BIO 33 1950 Sixième Gréco-latine
Retour au Collège Saint-Servais, en sixième primaire, en 1950. Nous avons un professeur de religion, le Père Denis, complètement gâteux. Long et décharné comme un personnage du Greco, un épouvantail croassant. Il ne supporte pas les garçons qui portent des chemises à manches courtes et à col ouvert. Voyez le malade et de quoi, je ne vous fais pas un dessin. Ce sont des gens comme ceux-là qui sont censés nous apprendre la vie. Son grand amusement sadique consiste, durant les cours, à s'approcher de l'un d'entre nous, dont la tenue est normale, enfin décente, pour l'engueuler copieusement, en prononçant finalement le nom de l'élève "impudique", qui, lui, se trouve de l'autre côté de la classe et auquel il tourne le dos. Et ça dure et c'est violent. Et ce vieux corbeau nous fait peur. Une bonne torgnole qu'il lui aurait fallu . "Oh, Gibets noirs, manchots éteints, dansent, dansent les paladins, les maigres paladins du diable, les squelettes de Saladin (François Villon, faut-il le préciser)
"Je suis François dont il me poise
Né de Paris emprès Pontoise
Et de la corde d'une toise
Saura mon col, que mon cul poise"
Je termine donc mon cycle primaire en Juin 1950, et dés la rentrée scolaire, j'entre en sixième gréco-latine, toujours dans le même collège Saint-Servais. Jusque là, j'ai eu des professeurs titulaires laïcs. L'heure est venue d'entrer dans les soutanes, dans l'espoir de pouvoir les enfiler six ans plus tard, car, bien sûr, nous serons travaillés au corps, enfin disons, à l'âme.
Dés la rentrée, je me signale à l'attention de mon nouveau professeur, le père Jacquemin. Il a un problème, le bégaiement et pour en sortir, il prononce chaque mot en l'articulant exagérément. Il insiste donc sur l'importance du "bien articuler". Il nous demande dés le premier jour de classe, si l'un d'entre nous estimerait qu'il n'articule pas bien. Oui, moi ! Et je lève le doigt. Surprise, il me félicite de ma franchise et je deviens son chouchou. A la cour de récréation, un petit con au sein du groupe, il s'appelle Darimont, me crie hargneusement "Chouchou, chouchou", suivi évidemment par le troupeau bêlant. Je lui file une tarte sur la joue droite et il s'écroule. On parle de tympan percé et les parents seront à deux doigts de porter plainte. Oh là là, mal barrées mes "gréco-latrines".
Mon ami Robert Seghers, le Tarzan colonial, intervient à nouveau contre la meute vociférante, prenant ma défense et disant que j'ai fait preuve de franchise et qu'il n'y a dans mon attitude aucun "manchabalisme". Et moi j'apprends que j'ai une force dangereuse en moi, qui me jouera des tours par la suite, à savoir que lorsque je frappe, je frappe fort et dur!
A la fin de l'année, j'obtiendrai soixante pour cent des points. Donc pas de problème !
Mais ma mère va voir mon professeur, le Père Jacquemin et lui déclare :
" Christian ne devrait il pas doubler ou alors faire d'autres études?" Lui, interloqué ne comprend pas "Non pas du tout ", lui répond-il. Pour rappel. deux ans auparavant, elle est déjà parvenue à me faire redescendre de classe, mais apparemment cela ne lui suffit pas! Devant la réponse de mon professeur, elle n'ose insister et décide de me mettre en semi-internat pour ma cinquième latine. Cela va lui permettre de se tirer encore plus de chez elle et de ne plus faire à manger à midi (mon père mangeant à la Clinique)


