

Elia Kazan va commettre Sur les Quais en 1954, unchef
d'oeuvre, que j'ai vu à sa sortie et qui m'a profondément marqué " On the Waterfront "
Terry Malloy, le héros de Sur les quais, est un ancien boxeur devenu docker. Témoin du meurtre d'un
camarade par le patron du syndicat (Lee J.Cob ), Terry se tait. Mais il tombe amoureux de la soeur de la victime 'Eva Marie Saint) et, lorsque son propre frère est assassiné (Rod Steiger), il
témoigne devant une commission d'enquête criminelle. Les hommes du sndicat lui infligent une terrible correction et c'est en titiuant que Terry persuade les dockers de se remettre à
l'ouvrage.
On comprend à la lecture de ce résumé (et en se souvenant des récentes prises de position de Kazan qui a dénoncé ses collègues devant la commission anti-communiste Mac
Carthy ce qui provoquera l'exil, entre autres de Charlie Chaplin, Jules Dassin et Joseph Losey )- que le film ait été très souvent critiqué et parfois très mal reçu pour son
ambiguité politique. Certains-bien à tort du reste- y virent une apologie du mouchardage; tous, en tout cas, furent unanimes pour louer la perfoamance de l'acteur; celui dont Kazan disait: " De
tous les acteurs que j'ai rencontrés, Marlon est celui qui approche le plus près du génie ", offre dans ce film une époustouflante création. Avec sa démarche chaloupée d'ancien boxeur, ses
hésitations, ses phrases inachevées, sa maladrese vis-à-vis de la jeune femme qu'il aime, ses élans avortés, ses gestes gauches, il exprime toute la timidité, toute la tendresse refoulée et toute
la détresse du monde.
L'année précédente, il avait, en jouant Marc Antoine dans Jules César (1953), démontré à ceux qui raillaient sa diction qu'il était capable du
meilleur phrasé shakespearien. Avec son interprétation dans Sur les Quais, il remporte enfin la récompense suprême. Recevant l'Oscar des mains de Bette Davis, il déclare: "C'est beaucoup plus
lourd que je ne le croyais". Il ne pensait pas si bien dire

