
. Nous sommes en 1953, avant le tournage de Sur les Quais et Brando va exprimer la révol
te d'une génaration, en devenant Johnny, le motard rebelle de"L'Equipée Sauvage" de Laslo Benedek. Et c'est le scandale.Un tramway nommé Désir- qui fut par ailleurs mis à l'index par l'Eglise- avait déjà subi quelques coupes; pour L'Equipée sauvage, la censure obtient des modifications telles que le scenario s'en trouve dénaturé. Brando( à qui son vedettariat permet d'intervenir ) souligne que ces "Hells'Angels"du dimanche se défoulent à moto pour oublier une dure semaine passée en usine. De telle sorte que ce film, qui se voulait une dénonciation de l'exploitation des cols bleus, n'est plus aujourd'hui qu'une oeuvre sur la violence pure, qui se contente de montrer celle-ci au lieu d'en expliquer les causes et les engrenages. Les personnages de l'Equipée sauvage ne sont pas des adolescents, mais des adultes se livrant à des facéties, lesquelles tournent mal lorsque les habitants du petit village qu'ils ont investi s'organisent en milice. Le film a perdu sa raison d'être. C'est un échec. Brando, lui, est formidable. Il crée ici un véritable archétype. Petite brute arrogante, secrètement pudique, incapable d'exprimer sa tendresse, refoulant sa sensibilité sous sa hargne et son insolence, Johnny sera un modèle pour toute une génération; appuyé sur le guidon de sa Harley, la casquette inclinée sur l'oeil, cette image ornera longtemps les chambres des Lycéens. L'acteur est unanimement reconnu (il a été déà trois fois proposé aux Oscars) et ses films rencontrent un vif succès; mais le personnage, qui défraie la chronique, pour ses prises de position individualistes et son mépris des conventions, dérange la communauté du cinéma, irrite la presse et crispe l'opinion publique qui admet mal qu'une star se montre à ce point solidaire des exclus. De fait c'est moins son image qui gêne que le miroir qu'il brandit (pardon "qu'il brando")

