BIO 31 Mes Lectures
Je puis donc dire que mon retour à Liège marque le début de ma révolte. A Bruxelles, j'ai été étouffé, inexistant. Liège c'est la lumière. A Liège en plus, nous habitons sur les hauteurs, nous surplombons la ville.
A Bruxelles, au contraire, nous étions enterrés dans un artère centrale et grise, en pleine ville, une rue sur laquelle il n'y a rien à raconter. Rien, hormis un chow-chow noir qui déambulait librement entre les poubelles et on disait de lui qu'il avait mangé un enfant, ce qui je dois l'avouer, me plaisait assez. Car déjà, à cette époque, j'étais un fan du Jack London de "Croc blanc" et de "Barry Chien-Loup", fan des Castors de Grey Owl et du dernier de Mohicans de Fennymore Cooper. Et à la fin de la guerre, je dévorais chez mes grands-parents maternels, qui avaient vécu aux Etats-Unis pendant 4 ans, d'énormes livres, rouges brochés or, avec de superbes gravures, représentant des Cheyennes, des Iroquois, des Delawares et des Hurons, débusqués par des anglos-belgo-franchouillards, connards porteurs de chrétienté et de culture bouillie blanche, ces blancs aux casques blancs, comme leurs spermes évangélisateurs, prenant leurs queues pour des goupillons, cracheurs de feu et de sermons, odeurs mêlées de poudre et d'encens. J'avais instinctivement choisi mon camp au sein de ces livres, écrits, reliés et publiés par des blancs "lave bien plus blanc que blanc". Une fois pour toutes, les Indiens seraient mes frères. Le seul blanc auquel je m'identifiais était Tarzan, en bande dessinée "Tarzan des Singes" avec se muscles saillants, sa solitude et son choix de vivre avec les animaux et les indigènes de couleur. Tarzan, le seul homme blanc, digne de pardon.
Et tout cela pour dire que le Robert Seghers, qui vient se battre avec moi dans la cour de récréation est un basané, ayant vécu en Afrique, ce n'est pas un blanc ou alors c'est un Tarzan, un sauvage irrécupérable (Il partira se battre au Congo, lors des évenements de 1960). Bref il n'a rien d'un cow-boy. Car le cow-boy vit en groupe, il pue, il pète, il rote et il tue.Voir TRUMP. Musiques de kermesses et vapeurs de frites molles. Il écrase et piétine toute la beauté qui l'entoure, chevaux, vachettes, bronzés analphabètes et femelles en goguette. Je déteste les cow-boys !
Revenons au Snapeux. Dans le jardinet étroit de notre petite maison, tout au fond, j'essaie de construire un bassin (Déjà !) En effet comme en 1947, c'est la canicule durant cet été 1949. J'achète du ciment. Je ne me suis, jusque là, jamais servi de mes mains. Mon père, oui, mais uniquement dans le corps des malades. A part cela, le seul bricolage que je lui aie jamais vu faire, consistait à tendre des fils dans le salon, un peu comme s'il tissait sa toile. Sans doute tissait-il la toile de ma mère l'araignée 'L'universelle Aragne", la toile qui finira par l'étrangler.(lui, pas ma mère) Je n'ai jamais pu comprendre l'utilité de ces constructions de fils (les "installations" de l'art contemporain n'existaient pas encore) reliant murs, tables et fauteuils. Construction plus mentale que charnelle, peut-être les mêmes "fils" que ceux avec lesquels il recousait les malades. Quant aux talents de bricoleuse de ma mère n'en parlons pas; elle n'a même jamais pu s'occuper de ses jardins successifs.
Il fallait donc que je sois motivé pour creuser ce trou d'un mètre carré et le cimenter. Résultat l'eau que j'y versais disparaissait après une heure de temps. mais ça ne m'empêchait pas de m'y baigner, si on peut dire!.





