
Je vais donc vivre cette année 1961, beaucoup plus dans la famille de Brigitte que dans la mienne. Non plus sur les hauteurs de Saint-Gilles mais sur celles de Cointe, avenue Constantin de Gerlache. Grande maison dans un grand jardin. Nous voici Brigitte et moi à une soirée de retrouvailles après les sports d'hiver début 1961.!
Donc la maison de Cointe, le père cancérologue réputé, la mère omniprésente et puis les enfants, 6 en tout, une vraie famille nombreuse, j'avais jamais vu ça, jusque là. Deux filles, quatre garçons entre 17 et 23 ans. Pitou, Claude, Pierre et Vincent. La grande famille réunie à tous les repas et moi le sans-famille. Pouquoi sans famille ? Un père full-Time dans une clinique et qui y dort la nuit quand il est de garde, une mère très souvent absente, un frère beaucoup plus jeune et avec lequel je n'ai pas d'affinités, un autre frère, né en 1950, qui est autiste, vous dire l'ambiance et une soeur autiste internée (et moi un futur autiste- peintre )
Je m'installe peu à peu dans cette maison. J'y ai ma chambre car, bien entendu, pas question de dormir avec Brigitte (J'ai 23 ans et je ne sais pas si elle en a vingt ). Je recommence mon premier doctorat et cette fois je suis bien décidé à le réussir. Le père D. m'aime bien. Il a connu mon grand-père Duesberg à l'Université. Et moi je l'aime bien aussi. C'est un tendre et il souffre, ça se voit et sa femme est dure, je ne juge pas évidemment mais c'est lourd à encaisser. Une terrible cassure a dû avoir lieu entre eux. Heureusement ii a son métier.
En plus, il est très cultivé et possède une bibliothèque phénoménale. Imaginez un immense living rectangulaire, quasi complèrement tapissé de livres. Nous nous y retrouvons parfois en pleine nuit, car nous sommes tous les deux insomniaques, et comme je commence à en connaître un morceau en littérature, nous discutons des auteurs qui sont autour de nous (Je me souviens de Durrell, Miller et Moravia), et bien sûr, il en connait beaucoup plus que moi. C'est peut-être mon plus grand souvenir, cette immense bibliothèque alexandrienne, la nuit, en train de discuter avec un cancérologue cultivé, qui doit tourner autour de la soixantaine.Je deviens un peu son cinqième fils après Pitou l'aîné, Claude le solitaire (en médecine), Pierre qui est devenu un journaliste à la télévision belge et le plus jeune, superbe et timide garçon, le plus proche de Brigitte
. Ce qui est une révélation pour moi car je vis d'une
Et bien sûr, l'amour aidant, je réussis mon premier doctorat en Juin. C'est la fête dans la famille D. Tout le monde est content. Je suppose que mes parents le sont aussi. Je ne m'en souviens pas

