Pris dans la frénésie du salon de 1878 et de la
grande exposition, Rops travaille avec acharnement. S
on talent s'épanouit pleinement. Il cherche de nouvelles techniques en dessin, associe
pastel, aquarelle, gouache, crayon de couleur. Il dessine "Pornocratès"(ci-contre) et "LaTentation d
e Saint-Antoine" ( ci-dessous). A la
peinture réaliste des bas-fonds succède ainsi une vision allégorique et ironique de l'emprise du sexe sur la réalité humaine
La nudité ropsienne est née, "cette nudité ornée de notre époque". Rops la montre sous un jour" plus intense, dégageant un frisson inconnu qui doit exister dans le domaine de
l'Art". Une
femme puissante, souple, langoureuse. Beauté fatale qui lui sert à démasquer l'hypocrisie de la société bourgeoise à travers les moeurs du temps ou simplement à traduire le trouble du
désir.
Rops est aussi très accaparé par la constitution d'un marché et d'un public.
Très mondain, il "éventaillise" volontiers pour les dames, d'une façon personnelle et originale "une gouache sur simple toile grise, cela fait un effet charmant quand cela est traité haut le pinceau et que lon connait la fleur et
les amours"
Il compose aussi des menus pour les repas donnés dans les milieux artistiques et
littéraires
Rops n'a rien d'un ermite. Il se rend chez Victor Hugo,
fréquente le café Gerbois cher à Manet, le café La Rochefoucauld àù il
rencontre Degas, le Café Riche boulevard des Italiens...Sa conversation impressionne. Sa mémoire est prodigieuse; il donne l'impresssion d'avoir tout lu et virevolte de citations en
références. On sait par Huysmans que le 16 avril 1877, il est du
fameux diner chez Trapp, considéré comme le repas du baptême du
naturalisme.
Néanmoins,
malgré la fascination qu Paris exerce sur Rops, l'envie d'ailleurs se fait sans cesse sentir: "il faut traîter Paris comme une maîtresse ardente et aller de temps à autre se remettre au vert, en plein bois". Rops voyage, il a
besoin de liberté. La nature lui apporte paix et sérénité; "la mer et les bois sont pour moi les grands consolateurs, les apaisants. Vis à vis d'eux l'on sent le côté transitoire, fugace et
fragile de toutes les douleurs, et ils ont de mystérieuses paroles qui endorment et calment".
Cette soif d'évasion l'a déjà conduit à fréquenter les bords de la Meuse
(Anseremme) et la Mer du Nord ( dès 1871). Il se lance ensuite dans les grands voyages qui font oublier le spleen parisien.
Monte-Carlo (1874-1876-1877), " nid de fantaisistes dont les hantises sont chères aux Muses" où il séjourne chez son ami Camille
Blanc, la Suède et Stockholm, la Hongrie (1879) qu'il sacrera terre de ses origines. La musique Tzigane l'ensorcèle "odieuse et
adorable, folle...qui entre en vous, fouille dans les replis de votre être, en fait sortir les joies et les douleurs oubliées, et sous son étreinte, vous donne le pressentiment des angoisses
futures et des bonheurs toujours espérés", l'Espagne (1880), Tolède, Séville "où il sent une plénitude de vie que l'on ne sent
nulle part, on est plongé dans l'ivresse de la lumière et des fleurs, il a besoin de Grenade et surtout d'Alhambra "; la Hollande (1882)" un pays qui ressemble à un bain de pied dans lequel on a jeté des épinards, des populaces mornes et mélancoliques"
les Etats-Unis (1887) où il accompagnera les soeurs Duluc parties
présenter les modèles de leur maison de couture; l'Afrique du Nord et la Bretagne où il retrouve la mer

