Retour provisoire au Collège Saint-Servais, en sixième primaire, en 1950. Nous avons un professeur
de religion, le Père Denis, complètement gâteux. Long et décharné comme un personnage du Gréco, un épouvantail croassant. Il ne supporte pas les garçons qui portent des chemises à manches courtes
et à col ouvert. Voyez le malade et de quoi, je ne vous fait pas un dessin. Ce sont des gens comme ceux-là qui sont censés nous apprendre la vie. Son grand amusement sadique consiste, durant les
cours, à s'approcher de l'un d'entre nous, dont la tenue est normale, enfin décente, pour l'engueuler copieusement, en prononçant finalement le nom de l'élève "impudique", qui, lui, se trouve de
l'autre côté de la classe et auquel il tourne le dos. Et ça dure et c'est violent. Et ce vieux corbeau nous fait peur. Une bonne torgnole qu'il lui aurait fallu . "Oh, Gibets noirs, manchots
éteintes, dansent, dansent les paladins, les maigres paladins du diable, les squelettes de Saladin (François Villon, faut-il le préciser)
"Je suis François dont il me poise
Né de Paris emprès Pontoise
Et de la corde d'une toise
Saura mon col, que mon cul poise"
Sur la photo, en partant du 1er rang en bas, je suis le
garçon du 3e rang à droite.
A la fin de l'année, j'obtiendrai soixante pour cent des points. Donc pas de problème !
Mais ma mère va voir mon professeur, le Père Jacquemin
" Christian ne devrait il pas doubler ou alors faire d'autres études?" Lui, interloqué ne comprend pas "Non pas
du tout ", lui répond-il. Pour rappel. deux ans auparavant, elle est déjà parvenue à me faire redescendre de classe, mais apparemment celà ne lui suffit pas! Devant la réponse de mon professeur,
elle n'ose insister et décide de me metre en semi-internat pour ma cinquième latine. Celà va lui permettre de se tirer encore plus de chez elle et de ne plus faire à manger à midi (mon père
mangeant à la Clinique)

