Je me souviens d'une nuit d'ivresse avec Leon P.. Nous nous trouvons dans une propriété à Cointe, juste à côté de celle de Brigitte D et j'imagine Alex dormir dans mon ancienne chambre. Nous sortons d'une boum, complètement pétés et je me mets à lancer des cailloux tandis que Leon essaie de me calmer. Ceci en dit long sur ce que j'éprouve quelques mois après la rupture
Et puis le Père de Brigitte D. meurt d'une crise cardiaque en regardant un match du Standard à la Télévision. Le "tout Liège" est au courant. Je me précipite à Cointe avec Philippe W. qui est le cousin de Brigitte et vais embrasser le toubib sur son lit de mort, devant les familles réunies. Et puis j'aperçois dans la pénombre du lit, Brigitte et Alex et là je craque. J'éclate en sanglots et je sors de la pièce et de la maison, avec Philippe qui me soutient. Je n'oublierai jamais.
Nous sommes donc toujours au début de 1962 et de mon deuxième doctorat (il y en a trois) et nous terminons chaque dimanche matin dans la campagne liégeoise, à Tilff, chez Charlie, après le Wild West, le Saloon et l'Esquinade, (situés au "Carré" du centre ville". Chez Charlie c'est noir de monde. A l'étage je danse avec une belle rousse. Elle s'appelle Claudine van B.. Je lui file un rencard pour le lendemain et redescends auprès de mes potes. Ah la belle Claudine !!. Encore une, qui file son mètre septante comme Brigitte. A l'époque ce n'était pas tellemenr courant. C'est ma troisième rousse mais cette fois carrément carotte. J'apprends le lendemain qu'elle est amoureuse d'un petit loubard de luxe, un claqueur de fric à papa, un certain Deur. Des fils à papa, il y en a une volée à l'époque. Le film "Les Tricheurs" de Marcel Carné a fait école avec son Jacques Charrier. Bref avec Claudine je n'arrive pas à grand'chose mais je m'en fous, je n'en suis pas amoureux et d'ailleurs je ne veux plus jamais être amoureux. Nous faisons des promenades dans les fagnes avec Philippe W. et sa future femme
Nadine B. Me voici avec Nadine la noire et Claudine la rousse, dans une partie de luge en forêt. Remarquez les coiffures des années soixante.
Mais voilà cette grande bringue est liégeoise et fait ses études de Puériculture, rue Hullos. Un jour je la rejoins dans un Café au Carré, au "Petit Seigneur"je pense. Il y a toute une bande de copines de Hullos, moi le seul mec et un coup de foudre immédiat pour une blondinette qui, tenez-vous bien va devenir ma femme. Elle est au bout de la table et c'est elle que je regarde et pas Claudine. Elle cherche du feu pour sa cigarette et j'élance mon briquet à la Humphrey Bogart, bref je lui offre "mon feu", et bref "je l'allume" Une blonde aux yeux bleus. Ah oui elle me plait ! Les jours suivants je me poste sur son itinéraire, celui qu'elle prend en revenant des Rivageois vers la rue Hullos, via la rue Wazon. Elle est avec une amie, elle parle, je me tiens à distance, je suis sûr qu'elle me voit et c'est ce que je veux! Ma position est difficile puisque je sors avec son amie, vieux salaud. J'hésite à lancer mon estocade! Je ne sais rien d'elle, même pas si je lui plais. Au café nous n'avons pas échangé une parole.
Début Mars 62, je lui écris à son école de Puériculture et lui donne un rendez-vous un 9 mars dans le café où l'on s'est rencontré. Le courrier est surveillé dans cette école de filles, donc au dos de l'enveloppe, j'inscris comme éxpéditeur "Christiane Tanischir" ( tanischir=anagramme de Christian). Elle y vient à ce rendez-vous folle créature (comme le dit Baudelaire dans "Le vin de l'Assassin" ), en plein après-midi: premiers baisers et on reprend rendez-vous à Cointe, boulevard Kleyer

