Bio 41 Mes séjours à la Côte belge. Petit retour en arrière
Ceci m’amène à ouvrir une parenthèse sur mes séjours à la côte belge. Ma mère nous y entraîne deux fois par an, à Pâques et en septembre. Elle loue des villas à Duinbergen, de préférence. La première fois c’est en 1945, au Coq-sur-Mer, en attendant que mon père soit démobilisé de l’armée anglaise, qui le tient caserné à Bayeux en Normandie.
J’étais déjà allé à Coxyde et à Saint-Idesbald, comme bébé, avant la guerre. M’y voici dans les bras de mon grand-père Jules Duesberg
Donc la mer du Nord deux fois par an, ça va marquer mon enfance et mon adolescence. La mer du Nord dans mes souvenirs, c’est d’abord la mer grise ou vert de gris, avec l’écume des vagues sur les brise-lames et l’odeur des étoiles de mer, la cueillette des coquillages (les couteaux). Ce sont aussi les dunes à perte de vue. Elle sont moches les dunes après le débarquement, truffée de Bunkers abandonnés par les allemands et entourés de fils de fer barbelés. Nous, les gosses, on y refait la guerre, celle des « Mouches » de Golding (Lord of the Flies - Le Seigneur des Mouches ). On galope dans les couloirs sombres de la mort, on se faufile entre les mines, on trébuche et parfois on découvre des armes ou autres accessoires militaires, périscopes longues vues, casques, jumelles et on les ramène et les collectionne. Nous sommes fous car certains de ces terrains sont encore minés et nous, on court, on se bagarre, on roule à terre comme des petits cons. On vient de vivre la guerre mais on n’a rien compris. A croire que ça nous a excités, à croire que l’on regrette ces cinq années exaltantes
C'est une chasse aux trésors que nous effectuons, aux trésors de guerre. Quand nous trouvons un casque ou une ceinture à cartouchières, nous jouons au "boche" ou à " l'amerloque", c'est selon, mais ce sont, tout de même ces grands bambins d'américains, qui nous ont délivré de ces sales gueules de schleus, flics blonds aryens, nasillards et gueulards ! Achtung !
Duinbergen, Knokke, Le Zoute en 1955-56, ce sont aussi mes premières « boums ». Je suis nul, je ne sais pas danser, les filles m'ignorent. Je fais donc tapisserie sur la musique des Platters (Only You) et deux autres tubes dont je me souviens, des slows crapuleux. The Unchained Melody et Greenfield. J 'ai oublié les noms des deux groupes. Des copains de mon âge se débrouillent bien mieux que moi. Ils "emballent" comme on dit. Moi je me sens lourd et engoncé
Mais à Pâques 1955, malgré ma timidité, je m’inscris à un crochet au Casino de Duinbergen. Quatre cent personnes dans la salle et je gagne le deuxième prix avec » ça va » « Un jour le diable vint sur terre »de Jacques Brel. Le gagnant a chanté Elvis en Play Back. Je suis célèbre pour 24 heures et signe des autographes
Mais revenons au Collège à Liège. Les filles justement. Et bien là c'est catastrophique. On n'ose pas. Personne n'a de petite amie (à 17 ans???). Moi j'en rêve beaucoup. C'est l'époque où je dessine en classe, sur de petits bouts de papier (de chez Regine), des couples, avec des filles à la BB naturellement, queues chevalines et robes Vichy ( la France a dejà oublié qu'elle vient de vivre sous le régime Vichiste), des filles donc, se faisant surprendre par des garçons surgissant dans leurs dos, en pleine forêt, des "Jane" quoi, c'est mon côté Tarzan qui resurgit. Je me souviens qu'un de ces dessins s'appelait "Le Piège". Mais un élève me fauche mes dessins, on ne peut plus innocents, ils font le tour de la classe et me reviennent. C'est à ce moment-là que mon destin se "dessine" (c'est le cas de le dire !). Je suis intéressé par les femmes ( Ne faudrait-il pas m'interner ?) alors que plus de 30% des élèves de ma classe (ils sont onze), se prépare doucement à entrer dans l'un ou l'autre ordre religieux castrateur, ce qui leur évite de se poser des questions sur ce sujet brûlant qu'est "LE SEXE". Bref, cela pose le décor: Je dessine des couples de notre âge, on ne peut plus romantiques, c'est presque du Peynet, et déjà je passe pour le débauché de la classe, alors que je n'ai jamais touché une fille! Je me souviens aussi d'un séjour à la mer, où un après-midi, je suis seul comme toujours, je vois arriver dans la salle de ping-pong, deux ou trois couples de mon âge, à moto, des rockeurs, des "Johnny" en veste de cuir, avec 3 B.B, blondes à queues de cheval, et je te pingue et je te pongue , et je te bécote grave. J'étais fasciné et je me disais 'Va falloir tout de même que tu t'y mettes, mais comment s'y prendre ?")
Alors je vais essayer timidement et vais être le premier de la classe (pour une fois) à avoir une petite amie, une cousine éloignée, surnommée Souquinette, un simple amour platonique avec de petits bisous sur la joue et dans les cheveux, mais elle vient me chercher au collège et on va au café avec mes condisciples (en un mot svp, quoique...?). je suis en fait le seul à "sortir avec" une fille ou du moins à le faire croire. Pour eux, commencer à sortir dans des cafés est déjà une suprême audace et c'est une toute petite minorité qui le fait. Et nous avons dix-sept ans, tenez-vous bien. On peut dire que nous sommes gratinés. Mais attention nous connaissons le Grec ancien et le Latin, ce qui est très utile pour demander par exemple une fourchette dans un restaurant en Italie ou en Grèce. On peut dire que nous sommes vachement "chebrans" et armés pour la vie



