
Mais le grand évènement de ce colloque pour moi sera la rencontre avec Xenakis, dont je connais la musique depuis peu, puisque je suis en pleine exploration de la Musique contemporaine. En outre je l'avais vu tout un après-midi dans l'émission télévisée de Michel Lancelot "L'Invité du Dimanche" sur ORTF2. Et il se fait que je rentre dans la petite église Saint-Gilles à Saint-Hubert et tombe en pleine répétition du concert du soir. Je suis avec Ransonnet et discètement, nous nous asseyons dans le fond. C'est alors que j'aperçois de dos, adossée contre un pilier, une silhouette qui pourrait bien être celle de Xenakis, en train d'écouter sans doute la façon dont l'Ensemble Musique Nouvelle de Georges Octors Junior, répète son" Eonta" qu'il doit interprêter le soir même.
Il se fait qu'une de mes amis proches, Raoul, a épousé en 1976, Malvina Octors, la fille et la soeur de ces deux musiciens Octors, père et fils et que j'ai été invité chez eux à Bruxelles à la soirée de mariage, l'année précédente, une sacrée soirée d'ailleurs, avec notamment Jean-Pierre Ransonnet.
Je dis à Jean-Pierre: "Je vais voir Iannis". J'y vais, et c'est bien lui !!!. Une sympathie immédiate," non je ne le dérange pas "et on se met à parler à voix basse (comme toujours dans les Eglises) comme si on se connaissait depuis toujours. On se reverra ça c'est sûr. Je reviens auprès de Jean-Pierre qui n'en revient pas et me dit "C'est comme celà qu'il faut faire" A vrai dire je n'ai jamais très bien compris ce qu'il avait voulu dire." Avoir ce culot d'aller parler à des gens célèbres ???". Non je n'ai pas demandé d'autographe. Je connaissais sa musique qui m'intriguait fortement, il est là devant moi, dans un village belge de 3000 habitants, c'est une aubaine incroyable, j'y vais. J'ai toujours procédé comme cela et cela m'a toujours réussi. Je n'ai aucun complexe vis à vis de la célébrité et ça m'a permis d'avoir de nombreux dialogues avec des gens passionnants. Suite à cette rencontre, on s'écrira et j'irai le voir finalement dans son atelier de la rue Chaptal à Pigalle en 1981, soit seulement quatre ans plus tard.
Voici une photo prise dans un des salons du Palais Abbatial à Saint-Hubert, le dimanche 8 mai 1977 avec, de gauche à droite, Marc Rombaut, Christian Prigent (sous réserve), Jean-Pierre Verheggen, le renommé écrivain belge du "Degré Zorro de l'Ecriture" (on se rencontrera réellement une dizaine d'années plus tard) et Denis Roche, l'auteur de La Louve Basse




