Après de telles vacances, je ne pouvais qu'échouer en deuxième session de ma deuxième candidature en Droit en septembre 1958. Ma déconnexion totale vis à vis de mes études de Droit, date de là. Cela commence à puer le juriste et je ne suis pas fait pour celà. En Octobre 1958, je recommence donc ma deuxième candi. Je vais au cours en amateur, quand ça me prend, en fait surtout pour courir les filles. Et donc, au cours de Droit Romain, je suis interpellé par une blonde vénitienne, pas vraiment jolie mais très séduisante; elle "dégage" comme on dit. Eh oui Micheline. Elle est de Barvaux-sur-Ourthe et suit les cours, étroitement fusionnée avec une sorte de fiancé, on dirait deux inséparables-un Bulgare, prénommé Boris et nommé Rousseff. Et ce couple me prend en sympathie. Faut m'imaginer à l'époque. J'étais déglingué. Il m'arrivait de quitter le bar de"La Mason" (Maison des Etudiants) pour me donner bonne conscience et suivre les cours les plus importants mais j'avais une telle dégaîne que tout le monde se demandait ce que je foutais là. Mes amis avaient, eux, réussi et même brillamment, pour la plupart, et étaient en premier doctorat. Je les voyais toujours mais plus dans les salles de cours.
La belle Micheline tourne autour de moi et en même temps, une amitié s'ébauche avec Boris. C'est assez équivoque. Je commence à réaliser que je plais aux femmes mais ça ne resoud rien à ma "paume". Comme je l'ai dit précédemment, Micheline m'entraîne à son cours de danse. Me voici donc chez Fanny Thibout, ancienne étoile de ballet, blonde, encore très séduisante et je commence à faire de la barre; même qu'elle me retient après les cours, seul, si vous voyez ce que je veux dire. En même temps la barre, quel supplice. Mais la présence de cette jolie femme, en collants, à mes côtés, fait que je m'acharne à assouplir ma colonne vertébrale. Boris, qui lui n'en a rien à foutre de la danse, c'est un homme pardi, vient conduire et rechercher Micheline. Il monte la garde et il fait bien car Micheline est une charmeuse phénoménale. J'ai l'impression d'être son objet de plaisir, un manche d'ivoire, avec lequel elle joue. Je me revois un jour chez elle, étendu sur son lit, et elle, glissant sa main sous mon pull et même plus bas, à la limite des zônes érogènes, et effleurant ma peau nue, pour le plaisir de sentir mon épiderme, ma peau douce, disait-elle. Ca n'a pas été plus loin. C'est peut-être elle qui m'a appris l'érotisme. Merci Micheline.
Et dans ce cours, je rencontre un autre garçon de mon âge, qui n'a rien d'un danseur, plus raide que lui, tu meurs. Lui aussi a été amené par Micheline. Et un jour, en fin de cours, il me montre ses peintures, des fleurs très fines , très délicates, et le courant passe, j'ignore pourquoi? Guy Vandeloise épousera la soeur de Boris Roussefff, la slave bulgare.
D'ailleurs Guy aussi a tout d'un Slave (sa mère est hollandaise), un vrai Pope en puissance, un Christ Pantocrator, un Dostoïevskien d'origine batave. "Vent de l'Oise". Mais Juliette est encore adolescente à cette époque et nous ne la connaissons ni l'un, ni l'autre.
Je me souviens, je portais des collants verts. Je n'ai jamais dansé vraiment. Rien que de la barre pour m'assouplir. En fait je n'ai pas un corps proportionné; des jambes longues et minces d'échassier et un buste beaucoup trop court pour ces jambes-là. La maison de la rue Saint-Rémy est très belle. Ancienne avec une cour intérieure et du plancher à l'étage, martelé par des pas feutrés et par les éclats sonores de l'inévitable piano droit et... une , deux, trois. Beau souvenir!
Il m'arrive encore d'aller de temps en temps aux cours. Le cours de droit romain par exemple, parce que je ressens bien le professeur, qui, comme Micheline, s'appellel Henrion et qui m'aime bien lui aussi. pourtant je n'ai rien d'un romain. Mais ce type hyper-sensible sent bien ma souffrance. Lors de ma "troisième session, en juin 1959, on parlera du bonheur. Il me dit vivre toujours dans le présent, sans trop se poser de questions. Carpe Diem en quelque sorte. En fait, c'est exactement ce que je ne parviens pas à faire, mais j'enregistre le message et je ne l'ai pas oublié. A 80 ans, j'y arrive beaucoup mieux qu'avant, car je n'ai plus d'objectifs; un terrible appétit de vie qui ne m'a pas lâché, mais sans objectifs précis


